• Actualités 3

     

    Réformer la gauche, le PS et la société française

      

    Manuel Valls vise la présidentielle de 2017, pensant qu’Hollande est complètement carbonisé et qu’il ne représentera pas.  Il suppose qu’en montrant ses muscles, il va attirer suffisamment de gens de droite sur son nom – des électeurs lassés des combines de Sarkozy, Copé et compagnie – et qu’au second tour il battra aisément Marine Le Pen, le FN faisant encore office d’épouvantail. Son thème est la réforme. Comme le souligne le rapport de Jean Pisany-Ferry il faut réformer la société. Mais réformer qu’est-ce que ça veut dire ? Pendant longtemps, réformer ça signifiait limiter le pouvoir du marché, œuvrer à mieux répartir la richesse entre le travail et le capital, améliorer la protection sociale. Pour les tenants de la seconde gauche – ceux qui justement sont en train de liquider toute la gauche – cela veut dire qu’il faut accélérer la transformation d’une économie mixte en une économie de marché quasi-pure. Les éléments de langage sont les suivants : la mondialisation étant là, nous devons nous y adapter et donc s’employer à renforcer notre compétitivité. Tout se passe comme si la mondialisation était un état de nature, qu’il ne s’agissait pas d’une forme institutionnelle particulière mise en place par des hommes et des Etats. Mais tout se passe aussi comme si la mondialisation accélérée depuis une trentaine d’années avait également fait la preuve de son efficacité économique en matière de croissance, d’emploi et de bien-être.  Donc pour sauver le modèle français de protection sociale on va tout simplement le tuer.

    Trop occupé à faire les couloirs et à consolider ses réseaux Manuel Valls ne s’est pas aperçu que le libéralisme ça ne marche pas, même du point de vue des critères étroits et bêtement économiques, ça engendre le désordre et l’appauvrissement. Néanmoins, fort de cette certitude, Valls veut adapter la gauche au principe de réalité, du moins à ce qu’il croit être un principe de réalité et qui n’est qu’une illusion qui lui a été soufflée par un membre du MEDEF. Il nous a dit que la gauche pouvait mourir et donc pour la sauver, il se propose de la transformer en parti de droite. Quelle audace !! Le PS étant quasi moribond, comme son alter ego l’UMP, il croit que c’est la gauche qui est morte, ou du moins ses idées. Je suppose que le résultat des élections européennes lui a fait croire que ses vues étaient justes puisque la droite alliée à l’extrême droite est majoritaire en nombre de sièges. Mais c’est une approche un rien légère puisque non seulement l’extrême droite est plus à gauche que le PS maintenant, mais surtout elle est anti-européenne. A la limite on peut amalgamer l’UMP et le PS dans leurs ambitions européistes, mais pas le FN et l’UMP. En vérité à l’échelle de l’Union européenne ce qui est majoritaire aujourd’hui c’est plutôt le sentiment anti-européen.

    Quoi qu’il en soit, Hollande et Valls se préparent à nous administrer une potion amère. L’idée est la suivante : on ne peut pas faire la réforme (sous-entendu libérale) à dose homéopathique, il faut frapper fort et éviter le gradualisme. C’est ce qu’on avait fait par exemple en Russie lors de la chute de l’URSS. On fait tout d’un coup et on n’y revient plus. On remarque que c’est sur ce même créneau d’un anti-gradualisme que s’est positionné aussi François Fillon qui raconte à tout le monde qu’il a été bridé dans ses velléités réformatrices par le petit Nicolas.

    Valls lui annonce une baisse des impôts à venir – on croirait Reagan au début des années 80 – et un soutien renouvelé aux entreprises, c’est-à-dire au patronat ! Pour lui c’est ça la nouvelle gauche !! Il y a quelque temps Valls avait proposé de débaptiser le PS, pensant que « socialiste » était un mot grossier. Mais on ne voit pas ce qui le retient de débaptiser aussi la gauche : il pourrait l’appeler la nouvelle droite, ça irait plus vite.

     

    Les affaires du petit Nicolas

     

    La classe politique n’en finit pas de se décomposer sous nos yeux. Si le PS donne l’image d’un parti sans boussole et sans idée, l’UMP se vautre dans les affaires. Un jour c’est le couple Balkany qui est inquiété pour des détournements de fonds. Un autre jour c’est Jean-François Copé qui se trouve pris dans la nasse pour avoir en favorisant des entreprises amies plombé les comptes de l’UMP qui se trouve au bord de la faillite. Jean-François Copé est par ailleurs accusé d’avoir fait rembourser 24000 € de billets d’avion à sa propre femme. Et comme les dettes de ce parti atteignent 80 millions d’euros il semble bien que cela va obliger l’UMP à disparaitre. D’autant que Nicolas Sarkozy a fait plus que dépasser le plafond de dépenses dans ses campagnes présidentielles et aurait fait financer une partie de celle de 2012 par l’UMP. Il s’agirait d’un dépassement de 30 millions d’euros !!

    Le nombre des affaires que traîne Sarkozy est impressionnant. Je ne vais pas en faire le détail ici. Le dernier rebondissement a été sa mise en examen, après une garde à vue, pour corruption active. Du jamais vu sous la cinquième république, et cela ne semble être que le commencement. Devant cette situation, alors que Sarkozy espérait profiter de la très basse popularité de Hollande pour se déclarer à nouveau candidat, il semble que sa volonté d’être à nouveau président soit contrariée. Pour cette raison il a choisi d’attaquer les juges et la justice la dénonçant à la fois comme partisane et aux ordres de François Hollande. Mais si cette attaque est de bonne guerre, il ne semble pas que le but ait été atteint. Les sondages restent très mauvais pour lui et 60 % des Français ne souhaitent pas son retour aux affaires.

      

    Chômage

     

    Pendant ce temps-là le chômage continue de grimper, au point que le ministre du travail, François Rebsamen, ne se hasarde plus à rien promettre du tout, ni d’abaisser le nombre de chômeurs, ni d’inverser la courbe. Comme solution, il a avancé ce que même Sarkozy n’aurait pas avancé : diminuer les seuils sociaux, supposant que la syndicalisation outrancière des entreprises françaises était un obstacle à l’emploi.  Si Rebsamen avait fait des études il aurait remarqué à l’inverse que moins il y a de syndiqués et plus le chômage augmente.

      

    évolution en pourcentage du nombre de salariés syndiqués


    Deux ans et un peu plus après son accession au pouvoir, alors que le PS monopolisait tous les pouvoirs, c’est un échec complet et prévisible. C’est d’ailleurs la principale raison de l’impopularité de François Hollande qui avait été élu justement pour changer de politique de l’emploi. Mais à vrai dire, en restant sous la tutelle de l’euro et de l’Europe, en acceptant bêtement de se plier aux injonctions de Bruxelles, Hollande et son équipe, ne peuvent avoir que des mauvais résultats.

      

    Une des raisons de cette hausse continue du chômage est dans la désindustrialisation accélérée de l’économie française. Celle-ci a commencé après le tournant de la rigueur de 1983. Cela correspond à la volonté d’insérer la France dans la compétition mondiale et de la réformer pour satisfaire aux standards européens de l’ordre nouveau. Mais probablement les élites socialistes pensaient à cette époque que de se débarrasser de l’industrie était une preuve de modernité avérée. Le problème en réalité c’est le multiplicateur d’emploi. En effet quand on détruit un emploi dans la finance on détruit aussi quelques emplois induits, parce qu’un salarié qui perd son emploi consomme moins. Mais dans l’industrie on détruit des emplois en amont et en aval de la filière de production. On calcule comme ça des multiplicateurs d’emplois. Par exemple dans l’industrie lourde le multiplicateur d’emploi oscillait entre 7 et 9. Ce qui veut dire que quand on met à la casse un travailleur des chantiers navals ou des charbonnages, c’est 7, 8 ou 9 autres emplois qu’on supprime. D’autant que ce multiplicateur d’emplois augmentera encore avec une augmentation des déséquilibres commerciaux. Par contre si je regarde du côté des services informatiques, le multiplicateur d’emploi est compris entre 1 et 2.

      

    C’est bien pour cette raison que la désindustrialisation de la France – désindustrialisation qu’i s’est encore accélérée après l’entrée dans l’euro – est un phénomène aussi important. Cela nous prive d’emplois en quantité. Comme le montre le graphique ci-dessus, la désindustrialisation n’est pas une fatalité. Cependant, il semble bien que les élites françaises aient maintenant fait le choix de la désindustrialisation. Le fait que la part de l’industrie dans la valeur ajoutée de la France atteigne à peine 10%, est la conséquence des dégâts que ce secteur a subis. C’est une perte de savoir-faire dont il s’agit et qui nous rend dépendant des marchés extérieurs. On voit bien que pour reconstruire le tissu industriel, cela prendra des années et ne pourra pas se faire dans une économie qui ne serait pas protégée par des barrières douanières, tarifaires et non tarifaires.  

     

    Des nouvelles du traité transatlantique

    Le traité transatlantique en cours de négociation est présenté souvent comme le cheval de Troie des multinationales américaines pour pénétrer et piller le marché européen. En vérité l’Union européenne, harcelée par ses puissants lobbies financiers, pousse à une déréglementation accélérée de la finance des deux côtés de l’Atlantique. Le principe du traité transatlantique est de s’aligner sur le moins disant en matière de réglementation. Or le moins disant est aujourd’hui en Europe. C’est en Europe que la finance est la moins régulée. Du coup les banques américaines poussent à adopter les normes européennes car elles sont moins contraignantes que les normes dites « Volcker », normes qui avaient été adoptées dans la foulée de la débâcle de 2008. Le plus simple pour nous serait évidemment de sortir de l'Europe et de l'euro et de mettre au pas la finance dans le cadre national.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/07/06/valls-veut-reformer-la-france-la-gauche-et-le-ps_4451974_823448.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20140706.OBS2860/le-retour-de-sarkozy-loin-d-etre-plebiscite-par-les-francais.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20140706.OBS2871/billet-d-avions-salaires-le-surprenant-audit-de-l-ump-sous-cope.html

    http://russeurope.hypotheses.org/2522

    http://www.marianne.net/Traite-transatlantique-quand-l-Europe-veut-dereguler-la-finance-mondiale_a239869.html

    « La grande dévalorisation, Ernst Lohoff & Norbert Trenkle, Post Editions, 2014Jean Pisani-Ferry, Quelle France dans dix ans ?, France Stratégie, juin 2014 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Mardi 8 Juillet 2014 à 22:30
    actualités 3
    Je crois plutôt que Hollande vise la cohabitation qui lui laisserait la possibilité de finir sereinement son mandat et peut-être d'en briguer un second : la droite qui reviendrait au pouvoir s'enfoncerait. Il resterait un Borloo quelconque comme premier ministre. Ou Le Pen ?
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :