• Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron

     Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron 

    Strasbourg, bataille avec la police 

    Il y avait cette fois nettement moins de monde dans les cortèges. 23 700 manifestants selon Castaner-le-menteur, sans doute un peu plus de 60 000 selon France-Police. Les gilets jaunes arrivaient à 114 000. Mais c’est clair, il y avait moins de monde dans les cortèges.  Il est difficile de déterminer si le mouvement se meurt, les manifestations étaient en effet interdites dans de très nombreuses villes de France, et Lallement qui porte si bien son nom avait promis de lâcher les chiens sur les gilets jaunes. La répression est de plus en plus féroce, la police n’attend plus que la manifestation se disperse, elle cogne directement comme à Lille ou à Strasbourg où le cortège se dirigeait vers le parlement européen. La tactique bestiale de Macron et de sa milice est de provoquer les gilets jaunes en les massacrant, de façon à les isoler : il y aura ceux qui ont peur, et ceux qui craignent de se mêler à des violences bien peu démocratiques. On voit que la stratégie de Macron se fait en deux temps : premier temps provoquer les Français en disant que de toute façon on continuera dans la même voie, des cadeaux pour les plus riches, et pour les salariés, on travaillera plus sans être payé plus. Dans un deuxième temps pour ceux qui n’ont pas compris, la milice frappera encore plus fort, sous les applaudissements des éditocrates. Le 27 avril, la CGT avait annoncé qu’elle participerait à la manifestation parisienne, mais le syndicat, miné par ses divisions et ses contradictions n’a rien apporté de plus au mouvement. Des grèves sont annoncées un peu partout, dans la fonction publique, la semaine dernière c’était le personnel de service sur les TGV. Tout se fait dans le désordre. Cela donne l’impression d’une guerre de position. Les derniers sondages montrent toujours une très forte détestation des Français à l’endroit de Macron et de son gouvernement fascistoïde. C’est au point que la liste de LREM semble devoir se contenter de la deuxième place pour les élections européennes qui arrivent. Même si le mouvement s’essouffle, il semble peu probable qu’il s’arrête de sitôt. Face à l’immobilisme macronien, les gilets jaunes affichent une grande détermination, alors même qu’ils se battent le dos au mur, avec tout l’appareil d’Etat contre eux.  

     Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron 

    A Marseille aussi il y avait beaucoup de monde et la police a chargé 

    Pour le 24ème samedi de rang, les gilets jaunes ont manifesté. Y compris dans les villes où les manifestations étaient interdites comme à Lille et à Toulouse. A Partis les cortèges étaient en effet un peu plus maigres que d’ordinaire. Il y a eu aussi beaucoup de blocages sur les autoroutes, ou sur les routes comme en Arles par exemple où la N113 a été bloquée. On est entré dans une bataille de très longue durée, et il semble que les gilets jaunes vont devoir diversifier leurs actions pour contourner les interdictions de toute sorte qui pleuvent sur eux dès qu’ils bougent un peu. A Marseille, alors que le plus souvent les cortèges sont très pacifiques, la police a déclenché la bataille au bas de la rue Breteuil. L’exaspération de la population est telle, face à l’immobilisme macronien, que les gilets jaunes pensent maintenant que la violence est la seule solution pour faire bouger les lignes. Alors qu’au début ils portaient plutôt un regard critique sur les blacks blocs, maintenant ils souhaitent leur venue. Je pense que lorsque Macron explique qu’il soulage les plus riches de l’ISF parce qu’ils vont investir, il ne se rend pas bien compte qu’il s’agit là d’une insulte : après tout, les pauvres aussi pourraient investir tout autant si on leur augmentait substantiellement leur salaire. Ces escarmouches hebdomadaires nous paraissent être maintenant une répétition générale d’une révolution à venir, en France et probablement de partout en Europe. Le soutien des Français aux gilets jaunes est intact, et la défiance du peuple face aux partis traditionnels et aux syndicats est immense, on le verra le 26 mai. Il semble que l’abstention sera énorme, mais qu’en outre beaucoup vont voter pour la liste du RN parce c’est une manière d’envoyer une claque à Macron et à sa bande. Le fait que Loiseau, tête de liste de LREM pour ses élections sans enjeu réel, ait été obligée de dévoiler son passé à l’extrême droite, lui faisant perdre toute crédibilité dans sa critique très convenue du parti de Marine Le Pen. 

    Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron 

    Lille la sauvagerie habituelle de la police 

    C’est à une véritable bataille de tranchées à laquelle nous assistons. En effet venir semaine après semaine manifester, en dehors de toute consigne syndicale et partisane dénote une vraie détermination. Les policiers semblent fatigués et de plus en plus hargneux dans ce rôle de miliciens de l’oligarchie. Ils savent très bien qu’en appliquant les consignes de Castaner-le-menteur, ils sortent de l’Etat de droit. La CRS 51 est tombée opportunément en arrêt de travail –  48 sur 61 homme – refusant de fait d’assurer la sécurité des ministres en déplacement[1]. C’est le genre d’avanie qui pourrait se multiplier à l’avenir. Cette semaine, en même temps que Macron répondait à l’ONU qu’il n’y avait pas de violences policières, Le canard enchaîné révélait que le LBD40 était classé comme une arme de guerre[2]. Ce qui signifie implicitement que Macron a déclaré la guerre sociale à la France d’en bas. Il veut une soumission totale. Certains magistrats commencent aussi à se poser des questions sur leur instrumentalisation par le pouvoir, ce qui renforce les avocats à se battre contre les restrictions de toutes sortes qui touchent les libertés individuelles : interdiction de manifester, gardes à vue arbitraires, arrestations sans motif[3]. La répression sur des bases illégales semble être pour l’instant la seule réponse que Macron ai trouvée. Il peut croire que cela fonctionne si par exemple les manifestants sont moins nombreux, mais ce faisant, il encourage les gilets jaunes – et avec eux le reste des Français – à le haïr toujours plus et- à se radicaliser. Cette mentalité à se faire détester des gens d’en bas est le propre des parvenus qui ont acquis une position élevée sans vraiment la mériter. Mais quand on le voit fanfaronner lors de sa conférence de presse, bien trop maquillé pour être honnête, on ne le sent pas vraiment à l’aise, les traits tirés, il a beaucoup vieilli en quelques mois. Il est usé, et ses sourires mécaniques n’arrivent plus à le masquer. Peut-être se rend-il compte dans son délire que tous les dictateurs dans les pays avancés ont très mal fini ? Et quoi qu’on en dise, la France n’est pas encore tout à fait un pays du Tiers Monde qui se gouverne uniquement par la terreur et le mensonge. Même des dictateurs comme Hitler ou Franco avaient tout de même un peu plus de soutien dans la population que lui. Même les journalistes qui le soutiennent – parce qu’ils sont payés pour ça – n’y arrivent plus et laissent pointer leur dépit[4]. C’était flagrant à la suite de la conférence de presse, ils ne comprenaient pas que Macron s’en tienne à des solutions qui n’en sont pas dans tous les domaines. Tout le monde a remarqué que son discours était de plus en plus conservateur, alors qu’au début il faisait mine d’incarner le progrès. Seule Françoise Fressoz du Monde a trouvé que ce virage très à droite était une bonne idée, bien pensé, il solidifierait le bloc bourgeois. Mais le parti de l’ordre en France, le parti des Versaillais et des Vichystes, n’est pas très extensible, certes cela peut permettre à Macron de rester aux alentours de 27% de popularité et de ne pas tomber plus bas, mais en même temps, cela le fige dans la figure d’un homme du passé. Thiers et Pétain ne sont pas des figures historiques très appréciées, on préfère tout de même les rebelles qui comme Charles de Gaulle ont su dire non et bousculer l’ordre existant, refusant la capitulation honteuse face à l’Allemagne, ou encore de s’aligner sur les positions américaines.

    Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron

     Beaucoup de monde à La Rochelle 

    Certes la solidité des institutions fait que sur le très court terme Macron ne risque pas grand-chose, les LREM reprennent en chœur l’idée que, nul ou pas, il n’y aurait personne pour le remplacer. Mais cette idée est légère, d’une part parce que parfois dans des situations de crise il se trouve tout soudain un homme qui incarne le renouveau, et d’autre part parce que la revendication d’une démocratie directe – c’est-à-dire une situation où le peuple exerce lui-même son pouvoir au lieu de le déléguer – devient de plus en plus évidente pour tout le monde. La faillite des élites, leur cupidité et leur vanité, sont tellement évidente que Macron en est à proposer une fermeture de l’ENA ! Ecole d’où il vient lui-même et qui forme tellement mal les très hauts fonctionnaires. Bien sûr il ne le fera pas, ce serait se tirer une balle dans le pied, mais rien que d’en parler prouve à quel point les idées des gilets jaunes sont très avancées et bien plus modernes que les visions rétrogrades de Macron qui commencent à exaspérer même dans son propre camp. Il ne faut pas attendre qu’il se passe quelque chose de positif pour le mouvement social à l’issue des mouvements de grèves que les syndicats ont programmés, ni même avec la manifestation du 1er mai. La  manifestation du 27 avril a montré une fois de plus que les syndicats n’étaient plus dans le coup, marginalisés, ils n’ont pas su mobiliser. Si la solitude des gilets jaunes est leur handicap – les corps intermédiaires ne les soutiennent pas – c’est aussi paradoxalement leur force. Leur popularité qui reste très élevée et majoritaire dans le pays, tient au fait qu’ils ne roulent pour aucune boutique. 

    Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron 

    En Arles, la circulation a été bloquée sur la N113 

    Sur le court terme, les gilets jaunes vont tenter de relancer le mouvement en tentant une sorte de convergence des luttes comme on dit, bien que les hiérarques des syndicats se méfient toujours des gilets jaunes. Après tout le printemps est là, et le retour du beau temps peut y être favorable. On ne le dit pas assez, mais les gilets jaunes reviennent partiellement à ce qui a fait leur force, blocage des accès autoroutiers, occupation des ronds-points, certes ce n’est pas encore massif, mais cela existe comme nous l’avons vu samedi à Arles. Ce serait en effet une bonne réponse à l’immobilisme macronien. En tous les cas il est certain qu’il y aura encore au moins deux samedis de protestation, donc un vingt-sixième samedi, soit une demi-année ! Le plus long mouvement social de l’histoire de France. Si Macron ne bat pas un record d’impopularité, il battra au moins celui-là comme la conséquence de son incompétence à gérer les affaires du gouvernement. Terminons par cette réflexion, le rebond de popularité sur lequel Macron et ses journalistes affidés comptait consécutivement à l’incendie de Notre Dame de Paris n’a pas eu lieu. 

    Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron

     


     

    « L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmesGuy Debord, Stratégie, L’échappée, 2018. »
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