• Résultats

    Les élections au Royaume Uni et leurs conséquences 

    La première évidence c’est que seulement un électeur sur deux s’est rendu aux urnes. La seconde c’est que le Labour, l’équivalent du PS au Royaume Uni, subit une défaite historique. Si on rapproche ces deux faits, il va de soi que Miliband paye ses difficultés de positionnement, ne sachant guère s’il devait assumer une politique économique de gauche ou de droite. La difficulté venant aussi du fait que l’économie britannique connait une certaine stabilité contrairement au reste de l’Europe. Il semble bien que ce soient les électeurs de gauche qui aient préféré s’abstenir, ce qui relativise la victoire du triste Cameron, mais ce qui interroge l’avenir du parti travailliste à moyen et long terme. En suffrage le Parti conservateur progresse de 0,8%, soit presque rien, mais l’effondrement du parti libéral et le système électoral anglais très particulier, fait que cela permet d’avoir une victoire écrasante.

    Les travaillistes doivent une partie de leur défaite à leur éjection du paysage électoral en Ecosse où le parti indépendantiste rafle la majorité des sièges. L’Ecosse était depuis longtemps une chasse gardée du Labour, mais ce parti s’étant aligné sur les thèses conservatrices lorsqu’il s’est agi de discuter de son indépendance, il en paye aujourd’hui les conséquences. Ce qui montre que comme en France la pseudo gauche britannique n’a aucun sens stratégique, ni tactique.

    On note encore la très forte progression de l’UKIP, parti d’extrême-droite, anti-Europe et anti-immigration qui arrive à prêt de 13% des suffrages exprimés. C’est ce parti qui en réalité est le vrai vainqueur des élections parce que son ancrage dans le paysage politique britannique semble très fort. Il va de soi qu’il va  consolider sa position avec la venue d’un référendum sur l’Europe. Et cela malgré la défaite de son leader Nigel Farage qui a démissionné de la tête de l’UKIP.

    Au passage beaucoup de commentateurs souligne la mauvaise qualité des sondages qui jusqu’au jour de l’élection laissaient entendre que le parti travailliste ferait jeu égal avec le parti conservateurs et qu’on irait vers un gouvernement de coalition. Mais à mon sens c’est un tout petit détail.

     

    Sortir de l’Europe

     Les élections au Royaume Uni et leurs conséquences 

    Cameron va lancer un référendum sur la position du Royaume Uni dans l’Europe. Il est assez probable que ce pays va en sortir. Cela va avoir des conséquences importantes. Sur le plan interne, une sortie de l’Europe relancerait l’idée d’indépendance de l’Ecosse. En effet, le nouveau parlement écossais dominé par le SNP, va sans doute vouloir rester dans l’Europe car c’est pour eux une meilleure possibilité de s’émanciper de la tutelle de Londres. Et donc si le référendum avalise l’idée d’une sortie du Royaume Uni de l’Union européenne, cela entrainerait presqu’automatiquement la sortie de l’Ecosse du Royaume Uni. Comme on le voit, les difficultés pour Cameron sont devant. D’autant que la situation économique du Royaume Uni devrait se détériorer dans les mois à venir, ne serait-ce qu’à cause de la baisse de la valeur de l’euro.

    Jusqu’ici on pensait que les débuts de la dissolution de l’Union européenne viendraient de la Grèce via l’abandon de l’euro. Mais il se pourrait que ce soit le Royaume Uni qui lui porte le coup fatal. En effet, si le référendum indiquait la porte de sortie, cela servirait de modèle pour les autres pays qui s’y trouvent englués. Le graphique ci-dessous que j’ai déjà publié montre que les raisons ne manquent pas à une sortie de l’Europe. Tous les pays en dehors de la zone euro et plus encore en dehors de l’Union européenne ont des performances économiques bien meilleures que les autres.

     Les élections au Royaume Uni et leurs conséquences
     

    Les Européens craignent cette sortie plus que tout. C’est pourquoi Hollande y est allé de son couplet anti-démocratique en prévenant que les britanniques ne pouvaient décider tous seuls de sortir ou de rester dans l’Union européenne. Il semble qu’il ait oublié l’idée pourtant fort populaire à gauche sur « la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes ». A part démontrer une fois de plus qu’Hollande s’assoit sur la démocratie la plus élémentaire, cette rhétorique équivaut à pisser dans un violon. En effet si le Royaume Uni décide d’en sortir, ce ne sont pas les menaces hollandaises qui l’en empêcheront, bien au contraire, la France étant détestée plus que tout par les Britanniques, la prise de position hollandaise risque de conforter le camp du « Brexit ». En tous les cas Hollande endosse le pardessus d’une vision post-démocratique des formes institutionnelles an Europe. On lui en donne acte. 

    Liens

    http://www.leparisien.fr/politique/referendum-de-sortie-de-l-ue-le-rappel-a-l-ordre-de-hollande-a-cameron-09-05-2015-4758355.php

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/05/08/apres-les-elections-le-royaume-uni-en-route-pour-le-referendum-sur-la-sortie-de-l-ue_4630102_3214.html

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  • Ces compléments sont à l’intention de ceux qui voudraient me classer du côté des racistes, mais aussi à ceux qui n’ont pas eu le temps ou l’envie de lire le dernier bouquin de Todd qui fait polémique.  

     

    Compléments sur Emmanuel Todd et Charlie

     

    L’athéisme et la France 

    L’athéisme me semble une étape essentielle de l’émancipation, une marche vers le socialisme. Certes il n’est pas question de  persécuter les uns et les autres pour leur religion, qu’ils soient Juifs ou Musulmans, mais seulement de conserver la possibilité dans une démocratie, fut-elle bourgeoise et parlementaire, de critiquer la pensée religieuse sous toutes ses formes aussi bien que dans ses fondements. On remarque que c’est l’échec du mouvement révolutionnaire à la fin des années soixante qui est la première étape vers le retour du religieux, et que depuis celui-ci devient un élément incontournable de la pensée libérale.

    La France est un des pays les plus athées au monde. Il se situerait en 4ème position derrière la Chine et le Japon et derrière la République tchèque. S’il est important de défendre la laïcité c’est pour deux raisons : la première c’est que les individus ont le droit de ne pas être enrôlés par leurs parents, par leur entourage dans une religion dont ils ne savent rien. C’est donc une question de liberté individuelle facile à comprendre. La seconde est qu’elle est le socle du développement d’une pensée émancipatrice. Ce n’est pas un hasard si les religions ont de partout été les supports des pouvoirs en place et souvent sous ses pires formes. Je pense bien sûr à l’Eglise catholique qui se rangea par exemple du côté de Franco dans la Guerre civile espagnole, ou qui contribua à exfiltrer les dignitaires nazis d’Allemagne lorsque celle-ci fut défaite. Mais les autres religions ne valent pas mieux. Dans de nombreux pays arabes l’Islam est aussi un soutien du pouvoir, et en Israël, les rabbins, après avoir contesté l’idée même de créer un Etat juif, se rangent massivement du côté de la droite.

    Compléments sur Emmanuel Todd et Charlie 

    Quelques citations commentées extraites de Qui est Charlie ?

     

    L’ouvrage de Todd a été écrit très vite, comme une poussée de fièvre qui aurait pris son auteur. Aussi contient-il des passages assez obscurs, souvent il faut s’y prendre à deux fois pour comprendre ce qu’il essaie de nous dire.

     

    Voici ce qu’il écrit :

     

    « l’adhésion à l’islamophobie d’inspiration houellebecquo-zemmourienne est limitée, par nature, à ceux qui ont les moyens d’acheter des livres et le temps de les lire, des gens d’un certain âge, donc, appartenant aux classes moyennes. »

    Todd classe-t-il ses livres aussi dans cette catégorie ? Ou bien est-il lu par des jeunes désargentés des banlieues ?

     

    « Si nous admettons que l’athéisme, loin de procurer sur longue période un bien-être psychologique sans mélange, est au contraire générateur d’angoisse, nous devons nous représenter la population de l’Hexagone comme en état de risque métaphysique. Parvenus à ce stade de l’analyse, nous devons même nous la représenter comme à la recherche d’un adversaire structurant, d’une cible. L’islam est disponible, dans nos banlieues désorganisées par la crise du capitalisme avancé, et dans ses pays d’origine, bouleversés par leurs crises de transition vers la modernité. »

    Donc on suppose que la population française massivement athée devient agressive envers l’Islam parce qu’elle a perdu le soutien de la religion. Donc on suppose encore que ce sont les « musulmans » qui sont agressé. Pourtant ça ne correspond pas au phénomène démographique décrit par Todd. En effet les soutiens de Charlie selon Todd sont des vieux catholiques zombies appartenant à la classe moyenne. Or il est bien connu que l’agressivité est toujours du côté de la jeunesse qui peine à trouver sa place.

     

    « La boucle est bouclée. Nous avons révélé plus haut que la droite et l’extrême droite étaient souterrainement liées par un fond anthropologique égalitaire, nous constatons maintenant que la gauche et l’extrême gauche sont associées l’une à l’autre par l’entremise de la valeur d’inégalité. »

    C’est sans doute la meilleure blague que contient ce livre. Pour Todd les électeurs de gauche et d’extrême gauche – pour lui Mélenchon – votent sur des programmes plutôt égalitaristes, mais en vérité ils n’en veulent, bien au contraire, ils visent par leur vote hypocrite à marginaliser les musulmans !  Donc Todd décrypte ce que les électeurs se cachent à eux-mêmes. A l’inverse il trouve des tendances plus égalitaires chez les électeurs de droite et d’extrême-droite qui votent pourtant pour des programmes visant l’exclusion !!

     

    « Si l’on tient à part la période d’« urgence » antisarkozyste de 2007, la puissance du vote pour l’extrême gauche est particulièrement remarquable. Si tous les ouvriers français étaient musulmans, Jean-Luc Mélenchon serait une puissance politique… »

    Todd écrit cela après avoir pourtant constaté que les ouvriers votent massivement maintenant pour le FN. Il faut avoir l’œil bien aiguisé pour décrypter « la puissance du vote d’extrême gauche ». Mais pire encore il écrit cela en considérant que Mélenchon a raté le coche en 2011-2012 en ne proposant pas une rupture radicale en préconisant la sortie de l’Union européenne par exemple.

     

    L’ouvrage de Charb 

    Compléments sur Emmanuel Todd et Charlie

    J’ai lu également le petit livre de Charb. C’est un texte qu’on ne devrait même pas avoir à écrire tant ce qui s’y trouve ressort de l’évidence. Globalement il réfute l’idée selon laquelle critiquer l’Islam serait une forme de racisme. De même il conteste le terme « islamophobie » qui lui semble tout à fait inapproprié. On dirait qu’il a été écrit en anticipant les dérives d’Emmanuel Todd, et qu’il s’adresse à lui. Cette approche est reprise dans le dernier numéro de Charlie hebdo daté du 6 mai. Elle se pose aussi des questions sur cet ensemble d’écrivains américains qui ont refusé de se rendre à la remise du prix du Pen Club au motif aussi erroné que ridicule selon lequel Charlie serait raciste sans le savoir. Mais cette critique de la remise du prix du Pen Club a été portée par quelques écrivains ignorants, âgés et frileux comme Russell Banks ou Joyce Carol Oates dont l’audace n’a jamais été le fort, d’autres plus courageux se sont solidarisés avec Charlie comme Paul Auster ou Salman Rushdie, un habitué des fatwas et des menaces de la part des islamistes radicaux.

     Compléments sur Emmanuel Todd et Charlie 

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  • Requiem pour une Europe défunte

    C’est aujourd’hui le 9 mai date commémorative de l’Union européenne, sa célébration est sensée nous rappeler la félicité qui s’est emparé de nous depuis qu’elle a été créée. Et en même temps on nous met en garde sur le fait qu’en sortir nous mènerait directement aux portes de l’enfer. Les moins cyniques nous dirons qu’heureusement l’Union européenne et la monnaie unique étaient là pour nous protéger de la ruine et de la misère. Or plus le temps passe et plus le bilan de la construction européenne est  négatif. 

    Plus l’Europe s’intègre et plus son économie est à la dérive 

    Comme on dit, il faut juger un arbre à son fruit. En l’occurrence on nous a vendu à grands renforts de publicité – relayée par les économistes bien pays pour cela – que la construction européenne ce serait 1. Une croissance forte, 4,5% par an 2. Pas d’inflation 3. L’équilibre budgétaire – voire l’excédent  4. Des salaires en forte augmentation 5. Et le plein emploi, on prévoyait qu’il y aurait tellement de travail à fournir qu’il faudrait faire venir des immigrés par cargos entiers pour combler le déficit de main d’œuvre. Ces prévisions ont été rédigées dans un Livre blanc en 1988, en douze volumes. Mais comme les économistes ne chient pas la honte, et que ces prévisions ne se sont jamais réalisées, ils ont avancé que c’était parce qu’il y manquait la monnaie unique !! Et bien celle-là on l’a eue ! Et les résultats sont catastrophiques.

    Le chômage n’a jamais baissé, mais il a atteint des niveaux record et en plus il est durable, comme nous pouvons le voir dans le graphique qui suit. De même la croissance de la zone euro est la plus faible du monde développé : plus faible que celle de l’Union européenne qui englobe des pays qui n’utilisent pas l’euro. Autrement dit quand tu es dans la zone euro, c’est la double peine !

    Les bureaucrates européens racontent souvent que cela est la faute de la crise de 2008. Et que sans l’Union européenne et sa belle monnaie unique cela eut été pire ! Bon parlons-en aux Grecs ! Mais alors comment expliquer que les Etats-Unis s’en soient finalement bien mieux sortis que nous ? Bien sûr ils ont la chance de ne pas être dans la zone euro eux ! 

     Requiem pour une Europe défunte

      

    Requiem pour une Europe défunte  

    Mais ne croyez pas que la connerie s’arrête là. En 2000 fut défini la fameuse stratégie de Lisbonne à grands coups de trompettes. Il s’agissait de faire de l’Europe la zone où la connaissance s’accumulait le plus vite, ou toute l’économie devenait « économie de la connaissance ». le programme était le suivant :  " l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale[1] ». Il y a 15 ans tout de même. Le moins qu’on puisse dire est que les résultats tardent à venir. Ça m’avait fait rigoler à l’époque cette connerie, mais avec le recul autant de cynisme, ce n’est pas très drôle.

    Je n’insiste pas sur le fait que la stratégie européenne accrue les divergences économiques entre les pays, alors qu’elle était sensée les réduire.

     Requiem pour une Europe défunte  

    L’Europe espace post-démocratique 

    Si les performances économiques et sociales sont vraiment mauvaises, que dire des performances politiques. L’Europe était sensée renforcer la démocratie, c’est l’inverse évidemment qui s’est produit. En vérité l’Europe évolue aujourd’hui vers un système politique où les citoyens n’ont plus leur mot à dire en ce qui concerne les lois qui les gouvernent. Ce sont les traités, image plus ou moins fidèle des lois du marché qui les remplacent. Et ces traités sont produits par des think tanks contrôlés directement par des lobbies financés par des multinationales.

     Requiem pour une Europe défunte 

    Le graphique ci-dessus est sensé expliquer le rôle des institutions européennes. En vérité, il y a trois piliers aux institutions européennes. La BCE que personne ne contrôle et qui viole d’ailleurs ses propres traités qui lui stipulent qu’elle ne doit en aucun cas prêter de l’argent aux Etats – règle quasi débile qui n’a aucun sens – la Commission européenne qui impose ses lois et ses règles au Parlement européen et qui est présidé aujourd’hui par un semi-délinquant Jean-Claude Juncker, celui-là même qui, quand il était premier ministre du Luxembourg s’est occupé d’aider les multinationales à contourner la loi pour faire de l’évasion fiscale. On voit que ses services ont été bien récompensés.

    Le troisième pilier de cette usine à gaz, c’est la Cour de Justice Européenne. C’est là que se trament les complots les mieux ourdis. Cette CJE en effet produit du droit « hors-sol », elle est nommée. Et c’est à partir de l’interprétation des traités européens qu’elle fabrique du droit qui ensuite doit s’appliquer à tous les pays de l‘UE, sauf à l’Allemagne. Il y a en effet deux manières de fabriquer des lois : soit comme c’était le cas en France c’est une assemblée élue démocratiquement qui fait et défait les lois en fonction des besoins du pays, soit c’est au contraire un traité qui s’émancipe du contrôle des citoyens, par exemple ce qu’on veut faire avec la TAFTA. Cette CJE construit comme par hasard ses lois en fonction d’une vision très réactionnaire des traités, par exemple elle a édicté que la grève était illicite dans les cas de délocalisation.

    Mais que ce soit la Commission européenne, la BCE ou la CJE, elles rappellent toujours, lorsqu’elles sont mises en difficulté que les traités sont supérieurs à la démocratie. Ça conduit aux imbécilités que l’on sait à propos de la Grèce, Juncker, Schaüble, Merkel ou même encore l’autre imbécile de Moscovici, ont rappelé que les Grecs étaient en démocratie, qu’ils pouvaient voter pour qui ils voulaient, mais qu’en tout état de cause, il fallait qu’ils respectent les traités, donc qu’ils se soumettent à cette maudite troïka. Je fais remarquer par ailleurs que si en France on votait massivement pour un gouvernement de gauche qui veuillent nationaliser des rentes de situation comme les autoroutes, le gaz ou encore d’autres points clés de notre industrie, cela serait interdit par Bruxelles, au motif que cela violerait « la concurrence libre et non faussée » qui est l’alpha et l’oméga de la loi. Evidemment le simple fait qu’on ne puisse pas appliquer un programme économique divergent de celui défini à Bruxelles signifie que nous ne sommes plus en démocratie – fusse-t-elle parlementaire !

    Je rappellerais aussi que c’est au nom des principes supérieurs de l’Europe – il faut sauver l’Europe est le mot d’ordre – qu’on s’est assis en 2005 sur les votes négatifs de la France et des Pays Bas à propos du TCE. Et c’est au nom de ces mêmes principes supérieurs qu’on a fait revoté les Irlandais jusqu’à ce qu’ils votent « bien ». Parler encore de démocratie aujourd’hui en Europe est comique. Certes on a bien le droit de dire ce qu’on veut – et encore il faudrait y regarder de près, mais on n’a pas le droit de choisir un autre chemin que celui qui est défini dans des officines bureaucratiques très obscures. Ne cherchons pas plus loin les raisons au niveau de plus en plus faible des participations des citoyens aux différentes élections. C’est en toute opacité également que l’Union européenne négocie TAFTA, une série de traités qui ne seront surtout pas soumis à l’approbation des peuples et qui visent à en finir avec la démocratie, c’est-à-dire à ne plus tenir compte des modifications possibles engendrées par un vote populaire.

     Requiem pour une Europe défunte 

    L’Europe et la guerre 

    Une des plus grandes couillonnades avancées par les européistes, et que finalement le plus grand succès de l’Union européenne, c’est d’avoir préservé la paix depuis 1945, notamment entre l’Allemagne et la France les deux voisins les plus turbulents. Cela est faux bien entendu, d’une part parce que la construction européenne n’a été vraiment à l’œuvre qu’à partir de 1969 – on ne s’est pourtant pas battu entre 1945 et 1969 – et d’autre part parce qu’en réalité c’est la prospérité de l’Europe, le fait que le développement économique se réalise à l’intérieur de frontières nationales assez étanches qui explique qu’il n’y ait pas eu de guerre. Ce ne sont donc pas les institutions européennes qui expliquent l’absence de conflit en Europe, mais c’est la forte croissance qui en est la cause ultime.

    Sur ce terrain, l’Union européenne et ses diverses boutiques s’approprient des résultats dont elles ne sont pas l’origine.

    On pourrait par ailleurs parler des fiascos récurrents de l’Union européenne en matière de politique étrangère. La guerre en Yougoslavie, aux portes de l’Union européenne, a duré dix longues années et a abouti à une partition de cette fédération. L’Union européenne a été incapable de décidé quoi que ce soit en la matière, il a fallu que ce soient les Américains pourtant loin du théâtre des opérations qui décident d’en finir avec ce problème.

    L’autre fiasco est le conflit larvé avec la Russie par l’intermédiaire du soutien de l’Union européenne à l’Ukraine. Cette volonté européenne de détacher l’Ukraine de l’orbite russe s’est d’ores et déjà soldée par un fiasco. Ce sont des milliers de morts, mais également la perte de la Crimée et à terme celle du Donbass. Le coup a été mal préparé. Les Européens ont pris des sanctions coûteuses pour leurs économies vis-à-vis de la Russie, sous la pression des Américains. C’est peu dire que ce conflit est mal vécu par les peuples européens. A part les Polonais, personne ne veut finalement en découdre avec la Russie, mais cette affaire a montré combien la vision du monde post-Guerre Froide était divergente entre les pays européens.

    L’autre point est que la crise des dettes publiques a mis au grand jour d’anciennes haines recuites entre les peuples. En effet, on peut dire qu’en 2015, l’Allemagne n’a jamais été autant détestée depuis 1945, et pas seulement par les Grecs, les mécanismes des institutions européennes sont ainsi fait qu’ils ont, faute de résultats dans les domaines économique et social, ravivé les haines latentes. Il faut voir cette arrogance des pays du Nord qui considèrent comme d’habitude ceux du Sud avec mépris, n’appelle-t-on pas les pays périphériques de l’UE les PIIGS ? 

    En sortir au plus vite 

    Longtemps la gauche a été obnubilée par le rapprochement hâtif qu’on a fait entre sortir de l’Europe et revenir à un nationalisme d’extrême-droite. Mais c’est oublié beaucoup de choses. La première est que l’idée européenne est d’abord une idée de droite qui vise à remplacer la régulation par l’Etat par une régulation par le marché. Avant 1983, c’est-à-dire avant le fameux revirement de Mitterrand, la gauche que ce soit le PCF ou le PS, était farouchement anti-européenne. L’idée d’Europe était portée par Giscard d’Estaing. Comme on le disait à l’époque il s’agissait de l’Europe du grand capital et des banquiers.

    On oublie trop souvent aussi que les idées anti-européennes ne sont pas dans le patrimoine génétique du FN. Quand Le Pen se présentait aux élections présidentielles en 2002, il parlait d’ailleurs d’une Europe blanche et chrétienne, laissant les pays musulmans se rassembler dans un autre ensemble au sud de la Méditerranée. Ce n’est que récemment que le FN par la voix de Marine Le Pen à assumer l’idée de sortir de l’Union européenne.

    Parmi les anti-européens convaincus, on trouve beaucoup de monde. De l’UPR au M’PEP, en passant par les débris du gaullisme qui ne peuvent évidemment pas se reconnaître dans l’affairisme bestial de l’UMP. Parmi ceux qui pensent que l’Union européenne est une impasse, il y a les gens de Fakir,  Aurélien Bernier, et même Jacques Sapir qui vise à la démondialisation et à une dissolution de la monnaie unique.

    La principale raison à une sortie de l’euro et de l’Union européenne est qu’il est impossible dans ce cadre de faire de la politique tout simplement. Des formes politiques alternatives sont interdites. Or l’essence même de la politique, c’est le débat, la contradiction, la possibilité d’essayer tel ou tel modèle, de l’abandonner s’il ne marche pas et d’en changer. C’est pour cette raison que je pense sérieusement que la première étape pour un renouveau à gauche est de sortir de l’Europe sans barguigner et ne plus attendre comme certains au PCF, à ATTAC ou au PG qu’une transformation positive de l’Europe enclenche une spirale positive.

    Les européistes aiment bien jouer avec les peurs. Ils nous racontent que si on sort de l’euro et de l’Europe les pires calamités nous attendent. Mais comme ils n’ont jamais démontré les bienfaits de l’intégration européenne, ils sont tout autant incapables de prouver que la dissolution de l’euro et de l’Union européenne serait une mauvaise chose. Après tout, on a vécu plus de mille ans sans l’Union européenne et cela n’a pas empêché le monde de progresser, ni la terre de tourner. Et ceux qui nous disent que sortir de l’euro nous mènerait à la nuit feraient bien de regarder ce graphique.

     Requiem pour une Europe défunte 

     

    Liens 

    http://www.liberation.fr/monde/2015/02/10/la-raison-delirante-de-l-europe-un-nouveau-fascisme-mou_1199605

    http://www.poilagratter.info/france/284-le-mpep-fait-scission-et-deux-entites-politiques-naissent/

     

     


    [1] CONCLUSIONS DE LA PRÉSIDENCE CONSEIL EUROPÉEN DE LISBONNE 23 ET 24 MARS 2000 

     

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  • Les prises de position d’Emmanuel Todd et des autres débris du gauchisme en disent long sur la décomposition de la sphère intellectuelle. Cette manière agaçante de transformer une manifestation de solidarité envers des journalistes assassinés relève à la fois de la lâcheté et d’un certain conformisme. On appelait ça, dans le temps, le « confusionnisme intéressé ». 

      Emmanuel Todd et les anti-Charlie

    Les anti-Charlie relèvent la tête

    Les meurtres qui ont eu lieu à Charlie  hebdo avaient ému la France entière. Spontanément le peuple s’était mobilisé pour manifester son émotion et pour défendre un mode de vie et d’expression qui remet finalement la religion à sa place en la priant de ne pas se mêler des choses de la vie civile. Les manifestations, on s’en souvient, avaient été les plus nombreuses dans le pays depuis longtemps. Mieux encore, cette histoire avait eu des répercussions mondiales, dans de nombreux pays des manifestations de solidarité eurent lieu. 

      Emmanuel Todd et les anti-Charlie

    Et puis au bout de quelques mois la chanson a changé, les anti-Charlie sont sortis de leurs trous, non seulement pour critiquer Charlie hebdo, mais aussi pour faire de ceux qui défilaient le 10 et le 11 janvier 2015 des sortes de réactionnaires, des racistes, d’abord préoccupés de s’en prendre « aux musulmans ». Le coup est d’abord venu du côté des gauchistes qui, toujours en retard d’une bataille, ont abandonné la lutte des classes au profit de la lutte contre l’impérialisme israelo-américain et qui ont fait de l’islamophobie l’axe de leur positionnement politique du jour.

    Ces jours c’est au tour d’Emmanuel Todd de parader sur les plateaux télévisés, de tenir le crachoir dans des micros, de se faire remarquer avec des positions politiques que ne désavouerait pas le sinistre Alain Badiou. Je rappelle pour qu’on comprenne bien les ressorts de cette histoire que Todd répète à l’envie que si son père est d’origine juive, lui-même ne se reconnait pas dans ces racines car sa mère est une bonne catholique. Ce n’est donc pas un hasard s’il s’est intéressé de longue date aux systèmes familiaux qui structureraient l’ensemble des rapports sociaux.  

    Emmanuel Todd et les anti-Charlie

    Les arguments des anti-Charlie 

    Ils ont d’abord commencé par dire deux choses : la première est qu’ils ne voulaient pas défiler derrière des politicards comme Hollande, Merkel ou l’ignoble Sarkozy, feignant de ne pas comprendre qu’en réalité c’était ces mêmes politicards qui suivaient les masses et non l’inverse. La seconde était qu’au fond Charlie hebdo payait son arrogance, et qu’il n’était pas question de saluer celle-ci en défilant pour la liberté d’expression. Evidemment cette rhétorique était enrobée d’un discours lénifiant : « nous condamnons les meurtres, mais… », toujours ce « mais » qui tue et qui finalement classe ses locuteurs. En vérité derrière cette posture il y a de nombreux non-dits propres au gauchisme ordinaire : d’une part les gauchistes n’aiment pas les manifestations de masse qui les dépassent et qu’ils n’ont pas déclenchées, en somme si cette manifestation en faveur de Charlie ne leur plait pas c’est avant tout parce qu’elle a rassembler trop de monde : et d’autre part les principales victimes en dehors des journalistes de Charlie étant juives, ils reviennent vers cette idée aussi commune que débile selon laquelle les bons sont les « musulmans » et les mauvais les « juifs ». Cet antisémitisme ordinaire dénoncé par le philosophe marxiste Postone[1] comme un « fétiche » revient toujours d’une manière ou d’une autre.

    Et puis au fil des jours le discours s’est un peu mieux structuré, passant par le livre de Plenel intitulé Pour les musulmans. L’idée est que de soutenir Charlie et son droit à caricaturer le Prophète serait finalement une forme de racisme : l’Islam étant la religion des Arabes, les Arabes étant marginalisés dans la société française, lutter contre l’Islam serait faire preuve de racisme. Ce raisonnement frise la débilité. D’abord parce qu’il est stupide de dénier le droit à des Français d’origine arabe de n’être pas musulman, mais athée. C’est déjà une forme de condescendance que de penser que des « Arabes » par eux- mêmes ne peuvent pas s’extirper de la religion. Faire des « Arabes » une communauté unique est une seconde faute, et pour le coup c’est avoir une approche raciste. Sous ce vocable on range des individus d’origines géographiques très diverses – des Tunisiens, des Marocains, des Algériens et bien d’autres – mais aussi des populations qui sont en France depuis une, deux, trois générations ou plus. Et il est facile de comprendre – même si on s’appelle Todd – que le simple fait d’être en France depuis plusieurs générations n’amène pas les mêmes réflexes politiques et sociaux que lorsqu’on est immigré récent. Evidemment considéré les « musulmans » comme un tout est une autre imbécilité puisque l’approche de la religion musulmane est très diverse aussi et très divisée quant à ses buts et son positionnement dans la société française. C’est un peu la même figure inversée que celle que met en avant Ménard à Béziers en comptant ce qu’il croit être des musulmans.

    C’est sur cet ensemble de débilités que Todd s’est fait agrafé par Sophie Aram. Cette journaliste issue de l’immigration l’a attaquée fort justement sur cette espèce de paternalisme insupportable de ces intellectuels gauchistes qui veulent parler à la place d’une communauté qui serait privée de parole.

    L’autre argument de Todd a été d’essayer de démontrer que finalement les manifestants pro-Charlie n’étaient pas ce que l’on croit, que finalement ils n’étaient pas aussi nombreux que ça, et qu’en outre ils racistes qui trouvaient là une manière de martyriser un peu plus les « musulmans ». Evidemment, puisqu’il y avait des millions n’étaient qu’un ramassis de vieux réactionnaires, de de personnes dans les rues, on conviendra volontiers qu’il y en avait certainement qui poursuivaient le but obscur de lutter contre les « Arabes ». Mais je rappellerais à Todd que le FN et Marine Le Pen – qui sont la représentation du Diable pour les gauchistes – ne se sont pas joints à la manifestation pro-Charlie… comme les gauchistes et Alain Badiou !! Autre amalgame que Todd développe, les manifestations auraient été emmenées finalement par Hollande et Valls, deux représentants de la bourgeoisie catholique ! On sait le peu de sympathie que je ressens pour Hollande et Valls, mais en recherchant leurs origines religieuses familiales, Todd déchaîne des procès d’intention qui pourraient se retourner contre lui. On pourrait avancer que son approche est guidée justement par des origines juives refoulées, une manière de s’en démarquer en faisant un peu de zèle de l’autre côté.

    Pourtant, si on s’en tient aux faits, environ les deux tiers des Français seraient sans religion, ou athées. Un gros tiers se déclarant religieux. Est-il possible dans ces conditions de considérer que ceux qui réclament le respect de la laïcité sont seulement des « laïcards » idéologues ? La France est un des pays les plus athées qui soient. Cette spécificité est bien sûr liée à son histoire, cette histoire qui a engendré les ruptures révolutionnaires, notamment celle de 1789. C’est cette histoire très particulière qui fait que la Marseillaise était considéré il n’y a pas si longtemps encore comme un chant révolutionnaire et pas simplement comme un hymne national. Pourquoi ne pas penser que la voie est toute tracée de se démarquer du communautarisme, propre aux Etats-Unis, et s’appuyer sur le développement de la laïcité pour refonder la République ? Or c’est l’inverse que Todd propose. Mais il n’est pas le seul, les gauchistes ont cette même position, et en ce sens ils sont bel et bien anti-marxistes.

      Emmanuel Todd et les anti-Charlie 

    Un mauvais personnage d’Houellebecq 

    Emmanuel Todd et les anti-Charlie

    J’avais il y a quelques semaines critiqué le mauvais bouquin  d’Houellebecq, Soumission, aussi bien pour son manque de fond que pour son écriture aléatoire. Mais en regardant les gesticulation d’Emmanuel Todd, je me dis qu’il incarne à la perfection ce bourgeois lettré – né dans une famille d’intellectuels parisiens – qui finit par accepter les diktats d’une nouvelle donne idéologique. Sauf que dans le cas de Todd, il ne s’agit pas de « se soumettre », mais plutôt d’aider à diffuser une « bonne pensée ». En vérité Todd est un opportuniste qui joue très bien du jeu médiatique. Son style dans ce théâtre d’ombres est de parler à contre-courant. Que ne ferait-il pas pour parler dans un micro !  

    Mais ce n’est pas la première fois qu’il se plante dans les grandes largeurs. Son itinéraire politique est des plus confus. Il fut tour à tour chiraquien quand celui-ci pour se faire élire mettait en scène « la fracture sociale », puis sarkozyste, puis enfin il pensait qu’Hollande serait le Franklin Roosevelt dont la France et l’Europe avait besoin. Cette confusion repose sur des bases analytiques particulièrement faiblardes et erronées.

    Evidemment cette confusion entre hétérogénéité ethnique et religion amène à des simplifications abusives. C’est en fait la même figure inversée que celle qui se déploie sous la houlette du maire de Béziers qui se met à compter, comme d’autres les moutons, les musulmans chez les enfants, y compris ceux de la maternelle ! Il aurait d’ailleurs trouvé 64,6% d’enfants musulmans ! En comptant aussi ceux qui viennent juste de naître. Il va de soi que si un tel chiffre était juste, et la démocratie ne pouvant s’exercer à l’encontre d’une majorité, il n’y aurait plus qu’à construire des mosquées pour accueillir toute cette foule empreinte de religiosité exotique. 

    Conclusion 

    Dans cette sinistre affaire, la seule position tenable à mon sens est de continuer de lutter contre les obscurantismes religieux de tout bord. En revenir au vieux slogan de Marx : « La religion est l’opium du peuple » et à s’y tenir. On a mis beaucoup de temps à se débarrasser de l’emprise de la religion catholique sur la vie civile en France, ce n’est pas pour revenir en arrière et faire aujourd’hui des concessions à l’Islam militant. C’est pourquoi le combat contre l’islamophobie me parait particulièrement rétrograde. Bien entendu, il n’est pas question de revenir à une persécution de ceux qui pratiquent telle ou telle religion. Mais cela ne doit pas nous empêcher de combattre ces mêmes religions dans leurs principes rétrogrades. Si le combat socialiste est un combat pour l’émancipation du genre humain sur tous les plans, il n’y a aucune raison de considérer que le combat pour la laïcité est dépassé. On ne dira jamais assez combien le retour du religieux est le pendant du développement des formes de sociétés post-démocratiques, le dernier rejeton du capitalisme moderne.

    Pour ce qui concerne le massacre de Charlie et ses conséquences, il convient d’en rester à une condamnation simple et vigoureuse de la barbarie ordinaire et à reconnaître bien évidemment qui sont les victimes.

    Pour finir, je rappellerais à Todd qu’au moment de la Libération de la France, l’ensemble du peuple français communiait dans ce retour à des valeurs républicaines, sans être pour autant des suppôts d’une approche réactionnaire de la société. D’ailleurs Todd précise bien dans son opuscule que les manifestations des 10 et 11 janvier ont été les plus importantes en nombre depuis cette époque… mais il n’en tire aucune conséquence sérieuse.

     

    Liens 

    https://www.youtube.com/watch?v=R8Bw4GnYNhs http://www.marianne.net/sophia-aram-traitez-nous-adultes-c-est-meilleur-moyen-nous-respecter-monsieur-todd-100233226.html

    http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/05/07/une-grande-majorite-de-francais-ne-se-reclament-d-aucune-religion_4629612_4355770.html


    [1] Critique du fétiche capital : Le capitalisme, l'antisémitisme et la gauche, PUF,‎ 2013

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    8 commentaires
  • Les négociations entre la Grèce, l’Eurogroupe et la BCE sont toujours assez difficiles à décrypter, mais elles évoluent. La situation en Grèce est très mauvaise, les Grecs se lassent et semblent de plus en plus considérer Tsipras comme un politicien ordinaire. Pourtant de l’issue de ces négociations dépendent beaucoup de choses. D’abord bien sûr de savoir si on peut se sortir enfin de cette politique austéritaire qui n’en finit pas et qui use les peuples les uns après les autres. Ensuite évidemment l’isolement de la Grèce. En effet celle-ci n’a pas d’appui et les soi-disant partis de gauche, le PS ou le PSOE qui ne veulent pas changer de politique, ne sont pas les derniers à la pousser lâchement dans ses derniers retranchements. 

    Desserrer l’étau

     Nouvelles de la Grèce 

    La BCE a renoncé à mettre sa menace à exécution. En effet, elle promettait à la Grèce de couper les liquidités si elle ne se soumettait pas d’ici au 24 avril 2015, en gros si elle ne produisait pas des réformes suffisantes selon les propres critères de la BCE, en ce qui concerne les retraites et le marché du travail. Cette date est passée, la Grèce n’a pas cédé au chantage. L’idée était de ne plus prendre en compte les collatéraux qu’avec une décote de 50% sur proposition de Draghi. Mais la BCE n’a pas suivi, elle a au contraire augmenté la couverture des banques grecques en liquidités. Ce qui veut dire qu’elle a conscience que c’est elle – et l’Allemagne – qui a le plus à perdre à une sortie de la Grèce de l’euro, comme je le disait il y a encore quelques semaines. 

    Les reculades de l’Allemagne

     Nouvelles de la Grèce
     

    Il semble que les choses évoluent. Tout d’abord parce que le président allemand, Joachim Gauck, a avancé que l’Allemagne devait examiner les manières de solder leur dette vis-à-vis de la Grèce. C’est un pas considérable par rapport à la position de Schaüble qui refusait d’envisager même de discuter. C’est ce même Joachim Glauck qui vient de reconnaître explicitement le génocide des Arméniens. Chose que l’Allemagne jusqu’ici refusait de faire, sans doute à cause de ses liens historiques avec la Turquie. Dans les deux cas, Glauck qui n’a qu’un rôle symbolique, remet en question le bien-fondé de l’intransigeance de Merkel et Schaüble, et plus précisément le manque de diplomatie de ce couple infernal. Cette double question – de la Grèce et des Arméniens qui ne sont pas des peuples « amis » - pose celle de savoir quelle somme serait due. Si cette somme est importante – on la chiffre entre 200 et 1000 milliards d’euros – cela équivaudra a voir l’Allemagne prendre la dette de la Grèce à sa charge dans sa quasi-totalité. Mais en a-t-elle les moyens ? Je ne le pense pas. 

    Varoufakis écarté 

    En échange d’un assouplissement évident de la bureaucratie européiste, Tsipras a fait en apparence une concession en se séparant de Varoufakis. Bien que ce dernier ne soit plus la tête de l’équipe chargée des négociations, il reste ministre de l’économie. Il a été remplacé par Euclide Tsakalotos. Il n’est pas sûr que les européistes y gagnent. En effet, bien que lui aussi ait été formé en Angleterre où il a fait des études d’économie, il est plutôt réputé comme plus à gauche que Varoufakis. Il se pourrait donc justement que l’arrivée de Tsakalotos fasse accélérer les choses et qu’on voit dans les semaines à venir l’Allemagne et l’Eurogroupe faire des concessions importantes afin de garder la Grèce dans l’euro. Il y a aussi d’autres arguments qui militaient en faveur de l’éloignement de Varoufakis des dossiers sensibles, non seulement son trop grand goût pour le compromis, mais aussi sa façon de se mettre en avant y compris dans les pages de Paris Match !

     Nouvelles de la Grèce 

    Néanmoins, bien qu’on sente que les européistes sous la férule allemande soient maintenant prêts à des concessions, on voit mal comment les négociations pourraient aboutir à un accord positif sans une renégociation de la dette grecque, ce que pour l’instant on se refuse d’envisager du côté de la troïka. En tous les cas nous avons une certitude maintenant, c’est que les créanciers sont très partagés : il y a ceux qui veulent aller jusqu’au bout et faire plier la Grèce pour des raisons politiques, et puis ceux qui comprennent maintenant qu’à envoyer le bouchon trop loin ils risquent non seulement de pousser la Grèce à la cessation de paiement, mais en outre d’accélérer la disparition de l’euro ce qui serait tout de même une catastrophe pour l’Allemagne qui ne prospère que grâce à la monnaie unique !!

    Conclusion

    Le fait que les négociations soient si difficiles à décrypter en dit long sur l’absence de démocratie dans laquelle se complait l’Union européenne. Il est assez anormal que les Grecs comme les autres citoyens européens ne sachent pas ce qui se passe. C’est cela d’ailleurs qui nous fait comprendre que l’enjeu de cette bataille n’est ni technique, ni économique, mais bien politique.

    Liens 

    http://www.greekcrisis.fr/2015/04/Fr0425.html#deb

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-bce-renonce-a-durcir-les-conditions-d-acces-a-la-liquidite-des-banques-grecques-471095.html

    http://www.reuters.com/article/2015/05/01/us-eurozone-greece-germany-reparations-idUSKBN0NM43J20150501

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-comment-alexis-tsipras-tente-de-contourner-les-blocages-des-creanciers-472947.html 

    http://www.boursorama.com/actualites/grece-euclide-tsakalotos-l-anti-varoufakis-8bc14029f007375fb1f8b3c79f0646bd 

     

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-comment-alexis-tsipras-tente-de-contourner-les-blocages-des-creanciers-472947.html 

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