• Acte XLVIII, Macron dans la tourmente, les gilets jaunes toujours là  

     Acte XLVIII, Macron dans la tourmente, les gilets jaunes toujours là  

    Le moins qu’on puisse dire est que Macron ne réussit rien. A vouloir se mettre en permanence au centre du jeu, il ne s’attire que des gifles. La dernière en date est le rejet de sa candidate Sylvie Goulard qu’il avait proposée au poste de commissaire européen. Cette affairiste, payée à 230 000 € par an à ne rien faire par la Banque de France, a été recalée à cause de ses relations de lobbyiste avec les Etats-Unis dont elle apparaissait comme le Cheval de Troie – elle avait été rémunérée pour un travail obscur à plus de 10 000 € par mois par une officine tout aussi obscure - mais aussi pour avoir jonglé avec le pognon de Bruxelles, et encore pour avoir recopié mot à mot les amendements du lobby bancaire allemand lorsqu’elle était députée européenne[1]. En France elle est également dans le collimateur de la justice. Les arguments contre une telle candidature pourrie ne manquent pas. Mais en outre Goulard s’est présentée devant les députés européens comme une candidature incontournable, se sachant soutenue par le locataire de l’Elysée. La bouffonnerie macronienne a été sanctionnée. Les députés européens ont volontiers souligné l’arrogance de Macron et de Goulard. S’ils voulaient faire semblant d’être indépendants, le prétexte était facile. 

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    Cet épisode peu glorieux relèverait de la seule politique politicienne, si elle ne révélait l’incompétence macronienne du haut en bas. Certains ont avancé que cela compromettait les intérêts français à Bruxelles. Ça n’a pas de sens, Goulard n’aurait comme par le passé défendu que ses propres intérêts, éventuellement celui de ses commanditaires, quelle que soit leur nationalité, en outre, elle a toujours dit se méfier de la nation, et milité pour une Europe supranationale. Mais Macron a cru devoir faire étalage publiquement de sa déception – tous les journalistes ont repris le terme « colère froide ». Mais la colère n’avait rien de froide, elle ressortait du caprice contrarié. Manifester publiquement le fait qu’on s’en était pris à travers Goulard à lui, revenait en réalité à avouer qu’il était maintenant complètement isolé sur la scène européenne : rejeté massivement par les Français, il est maintenant mis en quarantaine par les européistes qui se méfient de lui et qui le jugent incompétent. Même le débonnaire journal macronien Le monde entérinait le désastre en parlant de camouflet[2]. Car au-delà de cet épisode sans grand intérêt de la vie politicienne, Macron est en train de se forger à mi-mandat, une image de loser. Il se voulait le grand rénovateur de l’économie française, ses réformes sont rejetées en bloc, il se rêvait en leader d’une Europe marchant allégrement vers un fédéralisme conquérant, il est marginalisé notamment par les Allemands qu’il a pourtant cajolés honteusement en leur livrant l’Alsace et la Lorraine[3]. Il semble que Merkel se méfie particulièrement de lui. Bien au-delà du fait que sa politique est mauvaise et rejetée par les Français dans leur très grande majorité, il y a une incompétence manifeste dans la conduite des affaires et le choix de son entourage. 

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    C’est dans cette ambiance de fin de règne que le mouvement de révolte se déploie en France. Cette semaine c’est le mouvement Extinction-Rébellion qui a créé l’évènement en bloquant à Paris le Pont au Change et ensuite en occupant la place du Chatelet. Certains s’alarment du fait que ce mouvement serait financé aussi, comme Greta Thunberg, par des milliardaires qui travaillent au maintien du capitalisme par le green washing[4]. Mais peu importe que cela soit vrai ou faux – c’est certainement vrai. L’important est qu’on avance en termes de débats et de propositions. Ce mouvement complètement inédit a bloqué aussi la rue de Rivoli. On n’est pas loin du cœur du pouvoir macronien, l’Elysée est à deux pas. Mais surtout, il a été rejoint par les gilets jaunes qui maintenant prennent systématiquement le parti de l’écologie[5]. Ceux-ci ont tout de suite édifié une cabane comme ils l’ont fait sur les ronds-points. Ces cabanes des gilets jaunes sont à la fois une occupation de l’espace, une réappropriation plutôt de l’espace public, mais aussi un lieu de ralliement où s’élabore la stratégie de demain. Le chaos s’installe au cœur de Paris dans la semaine en plus du samedi. Déjà empêtré dans l’affaire Lubrizol et dans celle des assassinats commis à la préfecture de Paris, voilà un nouveau problème qui va encore un peu plus réconforter les gilets jaunes. Ceux qui participent à Extinction-Rebellion – mouvement mondialisé, sont jeunes, relativement peu politisés, mais un peu plus radicaux que les aficionados de Greta Thunberg, ils sont clairement contre la marchandise et dénonce le capitalisme et la soif de profit comme à l’origine du désastre[6]. Ils sont donc tout à fait compatibles avec les gilets jaunes, même si on sait que certaines têtes pensantes ou les financiers de ce mouvement ne sont pas favorables à une convergence des luttes. On notera que c’est la deuxième fois en une semaine que les gilets jaunes et les Extinction-Rebellion se rejoignent, samedi dernier, c’était pour l’occupation du centre commercial Italie 2. Quelle que soit la malice des financiers de Avaaz ou d’Extinction-Rebellion, ils ne peuvent pas garder prisonniers dans une mouvement relativement informel les militants flottants. Il n’y a pas de raison que rapidement les deux mouvements se rejoignent, car le but poursuivi est le même : changer un système qui ne nous convient pas. Les gilets jaunes pensent que cela commence par la démission de Macron et les militants écologistes un peu radicaux pensent qu’on doit attaque la question de la consommation et de la production du côté de la critique philosophique si on peut dire. 

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    Mais l’inquiétude se trouve aussi au niveau industriel depuis un peu plus d’un an ce sont des pans entiers de l’industrie française qui disparaissent avec les conséquences qu’on imagine sur l’emploi. On connait l’affaire Alstom conduite par Macron qui devait déboucher sur une augmentation d‘emplois d’un millier, et qui au final aboutit sur la disparition de mille emplois. Et la fermeture de Blanquefort de l’usine Ford, et celle des papèteries Arjowiggins, et j’en passe. A la Roche-sur-Yon, Michelin vient d’annoncer la fermeture de son site, mettant à la porte en 2020 plus de 600 salariés. Michelin est un autre fleuron de l’industrie française. Peugeot aussi a programmé des réductions drastiques d’emplois à Mulhouse. Tout cela augure très mal de l’avenir de l’emploi en France, d’autant que la conjoncture européenne est dans une spirale récessive et n’est pas prête d’en sortir[7]. Soyons juste, si Macron est notre tête de Turc favorite, les choses ne vont pas mieux ailleurs. Ajouter à cela la réforme des retraites, et on se dit que les syndicats vont bien finir par se réveiller de leur coma et finir par réagir, poussés au cul par leurs adhérents. Pour l’instant, ils jouent la montre, retardant le moment où il faudra bien parler de convergence des luttes dans le pays. Pendant ce temps le service public dans la santé et dans l’éducation continue de s’étioler sous la férule de Macron. Massivement les Français rejettent les réformes, comme toujours quand il s’agit de réformes régressives. 

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    Les salariés de la Roche-sur-Yon manifestent 

    Donc ce samedi 12 octobre, les gilets jaunes avaient rendez-vous un peu partout en France, mais plus particulièrement à Toulouse où on aperçut un moment Maxime Nicolle. A peine le rassemblement s’est-il formé, que la police a balancé les lacrymos, histoire de nous rappeler au service de qui cette milice se trouve. Comme le rapporte BFMTV – peu suspecte de complaisance envers les gilets jaunes, les forces de l’ordre ont fait la preuve de leur sauvagerie fascisante[8]. Toulouse était le lieu choisit par les gilets jaunes comme capitale nationale de la lutte, il y avait pas mal de monde, sans doute entre 5 et 10 000 personnes. A Lille et Bordeaux, la mobilisation était aussi importante. Pour la manifestation parisienne le slogan affiché était « France à un pouvoir qui nous ignore, nous marchons tous les samedis ». Et de fait on se demande comment Macron peut-il rester inerte face à toutes ces manifestations qui se déroulent depuis plus d’un an avec la régularité d’un métronome. Il n’a apporté aucune réponse, ni sur les questions environnementales, ni sur la survie des services publics, ni sur la précarisation des travailleurs. Et dans le même temps, non seulement sa popularité s’est effondrée en France, mais il a acquis aussi une image d’incompétence radicale au niveau international. Homme politique sans imagination, dont la seule ligne de conduite est un autoritarisme d’un autre âge, on se demande comment il va bien pouvoir finir son mandat. A Paris on avait deux manifestations distinctes, je ne sais pas si c’est un bien ou un mal, mais les deux cortèges rassemblaient tout de même plusieurs milliers de gilets jaunes. Evidemment comme d’habitude le centre et les Champs Elysées étaient interdits par Lallement à qui tôt ou tard on va venir demander des comptes sur la tuerie de la préfecture de police dont il est sensé être le patron. 

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    A Toulouse les gilets jaunes étaient nombreux, rapidement la police a sonné la charge 

    Les gilets jaunes sont remarquables parce qu’ils se sont adaptés à la tactique de l’oligarchie. En effet celle-ci depuis des années veut la destruction du modèle de protection sociale. Celle-ci a commencé en 1967 avec la réforme Pompidou de la Sécurité Sociale, et puis en permanence, avec la patience de l’araignée, elle revient remettre sur le tapis ses « réformes structurelles » qui ne profitent qu’aux riches. Le plus souvent on riposte par une manifestation, ou des grèves plus ou moins massives. Mais ça ne dure jamais très longtemps, sauf dans le cas de Mai 68 qui a duré un bon mois et demi. Mais aujourd’hui à l’obstination obtuse de Macron, les gilets jaunes opposent la même détermination, détermination qui laisse les syndicats et les partis de gauche pantois. C’est vrai qu’il faudrait que le mouvement soit plus suivi, plus massif. Mais ne soyons pas trop amers, l’important est que les gilets soient là et toujours là comme une permanence ouverte sur les luttes. C’est inédit autant que remarquable. Mais peut-être le plus important est que c’est également formateur, que ce soit sur le plan théorique, la compréhension de la société et de son fonctionnement, ou sur le plan pratique, comment faire face à la répression, ils ont beaucoup évolué. Le mouvement les a transformés

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    A Metz la manifestation était autorisée en centre-ville  

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    A Paris les manifestants ont emprunté des chemins détournés



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