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    Elections législatives partielles

      

    Une élection législative partielle s’est tenue dans l’Aube dimanche dernier. Il s’agissait de remplacer l’UMP François Baroin dans une circonscription très fortement ancrée à droite depuis la nuit des temps. On retient deux résultats, le premier est que l’abstention a été très élevée, autour de 75 % - certes l’abstention est souvent élevée dans le cas d’une législative partielle, mais un tel niveau est rarement atteint. Le second est que le PS est complètement  piétiné, le résultat est que le deuxième tour aura lieu entre l’UMP, le quelconque Gérard Menuel, et le candidat du FN, Bruno Subtil.

    Il semble bien que cette élection annonce une tendance lourde qui sera difficile à inverser. Le PS est éliminé dès le premier tour, et surtout son score a été divisé par deux entre 2012 et aujourd’hui. A l’évidence il y a un effet Hollande qui accélère la défection des Français aussi bien pour un parti qui a trahi toutes ses promesses, que pour un système électoral en voie d’implosion. On peut même aller plus loin  en disant que dans toutes les élections partielles qui se sont tenues depuis 2012 la montée du FN est inversement proportionnelle à la baisse du PD, et donc en conclure que c’est bien la politique insipide de Holland, Valls et Macron qui fait progresser le FN. Le plus grave est à venir, au mois de février prochain, on votera pour remplacer Pierre Moscovici qui est devenu entre-temps Commissaire de l’économie à Bruxelles. La défaite du PS dans cette future élection est très probable si ce n’est certaine. La conséquence serait que le PS pourrait alors perdre la majorité absolue à l’assemblée et se trouver paralysé pour appliquer son programme.

    En mai 2012 le PS possédait tous les pouvoirs, de l’Assemblée nationale en passant par le Sénat et les Régions. L’effectivité de la politique de Hollande est en train de le dépouiller de tous ses attributs, mettant des dizaines de professionnels de la chose politique au chômage. Mais il parait qu’Hollande envisagerait de se représenter en 2017 ! Entre temps il n’émergence aucune force nouvelle sur le plan politique qui permettrait au vieux parlementarisme de reprendre des couleurs. Peut-être est-il temps d’en faire son deuil et d’aller vers une démocratie réelle.

     

    Prix Nobel d’économie 2014

     

    Certains esprits chagrins contestent l’idée même qu’un prix Nobel d’économie puisse exister au motif que celui a été créé tardivement et dépend en fait de la Banque de Suède. Son vrai intitulé serait « Prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ». Je ne sais pas si le distingo est très important, mais en tous les cas le lauréat de 2014 n’a pas perdu de temps pour faire le malin. Le principal défaut de ce prix n’est pas tant qu’il soit décerné par tel ou tel sous-comité, mais plutôt qu’il laisse entendre qu’il y aurait des « sciences économiques ». On ne va pas discuter longtemps du terme de « science ». Mais il est bon de rappeler que ce terme, connoté pourtant d’un pouvoir magique, ne fait pas l’unanimité dans son usage, et que la seule science est selon Hegel la philosophie, il traite par exemple de la science de la logique. Pour lui, la physique, la chimie, ne sont que des techniques dérivées d’un savoir qui leur est supérieur.

    Dans l’usage contemporain, le terme de science est associé à des disciplines qui établissent des régularités en expérimentant des relations causales  suivant une démarche hypothético-déductive qui fait qu’on part d’une hypothèse, qu’on la modélise ensuite et qu’on la confronte à la réalité pour voir si cette hypothèse est vérifiée. Or cette démarche non seulement n’existe pas en ce qui concerne l’économie, mais elle ne peut pas exister, parce que les conditions des expérimentations changent tout le temps et que l’expérimentation ne peut être répétée d’une manière qui soit pure de toute surdétermination.

    A l’origine, cette discipline s’appelait l’économie politique, rappelant par là qu’elle s’occupait de réguler le corps social par une politique qui permettait l’amélioration du confort des sujets. Mais aujourd’hui les économistes se présentent comme s’ils étaient des ingénieurs du social et qu’ils soient capables de mettre en mesure une politique « neutre » du point de vue idéologique. C’est ainsi que des prix Nobel vont faire comme si les lois du marché étaient incontournables et qu’il ne fallait que s’y soumettre. Donnons deux exemples. Le prix Nobel 1992 Gary S. Becker, homme très à droite, proche du parti républicain, soutenait en bon libéral qu’il fallait en finir avec le salaire minimum pour relancer l’emploi et combattre le chômage. Il ajoutait qu’il était impossible de le démontrer à l’aide d’une analyse empirique, mais qu’ « il fallait y croire » !

    Et voilà qu’aujourd’hui, un petit ingénieur de province, travaillant à Toulouse sur la théorie des jeux – domaine spécifique de la micro-économie – vient nous donner des leçons sur ce qu’il faut faire en matière de politique économique pour sortir la France de l’ornière : il faut nous inspirer de l’Allemagne et de la Suède, flexibiliser le marché du travail afin de remettre tout le monde au travail, Arbeit macht frei. Manifestement il ne connait rien à ces deux pays, il ne sait pas qu’ils n’ont pas les mêmes problèmes démographiques que nous. Manifestement il ne sait pas non plus que le travail est en voie de disparition. Et surtout il ne comprend pas, parce qu’il n’a pas beaucoup étudié l’économie réelle et ses crises, qu’on ne soigne pas une crise de la demande en relançant l’offre. Une telle potion amère n’amène que le chaos et la guerre.

    Depuis que l’économie politique existe, on s’efforce d’aller chercher des modèles ailleurs. Au XVIIème siècle en France on citait la Hollande en exemple de ce qu’il faut faire, parce que la Hollande était dynamique. A la fin du XVIIIème siècle, c’est l’Angleterre qui était l’exemple à suivre. Dans les années soixante-dix, on citait le Japon – mais c’était avant que ce pays ne sombre dans la déflation. Aujourd’hui c’est l’Allemagne. Jean Tirole cite ce pays comme exemple, à côté de la Suède, oubliant au passage que ces deux pays sont très différents : la Suède n’est pas dans la zone euro par exemple. Mais peut-être que pour Tirole la monnaie ça ne compte pas dans l’économie ? Auquel cas, on se demande bien pourquoi on lui a donné le prix Nobel.

    La question que je me pose est la suivante : pourquoi les économistes sont-ils aussi réactionnaires ? Est-ce parce qu’ils sont idiots ? Ou est-ce par intérêt pécuniaire ? Ou peut-être les deux ?

     

    Encore l’Allemagne et dette publique

     

    La semaine dernière c’était le ministre de l’économie Wolfgang Schaüble qui attaquait la France en disant que ce pays n’en faisait pas assez dans le sens des réformes libérales. Aujourd’hui c’est Angela Merkel qui s’y met. Arguant du fait que la dette publique allemande a beaucoup diminué, elle souhaite que nous fassions les mêmes réformes que son pays. Elle met d’ailleurs dans le même sac l’Italie et la France, les présentant comme des poids morts pour l’économie. La charge est tellement grossière que le très modéré Jean-Luc Mélenchon s’en est ému, rappelant au passage que la « réussite » de l’Allemagne était la contrepartie d’une montée régulière de la pauvreté et de l’abandon de l’entretien des services publics. Il tentait de rappeler que la France est un pays libre : mais sur ce point il ne semble pas qu’il ait raison et qu’au contraire il y a maintenant quelques années que notre pays a perdu son autonomie en matière de politique économique.

    L’Allemagne s’appuie sur des données qu’elle croit flatteuses et qui montrerait qu’elle est un exemple pour le reste de l’Europe comme pour le reste du Monde. Mais les chiffres sont trompeurs et les statistiques peuvent être interprétées comme on le veut pour faire passer un message politique.

    Si on regarde ce premier graphique, on se rend compte que depuis la crise de 2008 l’Allemagne a réussi à faire reculer la dette publique en pourcentage de son PIB. C’est indéniable. Les raisons de ce succès résident d’abord dans le recul de la population : depuis cinq ans la population baisse, malgré l’apport de l’immigration. Ensuite, la monnaie unique qui empêche les pays de la zone euro de dévaluer pour ajuster selon la bonne vieille loi du marché la valeur de sa monnaie à la performance de son économie. Et enfin, aux délocalisations de son activité industrielle vers les pays de l’Est. Tout le monde sait que les lois qui ont fragilisé le marché du travail en Allemagne – les fameuses réformes Schroeder – si elles ont permis un gonflement des profits pour la classe possédante, n’ont eu aucun effet sur les volumes produits.

    Mais pourquoi la dette serait une mauvaise chose ? On suppose qu’elle bride la production en détournant des fonds qui pourraient être utilisés aux investissements, vers le remboursement de cette dette. Pourtant si on regarde les chiffres de la dette publique dans la zone euro, donc si on considère la zone euro comme un ensemble cohérent, c’est bien l’Allemagne qui possède la dette publique la plus élevée ! Et donc on pourrait en déduire que la dette publique allemande plombe complètement la compétitivité de la zone euro !

    La présentation de la dette publique en volume et non plus en pourcentage apporte un éclairage nouveau. Non seulement la dette publique allemande est la plus élevée de toute la zone euro, mais en outre, elle ne décroit pas comme le montre le graphique ci-après. Elle est seulement stabilisée. Les conjoncturistes vous dirons que les chiffres en volume ne sont pas significatifs, et que ce qui compte c’est bien la tendance lourde qui montre que depuis environ quatre ans le poids de la dette publique diminue en Allemagne. Ce raisonnement n’est qu’à moitié juste parce qu’en effet, il suppose que la trajectoire de l’Allemagne va se perpétuer et qu’elle va continuer à engranger des excédents commerciaux comme par le passé. Mais si on y regarde de plus près, il se rend compte que ce n’est pas sûr du tout, au moins pour deux raisons qui tiennent toutes les deux au fait que le modèle allemande est extraverti :

    - la première est que la croissance en Europe et dans la zone euro est molle, or c’est sur cet espace géographique que l’Allemagne construit son excédent commercial. On peut dire les choses plus simplement : la récession de la zone euro entraîne nécessairement une chute de la demande pour les produits allemands ;

    - la seconde est liée à la question ukrainienne : l’Allemagne réalise une partie importante de ses excédents avec la Russie, or ce pays a été placé par l’OTAN sous embargo. Ce qui veut dire que l’Allemagne va perdre rapidement des ressources. C’est une des raisons qui a fait demander qu’elle se retourne un plus sur son marché intérieur, par exemple en augmentant les salaires ! Ce qui pour Merkel est une horreur absolument impensable.

    La Grèce est-elle un pays occupé ?

     

    La Grèce ne s’en sort pas. Que ce soit sur le plan économique ou sur le plan politique, ce petit pays reste martyrisé. Récemment la sinistre Troïka a demandé encore un tour de vis supplémentaire au premier ministre Samaras. Celui-ci l’a refusé… pour l’instant, sachant à quel point cela allait encore exaspérer un peu plus la population. Depuis que la Grèce est passée sous la tutelle de cette Troïka, le niveau de vie des Grecs a chuté en moyenne de 38% selon les chiffres officiels, et le chômage des jeunes atteint 60%. Malgré les avis optimistes des « experts » le pays peine à retrouver une normalité.

    Mais par contre si les Grecs manifestent avec une grande constance leur mauvaise humeur vis-à-vis de ce martyre imposé, l’usage de la police a changé. Il est maintenant systématique de réprimer violemment les manifestations, même lorsqu’il s’agit d’handicapés. Il apparait indirectement que la Grèce est un pays occupé, colonisé par la Troïka qui pille allègrement le pays au profit de capitaux étrangers qui flairent des bonnes affaires. Et pendant ce temps-là Alexandre Tsipras palabre, misant tout sur l’élection présidentielle de 2015 qu’il peut bien entendu gagner. Mais pour quoi faire ? Sa position est floue, et en tous les cas elle ne vise pas à remettre en cause la domination des mécanismes européens sur le pays, tout au plus il s’agirait si on comprend bien de négocier des aménagements de la charge, en attendant que l’Europe devienne enfin une Europe sociale.

     

    Liens

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141208.OBS7214/legislative-partielle-dans-l-aube-un-second-tour-ump-fn.html

    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/insolites/2014/12/07/25007-20141207ARTFIG00218-quand-jean-luc-melenchon-insulte-angela-merkel-en-allemand.php

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/20141207triba75eee79e/la-france-doit-suivre-l-exemple-de-l-allemagne-et-de-la-suede-jean-tirole.html

    http://www.lesechos.fr/monde/europe/0203995090165-budget-les-reformes-en-france-et-en-italie-insuffisantes-selon-merkel-1072237.php

    http://www.greekcrisis.fr/2014/12/Fr0382.html#deb

    « Rapport sur la corruptionFranz Mehring, Karl Marx, histoire de sa vie, Omnia, 2009 »
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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Mardi 9 Décembre 2014 à 08:20
    Actu 14
    1-Effectivement les experts, économiques au gouvernement ont des compétences d'origine mathématique qui les rend imperméable à la psychologie qui pourtant est partie prenante en macroécononomie. Si en plus ils sont passés par la case ENA qui forme les hauts fonctionnaires, tout s'explique. 2 - La Grèce subit les affres dénoncés par Naomi Klein. Elle revient à la pauvreté qu'elle a connue avant sont entrée en U.E, (Comme L'Espagne)
    2
    Karl-Groucho D.
    Jeudi 11 Décembre 2014 à 09:00
    De frappe
    _la montée du FN est inversement proportionnelle à la baisse du PD- hi hi hi ____________ & merci pour cet excellent blog (rien que le titre, déjà... ;-))
    3
    grandmonde
    Samedi 13 Décembre 2014 à 10:46
    scénario hongrois
    Déjà, avant l'élection de Hollande, je voyais se profiler un scénario à la hongroise, où une "gauche" discréditée a laissé la place au très réactionnaire Fidesz de Orban qui avec l'appui du parti fasciste Jobbik a eu une majorité écrasante au parlement, ce qui lui a permis de modifier la constitution pour limiter la liberté d'expression de l'opposition et prendre des mesures discriminatoires envers les minorités.
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