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    Fillon éliminé par Jouyet !

      

    On se doutait un peu que Fillon ne faisait pas le poids pas plus dans le domaine des idées que dans celui de la magouille politique. Il s’est bel et bien fait rouler dans la farine. Cette semaine il a été éliminé sèchement de la course à la présidence de 2017. Il était déjà en perdition avant, mais là on peut dire qu’il est fini. Certes en politique les professionnels ne sont jamais finis, mais je crois que pour l’ineffable Fillon, c’est scié. A défaut d’endosser le costume de traitre de comédie, il va avoir celle du looser. Sarkozy qui est aussi son ennemi intime et qui n’a pas de mots assez durs pour le qualifier peut d’ailleurs se permettre de venir à son secours en se faisant passer pour victime de l’Elysée dans toutes les procédures en cours, et donc à jouer les rassembleurs de l’UMP.

    C’est le rusé Jouyet qui est l’auteur de cet attentat. C’est en effet lui – qui est compatible avec la droite, avec la gauche, avec la Commission européenne, avec la Bourse et j’en passe – qui a tué Fillon. Il a révélé à des journalistes du Monde un rien naïf tout de même que lors d’un déjeuner très privé Fillon était venu lui demander d’hâter les procédures judiciaires pour enterrer Sarkozy définitivement. Mais pourquoi l’a-t-il fait ? Je veux bien que le bonhomme soit stupide, mais à l’évidence il a agi pour manipuler les journalistes. A qui profite le crime ? Le bénéfice tiré par Sarkozy est évident, il passe pour une victime et comme il sait que la course à la présidentielle se jouera au sein de l’UMP entre lui et Juppé, en éliminant Fillon il ralliera peu à peu les rares soutiens de celui-ci dans son camp. Quelles mœurs ! Et après on s’étonne que les électeurs se détournent de l’UMPS !

    Jouyet avait vendu sa soupe en justifiant ses changements politique en se présentant comme un serviteur de l’Etat, et donc que c’était bien le moins qu’il aide aussi bien Sarkozy qu’Hollande. On voit ce qu’il en est. Ceci dit Sarkozy et Hollande auraient dû se méfier de ses conseils et de sa duplicité, preuve qu’ils ne sont guère intelligents eux-mêmes.

    Pour être rusé, Jean-Pierre Jouyet n’en est pas moins un imbécile. Il a été conseiller de Sarkozy qui a mené la politique économique que l’on sait avec le succès que l’on sait aussi, puis il a mis sa science au service de son ami de trente ans François Hollande dont le succès de la politique se mesure directement à sa cote de popularité. Cette décomposition de la classe politique – qui n’est d’ailleurs pas seulement française, mais bien occidentale plutôt – mine directement les institutions et fait avancer les idées d’une nécessaire VIème République chère à Mélenchon. Ce n’est pas de ce sujet qu’on va discuter aujourd’hui. En attendant, le PS étale un peu plus au grand jour sa dégénérescence et ce que les sympathisants de l'UMP reprocheront à Fillon c'est évidemment d'avoir étalé sa grande naïveté.

     

    Les loyers en France et l’économie rentière

     

    Voilà que revient sur le devant de la scène la lancinante question des loyers et du logement. C’est l’un des postes les plus importants du budget des ménages, et c’est celui qui a le plus gonflé dans les dernières décennies.

      

    L’Etat dépense une 15,7 milliards d’euros par an pour l’aide au logement. 5,7 millions de personnes en bénéficie. C’est beaucoup d’argent public dépensé. C’est une vieille histoire, elle remonte à 1948 à l’époque il s’agissait de l’AFL, l’aide familiale au logement, mais elle n’aidait que les familles les plus pauvres et complétait la loi en ce qui concerne l’impossibilité pour un propriétaire de procéder à une hausse des loyers. Ce qui est en cause aujourd’hui, c’est l’APL, l’aide personnalisée au logement. Elle a été instituée en 1977 sous la présidence de Giscard d’Estaing. Elle était d’bord destinée à aider le lobby de l’immobilier, et elle complétait – déjà – un retour à la logique du marché et à un retrait de l’Etat. On va passer d’une régulation par l’Etat et par la loi à une régulation par le marché.

    L’idée était de libérer les prix, de laisser jouer les lois du marché et de compenser les hausses par des aides de l’Etat. L’hypothèse était que cette hausse engendrerait des constructions massives qui finalement stabiliseraient les prix. Evidemment, comme on pouvait s’y attendre, et comme c’est toujours le cas, les prix ont flambé et les loyers ne se sont pas stabilisés. Le graphique ci-dessus montre que c’est dans les années 50-70 que la construction est en forte expansion. C’est là le résultat de l’intervention radicale de l’Etat. Mais à cette époque, les loyers restent bloqués.

    Le lobby de l’immobilier est très puissant en France. Il s’est appuyé sur une logique de croissance et d’emploi puisqu’en effet le secteur du bâtiment emploi des millions de personnes et qu’il n’est pas soumis à la concurrence des entreprises étrangères. Donc on pensait que soutenir le bâtiment de n’importe quelle façon était une bonne chose. On répétait à l’envie l’idée que quand « le bâtiment va tout va ». Les choses ont évolué en mal. La France est un des pays européens où le prix des logements et des loyers est le plus élevé. En moyenne il est de 40% plus élevé qu’en Allemagne par exemple où non seulement le secteur est très encadré, mais où la construction de logements sociaux est soutenue. Ce qui a deux conséquences économiques immédiates :

    - d’une part cela grève le budget des ménages qui sont bloqués du côté de leur demande, ils consomment moins d’autres produits par exemple ;

    - et d’autre part cela permet de transférer des ressources énormes de l’Etat vers les propriétaires qui ont intégré justement les APL dans la fixation de leur loyer.

    Le résultat de cette économie de la rente est que non seulement elle ruine le travail, mais qu’en outre elle amène les plus grands désordres dans l’équilibre économique. Les excès d’épargne alimentent la spéculation qui a son tour engendre des possibilités des crises de plus en plus importantses.

    Le logement pèse de plus en plus dans le budget des plus pauvres

    Évolution de la part du logement dans le budget des ménages de dix pays européens*, selon le niveau de vie des ménages (en %). [*] Belgique, Allemagne, Espagne, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni. Source : données Eurostat.

     

    Face à cette hausse des loyers les ménages ont réagi par une augmentation de la demande d’achats immobiliers, pensant ainsi que sur le long terme ils ne perdraient pas tout leur argent. Si on compare encore la France et l’Allemagne, on se rend compte que la France est devenue un pays de propriétaires. 60% des Français sont propriétaires de leur logement contre 40% seulement en Allemagne. La vieille idée de Giscard d’Estaing était entre autres qu’un pays de propriétaires ne fait pas la révolution. Je signale que cette politique du logement française est semblable à celle qui a sévi aussi au Royaume Uni où le logement est très cher également.

    Revenir en arrière est bien difficile. En effet une autre politique qui aurait des effets positifs à long terme voudrait que les sommes que l’Etat distribue dans les APL, soient consacrées à la production de logements sociaux sous la houlette de l’Etat. Mais pour transférer cette somme de l’aide vers la production directe, cela voudrait dire que l’on laisse les ménages seuls face à la rapacité des marchés, il est donc bien entendu que la suppression pure et simple des APL ne pourrait se faire brutalement. Il ne peut y avoir qu’une politique progressive en la matière : bloquer les loyers comme on avait parlé de le faire au début du quinquennat d’Hollande. En bloquant les loyers on réduirait la progression naturelle des APL et les sommes économisées pourraient ainsi revenir vers la production de logements sociaux. Celle-ci aurait ensuite, et suivant la loi de l’offre et de la demande, la vertu de faire baisser les prix aussi bien sur le marché locatif que sur celui de l’acquisition.

    On se doute qu’une telle inversion de politique entrainerait de forts gémissements du côté des propriétaires et du lobby de la construction. En outre comme les hommes politiques sont eux-mêmes propriétaires, c’est l’essentiel de leur patrimoine déclaré, ils seraient très réticents à voter une loi qui les désavantage.

    Pour ceux que cette question complexe intéresse, je conseille la lecture de l’excellent ouvrage de Marie-Noëlle Lienemann. Ce n’est pas si souvent que j’adresse un compliment à un membre du Parti Socialiste. Ça prouve que je ne suis pas sectaire. Vous me direz qu’elle est clairement à gauche, opposée à Hollande et Valls et qu’en outre elle a été une ministre du logement qui connaissait parfaitement son dossier. Ce qui est tout de même assez atypique pour un ministre !

     

    De nouvelles casseroles pour l’UMP

    Bernard Brochand le sulfureux maire de Cannes essaie de s’abriter à l’aide de son parapluie

     

    Cette semaine c’est le tour de l’UMP d’être encore sur le devant de la scène pour des magouilles financières. Il s’agit de trois petits escrocs, Bernard Brochand, député maire de Cannes, Lucien Degauchy, député de l’Oise, et de Bruno Sido, sénateur de Haute-Marne. Ces trois membres éminents de la Sarkozye ont été pris la main dans le sac pour avoir fait des fausses déclarations de patrimoine. Bernard Brochand est quant à lui dénoncé pour avoir beaucoup d’argent dissimulé sur un compte en Suisse. C’est assez drôle de voir ce bonhomme dont la prévarication est notoire sur Cannes se faire piéger comme un vulgaire Cahuzac. Je rappelle qu’il fut un des plus hardis accusateurs de cette canaille de Cahuzac. Du coup le cirque habituel s’est mis en place. On a vu les socialos par la bouche de Bruno Le Roux demander la démission de ces trois pitres. Et puis l’UMP y est allé de son laïus sur le thème de l’inquisition, ou encore en allant plus loin et en comparant les services de vérification de la sincérité des patrimoines tout simplement à la Gestapo !

    Le comique de la situation vient également du fait que Bernard Brochand dont tout le monde à Cannes connait l’honnêteté proverbiale, affirmait sur son site en 2013 qu’il avait toujours déclarer son patrimoine depuis 2001, mais aussi que s’il était naturellement pour la transparence – on imagine mal un député affirmer qu’il est pour l’opacité – il était contre l’idée de rendre les patrimoines publics. Comme quoi il n’y a pas qu’à Levallois-Perret que la canaille sévit.

    En urgence l’UMP a envoyé Christian Cambon déconner sur le devant de la scène pour brasser du vent et envoyer des généralités tempétueuses sur la présomption d’innocence, sur l’inquisition, sur l’emballement médiatique et autres conneries qui sont censés calmer les interrogations dans les rangs des disciples. L’espoir est qu’une autre affaire fera oublier celle-ci.

    Dans ce cas qui nous occupe, cette dénonciation est le résultat de la structure mise en place par Hollande, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

     

    Macron persiste dans l’erreur, corrigeons le

     

    Dans une interview au Monde – décidemment il ne semble rien avoir à faire d’autre – l’inconsistant Macron signale que l’économie française est « en état d’urgence ». Ce sont ses propres mots. Pour faire bonne mesure il s’inscrit dans la continuité du travail de François Hollande. Ainsi il définit la priorité de l’action gouvernementale comme le redressement des marges des entreprises. Toujours le même théorème de Schmitt selon « lequel les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Ce théorème est faux. C’est à partir du moment où il a servi de guide pour la politique économique que la croissance s’est effondrée et que le chômage a explosé. Je rappelle que ce type de politique est en place – sauf si excepte les années 1981-1983 – depuis environ 40 ans. Pourquoi ? Et bien parce que lorsqu’il n’y a pas de demande, les entrepreneurs n’ont pas de raison d’investir, et que faire alors des super-profits ? Ils viennent gonfler les investissements spéculatifs en Bourse, dans l’immobilier ou dans la dette publique.

    En résumé, il faut remplacer le théorème de Schmitt par le théorème de René Teboul : « les profits d’aujourd’hui font la spéculation de demain et la crise d’après-demain ».

    Macron nous propose donc, pour soigner l’économie qui est pour le moins bien malade, de poursuivre la politique qui a amené au démembrement de l’industrie française, à l’explosion de la dette publique et à la baisse des salaires.

    En comparant les deux graphiques suivants, on voit clairement deux choses :

    - d’une part que la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée a été compensée et au-delà depuis la fin des années soixante-dix par l’explosion de la rémunération des actionnaires.

    - d’autre part que l’explosion de ces capacités de financement n’a eu aucun effet, ni à court terme, ni à long terme sur le redressement de la croissance. Mieux encore, on pourrait dire que cette explosion des profits à engendrer la récession et par suite le chômage.

     

    J’espère que le petit Macron qui n’a pas l’air de connaître très bien le sujet dont il nous cause va lire ce petit billet et qu’il corrigera ses erreurs d’analyse aussi bien que sa mauvaise politique.

     

    Liens

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/video/20141112.OBS4716/jouyet-fillon-qui-ment-le-plus.html

    http://www.marianne.net/Cette-semaine-dans-Marianne-La-conjuration-des-cretins_a242767.html

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/14/quand-les-aides-au-logement-poussent-les-prix-des-loyers-a-la-hausse_4523524_3234.html

    http://www.les-crises.fr/immobilier-en-france/

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141114.OBS5128/patrimoine-des-elus-un-senateur-ump-denonce-un-regime-de-gestapo.html

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/15/m-macron-notre-economie-est-en-etat-d-urgence_4524099_3234.html

    « L’ère des robots, la disparition du travail, Charles-Edouard Boué, Confucius et les automates, Grasset, 2014Nationalisations et privatisations »
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  • Commentaires

    1
    Lundi 17 Novembre 2014 à 09:32
    Les imbéciles au pouvoir
    Le plus grave concernant les détournements de sens par le patronat et ses complices (ou imbéciles) c'est de dire que les entreprises "créent des emplois" C'est faux : elles embauchent. En fait c'est le travailleur qui créé son emploi parce qu'il achète ce qu'il produit.(fordisme). Les entreprises elles sont effectivement, elles, créées pour servir d'intermédiaires. C'est la demande des populations qu'elles se chargent de satisfaire qui créent l'emploi. Dire le contraire est un retournement de sens que je dénonce depuis des années, qui n'est pas repris par les politiques, hélas non plus par les syndicats.C'est sur la propagation de ce contre-sens que nos dirigeants aident les entreprises à embaucher à coups de centaines de milliards, en vain. naturellement. ce qui creuse le fameux déficit. D'où ma proposition d'augmenter les bas revenus.
    2
    Mercredi 19 Novembre 2014 à 06:57
    le sens des mots
    C'est exact, on détourne en permanence le sens des mots. On fait comme si les véritables producteurs étaient les patrons. D'où l'idée que si celui-ci nous donne du travail, il nous faut le remercier. C'est la même chose quand on dit que le travail est un coût. Il faudrait faire un dictionnaire pour employer les mots dans un sens exact.
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