•  Acte XXXIV, les gilets jaunes sont encore là  

    Paris 

    On dira ce qu’on voudra, mais les gilets jaunes sont toujours là, samedi après samedi, même s’ils sont de moins en moins nombreux, malgré les vacances et malgré la canicule. Pire encore, alors que la cote de popularité de Macron reste basse, scotchée à 26%[1], les gilets jaunes ont le soutien de près de 50% de la population, donc bien au-delà du soutien accordé à l’exécutif. Il faut dire que le gouvernement dictatorial qui ne se cache plus de son projet de détruire la France, multiplie les provocations. Alors que d’un côté Macron parle d’écologie, le voilà qu’il encourage la signature de l’accord avec le Mercosur, et la ratification du CETA par l’Assemblée nationale[2]. Or, même Nicolas Hulot s’en est aperçu, ces accords de libre-échange participe de la destruction de l’environnement, mais en détruisant l’agriculture, ce sont des pans entiers de notre économie et de notre culture qu’on abandonne à la raison du profit[3]. Macron et les LREM sont les adeptes du double langage, plus menteurs et corrompus qu’eux, c’est difficile de trouver. Mais à ce comportement il faut ajouter la volonté dictatoriale de contrôler les Français, tous les jours on cherche de nouveaux moyens. C’est la répression policière et judiciaire des gilets jaunes les interdictions de manifester, à Caen, à Rouen, à Besançon, et bien d’autres endroits encore. Macron bafoue tous les jours les libertés fondamentales. Cette marche vers une dictature qui se cache de moins en moins a pris un nouvel aspect avec la mise à pied u policier Langlois. Celui-ci est le porte-parole du syndicat Vigi. Le motif trouvé par la clique de Castaner est qu’il aurait offensé sa hiérarchie[4]. Mais en vérité il est suspendu sans salaire pour avoir dénoncé le sale rôle que Castaner fait jouer aux policiers. Autrement dit c’est un policier qui reconnait que la police accepte de jouer un jeu non démocratique. IL dénonce c e que nous savons depuis le début : les policiers sont transformés en miliciens pour le soutien d’un parti qui se voudrait unique. On remarque que parmi les forces de l’ordre, le soutien au gouvernement est en train de craquer : ici ce sont les gendarmes qui ont fait savoir que la charge qui a envoyé Geneviève Legay à l’hôpital et bien ils n’avaient pas voulu la faire. Autrement dit ils ont désobéi aux ordres[5]. Mais ce qui est plus étonnant et qui devrait inquiéter Macron, c’est qu’ils le font savoir. Pour l’instant ce sont des syndicats minoritaires comme Vigi ou France Police[6] qui critiquent le plus vivement l’usage que fait le gouvernement de la violence dans les manifestations. Ils refusent clairement de se faire instrumentaliser par le pouvoir dictatorial en place. C’est une bonne nouvelle pour les gilets jaunes. C’est peu de chose, mais cela veut dire qu’à l’avenir le gouvernement pourra un peu moins comptera sur les forces de l’ordre pour matraquer le peuple en colère.

    Acte XXXIV, les gilets jaunes sont encore là  

    Toulouse 

    Tout ça pour dire que si les gilets jaunes sont bien moins nombreux, s’ils peinent à retrouver une inspiration forte pour mobiliser, leurs raisons d’être et de se battre n’ont pas disparu. On pourrait ajouter que ce sont mes meilleurs qui restent encore au rendez-vous hebdomadaire. Au contraire, elles se sont amplifiées. Outre la féroce répression des gilets jaunes, on peut rajouter la cession de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne, les privatisations des biens publics pour les amis du président, la destruction des droits des travailleurs, j’en passe et des meilleures. Les charrettes de licenciements annoncées ces derniers temps, juste après les élections européennes, laisse peut d’espoir que le chômage baisse sérieusement, je veux dire autrement que dans le maquillage des statistiques. Également le combat pour la défense de l’hôpital est devenu décisif. Nous devons rassembler et coordonner les luttes, faire ce que les syndicats vendus ne font plus, continuer à dénoncer la répression policière, faire émerger des formes nouvelles de circulation de l’information : il y a de très nombreuses luttes sociales en ce moment, dans le privé comme dans le public, mais elles sont mises sous l’éteignoir par les médias. Si seulement on se rendait compte de ce que cela implique, cela nous donnerait certainement du cœur au ventre. Il existe à l’heure actuelle de nombreuses liaisons des gilets jaunes sur les réseaux sociaux, mais elles ne sont pas coordonnées. 

    Acte XXXIV, les gilets jaunes sont encore là 

    Nancy 

    Certes nous aimerions que les choses aillent plus vite et plus fort, pressés que nous sommes par les choses de la vie ordinaire. Et les gilets jaunes luttent contre tout depuis bientôt huit mois. Mais nous devons être patients. Un système aussi solide que le nôtre, soutenu directement ou indirectement par les partis et les syndicats, par la justice et la police, ne peut pas se défaire en un jour. Rien ne sert de pleurnicher. Les gens sont fatigués par huit mois de lutte, il faut bien qu’ils reprennent un peu des forces. Parmi les enjeux qui peuvent permettre aux gilets jaunes de rebondir, il faut tout faire pour que nous atteignions les 4,7 millions de signatures pour le référendum sur la privatisation d’ADP. Distribuer des tracts, organiser des meetings. Une victoire sur ce terrain serait un camouflet pour le petit banquier et les lobbyistes du gouvernement. L’erreur ce serait de vouloir se transformer en parti pour une meilleure efficacité. On sait qu’à l’heure actuelle les groupuscules trotskistes qui vivent dans l’erreur depuis la fondation de la IVème Internationale, tentent de noyauter les gilets jaunes pour recruter pour leur propre compte. SI bien entendu le mouvement doit être ouvert à tous sans exclusive, il ne saurait être question de passer sous les fourches caudines d’un parti-croupion, fut-ce un groupuscule gauchiste.

    Acte XXXIV, les gilets jaunes sont encore là 

    A Limas dans la nuit de vendredi au samedi, les gilets jaunes ont libéré un péage 

    On voit maintenant les gilets jaunes intervenir dans la nuit aux péages autoroutiers, il fait plus frais, ou alors sur les plages. Ils sont à la recherche d’une visibilité qu’on leur refuse obstinément. C’est une autre sournoiserie de la Macronie qui on seulement ment sur ce que font et veulent les gilets jaunes, mais qui en outre se débrouillent pour que les médias n’en parlent pas. Il est vrai que les journalistes sont bien complaisants, ils acceptent cet oukase sans trop discuter. Dans les jours qui viennent on va les voir aussi sur le Tour de France. C’est la moindre des choses, le leader portant un gilet jaune ! Mais ils comptent aussi se faire remarquer le 14 juillet, fête nationale, mais aussi commémoration de la prise de la Bastille, symbole très important pour les gilets jaunes avec le drapeau tricolore et La Marseillaise. En attendant, la canaille LREM continue de tricher sur les réseaux sociaux et de déverser à jets continus des tonnes de fake-news, même Le monde s’en est aperçu[7]. Quand je pense que ce journal a été un des premiers à soutenir la candidature du président-fou, faisant semblant de croire qu’il allait vraiment innover dans la transparence et la recherche de la vérité, ça fait frémir sur le degré de naïveté des journalistes.

    Acte XXXIV, les gilets jaunes sont encore là  

    A Paris des gilets jaunes ont brûlé un drapeau européen en chantant La Marseillaise 

    Cette fois rien n’a filtré nulle part sur le nombre de gilets jaunes en mouvement ce samedi. Ils étaient plusieurs milliers cependant. A Paris la manifestation était assez fournie, à Nancy, Lyon et Besançon également. Cette base est très solide est motivée, elle donne le la en quelque sorte, car lorsque l’été aura passé, il faudra bien se remettre à la contestation de la dictature macronienne. Que cela reparte avec les gilets jaunes, ou à partir de manifestations de licenciés ou de chômeurs, d’urgentistes ou autres, pour la question des salaires ou pour les autres formes de dégradation de la vie sociale, ça n’a pas d’importance. 

    Acte XXXIV, les gilets jaunes sont encore là 

    A Besançon les gilets jaunes s’en sont pris à Carrefour 

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  •  Nominations dans les institutions européennes

    Les journalistes qui sont de plus en plus stupides ont présenté les récentes nominations à la tête des instances de l’Union européennes comme à la fois une victoire de Macron[1], et une victoire du féminisme ! D’autres ont souligné que c’était Merkel qui avait gagné[2]. Les deux approches sont aussi fausses l’une que l’autre : ces nominations sont d’abord la défaite de la démocratie et de la morale la plus ordinaire. On sait que les négociations entre la France et l’Allemagne ont été très longues et pour le moins opaques. Mais que ce soit Merkel ou Macron qui gagne en plaçant leurs amis, il n’est pas certain que l’Allemagne ou la France y gagne quelque chose. Faisons d’abord litière du féminisme de circonstance : se réjouir que des femmes soient nommées à des postes clés dispensent de s’interroger sur la politique qu’elles mèneront. Ce qu’on retient d’abord de la nomination de Ursula von der Leyen et de Christine Lagarde, c’est que ce sont deux personnalités très conservatrices, favorables au libre-échange, au marché et à l’austérité pour les pauvres. Christine Lagarde vient du FMI, elle n’a pas brillé à ce poste. Certains veulent faire croire qu’elle a un CV exceptionnel, sous-entendu des compétences, c’est faux. On retient d’abord qu’elle est une délinquante de très haut niveau : elle a été condamnée dans le procès du réseau d’influence qui donna plus de 400 millions d’euros à Bernard Tapie. Mais la justice de classe est telle qu’elle a été dispensée de peine[3]. Dispensée de peine veut dire que cette condamnation est effacée de son casier judiciaire. Mais les bureaucrates et les politiciens n’en ont cure : pour eux il est normal de condamné un gilet jaune qui a injurié Castaner ou Macron, mais anormal de condamner une femme qui manifestement, même si elle ne connait rien à rien, dispose d’un réseau d’influence qui sans doute dépasse Macron lui-même. Que ce soit à la tête du ministère de l’économie, ou à la tête du FMI, elle a toujours été dans la médiocrité la plus ordinaire. On ne se souvient pas des initiatives fortes qu’elle aurait prises par exemple au moment de la crise des subprimes. Son parcours est assez parlant, elle a fait Sciences Po, à Aix-en-Provence, ville où on peut la rencontrer assez souvent d’ailleurs. Mais après un diplôme de droit, elle a rejoint un gros cabinet d’avocats Baker & McKenzie dont elle finira par prendre la tête. C’est donc à l’origine, elle aussi, une lobbyiste qui a réussi. Elle a beaucoup d’argent et beaucoup de relations. Mais elle aime aussi les fonctions comme directrice du FMI, ou directrice de la BCE, des postes de fonctionnaires internationaux dont les salaires ne sont pas soumis à l’impôt. Au FMI elle touchait plus de 500 000 $ par an[4]. Elle touchera sans doute à peu près la même somme à la BCE – Mario Draghi touchait un peu moins de 400 000 € par an. Elle aime l’argent, c’est incontestable. On se souvient qu’elle reprochait aux Grecs de ne pas payer leurs impôts, venant de quelqu’un qui n’en paie pas, ça ne manque pas de sel[5]. Vu le niveau de son entregent, il n’est pas certain que ce soit Macron qui l’ait faite nommer : comme disait Jean Cocteau, Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. On peut en effet se demander pourquoi les Allemands ont laissé aller ce poste à Christine Lagarde. On sait qu’ils n’aimaient pas Mario Draghi, non pas parce qu’il venait de Goldmann & Sachs, mais parce qu’il balançait de la monnaie à tour de bras. La véritable question est de savoir ce que fera Christine Lagarde. A-t-elle donné des assurances aux Allemands ? On sait qu’elle est une championne de la réaction, mais qu’elle s’est aussi couverte plus récemment en critiquant l’austérité de l’Union européenne. 

    Nominations dans les institutions européennes 

    Pour ce qui concerne Ursula von der Leyen, sa nomination à la tête de la Commission européenne est très controversée. C’est une proche de Merkel, ancienne ministre de la défense, elle est pour une armée européenne. Mais si cette conservatrice très à droite – son père fut ciblé par la Fraction Armée Rouge –  est aussi décriée, c’est parce qu’elle est accusée de tricherie en ce qui concerne sa thèse, mais elle a aussi été accusé de concussion dans des embauches sans appel d’offre et sans contrôle[6]. Bref c’est d’une autre forme de délinquance qu’il s’agit ici. Vous me direz que l’Union européenne a souvent été colonisée par la canaille. Jean-Claude Juncker était connu pour avoir favorisé les multinationales afin qu’elles ne payent pas trop d’impôt[7]. Le très rigide Jean-Claude Trichet avait défrayé la chronique quand il était président de la Banque de France pour des petits arrangements sur les appartements de fonction qu’il occupait, mais aussi pour son attitude dans le scandale du Crédit Lyonnais[8]. Ça ne l’a pas empêché de diriger la BCE. On vient d’apprendre par ailleurs de feu Raymond Barre, dit le gros-Raymond, dit Raymond-la-science, était non seulement un imbécile, mais aussi un homme très cupide, il aurait planqué 11 millions de francs suisses, en Suisse bien sûr[9]. Rappelons qu’avant d’être premier ministre, il avait été vice-président de la Commission européenne. Raymond Barre est aussi ce grand penseur qui a affirmé : « quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite »

    Nominations dans les institutions européennes 

    Bref tout cela pour dire que cette palinodie ne masque pas la énième crise de l’Union européenne. Les détails sont peu importants. Les journalistes s’extasient sur la féminisation des fonctions, oubliant volontairement le côté « délinquantes » de ces deux femmes cupides. On remarque que Michel Barnier qui visait la présidence de la Commission européenne n’a rien eu. Ça ne lui aura servi à rien de jouer les tueurs dans les négociations avec les Britanniques, négociations qu’il a fait capoter par son entêtement imbécile. Sa carrière politique est maintenant finie. Mais au fond tout cela n’a pas d’importance qu’on mette un guignol ou un autre, cela ne change rien de la politique brutale et irréformable de l’Union européenne et de ses différentes boutiques.



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  •  L’euro et son avenir  

    Depuis le big bang financier des années soixante-dix, les formes monétaires de la vie économique ont beaucoup changées, pour beaucoup c’est un facteur de déstabilisation qui, sur le long terme, ne peut produire que des dégâts. Les nouvelles idéologies libérales, mais aussi les possibilités du numérique ont changé complètement les formes et les fonctions des monnaies. En théorie une monnaie est attachée à la souveraineté d’un Etat, elle est le reflet de sa puissance. Si elle joue un rôle économique évident, pour faire, circuler les biens, pour accumuler du capital et pour investir, elle est aussi un instrument politique. Maurice Allais considérait d’ailleurs que la monnaie étant un bien public, puisqu’elle permet de faire circuler le capital et les marchandises sur un espace public, il convenait de laisser le monopole de sa création à l’Etat[1]. Pour beaucoup d’europhiles, la création de l’euro était une première étape vers des Etats-Unis d’Europe. En quelque sorte l’euro est né d’un malentendu : au lieu que cette monnaie consacre une souveraineté effective, elle était conçue comme un aiguillon qui pousserait l’Union européenne vers plus d’intégration. La crise de 2008 démontra que l’euro n’assurait pas la convergence des économies européennes, mais qu’au contraire, il aggravait les divergences entre les Etats de la zone euro[2]. Cette crise faillit d’ailleurs bien emporter la monnaie unique. Un des défauts les plus importants de cette monnaie, est sans doute que son existence empêche les rééquilibrages des déséquilibres commerciaux parce qu’on est dans un système de change fixe, sans possibilité d’une dévaluation qui permettrait d’ajuster la valeur de sa monnaie à la productivité de son économie[3].  Tout cela est bien connu maintenant et sans doute explique pour partie la montée de ce qu’on appelle les populismes en Europe. Cependant ce serait un tort de croire qu’il suffirait d’analyser la crise de l’euro pour comprendre la crise des monnaies. Il faut partir de cette idée selon laquelle la production de la monnaie ressort de plus en plus du secteur privé. Les banques de second rang émettent de la monnaie, mais en règle générale elles émettent cette monnaie dans la dénomination autorisée par la banque centrale : en Europe les banques produisent des euros. Or ces banques privées sont maintenant concurrencées par ce qu’on appelle les nouvelles monnaies numériques. Depuis quelques années on a vu l’apparition du Bitcoin, monnaie plus que virtuelle mais qui est à la fois un moyen de paiement et un objet de spéculation. Sa capitalisation tourne autour des 200 milliards $ et sa quantité sera bornée à environ 21 millions. Sa valeur est directement gérée par un marché pur et parfait sur lequel aucune autorité politique n’intervient. Il s’ensuit que son cours est extraordinairement volatile. Pour certains le Bitcoin est juste une arnaque de type pyramide de Ponzi[4], mais après tout on pourrait dire cela de pratiquement toutes les monnaies dont la valeur n’est pas reliée à l’or par exemple, mais seulement fixée par la confiance qu’on lui accorde. Le Bitcoin, quoiqu’on en pense est l’exemple d’une monnaie qui n’obéit qu’aux seules lois du marché, détachée de tout ancrage géographique ou politique[5].  

    L’euro et son avenir 

    Le Bitcoin est donc une concurrence sauvage pour les banques traditionnelles qui avaient misé essentiellement sur la déréglementation de la fin des années soixante-dix qui leur permettait de créer de la monnaie autant qu’elles le voulaient. Bien entendu elles ont utilisé les possibilités du numérique pour accroitre leur productivité, fermer des agences, détruire des emplois. Mais la crise de 2008 a dévoilé leurs extravagances et depuis elles ne s’en sont jamais remises, certes les Etats se sont endettés pour leur venir au secours, mais de nombreuses banques, notamment la Deutsche Bank, sont en faillite virtuelle[6] et risquent d’entraîner dans leur chute l’ensemble du système bancaire mondial. En Europe comme aux Etats-Unis, la crise financière a été retardée par une production extravagante de monnaies qui, du fait de sa surabondance, a tiré les taux d’intérêt vers le bas. Le plus urgent paraissait d’assurer la recapitalisation du secteur bancaire, mais cela a eu des effets délétères sur le rendement de ce secteur[7]. C’est dans ce moment difficile que Facebook prétend lancé sa crypto-monnaie, libra. L’ambition de ce réseau est de devenir tout simplement la première banque du monde ! Passant par-dessus tout contrôle des banques centrales, c’est libra qui assurera le contrôle social sur tout ce qui s’échange. La numérisation des paiements ne permet pas en effet aux banques centrales, et donc aux Etats d’intervenir en quoi que ce soit, soit à agir en bloquant le réseau. Dans la mesure ou libra pourra devenir le support de réserves de devises libellées en euro ou en dollar – et donc de modifier ainsi le cours de l’euro et du dollar, non seulement elle accroitra sa puissance au-dessus des Etats, mais aussi au-dessus des banques centrales[8]. Bruno Le Maire, ridicule ministre de l’économie, tentait de masquer son impuissance en demandant aux banques centrales de réfléchir à une parade[9]. Le temps qu’on y réfléchisse, il sera évidemment trop tard. Le modèle libra est déjà près à l’emploi, et par la puissance du réseau Facebook, il peut même raccrocher une clientèle qui dans le Tiers Monde n’a pas accès aux services d’une banque. On évalue cette nouvelle clientèle à 1,7 milliards de personnes ! La réussite de libra conditionnera à terme la domination des multinationales du numérique et donc leur prise de pouvoir sur le politique. Les banques centrales ont cependant déjà prévenu libra : cette monnaie ne pourra pas assurer des services bancaires si elle ne se plie aux règles. C’est du moins ce qu’a annoncé le gouverneur de la Banque de France qui n’en est pas à une ânerie près. Cependant en dehors de toute polémique la question qui se joue est de savoir si à long terme une monnaie qui n’est pas appuyée sur la force d’un Etat est viable[10]. Mais l’émergence de cette nouvelle monnaie accroit en réalité l’instabilité financière, entre autres parce qu’elle mine la valeur de l’euro et celle du dollar en les concurrençant. Or l’euro, encore très malade, n’a pas besoin d’une nouvelle crise.  

    L’euro et son avenir 

    Comme on le voit une partie de l’instabilité financière mondiale vient de la privatisation de la monnaie et de la prolifération des nouvelles formes de monnaies. Mais le problème plus immédiat pour l’euro, et par suite pour l’Union européenne, est le comportement du gouvernement italien et ses velléités d’autonomie. En effet depuis l’automne dernier nous sommes dans une impasse. La Commission européenne qui semble ne pas avoir assez de soucis avec la sortie du Royaume-Uni a engagé un bras de fer avec l’Italie sur la question du déficit budgétaire. Bien que le déficit budgétaire soit bien inférieur à celui de la France, la Commission engage Rome à faire de nouvelles coupes dans son budget et donc à suivre une logique austéritaire. Au mois de décembre dernier, l’Italie avait corrigé sa copie, et il semblait qu’on se dirigeait vers un accord[11]. Mais dès le mois de février dernier, la Commission se disait insatisfaite et demandait, sous peine de sanctions, que l’Italie plie devant Bruxelles[12]. En vérité ce que la Commission ne supportait pas c’est que les Italiens ne suivent pas ses directives, notamment sur les retraites. La brutalité de la Commission fut confirmée lorsqu’elle laissa entendre que si Rome ne se soumettait pas, elle allait avoir de très graves ennuis pour se refinancer. Sa dette publique est en effet énorme, et les banques italiennes sont insuffisamment capitalisées. Autrement dit, la Commission cherchait à rééditer le coup qui lui avait si bien réussi avec la Grèce en 2015. On se souvient que déjà à cette époque la crise grecque avait failli emporter la monnaie unique. Mais Tsípras était rentré dans les rangs et s’était renié en tout et sur tout.  

    L’euro et son avenir 

    Un nouveau pas vient d’être franchi. Les Italiens ont décidé de créer une monnaie parallèle à usage interne. Ce sont des mini-BOTs – mini-bills of treasury, ou Buoni Ordinaro Del Tresorio – qui sont des sortes d’obligations d’Etat. Les billets ont déjà été imprimés. On ne sait pas quel est le volume de ces mini-bots, on les évalue entre 50 et 200 milliards d’euros. Ce sont des billets dont la valeur faciale est comprise entre 5 et 200 euros. Officiellement il s’agit de permettre à l’Etat et aux entreprises de régler leurs dettes par ce moyen, de façon à ne pas se trouver à court de liquidités[13]. Mais en réalité, c’est de bien d’autre chose dont il s’agit. Pour certains il s’agit d’une préparation à la sortie de l’euro[14]. Pour d’autres, il s’agit de contourner, grâce à la production des mini-BOTs, le déficit budgétaire imposé par Bruxelles. S’il s’agit d’une vraie monnaie, comme le disait Mario Draghi, alors les Italiens sont dans l’illégalité du point de vue des traités européens, mais s’il s’agit d’une augmentation de la dette, alors ils le sont tout autant ! On ne sait pas vraiment quelles sont les intentions du gouvernement italien, jusqu’où il voudra aller. Après tout, on pourrait voir cette manœuvre comme la première étape pour faire de l’euro une monnaie commune et de la lire une monnaie intérieure dont la valeur fluctuerait par rapport à la monnaie commune, ce qui permettrait à l’économie italienne d’ajuster la valeur de sa monnaie à l’évolution de sa productivité.  

    L’euro et son avenir 

    En Italie le débat frise l’hystérie. L’opposition qui n’en peut plus de la popularité de Salvini et de son gouvernement et qui n’a aucune imagination en rien pour s’affirmer, tente de démontrer que les mini-BOTs n’ont aucune importance, et que sortir de la monnaie unique serait une catastrophe. Mais les Italiens sont bien plus rebelles que les Grecs et pensent dans l’ensemble que de plier aux exigences incongrues de la Commission serait la vraie catastrophe. Autrement dit cette querelle fait apparaître toute l’opposition comme ultra-conservatrice[15]. En France le débat sur cette question est des plus discrets, puisqu’en effet s’il s’avérait que les mini-BOTs peuvent fonctionner comme une vraie monnaie parallèle, alors cela serait un encouragement pour le Frexit. On ne sait donc pas encore quelle ampleur auront ces mini-bots. 50 milliards ou même 200 milliards, c’est assez peu pour un PIB d’environ 2000 milliards €. Et puis, comme on sait selon la loi de Gresham, « la mauvaise monnaie chasse la bonne », or il pourra apparaitre que l’euro est pour les Italiens une bonne valeur refuge, et donc cela pourrait accélérer pour le meilleur et pour le pire la circulation des mini-BOTs, et par suite l’inflation. Pour le moment on n’en est pas là. Et beaucoup croit à un bluff dans la négociation sur le budget entre le gouvernement italien et la Commission. Rien n’est moins sûr. Il apparait qu’en même temps le gouvernement italien est en train de faire le ménage au cœur de la Banca d’Italia, afin d’y mettre des hommes sûrs parce que la direction de cette banque centrale est tout de même très pro-européenne[16]. Il s’agit en cas d’affrontement majeur avec Bruxelles d’avoir les moyens de fournir l’Italie en liquidités, contrairement à ce qui s’est passé en 2015 en Grèce quand la Banque centrale de ce pays a coopéré avec la BCE pour étrangler l’économie et amener Tsípras à la capitulation. Varoufakis avait noté le manque de patriotisme des hauts fonctionnaires lors de cet affrontement majeur[17].  En tous les cas, l’attitude du gouvernement italien face à la Banca d’Italia est clairement une volonté de voir réussir la mise en place des mini-BOTs au minimum comme monnaie de compensation monétaire entre les entreprises et entre les entreprises et l’Etat.  

    L’euro et son avenir 

    Cette initiative italienne pose et va poser énormément de problèmes. Le premier problème directement lié à la mise en place des mini-BOTs, est la question des taux d’intérêt. On pense que les taux d’intérêts vont remonter en Italie, sans qu’on puisse dire jusqu’où. Pour certains, cette remontée sera modérée, eu égard la structure de la dette publique italienne. Evidemment le retour à la souveraineté monétaire, même si cela est profitable à moyen et long terme, a forcément un coût. La seconde question est de savoir quel est le but véritable des Italiens. Deux hypothèses sont avancées, pour les uns les Italiens se préparent sans le dire à sortir de l’euro, ou à s’y faire mettre à la porte, ce qui est la même chose[18]. Pour les autres, au contraire la manœuvre des Italiens est de forcer le départ des Allemands et un retour au mark ! Il y aurait donc deux zones à l’intérieur de la zone euro : l’une autour du mark, avec l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche par exemple, et l’autre avec le reste des pays qui souffrent actuellement de l’hégémonisme économique allemand. Si dans les deux cas ce sera un échec majeur de l’Union européenne et de son modèle néo-libéral, il est clair que la première option est préférable à la seconde parce que même si on admet que la zone euro se coupe en deux, certains milieux d’affaires allemands y sont plus que favorables, le problème des taux de change se reposerait une nouvelle fois au sein de cette nouvelle zone euro.  

    L’euro et son avenir 

    Ce n’est pas un hasard si le mini-BOT de 100 € est frappé à l’effigie d’Enrico Mattei. Celui-ci qui a été assassiné dans des conditions louches, probablement par les services secrets français, est le symbole en Italie de la modernisation de l’économie fondée sur l’indépendance énergétique avec la création et le développement de l’ENI[19]. Comme je l’ai souvent souligné, l’Italie est le premier pays candidat à la sortie de l’Union européenne après le Royaume-Uni. Quoi qu’on en pense, comme au moment de la Libération, les Italiens retrouvent avec leur gouvernement un élan patriotique. La situation ne sera pas longtemps tenable. Elle met encore plus en évidence les défauts de la construction européenne. Cette fois c’est par le biais de sa monnaie que l’Union européenne se retrouve dans la tourmente. Cette nouvelle crise de l’euro montre qu’à tout le moins, cette monnaie unique n’a pas les vertus qu’on lui prêtait lors de sa création. Elle accentue les divergences entre les économies, ralentit la croissance, engendre le chaos sur les marchés financiers, notamment en ce qui concerne les dettes publiques. Près de la moitié de la dette italienne est détenue par des banques étrangères. Et donc si l’Italie relibellait sa dette en mini-BOTs, cela engendrerait clairement une catastrophe financière au moment même où les banques sont déjà dans de grandes difficultés. Les possibilités d’action de la Commission européenne sont quasi-nulles, on ne voit pas cette assemblée de bureaucrates lever une armée pour aller demander raison de cet affront financier à l’Italie. Une sortie de l’Italie de l’euro serait sans doute une catastrophe économique pour toute l’Europe, mais comme y restait c’est la mort lente assurée, il semble qu’à moyen terme il n’y ait pas le choix : c’est une pente fatale. Une sortie de l’Italie de l’euro et de l’Union européenne serait le terminus de cette entreprise grotesque, bien pire que le Brexit. On voit déjà quelles difficultés rencontre l’Union européenne avec la sortie programmée du Royaume-Uni, mais que dire de l’Italie ? Non seulement c’est un membre fondateur, mais c’est aussi la troisième économie de l’Union européenne. L’Italie est un contributeur net au budget de l’Union européenne, pour un peu plus de 4,5 milliards d’euros. Si j’ajoute les 7,5 milliards de contribution nette du Royaume-Uni, j’en suit à 12 milliards d’euros, pour un budget global de près de 160 milliards. On voit mal où dans un contexte d’austérité prolongé, l’Union européenne trouverait des compensations. Comme on le voit cette crise engendrée par l’émergence de cette nouvelle forme de liquidité est plurielle. Elle pourrait tout aussi bien conduire à l’effondrement de l’euro sur les marchés internationaux. Pour l’instant les marchés financiers sont l’arme au pied. Ils ne bougent pas, d’autant que les turpitudes de Trump ne rassurent pas non plus sur la solidité du dollar. Quoi qu’on pense et qu’on dise du gouvernement italien aujourd’hui, il est clair que son attitude est d’abord la conséquence de l’incapacité de la monnaie unique à faire converger les économies qui composent la zone euro vers une dynamique satisfaisante. C’est donc d’abord un échec complet et total de la construction européenne. Il n’y a plus un seul élément qui puisse donner raison aux européistes. Mais on aurait tort de croire que les bureaucrates européistes vont lâcher le morceau comme ça. Je pense que la première forme de rétorsion qu’ils vont utiliser ce sera de tenter de couper les liquidités pour le refinancement de la dette italienne et donc d’asphyxier son économie avec des taux d’intérêt explosifs. Ne n’oubliez pas, l’Union européenne n’a pas vocation à la démocratie, elle pratique la diplomatie de la brute car elle n’a plus d’autre outil à sa disposition pour se sauver du naufrage. Mais cette diplomatie de la brute a des limites comme le montre le Royaume-Uni. A force de vouloir faire plier les britanniques, Bernier et son équipe obtiendront un No deal qui sera sans doute plus défavorable à l’Union européenne qu’au Royaume-Uni. 

    L’euro et son avenir 

    La conclusion de tout cela c’est qu’une monnaie quand elle n’est pas adossée à un Etat politiquement stable a du mal à se faire reconnaitre et génère le chaos. Sa valeur est fragile, surtout si elle ne se détermine que sur les marchés en termes de confiance, elle devient un facteur aggravant des déséquilibres récurrents engendrés par le processus d’accumulation du capital.



    [1] L'impôt sur le capital et la réforme monétaire, Editions Hermann, 1977.

    [3] Joseph Stiglitz, The Euro: And its Threat to the Future of Europe. Allen Lane, 2016. Cette idée n’est pas propre à Stiglitz, on la retrouve aussi chez Jacques Sapir, L'euro contre la France, l'euro contre l'Europe, Cerf, 2016.

    [4] Saifedean Ammous, The Bitcoin Standard: The Decentralized Alternative to Central Banking, Wiley, 2018. 

    [19] Benito Li Vigni ,Enrico Mattei. L'uomo del futuro che inventò la rinascita italiana, Editori Riuniti Univ. Press, 2014.

     

     

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  •  Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Toulouse 

    Malgré la canicule, malgré le boycott des médias à leur égard et les départs en vacances, il y avait encore entre 10 000 et 20 000 gilets qui manifestaient dans toute la France, tandis que le ministère de l’intérieur, habitué à mentir, donnait lui le chiffre de 5 769, vous admirerez au passage le 69 final, bientôt pour faire plus précis Castaner-le-menteur nous détaillera ça à deux décimales[1]. J’ai eu du mal à trouver des informations sur l’acte XXXIII, le sujet étant carrément absent des sites des médias de grande audience. Vu les juger qu’ils traitent par ailleurs, on ne peut pas croire à autre chose qu’à une politique délibéré d’étouffoir. La faible mobilisation de l’acte XXXIII n’a tout de même pas empêché la police de déclencher des incidents dès le début des rassemblements comme à Rennes par exemple où la milice de Castaner n’aimait pas la banderole des gilets jaunes. Si on suit l’histoire récente du comportement des forces de l’ordre, il est clair que celles-ci ont pris la sinistre habitude de cogner sur tout ce qui bouge, dans l’indifférence assez générale des médias : la semaine dernière c’était la fête de la musique qui voyait à Nantes des policiers pousser des jeunes gens à se jeter dans la Loire, un jeune qui apparemment ne savait pas nager à disparu[2], avant les gilets jaunes, c’était les zadistes qui en avaient pris plein la gueule, c’est le cas de le dire[3]. Le pouvoir dit « socialiste » à abuser de la répression, mais Macron atteint un tel niveau qu’on se demande maintenant : si la police est encore une police républicaine, ou encore si ce ne sont pas les policiers violents qui, livrés à eux-mêmes font la loi dans le pays. En même temps que la popularité de Macron reste très basse, malgré la mise en scène des médias aux ordres, la population française ne se fait plus aucune illusion sur le caractère peu démocratique de sa police[4]. 

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Rennes les miliciens de Castaner n’aiment pas les banderoles des gilets jaunes 

    On se retrouve dans une situation où on comprend que la guerre sociale sera longue, mais si nous avons perdu une bataille, nous n’avons pas perdu la guerre, tandis que le pouvoir macronien est nu et a révélé sa vraie nature fascisante. Après plus de sept mois de lutte et les vacances qui arrivent, c’est bien difficile de maintenir la mobilisation. Nous n’avons pas les mêmes moyens matériels que le gouvernement, nous n’avons pratiquement aucun appui dans les partis, à part la France Insoumise, et dans les syndicats. Devant ce net essoufflement des délégués des gilets jaunes venus de toute la France se sont réunis ce week-end dernier à Montceau-les-Mines pour tenter de trouver des issues. Ils étaient plusieurs centaines. Les revendications restent les mêmes, et le mouvement refuse toujours des leaders. Peu d’idées nouvelle sont ressorties de cette rencontre, si ce n’est peut-être de commencer à s’impliquer dans des élections municipales. Mais cette piste nous semble assez bouchée, bien qu’à l’évidence les élections municipales n’aient pas la même allure   que les élections européennes, cette participation ne nous semble pas à la hauteur des exigences[5]. On a pris également conscience que ce ne serait pas si simple de réunir les 4,7 millions de signatures pour faire en sorte que le référendum sur la privatisation d’ADP ait lieu.  Le pouvoir ne dit rien, il se contente d’emmerder les citoyens pour les dissuader de signer, et on suppose que secrètement Macron prie pour qu’on n’arrive pas à 4,7 millions, dans le cas inverse il sera obligé d’agir par la voie parlementaire pour faire capoter le référendum. Plus personne ne croit à la privatisation d’ADP selon Le canard enchaîné du 26 juin, mais de réunir les 4,7 millions de signatures serait une manière de se remobiliser et une défaite symbolique lourde pour Macron et ses lobbyistes du gouvernement, et cela d’autant plus qu’elle se réaliserait par-dessus des clivages partisans, démontrant que la stupidité macronienne avait réussi à faire l’union des oppositions contre elle. 

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Montceau les mines plusieurs centaines de gilets jaunes s’étaient réunis pour trouver des voies nouvelles pour la lutte 

    Nul ne peut dire quel sera l’avenir du mouvement. Les gilets jaunes qui sont restés mobilisés tout au long de ces sept mois, sont ceux qui aiment ça, c’est-à-dire qui trouvent de l’intérêt dans la fraternité des luttes, dans le défi lancé à un pouvoir despotique et ultra-conservateur. Ils aiment chanter et moquer la police, mais aussi réfléchir à ce qu’on pourrait faire pour changer une société qui apparait de plus en plus pourrie. C’est en effet bien mieux que de regarder la télévision. Néanmoins, mêmes les plus déterminés aimeraient bien voir s’ouvrir devant eux des perspectives, des avancées. Bien que le résultat du mouvement soit extrêmement positif de quelque manière qu’on le regarde – il n’a que les gilets jaunes qui ont eu cette capacité à réfléchir sur la démocratie, je comprends bien qu’on le considère comme insuffisant. Pour moi il est clair que la lutte doit s’élargir. A l’heure actuelle et malgré l’approche des vacances, il y a un grand nombre de grèves, tant dans le secteur privé que dans le secteur public. Mais les syndicats ne font plus le boulot de les coordonner, ni même de les faire connaître.

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Gisors des gilets jaunes manifestaient encore

    Tout ce que les gilets jaunes ont appris et construit ne peut pas être perdu, c’est un socle très solide sur lequel on peut bâtir sur le long terme. Pour l’instant les institutions se sont révélées très solides pour défendre le président-fou et lui permettre de continuer une politique en contradiction totale avec les aspirations des Français. Cette accalmie ne saurait durer très longtemps parce qu’aucun des problèmes n’est résolus. Les gilets jaunes sont en quelque sorte la synthèse de toutes les luttes sociales. Le vendredi 28 juin, on a vu à Paris la milice de Castaner réprimer méchamment une manifestation d’écologistes tout ce qu’il y a de plus pacifique[6]. C’était un pur abus de pouvoir, une jouissance sadique de ces brutes épaisses dont Macron a libéré les pulsions mauvaises. Les vidéos qui ont circulé sont édifiantes. Depuis l’arrivée de Macron à l’Elysée, les libertés publiques sont menacées comme jamais, pointant directement la faillite de lé démocratie parlementaire. Il faut remonter au Maréchal Pétain pour retrouver une équivalence. C’est sans doute là que les choses déraperont pour le pouvoir : les Français ne sont pas un peuple qui se soumet facilement, même si les lecteurs du Monde sont très contents de la répression politique. Ils réagiront, et comme les partis et les syndicats sont aux abonnés absents ou comme la France Insoumise piégés par leurs querelles internes, ils seront contraints de suivre une voie nouvelle, celle précisément ouverte par les gilets jaunes, celle de la démocratie directe. 

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Nantes on a manifesté pour dénoncer les exactions de la police lors de la fête de la musique 

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    Le vendredi 28 juin la milice de Castaner gazait des manifestants écologiques très pacifiques



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  •  Justice de classe, mensonges et conséquences 

    Devant les caméras de télévision, Patrick Strodza avait menti ouvertement 

    La justice n’en finit pas de se vautrer dans l’ignoble. Cette semaine a été révélatrice de son instrumentalisation par Macron et plus largement par le bloc bourgeois. La première affaire est celle du classement sans suite qui été décidé par le procureur Rémy Heitz dans une partie de l’affaire Benalla[1]. Parmi les personnages mis en cause par la justice, il y avait Patrick Strodza prit la main dans le pot de confiture en train de mentir honteusement devant les sénateurs pour couvrir les turpitudes des deux hommes de main de Macron, les voyous Alexandre Benalla et Vincent Crasse. Rémy Heitz a été nommé par Macron contre l’avis du Conseil de la Magistrature au poste plus que sensible de procureur de Paris. Il a ainsi le pouvoir comme on le voit avec l’affaire Strodza de bloquer les affaires délicates pour Macron en amont. Donc Patrick Strodza, directeur du cabinet du président de la République, avait menti outrageusement devant la représentation nationale. Aux Etats-Unis une telle ignominie vous mènerait directement en prison. Mais en France Rémy Heitz peut se permettre que bafouer la loi et la vérité en requalifiant le comportement inadmissible de cette bande de voyous qui se trouve à l’Elysée de « simples contradictions » n’ayant pas altéré la vérité. Comme on le voit, le parquet ne chie pas la honte.  

    Justice de classe, mensonges et conséquences

    Rémy Heitz est, avec François Molins, le procureur chargé de protéger Macron et ses sbires de toute ingérence judiciaire, alors que les plaintes contre le président et sa clique s’accumulent, que ce soit pour les turpitudes de Macron dans la vente d’Alstom à General Electric avec les conséquences dramatiques sur l’emploi et l’industrie[2], ou celles de Castaner pour l’attitude fascisante des forces de l’ordre vis-à-vis des gilets jaunes.             Après avoir décider de classer sans suite des centaines de plaintes contre la police, Rémy Heitz a été oblige de faire la part du feu, aussi bien face à l’opinion publique que face aux remontrances de l’ONU et de l’Union européenne dans les gestions des violences policières, et donc il a décidé de traduire certains policiers – qui paieront pour les autres – devant les tribunaux. Comme on le voit, Rémy Heitz est le préposé aux sales besognes, il n’a jamais de sa vie de procureur la plus petite indépendance. Si nous étions sous Vichy il s’appliquerait de poursuivre les Résistants et les faire lourdement condamner. C’est ce qu’il fait avec les gilets jaunes, notamment quand il fait poursuivre plusieurs fois d‘affilé Éric Drouet en correctionnelle qui a été condamn. Il se dépêche de le traîner devant les tribunaux[3], alors que Benalla mis en cause depuis des mois dans des affaires bien plus graves, peut vivre tranquillement sa vie et toucher des allocations chômage copieuses tout en étant rémunéré par ailleurs pour des tâches très obscures. Éric Drouet a fait appel de ses condamnations, et sans doute, vu la fragilité des charges retenues, Macron sera une nouvelle fois désavoué. Mais il gagne du temps et fait passer ses adversaires politiques pour des délinquants, alors que lui-même est entouré de voyous qui trichent et mentent en toute impunité.

    Justice de classe, mensonges et conséquences 

    Les militants d’ANV-COP21 ont été relaxés 

    L’instrumentalisation de la justice à des fins politiques ne se suffit pas pourtant du scandaleux travail des Molins et autres Heitz. Le ridicule ne tue pas, la preuve les procureurs, sans doute sur les ordres de la sinistre Belloubet – celle qui ressemble à la sorcière de Blanche Neige et qui oublie parfois de déclarer sa fortune[4] - ont mis en scène plus de soixante procès dans toute la France contre ceux qui ce sont permis de décrocher le portrait du président-fou des mairies de France. On a pu compter jusqu’à 65 procès de décrocheurs[5]. Ils entendent protester en enlevant l’ignoble portrait de Macron des mairies contre son inaction en faveur de l’environnement. Notez que certains maires avaient ouvert la voie en l’enlevant, ou en mettant son effigie tournée contre le mur. Ce qui ressort de ce mouvement très pacifique de contestation, c’est évidemment que les Français ne reconnaissent plus Macron comme leur président, ils le supposent leur ennemi. Et ils ont raison. Vexé, Macron a demandé aux procureurs de les poursuivre. Ceux-ci se sont exécuté sans état d’âme. Mais le premier procès de ce genre – unique sous la Vème République – s’est soldé par un échec. A Strasbourg, 3 militants écologistes qui étaient poursuivis pour ce crime de lèse-majesté, ont été relaxé, le tribunal ne trouvant aucun motif sérieux de les poursuivre[6]. Gageons que les autres tribunaux suivront ce verdict de sagesse. Il s’agit d’intimider les opposants, nous en sommes pratiquement au délit d’opinion. Tous les juges ne sont pas aussi indépendants que ceux de Strasbourg. Il y a quelques jours trois gilets jaunes avaient été condamnés à de lourdes amendes à Besançon pour avoir crié « Castaner assassin », ces juges-là n’ont peur de rien[7]. On voit que le pouvoir dictatorial de Macron vise d’abord a empêcher une opinion négative de sa personne de se répandre et de se diffuser. Les journaux ne relaient que mollement cet activisme judiciaire choquant. On suppose que l’étape suivante sera d’interdire ces mêmes critiques sur les réseaux sociaux, c’est semble-t-il en bonne voie. Par bonheur, Macron étant soutenu par 99% des médias financés par ses amis milliardaires, il n’a pas besoin d’engager le procès des journalistes, ce qui peut lui permettre de critiquer Orban en Hongrie pour son attitude répressive vis-à-vis de la presse.

    Justice de classe, mensonges et conséquences 

    Mélenchon s’indignant de la perquisition à la France Insoumise en octobre 2018 

    Ne croyez pas que les choses s’arrêtent là. Macron dont la cote de popularité est toujours extrêmement basse, poursuit ses ennemis politiques de toutes les manières. Toujours dans les basses manœuvres d’intimidation, on se souvient que Mélenchon et la France insoumise avaient fait l’objet en octobre dernier de perquisitions houleuses. Et donc aujourd’hui voilà le parquet qui traine Mélenchon devant le tribunal correctionnel[8]. On peut penser ce qu’on veut de Mélenchon et même critiquer sa manière de se rebeller contre ces perquisitions, reconnaitre qu’il a fait une faute qui lui est retombé dessus en cédant à la provocation, la question n’est pas du tout là. Elle est dans une criminalisation des opposants. Que ce soit Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, identifiés tous les deux comme les principaux opposants de Macron, il est clair qu’ils font l’objet d’un véritable harcèlement judiciaire. Je ne veux pas défendre l’idée que Mélenchon soit au-dessus des lois, bien au contraire, je pense que les hommes politiques doivent répondre de leurs actions lorsqu’elles enfreignent la loi. Mais il est clair que la criminalisation des opposants est une manœuvre d’un clan pour intimider les adversaires. C’est à tel point qu’on se demande qui contrôle qui : est-ce Macron qui instrumentalise le parquet, ou est-ce le parquet qui instrumentalise Macron et se comporte en véritable parti politique ? Il ne faut pas se tromper, il ne s’agit pas ici de défendre Mélenchon – qui par ailleurs a beaucoup déçu – ou MLP, mais de lutter pour une restauration de la démocratie qui passe d’abord et prioritairement par la possibilité des opposants d’exprimer leurs divergences avec le pouvoir en place, soit en manifestant, soit en décrochant des portraits de l’ignoble Macron, soit en l’injuriant parce qu’il fait matraquer les gilets jaunes et vend les biens publics à des prix de braderie à ses amis de la finance. Le monde parlait de « nouveau coup dur pour Mélenchon et la France Insoumise », ils se trompent, c’est un nouveau coup dur pour la justice. Le jour même où l’ignoble Rémy Heitz blanchit Patrick Strodza, le parquet s’attaque à Mélenchon pour une broutille, un petit incident de rien du tout. Sur les réseaux sociaux on a remarqué de cette annonce concomitante était un clair message envoyé aux Français : ceux qui sont avec Macron peuvent mentir et se parjurer, les opposants par contre risquent d’être traînés devant les tribunaux. Vichy n’est plus très loin. Rendons au moins hommage à Macron sur ce point, il a dévoilé la nature du pouvoir de classe, et la solidité du bloc bourgeois. Bref comme disait Marx, le programme est toujours le même : « rendre la honte plus honteuse à la livrant à la publicité ». La justice française est classée 37ème sur 43 en Europe, derrière l’Arménie et l’Azerbaïdjan selon la CEPEJ – Commission Européenne Pour l’Efficacité de la Justice[9]. Très souvent on dénonce le manque de moyens qui font que les affaires trainent en longueur, voir par exemple les affaires de Sarkozy ou de Balkany. C’est vrai, mais ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas parce que le nombre de procureurs augmenterait que ceci accroitrait leur indépendance. Il y a dans la justice française, c’est son histoire, une honte dont elle ne s’est jamais remise, elle s’est compromise lâchement avec le nouveau régime, s’abritant derrière l’idée selon laquelle elle appliquait la loi mais ne la faisait pas[10]. 

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    [10] Virginie Sansiçco, La justice déshonorée, 1940-1944, Tallandier, 2015.

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