• Acte XXXVII, les gilets jaunes ne sont pas en vacances, et moi non plus

    Acte XXXVII, les gilets jaunes ne sont pas en vacances, et moi non plus 

    Les gilets jaunes à Montceau se joignent à l’indignation générale après la disparition de Steve 

    Contrairement à ce qu’on pouvait penser, les gilets jaunes restent mobilisés. Ils opèrent maintenant dans une ambiance de plus en plus pourrie de fin de règne. Macron a beau partir se faire bronzer aux frais de la Princesse à Brégançon, il est rattrapé par l’actualité. Il y a tellement d’affaires louches en Macronie, qu’on ne sait plus où donner de la tête. Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, a avoué avoir menti pour ne pas embarrasser Macron dans l’affaire Legay[1]. C’est extrêmement grave, certes nous savons que les procureurs sont sous la coupe du ministère de la justice, mais il n’est pas écrit dans la loi républicaine que les procureurs doivent pour faire passer des idées politiques utiliser l’arme du mensonge, pour cela il devrait être licencié sans préavis. Si on avait encore des doutes, voilà que l’idée que nous sommes dans un Etat de droit, comme le répètent Macron et Castaner pour nous en persuader, est bel et bien en train de disparaître avec la protection sociale et le droit du travail. Les gilets jaunes ont repris ce samedi 27 juillet à leur compte les protestations contre la disparition de Steve, sans doute noyé dans la Loire, consécutivement à une charge sauvage de la police le soir de la Fête de la Musique. De nombreuses personnalités se sont jointes à cette protestation souvent silencieuse. La polémique a été ravivée par l’ignoble Christophe Soullez, petit bureaucrate qui gagne sa vie en pondant des rapports sur le fonctionnement de la police, il est chef du département de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. Ce sinistre individu pour couvrir Macron et Castaner, donc nier toute implication de la police dans la disparition de Steve a suggéré que celui-ci s’était peut-être jeté volontairement dans le fleuve[2].  

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    Et puis il y a eu l’écœurement provoqué par le rapport de circonstance fait par des employés – grassement payés – de l’Assemblée Nationale pour dire que non, la dégustation des homards et des châteaux d’Yquem, ça participait bien du travail de ce malheureux de Rugy calomnié par des jaloux. Cette pseudo-enquête a fait grincer bien des dents Et puis il y a eu cette abominable cuistrerie des députés macroniens qui après avoir applaudi le discours très généraliste de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale, se sont empressés de voter le CETA qui est l’exact contraire d’un programme actif de préservation de l’environnement et d’une lutte contre le dérèglement climatique. Même si le discours de Greta Thunberg est tellement vague et qu’il ne précise pas quelles sont les solutions pour avancer, cela n’autorise en rien de voter le CETA[3]. Comme on le voit il y a de quoi s’indigner, et chaque fois les gilets jaunes sont là pour relayer cette indignation. 

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    A Nice on manifestait contre la distribution de médailles qui permettait à Castaner de récompenser les policiers qui avaient eu le comportement le plus douteux 

    Ils sont là maintenant, dans la rue, sur les ronds points, pour faire signer la demande d’un référendum sur la privatisation d’ADP. C’est tout de même un peu grâce à eux qu’il y a cette bagarre pour les signatures. Cependant il faut bien le reconnaitre, on est en train de prendre du retard dans la collecte. Il faut dire que ni les partis, ni les syndicats n’aident[4]. S’ils n’aident pas à cette collecte, c’est parce qu’ils tremblent pour leur boutique, ils craignent que les manifestations spontanées des gilets jaunes prennent le pas sur ce qu’ils ont décidé de faire. Aux abonnés absents au moins depuis l’échec de la grève de la SNCF, ils attendent, sans trop savoir quoi. Les gilets jaunes sont donc de plus en plus nécessaires, parce qu’ils comblent un vide, ils sont la seule opposition sérieuse à Macron, et c’est bien d’eux qu’il a peur. Il faut dire que les Français n’ont plus aucun autre lieu pour manifester leur mécontentement. Ils ne peuvent guère militer dans les usines, il y en a plus, ni dans les partis qui sont mous et sans avenir, donc ils s’efforcent d’occuper la rue. C’est aussi le constat de l’échec de la démocratie représentative qui fait que Macron dont la base électorale est comprise entre 20 et 30%, peut encore gouverner, ou du moins faire semblant.

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    Les "gilets jaunes" au rond-point de la Victoire à Mougins ce samedi 27 juillet 

    Donc pour l’heure la question du nombre des gilets jaunes ne compte pas vraiment. Il y a une colère rentrée qui est prête à exploser à tout moment et les gilets jaunes sont maintenant les témoins et la caisse de résonance de de cette décomposition. Cette semaine il y avait encore plus de 200 services d’urgences qui étaient en grève[5]. On n’en parle peu, les médias font la sourde oreille[6], mais je crois bien que c’est la plus longue grève que ce secteur observe depuis au moins cinquante ans. Qu’on en soi à l’acte 37 après avoir tenu tout l’automne, l’hiver et le printemps, en dit long sur le degré d’exaspération des populations. De Rugy espère revenir au gouvernement, mais ce serait pire encore que Macron accepte cela. En outre tout le monde parle de plus en plus d’une démission de Castaner qui est sans aucun doute le ministre le plus menteur et le plus mauvais qu’on ait eu à ce poste. Mais la difficulté pour Macron est de trouver quelques personnalités un peu crédibles, autre chose que les clowns qui peuplent son gouvernement. Que ce soit pour les postes dans les ministères ou pour établir les listes pour les municipales, les LREM n’ont pas de vivier. Ils sont de plus en plus obligés de se tourner vers Les Républicains. Certes sur le plan politique ils représentent à peu près la même chose, l’affairisme, le cosmopolitisme, l’européisme, et le pari sur le développement des inégalités. Seulement voilà, Les Républicains ont du mal à se vendre massivement parce qu’ils se rêvent encore comme un parti de gouvernement et qu’ils savent que s’ils cèdent aux avances des macroniens, ils sont voués à une disparition pure et simple. Il y a un mouvement qu’on ne voit pas trop, c’est que les gilets jaunes passent beaucoup de temps en réunions pour peaufiner leurs revendications. Au fil des mois, ils sont en train de devenir la fraction politique la plus éclairée. Certes ils s’exaspèrent parce qu’ils voudraient voir les Français plus déterminés dans la lutte contre la dictature macronienne. Mais ils doivent comprendre que si la lutte sociale est faite d’explosions spectaculaires, elle doit inciter aussi à la patience.

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    A Paris la manifestation était très clairsemée 

    Ce samedi 27 juillet, la permanence du député macronien Romain Grau a été vandalisée par les gilets jaunes[7]. Il a voté bêtement pour la ratification du CETA. Il va falloir s’y habituer, ce type d’action va se multiplier dans les semaines qui viennent jusqu’à ce que le texte repasse en seconde lecture devant les députés. Les gilets jaunes mais aussi les paysans vont sans aucun doute maintenir la pression. Ça se passait à Perpignan où il y avait pas mal de monde à la manifestation des gilets jaunes, malgré la pluie. Comme on le voit les gilets jaunes sont prêts pour les combats à venir, ils réagissent tout de suite aux initiatives gouvernementales. Peu à peu chemine l’idée d’une convergence des luttes. La rentrée s’annonce plutôt chaude, sur la question des retraites, FO a annoncé qu’il allait y avoir beaucoup de monde dans la rue, et qu’il était inutile de faire semblant de négocier quoi que ce soit avec un gouvernement autiste qui ne rêve que de diminuer la couverture sociale pour ouvrir la porte aux assurances individuelles gérées par des fonds de pension[8]. Ce sera pour le 21 septembre. La CGT a appelé de son côté à deux journées de manifestation sur le thème de l’urgence climatique, ce sera pour les 26 et 27 septembre[9]. Il est clair que dans les deux cas les gilets jaunes sont partie prenante de ces luttes, n’oublions pas que ce sont eux qui ont fait reculer le gouvernement sur la question de la CSG sur les retraites l’hiver dernier. Mais ce qui risque d’être le plus décisif ce sont les fermetures d’usines à Belfort, à Blanquefort qui vont mettre des centaines d’ouvriers au chômage. Et également les licenciements qui s’annoncent dans la grande distribution, Auchan, Conforama, des entreprises qui touchent de gros chèques du CICE. Ces entreprises se servent de l’argent du CICE pour satisfaire la cupidité de leurs actionnaires, et quand elles investissent, c’est pour supprimer d’abord des emplois. Il est probable aussi que les paysans reprennent à leur compte la vieille tactique des gilets jaunes d’occuper les ronds-points pour se faire entendre. 

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    A Perpignan une permanence d’un député LREM a été vandalisée 

    Il serait étonnant que de tout cela il ne sorte rien à court ou moyen terme. Il est vrai que la France n’est pas le seul pays du monde où les choses ne vont pas très bien. Mais la spécificité de notre pays c’est que la guerre sociale est déclarée depuis 1789 ! Si la volonté de renverser un ordre inégalitaire est solidement implantée, le caractère borné des classes nanties est tout autant bien établie. La France est le pays de la Révolution, mais c’est aussi le pays de la Contre-Révolution dont l’ultime représentant se nomme Macron. Celui-là même qui craint le plus le retour massif des gilets jaunes sur les ronds-points. 

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    A Angers, on a déployé des banderoles au-dessus des ponts des autoroutes



    [3] Encore que la jeune militante suédoise avoue ne pas avoir d’opinion sur la question, ce qui fait apparaître tout de suite son discours sur un sujet aussi grave comme très léger finalement, dévoilant( bien la finalité de son utilisation à des fins politiciennes. https://www.liberation.fr/checknews/2019/07/23/greta-thunberg-a-t-elle-declare-a-l-assemblee-nationale-qu-elle-n-avait-pas-d-avis-sur-le-ceta_1741638

    [4] Le CSA s’est révélé une fois de plus aux ordres de Macron en refusant que les défenseurs du RIP sur l’ADP puissent parler dans les médias pour dire pourquoi ils le veulent, ils mettent l’éteignoir sur cette cause et refusent qu’on en parle, il s’agit bien d’un déni de démocratie. https://www.sudouest.fr/2019/07/23/referendum-adp-le-csa-ne-contraindra-pas-les-medias-a-communiquer-sur-le-rip-6370318-10407.php

    [6] Je me rends compte que depuis que Macron squatte l’Elysée, les journaux ne parlent plus ou très peu des conflits sociaux, on n’en trouve des traces seulement dans la presse régionale. Il y en a pourtant beaucoup en ce moment. Cet étouffement de l’information n’est pas le fait du hasard. Nous n’avons jamais connu une période depuis l’Occupation où la presse était aussi bien tenue en main.

    « Pourquoi le CETA est un très grave dangerChristine Breton et Sylvain Maestraggi, Mais de quoi ont-ils peur ?  éditions commune, 2016 »
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