• Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés

     Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés

    Pour des tas de raisons les gilets jaunes sont de moins en moins nombreux dans les manifestations. Si Castaner-le-menteur a avancé 9 500 manifestants pour le 1er juin, le site du syndicat France-Police avance tout de même 40 000 gilets jaunes mobilisés[1]. Les médias sont soulagés, plutôt que de parler des gilets jaunes, ils peuvent enfin parler de ce qui leur semble plus intéressant, la tambouille des politiciens. Donc ils ont mis en avant les résultats des élections européennes, faisant mine que Macron s’il n’avait pas gagné, n’avait pas perdu non plus, et poussant dans le sens d’une double rénovation : intégrer Les Républicains présentables à LREM, pour reconstituer l’UMPS dans un seul parti, celui du président-fou, et ensuite passer une alliance en bonne et due forme avec Jadot qui jouerait le rôle de supplétif. Cohn-Bendit pousse dans ce sens, comme s’il avait encore du poids sur le plan politique. Il n’a pourtant pas ménagé ses critiques envers son ancien parti, qualifiant EELV de « secte »[2], se gardant bien pourtant de signaler que tous les personnages qui grenouillent dans ce parti se sont rallier à Macron dont le bilan en matière d’écologie est plus que nul, notamment parce qu’il a soutenant la prolongation du glyphosate, ce que cette canaille de Cohn-Bendit ne dit jamais. Même Le monde, principal journal macronien, s’en est aperçu[3]. Hervé Kempf a enfoncé le clou, mais Kempf à l’inverse de EELV et de tous les petits-bourgeois qui ont animé ce parti de la confusion, est anti-capitaliste, non par principe, mais parce qu’il considère que dans le cadre d’un système fondé sur le profit, il ne peut pas y avoir d’évolution positive. Idée que je partage bien entendu. Mais Jadot n’est pas d’accord. Il explique qu’il n’est pas contre le capitalisme. Que justement l’économie de marché c’est super-bien[4]. Bien que dans une autre interview à Reporterre il se soit affirmé anticapitaliste, il est difficile de faire plus confus[5] ! Il est sur la ligne greenwashing : c’est-à-dire ne pas changer de modèle, mais utiliser des technologies plus propres et que ce remplacement peut-être tout à fait source de profit. 

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés 

    J’ai déjà dit souvent que la lutte pour la défense de l’environnement était antinomique avec la logique d’intégration européenne, parce que celle-ci suppose un élargissement des marchés, une concentration du capital, un approfondissement de la division du travail, et donc par suite une accélération des échanges, un allongement des circuits et une plus grande artificialisation des espaces. Cette escroquerie intellectuelle s’appuie sur le misérable score de Jadot qui a réuni sur sa liste 6,5% des électeurs. Mais cela suffit à le présenter comme un vainqueur, et un produit nouveau. Et donc on voit tout à fait que l’alliance qui se profile entre Macron et Jadot est à peine une pantomime, une manière de détourner les énergies et de laisser croire que pour être efficace il ne faut pas faire le con dans les manifestations ou occuper des ronds-points, mais jouer le jeu des institutions existantes.  

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés

    Ce long détour montre que nous avons besoin des gilets jaunes, ne serait-ce que pour contrer les mensonges et la cuistrerie du bloc bourgeois. Les médias montent en épingle le score de Jadot, comme ils mettent en scène Greta Thunberg, cette jeune suédoise, invitée à Davos par l’oligarchie ne risque pas de la déranger. Elle est juste là pour culpabiliser les gens qui remettraient en cause le système du profit. Il ne viendrait pas à l’idée d’inviter un gilet jaune à Davos : trop peu contrôlable et pas assez photogénique. Remarquez que les médias mettent en scène Greta Thunberg comme ils ont mis en scène naguère Ahed Tamimi. La jeune fille frêle et courageuse, ça paye, et comme Ahed Tamimi a un peu vieilli et qu’elle a pris du poids, Greta Thunberg va faire le job. Elle ne défend pas l’environnement, son travail est de culpabiliser les populations. Comme disait Macron, « je vous parle de fin du monde et vous me parlez de fin du mois ». Ahed Tamimi indiquait aux jeunes occidentaux qui ne comprennent rien au conflit israélo-palestinien, qu’ils devaient culpabiliser pour ne pas soutenir assez le peuple palestinien en lutte. Ces deux jeunes filles font le même travail de propagande, c’est juste le support qui change, ils pourraient être interchangeables d’ailleurs. Le but reste celui de canaliser les mécontentements sur des objectifs lointains et inaccessibles, même si la rhétorique dominante vise à dire qu’il est urgent d’agir. Comme personne ne sait et ne dit concrètement ce qu’il faudrait faire pour limiter le réchauffement climatique sans changer le mode de production et de consommation, ça ne mange pas de pain. Par contre des propositions concrètes qui vont dans le bon sens, les gilets jaunes en ont faites : que ce soit le RIC ou pour une diminution des revenus et des avantages exorbitants des élus.  

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés

    Pour l’acte XXIX, les gilets jaunes s’étaient joints à la révolte des personnels urgentistes qui ont eux aussi des revendications énormes à faire valoir contre le massacre du service public en général et de l’hôpital en particulier. Personne n’est dupe des orientations macroniennes qui visent à transférer une partie de la manne de la Sécurité sociale vers le secteur privé. Quoi de mieux pour cela que d’asphyxier l’hôpital public ? De toute façon cette tendance correspond aux orientations de Bruxelles dont l’objectif et de détruire tout ce qui reste de l’Etat national pour le remplacer par les lois du marché. Donc les gilets jaunes se sont retrouvés devant l’hôpital de la Salpêtrière, ce qui permettrait aussi bien de dénoncer la politique de Macron que de rappeler les fakes news de Castaner-le-menteur. Donc il y eut en effet bien moins de monde que d’ordinaire, mais pour autant le XXIXème acte des gilets jaunes a été mené à bien. Et cela malgré les nouvelles interdictions de manifester prises par les préfets qui, à l’instar de Maurice Papon, aiment à devancer les désidératas de leur maître. Il est vrai que de se choisir Macron comme nouveau maître ne fait pas preuve d’un grand esprit de finesse, seulement d’une grande lâcheté et du peu de considération de soi-même que ce corps de fonctionnaires présente. 

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés 

    Gilets jaunes devant l’hôpital de la Salpêtrière 

    Curieusement c’est au moment où le mouvement des gilets jaunes parait s’essouffler, que le procureur macronien Remy Heitz, franc maçon et sournois, annonce que des policiers seront bien poursuivis par la justice devant le tribunal correctionnel pour leur extrême violence[6]. Les syndicats de policiers sont furieux. En effet, ils se croyaient tout permis, couverts dans leurs exactions par Castaner-le-menteur, et puis voilà qu’on annonce que tout cela ne tient plus. Ils se sentent les dindons de la farce et ont tendance à s’opposer à la justice qu’ils trouvent un peu trop accommodante avec les gilets jaunes[7]. Ce n’est pas demain la veille qu’on assistera à une réconciliation entre le peuple et sa police. En vérité il ne faut pas se faire d’illusion et y voir une restauration de l’Etat de droit. C’est ce qu’on appelle la part du feu. Cette part du feu, qui dément du reste les propos de Macron selon lequel il n’y a pas eu de violences policières[8], est là pour rendre plus acceptable tout le reste, c’est-à-dire tout ce qui ne sera pas poursuivi, donc pour tenter de masquer l’étendue de la répression policière. Cela permettra à Jadot de mieux accepter une alliance avec LREM quand ce parti se sera réformé comme un parti de droite très traditionnel en absorbant les débris des LR. C’est cependant une orientation risquée. En effet les Français perçoivent de moins en moins LREM comme autre chose qu’un parti de droite, européiste et antisocial, et le faible Jadot aura bien du mal à jouer les traitres de comédie face à ceux qui ont voté – maigrement il est vrai – pour sa liste. Mais il se pourrait aussi que quelques policiers commencent à se détacher du bloc bourgeois et à refuser d’être de simples boucs émissaires qui n’ont fait qu’appliquer les consignes, et donc à témoigner contre leur ministre de tutelle. Tout cela semble réduire le socle électoral de Macron pour le futur. Tailler des croupières au PS et à LR ce n’est pas une politique, balader les policiers d’un côté, de l’autre, non plus. 

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés 

    Gilets jaunes à Nice, le 1 juin 2019 

    Macron « pense » que maintenant le plus dur est passé, et que les Français qui soutenaient les gilets jaunes sont de moins en moins nombreux, donc qu’on peut passer à autre chose en soldant les comptes. Pourtant, il ne doit pas se faire d’illusion, la colère est profondément enracinée. Et donc elle peut rebondir n’importe quand. Il y a d’abord la hausse du prix de l’énergie. Le prix du carburant – qui a été à l’origine de la mobilisation des gilets jaunes – continue à monter et donne le sentiment que le pouvoir se moque des usagers : le prix du diesel est aujourd’hui plus haut qu’il y a 6 mois. Mais il vient aussi une hausse de l’électricité qui avoisine les 6% ! Cette hausse est mal vue, certains avancent que c’est la conséquence d’une privatisation rampante d’EDF, d’autres qu’il s’agit de rembourser les turpitudes d’Areva – dont le lobbyiste en chef était Edouard Philippe, rappelons-le – mais dans tous les cas, cela frappera directement les plus pauvres au portefeuille, annulant les miettes qui ont été redistribuées au moins de janvier dernier. Mais il y a d’autres raisons de se mobiliser, que ce soit la future réforme des retraites, ou que ce soit encore l’immobilisme voulu du pouvoir face à la dégradation de l’hôpital public. La popularité de Macron reste très basse, il ne profite absolument pas de l’effritement du mouvement des gilets jaunes, ni même de cette deuxième place aux élections européennes[9]. Cela laisse entendre que le mouvement peut rebondir, mais à l’évidence il lui faut trouver d’autres formes d’intervention. Pendant ce temps-là, ici et là les gilets jaunes s’informent, dialoguent, tentent d’ouvrir des pistes de riposte. Ils tiennent des réunions nombreuses sur tout le territoire national. Il en sortira forcément quelque chose de positif. Le combat ne fait que commencer. 

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés 

    Hausse du tarif de l’électricité



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  • Commentaires

    1
    DanyDut
    Lundi 3 Juin à 12:07

    "annulant les miettes qui ont été distribuées en janvier dernier..." ! Ne pas oublier qu'il y en a eu beaucoup qui n'ont pas mème eu la moindre miette puisque c'était au bon vouloir de l'employeur..

    2
    Jean Paul B.
    Lundi 3 Juin à 14:35

    L'Oligarchie est aux abois et va tout faire pour tromper le Peuple,pour cela elle rebattra les cartes politiciennes afin de le distraire encore un peu.

    Jadot et autres "gamellistes" d'EELV ou de LR,prêts à se vendre pour un plat de lentilles, seront sollicités d'ici à 2022 pour tenter retarder encore un peu l'inévitable rencontre avec l'iceberg.

    Soyons assurés que tôt ou tard la collision Oligarchie/Peuple aura lieu et les dégâts occasionnés sont difficiles à imaginer à l'avance. 

    Tic Tac,Tic Tac,Tic Tac !!!

    glasses

    3
    sergio
    Lundi 3 Juin à 22:34

    désolé je comprend votre irritation, il ne s'agissait évidemment pas de votre site, mais de nombreux autres sites (plutôt à gauche) dont vous ne faisiez hélas pas partie... sergio

    4
    Jean Paul B.
    Mercredi 5 Juin à 11:59

    Bonjour,

    juste pour alimenter notre réflexion, je mets en lien un article de Bertrand Renouvin sur le paysage politique français après les européennes.

    Bonne lecture.

    http://www.bertrand-renouvin.fr/apres-les-europeennes-la-guerre-des-classes-chronique-150/

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