• Actualité 15

    Feu la Taxe Tobin

      

    La taxe Tobin est une taxe sur les transactions financières (TTF). Elle avait été adoptée laborieusement par 11 pays sur 28 dans l’Union européenne dans une version édulcorée, elle vient d’être enterrée par la France. Elle suppose qu’en taxant les flux financiers transfrontaliers, on obtient plusieurs résultats positifs :

    - le premier est de freiner des transactions financières qui n’ont pour but que la spéculation. On suppose que cela entrainerait de gré ou de force une moralisation de la profession de banquier ;

    - le second serait d’unifier un peu plus le territoire européen de la finance et de la banque ;

    - le troisième aurait été de lever des fonds pour le budget de l’Union européenne, cela aurait été le premier impôt européen.

    Il y a une quatrième idée qui n’est jamais clairement avancée, c’est que puisque les banques ont été à l’origine de la crise de 2008, il est bien qu’elles payent en retour pour les dégâts qu’elles ont commis. Comme on ne connait pas très bien l’impact sur l’activité financière, il est assez difficile de faire des estimations sur ce que cela pourrait rapporter à la France. On estime ce volume compris entre 1 milliard et 10 milliards d’euros. Le premier chiffre est mis en avant par les lobbies banc aires qui pleurnichent pour expliquer qu’on va tellement ralentir la circulation du capital, qu’on va geler l’investissement, et par suite la croissance et l’emploi.

    C’est donc la France de François Hollande (rappelez-vous ce que disait ce petit bonhomme : « mon ennemi c’est la finance ») qui a mis à bas ce dispositif pourtant bien modeste. Michel Sapin a justifié ce sabotage en disant qu’il n’était pas opposé à ce beau projet, mais que comme les Britanniques n’y adhéraient pas, il ne pouvait pas se permettre de pénaliser les banques françaises.

      

    En attendant les deux négociateurs français ont été recyclés par le lobby bancaire, l’un, Benoit de La Chapelle-Bizot[1], ira pantoufler à la Fédération Bancaire Française – le syndicat des banquiers, en tant que directeur général délégué, la FBF est le principal lobby de la banque en France, on peut donc juger au moins qu’il y a une confusion des intérêts ; l’autre ira à la Société Générale. Comme quoi le crime paie, et on connait dans ce cas le prix de la corruption.

    Evidemment de tels reniements ont de quoi écœurer. On remarque que ce revers s’il discrédite toujours un peu plus la canaille qui a mis la main sur le PS, invalide aussi indirectement l’action d’ATTAC. C’est en effet cette organisation qui misait sur une mobilisation à l’échelle européenne. On vient d’avoir la preuve ici qu’à l’échelon européen aucune action de régulation de la banque et des multinationales n’est possible, et que si on veut moraliser les banques, il vaut mieux les nationaliser et imposer un contrôle sur les mouvements de capitaux. Evidemment pour cela il faut sortir de l’Union européenne et de l’euro.

    La loi Macron au conseil des ministres 

    C’est mercredi que premier ministre et le ministre de l’économie ont présenté ce qu’on appelle la loi Macron. L’idée générale de cette loi est que si l’économie française n’est pas assez performante en termes de croissance et d’emplois, si elle perd de sa superbe sur le plan industriel, ce n’est pas parce que le patronat français dans son ensemble a choisi la rente et la voie du capitalisme financier, mais parce que trop de rigidités entravent l’économie. C’est un peu la tarte à la crème des libéraux, de la droite affairiste, que de faire semblant de voir dans des minuscules phénomènes de grands effets.

     

    La loi Macron est une loi fourre-tout assez invraisemblable, elle comporte cependant trois mesures phares :

    - la première porte sur un assouplissement des 35 heures, malheureusement pour Macron qui n’étudie pas beaucoup ses dossiers, outre qu’il n’y a pas grand-chose à gratter de ce côté-là, en termes d’assouplissement l’essentiel a été fait par Sarkozy et sa troupe, un rapport vient d’affirmer au contraire que les 35 heures ont été efficaces dans la lutte contre le chômage. Certes ce rapport a été réalisé sous la direction d’une élue du PS, mais tout de même s’il y a une chose de certaine c’est bien que les trente-cinq heures n’ont aucun rapport avec la hausse du chômage.

    - la seconde porte sur l’extension du travail du dimanche. A gauche – je veux dire du côté de la gauche rose – les boucliers se sont levés. Mélenchon et Martine Aubry se sont lancés dans une attaque de cet aspect de la loi. Dans une tribune publiée dans Le Monde, le maire de Lille dénonce non seulement une régression sociale mais le fait qu’une telle idée n’aura aucune conséquence sur l’emploi, que ça risque même d’être l’inverse. A l’évidence la multiplication des jours d’ouverture du commerce ne peut pas créer du pouvoir d’achat supplémentaire. Mais en outre, cette ouverture dominicale étendue va d’abord profiter aux grandes surfaces au détriment du petit commerce, or on sait (mais apparemment ni Attali, ni Macron n’ont fait des études suffisamment poussées en économie) qu’un emploi créé dans un hyper-marché détruit environ 5 emplois dans le petit commerce. En outre, les employés qui accepteront de travailler le dimanche, vont surtout être des étudiants, employés à temps partiel, et donc finalement ils remplaceront des temps-plein. Aubry soulignait d’ailleurs que dans une période de fort chômage en appeler au volontariat c’est un peu se moquer du monde. La réponse de Valls sur ce thème a été tout à fait digne du MEDEF. Arguant qu’il ne s’agissait que de 5 à 12 dimanches par an, il prétend qu’il ne faut pas en faire un plat. Mais on connait l’argumentaire patronal, avec la patience de l’araignée il avance lentement mais sûrement à visage masqué : le tout est de nous amener progressivement à admettre la flexibilité du travail tout azimut.

    - le troisième point est de lutter contre le monopole des professions dites réglementées, les notaires, les pharmaciens ou encore les taxis, une marotte d’Attali… Mais on ne voit pas très bien comment une telle mesure créerait des emplois, au mieux cela les partagerait, puisqu’en multipliant les officines de notaires on ne multiplierait pas pour autant les actes. C’est une pratique assez courante que d’opposer telle ou telle profession au reste de la population. Le courant libéral est très fort dans cet exercice, présentant par exemple les fonctionnaires ou les retraités comme des privilégiés, ce qui évite évidemment de désigner les véritables profiteurs d’un système moribond et de laisser croire qu’un alignement par le bas pourrait être une mesure de justice sociale.

    Dans ce projet de loi on trouve encore des choses assez drôles, par exemple l’idée de faciliter les compagnies d’autocars à s’implanter. Macron suppose que cela améliorera le pouvoir d’achat des Français, les pauvres n’ayant pas les moyens de voyager pourront prendre ainsi le bus pour des prix modiques ! Il suppose qu’en multipliant les compagnies d’autocars, cela fera baisser les prix des voyages et donc que cela augmentera les opportunités de voyager pour… trouver du travail. Il est probable que cela va entraîner à terme une augmentation de la zone dans laquelle vous êtes censé trouver du travail quand vous êtes chômeur. La réforme envisagée du permis de conduire va aussi dans ce sens : la mobilité augmentée permettra de lutter contre le chômage. Comme s’il y avait quelque part un gisement d’emplois en grande quantité et qu’il fallait juste se donner les moyens de les saisir. C’est une paresse intellectuelle que de croire que le chômage serait juste le résultat du manque de volonté des travailleurs de faire les efforts nécessaires pour s’adapter au marché du travail.

    Reposant sur des prémisses fausses, les propositions de la loi Macron sont certaines d’atteindre à l’inefficacité. Le libéralisme débridé n’a jamais été le moteur de la croissance, c’est même l’inverse. Mais ne sachant plus comment faire plaisir au courant le plus libéral du patronat, Hollande et son gouvernement multiplient les fautes tactiques et stratégiques. Cela leur donne peut-être l’impression qu’ils agissent, du moins croient-ils que les Français le pensent. Les débats à l’assemblée promettent d’être chauds, mais il semble que Valls et Hollande comptent sur le ralliement de quelques députés de droite pour pallier les futurs désistements qui s’annoncent dans le camp « socialistes », certains députés ne voudront pas aller aussi loin dans le reniement et voudront garder le label de « gauche ».

     

    Nouvelles privatisations en vue

      

    Les journalistes ne s’intéressent pas beaucoup aux privatisations, pourtant les nouvelles qui arrivent sont importantes. On en compte au moins deux de taille. La première est celle des fréquences télécoms de la TNT. Elle sera lancée entre 2017 et 2019 et devrait rapporter un peu plus de 2,3 milliards d’euros si évidemment le marché s’y prête. Ces sommes devront servir à financer le projet de loi militaire. Comme ces fréquences doivent être vendues aux opérateurs du marché des télécoms, il faut également que celui-ci reste encore intéressé d’ici là dans la mesure où la technologie peut aussi changer.

    L’autre gros morceau des privatisations à venir est la société Nexter. Cette dernière fabrique de l’armement de véhicules et de chars pour l’appui des troupes au sol. On ne sait pas à combien sera valorisé cette entreprise. Cependant cette privatisation pose au moins deux problèmes : le premier est le transfert de brevets militaires au secteur privé, et le second est le fait que cette entreprise fusionnerait au final avec KMW, une entreprise allemande qui deviendrait alors dominante. La CFDT a déjà fait savoir qu’elle n’avait rien à reprocher à cette privatisation – le contraire nous aurait étonné ! Les bonnes âmes penseront du bien de ce rapprochement franco-allemand au motif que la France n’est pas l’ennemi de l’Allemagne. Mais ce qui est vrai aujourd’hui le sera-t-il encore demain ? Etant donné les tensions qui existent à l’Est de l’Europe, il me semble qu’il faudrait être un peu plus prudent en la matière. On remarque aussi que si la privatisation des sociétés qui produisent de l’armement est une aubaine pour le secteur privé, il n’est pas sûr qu’au bout du compte l’Etat y trouve son compte.

     

    Liens

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141209.OBS7403/taxe-tobin-la-france-cale-robin-des-bois-peut-aller-se-rhabiller.html

    http://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0203884045625-bataille-de-chiffres-autour-de-la-taxe-sur-les-transactions-financieres-1056882.php

    http://www.lepoint.fr/economie/les-35-heures-efficaces-contre-le-chomage-affirme-un-rapport-09-12-2014-1888335_28.php

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/12/10/ne-reduisons-pas-l-existence-a-la-consommation_4537701_3232.html

    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20141211trib6e9473921/le-gouvernement-lance-la-privatisation-de-nexter.html

    http://www.latribune.fr/technos-medias/20141210trib12d265220/frequences-telecoms-la-defense-aura-bien-sa-rallonge-de-2-milliards-en-2015.html



    [1] C’est un copain du sinistre Jean-Pierre Jouyet. Incidemment il dirige aussi un fonds d’investissements immobiliers.

    « Franz Mehring, Karl Marx, histoire de sa vie, Omnia, 2009La Russie et la stratégie occidentale »
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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Lundi 15 Décembre 2014 à 09:47
    Actu 15
    Tout ceci est bel et bon. Les mesurettes de nos braves dirigeants socialistes (?) sont purement démagogiques, électoralistes. Histoire de montrer aussi qu'ils sont payés pour faire quelques chose.
    2
    Peretz
    Mardi 16 Décembre 2014 à 20:31
    Actu 15
    Concernant la taxe TTF (la taxe Tobin était prévue pour les devises), l'abandon était prévisible. Efficace elle aurait trop freinée les possibilités d'emprunt. Ou encore comme toute taxe elle aurait fait monter le niveau des taux d'intérêt. Faible elle rapporterait peu dans les finances publiques. Contradiction insurmontable. Erreur de Attac qui aurait dû se cantonner à la Tobin. Et encore application techniquement très difficile.
    3
    Mardi 23 Décembre 2014 à 09:32
    LO et la Taxe Tobin.
    En 2000, la taxe tobin n'état pas passée au Parlement européen à cause de l'abstention des députés européens de LO et de la LCR : http://www.liberation.fr/tribune/2000/02/11/apres-le-vote-sur-la-taxe-tobin-merci-aux-deputes-lo-et-lcr_315997 Explication des députés trotskystes ? "Nous ne sommes pas là pour mieux faire fonctionner le capitalisme !" Et oui, au plus ça sera la merde, au plus le Grand Soir pourra faire irruption ...cela s'appelle la politique du pire, comme le KPD avait fait, au début des années 30, qui avait amené Adolf au pouvoir ...et comme d'hab, les léninistes français se trompent ...c'est pas Arlette mais Marine qui va arriver au pouvoir !
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