• Acte XIX, la Résistance s’organise, tandis que la dictature s’installe

    Au-delà du nombre des manifestants, il faut se poser tout de même la question : comment un mouvement social peut-il durer aussi longtemps sans que le pouvoir apporte seulement un début de réponse, en dehors de la répression de plus en plus fébrile et massive ? C’est le cinquième mois de manifestation, on a manifesté à l’automne, cet hiver et encore au printemps. Les Champs Elysées ont été interdits de manifestation, et donc si le petit commerce n’est plus gêné par les gilets jaunes, il est maintenant très gêné par une débauche de forces de police. On a rarement vu un tel entêtement imbécile comme politique, cela ressemble maintenant à l’entêtement d’Hitler de vouloir à tout prix gagner la bataille de Stalingrad qui fut, comme on le sait le début de la fin pour la dictature nazie. Il est tout à fait possible que la manifestation de la semaine dernière qui a mis le pouvoir à nu soit le tournant qui mènera Macron à la défaite. 

    Acte XIX, la Résistance s’organise, tandis que la dictature s’installe

    L’ordre règne à Paris 

    Dès le matin, les Champs Elysées voyaient défiler l’armée d’occupation, transformant la capitale en une vaste prison à ciel ouvert. Cette situation inédite depuis le départ des troupes allemandes devrait inciter le peuple à rejoindre la Résistance, soit le mouvement des gilets jaunes. Dès le matin, à Nice, des manifestants ont été chargés très violemment, Estrosi prenant le prétexte des dispositions Macron pour jouer les apprentis fascistes lui aussi. Il avait interdit la manifestation et tout de suite la police qui s’était transformée pour le coup en milice au service de Macron et de l’oligarchie, s’en est donné à cœur joie de tabasser des femmes sans défense, ce qui en dit long sur leur mentalité mercenaire[1]. Des dizaines de villes avaient interdit les manifestations, et quand les manifestations n’étaient pas formellement interdites, elles étaient interdites dans le centre-ville comme à Toulouse par exemple. A Marseille le préfet sous la pression de la Chambre de commerce avait interdit aussi la manifestation aux abords du Vieux Port. Des centaines d’arrestations préventives ont eu lieu dans toute la France. Des centaines de verbalisations ont eu lieu. Si formellement le droit de manifester existe encore, dans les faits les interdictions de manifester s’étendent. En effet, si c’est la police qui exile les manifestants des centres-villes, cela veut bien dire que le droit de manifester n’existe plus. C’est donc bien d’une dictature dont il s’agit. Comme nous le voyons, la question n’est plus de savoir si oui ou non nous partageons le combat des gilets jaunes, mais plutôt de savoir ce que cette dictature macronienne va nous coûter en soumission et en rabaissement de ce que nous sommes encore : même si nous ne sommes pas d’accord avec le combat des gilets jaunes, il s’agit de défendre la liberté. Les syndicats et les partis de gauche, naguère si prompts à manifester contre l’Etat policier, sont à l’heure actuelle complètement silencieux, c’est à peine si on entend quelques voix isolées du côté de la France Insoumise pour condamner ce qu’on nomme une « dérive autoritaire ». Evidemment, si le pouvoir passe à la dictature, c’est la preuve qu’il a peur du mouvement, et en tous les cas que ce mouvement est plus puissant qu’il ne l’affirme toutes les semaines. Si ce mouvement n’était rien comme le disent les chiffres de Castaner-le-menteur, ils n’auraient pas eu besoin de sortir la grosse artillerie pour en finir. Il y a en effet deux façons de gouverner, soit l’assentiment ou la passivité de la population, soit la matraque quand on n’a plus la première. Si Macron avait cet assentiment ou cette passivité de la population, il pourrait continuer à jouer les démocrates et à critiquer les dérives illibérales d’Orban ou de Salvini. Mais voilà, le plus fasciste de tous n’était pas celui qu’on pensait. Remarquez que l’interdiction de manifester est couplée en France avec une maîtrise presque totale des médias par le pouvoir macronien. La conjonction de ces deux phénomènes montre clairement que nous ne somme plus dans une démocratie, même au sens bourgeois et restreint de ce terme. 

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    A Nice une femme âgée aux cheveux blancs, durement matraquée, a dû être hospitalisée 

    J’ai souvent rappelé que durant la campagne présidentielle l’Institut Montaigne, think tank européiste, cosmopolite et affairiste, s’il militait pour une réforme de la loi sur la laïcité, soutenait également deux candidats, François Fillon, dont les turpitudes l’ont éliminé de la course, et Macron, le représentant du Grand Capital et des banquiers. Le premier avait lancé que si les réformes qu’il proposait – exactement les mêmes que Macron d’ailleurs – n’étaient pas acceptées par la population il enverrait les gendarmes. Il disait ça sans rire. Macron présentait un profil plus lisse, plus acceptable, mais finalement c’est lui qui a mis en route ce programme de refondation de la France selon les exigences de l’oligarchie et de Bruxelles : faire rentrer de force la France dans l’ère de la post-démocratie[2]. C’est donc à croire que le Grand Capital avait déjà cette idée en tête d’accomplir un coup d’Etat : c’est Macron, sans doute le plus fou et le plus vulnérable sur le plan mental des politiciens, qui s’en est chargé. On voit le résultat aujourd’hui. La France est un pays occupé par une police qui s’est transformée en milice patronale. J’aurais honte d’être à leur place, d’avoir aussi peu de sens de l’honneur. Mais, on le sait, le sens de l’honneur et la honte ne sont plus des valeurs beaucoup partagées pour ceux qui se trouvent du côté du manche. Il faut bien comprendre que les gilets jaunes manifestent maintenant, non seulement pour critiquer la politique antisociale de Macron, mais aussi pour vous, pour défendre vos libertés, pour défendre l’Etat de droit déjà bien abimé. Dans l’affaire, la police qui a perdu tout sens de l’honneur en se vendant à l’oligarchie, s’est maintenant séparée complètement de la population, elle est, dans cette guerre civile qui commence à peine, un ennemi. Certes la police n’a jamais été – ou vraiment que très rarement – en France capable de refuser les ordres d’un dictateur, comme la justice d’ailleurs. Ces deux corps très fragiles sont passés très facilement du service de Pétain à celui du général De Gaulle sans sourciller, et aujourd’hui ils ne se posent pas plus de questions : l’ignoble Belloubet avançait que la justice – la sienne évidemment – serait sans pitié avec les gilets jaunes, comme si les magistrats n’avaient plus aucun droit de regard sur les dossiers qu’ils jugent, comme s’ils étaient devenus une simple chambre d’enregistrement de condamnations déjà actées. Si on voulait avoir une nouvelle preuve que nous sommes bien dans une dictature, on prendrait comme exemple l’arrêté du préfet Brice Blondel, domestique zélé, qui a instauré le couvre-feu à Tarbes à partir de 18 heures[3]. Ça ne sous rappelle rien ? Les sombres heures de l’histoire… 

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    A Nice dès le matin la police se transforme en milice pour castagner des femmes sans défense 

    Malgré un appareillage répressif surdimensionné et les nombreuses interdictions de manifester, les gilets jaunes étaient encore plus de 150 000 sur toute la France à manifester, tandis que Castaner-le-menteur avançait le chiffre de 45 000[4]. Il est clair que la sauvagerie avec laquelle les débuts des manifestations ont été réprimées, à Bordeaux, à Nice, ou encore à Montpellier, en a refroidi plus d’un. A Montpellier il y avait 4500 manifestants, malgré l’interdiction. A Toulouse et à Bordeaux où les regroupements avaient été interdits, il y a eu de nouveau affrontements violents, empêchant les cortèges de se former. C’est donc un premier succès pour la dictature macronienne. Mais à quel prix ! En tuant le mouvement des gilets jaunes par des pratiques d’un autre âge, c’est la République qu’on assassine et la démocratie qui s’évanouit. Les macroniens qui n’ont pas plus de conscience sociale qu’un poisson rouge, vont certainement jubiler. Mais il est à parier que cette colère rentrée va ressortir rapidement. Peut-être qu’en déchaînant une telle violence Macron obtiendra une accalmie, mais sûrement pas la paix. C’est bien trop tard pour lui dans ce siècle. 

    Acte XIX, la Résistance s’organise, tandis que la dictature s’installe 

    A Bordeaux les milices interdisent l’accès au centre-ville 

    Cette dérive dictatoriale n’a pas enrayé vraiment la mobilisation des gilets jaunes, et s’il y a eu moins de monde pour l’acte XIX, c’est essentiellement parce que les Français ont été interdits de manifestation par la dictature macronienne que des dispositifs ubuesques interdisaient l’accès aux centres-villes. C’est un piètre résultat. L’acte XX verra sans doute une remontée des mobilisations. Les manifestations parisiennes, il y en avait plusieurs, étaient très fournies, et surtout les manifestants semblaient très déterminer à continuer. En même temps, la revue en ligne Lundi matin publiait une liste de 350 universitaires qui en voulant se démarquer des salonards qui ont été servir la soupe au président-fou, affirmaient soutenir les gilets jaunes comme au premier jour[5]. C’est peut-être le début de quelque chose, on a un peu trop l’habitude de voir cette engeance se vautrer à la télévision ou à l’Elysée et injurier les gilets jaunes pour ne pas saluer ce sursaut de conscience – même si certains parmi eux comme Éric Fassin[6] ne sont pas des gens très recommandables. Les signataires appellent à se mobiliser pour faire face au développement d’un autoritarisme qu’ils n’osent pas encore trop nommer « dictature », mais c’est déjà un pas. Je crois que nous devons maintenant obliger les partis et les syndicats à agir dans ce sens : manifester pour le rétablissement des droits les plus élémentaires. 

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    Malgré l’interdiction, les Marseillais ont manifesté sur le Vieux Port et sont passés devant la Chambre de commerce, un repaire de magouilleurs

     En attendant Éric Drouet surveillé étroitement par les espions de Castaner s’est bloqué une amende de 135 € parce qu’il se trouvait dans un périmètre interdit à la manifestation. Il a refusé de signer le PV. On l’accusait d’être un gilet jaune et le leader d’une manifestation non autorisée. Il a contesté ces motifs. On verra bien si la contestation de cette amende en justice sera satisfaite : en effet Drouet ne portait aucune arme, et même pas un gilet jaune. Les motifs de son PV ne sont pas fondés en droit, cette verbalisation est seulement là pour dissuader un peu plus les manifestants. Cet exemple plutôt minable, nous fait comprendre que les amendes vont pleuvoir et cela a déjà été le cas aujourd’hui, des dizaines de PV ont été distribués. Et s’il n’y a pas de motif, la police en inventera. On sait maintenant que les nouvelles lois permettent de condamner quelqu’un sur le simple fait qu’il aurait eu peut-être l’intention de se rendre à une manifestation illégale. 

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    Encore beaucoup de monde à Paris 

    Si Macron pensait arriver tranquillement aux élections européennes qui auront lieu dans deux mois, il s’est trompé. Il se discrédite un peu plus tous les jours. A son approche bornée et entêtée de la situation il a ajouté le comportement ridicule d’un dictateur en herbe un peu capricieux. Mais plus embêtant pour lui, il y a le fait que plus le temps passe et plus ses turpitudes sont dénoncées. L’information circule lentement, freinée par les grands médias aux ordres, mais elle circule tout de même. A cela va s’ajouter de nouveaux feuilletons dans l’affaire Benalla qui, il ne faut pas l’oublier, est une honte pour la République car non seulement elle met au jour les collusions de l’Elysée avec une canaille délinquante peu recommandable, mais en outre, elle montre comment Macron instrumentalise le parquet, que ce soit Molins, ou Rémy Heitz. L’épisode où l’on a vu l’opposition entre le Sénat et l’exécutif s’écharper, est typique d’une dérive autant politique que judiciaire. Bref quand on a les épaules Macron, on ne se risque pas à se prendre pour un monarque, surtout en France ! L’addition sera lourde. 

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    Une autre manifestation à Paris le samedi 23 mars



    [1] https://www.midilibre.fr/2019/03/23/acte-xix-des-gilets-jaunes-31-interpellations-a-paris-une-blessee-a-nice,8086452.php

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/post-democratie-colin-crouch-diaphanes-2013-a117703596

    [3] https://www.revolutionpermanente.fr/Acte-19-a-Tarbes-Le-prefet-instaure-un-couvre-feu-a-partir-de-18h?fbclid=IwAR06GASs0ks-Hy3czy5_XkCX2IN4zEvCJtoBYKdztRJ9AZqkUEpNTaNGHgg

    [4] Le site du syndicat France Police avance 90 000 manifestants, pour une fois nous ne le suivront pas. https://france-police.org/2019/03/23/estimation-de-la-participation-a-lacte-19-des-gilets-jaunes-90-000-manifestants-sur-lensemble-du-territoire-national-a-16h30-selon-le-syndicat-france-police-policiers-en-colere/

    [5] https://lundi.am/350-universitaires-se-declarent-complices-des-gilets-jaunes

    [6] http://in-girum-imus.blogg.org/l-extravagant-eric-fassin-en-recherche-d-un-statut-a126464374

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