• Actualités 11

     

    Du public et du privé

     

    La cupide Viviane Reeding démontrant qu’en matière de turpitude la femme est bien l’égale de l’homme 

    Beaucoup se sont émus du passage direct de Madame Viviane Reeding, ex-commissaire aux droits de l’homme, au secteur privé. Elle devient ainsi membre du conseil d’administration de la compagnie minière belge Nyrstar, mais surtout elle deviendra au premier janvier 2015 elle deviendra membre des conseillers de la fondation Bertelsmann. Cette fondation est en réalité une entreprise de lobbying, très impliquée dans la défense du traité transatlantique. Malgré les circonvolutions stylistiques que prend Le monde pour révéler cette déplaisante nouvelle, nous comprenons bien que la Commission européenne qui a donné son feu vert à cette infamie s’est assise sur l’idée qu’il puisse y avoir des conflits d’intérêts. Evidemment Viviane Reedings, luxembourgeoise, c’est tout dire, connait à fond les couloirs de l’institution, et on comprend bien que c’est pour sa capacité à magouiller qu’on l’a engagée. On peut le lire dans le sens que l’on veut, mais la Commission européenne est un haut lieu de corruption. Elle a été membre de la Commission depuis 1999. C’est une sorte de Juncker en jupon, elle prouve que la femme est tout à fait l’égale de l’homme dans ce qu’il a de plus mauvais. D’ailleurs elle conservera son mandat de député européen, se bornant juste à dire qu’elle ne participerait pas aux votes sur les questions minières. Questions qui ont lieu comme on sait tous les 36 du mois. Mais elle nous prend tellement pour des imbéciles qu’elle suppose que cela nous satisfera et qu’on ne supposera même pas qu’elle puisse utiliser son entregent pour faire avancer les petites affaires de ses mandataires.

    Voilà ce qu’elle disait en 2012 pour faire la  leçon à ces bâtards de députés français qui n’auraient pas encore bien compris le message : « Il faut lentement mais sûrement comprendre qu’il n’y a plus de politiques intérieures nationales. Il n’y a plus que des politiques européennes partagées dans une souveraineté commune. » Mais comme la politique européenne dans tous les segments navigue à vue, elle n’offre guère de perspective sérieuse.

     

    Le grand écart entre le monde occidental et le reste

      

    Les dirigeants du BRICS au dernier G20

     

    Tout le monde a remarqué que les relations entre Poutine et les membres occidentaux du G20 n’étaient pas au beau fixe. On a vu Hollande faire des mines de constipé pour bien montré dans quel camp il se trouvait. Mais la réalité est probablement plus compliquée.

    Dans un très intéressant billet Jacques Sapir se pose des questions sur la manière dont les Européens se sont retrouvés à faire de l’anti-poutinisme l’alpha et l’oméga de leur politique internationale. Le premier point qu’il met en avant est que la Russie n’est pas isolée, bien au contraire elle construit avec la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud une puissante relation. Et bien entendu ce sont tous des pays très dynamiques sur le plan économique, possédant des réserves de devises en très grande quantité. C’est un fait majeur que les pays les plus dynamiques du monde sont en train de construire des alliances sans tenir compte des desiderata des Etats-Unis, desiderata relayés par l’Union européenne et l’OTAN. Pire encore, ce nouvel axe est maintenant rejoint pas Israël. On l’a vu dans la crise ukrainienne, Israël aide la Russie à contourner les sanctions. Devant les hésitations américaines et européennes, c’est probablement à partir d’un axe inédit Israël-Russie-Iran que le combat contre l’Etat Islamique va être mené.

    Sapir dénonce une absence de politique américaine, il reprend le mot du vieux Kissinger selon lequel l’agitation des Américains et de l’OTAN en Ukraine masque une absence de visée. Je ne le crois pas. Il apparait maintenant que la lutte contre la Russie, via l’encerclement par l’extension des bases de l’OTAN, vise d’abord à empêcher la mise en place d’un axe Moscou-Pékin. Il semble que cela soit un objectif impossible à atteindre. Le second est bien sûr de paralyser l’Europe, l’empêcher de retrouver un élan. Et de ce côté les Etats-Unis disposent de deux atouts, l’Ukraine, qui gèle les positions et entrave l’économie du continent, et bientôt le Traité transatlantique qui va probablement entraîner l’Europe dans une spirale récessive pour des décennies. Mais l’alliance qui se dessine entre les Etats-Unis et l’Europe contre le reste du monde, ressemble à une alliance de puissances déclinantes.

    La prochaine étape qui semble inévitable c’est la partition de l’Ukraine qui existe déjà de fait, mais Poutine ne semble pas pressé. Il préfère sans doute attendre de récupérer ses Mistral.

     

    Les patrons-héritiers la ramènent

      

    Dassault, un homme qui sait utiliser le pognon 

    Mardi c’est les journalistes qui révélaient que le sinistre Serge Dassault – héritier de son père qui lui-même a construit sa fortune à coup de subventions étatiques – avait réclamé à son comptable 53 millions d’euros en liquide ! A quoi peuvent bien servir de telles sommes ? Le monde soupçonne que cela soit utile pour acheter des voix dans la bonne ville de Corbeil-Essonnes. Mais cet argent qui circulait sous la forme de liasses de billets de cent euros enfermées dans des sacs en plastiques, est une grosse somme, et il n’est pas certain que cet argent n’ait pas servi à autre chose, comme par exemple aider au financement de la campagne du petit Nicolas. La description des circuits semble montrer que Dassault ne craignait guère d’être découvert dans ses turpitudes. On peut imaginer que cet argent de la corruption a un sens bien plus large que le financement d’une campagne municipale, mais surtout on peut penser que cette somme n’est que l’écume d’un système bien plus vaste.

     

    Le peu intelligent Pierre Gattaz croie que la provocation fera avancer ses affaires 

    Gattaz – le fils, l’héritier – continue à faire des siennes. Racontant un peu partout que l’ISF tue l’emploi. Il demande donc la disparition de cet impôt qui empêcherait les bons patrons d’investir. Cette énième provocation a été malvenue. En effet elle a mis l’accent sur le fait que plus les profits gonflaient, plus les salaires baissaient et moins l’investissement ne se faisait. Cette mise en lumière des imbécilités du leader du MEDEF a obligé le jeune Macron à intervenir pour dénoncer une provocation et donc à se démarquer de cette surenchère. A travers ce coup d’éclat on peut se demander ce que vise Gattaz. En fait il réclame un nouveau basculement des impôts, des revenus et du patrimoine vers la consommation. Il est prêt à défendre une hausse de la TVA au motif de financer proprement la couverture sociale. Il considère que la TVA à 20% est extrêmement faible et suggère qu’on l’augmente jusqu’à 23 ou 25%. Mais comme on le sait une hausse de la TVA compensée par une baisse des impôts sur les revenus ou le patrimoine – ce qui se fait depuis une bonne quarantaine d’années – signifie qu’on prend un peu plus d’argent aux pauvres pour le donner aux riches. La TVA, c’est bien connu, est l’inverse de la justice sociale, elle pénalise d’abord les plus pauvres, elle est dégressive en quelque sorte avec le revenu.  Les fausses maladresses de Gattaz nous disent directement où va se situer le combat : une hausse de la TVA.

     

    Les banquiers tricheurs par « nature » ou par « culture »

      

    Ce n’est pas mon mauvais esprit qui évoque cette question, mais le journal Le monde sur la base d’une étude publiée en février 2014 dans la revue Nature : « Business culture and dishonesty in the banking industry », Alain Cohn, Ernst Fehr & Michel André Maréchal. En vérité il s’agit d’un peu plus que de la tricherie, le titre en anglais postule la « malhonnêteté » comme un attribut de la fonction de banquier. Et si l’on se fie aux amendes records qui ont été prononcées ces derniers temps aux Etats-Unis et en Europe, on comprend bien qu’aucune autre profession n’est atteinte autant de ce mal qu'illustrele vieil adage des économistes : « Il y a pire que de voler une banque, en ouvrir une ». Le cœur de l’étude porte sur le comportement des professionnels de la banque : il ressort que ceux-ci ont une aptitude supérieure à la moyenne de tricher. C’est un problème qui n’est pas sans importance parce que les banquiers sont une profession qui est parmi les plus détestées, et périodiquement une banque est brûlée dans des mouvements de rébellion. Le moins qu’on puisse dire est que les banques n’ont pas la confiance de leur public et que la crise de 2008 a aggravé le problème.

    Mais qu’en conclure ? Pour les uns se sont les pratiques de la banque elles-mêmes qui produisent cette culture de la triche. C’est ce que pensent les trois Suisses qui ont travaillé à cette question. Mais on pourrait penser aussi que, comme la politique, la banque est un secteur qui attire plus particulièrement les voyous, parce qu’il est assez commun aujourd’hui de penser que dans ce secteur très opaque les possibilités de s’enrichir sans travailler sont nombreuses et variées. Et donc qu’il faut avoir des dispositions bien particulières pour verser dans cette activité malhonnête. Peut-être que quelque examen attentif permettrait de les dépister avant, par exemple en analysant les motivations de ces gens qui font HEC, l’ENA ou Polytechnique. On éviterait ainsi qu’ils se livrent à des activités que la morale la plus élémentaire réprouve.

      

    Nos trois naïfs chercheurs pensent cependant qu’on pourrait contourner cette épineuse question en demandant aux cadres et responsables bancaires de prêter un « serment », ce qui peut faire sourire parce qu’on se dit que si on triche d’un côté on trichera de l’autre, y compris en se parjurant. Mais si on considère que la propension à tricher provient du métier lui-même, du fait qu’en ayant privatisé la production de la monnaie, le système a donné un pouvoir énorme et disproportionné aux banquiers, on peut envisager de les en priver par exemple en les nationalisant. Il suffit pour cela de dire que la monnaie est un bien public et que par suite elle doit être produite par l’Etat. Mais comme une telle décision est politique par nature, et que les banquiers sont prompts à corrompre les hommes politiques, il nous faut d’abord en passer par un changement institutionnel profond.

    Par ailleurs un article de L’Obs nous explique comment l’Islande est arrivé à mettre ses banquiers en prison. La conclusion principale de cet article est qu’au lieu de traiter les banquiers  comme des délinquants ordinaires, on a fait une lecture politique de leurs malversations. Voilà un petit pays dont nous ferions bien de nous inspirer, aussi bien pour réécrire notre constitution que pour mettre les banquiers indélicats – pléonasme – à l’ombre.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/17/ces-commissaires-europeens-qui-passent-dans-le-prive_4524910_3234.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3030

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/11/18/le-comptable-suisse-de-serge-dassault-lui-aurait-remis-53-millions-d-euros-en-cash_4524945_823448.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141118.OBS5310/gattaz-appelle-a-supprimer-l-isf-macron-denonce-une-provocation.html

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/19/les-banquiers-tricheurs-par-culture_4526122_3234.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141120.OBS5681/comment-l-islande-a-mis-en-prison-ses-banquiers-indelicats.html

    « Nationalisations et privatisationsÇa ne marche pas ! Faisons encore plus de politique de l’offre ! »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :