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    La Grèce, toujours la Grèce

     

    Signalons encore une fois le blog http://www.greekcrisis.fr/ qu’on gagne à fréquenter régulièrement. Si j’en fais ici la publicité, ce n’est pas à cause de Panagiotis Grogoriou qui le rédige depuis plusieurs années que je ne connais pas, mais c’est surtout parce que ce blog donne des informations presque quotidiennes sur la transformation en profondeur de ce pays depuis que la troïka s’est chargée de lui administrer la purge de l’austérité, avec les conséquences que l’on sait. On pouvait voir et entendre Panagiotis dans le film Khaos dont j’ai parlé il y a quelque temps. L’approche de Panagiotis se veut à la fois large et pointilliste, partant des petits faits du quotidien pour approcher une analyse politique large. Mais par les temps qui courent, on a tendance à oublier la Grèce – un clou chasse l’autre. Pourtant et contrairement à ce que racontent les bureaucrates de l’Union européenne, ce pays ne se redresse pas, quel que soit le critique que l’on prenne pour considérer sont effondrement. La misère y est toujours aussi grande, et la police tout autant répressive que par le passé, si ce n’est plus. Pour ceux qui préfèrent le livre, on peut se procurer ses recueils de chroniques chez Fayard. S’intéresser à la situation de la Grèce aujourd’hui c’est aussi bien faire preuve de solidarité avec un peuple qui a payé un lourd tribut à la logique néolibérale, que d’anticiper notre avenir.

    Dans la rubrique social-traitre…

     

    Le lauréat de la semaine est Gérard Collomb, maire de Lyon, sénateur, cumulard patenté, il s’est rangé dans le camp de la droite de la droite molle. Ses prises de position s’inscrivent directement dans la ligne de gouvernement définie par le MEDEF. Je me suis demandé comment on pouvait devenir aussi réactionnaire et conservateur en affirmant être de gauche, même modèrement. Mais finalement on comprend mieux pourquoi, au nom d’un certain réalisme, les socialos ont voté massiveemnt les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

    Cette fois il s’est fait remarqué en disant que le CDI, bon, et bien finalement ce serait mieux s’il était sécurisé pour le patronat par une période d’essai pouvant aller jusqu’à deux ans ou trois ans. Comme s’il fallait autant de temps aux patrons pour évaluer les compétences d’un salarié. Jouant les faux naïfs comme son horrible collègue Rebsamen, il prétend qu’on peut mettre ce genre de proposition à l’essai. Comment une telle idée aussi indepte que peu fondée peut elle venir jusqu’au cerveau d’un individu pareil ?

     

    Gérard Collomb qui par un tour de passe-passe nous explique que la gauche c’est la droite et vice versa

     

    Quand on regarde un peu son CV, on se rend compte que ce garçon vient d’un milieu plutôt défavorisé, une mère femme de ménage, un père ouvrier, ce qui aurait pu l’inciter à développer des idées de gauche. Il a fait des études de lettres, puis il est passé à la profession d’homme politique. Evidemment il n’a jamais travaillé dans une entreprise. Dès lors on se demande comment il peut être qualifié à donner son idée sur un sujet éminemment difficile. A moins qu’il ne répète ce qu’on lui a soufflé. Il y a toute une frange de droite au PS qui prétend représenter « une gauche moderne » parce qu’elle pique ses idées à la droite la plus conservatrice. Parmi les boutiques qui vivent de ce concubinage curieux, il y a par exemple Terra Nova qui est aujourd’hui présidée par le bureaucrate syndical François Chérèque, un autre vendu au patronat[1].

    Non seulement ce triste Collomb trahit ses propres origines en faisant le jeu de tous les nantis qui ne rêvent que d’asservir un peu plus le peuple, mais en outre il trahit ses propres électeurs qui ne l’ont pas élu pour entendre des sornettes sur le CDI. Il s’inscrit dans cette manœuvre qui, de Rebsamen à Macron, de Valls à Collomb tend à nous montrer qu’il n’y a pas d’autre alternative – TINA disait l’horrible Margaret Thatcher – et donc de gré ou de force nous devons en finir avec la protection sociale quelle que soit la forme de celle-ci. Mais pourquoi abandonnerions-nous ainsi les acquis sociaux ? Dans quel but ? Et bien sûr c’est là que le raisonnement des libéraux n’est plus crédible. On nous dit que finalement c’est mieux pour avoir un emploi de voir notre salaire baisser, que la retraite soit maintenant réservée aux morts et à l’élite de la nation. Il n’y a aucune preuve que la diminution des droits des travailleurs, de la protection sociale et même des salaires conduise à la prospérité : c’est même l’inverse qu’on peut démontrer empiriquement. C’est sur ce point d’ailleurs que se bat l’OIT, l’Organisation Internationale du Travail, basée à Genève et dépendante de l’ONU. Pour l’OIT, l’accroissement des droits des travailleurs non seulement augmente la démocratie dans l’entreprise et la dignité des salariés, mais également la productivité globale des facteurs.

    Dès lors la rhétorique du MEDEF, rapporté par la droite de la droite honteuse – le PS – s’apparente à une entreprise de dressage. On suppose que si avec la complicité des médias on répète longtemps la même chose, le bon peuple finira bien par le croire et donc que de cette manière le patronat raffermira son pouvoir.

     

    Encore le scandale des autoroutes

     

    On peut lire sur cette question un article hilarant sur le site de L’Obs. En effet la question du racket des passants motorisés par les sociétés autoroutières est un sujet en soi. On se dit d’ailleurs que si ces infrastructures n’avaient pas été privatisées, elles aideraient au moins à combler une partie du déficit public. Dans le même temps ce qu’on savait déjà arrive au grand jour : les sociétés d’autoroutes augmentent leurs tarifs plus vite que l’inflation, et encore on ne rentre pas dans la petite cuisine interne qui leur permet d’augmenter un peu plus les tronçons très fréquentés, et un peu moins les autres. Elles arrivent ainsi à une rentabilité de 20% et plus par an ! Ce qui veut dire qu’en moins de 5 ans ces sociétés ont amorti leur capital, ou encore qu’en 10 ans elles ont refait deux fois leur capital. Et donc qu’en privatisant ces biens publics l’Etat s’est privé d’une rente qui eut été bienvenue par les temps qui courent. On voit par-là que la privatisation au motif de besoins d’argent frais pour payer la dette publique ne tient pas une minute.

    Mais l’article de L’Obs est drôle pour d’autres raisons que celles de rappeler les turpitudes de ces gangs qui rançonnent les passants aux péages. D’abord parce qu’on lit la réaction des députés. Certains, les communistes, se posent la question de savoir s’il ne serait pas plus juste et plus économique de renationaliser ces autoroutes. Les « socialistes » comme d’habitude font la danse du ventre, Philippe Duron, député, président du Conseil Régional de Basse Normandie, dit qu’il ne faut pas exagérer et un petit toilettage suffira. « Il faut garder confiance dans les sociétés d’autoroutes ». C’est comme le loto, une telle phrase permet de décrocher le gros lot.

      

    Pierre Coppey, rentier 

    Un autre comédien intervient dans le même article. Pierre Coppey président de Vinci concessions, nous ferait presque pleurer. Il dit que 20% de rendement c’est juste conjoncturel, qu’au mieux et dans le temps cela ne représentera plus que 7% – une paille quand on sait que le rendement du capital sur le très long terme est de 4%. Il ajoute d’ailleurs qu’il ne comprend pas la polémique qu’on lui fait étant donné que les clients sont très contents – du moins c’est ce qu’il dit. Non seulement on n’est pas obligé de le croire, mais en outre on peut opposer à cette satisfaction de circonstance la montée du nombre de fraudeurs aux péages. A moins de dire que les fraudeurs sont contents d’une hausse des tarifs car cela les poussent à s’amuser à frauder. Pierre Coppey est sûrement un menteur.

    Le petit Macron a décidé qu’il allait mettre la pression sur les sociétés autoroutières. Il a fustigé l’économie de la rente. Mais ce n’est pas tout de le dire, il faut encore le faire. Bref il semble qu’on s’oriente vers la solution suivante. Les sociétés d’autoroutes vont s’engager à investir 30 milliards d’euros, ce qui soit disant relancera l’économie, mais en échange elles obtiendront une prolongation de leurs concessions. Voilà une solution qui ne risque pas de mettre à mal la rente ! Certainement elles traîneront un peu les pieds pour investir, certainement elles maquilleront un brin les comptes pour montre que de tels investissements ont plombé leurs bénéfices. Bref on comprend que ce n’est pas demain la veille que nous allons nous débarrasser de ces sangsues.

     

    Liens

    http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/11/19/gerard-collomb-propose-une-periode-d-essai-de-deux-a-trois-ans-pour-les-cdi_4525877_1698637.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20141119.AFP1242/autoroutes-partisans-et-opposants-d-un-rachat-des-concessions-s-affrontent.html

     

     



    [1] Le parcours de ce bureaucrate est édifiant. Il est le fils de Jacques Chérèque qui a dirigé la CFDT. C’est donc un petit héritage – comme celui de Pierre Gattaz. Mais il est aujourd’hui chargé du suivi du plan gouvernemental contre la pauvreté, et pour cela il est rémunéré 7247 € nets par mois ! La pauvreté ça rapporte aussi !

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