•  Démocratie et parlementarisme, la question européenne

    C’est peu de dire que la démocratie dite représentative est en crise. Nous l’avons vu avec les revendications des gilets jaunes qui réclament le RIC. Ils supposent que les parlementaires ne représentent pas le peuple, qu’ils sont loin de ses préoccupations, et donc ils réclament une démocratie directe qui ne fasse finalement des représentants élus que de simples exécutants de la volonté populaire qui pourrait s’exprimer par voie référendaire. Les reproches qui sont adressés à cette forme de démocratie sont connus depuis longtemps, on pourrait dire qu’ils sont contenus dans la mise en place même des formes parlementaires de gouvernement. Non seulement les politiciens de profession sont issue des classes supérieures et ne représentent pas le peuple, mais en outre le système électoral peut faire qu’un majorité parlementaire soit différente de la majorité réelle : par exemple seulement 18% des électeurs ont voté au premier tour pour Macron aux présidentielles de 2017, et encore au second tour malgré » un battage sans précédent pour faire barrage au fascisme, il n’arrive pas à recueillir une majorité d’électeurs inscrits sur son nom. Plus caricatural encore aux Etats-Unis, le système électoral permet à Trump d’être élu président alors qu’il recueille près de 3 millions de voix de moins que sa concurrente ! Généralement quand on critique la démocratie parlementaire, ce qui est de plus en plus fréquent, on vous dit qu’on n’a pas à se plaindre parce qu’ailleurs ce serait pire encore. Par exemple les macroniens contestent les manifestations récurrentes des gilets jaunes en disant que si ceux-ci ne sont pas contents ils n’ont qu’à s’en aller faire un parti et se présenter aux élections ! C’était d’ailleurs l’idée de la vieille social-démocratie – la vraie pas celle qui aujourd’hui véhicule les idées des bienfaits des lois du marché. Même le vieil Engels supposait que comme les salariés étaient le groupe sociologique en expansion, qu’ils avaient des partis qui les représentaient au parlement, il n’y avait plus besoin d’une révolution violente pour aller vers le socialisme. Mais cela ne fonctionne plus, et si les racines de ce mal sont anciennes, c’est à l’évidence la déconfiture de l’Union européenne qui a joué un rôle d’accélérateur. Le peuple est las de voter une fois tous les cinq ans pour une fausse alternance qui produit toujours les mêmes résultats.  

    Démocratie et parlementarisme, la question européenne

    C’est en Mai 68 que le pouvoir du parlement en tant qu’expression de la démocratie a été contesté. Les manifestations monstres, les occupations, la grève générale, montraient qu’il y avait une autre voie pour l’expression de la démocratie. C’est ce que ne semble pas comprendre Macron qui voudrait réduire l’idée de la démocratie qu’au simple bulletin mis dans une urne. Je fais remarquer au passage que la contestation soixante-huitarde intervenait juste un an après que les élections aient été perdu de justesse par les partis de gauche, et qu’elle a obtenu des résultats matériels importants, augmentation des salaires, une quatrième semaine et congés payés, etc. Toute chose qui eut été impossible dans le strict cadre électoral. En 1967, il y avait eu un débat à l’Assemblée nationale entre Georges Pompidou, premier ministre en titre, mais aussi représentant déjà de la finance, et François Mitterrand, leader de l’opposition. Mitterrand réclame une hausse du SMIG de 5% parce que l’ensemble des salaires ont pris du retard par rapport à la productivité. Pompidou en bon gérant des intérêts du patronat lui rétorquer qu’on ne peut pas, que cela ruinera l’économie. Or, suite aux manifestations de Mai 68 et aux grèves avec occupation, les SMIG sera augmenté de 35% ! On pourrait ressortir bien d’autres exemples où l’on voit les avancées sociales initiées en dehors de l’hémicycle, 1936 et les congés payés obtenus consécutivement encore à des grèves importantes, la mise en place des revendications du CNR à la Libération alors que le parlement n’est pas vraiment en place, mais que la CGT et le PCF ont fait des démonstrations de force. Cependant pour la période plus récente, la remise en question de la démocratie parlementaire c’est l’Union européenne qui l’engendre. En 2005 en effet, on demande aux Européens de voter le TCE. Mais les résultats ne sont pas conformes à ce que les politiciens attendent, en France et aux Pays-Bas, le TCE est largement désavoué. Et donc on fera passer ce traité par d’autres moyens justement par la voie parlementaire, actant le divorce entre le peuple et ses représentants élus. Comme on le voit la démocratie bourgeoise, ça va bien quand c’est la bourgeoisie qui gagne, autrement on remet en question ses résultats. Macron a l’habitude de dénoncer la répression policière et le manque de liberté de la presse en dehors de nos frontières, pour faire savant il parle de gouvernements illibéraux, mais chez nous il fait mine de ne pas voir qu’il fait pire que ce qu’il dénonce.  

    Démocratie et parlementarisme, la question européenne

    Mais revenons à la question de la démocratie dite représentative. Elle se trouve en tête des débats dans les pays qui sont extrêmement hostiles à l’Union européenne. La France, l’Italie et le Royaume Uni. La situation devient confuse. Les européistes accusent Boris Johnson de ne pas faire un nouveau référendum sur le Brexit, mais ils l’accusent aussi de ne pas suivre les indications du parlement en le mettant en congé. Et donc on nous dit qu’il n’est pas démocrate. Mais Boris Johnson avance qu’en fait il veut respecter le vote populaire de 2016 et que le jeu du chat et de la souris avec le Brexit n’a que trop durer. On sait par ailleurs qu’un certain nombre de députés de son propre parti se sont laissés acheter pour saboter le Brexit. En vérité c’est l’Union européenne qui a fait traîner les choses en longueur, espérant que les Britanniques se lasseraient et qu’ils rentreraient dans le rang. Mais le résultat est que devant cette situation inédite se révèle un nouveau conflit entre le peuple et ses représentants. Il apparait que le peuple a voté en 2016 pour une sortie de l’Union européenne, mais qu’elle n’est pas possible. On revient à la situation des référendums de 2005 quand la France et les Pays-Bas ont voté contre : le vote n’a pas été respecté. Il est assez incroyable qu’il soit si difficile de se résoudre à accepter le résultat du vote. Après les votes de 2005 contre le TCE, Sarkozy disait que Chirac avait eu tort de consulter le peuple. Il n’est pas étonnant qu’en France les gilets jaunes manifestent à cor et à cris pour la mise en place du RIC. Les européistes demandent à ce que Boris Johnson soit offre un nouveau référendum, soit procède à des élections parlementaires.  

    Démocratie et parlementarisme, la question européenne

    L’Italie c’est l’autre pays qui emmerde Bruxelles et qui menace tous les jours de sortir de l’Union européenne. Mais en Italie le clash de Salvini qui a mis fin à la coalition avec M5S est analysé par les européistes comme un retour joyeux de la démocratie. Ils refusent donc des élections demandées par Salvini… au nom de la démocratie ! On en revient à des combines politiciennes ordinaires pour sauver son siège. En effet si les élections avaient lieu aujourd’hui, M5S perdrait au minimum la moitié de ses sièges de députés et de sénateurs. Et donc les voilà qui, toute honte bue, s’allient avec un has been comme Renzi, l’homme politique le plus détesté d’Italie, une sorte de Macron qui n’a comme programme que d’appliquer les directives européennes. Evidemment M5S qui naguère se présentait comme le parti anti-système, défenseur de la démocratie directe, perd toute crédibilité. Beaucoup ont analysé la démarche de Salvini comme une erreur. Ce n’est pas certain. En effet l’alliance autour de Renzi, ressuscité d’entre les morts politiques, si elle plait naturellement beaucoup à Macron et à Bruxelles, risque de frustrer les Italiens qui en ont marre des combines qui les mènent dans l’impasse, dans un climat permanent d’instabilité. Rapidement les échéances vont être difficiles pour la nouvelle coalition, dans un contexte très morose en Europe, les questions du financement de la dette publique et du budget vont la faire éclater. D’autant qu’on peut compter sur l’imbécilité de la Commission européenne pour réclamer encore plus d’austérité. Par son attitude Conte démontre ce qu’on savait déjà : M5S était le maillon faible de la coalition. Salvini a très bien joué au contraire : il montre que les partis réguliers près à se plier à n’importe quelle injonction de Bruxelles, sont les soutiens d’un « système » qui ne tient absolument pas compte du peuple et de ce qu’il exprime. En 2018 M5S pesait environ un tiers de l’électorat, aujourd’hui il en est à moins de 20%, tandis que « la part de marché » reste stable et la Lega est selon les derniers sondages au-dessus de 35%, alors qu’en 2018 elle était seulement à 18%.  

    Démocratie et parlementarisme, la question européenne

    Le journal Le monde, au nom de la démocratie, approuve ici Conte qui ne veut pas d’élections, et crache sur Boris Johnson n’en veut pas ! Ce sont des principes à géométrie variable. Bien sûr ils savent que la coalition M5S et Renzi ne tient pas debout sur n’importe quel sujet, mais ils sont contents de voir Salvini écarté du pouvoir. Pour eux cela justifie tous les sacrifices, y compris celui de la démocratie parlementaire ! Voilà comment son éditorialiste présente la chose :

    « La manœuvre épargne à l’Italie des élections à court terme et le triomphe de la Ligue. C’est assurément une bonne nouvelle, en particulier pour l’Union européenne. Rome sera en mesure de nommer à Bruxelles un commissaire du Parti démocrate, formation pro-européenne, plutôt qu’un populiste. Les négociations sur le budget italien, dont l’UE avait rejeté une version initiale, devraient aussi se trouver facilitées. »[1]  

    Démocratie et parlementarisme, la question européenne

    Pour ces grands démocrates l’important est de nommer un commissaire italien issu du Parti Démocrate et de rassurer Bruxelles. Mais ils savent bien que le projet « tout sauf Salvini » n’est pas un projet politique et qu’au contraire il va renforcer la méfiance du peuple envers ceux qui prétendent le représenter et parler en son nom. Tous ces exemples nous montrent que la démocratie parlementaire a fait son temps. Non seulement elle permet à des médiocres d’arriver au pouvoir par des moyens très louches, mais elle n’obtient aucun résultat probant à l’heure des grandes catastrophes. Elle apparait donc comme inutile et devra être remplacée, dans toutes les démocraties occidentales, l’abstention atteint des records, et l’abstention est encore plus forte lorsqu’il s’agit de vote pour des fantaisies du type Parlement européen. Ce n’est pas pour rien que les gilets jaunes ont été imités dans plusieurs pays à l’étranger et notamment au Royaume Uni par les Brexiters.  

    Démocratie et parlementarisme, la question européenne

    La dernière facétie des démocrates en carton c’est l’analyse du vote AfD en Allemagne. Ce parti vient en effet de connaitre une progression retentissante dans des élections locales à l’Est du pays. La plupart des éditorialistes tentent de ramener cette progression à une comparaison avec l’Allemagne des années trente. C’est une manière de se défausser. Passons sur le fait que les nazis, les vrais sont peu nombreux dans ce pays, et donc qu’en conséquence ils ne possèdent pas de troupes paramilitaires comme c’était le cas lorsqu’Hitler est arrivé au pouvoir. Mais même si on suppose que cette comparaison tient la route, il est évident que l’arrivée d’Hitler au pouvoir vient principalement de l’effondrement moral et économique du pays, dû notamment à la politique austéritaire de Brüning basée essentiellement sur la déflation. Il y avait donc deux élections, l’une dans le Brandebourg et l’autre en Saxe. Dans le premier cas l’AfD double quasiment son score, et dans le second, elle le triple[2]. Je ne vais pas me lancer dans un débat sur les qualités et les défauts d’AfD, ne sais très bien que ce parti compte dans ses rangs des nostalgiques d’Hitler. Il n’est pas certain que ce soit cela qui explique le vote. Je partirais du simple constat qui fait que l’AfD, parti très anti-européen et anti-euro, a le vent en poupe auprès des électeurs et plus particulièrement des électeurs pauvres. D’abord il y a le fait que la politique migratoire de Merkel est rejetée dans des proportions similaires à ce qu’on trouve de partout en Europe, entre 60 et 80%. Et si on avait annoncé que les migrants c’était bon pour l’économie – sous-entendant par là que les jeunes migrants travailleraient pour les vieux Allemands – on s’est rendu compte que la très large majorité des migrants en Allemagne ne trouvaient pas d’emploi. On a parlé du traumatisme de Cologne[3] quand les migrants en masse ont violé des femmes allemandes, ils sont aussi impliqués dans l’explosion de la délinquance. En outre Merkel avait envoyé toute une partie de ces nouveaux migrants directement dans les Landers de l’Est, soit l’ancienne Allemagne de l’Est. Ça s’est très mal passé, les autochtones ont vu cela comme une volonté de faire baisser le salaire, alors qu’ils sont déjà bien moins payés qu’à l’Ouest. Des émeutes récurrentes ont éclaté, montrant à quel point il y avait une cohabitation des plus difficiles avec les migrants dont une petite partie est faite de réfugiés de guerre[4]. Mais les Allemands de l’Est ont aussi très mal vécu la réunification parce qu’ils se sont sentis déclassés[5]. Et puis voilà que le modèle allemand, celui-là même qui avait assuré la popularité de Merkel, se met à donner de la gîte. Dans ce contexte, le SPD qui a décidé de se suicider à la manière du PS français, ne joue plus que les supplétifs pour une politique européiste et inégalitaire sans avenir.    

    Démocratie et parlementarisme, la question européenne

    Le morcellement des résultats en Allemagne ne marque pas seulement un rejet d’un parti ou d’une politique, c’est la manifestation d’un divorce entre le peuple et ses représentants. Les élections ne résolvent rien, au contraire, elles ne font qu’accroître l’instabilité. Cette évolution très prévisible de l’Allemagne ne signifie pas que l’AfD va remplacer la CDU et Merkel, ce parti n’est pas prêt. Il signifie plutôt qu’une alternative droite et rose pâle n’est plus à l’ordre du jour, alors qu’elle a été le moteur de l’histoire allemande au moins depuis la fin de la Seconde mondiale jusqu’à Merkel. Sa signification profonde, c’est que l’Allemagne n’a plus les moyens d’exercer son leadership sur l’Union européenne, et comme Macron non plus, nous voyons que cette triste boutique va s’en remettre aux bureaucrates de Bruxelles, et on peut compter sur eux pour dégoûter un peu plus les électeurs européens de leur projet d’intégration européenne à tout prix. Pour faire face à la récession qui s’annonce en Allemagne et en Europe, certaines préconisent justement que l’Allemagne relance l’économie en utilisant ses énormes excédents et cesse de courir après la vieille Lune d’un budget en équilibre et d’une dette publique nulle[6]. Mais la situation est bien plus grave qu’il n’y parait puisque relancer l’économie ce serait relancer la croissance à un moment où l’urgence écologique nous dit que ce n’est pas le bon chemin. Si la crise de la démocratie est si vive aujourd’hui, c’est surtout parce qu’on ne voit pas comment les anciennes institutions pourront y survivre.

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  • Les gilets jaunes, au neuvième mois de lutte, acte XLII 

    A Paris on pouvait voir quelques élus dans la manifestation du 31 août 

    C’est la rentrée qui s’annonce et donc c’est le dernier samedi avant la fin complète des vacances. Les gilets jaunes ont étonné tout au long de l’été par leur tenacité. Et les voilà maintenant au 42ème acte, soit au 42ème samedi de mobilisation. Sans doute sont ils encouragés par ce qui se passe à l’étranger, par exemple à Hong Kong, où la répression est à peu de chose près la même qu’en France, on entend d’ailleurs des éditocrates qui s’époumonent à soutenir les manifestations hongkongaises pour la démocratie, sans même comprendre que nous vivons exactement la même chose ici, sauf qu’à Hong-Kong les manifestations sont plus fournies. Et donc nous sommes maintenant aux universités d’été des partis. Celles qui sont animées par la gauche sont des plus moroses, que ce soit celle du PCF à Aix-en-Provence, ou celle de la FI à Toulouse où les débats ont dérapé sur la question de l’islamophobie. On sait que la FI est très divisée sur cette question, il y a les gauchistes comme Obono, Autain qui sont prêts à soutenir l’Islam et donc à réclamer des aménagements de la laïcité. La question a porté sur la notion d’islamophobie. C’est Henri Peña Ruiz qui a mis les pieds dans le plat, en soutenant qu’on avait le droit de critiquer l’Islam et donc d’être islamophobe. Evidemment je ne peux qu’être d’accord avec cette position. On a mis des siècles en France pour marginaliser l’Eglise catholique, ce n’est pas pour maintenant revenir en arrière en faisant la main à la religion la plus rétrograde qui a été inventée[1]. Les islamo-gauchistes de la FI, Madjid Messaouedene et Taha Bouhafs sont montés au créneau et se sont faits menaçants. La FI est en quelque sorte divisée en deux, une partie est plutôt du genre Ruffin et privilégie la lutte des classes, et une autre, plutôt Autain et privilégie les problèmes de société. La seconde a été très réticente à soutenir les gilets jaunes, mais se précipite facilement au secours des islamistes les plus rétrogrades. Jean-Luc Mélenchon n’était pas là. Il était ailleurs… mais peu importe, la FI paye aujourd’hui son manque de clarté sur trois problèmes importants, l’Europe, l’immigration et bien sûr l’Islam qui est un dérivé de l’immigration. Or il est totalement inconséquent de défendre la liberté pour les femmes et en même temps le voile. Des imbéciles comme Badiou ont voulu voir dans les mouvements islamistes – Hamas et Hezbollah – des mouvements prolétariens d’un nouveau genre, assimilant les musulmans à des pauvres. Ces raccourcis frisent l’imbécilité parce que l’Islam est encore pire que la religion catholique non seulement elle sanctuarise l’inégalité entre les pauvres et les riches, mais aussi entre les femmes et les hommes, et bien sûr entre les races. Pour les islamistes les Juifs et les Noirs sont des sous-espèces. Ceux qui ont attaqué Henri Peña Ruiz ont trouvé un soutien de poids chez les macronistes en la personne de Julien Denormandie. Il est semble-t-il ministre du logement, mais il ne doit pas y avoir à faire grand-chose pour trancher des questions de la religion, à moins qu’il veuille construire des mosquées[2]. Ils sont comme ça les macronistes, communautaristes, mondialistes, pour eux la nation et la laïcité sont des formes qu’ils ne comprennent pas. Dans cette équipe on a un autre LREM, transfuge du PS, Aurélien Taché, qui est un grand défenseur du voile qu’il compare à un serre-tête[3]. C’est ce crétin qui est chargé de réfléchir à un aménagement de la loi sur la laïcité. Evidemment si on est libéral comme Macron, Taché ou Denormandie, alors chacun peut faire ce qu’il veut dans son coin, c’est logique. Espérons que cette crise aura pour effet de clarifier les positions. 

    Les gilets jaunes, au neuvième mois de lutte, acte XLII 

    Monique Pinçon-Charlot à l’Université d’été du Medef 

    J’aime bien Monique Pinçon-Charlot et son mari avec qui elle a écrit des ouvrages sur la sécession des ultra-riches. Je l’ai dit et écrit. Cependant, on la voit un peu trop n’importe où après avoir soutenu la liste du PCF pour les européennes, la voilà qui se retrouve à l’Université d’été du Medef ! Les communicants du Medef ont bien joué, à la place de la sulfureuse Marion Maréchal qui avait été initialement pressentie, et à laquelle ils avaient dû renoncer sous la pression médiatique, ils ont embauché Monique Pinçon-Charlot. Ils ont de l’argent, et donc les moyens de la payer. Mais ce faisant la sociologue se discrédite pleinement : d’abord parce que sa présence laisse entendre qu’on ne combat pas le patronat, mais qu’on peut discuter avec lui, comme le fait depuis qu’il est tout petit Laurent Berger. Et donc elle contribue à donner une image moderne d’ouverture à Geoffroy Roux de Bézieux. Or celui-là est encore plus à droite que ses prédécesseurs et milite pour en finir avec quelque forme que ce soit d’Etat-providence. Mais comme le constate la presse bourgeoise, « un vent de renouveau souffle sur le Medef »[4]. Monique Pinçon-Charlot s’est laissé piéger comme naguère Dominique Méda qui n’en est pas encore revenu de s’être laissée entrainer à un débat sans queue ni tête avec Macron. Pourquoi ces femmes qui ont manifestement un peu d’instruction se laissent-elles piéger par l’oligarchie si facilement ? je crois qu’il y a deux explications : la première c’est l’orgueil, croire qu’en allant chez l’ennemi, celui-ci va vous comprendre, vous écouter et vous suivre ! La seconde c’est la rémunération monétaire – sans doute pour Pinçon-Charlot – ou symbolique pour la pauvre Dominique Méda lorsqu’elle va grignoter chez Macron. Roux de Bézieux est son dosciple, les parlottes n’engagent à rien, il avait aussi invité à ce meeting une gilet jaune, histoire de dire qu’on est peut-être des patrons, mais on sait ce qu’est la misère. Ils avaient donc convoqué la malheureuse Jacline Mouraud qui n’a jamais rien eu à dire, mais qui le fait savoir. A quel titre ? Et bien il parait qu’elle fut gilet jaune… Mais il y a longtemps ! Depuis elle n’a pas arrêté de leur cracher dessus au motif que Macron avait bien répondu à leurs attentes, et qu’une fois la question de la hausse des prix du carburant était passée, il fallait rentrer à la maison s’occuper d’autre chose plutôt que déconner sur les ronds-points. Evidemment comme elle n’est rien, ni politiquement, ni intellectuellement, pour elle c’est une aubaine que cette invitation, ça montre qu’elle existe. Il n’y a pas pire en effet que les défroqués pour bruler leurs anciennes idoles. On se souvient que l’historien François Furet, après avoir été un stalinien convaincu devint un des meilleurs organistes de l’impérialisme américain – certains disent même qu’il fut rémunéré par la CIA pour ce travail – au point de s’en aller jusqu’à récuser l’idée selon laquelle la Révolution de 1789, à laquelle se réfère constamment les gilets jaunes, était un moment fondateur dans l’histoire de la nation française. Evidemment depuis au moins le mois de décembre 2018 plus aucun gilet jaune ne se réfère à cette opportuniste, elle est juste là pour dire qu’il faut faire confiance en Macron.   

    Les gilets jaunes, au neuvième mois de lutte, acte XLII 

    La défroquée Jacline Mouraud en visite au Medef 

    Mais les gilets jaunes qu’ont-ils fait ce samedi 31 août ? Et bien ils étaient présents un peu partout. A Paris bien sûr où il y a eu tout de même des gazages policiers, ils étaient assez nombreux pour enfoncer les cordons de gendarmes et rejoindre le Sacré Cœur. Mais ils sont aussi revenus dans le centre de Toulouse. On les a vu aussi à Montpellier, et ils ont fait leur grand retour à Marseille. Ils ont innové en ce sens qu’ils ont déporter leur action vers la Suisse, à partir de Besançon, jusqu’à Genève. On a appris que la Suisse d’ailleurs allait peut-être refuser de vendre des projectiles pour les LBD40 qui équipent la milice de Castaner. Des gilets jaunes ont manifesté d’ailleurs dans ce sens. En effet plusieurs pays regardent la France comme virant au régime policier, ce qui fait un peu tâche en Europe. Donc ce samedi 31 aout, il y avait assez peu de monde pour battre le pavé, mais on sait que la rentrée qui arrive va remobiliser les gilets jaunes. Par exemple, il est important de faire signer la demande de RIP pour tenter d’annuler la privatisation d’ADP qui est une simple crapulerie destinée à remplir les poches des amis. Nous aurons l’occasion d’en reparler. Donc les gilets jaunes sont en train de se remobiliser autour de cet objectif, on va les voir dans les semaines à venir, tenir des réunions d’information, mais aussi apporter leur aide à ceux qui veulent signer mais qui sont rebuter par la complexité de l’affaire. Les gilets jaunes sont de tous les combats, et ils seront là aussi dans le mois de septembre pour défendre les retraites par répartition que le Medef et Macron, avec l’aide de la CFDT veulent transformer en un système d’assurance privé : étant donné qu’on n’aura jamais le nombre de points demandés pour avoir le taux le plus élevé, on va nous inciter à cotiser pour des complémentaires qui seront gérées de façon privative. 

    Les gilets jaunes, au neuvième mois de lutte, acte XLII 

    A Montpellier les gilets jaunes tenaient le rond-point des Arènes

    Il ne faut pas se fier au fait qu’en effet il y a un peu moins de monde dans les manifestations du samedi. Il faut d’abord bien comprendre que les gilets jaunes sont en révolte sur l’ensemble du territoire, et qu’ils forment l’ossature des manifestations à venir. On pourrait dire qu’ils remplacent les syndicats qui sont en vacances depuis 1995, mais aussi les partis qui n’ont aucune idée sur rien et encore moins sur le reste. Ils sont le seul parti d’opposition sérieux à Macron. Mais qu’on se comprenne bien, c’est un parti sans bureaucratie et sans hiérarchie, c’est un parti nouveau, sa flexibilité est adaptée à notre époque de mondialisation et de marchandisation outrancière. C’est ce qui le rend dur au mal. Ils ne sont pas spécialisés dans la lutte pour ceci ou pour cela, mais plus généralement ils revendiquent une transformation en profondeur de la vie sociale, et surtout par-dessus tout, ils expriment le dégout qu’on peut avoir à être gouvernés par des voleurs et des imbéciles, pour faire partir Macron qui est leur chef. La dernière en date de cette clique est la bourde de la soi-disant ministre de l’écologie Elisabeth Borne qui a affirmé avec la foi du charbonnier que les OGM étaient interdits en France[5]. Ça ressemble aux débilités de Macron qui croyait que la Guyane était une île. Comme disait Raymond Barre, quand les Bornes sont dépassées, il n’y a plus de limite ! 

    Les gilets jaunes, au neuvième mois de lutte, acte XLII 

    A Marseille les gilets jaunes sont revenus sur la Joliette investir les temples de la marchandise

    Entre temps nous avons appris que plus de la moitié des services d’urgence sont en grève, certains depuis six mois ! C’est inédit, mais on n’en parle guère[6], juste du bout des lèvres. Blanquer le ministre de l’éducation nationale a décidé d’augmenter les salaires des enseignants qui sont gelés depuis des années. Ce sera 25 € par mois ! Monsieur est bon de distribuer des miettes : on sait que les salaires des enseignants en France sont particulièrement faibles, beaucoup plus bas qu’en Espagne par exemple où le niveau de vie est plus bas. Mais en outre la cuistrerie de ce bonhomme est révélée par le fait que cette mesure était en fait prévue par le gouvernement précédent et avait été mise en place par Najat Vallaud-Belkacem[7]. Voilà de nouvelles raisons de nous indigner et de remettre notre gilet jaune samedi prochain ! 

    Les gilets jaunes, au neuvième mois de lutte, acte XLII

    Autre vue de la manifestation parisienne, la fin des gilets jaunes ce n’est pas pour demain

    Les gilets jaunes, au neuvième mois de lutte, acte XLII

    Un milier de gilets jaunes étaient venus à Genève dénoncer devant l'ONU La répression policière en France



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  •  Assaut général contre l’art contemporain !

    Tout le monde s’intéresse à l’art, son histoire, sa place dans la société. On écrit beaucoup sur ce sujet, sans doute parce qu’il recèle beaucoup de mystère. C’est que ça ne va pas de soi. Mais le sujet sur lequel on écrit le plus, c’est l’Art Contemporain pour en dire tout le mal qu’on peut en penser. Comme il y a une révolte contre la société libérale mondialisée, il y a aussi une révolte contre l’Art Contemporain. On pourrait se dire qu’attaquer violemment l’Art Contemporain c’est lui accorder bien trop d’honneur. Et c’est vrai que d’un certain point de vue, son influence est tellement proche du néant, qu’on se dit que ça ne vaut pas le coup de critiquer une forme merdique dans le vrai sens du terme – l’Art Contemporain revient avec la régularité d’une pendule à des formes scatologiques – des représentations dites artistiques. Mais il faut comprendre qu’à s’y intéresser, on discute d’abord des formes intellectuelles dans lesquelles se débat notre société néo-libérale. L’Art Contemporain a été attaqué sous trois angles différents. Le premier est celui de sa laideur et de la répulsion qu’il engendre. Cette laideur programmée est à la fois une volonté de nous soumettre à une idée du monde sans attrait et désespérante, mais aussi le reflet d’un manque de savoir faire évident – une perte du métier – couplé à une défaillance des capacités créatrices. S’il est difficile de définir la beauté parce que ses canons peuvent apparaître changeants, il est plus aisé de définir la laideur : c’est l’Art Contemporain comme reflet d‘un monde envahi, enlaidi et détruit par la marchandise. C’est un peu la thèse d’Annie Le Brun. Le second angle sous lequel l’Art Contemporain est attaqué, c’est celui de la construction d’un art officiel. En effet des bureaucrates qui se disent experts définissent qui est un artiste ou non : est un artiste un individu à qui ils ont distribué des subventions. Donc la même merde exposée sous le label du ministère de la culture, de Beaubourg ou d’une grande fondation, sera de l’art, tandis que si elle n’est signée par personne, elle ne sera qu’une merde encombrante car impossible à admirer. Christine Sourgins montre par exemple comment il s’agit du’n tout petit milieu, très influent, les uns sont professeurs, les autres sièges dans les commissions où se décident les subventions, ils peuvent aussi avoir plusieurs casquettes en même temps. Pour elle cette bureaucratisation est à l’origine de l’effondrement de l’art à l’époque moderne : sa bureaucratisation rend visible des productions qui ne valent pas un clou, et rend invisible le reste.

     Assaut général contre l’art contemporain !

    Une merde de Rob McCarthy 

    Tous les contempteurs de l’Art Contemporain ont remarqué que dans ce système ce qui  comptait finalement le plus c’était l’argent. Qu’on s’appelle Pinault ou autre chose, l’Art Contemporain offre des possibilités de spéculation très étendues. En tant que mécène il permet les dégrèvements d’impôts, et en tant qu’investisseur il promet des profits futurs. Evidemment on sait qu’il y a un rapport étroit entre la merde et l’argent. Martin Luther aimait à raconter cette fable selon laquelle l’or était l’excrément du Diable, et donc il fallait s’en prémunir à tout prix, si je puis dire[1]. Les artistes qui aspirent à ce statut sont très remarquables de par leur cupidité. C’est sans doute cela qui va les distinguer du mouvement Dada dont ils sont les ultimes mais malheureux rejetons. Et donc évidemment, le fait que ces « artistes » aient souvent des rapports scabreux avec les excréments n’est pas tout à fait un hasard, ni une simple régression, c’est aussi un amour de l’or. Ce n’est pas très nouveau, devant sa soif de l’or, Breton avait surnommé Salvador Dali, Avida Dollars – anagramme de son nom, mais enfin Dali avait du métier. La merde est un des sujets favoris de l’Art Contemporain. 

    Assaut général contre l’art contemporain !

    Un imbécile, avec la tête de l’emploi, faisant sa propre promotion 

    On s’intéresse à l’histoire de l’art depuis très longtemps. Et depuis longtemps on annonce sa mort. C’est Hegel qui, me semble-t-il, le premier a théorisé cette disparition en la rapprochant de la marchandisation de l’art, les œuvres devenant alors séparées de la société[2]. Que ce soit les surréalistes ou les situationnistes, ils renvoyaient leur position à l’histoire des avant-gardes artistiques. André Breton restait à cheval sur une vision assez ancienne des arts, privilégiant la peinture pour essentiellement en faire le vecteur d’une nouvelle façon de penser, prélude à la révolution totale. Il publie un ouvrage décisif, Le surréalisme et la peinture en 1928, chez Gallimard. Cet ouvrage aura plusieurs éditions, avec des ajouts nombreux destinés à montrer la vitalité du surréalisme. Cet ouvrage capital va à la fois structurer le maché de la peinture d’avant-garde, et en même temps produire un discours sur ce qu’on peut et doit attendre de la peinture. Mais on remarque que justement ce discours n’est pas cynique, il reste encore du côté de l’émerveillement. Critiquant abstraction, il revendiquera des formes nouvelles de réalisme, centrées sur les rêves et l’inconscient, comme des portes ouvertes sur un nouveau monde à venir. Breton qui n’avait aucune compétence particulière pour peindre ou pour dessiner, s’intéressera aussi à créer des poèmes-objets, tout seul ou avec ses amis. Il ouvre officiellement la porte à un art autodidacte, certes débarrasser des techniques, mais qui ouvre l’imaginaire. Sans doute est-ce là une des raisons de sa rupture avec Dada, cette façon de ne pas rompre avec une certaine idée de l’art. tout autre a été la démarche duchampienne qui serait en quelque sorte la porte d’entrée de l’Art Contemporain. Marcel Duchamp est en effet un peintre, un plasticien. Fils de notaire, il possède une solide formation : il sait dessiner et peindre, son frère est le peintre Jacques Villon. Mais après des succès certains, Nu descendant de l’escalier ou La mariée mise à nu par ses célibataires, même, il va lancer la mode du ready made, qui consiste à signer de son nom un objet,par exemple un urinoir et de l’exposé, sans plus d’explication. La première fois, ça peut surprendre, la répétition devient une simple maniaquerie paresseuse. Mais rapidement Duchamp va s’éloigner de ce genre de provocation, il va se faire joueur d’échecs de haut niveau, il publiera un ouvrage fameux sur les finales de pions, L’opposition et les cases conjuguées sont réconciliées, avec Vitaly Halberstadt, et sera même le secondant d’Alexandre Alekhine, le champion du monde. Quand on lui demandera pourquoi il a renoncé à la peinture et à l’art, il va dire que les peintres sont des gens ennuyeux, pire encore, selon lui « si tous les joueurs d’échecs sont des artistes, tous les peintres ne sont pas des joueurs d’échecs ». Son attitude l’éloigne volontairement d’un milieu qu’il considère comme inintéressant, un ramassis d’imbéciles[3]. Il renonce du même coup à la richesse matérielle qui va avec le prestige de l’artiste, il vivra à New York d’une modeste allocation de la ville. Sa vie et son œuvre sont à l’exact opposé de ce que sera ensuite l’Art Contemporain, un milieu chasseur de subventions et de prébendes qui s’occupe de manière très organisée à faire monter les prix, et qui pourtant se réclame de Duchamp ! 

    Assaut général contre l’art contemporain !

    André Breton, poême-objet, 1935 

    Guy Debord écrira deux textes qui traitent du rôle de l’avant-garde artistique et son dépérissement : le premier c’est Histoire de l’Internationale lettriste, texte qui fut enregistré sur bande magnétique en 1956[4]. Le second est le fameux Rapport sur la construction des situations qui date de 1957[5]. Les deux textes ont la même visée, situer l’art au-delà de la sphère culturelle habituelle, et aller dans le sens de faire de sa vie une véritable œuvre d’art, notamment en s’engageant dans la révolution totale. Ils analysent l’histoire de l’art d’une manière assez linéaire, c’est-à-dire que chaque période historique est déterminée à la fois par une économie, des rapports sociaux et des formes artistiques qui peuvent avoir été cependant subversives. Mais rapidement les Situationnistes, après avoir essayé d’infiltrer le milieu des plasticiens, vont se détacher de la sphère de l’avant-garde artistique. On l’oublie assez souvent, Guy Debord a, avant la création de l’Internationale situationniste, travaillé à la réalisation de métagraphies dont certaines ont été exposées, et il a réalisé des ouvrages très particuliers avec Asger Jorn, Mémoires notamment, qui tiennent plus de l’œuvre d’art surréaliste que de la forme « livre » proprement dite. Mais quand il publie Rapport sur la construction des situations, une page est tournée, l’œuvre d’art ne l’intéresse plus et il aura à cœur de purger l’Internationale situationniste de ses éléments « artistes ». Il suit en quelque sorte la logique duchampienne, il se retire de la posture de l’artiste d’avant-garde qui provoque par ses œuvres. Si je parle aussi longuement de Guy Debord, c’est que très souvent dans le milieu de l’Art Contemporain on retrouve son nom comme référence et justification. En 1989, au grand dam de Guy Debord d’ailleurs, le Centre Pompidou avait réalisé une exposition sur le mouvement situationniste intitulée « Sur le passage de quelques personnes sur une assez courte unité de temps : à propos de l’internationale situationniste ». Le Centre Pompidou est d’ailleurs considéré comme la matrice de l’Art Contemporain, non pas seulement parce qu’il achète et expose des œuvres représentatives de ce courant, mais aussi parce qu’à coups de conférences et de textes, il indique ce qu’il faut penser de l’Art Contemporain si on ne veut pas apparaître comme un imbécile dans les dîners chics. Faisons ici une petite parenthèse, le Centre Georges Pompidou, appelé souvent Beaubourg, a été un temple de l’art moderne selon les vœux mêmes du défunt président de la République. En même temps qu’il avait programmé la production de cette horreur architecturale et intellectuelle, il était, rappelons-le, le premier homme politique à s’attaquer de front à la Sécurité sociale, et c’est celui qui fera voter une loi pour que l’Etat emprunte sur les marchés et non auprès de la Banque de France, ce n’est pas un hasard. Déjà le libéralisme économique se mariait fort bien avec cette fausse ouverture de l’esprit que la bourgeoisie aime tant mettre en scène. 

     Assaut général contre l’art contemporain !

    Un collage de Guy Debord en hommage à Jacqueline Harsipe, mannequin, qui s’était suicidée 

    On voit donc que l’Art Contemporain se distingue de l’Art Moderne, non seulement dans ses intentions, mais aussi dans sa pratique. Picasso savait dessiner, Dali également. En dénigrant tout idée de « beau », les artistes contemporains entretiennent un relativisme qui en réalité se marie très bien avec le néolibéralisme. Ce n’est pas un hasard si Jeff Koons qui vend ses productions jusqu’à une centaine de millions de dollars est le personnage le plus emblématique de ce système : il travaille main dans la main avec Bernard Arnault, et il gère une petite entreprise d’une centaine de personnes. Il a dépassé les 90 millions de dollars pour la vente aux enchères d’un petit lapin moulé sur su structure gonflable. Si une certaine tendance de l’Art Moderne visait à revenir à des techniques relativement pauvres pour aller vers le populaire, ce n’est pas le cas de l’Art Contemporain, vous me direz que dans d’autres domaines, on prend Michel Houellebecq pour un écrivain, bien qu’il possède un vocabulaire des plus rudimentaires. Les œuvres ne peuvent exister sans le discours qui l’accompagne. C’est sans doute là la nouveauté. Même une merde d’artiste doit être explicitée : ce sera au choix, on est dans la merde et l’artiste est là pour vous le rappeler, ou alors l’Art c’est de la merde. Le discours général est que le beau n’existe pas, c’est ressassé à coups d’expositions. Alors si le beau est officiellement une réalité indéterminée, qu’est-ce qui compte ? Et bien le marché ! Suivant la bonne vieille logique libérale si on donne 91 millions de dollars pour une débilité signée Jeff Koons, c’est que ça les vaut car le marché ne se trompe jamais, c’est bien connu – les crises financières et économiques ne sont que de simples accidents. On a deux soutiens qui se tiennent bien la main : d’abord le marché qui est sensé sanctionner la « valeur », et l’instance critique au sens de Bordieu, qui justifie ex-post en produisant un discours qui se voudrait philosophique mais qui le plus souvent est creux, par exemple on insiste sur la tolérance pour les différences sexuelles ou raciales. A travers les « explications » qu’on donne à ces œuvres, on justifie sur le plan politique le multiculturalisme et la mondialisation. D’une manière récurrente on met aussi en avant des formes pornographiques qui n’intéressent à vrai dire pas grand-monde. Jeff Koons se représente en train de copuler avec la Cicciolina, ex-star du porno, ex-politicienne qui en sait long sur les mécanismes de la publicité, sensée être devenue son épouse devant l’Eglise ! Mais au moins Jeff Koons est un petit entrepreneur, à défaut d’âtre un artiste, il ne cache pas son but : faire le maximum d’argent dans un minimum de temps. Dans sa manufacture, il emploie une centaine de personnes ! C’est le nombre qu’il faut pour mettre en scène un génie par ailleurs présenté comme individuel.  

    Assaut général contre l’art contemporain !

    Qu’importe le contenu de la représentation artistique ! Le tout est de le justifier par des écrits ou par des critiques qui seront publiées sur du papier glacé. La pornographe Catherine Millet fut la directrice d’Art Press, mais elle fut aussi conservatrice avant de connaitre le succès en vendant ses frasques sexuelles sous la forme d’un livre. Elle fut une pièce décisive, avec ses différentes casquettes, pour faire la promotion de l’Art Contemporain[6]. Cette tendance de l’Art Contemporain au bavardage oiseux n’a pas seulement pour objectif de montrer le vide sidéral de la pensée artistique. Les artistes plasticiens auto-proclamés ont aussi la prétention à nous éduquer : si le peuple est plus que réticent à accepter leurs œuvres, ce n’est pas que celles-ci sont sans intérêt, mais c’est selon eux elles ne sont pas comprises par manque d’éducation, éducation qu’ils auraient reçu grâce à un grand travail d’autodidaxie, à la force du poignet en quelque sorte. Et donc leurs nombreux bavardages ont pour mission de nous convaincre que leurs « merdes » sont d’un niveau supérieur, au-delà du bien et du mal, au-delà de la beauté. Un artiste plasticien, Jota Castro, qui a travaillé longtemps pour l’Union européenne a décidé un jour de se faire artiste plasticien. Démontrant par là que c’était un métier de fainéant. Derrière ses provocations à quatre sous, il s’agit en fait de faire de la réclame pour l’intégration européenne. Il va donc défendre l’idéal européiste sous couvert de faire l’artiste. Mais ce garçon dont le talent est proche de zéro et la pensée politique tout autant indigente, s’il défend le néolibéralisme, c’est aussi parce qu’il est rompu à ses combines qui consistent à s’appuyer sur le magistère de l’Etat comme levier pour stimuler le marché et en recevoir des contreparties financières. Il va sans dire que Jota Castro, s’il n’a aucune capacité technique à produire de l’art, ne manque pas ni d’entregent, ni de subventions. Cet exemple est édifiant : sous couvert de subversion par le biais de provocations de potache, on défend le pire conformisme, celui du marché et de la marchandise. Donc nous voyons des artistes plasticiens s’attaquer pêle-mêle au racisme, à l’exclusion des minorités, à l’homophobie bien évidemment, aux frontières et aux drapeaux, s’inscrire dans les pas du politiquement correct du moment, mais curieusement jamais ou rarement aux multinationales, à Bernard Arnault ou François Pinault. Un chien ne mord pas la main qui le nourrit. Le pire est sans doute là, derrière des œuvres qu’on peut qualifier d’immondices, il y a la volonté de formater une réflexion. La proximité avec la pensée libérale se trouve là aussi : le marché est toujours bon, donc les traités de libre-échange sont par définition bons pour le citoyen, comme l’Art Contemporain l’est aussi pour son paysage mental. Il y a donc bien une visions totalitariste qui se cache derrière cet embrigadement.

     Assaut général contre l’art contemporain !

    Jota Castro, The flag, 2000 

    Le système fonctionne de manière à ce que les différents niveaux décisionnels soient imbriqués. Christine Sourgins nous dit qu’en France il y a 22 000 artistes plasticiens, et un même nombre de fonctionnaires qui s’occupent de diffuser la culture et de la subventionner. Ces fonctionnaires non seulement choisissent les artistes et les expositions qu’ils vont soutenir, mais ils vont encourager les enseignants à intéresser leurs élèves à des expositions dont par ailleurs ils n’ont rien à faire. Cet ensemble bureaucratique n’est pas sans fonction, il sert de cadre et de justification au marché de l’art proprement dit : il fait la cote ! En vérité le marché de l’Art Contemporain est l’autre face de la sécession des élites. Celles-ci ont fait sécession avec le peuple et avec la nation[7], elles vivent un entre-soi que Pinçon et Pinçon-Charlot ont fort bien décrit dans son ancrage géographique ou sociologique : tout ce qui est cher est beau et bon, et les riches ont mérité de le consommer[8]. Dans cet objectif sécessionniste, imposer la laideur à la face du monde a une double justification politique :

    – démontrer avec arrogance que le peuple qui rejette l’Art Contemporain est complètement débile, et qu’à ce titre il n’a droit qu’à des miettes de la société de consommation et ne mérite donc aucune attention supplémentaire. Il faut donc l’éduquer pour qu’il finisse par admettre le même goût pour la laideur que les classes supérieures semi-instruites ;

    – mais également mettre en avant sa propre imbécillité pour narguer les plus pauvres en faisant l’étalage de leur propre vulgarité, le couple Macron dans le genre a atteint des sommets, par exemple lors de la fête de la musique 2018 à l’Elysée, transformé pour l’occasion en boîte de nuit pour touristes à la recherche d’émotions, en faisant étalage de ses goûts musicaux, croyant que ceux-ci pouvaient coïncider avec les goûts du peuple. Contrairement à une idée souvent admise sans précaution, les riches sont aussi stupéfiants de bêtise[9]. Il suffit de voir Donald Trump agir sur la scène internationale, ou encore Bernard Arnault se faire piéger par François Ruffin[10].

     Assaut général contre l’art contemporain !

    Le couple Macron faisant étalage de ses goûts de chiotte lors de la fête de la musique 2018 

    Je me suis posé la question de savoir pourquoi il y avait une telle levée de bouclier contre l’Art Contemporain. La réponse me parait assez simple, c’est parce qu’il y a une révolte contre l’ensemble du système néolibéral, cosmopolite et mondialiste. Remarquez une chose importante : les politiciens champions de la mondialisation tentent à nous séparer de nos racines, on verra un ignorant comme Macron avancer par exemple qu’il n’y a pas de culture française[11]. Ça convient très bien à l’Art Contemporain qui suggère que l’art d’aujourd’hui n’a pas de passé – mais s’il n’a pas de passé, c’est peut-être parce qu’il n’a pas d’avenir. Les mouvements révolutionnaires se sont toujours définis dans la continuité historique. Quand Debord et ses amis lettristes déplorait la destruction de la rue Sauvage, c’est parce qu’ils y voyaient le peuple coupé de son histoire[12]. Or en matière artistique c’est bien la mémoire que l’Art Contemporain tente d’oblitérer. Mais il y a encore autre chose, l’Art Contemporain en faisant sa réclame suppose un développement linéaire des sociétés et donc de l’art : aujourd’hui est mieux qu’hier et moins bien que demain. Et justement par son existence il prouve exactement le contraire. Remarquez que cette idée selon laquelle l’art évolue de manière linéaire est incluse dans l’idée d’un développement économique positif qui se traduit par une meilleure consommation pour tous. Cette fable a duré peut-être deux siècles. Mais comme la croissance économique marque aujourd’hui ses limites, l’évolution de l’art suit le mouvement, rongé lui aussi par une loi d’entropie qui le ringardise avant d’atteindre la maturité. En matière d’histoire de l’art, il est tout à fait possible aujourd’hui de dire c’était mieux avant en étant sûr que cela ne sera pas démenti. 

    Assaut général contre l’art contemporain !



    [1] Georg Simmel, La philosophie de l’argent, [1900], PUF, 1987, voir aussi Massimo Fini, L’argent excrément du démon, Editions du retour aux sources, 2016.

    [2] G.W.F. Hegel, Esthétique, tome 1, Livre de poche, 1997. Ce sont des notes de cours prononcés entre 1818 et 1829.

    [3] Marcel Duchamp, Entretiens avec Pierre Cabannes, Belfond, 1967.

    [4] In, Enregistrements magnétiques (1952-1961), Gallimard, 2010.

    [5] Guy-Ernest Debord, Rapport sur la construction des situations et sur les conditions de l'organisation et de l'action de la tendance situationniste internationale, Internationale situationniste, 1957. 

    [6] L’art contemporain en France, Flammarion, 1987. D’une bêtise abyssale, elle affirma regretter de ne pas avoir été violée ! Elle s’est rattrapée en allant tailler des pipes dans les toilettes des grands cafés, exploits qu’elle raconte dans La vie sexuelle de Catherine M., Le seuil, 2001.

    [8] Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, La violence des riches, La découverte, 2013.

    [10] Voir le film Merci patron !

    [12] Potlatch n° 7, 3 août 1954.

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  • Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron

    Macron s’est donné énormément de mal il faut le dire pour tenter de faire croire que le G7 qui s’est réuni à Biarritz avait servi à quelque chose. Certes pour faire croire à cette fable, il avait à sa solde l’ensemble de la caste des éditocrates qui l’ont présenté comme le nouveau leader du monde entier. En vérité il n’est strictement rien ressorti de cette réunion qui a coûté la bagatelle – aux dernières nouvelles – de 36 millions d’euros. Macron est donc passé plusieurs fois à la télévision pour se flatter de sa propre conduite des débats. Cette mise en scène appelle deux remarques. La première est que cette débauche de propagande camoufle le fait qu’en dehors de Biarritz la milice de Castaner a procédé à des violences habituelles en Macronie : matraquage, gazage, les forces de l’ordre ont usé aussi des canons à eau pour disperser la manifestation pacifiste des opposants qui ont défilé à Hendaye[1]. Il y eut aussi bon nombre d’arrestations arbitraires et des journalistes malmenés[2]. On a même vu un policier braquer son arme de service pour contrôler l’identité d’opposants au G7. Mais les médias on peut insister sur cet aspect des choses, avançant très imprudemment que les opposants étaient peu nombreux. Ils étaient plusieurs milliers en effet et quand ils ne manifestaient pas à Hendaye ou à Bayonne, ils manifestaient avec les gilets jaunes à Paris[3]. La seconde est qu’on a mis en scène des coups d’éclat pour masquer le vide des résultats. Par exemple en faisant venir le ministre iranien comme si c’était une simple initiative de Macron, alors que Trump lui-même avait donné son accord.  

    Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron

    Il y aurait eu deux points importants à ce G7, d’abord le fait que les Iraniens et les Américains auraient repris le dialogue sur le nucléaire grâce à Macron, et le second serait que Macron – du moins s’en est-il flatté – aurait obtenu des concessions de la part de Trump sur la question des taxes sur le vin français. Selon la propagande macronienne, ce serait là deux exemples de résultants à porter au crédit du locataire de l’Elysée. Pour tant en y regardant de près, ces deux exemples montrent exactement le contraire. Sur le dossier iranien, les positions restent complètement figées. Trump a fait savoir qu’il ne reprendrait les négociations que si l’Iran arrêtait totalement son programme nucléaire, et l’Iran a fait savoir de son côté que tant que les sanctions des Etats-Unis n’étaient pas levées, il ne pouvait y avoir de reprise des pourparlers[4]. Si Macron se voyait dans le rôle du go between, c’est raté. Il a laissé entendre qu’il avait un mandat du G7 pour négocier au nom des Etats-Unis avec l’Iran. Mais Trump s’est chargé directement de dégonfler la baudruche, et Macron a dû faire piteusement machine arrière sur ce thème dans un communiqué plutôt embrouillé[5]. Mais les journaux français ont peu insisté sur ces mensonges. Sans doute pensait-il pouvoir forcer ainsi la main à Trump pour que ce dernier lui délègue la gestion de ce dossier au nom du G7, mais c’est mal connaître les Américains que de croire qu’ils vont déléguer quoi que ce soit.

     Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron

    Photo de famille avec des Africains en tenue d’Africains, histoire de montrer que les riches du Nord, s’occupent aussi des pauvres du Sud 

    L’autre point sur lequel Macron prétendait avoir réaliser des avancées, s’est révélé également faux. Nous savons que Macron est le président qui ment le plus depuis que la fonction existe. Mais là il a battu son propre record. Il prétendait en effet avoir trouvé un accord avec Trump sur le taxe dite GAFAM. Cette taxe est sensée compenser la maladie des géants du numérique à ne pas payer d’impôt dans les pays où ils font des affaires. Trump, mandaté par la canaille américaine de la finance, a dit que s’il en était ainsi, il allait taxer les vins français et autres produits de luxe. Dans un élan de stupidité dont il est coutumier, le président américain a même avancé qu’aux Etats-Unis on fabriquait des vins aussi bons que les vins français – on peut se demander pourquoi l’ignoble de Rugy débouchait des Châteaux d’Yquem pour goberger ses amis. Trump a l’habitude de la politique de la brute en matière de négociation, il a mis à genou la tremblotante Merkel qui est allée à Canossa pour tenter de sauver l’industrie automobile de son pays. Elle avait d’ailleurs montré à cette occasion que l’Union européenne n’existait pas en dehors de ses divisions, sur le dossier iranien, elle s’était aussi pliée plus rapidement que Macron aux ordres de Washington. Sur le conflit entre la France et les Etats-Unis à propos de cette fameuse taxe GAFAM, Macron n’a obtenu aucun soutien de l’Union européenne. Il avait pourtant invité le président de l’Union européenne, Donald Tusk, qui a montré à cette occasion qu’il ne servait strictement à rien. Cette fameuse taxe est clairement en contradiction avec les négociations de l’OCDE et du G20-finance. Ces négociations reprennent essentiellement la position américaine sur le sujet. La seule chose qu’a obtenu Macron, c’est que si cette taxe est mise en place, le trop perçu sera remboursé aux entreprises du numérique, lorsque les négociations auront abouti à une taxe internationale. Ce qu’a obtenu Macron est en réalité une concession à Trump, puisque la possibilité de taxer les GAFAM est déjà prévue par les Américains, mais dans le cadre de ceux qu’eux ont défini : « Si l'entreprise paye 100 millions d'euros en 2019 au titre de cette taxe française, et qu'en comparaison d'une taxe internationale qui sera mise en œuvre elle paye 20 millions de plus, les 20 millions donneront une déduction à l'entreprise », a précisé Bruno Le Maire[6]. C’est donc bien une capitulation de Macron face aux exigences étatsunienne.

    Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron

    A-t-il obtenu quelque chose en échange de sa soumission ? Rien du tout, même pas la vague promesse de Trump de ne plus surtaxer les importations de vin français. On a remarqué que le G7 n’avait accouché d’aucune résolution dûment signée. Le seul engagement qui a été pris est d’aider le Brésil à combattre ses feux en Amazonie. Trump avait proposé d’intervenir directement avec les moyens américains, mais le cupide Bolsonaro a refusé, et il préfère de l’argent. Cette aide du G7 serait en effet de 20 millions de dollars, il y a de quoi faire pour en détourner une petite partie, pour lui, pour ses fils ou pour ses amis[7]. On reste dans les limites de l’aide humanitaire si on peut dire. Evidemment il n’a pas été question à ce G7 de discuter en quoi le désastre amazonien est le résultat d’un système de production particulier, axer sur le toujours moins cher pour maximiser le profit.

    C’est donc un G7 pour rien, peut-être sera-t-il le dernier du genre tant son inutilité est flagrante. Je voudrais faire remarquer que la COP21 qui avait été présentée à l’époque comme un très grand succès de la diplomatie française, avait donné lieu à un document contraignant signé : spécifiant les engagements des pays signataires[8]. Les COP suivantes ont entériné cette défaillance des Etats. Démontrant ainsi que des accords internationaux étaient la mauvaise manière de faire avancer la cause de l’environnement. Si je rappelle cela c’est pour dire qu’un traité n’assure pas le succès de l’idée. Et donc évidemment quand il n’y a pas même de document signé, c’est bien que le G7 n’a accouché de rien, pas même d’une souris. Macron a fait semblant de tenir un discours écologiste en se servant de Bolsonaro comme tête de turc, c’est un excellent repoussoir qui laisse entendre, à tort, qu’au Brésil l’incurie du personnel politique est encore plus visible que chez nous. Il a donc dénoncé le futur accord UE-Mercosur, histoire de faire oublier l’immonde traité du CETA qu’il a demandé de ratifier le plus vite possible. Mais à la vitesse que se propage la dégradation des permanences des députés LREM qui l’ont voté, il n’est pas certain que les Français soient dupes de cette campagne de promotion pour un produit aussi avarié qu’imprécis dans son contenu[9]. Il est du reste assez intéressant de voir que même Le monde, journal macronien de la première heure, mais un peu déçu tout de même, a noté un décalage entre les commentaires dithyrambiques des médias français et ceux plus méprisants et moqueurs de la presse étrangère[10]. Cet article vient curieusement après l’article de Marc Semo dans ce même journal qui cherchait à gagner sans doute le prix du meilleur lèche-cul de la profession[11]. Le journal dit de référence semble voir sa rédaction se déchirer entre macroniens obsessionnels type Françoise Fressoz et macronistes déçus qui avait cru que Macron était jeune, intelligent et écologiste !

    Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron 

    Pendant le G7 la permanence de la députée macroniste Huguette Tiegna a été taguée pour avoir voter bêtement le CETA



     

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  •  La marche des portraits, la guerre contre Macron ne s’arrête plus

    Les gilets jaunes et les populations hostiles au G7 manifestaient le samedi 24 août, ils ont pourtant remis ça le dimanche ! Cette fois ils ont pris comme symbole de leur manifestation, des portraits de Macron décrochés dans les mairies. C’est un défi lancé à la clique qui soutient encore le squatter de l’Elysée puisqu’en effet il pensait faire cesser ce mouvement en traînant en justice les militants pacifistes qui avaient osé décrocher son portrait, comme s’ils ne le reconnaissaient pas comme le président légitime de la France, et qu’ils contestaient qu’il parle en notre nom. Plus personne ne croit à ce qu’il raconte. Quand on avance le mot d’ordre de « décrochons le », c’est une manière de dire qu’il faut se débarrasser de lui le plus rapidement possible. On est au-delà de la demande de démission, on veut le chasser du pouvoir. Le prétexte à Bayonne c’était évidemment le G7, quoi qu’en dise Macron, cette réunion ne servira à rien et se terminera par un constat d’échec. C’est tellement évident que même le journal macronien s’en est aperçu[1]. Or le G7 c’est une réunion qui était destinée à montrer que la mondialisation fonctionne très bien, la preuve, les grands de ce monde se concertent pour mettre en place une politique cohérente dans tous les domaines. En finir avec le G7 c’est avouer que la mondialisation ça ne fonctionne pas.  

    La marche des portraits, la guerre contre Macron ne s’arrête plus

    Les manifestants l’ont avoué, en présentant les portraits de Macron, la tête à l’envers, ils s’attaquent à son image. Et bien plus que ça parce qu’il y a quelques mois Macron tentait de défendre cette image bien écornée en poursuivant ceux qui osaient, parions que cette fois il n’osera pas. Mais dans cette manifestation, il y avait bien plus que cela. Il y avait une convergence évidente entre les gilets jaunes qui militent d’abord pour la justice sociale et les militants écologistes sérieux, je veux dire qui tentent de faire autre chose que du Green Washing à la Greta Thunberg, qui militent pour un changement complet de mode de production et de consommation. C’est la démonstration qu’il ne peut y avoir aucune amélioration de l’environnement sans justice sociale, et que la justice sociale et le combat pour la préservation des ressources naturelles doivent avoir pour horizon premier la fin du capitalisme et probablement la fin de l’idée de progrès. Autrement dit le G7 et Macron ne peuvent ni régler le problème des inégalités, ni celui de l’environnement parce qu’ils font partie des gens qui sont à l’origine du problème. Macron est désigné clairement comme un menteur. La preuve ? Le voilà qu’il nous dit qu’il va suspendre les discussions à propos du Mercosur, il dit suspendre, histoire de gagner du temps, et non stopper. Mais il est immédiatement contredit par cette crapule de Donald Tusk et par le premier ministre espagnol – un socialiste en peau de lapin en partance – qui jugent que cet accord est excellent[2]. Mais dans le même temps si l’accord UE-Mercosur est mauvais, on ne voit pas pourquoi le CETA qui exactement la même chose serait bon[3]. En tous les cas nous voyons que ces accords de libre-échange qui visent toujours plus de commerce, toujours plus de croissance et de consommation, sont la preuve que ni Macron, ni l’Union européenne ne sont capables d’impulser un mouvement positif qui nous permettent d’aller vers le mieux.  

    La marche des portraits, la guerre contre Macron ne s’arrête plus

    Macron se veut progressiste. Et c’est sans doute là la preuve qu’il n’a strictement rien compris à la situation d’aujourd’hui. Ce que nous vivons aujourd’hui, l’effondrement accéléré de la civilisation occidentale, c’est justement l’effondrement de l’idée de progrès. Cette idée a dominé les deux derniers siècles, et nous en payons le prix aujourd’hui. Car les progrès de l’économie, la croissance, la consommation d’objets stupides et inutiles, se sont payés par toute une kyrielle de malheurs, au premier rang duquel il y a le fait que nous n‘avons plus d’eau potable à boire, et plus d’air non vicié à respirer. Si je suis en colère contre le cirque Greta Thunberg[4], c’est parce que ceux qui sont pour le Green Washing, veulent réparer le système avec de la science. Or c’est bien la science qui a créé les dégâts qu’on observe aujourd’hui. Je suis tombé sur un article un peu ancien qui met en avant le potentiel d’un village, Ungersheim, qui s’est reconverti dans l’anticapitalisme, en refusant les technologies qui ont été forgées par lui[5]. Cet exemple est intéressant parce qu’il part des besoins et de la production locale, mais il ne peut réussir que si les habitants de ce village, à l’inverse des habitants des villes et des villages rongés par le capitalisme, sont soudés dans un idéal communautaire. On retrouve ici en pratique les intuitions de Jean Giono[6]. 

    La marche des portraits, la guerre contre Macron ne s’arrête plus 

    Ungersheim, le village en avance sur son temps

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