•  Le décès de Jacques Chirac

    Contrairement à ce qu’on peut croire, Chirac était mort depuis très longtemps, et pas seulement parce que ces dernières années il avait perdu la tête. Quand ce genre de personnage disparait, les hommages sont toujours aussi unanimes qu’hypocrites. Ayant toujours eu mauvais esprit, je ne verserais pas dans ce genre convenu. Mais politiquement Chirac était fini avant même d’avoir commencé sa carrière. Certes il est probable qu’il n’aurait pas osé mettre en œuvre des lois liberticides comme le fait Macron aujourd’hui, ni même envoyer ses miliciens matraquer les manifestants, préférant la négociation à l’affrontement. Et sans doute n’était-il pas fou, du moins pour ce qu’on pouvait en percevoir. Son décès est une aubaine pour Macron qui adore les enterrements et les veillées funèbres. Il y est allé encore de ses platitudes habituelles et sans saveur : selon lui Chirac aimait la France ! En voilà une déclaration ! Chirac était un jeune homme de bonne famille qui avait fait, sur les conseils de son père, un mariage d’argent avec Bernadette Chodron de Courcel, ce qui lui permit de financer ses campagnes électorales très facilement, délaissant ainsi ses amours de jeunesse. Comme Macron sa femme joua un rôle déterminant dans une carrière politique sans relief. Enarque, étant passé aussi par Sciences Po, il avait sans doute un peu plus de culture générale que son lointain successeur, ce qui n’est pas vraiment un exploit. Gaulliste il ne l’était pas vraiment, pompidolien, assurément, à une époque où le pompidolisme était un vocable désignant l’affairisme politicien et proche de l’insulte. Du reste quand Pompidou décéda, Chirac qui avait des ambitions, trahit directement son propre parti en taillant des croupières à Chaban-Delmas, un authentique gaulliste s’il en était, au profit de l’homme de la finance, Valéry Giscard d’Estaing. Il allait inaugurer une longue tradition de traitrise dans la politique française, tradition qui atteint son sommet avec Macron créant un parti à partir des débris de ceux des autres. C’était un homme représentant la droite ordinaire et affairiste, et s’il n’a pas été condamné c’est parce qu’à l’époque les juges avaient un peu plus de mansuétude pour les politiciens qui avaient fauté. Il apparu sur la scène d’abord en Mai 68, prétendant avoir rencontré Georges Séguy, alors secrétaire général de la CGT, missionné par Pompidou, il aurait été à ce rendez-vous pour préparer les accords de Grenelle. Il racontait qu’il s’y était rendu avec un révolver dans la poche, n’ayant pas compris que la CGT était déjà inoffensive.

     Le décès de Jacques Chirac 

    Mai 68 avec Pompidou et Georges Séguy 

    Après sa trahison de Chaban-Delmas, il fut récompensé d’un poste de premier ministre, c’était le deal. Mais il démissionna très rapidement, se préparant à lui succéder. En rupture de giscardisme, il se rabattit sur le poste de maire de Paris. Le travail n’était pas prenant, il pouvait soigner son image. Le canard enchaîné rapportait qu’à cette époque il recevait les journalistes à l’Hôtel de ville et qu’il les laissait repartir après leur avoir garni les poches de quelques grosses coupures. Pas étonnant donc que les journalistes aient créé par la suite cette image amusante d’un président  sympathique et bon vivant. On dit qu’avec Charles Pasqua il favorisa l’élection de François Mitterrand en 1981, espérant que le chaos que les socialistes amèneraient appellerait de nouvelles élections rapidement. En 1986 il fut le premier premier ministre de cohabitation. Il commença comme un homme de droite de tradition à mettre en place un large plan de privatisation, notamment dans la banque, de façon à récompenser les amis. Mais sa gestion désastreuse des affaires de la France ne lui permit pas de se faire élire à la présidentielle de 1988. On dit que cet échec le traumatisa et qu’il dut faire un séjour dans une clinique pour s’en remettre. Il faut dire que son débat avec Mitterrand, pourtant déjà très malade, avait tourné à l’humiliation. Enfin il eut sa chance en 1995, Mitterrand était moribond et le parti socialiste était très déchiré, non pas sur la ligne proprement dite, mais sur les personnes devant l’appliquer. Il ne savait plus d’ailleurs s’il était un parti et s’il était socialiste. Il remporta la victoire contre Lionel Jospin. Mais bêtement Chirac choisit un premier ministre non seulement encore plus affairiste que lui, européiste et inféodé aux grandes réformes libérales, mais en plus plombé par les affaires, Juppé sera finalement condamné pour ses turpitudes. En 1995 Juppé lança ses fameuses réformes des retraites qui mirent le feu au pays, de grandes manifestations eurent cependant raison de cette velléité patronale d’étendre la déflation salariale à la couverture sociale. Le patronat qu’il s’appelle CNPF ou MEDEF trouve toujours des petits soldats prêts pour en découdre avec le peuple. Ce fiasco se solda par la démission de Juppé qui avait énervé tout le monde par son arrogance bouffonne. Pour se tirer d’embarras le looser Chirac suivi les conseils d’un autre imbécile, Dominique de Villepin pour ne pas le nommer, « droit dans ses bottes », qui lui conseilla de dissoudre l’Assemblée nationale. Chirac perdit sa majorité et Jospin devint un nouveau premier ministre de cohabitation. Pour donner l’apparence de l’alternance Jospin ne toucha pas à la protection sociale, et fit même quelques gestes pour relancer le pouvoir d’achat des plus pauvres, mais il privatisa lui aussi à tout de bras et poussa même jusqu’à nommer Dominique Strass-Khan, un homme’ de droite avec un faux nez de gauche, au poste de ministre de l’économie. Il dut cependant s’en débarrasser à cause des affaires judiciaire que le futur directeur général du FMI trimballait[1]. Mais en ce qui concerne la croissance et l’emploi le bilan de Jospin était plutôt bon consécutivement à son plan de relance par la demande.

      Le décès de Jacques Chirac

    En 2002 Chirac était, comme tout le monde, persuadé de perdre les élections, il avait une cote de popularité extrêmement basse et tous les sondages donnaient Lionel Jospin largement vainqueur au deuxième tour contre lui. Mais l’imbécilité est bien la chose la mieux partagée chez les politiciens de métiers. Croyant son heure arrivée, Jospin ne prit même pas la peine de faire campagne pour le premier tour du scrutin. Il se ramassa une raclée mémorable et fut éliminé. Au premier tour Chirac avait fait un score lamentable, le plus faible qu’un président élu avait pu atteindre. Le second tour qui opposait Jean-Marie Le Pen à Jacques Chirac n’était plus qu’une formalité. Gouverner fut pourtant plus compliqué, il avait en effet choisi comme premier ministre d’abord l’inénarrable Jean-Pierre Raffarin, puis constatant que cela ne fonctionnait pas vraiment, il embaucha pour le poste Dominique de Villepin qui lança lui aussi sa grande réforme du CPE, Contrat Première Embauche ! Il était encouragé dans ce sens par Sarkozy qui avait compris qu’il irait au suicide total et définitif. Pendant que De Villepin déconnait avec les manifestants, il dut retirer son projet en catastrophe, Sarkozy tissait sa toile assurant que Chirac était une sorte de roi fainéant qui ne faisait rien du tout. Et de fait Chirac qui ne pouvait pas encadrer Sarkozy, avait déjà perdu un peu de sa lucidité, il laissa Sarkozy prendre les rênes du parti gouvernemental. Le petit homme put ainsi se présenter comme un opposant, dynamique et réformateur et remporter les élections présidentielles de 2007 contre Ségolène Royal que les caciques du PS avaient décidé de punir pour les avoir défiés. 2007 fut donc bien la mort politique de Chirac. Désœuvré, atteint de la maladie d’Alzheimer, il a passé ces dernières douze années dans un état semi-végétatif. Juste avant que la nuit ne l’engloutisse, il avait tout de même, en 2012 fait dire qu’il voterait François Hollande pour faire battre Sarkozy : « Sarkozy, faut lui marcher dessus. Et du pied gauche, ça porte bonheur », avait-il affirmé. Ce qui rend tout de même la déclaration de Sarkozy affichant sa peine lors de la disparition de Chirac relativement dérisoire, bien que les journaux en aient souligné la froideur[2].

      Le décès de Jacques Chirac

    Le bilan de la vie politique de Jacques Chirac est totalement dérisoire, proche du néant. Vous me direz que ses trois successeurs ce n’est pas mieux, et c’est exact, mais ce n’est pas une raison pour faire semblant de verser des larmes de crocodile sur sa disparition. Ce fut l’homme qui engagea la transformation libérale de la France, conformément aux vœux de la Commission de Bruxelles, les trois suivants lui emboîteront le pas pour accélérer les réformes comme on dit, mais au bout du compte, c’est la même boutique. Le monde rappelait sur son site qu’il n’avait pas été un président populaire et s’étonnait que dans l’imaginaire populaire il soit devenu par la suite une sorte de sage. Au bout du compte que ce soit par ses démêlées judiciaires[3] dont il se sortit sans être ni blanchi ni condamné – preuve que ce n’était pas Balkany – ou par son inconstance politique, il contribua nettement à rabaisser la fonction présidentielle. Ceux qui cherchent encore quelque chose de positif dans cette longue carrière de politicien de profession, se rabattent par exemple sur son discours du 16 juillet 1995 où il reconnaissait la responsabilité de l’Etat français dans le martyre des Juifs qui furent déportés. Il rompait ainsi avec la position gaulliste exprimant l’idée simple selon laquelle le gouvernement de Vichy était illégitime. Mais quoi qu’on en pense, ce n’était qu’un discours qui n’engageait à rien. Une des spécialités aujourd’hui de Macron, écologiste et démocrate en paroles, mais bien peu dans les faits.

    En toute chose malheur est bon : la disparition de Chirac va faire diminuer les dépenses de l’Etat qui entretient au-delà du raisonnable les anciens présidents, ce qui nous indique que nous devrions par souci des deniers de l’Etat toujours élire un président très âgé[4]. Mitterrand n’a pas coûté grand-chose de ce point de vue, ayant quitté son poste en mai 1995, il décédera au début de l’année 1996. En dehors de ses retraites multiples et variées, Chirac coûtait un peu plus de 2 millions d’euros par an. Et donc on se demande qui sera le prochain à alléger notre charge.

      Le décès de Jacques Chirac

    Valéry Giscard d’Estaing, celui qui coûte le plus cher aujourd’hui, alors qu’il n’a fait qu’un mandat, est maintenant âgé de 94 ans. Cette vieille momie a survécu cependant à ses principaux ennemis politiques, Mitterrand et Chirac, et cela doit le faire bien rigoler. Depuis 1981 il est à la retraite, oublié de tous. Il est tout désigné pour que d’ici quelques mois Macron lui rende un hommage appuyé à « cet homme qui aimait la France ». Chirac a fait deux mandats, soit 12 ans et une cohabitation, Mitterrand a fait deux mandats lui aussi, soit 14 ans et deux cohabitations – c’est le recordman dans les deux disciplines. Tout ça, pour ça. Depuis la disparition du général de Gaulle en 1970, la France est orpheline et n’a plus connu d’homme politique fort. Je dis cela en précisant que je n’ai jamais été gaulliste. Mais il est clair que son départ – trahi il est vrai par Giscard d’Estaing – a démontré que cette fonction ne servait pas à grand-chose dans les formes modernes de gouvernement. La leçon de tout cela est que nous devons nous apprendre à faire sans les hommes politiques, gérer nos affaires par nous-mêmes au lieu d’attendre l’arrivée d’un homme providentiel.



    [1] Mis en cause dans de nombreuses affaires, dont celle de son emploi fictif à la MNEF, il ne sera condamné que pour n’avoir pas payé des impôts sur les salaires d’une société bidon qu’il avait monté pour se renflouer après avoir évité la prison dans l’affaire de l’agression de Nafissatou Diallo, en la dédommageant grassement.

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  •  Répression policière de partout dans le monde en 2019 

    Paris 2019, les blindés sur les Champs Elysées 

    Lorsque Macron et son gouvernement se sont permis de critiquer les Russes parce qu’ils réprimaient d’une manière trop violente les manifestations, tout le monde à ricaner, non pas parce qu’on défendrait le système répressif poutinien, mais parce qu’on s’est dit que vu le comportement de la France en matière d’utilisation des forces de l’ordre, il était difficile à notre exécutif de donner des leçons de démocratie au reste du monde. Essayons de regarder au-delà de notre légitime indignation. Mais il faut se poser cette question simple, pourquoi de partout dans le monde, presqu’au même moment y-a-t-il une répression aussi féroce ? Pendant ce temps les minables députés LREM pleurnichent parce qu’on a tagué leur permanence ou parce qu’on a comme à Lyon attaqué une permanence d’un député macronien à coups de tomates[1]. Le comportement des Etats devient de plus en plus violent de partout dans le monde. Il semble que ce soit la France qui soit en tête du peloton dans ce genre d’exercice, on castagne depuis presqu’un an les gilets jaunes, on les éborgne, on les étrangle, on les met en prison avec la complicité de la magistrature. On matraque aussi les militants écologistes ou encore les « jeunes » qui assistent à la fête de la musique. C’est une véritable industrie, et pour l’alimenter, Macron a fait commander 40 000 grenades, soit du matériel de guerre de catégorie A2, mais aussi des milliers de lanceurs de balles de défense (LBD)[2]. Ce qui veut dire que Macron s’engage pour les années à venir dans la guerre sociale. Remarquer que tous les gouvernements qui répriment avancent que les désordres sont créés par des délinquants ou par des puissances étrangères. Les macroniens vous diront que la répression est justifiée aussi bien parce que les blacks ont semé le désordre que parce que les manifestations n’étaient pas autorisées. En Algérie on vous dira presque la même chose, et en Russie que les manifestants sont payés par Soros. Mais tout cela a pour but de limiter la contestation parce le pouvoir n’a plus que la force pour se maintenir. Je passe sur l’idée macronienne selon laquelle la manifestation doit être autorisée, vue le nombre d’interdictions que prononcent les préfets toutes les semaines, cela revient à interdire le droit de manifester, ce qui est le propre d’une dictature.. 

    Répression policière de partout dans le monde en 2019 

    Grèce 2019 

    Mais ailleurs ce n’est pas mieux le nouveau premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, à repris la vieille habitude de donner la chasse aux anarchistes qui déjà se faisaient matraquer lorsqu’ils protestaient contre les trahisons successives de Tsípras, le Pétain grec. En Russie bien que les manifestations soient relativement peu fournies, le pouvoir poutinien a décidé de lâcher les chiens, et de se comporter exactement comme Macron, il fait tabasser les manifestants, puis il les met en garde à vue pour les relâcher quelques heures après. Cette similitude est frappante, c’est le cas de le dire. Dans des pays comme l’Algérie ou comme Hong-Kong, où là les manifestations sont bien plus massives et visent à renverser le pouvoir, la répression est relativement plus timide. Sans doute y a-t-il la peur que cela tourne à la révolution directement. Que ce soit en Algérie où à Hong-Kong, les issues politiques semblent bouchées. En Algérie depuis l’annulation des élections présidentielles, le processus électoral est à l’arrêt. Mais même si les forces de l’ordre font preuve d’une relative retenue, les policiers semblent avoir un peu plus de conscience que leurs homologues français, ça cogne ferme tout de même. Et je ne dis rien du Brésil où la répression est chez l’ignoble Bolsonaro une seconde nature.    

    Répression policière de partout dans le monde en 2019 

    Russie 2019 

    Ce tour du monde déprimant de la violence étatique n’est cependant pas si simple à analyser. On va s’y risquer cependant. Pourquoi dans un même instant tous les pays se lancent dans le même type de démarche ? la première idée qu’il me vient est que la répression policière n’est jamais un choix, mais une nécessité. On dira ce qu’on voudra, mais c’était le seul moyen pour Macron d’enrayer la contestation des gilets jaunes, sachant qu’il n’avait plus personne pour le soutenir. Et donc il vient que tous les régimes répressifs sont des régimes faibles, politiquement faibles. La seconde idée qu’il me vient, c’est que la contestation lorsqu’elle se généralise, est le résultat d’une politique qui est inadéquate aux problèmes de l’heure et qui ne donne pas le moindre début de satisfaction. C’est l’image d’une rupture entre le peuple et son gouvernement. C’est le cas de la France, de la Grèce où les majorités sont de simples minorités qui n’existent que par la grâce de l’abstention. An Algérie c’est pire encore, il n’y a plus d’Etat, seulement l’armée. Je fais une petite parenthèse ici pour dire que, malgré la solidité des institutions, il est très possible que dans les années qui viennent, soit avant la fin du mandat de Macron, nous ayons à faire face à un coup d’Etat militaire, à la fois parce que l’armée déteste Macron, et parce que celui-ci est incompétent pour régler les problèmes les plus élémentaires. Mais laissons là ces spéculations. Enfin la troisième idée c’est la mondialisation. En effet non seulement la mondialisation est un échec économique, social et environnemental, mais elle a tellement dépouillé les Etats de leurs pouvoirs que ceux-ci ne peuvent plus l’exercer que dans le cadre étroit de la répression, dès lors qu’on vient leur demander des comptes. 

    Répression policière de partout dans le monde en 2019 

    Algérie 2019

    Enfin il y a une dimension nouvelle qui plombe la crédibilité des Etats : c’est la circulation rapide de l’information. Le roi est nu comme on dit. En France les hommes politiques apparaissent soit comme des canailles, tous les jours on en condamne un certain[3] nombre soit comme des imbéciles, malgré la complaisance des médias qui font comme si cette engeance avait des compétences spéciales. C’est sans doute une des raisons qui poussent Macron à quémander de l’aide à la firme prive de Zuckerberg pour contrôler ce qui circule sur les réseaux sociaux. Mais c’est peine perdue, la défiance envers les médias est à un niveau tel que les populations, russe, française, algérienne ou autre, cherche de l’information par ailleurs en exerçant leurs capacités à la critique. On a vu par exemple l’hiver dernier les protestataires du monde entier saluer les gilets jaunes. Tous les mouvements qui remettent en question le pouvoir ici et là contestent sa parole et son image. Macron est ouvertement pris pour un clown peu crédible sur n’importe quel dossier : incompétent et menteur sont les deux termes qui caractérisent aujourd’hui la classe politique du monde entier. Il faut avoir la foi du charbonnier pour écouter encore les clowneries des uns et des autres. C’est évidemment le modèle démocratique à l’occidentale qui a du plomb dans l’aile. Les tendances dictatoriales sont sans doute mieux tolérées en Algérie ou en Russie parce que les protestataires n’ont jamais connu rien d’autre. Le cas de Hong-Kong est intéressant. En effet parce qu’elle se mesure avec le reste de la Chine et que sa position administrative spéciale ne l’a pas préparée à un régime dur, alors que le reste de la Chine continentale n’a jamais connu que ça. En France la situation est devenue irrespirable[4], on n’a jamais eu à supporter une telle violence aussi longtemps depuis au moins la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

    Répression policière de partout dans le monde en 2019

    Hong-Kong 2019 

    Nous sommes en train de perdre nos dernières illusions sur le régime dans lequel nous vivons. Au fond la démocratie fonctionne avec un parlement élu à condition que le peuple laisse faire les politiciens, mais dès que ceux-ci sont contrariés, ils envoient la milice. La question de la dégradation des permanences LREM est intéressante. Les députés macroniens pleurnichent pour des tags, ou pour des jets de tomates et d’œufs, disant que ce n’est pas démocratique de s’en prendre à des élus. Mais ils ne se penchent guère sur le caractère démocratique de la répression. Ça ne les intéresse pas. Ces clowns qui ont été agressés parce qu’ls avaient voté le CETA, avancent maintenant, alors qu’ils ont voté un traité ignoble pour servir les plats aux multinationales, qu’ils sont prêts à discuter. La ficelle est grosse, on discute d’une loi alors que celle-ci a déjà été votée ! Mais le plus grave est qu’ils osent mettre les agressions dont ils sont victimes sur le même plan que le matraquage systématique des manifestants. On n’a pas entendu cette canaille protester quand le cortège de la CGT a été agressé le 1er mai par la milice de Castaner. Ça faisait tout de même très longtemps que la police ne se livrait plus à ce genre de fantaisie. Aussi stupides que soient les policiers, et quoi qu’on pense de leur niveau de conscience humaine, il faut bien qu’ils aient reçu des ordres pour le faire. Il faut que l’idée d’un tournant dictatorial – le fameux acte deux du quinquennat de Macron – soit bien ancré pour qu’on s’exerce à attaquer un syndicat des plus tranquilles et des plus mollassons.  

    Répression policière de partout dans le monde en 2019

    Brésil 2019 

    Cette répression tout azimut est l’autre face de la restauration d’un ordre ancien, oligarchique. Une manière de refermer la parenthèse démocratique entre-ouverte après la Libération. C’est bien pour cela qu’on parle aujourd’hui de post-démocratie, parce que sous la poussée des idées libérales en économie, on a fait disparaitre le peu de démocratie qui restait[5]. Macron se moque tout autant que Poutine de ménager les apparences. Mais son pouvoir est bien plus fragile que celui du président russe. S’il avait étudié un peu l’histoire de la France il le saurait. Il se pourrait d’ailleurs que la révolution devienne mondiale avec la nouvelle crise financière qui arrive et qu’on résume à tort comme une simple « guerre des monnaies »[6] alors qu’il s’agit bel et bien d’une crise économique classique des débouchés, conséquence d’un partage de la valeur trop en faveur du capital qui prive la demande d’un support valable. On remarque qu’un peu partout les militants écologistes sont pris pour cible par la police et par la justice. C’est rationnel, parce que même si ces militants sont peu nombreux, ils montrent par leur existence que l’oligarchie mondiale n’a aucun début de solution dans ses cartons. La mondialisation ayant fait de partout éclater le peu de lien qu’il y avait entre le peuple et ses dirigeants, ceux-ci ne peuvent plus que se maintenir grâce à la police, et celle-ci ne peut devenir que de plus en plus violente. En un sens Macron a montré le chemin. Aux autres dirigeants, mais The New York Times s’inquiète et considère qu’un tel niveau de violence policière induit forcément la disparition d’un Etat de droit[7].

    Répression policière de partout dans le monde en 2019

     Nantes 2019, un homme attaché et étranglé par la police 

    Répression policière de partout dans le monde en 2019 

    Paris, 2019



    [3] La canaille LREM est particulièrement performante en la matière. Le dernier en date à illustrer cette sinistre chronique est Mustapha Laabid à être condamné pour avoir détourner les fonds d’une association qu’il dirigeait https://www.20minutes.fr/justice/2578367-20190806-rennes-six-mois-sursis-trois-ans-ineligibilite-depute-lrem-mustapha-laabid

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  • Ce samedi 21 septembre a été marqué par des manifestations massives en France et plus particulièrement à Paris, démentant ainsi un essoufflement du mouvement social. Bien au contraire ce que nous voyons est clairement une convergence des luttes, même si à Paris les manifestations étaient dispersées sur trois sites différents. Ces manifestations se sont déroulées dans un contexte très particulier de décomposition des institutions politiques. 

     Gilets jaunes acte XLV, marche pour le climat, retraites, forte mobilisation

    Manifestation à Tours contre le démantèlement d’EDF 

    Les attaques de Macron se font tout azimut pour démanteler ce qu’il reste du modèle français et pour le rapprocher du modèle anglo-saxon qui plait tant à l’oligarchie et à Bruxelles. Il a changé en effet de méthode en faisant semblant de dialoguer. Ce qui veut dire qu’il laisse ses opposants parler mais que dans les faits, il fait ce qu’il a prévu de faire pour satisfaire ses sponsors. L’idée générale c’est de privatiser tout ce qui peut l’être et particulièrement les monopoles étatiques, on le voit avec la bataille pour le référendum contre la privatisation d’ADP[1]. On l’a vu avec la bataille perdue contre la privatisation de la SNCF. Et voilà maintenant que Macron s’attaque à deux nouveaux chantiers : les retraites et la privatisation d’EDF. Pour les retraites, il faut insister ici : ce ne sont pas les vieux qui sont concernés par cette réforme, mais bien les plus jeunes puisque ceux qui sont à la retraite ou qui vont y accéder dans les quelques années qui viennent savent déjà à quoi s’en tenir, ce sont bien les jeunes qui sont dans le collimateur, ce sont eux qui paieront la casse, surtout s’ils ont connu quelques années de chômage et s’ils ont fait des études longues. Et donc ce que nous voyons depuis quelques jours, ce sont des mouvements de rébellion contre cette ignominie. Mais ces mouvements sont peu coordonnés, essentiellement parce que les bureaucraties syndicales ne le veulent pas et veulent garder leur clientèle – du moins ce qu’il en reste – captive. C’est pourquoi les gilets jaunes qui ne sont inféodés à personne sont la seule force d’opposition qui s’attaque Macron aussi bien sur le terrain de l’écologie, que celui des privatisations ou encore que celui du pouvoir d’achat.  

    Gilets jaunes acte XLV, marche pour le climat, retraites, forte mobilisation

    Mais Macron tente de museler tous ses opposants et pour cela il instrumentalise la justice qui se laisse bien faire. Le cas Mélenchon est exemplaire. J’ai suffisamment de reproches à faire à Mélenchon pour qu’on ne me suspecte pas de mélenchonisme[2]. Il a raté sa campagne présidentielle en 2017, et plus encore il en a raté la sortie en jouant les équilibristes entre son aile souverainiste dont il se débarrasse peu à peu, et son aile bobo représentée par Clémentine Autain. Mais quoi qu’on pense de ses errements politiques, Macron le fait traîner devant les tribunaux parce qu’il s’est rebellé contre une perquisition dans les locaux de son parti, perquisition dont la légalité semble douteuse[3]. On a appris qu’une magistrate macronienne de choc, Gaëlane Pelen, non seulement se trouvait sur les lieux de la perquisition, mais qu’elle insultait aussi les soutiens de Mélenchon qui étaient venus l’accompagner[4]. C’est sa manière de faire à Macron : attaquer en justice les opposants pour les faire taire ou les discréditer. Il a fait la même chose avec Marine Le Pen quand un juge avait convoqué la présidente du RN pour un examen psychiatrique pour avoir dévoilé des photos de Daesh sur son site Internet[5].  Il est regrettable de le dire mais peu de gens se sont élevé contre cette attaque sournoise, surtout à gauche. Or il est facile de comprendre que quoi qu’on pense de MLP, pour ma part je suis éloigné de ses positions, ce n’est pas une manière que de l’envoyer chez le psychiatre. C’est une manière qui avait cours dans l’URSS de Brejnev, celle d’un régime aux abois. On voit que dans les deux cas Macron tente de faire passer ses opposants pour des excités ou des dangereux psychopathes. Et ça marche suffisamment pour que maintenant Mélenchon soit discrédité, les derniers sondages, présenter triomphalement par la canaille journalistique, en attestent[6]. Nous devons dans ce type d’affaire soutenir sans réserve les personnalités politiques d’opposition attaquées, qu’elles s’appellent Mélenchon ou Marine Le Pen.

      Gilets jaunes acte XLV, marche pour le climat, retraites, forte mobilisation

    Au procès de Lyon les décrocheurs étaient soutenus 

    Cependant la justice n’est pas un corps monolithique. Un certain nombre de juges refusent de se laisser instrumentaliser par le pouvoir. Macron demande à Belloubet de poursuivre systématiquement ceux qui décrochent son portrait dans les mairies. Il y a encore douze procès à venir d’ici à septembre 2020. A Lyon le juge a refusé de condamner les décrocheurs, arguant de leur doit d’expression, c’est bien vu parce que c’est exactement ça que vise Macron à museler l’opposition. Mais peut-être aussi le juge a-t-il refusé de se ridiculiser[7]. Le parquet qui ne représente plus que la magistrature couchée et non pas debout, a décidé de faire appel. Cependant ce n’est pas la première fois que les décrocheurs de portraits sont relaxés. En juin de cette année, trois décrocheurs avaient été jugés dans ce sens à Kolbsheim[8]. 

    Gilets jaunes acte XLV, marche pour le climat, retraites, forte mobilisation 

    A Kolbsheim aussi les soutiens des décrocheurs étaient nombreux 

    Par ce type de répression judiciaire Macron non seulement se ridiculise tous les jours un peu plus, mais il ridiculise la justice en obligeant le parquet à poursuivre. Ce faisant, il finit par travailler pour eux en leur donnant un peu plus de publicité. Les institutions policière et judiciaire ont beaucoup perdu de leur prestige depuis que Macron est malencontreusement devenu président. Je ne parle même pas des journalistes dont la profession est totalement discréditée. Evidemment la Macronie avait mis en place un dispositif sécuritaire renforcé sur Paris. L’idée n’est pas d’empêcher les violences comme le dit le préfet Lallemand – un nom prédestiné pour la Paris collaborationniste – mais de dissuader les manifestants, de les empêcher de se rassembler. En ce samedi 21 septembre, la manifestation hebdomadaire des gilets jaunes coïncide avec les marches pour le climat qui se déploient de partout dans le monde, y compris en Allemagne. Cette convergence des luttes montre bien d’ailleurs que le gouvernement est plus préoccupé par l’augmentation des profits des actionnaires et la baisse des salaires que par une action pour enrayer ne serait-ce qu’un peu la dégradation de l’environnement.

    Gilets jaunes acte XLV, marche pour le climat, retraites, forte mobilisation 

    Dès le matin du 21 septembre, on surprenait des flics déguisés en black blocs se mettre en place avec leur fourberie habituelle 

    Tout au long de la matinée les policiers ont tenté d’empêcher les gilets jaunes de rejoindre les Champs Elysées, les stations de métro avaient été fermées, mais tandis que les manifestants pour le climat se rassemblaient aussi ailleurs, et malgré les arrestations préventives et les tirs de grenades lacrymogènes, ils ont cependant atteint leur but. Les boutiques sur les Champs Elysées étaient barricadées comme en temps de guerre et on avait ressorti les canons à eau. Toutes les rues menant aux Champs Elysées étaient sous contrôle. Et pourtant on a vu en début d’après-midi plusieurs centaines de gilets jaunes arriver enfin à se regrouper sur la fameuse avenue. Lallement avait déployé 7500 policiers pour cadenasser Paris, malgré ses fanfaronnades, il n’y est pas arrivé. Pire encore il y a eu des heurts nombreux, notamment lorsque la manifestation pour le climat est remontée vers le Luxembourg, et que les policiers ont dû reculer sous la pression de la foule. Les violences étaient semble-t-il emmenées par les blacks blocs, mais selon les vidéos qu’on a pu voir sur You tube, dès le début de la matinée des flics s’étaient déguisés en black blocs et ont été repérés. Que cherchent-ils ? A déclencher la violence pour justifier la répression, ou à infiltrer une manifestation pour en museler ce qu’ils croient être les leaders d’un mouvement absolument sans tête ? Peut-être les deux. Mais tout cela ne semblait guère bien organisé. A vouloir disperser les manifestants pour mieux les contrôler, ce sont les policiers qui se sont retrouvés en sous-effectifs face à la foule en colère.

     Gilets jaunes acte XLV, marche pour le climat, retraites, forte mobilisation 

    Place de la Madeleine, la police a rapidement sorti les lacrymogènes 

    Evidemment la répression policière – car en France la liberté de manifester n’est plus respectée depuis presque 10 mois – a empêché que le rassemblement soit plus massif sur les Champs Elysées. Mais les gilets jaunes ont rejoint la manifestation pour le climat qui se tenait à quelques encablures et qui rassemblait plusieurs milliers de personnes qui se sont rendus vers le Luxembourg. Globalement ces manifestants faisaient la démonstration qu’on n’arriverait à rien en ce qui concerne le climat sans en finir avec le capitalisme et le libre-marché. La milice de Castaner était fort ennuyée parce qu’en attaquant les gilets jaunes elle était aussi obligée d’attaquer les manifestants pour le climat. Or de partout dans le monde les manifestants pour le climat ont le droit de le faire sans craindre de se faire matraquer ou éborgner par la police. Des consignes ont dû être données parce que si plusieurs fois les policiers ont fait mine de se servir de leur LBD40, ils ne l’ont pas fait, alors même qu’ils étaient dans la difficulté. 

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    La milice en action sur les Champs Elysées 

    Sur le boulevard Saint-Michel on a vu des barricades se dresser. La préfecture – c’est-à-dire les services de Lallement – avançait que 1000 blacks blocs avaient infiltrer la manifestation. Cette information pose deux problèmes, le premier est celui du dénombrement, comment compter des blacks blocs parmi une foule de plusieurs milliers de personnes, alors que comme nous l’avons dit plus haut un certain nombre de policiers s’étaient déguisés en blacks blocs justement. Ensuite pourquoi penser que les blacks blocs ne feraient pas partie de cette manifestation ? quoi qu’il en soit Macron exaspère tellement de monde, qu’il est normal que les manifestants approuvent les violences. C’est peut-être la seule manière de le faire sortir de son immobilisme total. Nous sommes tout de même au onzième mois de lutte, et rien n’avance, tout recule. Sans même parler de la destruction massive des droits des travailleurs, l’inertie du président-fou sur la question du climat interroge. Les Allemands ont manifesté massivement pour le climat le 20 septembre, le gouvernement a promis 100 milliards d’investissements d’ici à 2030 pour la transition[9]. C’est mieux que rien pourrait-on penser, mais vu les enjeux et considérant l’étalement sur les 11 années qui viennent c’est dérisoire, encore que ces 100 milliards on n’est pas près de les voir, ils risquent de se perdre dans le dédale des procédures budgétaires. C’est le système dans son entier qui doit être changé. On voit là la frilosité des dirigeants bourgeois, ils ont peur pour leur propre existence, et ils font semblant de croire encore que le verdissement du capitalisme leur permettra de se succéder à eux-mêmes. 

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    Les gilets jaunes sont parvenus à revenir sur les Champs Elysées 

    C’était en même temps la journée du patrimoine. Celle-ci a été très perturbée par les gilets jaunes, notamment à Toulouse où le Capitole a dû être fermé et le maire, un LR Macron-compatible, s’est planqué[10]. Dans l’Yonne ou l’APA – Assemblée Populaire d’Auxerre – se dépense sans compter, les gilets jaunes ont récupéré quelques ronds-points[11]. Il y avait encore ce samedi une manifestation contre la loi que Macron prépare pour massacrer les retraites. Elle était organisée par FO. Ce fut un grand succès. Il y avait peut-être 20 000 personnes[12]. La CGT qui est en train de devenir comme la CFDT n’y a pas participé, elle fait sa propre manifestation mardi prochain. Un collectif de 5 syndicats a lancé une grève illimitée au début décembre de cette année pour défendre le système de retraite de la RATP. La CGT a refusé de s’y associer préférant jouer la division syndicale[13]. Ce syndicat naguère combattif est en train de devenir peu à peu un syndicat jaune sous la houlette de Martinez qui pour diviser se révèle très fort. Mais on sait qu’il y a des tensions profondes entre la direction parisienne et de nombreuses sections départementales, notamment avec celle des Bouches du Rhône. En effet comment penser que dans un contexte aussi bouillonnant que celui d’aujourd’hui le syndicat n’arrive pas à mobiliser sur aucun sujet. Martinez s’était déjà fait remarquer en novembre 2018 en essayant de casser le mouvement des gilets jaunes, les désignant comme des fascistes, des petites mains du Rassemblement National. On pouvait penser que c’était là une erreur d’analyse et également une volonté de conserver son public captif. Mais c’est peut-être beaucoup plus grave que ça. Il pourrait s’agir d’une connivence ou d’un pacte de la haute bureaucratie syndicale avec Macron. Dans ce cas cela veut dire qu’il va y avoir à moyen terme, soit une éviction de Martinez, soit une scission au sein de ce vieux syndicat. Nous rencontrons beaucoup de militants de cette boutique qui sont très remontés contre lui, considérant qu’il fait tout pour saboter les mouvements sociaux.

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    Une foule compacte manifestait pour le climat mais aussi contre Macron 

    A Vienne, il y avait une manifestation des gilets jaunes, comme dans d’autres villes de France. La particularité de cette manifestation est que le maire Thierry Kovacs qui est pourtant LR, avait prêté un portrait de Macron aux manifestants pour qu’ils le tiennent à la renverse. Ça n’a pas plus à la députée macronienne locale qui considère que c’est contraire aux lois de la République que de traiter le président-fou comme une figure de Carnaval[14]. Le maire s’est justifié en disant qu’en France on devait bien avoir le droit de manifester. Cela s’inscrit dans une forme de rébellion des maires face à Macron qui les emmerde. On l’a vu déjà les arrêtés anti-pesticides, mais ils ont été aussi plusieurs à décrocher ses portraits. Il se pourrait que ce soit là une forme de contre-pouvoir communal qui se dessine. Il est vrai que les maires des petites et moyennes communes apparaissent comme plus près des citoyens que les autres élus.

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    FO avait organisé aussi une manifestation contre la réforme des retraites 

    Au total ce sont des milliers d’opposants à Macron qui ont défilé, au moins 60 000 à Paris, et probablement en tout au moins 100 000 dans toute la France. On dira que ce ne sont pas tous des gilets jaunes, c’est exact, mais ce sont tous des opposants à Macron. La seule différence c’est que les gilets jaunes ne font pas de détail et ne se replient pas sur une ou deux revendications corporatistes, ils manifestent pour le climat, pour les retraites, pour la démocratie et avant tout ils demandent avec constance la démission de Macron. Ils sont là encore pour longtemps à faire le lien entre les différentes raisons de se battre. Ce samedi 21 septembre c’était encore un peu l’été, jusqu’à lundi. Ce fut une excellente journée de mobilisation qui signale que les Français ne sont pas démobilisés comme aurait bien voulu le croire le gouvernement. Bien au contraire, ils sont très remontés, mais de nombreux combats les attendent encore, Macron a de la patience et tous les instruments de coercition à sa disposition. Il nous faut être encore plus patients que lui et ne pas se démobiliser. Deux questions importantes doivent nous motiver, la question des retraites, et celle de la privatisation d’ADP. La lutte pour le climat est un objectif à plus long terme parce que là il faudra changer l’ensemble du système.

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    A Vienne les gilets jaunes ont manifesté avec un portrait de Macron prêté par le maire

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    Tard dans la soirée ils étaient encore plusieurs centaines à manifester place de la Bastille, gilets jaunes et marcheurs pour le climat confondus



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  • Pourquoi nous ne devons pas privatiser ADP 

    Sondage Ifop pour Paris-Match, avril 2019 

    La bataille contre la privatisation d’ADP est un enjeu considérable, sur le plan politique, sur le plan social et sur le plan économique. Sur le plan politique, nous savons que la très grande majorité des Français est hostile à cette privatisation, et donc arriver jusqu’au référendum serait une vraie défaite pour Macron et son gouvernement affairiste, histoire de lui apprendre à ne pas gouverner contre le peuple comme c’est la fâcheuse habitude des gouvernements en Europe. Sur le plan social ce serait accélérer un peu plus le démantèlement des services publics dont on voit ce que cela peut donner aujourd’hui dans l’éducation ou en termes de santé publique, car ADP c’est aussi un service public, et pas seulement un ensemble de boutiques duty free comme fait semblant de le croire Macron. Mais comme nous le verrons aussi un peu plus bas, privatiser ADP sera aussi une mauvaise affaire économique pour l’Etat. 

    Privatisations et système néo-libéral 

    Le libéralisme est sensé être l’extension des lois du marché à l’ensemble de l’économie. Donc on parle de système libéral quand on tente de restreindre l’emprise de l’Etat sur l’économie. Mais le système néo-libéral c’est bien plus que cela, c’est d’abord la possibilité pour le capitalisme financier de piller l’Etat ou de le privatiser pour son propre compte en évitant de courir le moindre risque, c’est pourquoi ce nouveau capitalisme aime autant les monopoles concédés par la puissance publique. C’est ce qu’a montré par exemple James Galbraith dans L’Etat prédateur[1]. Quand Macron évoque la nécessité de privatiser ADP pour stimuler la croissance des start-ups, il ment, ou alors il est fou, ou peut-être bien les deux en même temps. En effet lorsque des capitalistes achètent une entreprise à l’Etat à travers la privatisation, ils ne créent rien du tout, ils s’emparent d’une entreprise qui existe déjà et qui fonctionne suffisamment bien pour exciter leur intérêt. Et donc ils vont mettre de l’argent – qu’ils n’ont pas qu’ils vont emprunter auprès de banques complices qui vont créer de l’argent à cet effet – qu’ils auraient pu mettre ailleurs par exemple pour créer des start-ups innovantes si chères à la rhétorique macronienne. Si le capitalisme financier était un peu créatif comme le prétend Macron, au lieu de mettre ces 9 milliards d’euros dans l’achat d’ADP, il les mettrait dans la création de nouvelles entreprises. On pourrait dire que les privatisations qui ont lieu depuis trente ans de partout dans le monde sont la preuve de l’effondrement du capitalisme industriel qui ne trouve rien de mieux pour valoriser ses profits que d’investir dans le pillage des biens de l’Etat. Certains pensent que cela est lié avec la fin du progrès technique : jusqu’à la révolution numérique, c’est le progrès technique qui tirait la croissance en définissant de nouvelles manières de produire et de nouvelles consommations à proposer[2]. Cet essoufflement du progrès technique expliquerait le déclin de la productivité du travail, et donc finalement la nécessité pour le capitalisme de trouver de nouvelles manières de se valoriser. Les crises récurrentes récentes ont montré qu’il était plutôt risqué d’investir dans l’innovation technologique. Les privatisations des monopoles étatiques sont des rentes de situation dont le rendement est très certain, à moins d’imaginer que plus personne ne prenne l’avion ou n’emprunte les autoroutes. On remarque que le capitalisme financier aime à investir les réseaux qui rendent prisonnier l’ensemble de la société. La plupart des privatisations des autoroutes ou des aéroports se fait sous le mode de la concession de longue durée, et donc sous le contrôle de l’Etat. Ce sera encore le cas d’ADP, pour une durée de 70 ans. Mais en règle générale les contrats signés s’arrangent pour indexer les rendements au-delà de l’inflation. Cela n’est pas dû comme on pourrait le penser à l’incompétence des fonctionnaires qui préparent ces contrats, mais à la corruption des hommes politiques qui se trouvent derrière. ADP et la Française des Jeux sont de longue date dans le collimateur des intérêts privés. Macron a tenté leur privatisation à trois reprises depuis qu’il a été ministre de l’économie en 2014. A la manœuvre il y avait son subordonné, Alexis Kholer[3] qui par ailleurs est impliqué dans des affaires de prise illégale d’intérêt, qui a été accusé de mentir à la commission sénatoriale qui enquêtait sur les turpitudes de Benalla, et qui a suivi Macron à l’Elysée. Il faut le répéter ici, sans une imbrication du capitalisme financier et de la haute fonction publique cela ne serait pas possible. C’est aussi un aspect du système néo-libéral qui ne prospère que sur la corruption. 

    La logique des privatisations 

    Pourquoi nous ne devons pas privatiser ADP 

    Toutes les privatisations sont généralement des spoliations de la propriété collective. En effet des hommes politiques élus pour gouverner pendant un temps limité le pays se permettent de vendre le bien public qui ne leur appartient pas, et cela avec la complicité des hauts fonctionnaires. Le premier point est qu’en général on ne privatise que ce qui marche, autrement dit on privatise les profits potentiels d’une entreprise, sinon on ne voit pas pourquoi le capital s’y intéresserait. Evidemment la privatisation se fait toujours au profit des amis de ceux qui sont au pouvoir qui agissent généralement pour remercier leurs sponsors de les avoir mis là où ils se trouvent. Derrière toute privatisation on trouve donc un vol de la collectivité et une corruption du pouvoir, donc très probablement des postes rémunérateurs ou de l’argent qui circule sur des comptes plus ou moins cachés aux yeux du fisc. Les arguments avancés par les soutiens du capitalisme financier pour privatiser sont de deux ordres :

    en privatisant on accroît la concurrence, cela fait baisser les prix et c’est bon pour le consommateur. C’est le catéchisme stupide de l’Union européenne que s’efforce d’appliquer Macron a des Français pour le moins rétifs. C’est cependant faux généralement et plus encore quand on privatise un monopole. De partout où la distribution de courant électrique et du gaz a été soumise à la concurrence, les prix se sont envolés. Le prix des voyages en chemin de fer a explosé en Grande-Bretagne. La privatisation de l’électricité aux Etats-Unis a entraîné le scandale Enron[4]. C’est la même chose quand on privatise une autoroute. Les sociétés qui ont obtenu des concessions autoroutières ont des taux de rendement de 20% ! Si ce taux est de 20% et plus, cela veut dire que l’investissement a été amorti au bout de 5 ans, et donc que 5 ans après les privatisations, l’Etat s’est privé volontairement de rentrées et s’est appauvri, mettant les équilibres budgétaires en péril. Les privatisations des autoroutes ayant été achevées en 2005, on peut dire que depuis au moins 10 ans l’Etat a perdu entre 30 et 50 milliards d’euros. C’est concrètement un transfert d’argent public vers le secteur privé, c’est-à-dire vers le capitalisme financier.

    Pourquoi nous ne devons pas privatiser ADP

    Rendement des sociétés privées exploitant les autoroutes 

    – le second argument est que l’Etat n’a pas vocation à gérer des entreprises. Cet argument – un classique de la doxa libérale – a été avancé par Edouard Philippe, lobbyiste en chef du gouvernement, en laissant entendre qu’ADP était mal géré, alors que les éléments comptables portés à notre connaissance disent le contraire. Le gouvernement actuel introduit ainsi une rupture dans l’histoire récente de la France, même s’il faisait le contraire, le gouvernement français que ce soit sous Chirac, Sarkozy ou Hollande, ne remettait pas en cause l’idée d’une intervention économique de l’Etat dans la production des biens et des services au moins comme un complément du marché. « La façon dont fonctionne aujourd'hui Aéroports de Paris est largement perfectible, je crois que vous le savez, je crois que tout le monde le sait » a avancé le cuistre Edouard Philippe[5], sous-entendant par là que l’Etat n’a pas la culture du profit et donc il doit se replier sur ses seules fonctions régaliennes. Je ne veux pas trop m’avancer sur ce terrain, mais la position de Macron et celle de sa bande est celle de la fin du XVIIIème siècle, celle de Smith ou de Jean-Baptiste Say. Ces économistes qui supposaient que l’intervention de l’Etat dans l’économie entraînait une baisse de la croissance et donc la ruine à long terme. C’est- pourtant l’inverse qui s’est produit : plus on a privatisé et plus la croissance a été faible comme on le voit dans le graphique ci-après, alors qu’on supposait que les privatisations allaient « libérer la croissance ». Au mieux Edouard Philippe est un ignorant, au pire c’est un menteur. Cela fait plus de trente ans qu’on privatise, et la croissance est de plus en plus faible. Il semble que cet argument ait été bricolé à la hâte quand on s’est aperçu que le rendement de cette opération pour l’Etat n’était pas bon.  

    Pourquoi nous ne devons pas privatiser ADP

    Une opération peu ou pas rentable pour l’Etat 

    Macron a expliqué que l’argent des privatisations servirait en priorité à soutenir la modernisation des entreprises, et donc que c’était nécessaire. Le gouvernement placerait le produit de la vente d’ADP – un peu moins de 9 milliards, mais certains chiffres donnent plutôt 7,7 milliards – à 2,5%, et donc pourrait lui rapporter environ 200 millions par an, selon Bruno Le Maire. En 2018, l’Etat a touché 173 millions comme résultat de sa participation. La question est de savoir si à l’avenir la participation de l’Etat pourrait lui rapporter plus ou moins qu’un placement résultant des ventes. Il est très probable que les 173 millions devraient être dépassés rapidement, entre autres parce que comme on l’a dit ADP est le plus gros propriétaire foncier d’Île de France et qu’une partie de ces 6700 hectares sera mise rapidement en valeur. On voit que la différence entre les deux sommes est assez faible, et donc que la vente rapporterait au mieux une vingtaine de millions supplémentaires. Mais en réalité les 200 millions de rendement risquent de ne pas être atteints parce qu’à une époque de taux durablement négatifs, on ne voit pas très bien comment l’Etat pourrait obtenir 2,5% de rendement pour ses placements, qui emprunterait à 2,5% auprès de l’Etat, soit la Caisse des Dépôts, quand il peut lever des fonds à -0,4%. Autrement dit, l’Etat aliénerait la propriété collective pour un rendement très peu certain. Avec des taux négatifs, l’Etat aurait au contraire intérêt à s’endetter pour investir dans les services publics, puisque plus il s’endette et moins il rembourse. Mais les macroniens s’inquiètent peu d’investir dans les équipements publics qui pourtant sont très délabrés. Christine Lagarde a annoncé qu’elle continuerait le QE massif, soit une injection de liquidités massives lorsqu’elle sera en novembre effectivement présidente de la BCE. Elle n’a pas le choix parce que sinon la valeur de l’euro s’envolerait et plomberait le commerce de la zone avec le reste du monde[6]. Et donc il vient facilement à l’esprit que l’Etat pourrait emprunter 250 millions à un taux négatif de - 0,127%, ce qui lui ferait gagner un peu plus d’un million d’euros tous les ans sans toucher à la propriété collective. Notez que depuis juillet les taux d’emprunt de l’Etat ont encore baissé et sont aujourd’hui aux environ de - 0,4%, ce qui fait que si l’Etat empruntait ces fameux 250 millions d’euros à 10 ans pour soi-disant financer l’innovation, il y gagnerait tout simplement 10 millions d’euros par an ! 

    Pourquoi nous ne devons pas privatiser ADP 

    Taux d’emprunt d’Etat en France à 10 ans 

    Il y a un autre point qui a été rarement souligné, en privatisant ADP, cette entreprise passera sous le statut de la concession pour 70 ans. Or les actionnaires du secteur privé d’ADP – l’Etat n’est propriétaire qu’à un peu plus de 50% – pourraient considérer que ce changement de statut les désavantage. Ils pourraient demander des compensations pour un montant d’1 milliard d’euros[7]. Il faudrait donc déflaquer ce milliards des 7,5  milliards encaissés, ce qui réduirait d’autant le rendement du placement de la vente d’ADP, et donc en gardant la propriété d’ADP, l’Etat gagnerait à peu de chose près la même somme. 

    Spéculation foncière et arnaques en tous genres 

    ADP c’est aussi un patrimoine foncier de 6700 hectares dans une région où le prix du terrain est tendu. Il est assez facile de comprendre que même en spéculant sur 1/10ème de cette surface il y aura des profits colossaux. Evidemment on ne sait pas quel sera potentiellement le montant de ces profits. A Roissy le prix du m2 constructible est de 450 €. 1 hectare ça vaut donc 4,5 millions d’euros. Et 1000 hectares 4,5 milliards €. Ces 450 € c’est le prix du m2 aujourd’hui, mais il est probable qu’avec tout ce que l’Etat dépense pour aménager la région, ce prix va monter encore. On voit donc que les possibilités de spéculations sont immenses[8]. On peut dire également qu’en privatisant ADP, non seulement l’Etat brade indirectement du foncier, mais qu’en outre il se prive d’un outil important d’aménagement du territoire en Île-de-France. Autrement dot cela conduit aussi à privatiser la politique d’aménagement du territoire.

    La privatisation de l’Aéroport Toulouse-Blagnac, voulue par Macron a été remportée par des investisseurs chinois, représentés par la société Casil. Mais cette privatisation a été annulée sur la plainte de trois syndicats, la CGT, FSU et Solidaires. La raison essentielle est que cette société n’avait pas respecté le cahier des charges et avait purement et simplement siphonné les liquidités de l’entreprise. On voit que l’Agence des Participations de l’Etat qui décide de la sélection des candidats, avait bien mal fait son travail, à moins, mais on n’ose le croire, que cette Agence serait corrompue[9] ! Cependant, ce n’est pas le processus de privatisation qui a été remis en question par la Cour administrative d’Appel, mais seulement le choix de la société véreuse Casil qui maintenant cherche à revendre ses parts par l’intermédiaire de la banque Lazard. Cet échec retentissant doit être attribué à Macron lui-même qui voulait privatiser rapidement cet aéroport. 

    Signons pour obtenir un référendum  

    Pourquoi nous ne devons pas privatiser ADP

    Dans toute la France des partisans du RIP se mobilisent pour signer et faire signer les citoyens, le but est de permettre au peuple de s’exprimer sur un sujet qui le concerne au premier chef puisqu’il s’agit de ses biens. C’est une entreprise difficile parce qu’il faut récolter 4,7 millions de signatures. Les macroniens sabotent d’ailleurs le mouvement consciemment : le processus est compliqué. On signe en ligne, mais il y a de nombreux bugs constatés. C’est pourquoi des militants d’installent sur les marchés, dans les manifestations du samedi pour faire avancer les choses. Ils viennent avec un ordinateur pour aider ceux qui ne sont pas très adroits avec Internet et ses pièges. Mais les médias acquis à la canaille macronienne ont mis l’éteignoir sur ce RIP. Il n’y a pas de débat. Christophe Leguevaques est avocat. Il a saisi le Conseil constitutionnel au sujet de la procédure "RIP ADP" pour réclamer une meilleure information du public. Il est aussi chargé du dossier sur la privatisation de l'aéroport de Toulouse-Blagnac. Dans un article paru sur le site Marianne[10]. Il dénonce cette situation. Il compare par exemple le nombre d’articles générés par le Grand Débat voulu par le président-fou, 13 000, avec les 500 articles sur le RIP qui ont été recensé. C’est évidemment une entrave à la liberté d’expression, en même temps que c’est la preuve d’une inféodation des journalistes à leur propriétaire !

    Des associations comme RPS FIERS ont envoyé une lettre aux associations de maires (AMRF, AMF, Les élus de la montagne et Association des communautés de communes) pour leur demander d’ouvrir les mairies afin d’aider les citoyens à collecter les signatures. C’est une excellente initiative parce qu’elle s’inscrit dans un contexte où le pouvoir municipal s’oppose ici et là à la politique criminelle de l’Elysée, par exemple sur la question des pesticides où ouvertement plusieurs maires pour protéger leur population enfreignent la loi en prenant des arrêtés contre leur pulvérisation à proximité des habitations, alors que ces produits sont considérés par ailleurs comme cancérigènes par l’OMS mais aussi comme contribuant à la destruction de la faune. On sait aussi que certains maires ont participé aux décrochages des portraits de Macron. Réclamer le concours des maires, surtout dans les petites communes, c’est décisif parce que ce sont en ces lieux que l’équipement numérique est le plus faible et les populations les moins accoutumées à jongler avec un clavier et des sites obscurs.

    Dernier point à soulever : privatiser ADP c’est privatiser nos frontières, Roisy, Orly sont des aéroports internationaux. Des pays très libéraux comme les Etats-Unis ne privatisent ni leurs ports, ni leurs aéroports. Seuls des pays très pauvres ou sous tutelle comme la Grèce ou le Portugal le font. C’est un élément de notre souveraineté. Il va de soi que si les Chinois sont toujours à la recherche de ce type de possibilité, c’est parce qu’ils pensent qu’à moyen terme cela leur facilitera l’entrée sur le territoire national et plus généralement en Europe. Dans la bataille commerciale qui s’annonce féroce, brader ADP est déjà un renoncement.



    [1] L'État prédateur : Comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant, Le seuil, 2009.

    [2] Robert J. Gordon, The rise and fall of American growth, Princeton University Press, 2016.

    [4] Anne-Sylvaine Chassany & Jean-Philippe Lacour, Enron, la faillite qui ébranla l’Amérique, Nicolas Philippe, 2003

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  • La déconfiture des fausses oppositions de Mélenchon, du PCF et des syndicats 

    Mélenchon à Marseille faisant des manières au président-fou en septembre 2018 

    En 2017 Mélenchon représentait un espoir pour le petit peuple de gauche, il semblait vouloir se saisir de la volonté populaire et d’entrer dans la bataille contre l’Union européenne. Au moment de la campagne pour les présidentielles, nous avions dit que son programme nous semblait bon, sauf qu’il n’était pas assez clair sur la question de l’Union européenne[1]. Nous avions remarqué que plus il tapait sur l’Europe, et plus les intentions de vote en sa faveur augmentaient. Il prenait des voix à Marine Le Pen. Mais il n’a pas su avoir un discours clair, ni sur l’Europe, ni sur l’immigration, et il a terminé en 4ème place derrière un petit escroc avéré, François Fillon. Cet échec s’est traduit par une déroute aux législatives qui ont suivi l’élection du psychopathe qui squatte maintenant l’Elysée. Mais il n’a pas su tirer les leçons de cet échec. Refusant de trancher entre la gauche bobo, façon Autain et la gauche souverainiste qui reste encore dans la France Insoumise, il a conduit ce parti à la déroute. La fraction la plus lucide de la France Insoumise, représentée entre autres par Djordje Kuzmanovic est partie, elle s’est dispersée ailleurs. C’est ce qui explique en grande partie l’effondrement de son score aux européennes – la lamentable prestation de Manon Aubry ayant consolidé ce virage – et de manière concomitante, me score relativement bon du Rassemblement National. Le voilà maintenant qui tente de reconstruire l’Union de la gauche en allant faire des manières vers les débris du PS et du PCF. Cette stratégie est vouée complètement à l’échec, non seulement elle ne renforce pas la France Insoumise, mais elle fait grimper presqu’automatiquement le Rassemblement National qui apparait comme la seule opposition sérieuse à Macron.

     La déconfiture des fausses oppositions de Mélenchon, du PCF et des syndicats 

    Un montage de la perquisition du 18 octobre 2018 avait mis Mélenchon dans l’embarras 

    Mélenchon a perdu clairement la main aussi sue le plan tactique. Il s’est fait piéger comme un bleu avec cette perquisition probablement illégale diligentée par la sinistre Belloubet : il est apparu comme un excité qui ne supporte pas de se plier aux règles de la République. Peut importe si aujourd’hui on voit des images qui confirme l’idée de provocation lors de cette même perquisition[2], le mal est fait. Quelques semaines avant, Mélenchon avait rencontré à sa propre initiative Macron à Marseille. Il avait déclaré que le président-fou n’était pas son ennemi et avait minimisé les critiques qu’il lui avait adressées, Macron s’était permis de moquer ce revirement stupide autant qu’honteux.  

    La déconfiture des fausses oppositions de Mélenchon, du PCF et des syndicats

    Les Brésiliens, Bolsonaro et son ministre de l’économie, s’en sont pris à la vieille Brigitte Trogneux, moquant son physique raffistolé par des milliers d’euros de chirurgie esthétique, sa perruque et son dentier[3]. Certes le procédé n’est pas très élégant, surtout venant de personnages officiels, mais il faut dire que cette femme exaspère tout le monde par ses manières de se mettre en avant d’occuper en permanence les unes complaisantes des journaux pour salon de coiffure, alors qu’elle n’est strictement rien, ou pas grand-chose, une enseignante du secondaire dans le privé à la retraite. Mélenchon qui décidément n’en rate pas une a apporté son soutien dans cette lutte obscure à cette femme cupide autant que vulgaire[4]. Cette position est indéfendable : en effet Brigitte Trogneux qui représente la domesticité de l’oligarchie – elle a été le professeur des filles de Bernard Arnault dans une école pour les enfants de la haute bourgeoise – n’a pas à être défendue quand on se place du point de vue du peuple et de la lutte des classes. C’est comme si Mélenchon venait défendre Marie-Antoinette parce qu’on l’a moquée pour sa phrase : « s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche »[5]. Cela n’a pas empêché qu’elle soit décapitée d’ailleurs.  

    La déconfiture des fausses oppositions de Mélenchon, du PCF et des syndicats

    Mélenchon se rapproche de plus en plus du politicien social-démocrate sans avenir. Après avoir apporté son soutien à Brigitte Trogneux, avoir serré la main au président-fou, voilà qu’il n’a rien trouvé de mieux pour se refaire la cerise que de défendre le petit escroc Richard Ferrand. Alors que cette affaire d’escroquerie est bien connue depuis au moins deux ans dans ses moindres détails, Mélenchon fait mine de croire que le président de l’Assemblée nationale pourrait être tombé dans un piège[6]. On en rirait si ce n’était pas aussi dramatique. Mais qui aurait intérêt à tendre un tel piège ? Vous me direz Mélenchon n’est pas le seul à gauche à se vautrer dans la compromission. Cette année la Fête de l’Humanité, journal fondé par Jean Jaurès et organe du Parti communiste, avait poussé la débilité jusqu’à inviter Jean-Paul Delevoye. Il était sensé débattre avec le syndicaliste semi-éteint Philippe Martinez. Comme si on se retrouvait sur BFMTV à débattre entre amis. Mais non, le combat contre la réforme des retraites fait partie de la lutte de classe et pas du tout d’une discussion cautionnant la légitimité du gouvernement. Certes on sait que l’Humanité est un journal très endetté qui a besoin de l’aide du gouvernement pour sa survie, mais ce soutien indirect est grossier. Au lieu d’aller écouter deux imbéciles qui débattent, il valait mieux être dans la rue avec les gilets jaunes. C’était bien joué de la part du gouvernement que d’envoyer ce cumulard de Delevoye jouer les ministres courageux qui va discuter avec le peuple qui ne comprend rien. Le débat s’est tenu face à un public qui a été bien gentil, se contentant de siffler et d’injurier Delevoye. Patrick Apel-Muller le patron de l’Humanité était là pour veiller au grain et faire en sorte que la foule reste calme[7]. Cette lamentable mise en scène d’une fausse opposition a été couronnée par les pitreries de Benalla qui, lui aussi se trouvait la Fête de l’Humanité ! On a entendu Martinez pleurnicher pour dire que Delevoye n’a jamais tenu compte des propositions de la CGT. Ce délinquant qui frappe le 1er mai ceux qui manifestent contre Macron est venu faire le bouffon au stand de MMA. Prétendant représenter les Arts Martiaux il a ridiculisé Alexis Corbières et Ugo Benaclis en leur proposant de les entraîner à se battre[8]. Comment se peut-il que le PCF se laisse ainsi traîner dans la merde par un voyou de bas étage ? Benalla ne pouvait parader de cette manière qu’avec l’assentiment des organisateurs. Je connais trop le PCF pour savoir que ce qui se passe chez eux est toujours sous contrôle. Si on voulait avoir la preuve que le PCF est bien fini, la Fête de l’Humanité de 2019 en est la démonstration vivante. C’est plus de la tolérance, c’est une maison de tolérance où, le PCF derrière son maquillage d’opposant vire à la vieille pute délaissée. Qu’on ne vienne pas faire la leçon à ceux qui se tournent vers le Rassemblement national. Le mois de septembre a été ravageur pour les fausses oppositions, alors que le peuple est en ébullition pour toutes les saloperies que lui inflige le gouvernement.

     La déconfiture des fausses oppositions de Mélenchon, du PCF et des syndicats 

    Samedi 14 septembre une discussion entre amis avec Delevoye le cumulard et le syndicaliste comateux Martinez 

    Mais les syndicats et les partis de gauche saucissonnent les luttes, affichant ouvertement qu’ils ne croient pas à la lutte de classes, ni même à une issue positive d’une mobilisation forte. Au lieu de s’opposer en bloc à la réforme des retraites voulue par Macron, ils défendent te ou tel régime spécifique. Ce qui finit par nuire à tous les travailleurs, y compris ceux qui ne bénéficient d’aucun régime spécial. Le dirigeant de l’UNSA Laurent Escure a clairement dit que le combat des retraites était perdu d’avance que puisque Macron était déterminé à faire cette réforme il fallait se coucher, il dit discuter avec le gouvernement, mais évidemment avec un tel point de départ on comprend où peuvent aller de telles discussions[9]. Il n’y a pas que Laurent Berger qui vend les salariés au patronat, Lescure fait aussi sa part du travail. Et après on s’étonne que les salariés ne se syndiquent plus en masse. Souvent on avance que si le syndicalisme est en baisse un peu partout, c’est parce que le prolétaire est devenu plus individualiste. Je ne le crois pas, et je le crois de moins en moins, c’est plutôt que la bureaucratie syndicale avec ses magouilles et ses compromissions le dégoute de plus en plus en plus. Avec de tels opposants, Macron peut dormir tranquille, même avec 75% des Français qui le trouvent mauvais, il peut continuer sa sale besogne. Les seuls combats perdus d’avance sont ceux qu’on n’a pas livrés, et il vaut mieux être défait que de vivre dans la soumission. En 1995 Alain Juppé qui se disait droit dans ses bottes et déterminé à détruire la retraite par répartition dut non seulement reculer sous la pression de la rue, mais aussi démissionner. 

    La déconfiture des fausses oppositions de Mélenchon, du PCF et des syndicats 

    Le bureaucrate Escure veut un syndicat pour lui 

    Les gilets jaunes ont montré la voie, face à une opposition aussi molle que corrompue, le peuple n’a plus qu’une solution, passer par-dessus la tête des bureaucraties syndicales et partisanes pour forcer le cours des choses, occuper les rues et les ronds-points. Mélenchon que certains avaient cru fait d’un autre bois que les politiciens ordinaires, a été élu à Marseille député, mais dans cette ville où la situation est explosive, il n’y a rien fait, que ce soit pour l’épineux dossier du PPP – Partenariat Privé-Public – des écoles publiques d’un montant d’1 milliard d’euros qui a échoué, ou pour la préparation des élections municipales. La gauche à Marseille en est à l’Union de la gauche, vieille combine pour ne rien faire, et la mairie est promise forcément à une personnalité de droite : Martine Vassal qui travaille en profondeur les communautés arménienne et juive de la ville, ou l’ancien professeur de médecine Yvon Berland récemment rallié à Macron. Or à une époque où la fronde des maires montre toute l’importance du pouvoir municipal, Mélenchon croit encore que sa chance viendra des présidentielles de 2022. Comme disait Marx « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », et non celle des dirigeants des organisations bureaucratiques auxquelles plus personne ne croit.



    [5] Cette phrase est attribuée à tort à Marie-Antoinette en 1789, mais Jean-Jacques Rousseau la met dans la bouche d’une princesse en 1782 dans Les confessions.

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