• Acte XXXVI, les récupérateurs sont parmi nous !

    Acte XXXVI, les récupérateurs sont parmi nous !

    Les gilets jaunes étaient aussi sur le Tour de France 

    Les médias jouent la partition du deux poids, deux mesures. Prompts à dénoncer les exactions supposées des gilets jaunes, ils tentent de minimiser celles qui ont été commises à l’occasion de la CAN 2019. Il est curieux que le ministère de l’intérieur interdise les Champs Elysées aux gilets jaunes qui brandissent des drapeaux tricolores, mais permette le rassemblement de milliers de personnes se réclamant du drapeau algérien. Les violences et la mise à sac des Champs Elysées lors de la demi-finale le 11 juillet avait choqué par la passivité et la désorganisation manifeste des forces de l’ordre[1]. A cette occasion certains on même demander la démission du ministre de l’intérieur qui apparait jour après jour comme ce qu’il peut y avoir de plus incompétent dans un gouvernement. Quoi qu’avec les ministres macroniens, on soit particulièrement gâtés. Cette semaine a vu la démission du cupide et inconséquent de Rugy. Cet individu qui ne servait à rien, ni à l’Assemblée nationale, ni au poste de ministre de l’écologie – on serait bien en peine de trouver une loi ou une idée chez de Rugy – avait pris l’habitude de se goinfrer et de régaler ses amis sur le compte de la République[2]. Cet antipathique qui aime bien venir pleurnicher sur son sort injuste a vu aussi sa permanence et sa maison taguées. Certains déplorent ces « violences », mais c’est oublier à quel point le peuple est exaspéré par la cuistrerie de ceux qui sont sensés le représenter. Il y a quelques jours on apprenait que le budget de l’Elysée avait dérapé – euphémisme pour ne pas dire que le couple Macron dépense sans compter – de plusieurs millions d’euros, ce qui est dévastateur quand on se présente comme le père la rigueur et qu’on demande en permanence de l’austérité pour les plus démunis[3].

     

    Acte XXXVI, les récupérateurs sont parmi nous !

    La maison de de Rugy taguée  

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    Castaner ministre en sursis décore des policiers faisant l’objet d’une enquête pour leur attitude indigne face aux gilets jaunes 

    Dans une ambiance « fin de règne », Castaner-le-menteur, dont l’incompétence est notoire, a distribué des médailles en chocolat – plus de 9000 tout de même – pour féliciter les forces de l’ordre d’avoir si bien rempli leur mission de répression d’un mouvement politique. Parmi ceux-ci de nombreux policiers visés par des plaintes, dont le fameux commissaire de Nice, Rabah Souchi, qui avait déclenché la charge brutale qui avait envoyé Geneviève Legay à l’hôpital[4]. Rappelons-nous que les gendarmes eux-mêmes avaient refusé d’exécuter cet ordre, avançant qu’il outrepassait le droit républicain. On peut se désoler de cette attitude désinvolte de Castaner, mais en vérité c’est assez logique. Castaner en bon domestique de l’oligarchie sait que le régime très impopulaire de Macron ne peut se maintenir en place que par l’exercice de la brutalité et le mensonge. Flatter la police en lui donnant des médailles qui ne valent rien, est un piège grossier, mais c’est l’assurance vie du système. Curieusement seul le syndicat France Police, qu’on classe très souvent à l’extrême droite, mais qui pour le coup se révèle bien plus républicain que les autres syndicats, s’est alarmé de cette dérive[5]. Elle est cependant le complément de toutes les autres mesures répressives, notamment celles qui visent à contrôler les idées sur les réseaux sociaux. L’Assemblée nationale vient en effet de voter la loi Avia qui se présente comme une « loi de lutte contre la haine sur internet ». La terminologie utilisée est tellement vague que c’est à l’évidence une loi qui vise d’abord à mettre fin à la liberté d’expression[6]. Cette loi a été présentée par la députée Laeticia Avia qui avait été poursuivie elle-même pour avoir mordu un chauffeur de taxi ! Il est vrai que cette femme originaire du Togo a peu de chose à voir avec la culture républicaine française, et c’est probablement pour cela qu’on l’a mise en avant pour faire ce sale boulot. Disons le plus clairement, cette loi vise à entraver des mouvements sociaux comme celui des gilets jaunes. C’est le complément d’une réorganisation des renseignements généraux qui doivent mieux anticiper l’émergence de ces mouvements sociaux qui sans aucun doute vont se multiplier dans les années à venir[7]. Comme nous l’avons signalé plusieurs fois, les médias se sont peu précipités pour rendre compte de la répression des gilets jaunes. Par leur silence ils ont contribué à criminaliser un mouvement politique de type nouveau. Cependant toujours l’inattendu arrive. La police a pris en effet la très mauvaise habitude de cogner sur tout ce qui la contrarie – sauf les supporters de l’équipe d’Algérie qui bénéficient d’une exemption – et le 21 juin, ils ont précipité dans la Loire des jeunes gens qui participaient à la fête de la musique. C’est à cette occasion que le jeune Steve Caniço a disparu. Il a probablement été noyé, et son corps n’a pas été retrouvé. Du coup on commence à s’inquiéter de la sauvagerie des forces de l’ordre, et tandis que Castaner décore des policiers pour les remercier de leur violence anti-républicaine, on commence à se poser des questions, avec le mot d’ordre repris par les gilets jaunes aussi bien que par les députés de la France Insoumise, mais aussi plus généralement par tous ceux qui s’inquiètent des dérives dictatoriales de Macron et de sa bande de pillards[8]. Les gilets jaunes ont récupéré cette affaire pour l’acte XXXVI du samedi 20 juillet, histoire de montrer que la violence subie par le malheureux Steve n’est pas un accident, mais une pratique politique décidée en haut lieu pour étouffer toute forme de dissidence. Soyons juste cette dérive répressive n’a pas commencé avec Macron, elle était très présente avec Hollande quand Valls était ministre de l’intérieur. Mais c’est clairement Macron qui a durci cette tendance dictatoriale.

     Acte XXXVI, les récupérateurs sont parmi nous !

    Les gilets jaunes ont décidé de consacrer la journée du samedi 20 juillet à la dénonciation de la répression policière, et en effet, même si cette sauvagerie a été plus dure contre les gilets jaunes, c’est maintenant une sinistre habitude que la police a pris de tabasser quiconque se trouve sur son chemin. A Montpellier où l’on prétend qu’il y avait des black blocs, des échauffourées ont éclaté. Cependant certains commencent à penser qu’ils peuvent récupérer une partie du mouvement des gilets jaunes en recrutant pour leur boutique. A Toulouse on a commencé à avancer le mot d’ordre d’une liaison avec les banlieues en mettant en avant la douloureuse affaire d’Amada Traoré, décédé il y a trois ans maintenant lors d’une interpellation par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise. Cette affaire est devenue emblématique de l’action des groupuscules d’extrême-gauche qui luttent pour faciliter la vie des migrants et dénoncer le racisme des forces de l’ordre, les trotskistes sont depuis plus de cinquante ans persuadés que les immigrés sont la force de frappe de la révolution à venir. C’est pour cette raison qu’en ce 20 juillet 2019, une manifestation se revendiquant des gilets jaunes s’est transformée en marche pour Amada à Beaumont-sur-Oise. Ces derniers jours on a vu se multiplier les appels du pied aux banlieues pour rejoindre le combat des gilets jaunes. Mais comme on le sait quand le mouvement des gilets jaunes était nombreux et puissant, il n’y avait pratiquement pas d’immigrés ou de descendants d’immigrés. Cette dérive risque de vider le mouvement des gilets jaunes de son caractère initial et d’éloigner les bonnes volontés en orientant la lutte vers les formes groupusculaires sans avenir. Également à Caen, des gilets jaunes mal identifiés ont voulu changer de nom, abandonner le terme de « gilets jaunes » pour celui de citoyens en colère. Le prétexte serait que le mouvement s’essouffle et donc qu’il faudrait chercher des roues de secours pour réactiver la mobilisation[9]. Cette initiative me semble très malvenue et contribue à dénaturer le mouvement. Mais en outre elle ne permet en rien de rassembler plus largement que d’ordinaire, au contraire, bien que nous n’ayons pas de chiffres, il semble que la mobilisation du 20 juillet soit la plus faible depuis l’automne dernier. 

    Acte XXXVI, les récupérateurs sont parmi nous ! 

    Sur la place de la Comédie les gilets jaunes étaient encore nombreux 

    Ce n’est pas un hasard si ces tentatives de récupération – traditionnelles chez les trotskistes – interviennent quand le mouvement est clairement sur le déclin. Cette stratégie naturelle chez ces groupuscules n’a jamais rien donné, il n’empêche qu’elles continuent ! Il y a pourtant bien des combats à mener pour prolonger la lutte des gilets jaunes. Par exemple accélérer les signatures pour le RIP sur la privatisation d’ADP. Ou encore s’inquiéter sérieusement de la réforme des allocations chômage qui vont laisser sur le carreau des centaines de milliers de chômeurs. Mobiliser sur le CETA me semble également plus d’actualité. Nous verrons bien à la rentrée ce qui se passera. Quoi qu’on en dise, la colère populaire est toujours présente et à un haut niveau. Mais la difficulté est bien de rebondir. Je ne suis pas très inquiet pour l’avenir du mouvement, Macron sait en effet en permanence rallumer le feu de la révolte par sa conduite inconsidérée, et par l’absence de résultats de sa politique économique et sociale. Or rapidement nous allons devoir faire face à une récession de grande ampleur qui probablement viendra d’Allemagne. Si cette crise commence à se manifester par les difficultés de la finance, elle touchera forcément l’économie réelle. Le secteur automobile en Allemagne est sinistré, mais la politique de Macron a également détruit le peu d’industrie qui reste dans le pays. Ce sont des milliers d’emplois qui vont disparaitre d’ici à la fin de l’année. Pour l’instant les syndicats sont dans un coma prolongé, mais il n’est pas certain qu’ils y resteront, la base pourrait bien les obliger à sortir de leur torpeur. La réforme des retraites est un autre sujet à haut risque.

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    A Beaumont-sur-Oise, on a organisé une marche pour Amada Traoré 

    Bref si le mouvement ne veut pas devenir clownesque, il va falloir le recadrer d’ici à la rentrée prochaine sur des sujets un peu plus sérieux et rassembleurs. Comme je l’ai dit, ça ne manque pas. Mais ne soyons pas grincheux, malgré toutes les difficultés, il y a eu de nombreuses manifestations, à Lyon, à Belfort, avec des gilets jaunes toujours très en colère.

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