•  Le Brésil son économie et le fascisme qui vient

    Jair Bolsonaro va sans doute être élu président du Brésil. C’est un vrai fasciste, rien à voir avec ce qu’on trouve en Europe en Italie ou en France et qui sert d’épouvantail. Il est arrivé en tête des élections dimanche 7 octobre 2018 avec 46% des voix. Le second est le candidat du Parti des Travailleurs, Fernando Haddad, le successeur de Lula qui n’a pas pu se présenter parce qu’il est en prison. Il n’a fait que 25% des voix. Autant dire qu’il est impossible sauf coup de théâtre, il lui sera impossible de remonter plus de vingt points de retard. La dynamique est du côté de Bolsonaro. Son programme est très fasciste dans le style de l’Amérique latine. Il est pour une libéralisation de l’économie au profit des marchés, et donc consécutivement pour un renforcement du patronat local et un détricotage de tous ce que les travailleurs avaient pu obtenir avec Lula. C’est le candidat des Américains – ce qui n’est pas étonnant – mais c’est aussi le candidat de tous ceux qui veulent exploiter à fond les ressources de l’Amazonie. Moins écologiste que lui, tu meurs. Il est clairement opposé aux indiens et envisage des mesures très dures pour les mater. Evidemment comme l’insécurité a augmenté au Brésil ses dernières années, les Brésiliens plébiscitent le retour d’un ordre brutal dominé par les militaires. Si on comprend bien, c’est un mariage osé entre le libéralisme à la Trump et un ordre militaire. Mais il n’y a aucun intérêt à critiquer Bolsonaro si on ne fait pas l’effort de comprendre comment on en est arrivé là. C’est toujours pareil, on combat le fascisme une fois qu’il est là, et comme à chaque fois on se rend compte qu’on n’a rien anticipé du tout. 

    Le Brésil son économie et le fascisme qui vient 

    Les ressorts du succès de Bolsonaro sont de trois ordres. Il y a d’abord le registre émotionnel. Jair Bolsonaro a été poignardé le septembre dernier lors d’un meeting, alors même qu’il était déjà en tête dans les intentions de votes. Son assaillant est en outre un militant de gauche qui dit avoir agi au nom de Dieu[1] ! mais à ce moment là les sondages ne le donnaient qu’à 30% environ des intentions de vote. Ces coups de poignard lui on donc beaucoup rapporter, ce qui d’ailleurs lui a permis de donner du crédit à l’idée qu’il avançait selon laquelle le Parti des Travailleurs de Lula était près à tout pour l’empêcher de restaurer l’ordre au Brésil. Le deuxième point est que Bolsonaro a promis de lutter contre la corruption qui est avérée et généralisée comme on l’a vu avec le livre de Le Gall et Robert[2]. Bolsonaro n’a pas été épargné par les scandales, mais il est arrivé à se faire passer comme un homme nouveau parce que son parti n’avait jamais été au gouvernement. D’autant que la candidate précédente, Dilma Rousseff, celle qui a succédée à Lula, a été démise par le parlement au motif de l’affaire Petrobras traitée ne long en large et en travers dans le livre de Le Gall et Robert précité. Le discrédit des partis politiques s’accroit encore un peu plus quand le tombeur de Dilma Rousseff, Michel Temer, apparait être tout autant corrompu que Dilma Rousseff[3], mais en outre il a mis en route un plan d’austérité qui accroit l’extrême pauvreté de 11% sur la seule année 2017. Il fait partie de ces politiciens qui œuvrent pour aider les multinationales à exploiter l’Amazonie, il a également au nom du libéralisme détruit les pharmacies populaires que Lula avait mis en place. Etant le président le plus impopulaire de l’histoire du brésil, il a renoncé à se présenter aux élections de 2018. Les manifestations contre Rousseff ont été très nombreuses ses dernières années. On voit donc que Bolsonaro peut jouer la partition anti-corruption sur du velours. 

    Le Brésil son économie et le fascisme qui vient

    Manifestation contre Dilma Rousseff 

    Mais la corruption au fond tout le monde s’en fout si l’économie fonctionne correctement et qu’il y a du travail pour tout le monde. Comme nous le voyons dans les deux graphiques ci-dessous, la situation au Brésil s’est dégradée rapidement : la croissance est devenue faible, voire négative et le chômage a augmenté radicalement, effaçant les gains des années Lula pour les classes pauvres. Cette dégradation peut s’expliquer de trois manières qui toutes les trois se rejoignent. Il y a d’abord la crise de 2008 qui a fait se retourner la tendance pour les exportations brésiliennes. Car c’est un pays qui exporte beaucoup de matières premières et notamment du pétrole. Mais on le sait depuis longtemps, un pays qui exporte des matières premières est très fragile – on appelle ça le Dutch Disease, ou le syndrome hollandais. Les premiers économistes, notamment Antoyne de Montchrestien disaient que la règle était d’exporter des produits du travail et d’importer des matières premières[4]. Les Brésiliens ont fait l’inverse, mais c’est le cas aussi du Venezuela et dans une moindre mesure de la Russie : dès que le marché se retourne et que le prix des matières premières plonge, le pays est en danger. C’est d’ailleurs la preuve que la spécialisation selon les avantages comparatifs est erronée. D’où l’idée de Keynes de retrouver une autonomie nationale[5]. 

    Le Brésil son économie et le fascisme qui vient 

    La situation a été aggravée après les mesures libérales qui ont été mises en place par Dilma Rousseff et Michel Temer. Le FMI avait fait l’éloge des mesures dites de réformes structurelles sensées revigorer la croissance au Brésil. Il est difficile de se tromper plus[6]. Cette dégradation violente de l’économie brésilienne a naturellement fait grimper le taux de délinquance qui est dans ce pays où les écarts entre les riches et les pauvres sont très forts[7].

    Nous voyons donc que le premier responsable de l’arrivée au pouvoir au Brésil d’un vrai fasciste est d’abord le Parti des Travailleurs de Lula qui n’a pas su faire face aux difficultés et qui de surcroît a ajouté à la mise en œuvre de mesures libérales qui ont plombé l’économie, le développement d’une corruption qui a lieu presqu’au grand jour. Le rôle des mesures prises par le Chancelier Brüning dans l’arrivée d’Hitler au pouvoir est maintenant bien documenté[8]. Ce sont les réformes de structure mises en place par celui-ci qui ont plongé l’Allemagne dans la déflation et la violence et qui ont entraîné le peuple allemand à se ranger progressivement derrière Hitler[9]. Mais Brüning était un homme de droite, conservateur, un défenseur de l’économie de marché, un capitaliste. Aujourd’hui ce qu’il y a de différent, c’est que la social-démocratie en France avec le PS, en Allemagne avec le SPD et au Brésil avec le PT, joue alternativement les deux rôles, celui de l’opposant aux mesures déflationnistes, et celui du défenseur de l’ordre libéral et mondialiste avec toute la misère qui l’accompagne. N’étant capable de ne répondre à aucun des défis, il est normal qu’elle sombre. N’oublions pas que c’est le PS et Hollande qui ont enfanté cette monstruosité nommée Macron, le champion du « en même temps » et sans doute le seul capable de nous amener au pouvoir un parti d’extrême droite en 2022. Quant au Brésil, il se pourrait bien que ce pays se trouve maintenant au bord de la guerre civile. En effet le programme de Bolsonaro est doublement dangereux, autoritaire en ce qui concerne la vie civile, il est très libéral pour ce qui concerne l'économie avec tout le chaos que cela entraînera à moyen terme.



    [1] https://www.rtl.fr/actu/international/bresil-jair-bolsonaro-candidat-a-l-election-presidentielle-a-ete-poignarde-7794697623

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/catherine-le-gall-et-denis-robert-les-predateurs-des-milliardaires-con-a148841950

    [3] https://www.telesurtv.net/news/3493-millones-de-dolares-pago-JBS-en-sobornos-a-Michel-Temer-20170730-0046.html

    [4] Traicté de l’oeconomie politic, 1615

    [5] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/keynes-et-le-protectionnisme-retour-sur-une-conversion-significative/1405935576203023/

    [6] http://bolivarinfos.over-blog.com/2016/05/bresil-le-fmi-fait-l-eloge-des-mesures-neo-liberales-du-gouvernement-par-interim.html

    [7] https://www.inegalites.fr/Pauvrete-et-inegalites-au-Bresil

    [8] https://www.herodote.net/28_mars_1930-evenement-19300328.php

    [9] Goetz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Flammarion, 2005.

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  Catherine Le Gall et Denis Robert, Les prédateurs, des milliardaires contre les Etats, Le cherche midi, 2018.

    La lecture de ce livre formidable vous conduit directement à la conclusion suivante : si vous voulez comprendre le fonctionnement du capitalisme financier qui brasse et qui accumule les milliards, il faut deux choses, d’abord bien connaître les arcanes des montages financiers et fiscaux qui permettent toutes les arnaques possibles et imaginables, ensuite il faut fréquenter assidument la rubrique des faits divers. Car il y a une conclusion unique à laquelle on arrive à lisant cet ouvrage, c’est que ce capitalisme hors-sol, qu’on appelle aussi le  capitalisme financier, n’est qu’une forme très sophistiquée de banditisme. Les maîtres mots sont la corruption des fonctionnaires, l’achat de complicités, la dissimulation et la ruse. Ces gens-là ne créent rien du tout, aucune valeur supplémentaire, aucun emploi nouveau, leur utilité sociale est complètement négative. Mais ils savent se servir de l’argent pour corrompre ceux qui leur résistent. Ils travaillent en équipe des deux côtés de l’Atlantique, ils mettent en place des réseaux dans lesquels on retrouve toujours les mêmes personnes, d’autres milliardaires, des hommes politiques de haut niveau, on retrouvera plusieurs fois le nom de Nicolas Sarkozy qui avait d’ailleurs invité Albert Frère au Fouquet’s pour fêter son élection en 2007, des banques d’affaire, la banque Rothschild notamment dont est issue le dernier président français, et des hauts fonctionnaires. Ces gens-là non seulement appauvrissent tout le monde, l’Etat, les salariés, mais en outre, ils sont très probablement à l’origine de la stagnation de l’économie mondiale qu’on connait depuis une quarantaine d’années. Leur moteur dans tous les sens du terme, ce sont les inégalités qu’ils s’appliquent à creuser.

    Catherine Le Gall et Denis Robert, Les prédateurs, des milliardaires contre les Etats, Le cherche midi, 2018.

    Ce qui caractérise d’abord les milliardaires, les premiers de cordée si chers au cœur de Macron, c’est leur écœurante cupidité. Leur but est de démontrer qu’ils sont capables de gagner encore plus et toujours plus. Et ils sont tellement stupides qu’ils ne comprennent pas que cela n’intéresse pas forcément les gens normaux. Les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot ont écrit sur ce sujet des ouvrages passionnants. D’ailleurs Le Gall et Robert reprennent en partie un titre de Pinçon et Pinçon-Charlot qui en 2017 avaient signé Les prédateurs au pouvoir, aux éditions Textuel. Également, c’est presque le titre d’un autre ouvrage de James Galbraith, L’Etat prédateur publié au Seuil en 2009. L’ensemble de cette littérature met en avant la façon dont sous couvert de libéralisme les milliardaires se servent de l’Etat pour le piller. Certes ce n’est pas vraiment nouveau que les capitalistes se servent de l’Etat pour faire leurs propres affaires. Marx dénonçait cela en son temps, en 1842 et 1843, c’est même par là qu’il avait commencé à affuter sa critique de Hegel[1], et dans Le capital il parlera de l’Etat comme une béquille du capital. Mais même si à cette époque on voyait à la fois que l’Etat était l’expression de la société bourgeoise, et que celle-ci s’en servait pour affermir et étendre son pouvoir, le pillage des biens publics n’était pas une industrie. Or c’est cette extravagance récente qui est devenue un véritable scandale permanent : d’une manière directe ou indirecte, les grands capitalistes se sont appropriés l’Etat qui devient leur jouet et leur vache à lait. 

    L’usine à hamburgers 

    Catherine Le Gall et Denis Robert, Les prédateurs, des milliardaires contre les Etats, Le cherche midi, 2018. 

    Par ailleurs Denis Robert est très connu pour avoir par le passé dévoilé et décortiqué les magouilles de Clearstream cette grande lessiveuse d’argent sale qui dût ensuite changer de nom pour se faire plus discrète[2]. Donc ici Denis Robert et Catherine Le Gall vont se pencher un cas très singulier, celui d’Albert Frère, un milliardaire belge particulièrement prédateur et dont le nom s’est très souvent retrouvé dans des affaires sulfureuses. Tout part d’une vente particulièrement juteuse de la chaîne Quick – un fast-food pourri-dégueulasse qui se flatte aujourd’hui que toutes ses boutiques vendent des hamburgers hallal. Bon très bien, Frère à l’aide d’un montage très compliqué va vendre cette chaîne. Mais ce qui nous intéresse ici ce n’est pas tant le bénéfice que cet homme cupide a réalisé que la façon dont il l’a réalisé. Parce qu’en effet, il est arrivé à vendre cette chaîne de fast-food 800 millions d’euros alors qu’au mieux elle en valait 250 ou 300. Mais pire encore, il l’a vendu à la Caisse des dépôts, une banque publique française dont la vocation n’est pas d’investir dans ce genre d’entreprises. Cette vente a donné lieu à une autre vente qui a permis aux actionnaires – dont la liste est secrète ! – de se faire donner 200 millions de dividendes en moins d’un an, ce qui veut dire qu’en réalité au bout d’une année, les investisseurs secrets étaient remboursés de leurs investissements ! On n’arrive pas très bien à savoir si ce type de montage est légal ou non. En tous les cas il n’a pu se faire qu’avec la complicité de hauts fonctionnaires et d’hommes politiques, sans parler de la batterie d’avocats qui accompagnent ces curieuses affaires. Les contrats léonins que l’équipe de Frère fait avaler à ses interlocuteurs, sont là encore non seulement pour minimiser les risques – c’est quelque chose que Frère ne connait pas du tout – mais encore pour en maximiser les bénéfices futurs. Bien que la technique employée par Frère soit maintenant très connue, elle continue à fonctionner, mais si elle fonctionne c’est bien parce qu’il y a en face des interlocuteurs qui ont un intérêt – pécunier évidemment – à ce qu’elle fonctionne ! D’autant que chaque fois des rapports d’expert alertent les directions des dangers qu’il y a passer un deal avec cette canaille. 

    Catherine Le Gall et Denis Robert, Les prédateurs, des milliardaires contre les Etats, Le cherche midi, 2018. 

    La privatisation enrichit la canaille 

    Comment peut ont payer de tels dividendes ? Et bien c’est assez facile : on dépouille et on endette l’entreprise qu’on a achetée ! En bout de course, il y a d’un côté la canaille traficoteuse qui s’enrichit sans limites, et de l’autre l’Etat qui s’appauvrit et les salariés qui sont obligés d’accroître leur productivité pour des salaires stagnants et de misère, afin de maintenir la boîte à flot. Mais derrière tout cela on retrouve d’autres affaires, dont la sulfureuse privatisation de Gaz de France au profit de Suez qui est le groupe sur lequel la paire Frère-Desmarais a mis la main. Cette privatisation s’est faite après l’élection de Sarkozy, le candidat de Frère et Desmarais. Or celui-ci avait juré que jamais au grand jamais il ne privatiserait GDF. Mais voilà qu’ils sortent du chapeau l’idée que grâce à la privatisation de GDF la France va se doter d’un groupe stratégique dans le secteur de l’énergie – Frère est belge, et Desmarais, canadien – d’une dimension compétitive ! On se demande pourquoi on l’a détaché d’EDF, car EDF et GDF formaient ensemble un groupe cohérent de belles dimensions. Evidemment les tarifs du gaz vont exploser pour les consommateurs comme on le voit ci-dessous. Car les privatisations de monopoles naturels, même si elles se font au nom du sain principe de la concurrence pure et non faussée mène tout droit à la hausse des tarifs pour la grande satisfaction des actionnaires et d’Albert Frère bien sûr qui dans l’affaire est devenu extrêmement riche comme le dévoile le livre de Le Gall et Robert.  

    Catherine Le Gall et Denis Robert, Les prédateurs, des milliardaires contre les Etats, Le cherche midi, 2018. 

    Le prix du gaz en France

    Du gaz on va passer au pétrole, mais on est toujours dans le secteur de l’énergie, parce que pour Frère et sa bande, c’est un peu le secteur clé de l’économie mondiale. Petrobras la firme publique brésilienne qui exploite le pétrole, en voulant se diversifier pour se développer à l’étranger va tomber dans un piège grossier, tellement grossier qu’on a du mal à y croire. Il s’agit d’acheter une vieille raffinerie américaine qui part en brioche pour une somme qui finira par atteindre 1,5 milliards de dollars. Albert Frère et son équipe l’avait acquise pour une quarantaine de millions ! Comment cela se peut-il ? En vérité c’est parce que l’escroc belge a un homme à lui infiltré chez Petrobras et que c’est celui-ci qui va diriger les négociations. Je passe sur les détails. Ce scandale qui secouera le Brésil sera aussi à l’origine de la destitution de Dilma Rousseff.

    Du pétrole on passera à l’uranium : c’est le scandale Areva ou Uranim, encore une firme qui ne vaut rien qui a été montée par Frère et ses petits copains pour une poignée de queues de cerises et qui coûtera à l’Etat français plus de 2 milliards d’euros ! Dans ce scandale sur lequel la justice s’est penchée enfin et qui n’est pas terminé, on retrouve les noms de la sulfureuse Anne de Lauvergeon, de son mari au nom prédestiné, Olivier Fric, mais aussi d’hommes politiques comme Edouard Philippe qui est devenu Premier ministre après avoir été le lobbyiste attitré d’Areva[3]. Il ne faudra pas compter sur lui pour mettre des bâtons dans les roues du prédateur Frère. 

    Catherine Le Gall et Denis Robert, Les prédateurs, des milliardaires contre les Etats, Le cherche midi, 2018. 

    L’européiste Guy Verhofstadt, ami de Macron, mais aussi d’Albert Frère 

    Et ces milliardaires que font-ils de cet argent salement gagné ? Ils le réinvestissent encore pour faire encore de l’argent. Les techniques du capitalisme financier sont bien connues pour faire cracher des plus-values rapidement, même si cela se fait au détriment de la bonne santé des entreprises comme on l’a vu avec Quick. Cela devrait d’ailleurs suffire à montrer que l’économie de marché, ou l’idée de maximiser les utilités individuelles ne conduit pas du tout à l’optimum. En vérité on se rend compte que tout ce trafic assez sordide se réalise parce qu’il y a bien trop d’argent en circulation. Dans La tribune du 3 octobre 2018, le journal économique faisait le constat suivant : les prédations continuent, la baisse relative des salaires à l’échelle mondiale, faisaient que les fonds d’investissement avaient tellement d’argent qu’ils ne savaient quoi en faire[4]. Ce constat signifie en clair que la théorie de l’offre ne fonctionne pas : en tuant la demande, l’investissement productif n’a plus de sens et laisse la place à l’investissement spéculatif : « Trop de profit, tue le profit ». Et comme l’on sait, l’investissement spéculatif produit la bulle et l’éclatement de la bulle engendre la crise. C’est un air bien connu maintenant : la crise est pour demain. Dans un article récent, Le monde s’inquiétait des excès du capitalisme financier sur la croissance, il prenait l’exemple de la City, mais il aurait pu tout aussi bien choisir celui de Wall Street[5]. Graphique à l’appui, il montrait que la recherche des profits spéculatifs – ce qui est l’essence même du capitalisme financier – abaissait le sentier de croissance. 

    Catherine Le Gall et Denis Robert, Les prédateurs, des milliardaires contre les Etats, Le cherche midi, 2018. 

    Sarkozy décorant le complice d’Albert Frère 

    Mais ça ne se fait pas comme ça. L’enquête de Le Gall et Robert montre que les ingénieurs de la finance ont une inventivité infinie pour brouiller les pistes et faire en sorte que plus personne ne s’y retrouve : c’est la meilleure manière évidemment de cacher la merde au chat. Noyer les meilleures intentions sous des tonnes et des tonnes de documents dans lesquels le faux se mêle au vrai. Reconnaissons à Albert Frère, le fils d’un vague marchand de clous de Charleroi, de la constance dans sa volonté de piller les Etats et le bien public. Avec son ami Desmarais, milliardaire canadien, aujourd’hui décédé, Frère a acheté presque tous les hommes politiques canadiens, jusqu’à cette buse de Justin Trudeau, et avant lui son père, et bien sûr Sarkozy qui s’est fait un plaisir de décorer cette paire d’escrocs de la Légion d’honneur. Cette oligarchie a intérêt à la mondialisation d’abord parce que cela lui permet de dissimuler les preuves de ses forfaits en passant d’une frontière à l’autre, ensuite parce que cela permet de multiplier les opportunités de piller le bien public. On voit donc clairement à quoi ont servi les lois qui ont permis la déréglementation des marchés financiers : les banques de second rang peuvent créer autant de monnaie qu’elles veulent pour agrandir leur pouvoir et celui de leurs mandants. Comment tout cela est-il possible ? Essentiellement parce que les milliardaires ont fait en sorte que les règles changent, que les hommes politiques et les hauts fonctionnaires comprennent où se trouve leur intérêt.

    L’ouvrage, bien construit, bien écrit – ça se lit comme un roman policier un peu compliqué – est extrêmement convaincant dans la mesure où il démontre que le capitalisme financier ce n’est pas tellement la culture du risque, en l’adossant aux Etats, c’est même l’inverse. On y trouvera aussi des notations très savoureuses comme celle-là : Albert Frère paie moins d’impôt sur le revenu que sa femme de ménage ! Tu l’envoies au plafond il reste accroché !

    Ce livre est bien plus utile que les ouvrages lénifiants de Jean Tirole, prix Nobel d’économie 2014, pour comprendre la réalité du capitalisme aujourd’hui, et à l’inverse il fait apparaître la production académique en la matière pour ce qu’elle est : une façon de dissimuler la vérité d’un système social qui se délité complètement et qui est plus proche du grand banditisme que d’autre chose. On ne peut pas le lire sans une saine colère à une époque où les hommes politiques acoquinés avec l’oligarchie financière passent leur temps à nous faire la morale.



    [1] Hélène Desbrousses, « L'apport de Marx à la théorie de l'État », Nouvelles FondationS, vol. 5, no. 1, 2007, pp. 71-84.

    [2] Révélation$, Les Arènes, 2001 et Clearstream, Les Arènes, 2006.

    [3] https://www.mediapart.fr/journal/france/250617/edouard-philippe-discret-directeur-d-areva?onglet=full

    [4] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/les-fonds-d-investissement-n-ont-jamais-eu-autant-d-argent-a-depenser-792439.html

    [5] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/10/05/la-malediction-de-la-finance-etouffe-l-economie_5365057_3234.html

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •   Le langage curieux de la Macronie  

    La débandade de la Macronie 

    On parle d’une drôle de manière en Macronie. Mais sans doute est-ce à cela qu’on doit bien admettre qu’on a vieilli. Benjamin Griveaux le fifre hilare qui est toujours content de son patron et de lui-même a décidé de se porter candidat à la mairie de Paris. Les macaronistes ont en effet décidé de mettre la main sur Paris, ce qui redorerait leur blason. C’est bien pour ça que Bruno Julliard, le premier adjoint d’Hidalgo, a démissionné d’ailleurs, pour aller du côté de chez Macron. Il se murmurait qu’il serait le futur ministre de la jeunesse ou de la culture. Comme quoi la trahison ça peut payer aussi.

    Pauvres Parisiens, comme s’ils n’avaient pas droit de temps en temps à un maire normal ! et donc évidemment Griveaux va chercher soutiens. Figurez vous qu’il en a trouvé un, ou plutôt une en la personne de l’incroyable Marlène Schiappa qui écrit des romans pornos et qui de temps à autre fait semblant d’être ministresse de la condition de la femme. Sous le nom de Marie Minelli elle a écrit un roman au titre très délicat de Les filles bien n’avalent pas ». Mais elle en a commis tout plein d’autres, notamment dans la série « Osez ».

    En tout quant à la candidature de Griveaux, elle est hyper enthousiaste car :

    « L’avantage de Benjamin c’est qu’il connaît hyper bien les dossiers. Il a une idée très précise de ce qu’il voudrait mettre en place à Paris. J’aime les gens qui ont très envie et qui sont très préparés »

    A oui, ça fait bien envie tout ça ! On n’est pas parisien, Dieu nous garde, mais tout de même quelle chance ils ont ! Deux fifres pour le prix d’un. Benjamin Griveaux est content, d’ailleurs comme on l’a dit plus haut il est toujours content. C’est super bien que Schiappa le rejoigne car dit-il :

    « C’est une femme super. Elle est cash, elle va vite, elle a du sens politique »

    C’est sûr qu’il n’allait pas prendre une femme qui ne serait pas cash et pas super et qui n’aurait pas très envie ! Il y avait bien l’autre candidat des LREM, Mounir Mahjoubi, mais non, il n’est pas assez cash, ni même suffisamment super pour Schiappa. Certes il connait bien le dossier pour fliquer Facebook et les fake news qui ont fait tant de mal à Macron, mais il est moins super, et il fait moins envie, sans doute parce qu’il pose avec son petit mari pour Paris Match.  

    La débandade de la Macronie 

    Le langage du corps 

    Sinon, il y a aussi le langage du corps. Le petit chef de la Macronie s’est une fois de plus donné en spectacle. C’est bien simple, il en fait une par jour. Le voilà donc voulant démontrer qu’il n’est absolument pas raciste et très ouvert. Bienveillant d’ailleurs avec la racaille qui a fait de la taule. Le voilà donc qu’il se glisse entre deux jeunes noirs, comme pour le début d’un film gay et porno, avec les deux jeunes noirs qui miment ceux qui ont fait une capture de premier ordre. Qu’a voulu dire le président complexe avec cette image qui a enflammé la toile ? Qu’il allait faire son coming out ? Qu’il n’était pas raciste et donc aussi pro-immigration ? On se perd en conjecture. Evidemment les défenseurs du politiquement correct comme Le monde ont décidé que cette photo « irritait certains à l’extrême droite »[1]. Donc si on comprend bien notre journal de référence nian-nian, ce n’est même pas toute l’extrême-droite qui s’est offusquée de cette image, mais seule sa partie la plus bornée. Manque de bol pour lui, c’est tout le monde de la droite à la gauche qui a critiqué cette indignité. 

     

    La débandade de la Macronie  

    D’autant que cette indignité n’est pas isolée dans ce voyage à Saint Martin. Le voilà maintenant dans les bras d’un noir très dénudé dans une attitude des plus équivoques. Cette photo, loin de montrer que le président est proche des Français, a aussitôt été commentée sur la toile, en se demandant si par hasard Macron ne cherchait pas un nouveau garde du corps. On remarque que dans ces deux photos, Macron se montre en position d’infériorité, réduit au statut d’objet : manifestement les deux jeunes noirs se moquent de lui en faisant un doigt d’honneur pour le photographe. Ces images vont sans doute faire encore plus mal à la popularité de Macron que les turpitudes de sa politique économique et sociale. 

     

    La débandade de la Macronie  

    Une autre interprétation possible de ces images est celle d’un néo-colonialisme qui ne dit pas son nom. Il se permet d’ailleurs de faire la leçon à l’un des deux qui sort de taule pour braquage, lui expliquant comme à un enfant, c’est d’ailleurs ce mot qu’il emploiera que ce n’est pas bien de voler et qu’il a fait de la peine à sa mère. Ce paternalisme est très certainement destiné à le grandir, a lui donner une importance qu’il n’a pas. Bref, Macron prend les noirs pour des demeurés. Il tripote les noirs comme on tâte d’une marchandise, comme s’il allait éventuellement l’acheter. Mais ce faisant, il a encore dévalorisé un peu plus la fonction présidentielle qui, il est vrai, en a vu déjà des vertes et des pas mûres. D’autres blancs avant lui ont fait un rapprochement plus ou moins érotiques avec des corps noirs et luisants. Evidemment ces blancs aimaient aussi les autochtones des colonies. L’exotisme a toujours été un élément de stimulation de la sexualité chez certain, comme on sait aussi que l’esclavage avait une connotation sexuelle marquée.  

    La débandade de la Macronie

    Mais ce n’est pas tout, sur la toile on a pu voir une vidéo qui montre une femme un peu âgée qui refuse de jouer le jeu avec Macron, tout sourire il lui tend la main, mais elle lui tourne le dos et s’en va, le laissant tout confus avec sa main dont il ne sait plus quoi faire. Il tourne ensuite comme une toupie, ou comme un canard sans tête, ne sachant vers quel coin se diriger. Il est perdu complètement. Si c’est réjouissant pour ses ennemis, ces images sont empreintes d’un grand désarroi. L’ennuyeux pour Macron est que ces images, filmées sur des téléphones portables, se diffusent rapidement tout autour de la planète, plus personne ne peut les contrôler et les arrêter. Peut-être cela va-t-il à l’avenir les hommes politiques et les contraindre à un peu moins de pitreries.

    La débandade de la Macronie 

    Le cirque continue, mais sans Collomb 

    Il y a un bon moment que je souligne le côté amateur de Macron. Très mal dans les sondages comme on sait – c’est tellement la dégringolade que la presse internationale qui il y a un an trouvait Macron génial et audacieux s’est emparée du sujet pour dire son incompréhension, face à ce qui ressemble de plus en plus à une pitrerie[2] – Macron a tenté de se refaire une image de proximité avec le peuple : patatras, il s’est fait rebomber à cause d’une série de photos d’une telle bassesse que l’opinion en est restée pantoise ! Mais il est dit que Macron boira le calice jusqu’à la lie.

    La nouvelle pantalonnade – une par jour pour Macron tout de même – tient à la démission de Gérard Collomb. Pour des tas de raisons que nous n’évoquerons pas ici, Collomb veut partir et revenir à sa mairie de Lyon. Il devait partir cet été, et puis les ramifications de l’affaire Benalla et la brouille publique avec Macron ont accéléré sa décision. Première étape, Collomb dit qu’il démissionne. Mais Macron fait un caprice et refuse ! C’est déjà assez inédit[3], et le premier ministre Philippe fait semblant devant l’Assemblée nationale qu’il a de l’autorité et exige que tous les ministres – donc y compris Collomb si on comprend bien – soient au travail. Ce même Premier ministre qui aura la cuistrerie de faire une passation des pouvoirs glaciale avec Collomb quand il sera nommé ministre de l’intérieur par intérim en attendant de trouver l’oiseau rare qui pourrait occuper ce poste sensible.

    Mais Collomb n’est pas un perdreau de l’année en politique. Il engage un bras de fer avec Macron, il maintient sa démission, forçant Macron à l’accepter[4]. On sait que Collomb est un de ceux qui ont cru en Macron et donc qui l’ont fait comme on dit. Sans doute Macron croyait qu’au nom de cette ancienne amitié Collomb finirait par l’écouter, ce qui lui permettrait de se montrer comme un homme d’autorité. Mais l’ancien maire de Lyon ne cachait plus sa rancœur, probablement parce que lors de l’audition consécutive à l’affaire Benalla, Macron voulait qu’il endosse la responsabilité des turpitudes de l’Elysée. Il fustigeait en public le manque d’humilité de Macron, et en privé ses caprices et sa pusillanimité. Il n’allait donc pas faire ce cadeau à Macron de rentrer dans le rang comme un petit garçon. Au contraire, en le forçant à se trouver un nouveau ministre de l’intérieur, il savait bien qu’il le mettait un peu plus dans l’embarras. On hésite à rire ou pleurer devant une telle décomposition du pouvoir : c’est inédit un tel bordel. 

    La débandade de la Macronie

    Les conséquences politiques de la démission de Collomb sont encore plus importantes que celles de Hulot. En effet, quand le ministre de l’écologie démissionne, on peut se dire qu’il y a un différent politique derrière tout ça. Mais quand Collomb démissionne, il n’y a rien de tel : c’est seulement l’incompétence et l’amateurisme de Macron qui sont pointés. Les unes de couverture des quotidiens du 3 octobre 2018 font part de cet ahurissement. Les journalistes, pourtant pas très regardant lorsqu’il s’agit de Macron, avaient déjà du mal à vendre la nouvelle com centrée sur la proximité du président avec « son » peuple. Mais là, ils n’arrivent plus à trouver des mots pour rendre compte de ce psychodrame. On sent d’ailleurs que depuis un petit moment les journalistes commencent à prendre leurs distances avec Macron qu’ils ont tant et plus soutenu durant son ascension. Ils ne sont pas loin de le présenter comme un gosse capricieux et légèrement dérangé. Les conséquences politiques de cette débandade vont être très lourdes déjà il y a un tassement des intentions de votes pour LREM aux Européennes[5]. Or Macron n’a pas de parti, pas beaucoup d’élus à part à l’assemblée nationale. Il comptait évidemment sur les Européennes, puis sur les municipales pour opérer une percée et se constituer un réseau d’élus : c’est perdu. Il semble très probable que LREM ne gagnera aucune grande mairie – Collomb ne restera probablement pas dans ce bateau ivre – mais en outre, aux Européennes, il est très probable que les macroniens arrivent en troisième position derrière le RN et la FI. Il est en effet devenu un peu honteux de se dire pour Macron, et encore plus de voter pour un de ses représentants qui sont tous plus antipathiques les uns que les autres. Le monde en rajoute une louche en assurant que Collomb avait prévu de longue date de rentrer à Lyon. Ce qui sous-entend que seul Macron n’était pas au courant[6] !

    Certains pensent qu’une telle situation « ubuesque » – c’est le mot qu’a employé un journaliste – ne peut pas durer longtemps. C’est difficile à dire parce qu’on n’a pas d’exemple de cette sorte dans la Vème République. Macron en effet ne parait pas amendable : il a beaucoup vieilli, il est fatigué manifestement et ne sait plus faire face. Mais d’un autre côté les institutions le protègent, on voit mal les députés de son parti-croupion le désavouer. Reste sa propre folie. Peut-être démissionnera-t-il sur un coup de colère. Son orgueil est à la hauteur de son impatience. Mais ce n’est pas sûr. Pour l’instant on en est à se dire qu’il lui sera impossible de remonter la pente savonnée. 

    Un état de crise permanent qui vire à la crise de nerf ! 

    Mais à gérer toutes ces affaires de plus en plus dérisoires sur le mode d’une communication des plus bancales et des plus hasardeuses, on se demande si le gouvernement a encore le temps de gouverner le pays, ou s’il est maintenant en pilote automatique. Macron nous épuise en nous obligeant à commenter toutes ses facéties, mais que voulez-vous face à cette conjuration des imbéciles, il est de notre devoir de le critiquer. En vérité ce qu’il y a d’intéressant dans cette dérive, c’est qu’elle dévoile ce qu’est réellement la démocratie parlementaire, une nef des fous, et aussi que le pouvoir le véritable pouvoir est ailleurs. Il faut bien parce que maintenant la crise de la Macronie est permanente, même Le monde s’en est aperçu[7]. Entre temps Brigitte Trogneux a disparu de la circulation, c’est déjà ça de gagné ! Peut-être se prépare-t-elle a aller manifester avec les retraités qui sont si maltraités par son petit mari. Mais la presse people en a déduit qu’il y avait de l’eau dans le gaz dans le couple[8]. Il se murmure d’ailleurs que le petit Macron se serait fait engueuler comme du poisson pourri par sa femme[9] ! On n’est pas sûr que cette histoire de remontage de bretelles ce soit réellement passée, ou encore à quelle occasion elle a eu lieu, mais il semble bien que le petit Macron ne soit plus tout à fait le maître des horloges comme disaient naguère les journalistes énamourés !

    Dans le genre « une boulette par jour », Macron qui est proche de la rupture semble-t-il, s’est encore fait remarquer au Salon de l’auto. Voilà ce qu’il a déclaré quand on lui a parlé de ses difficultés dans la conduite des affaires de la France[10] :

    « Si vous voulez, faites votre constat. Moi, je continue à conduire ». « Le volant, ce sont les Français qui le donnent et ils l’ont donné pour cinq ans à une personne. »

    A faire des parallèles de cette sorte, on se demande s’il ne va pas dans le mur en appuyant sur l’accélérateur ! Evidemment ce n’est pas demain qu’il va se défaire de cette image d’arrogance dont il s’est affublé. D’autant que sa visite au Salon a été entouré d’un luxe de précautions sécuritaires qui semble bien montrer non seulement sa peur du peuple, mais aussi sa volonté de s’isoler de lui. 

    La débandade de la Macronie 

    Alors que tout le monde sait qu’une grande partie de sa perte de popularité tient d’abord à son arrogance et son mépris, Macron s’est encore illustré en s’en allant à Colombey-les-Deux-Églises le 4 octobre. Il s’est permis d’engueuler des retraités : "Le petit-fils du général m'a dit tout à l'heure en me faisant visiter la Boisserie : 'On pouvait parler très librement, la seule chose qu'on n'avait pas le droit de faire, c'était de se plaindre'", leur a-t-il dit, avant d'ajouter : "Je trouve que c'est une bonne pratique qu'avait le général. Le pays se tiendrait autrement s'il était comme ça". "On ne se rend pas compte de la chance immense qu'on a. On vit de plus en plus vieux dans notre pays et en bonne santé" [11]. Ce garçon n’apprend décidemment rien : on remarquera au passage que pour dire ses conneries il a besoin de se cacher derrière le petit fils du général De Gaulle. Ce qui révèle ma foi un caractère plutôt peureux.  

    La débandade de la Macronie

    Je voulais juste écrire un petit post de quelques lignes, mais au fur et à mesure que le temps avançait – c’est presque minute après minute – Macron en rajoutait dans la formule aussi bouffonne qu’imbécile, nourrissant en permanence son propre bêtisier, m’obligeant à en rajouter. A-t-on vu un homme politique aussi stupide ? La réponse est non, on en a vu de toutes les couleurs, des canailles, des ratés, des menteurs, mais d’aussi stupide, c’est inédit dans l’histoire de la France.



    [1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/10/01/saint-martin-des-elus-de-droite-et-d-extreme-droite-denoncent-une-photo-impardonnable-macron-dedramatise_5362586_823448.html

    [2] https://www.marianne.net/monde/superstar-en-danger-comment-la-presse-internationale-analyse-la-descente-de-macron

    [3] http://www.lefigaro.fr/politique/2018/10/01/01002-20181001ARTFIG00367-gerard-collomb-presente-sa-demission-a-emmanuel-macron-qui-la-refuse.php

    [4] https://www.marianne.net/politique/ubuesque-gerard-collomb-fait-savoir-qu-il-maintient-sa-demission-refusee-par-macron

    [5] https://www.nouvelobs.com/politique/20180905.OBS1805/elections-europeennes-un-sondage-inquietant-pour-la-republique-en-marche.html

    [6] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/10/03/gerard-collomb-avait-programme-son-retour-a-lyon-de-longue-date_5363882_823448.html

    [7] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/10/03/demission-de-gerard-collomb-un-camouflet-un-casse-tete_5363935_3232.html

    [8] https://www.closermag.fr/people/brigitte-et-emmanuel-macron-ca-ne-va-pas-si-bien-un-livre-revele-la-passion-de-j-876036

    [9] https://www.valeursactuelles.com/politique/il-faut-arreter-les-conneries-maintenant-quand-brigitte-flanque-une-deculottee-emmanuel-macron-99548

    [10] https://www.ledauphine.com/france-monde/2018/10/03/macron-au-mondial-de-l-auto-je-n-ai-jamais-vu-un-tel-mepris

    [11] https://actu.orange.fr/politique/video-colombey-les-deux-eglises-le-pays-se-tiendrait-autrement-s-il-ne-se-plaignait-pas-lance-emmanuel-macron-a-des-retraites-magic-CNT00000172zxb.html

     

    Partager via Gmail

    2 commentaires
  •  Les dérives du journal Le monde

    Le monde, anciennement quotidien de référence est en train de remplacer peu à peu Libération dans la posture des cuistres satisfaits d’eux-mêmes. Voici deux journalistes qui ne chient pas la honte, Elise Vincent et Lucie Soullier, pour ne pas les nommer, qui ont commis un article sur une très grande page du quotidien du soir, article publié dans le numéro du samedi 30 septembre. Et cet article a fait réagir très négativement les réseaux sociaux. Dans la version numérique, notez que les commentaires étaient fermés, sachant pertinemment que la réaction à la provocation serait violente.

    La notice biographique qu’on peut lire sur Internet nous donne les renseignements suivants :

    « Elise Vincent est journaliste au Monde depuis 2006. Elle a couvert les questions d'immigration de 2010 à fin 2014 avant de basculer au pôle police-justice où elle suit particulièrement les affaires de terrorisme. Elle a été lauréate du Immigration Journalism Award 2012 de la French-American Foundation qui récompense chaque année la meilleure enquête sur les questions migratoires. »

    Ça sent évidemment la frivolité formatée à Sciences Po. Mais en outre il est bon de rappeler que la French-American foundation c’est cette même association qui formate des deux côtés de l’Atlantique les Young leaders comme Macron, Philippe ou encore Rokhaya Diallo ou Maël de Calan, Sophie de Closets, la fille de celui-là même, François de Closets, qui a voué sa vie à taper sur les syndicats et les avantages des salariés. Dans son « comité » on retrouve la canaille libérale, d’Alain Minc – anciennement aussi membre du conseil de surveillance du Monde. On voit donc qu’Elise Vincent n’est pas n’importe qui, elle a du monde derrière elle, même si elle manque de talent et qu’elle confonde la brutalité de l’attaque ad hominem avec la subtilité de l’analyse. Il ne faut donc pas oublier que cet ensemble, à défaut de représenter une pensée, est un « milieu » qui se comporte avec la volonté de formater ce que l’on pense des sujets sensibles du moment. Sa copine, moins connue, c’est du même tabac.

    Mais revenons au fond. L’article est un long réquisitoire contre Patrick Jardin, le père d’une jeune femme assassinée au Bataclan dans les circonstances bien connues. Le mode de réflexion est celui-ci : certes Patrick Jardin a perdu sa fille, c’est bien malheureux, mais il a tort de haïr ses assassins ! Quand Le monde publie cet article, il sait très bien ce qu’il fait : et d’ailleurs les commentaires sont fermés, sachant qu’une telle ignominie va déclencher une vague d’indignation. Donc la question qu’on pose est la suivante : pourquoi publier un tel article immonde ? En vérité le journal du soir est devenu la caisse de résonnance de la pensée mondialiste et immigrationniste, comme une extension de Sciences Po – du reste les journalistes du Monde sont de plus en plus nombreux à venir de cette boutique où on apprend d’abord à penser « propre » avant que de penser. Officiellement ils ne font que rarement de la politique, mais en douce, ils diffusent une petite musique qui ne surprendra que le public peu averti. On peut donc dire sans se tromper qu’il s’agit de « propagande ». Sans doute en même temps nos deux journalistes se croient-elles malines de donner dans ce genre de provocation, ça t’a un petit côté rebelle, je te dis que ça. Elles font semblant de découvrir, comme si elles avaient enquêté durement et longuement, que Patrick Jardin a participé à des émissions avec des représentants de l’extrême-droite, ce qui semble à leurs yeux bien plus répréhensible que d’assassiner des jeunes gens au Bataclan. Mais si Patrick Jardin a trouvé des oreilles complaisantes du côté de l’extrême-droite, c’est parce que les journalistes dont elles représentent la quintessence l’ont complètement négligé, préférant s’attarder à excuser les comportements de ces criminels par des analyses sociologiques foireuses.  

    Les dérives du journal Le monde 

    A travers cet article débile, écrit par des idiotes à destination des imbéciles, se fait jour une doxa incontournable, seule la position bien rodée maintenant, « vous n’aurez pas ma haine » est tolérée, c’est la seule posture que la sphère médiatique accepte de mettre en scène positivement puisqu’elle permet de surmonter la douleur tout en restant avec l’idée générale énoncée dans les Evangiles selon laquelle « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi la gauche »[1]. Après tout Le monde fut aussi un journal discrètement chrétien. Mais les populations aujourd’hui se sont émancipées de ce genre de morale à deux sous.

    En fouilles-merde consommées nos deux journalistes qui aiment nous faire la morale ressortent la fable selon laquelle Patrick Jardin aurait lors d’un match de foot traité un adversaire de « sale nègre ». N’est-ce pas la preuve de son ignominie ? C’est tout juste que si nos deux copines ne nous disent pas que le meurtre de sa fille est finalement la conséquence d’une attitude raciste présumée ! certes on sait très bien que dans un match de foot on se laisse aller à dire tout et n’importe quoi, mais elles n’en n’ont cure, n’ayant jamais jouer au football ! L’important est ailleurs. Le père meurtri devient par cette petite manœuvre ainsi l’accusé ! D’ailleurs on l’aurait même surpris à parler à des « complotistes » !

    Mais cela ne leur suffit pas, les voilà qui en appelle en douce à la psychiatrie comme c’est la mode aujourd’hui ! Enfin si Patrick Jardin garde rancune aux criminels qui ont tué sa fille, n’est-ce pas la preuve qu’il est fou ? Ces deux-là auraient eu leur place dans le système de dénonciation soviétique quand il était à la mode d’interner les opposants. N’est-ce pas cette même Lucie Soullier qui, sans le moindre recul sur la décision de justice, a rappelé avec gourmandise dans un article récent du Monde que Marine Le Pen devait obligatoirement se présenter devant un expert en psychiatrie[2] ? Je comprends tout à fait qu’on combatte les idées de Marine Le Pen, mais en usant de la psychiatrisation, non seulement on frise la débilité, mais en outre on use d’armes plus qu’anti-démocratiques, plutôt en usage dans les dictatures à l’ancienne.

    « Médiatisé, récupéré, le père traumatisé a toujours refusé de se rendre dans l’une des cellules de soutien psychologique proposées par l’Etat, préférant passer sa retraite à déposer plainte contre tous ceux qu’il juge responsables de la perte de sa fille : l’Etat belge – pays où les djihadistes ont préparé les attentats –, Jawad Bendaoud, leur logeur à Saint-Denis, ou même les paroles des chansons du rappeur Médine. »

    Cet extrait est un morceau d’anthologie d’imbécilité satisfaite et de dénonciation calomnieuse. Déjà s’aligner sur les positions dominantes supposant que tous ceux qui ne pensent pas comme vous doivent être psychiatrisés, voire internés, mais ensuite, on voit bien qu’il s’est retiré du monde, et qu’en portant plainte contre tout le monde et n’importe qui, Patrick Jardin est bien un déséquilibré. Il n’y a donc pas que ceux qui crient « Allah Akbar » en égorgeant leurs victimes qui sont dérangés, leurs victimes aussi !

     Les dérives du journal Le monde

    N’allez surtout pas croire que les cas d’Elise Vincent et de Lucie Soullier soient particuliers. Non, il y en a tellement au Monde qu’évidemment cela commence à faire système. Il y a par exemple Samuel Vincent, un sombre décodeur, qui passe lui aussi son temps à redresser le cas de ceux qui pensent mal. Le voilà qu’il prend la défense de Nick Conrad. Ce dernier est un rappeur noir qui cherchant à faire le buzz a avancé qu’il fallait pendre les blancs et assassiner leurs enfants. Voilà ce qu’écrit et dit Nick Conrad : 

    « Je rentre dans des crèches je tue des bébés blancs

    Attrapez-les vite et pendez leurs parents

    Écartelez-les pour passer le temps

    Divertir les enfants noirs de tout âge petits et grands

    Fouettez-les fort faites-le franchement

    Que ça pue la mort que ça pisse le sang »

    Imaginez maintenant que je remplace dans l’écriture « blancs » par négros, voilà ce que ça donnerait : 

    « Je rentre dans des crèches je tue des bébés des négros

    Attrapez-les vite et pendez leurs parents

    Écartelez-les pour passer le temps

    Divertir les enfants blancs de tout âge petits et grands

    Fouettez-les fort faites-le franchement

    Que ça pue la mort que ça pisse le sang »

    Ça tomberait tout de suite sous le coup de la loi et j’irais probablement en prison. Et ce cuistre de Samuel Laurent serait le premier à s’indigner qu’on puisse laisser dire et écrire des horreurs pareilles ! Peut-être lui aussi en appellerait-il aux psychiatres ? Mais Samuel Laurent réagit de deux façons. La première est classique : Nick Conrad est un artiste, donc il a le droit de dire ce qu’il veut – il va de soi que les « gens d’extrême-droite » lorsqu’ils disent des conneries ne sont pas des artistes. Et Samuel Laurent continue en faisant un parallèle scabreux entre des rappeurs à moitié idiots et Georges Brassens. Il est content comme ça, sans même se rendre compte que l’époque a changé. Depuis que Brassens chantait en 1953 dans Hécatombe : 

    En voyant ces braves pandores

    Être à deux doigts de succomber

    Moi, je bichais car je les adore

    Sous la forme de macchabées 

    Les attentats terroristes n’étaient pas récurrents. Les policiers, les pompiers et même le personnel des SAMU n’étaient pas systématiquement attaqués dans les quartiers dits sensibles. Au mieux le parallèle est stupide, au pire il est mal intentionné. Mais ce n’est pas tout. Samuel Laurent pour défendre l’ignoble Conrad qui manifestement cherchait à faire le buzz, va essayer de décortiquer comment ce buzz a été propagé sur la toile et comment c’est devenu un scandale qui du reste vaut à Nick Conrad d’être convoqué devant le tribunal en janvier 2019. Il va donc développer l’idée que tout ça c’est la faute de l’extrême-droite car ce serait elle qui a attiré l’attention sur le rappeur dans un « décodage » qui est sensé nous donner la version officielle de ce qu’il faut penser[3]. En gros sa thèse est que si la « fachosphère » n’avait pas relevé les propos immondes, Nick Conrad n’aurait pas atteint la notoriété qui est la sienne aujourd’hui. Samuel Laurent termine son « décodage » d’ailleurs en donnant la parole à ce rappeur qui affirme que c’est juste une provocation, une inversion pour que les blancs se rendent compte de la souffrance des noirs ! Quoi qu’on en pense, il y a beau temps qu’en France et en Europe plus personne n’appelle à assassiner des enfants noirs. Cette excuse est peut-être satisfaisante pour quelqu’un comme Samuel Laurent aux moyens intellectuels manifestement limités, mais pas pour nous, et manifestement pas pour l’opinion publique.  

    Les dérives du journal Le monde

    Cependant derrière le discours lénifiant du malheureux Samuel Laurent, il y autre chose, l’idée insidieuse que les noirs ne sauraient être accusés de racisme anti-blanc. Le racisme est juste une affaire de blancs et rien d’autre, accuser des Noirs ou des Arabes de racisme n’est pas politiquement correct parce que ces gens-là ont été discriminés depuis toujours ! Cette position est celle défendue par exemple par l’ineffable Rokhaya Diallo[4] qui n’en est pas à une bêtise près depuis longtemps, mais aussi par des crétins comme Clément Viktorovitch, encore une production de Sciences Po et qui se trouve dans tous les mauvais coups, défendant ici le burkini, là le multiculturalisme, recadrant tout ce qui passe à sa portée, faisant la leçon à tout le monde. Il est maître de conférences en rien, c’est-à-dire qu’il blablate à des étudiants qui sont si ça se trouve encore plus ignares que lui, vu qu’ils n’ont même pas l’idée de le contester. Mais attention, il ne lui viendrait pas à l’idée de Viktorovitch de recadrer des idiots comme Nick Conrad, c’est un politologue compatissant envers tous ceux qu’il pense inférieurs à lui, les islamistes, les noirs agressifs qui passent leur temps à gémir sur la méchanceté des blancs, j’en passe et des meilleures.  

    Les dérives du journal Le monde

    Donc si on résume correctement la rhétorique en odeur de sainteté au Monde, le racisme anti-blanc n’existe pas et les racailles des quartiers qui agressent aussi des juifs qui portent la kippa sont seulement des jeunes malheureux en perte de repères. Évidemment cette vision des choses a de moins en moins de succès au fur et à mesure que les attentats au nom d’Allah se multiplient. On a beau les recouvrir du voile de la folie, cela n’abuse plus personne. Mais à travers ce parcours que nous venons de faire du côté du Monde, il y a une question importante qui se pose : pourquoi ce sont des gens comme Samuel Laurent, Clément Viktorovitch ou encore Elise Vincent et Lucie Soullier qui tiennent le haut du pavé dans le système médiatique ? Qui les a sélectionnés pour qu’ils portent cette bonne parole ? Nous savons que les médias dans leur ensemble sont tenus par une poignée de personnes, des milliardaires essentiellement ou encore par le pouvoir en place lorsqu’il s’agit des médias d’Etat. On sait bien aussi que ces milliardaires n’hésitent pas à virer ceux qui leur déplaisent. L’insignifiant Raphaël Glucksmann s’est ainsi fait débarquer de la direction du Nouveau magazine littéraire pour cause de macronisme mou par Claude Perdriel[5], propriétaire d’une kyrielle de publications et champion de la deuxième gauche – ou de la seconde droite, comme vous voulez – et l’un des premiers soutiens du banquier Macron dans la course à la présidence.

    C’est dans la matrice d’élaboration des médias mainstream que s’élabore la doxa dominante[6]. Natacha Polony en a fait elle aussi les frais en se faisant écarter d’Europe n° 1 où elle officiait, Eric Zemmour est lui aussi pourchassé pour ses idées et non pas combattu sur le plan intellectuel[7], on demande son interdiction des antennes à travers des pétitions qui à leur tour entrainent des pétitions pour qu’il soit maintenu : le but est de dévaloriser sa parole et l’exclure d’un système intellectuel de reconnaissance.

    Et voilà d’ailleurs Le monde qui dans sa croisade anti-populiste reprend son bâton de pèlerin dans son numéro daté du 30 septembre 2018. Deux pages entières à la trame serrée y sont consacrées, principalement à dézinguer Zemmour. Il faut croire que le succès public de celui-ci l’effraie particulièrement. Ça commence avec un article de Gérard Noiriel, historien de profession, spécialiste de l’histoire des migrations, mais aussi ancien du Parti Communiste et grand défenseur des bienfaits économiques et culturels de l’immigration[8]. Il va donc s’en prendre à Zemmour qui prétend dans Destin français relire l’histoire de la France de son propre point de vue. Mais que reproche finalement Noiriel à Zemmour ? On n’en sait rien, si ce n’est qu’il défend les historiens de métiers contre les prétentions de Zemmour à discuter l’histoire de la France. Mais évidemment ce faisant Noiriel tombe exactement dans le piège qui lui est tendu : il démontre que sa manière de faire l’histoire est tout aussi bornée idéologiquement que celle de Zemmour[9] ! Il fait ensuite un parallèle des plus scabreux entre ce qu’il appelle le nationalisme antimusulman de Zemmour et le nationalisme antisémite de Drumont. La manœuvre est grossière pour de multiples raisons, notamment parce qu’à l’époque de Drumont justement les Juifs de France jouaient le jeu de l’intégration et donnaient volontiers des prénoms français à leurs enfants : ils voulaient rompre avec l’enfermement communautariste en devenant exemplaire du point de vue de la citoyenneté française[10]. Mais de tout cela Noiriel s’en fout, il lui faut renvoyer Zemmour du côté de la fachosphère, faire un cordon sanitaire autour de ses idées. 

    Les dérives du journal Le monde

    Zemmour sortant d’une séance de signature sous la protection de gardes du corps

    Le second article de cette campagne du Monde contre Zemmour est signé de Guy Sorman. Guy Sorman est le représentant du mondialisme capitaliste échevelé il fait partie de cette droite affairiste et cosmopolite qui a eu tous les pouvoirs et qui a échoué de partout. Guy Sorman ne se cache pas de sa vision ultra-libérale de la société. Dans le temps il a soutenu d’ailleurs la révolution conservatrice de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Que reproche-t-il à Zemmour ? Curieusement il est un peu plus sérieux que Noiriel, sans doute l’a-t-il mieux lu. Il lui reproche deux choses, d’abord la volonté de réhabiliter le maréchal Pétain, et également la lecture réactionnaire qu’il a faite de Mai 68. Ces deux critiques sont justes et très connues. Mais elles ont déjà servi pour la critique du Suicide français. Et surtout elles évitent de se poser la question suivante : pourquoi malgré ça les livres de Zemmour ont autant de succès ? Ne serait-ce pas justement en réaction à ce politiquement correct dont on nous abreuve à longueur de journée ? Il y a également une question subsidiaire que Sorman ne pose pas : pourquoi aujourd’hui assiste-t-on à la réhabilitation du Maréchal Pétain ? Car Zemmour n’est pas un cas isolé. 

    Les dérives du journal Le monde 

    Tournons la page de ce numéro particulier du Monde, on va trouver un article de Tania de Montaigne intitulé « Si j’ai une fille je l’appellerai Corinne-Éric » dans l’édition de papier, mais « Eric Zemmour est dans la jubilation morbide de cette fin du monde qu’il appelle de ses vœux » dans l’édition électronique. Le fond de son article est de dire que Zemmour est mauvais, bien trop présent médiatiquement, mais d’une manière indirecte de défendre le communautarisme sur le thème de « on a bien le droit de… ». C’est ça finalement qu’elle reproche à Zemmour de vouloir unifier les Français dans un creuset relativement commun, et c’est bien sûr là que la bataille est la plus féroce. Son commerce est plutôt celui d’une défense de la singularité d’être noire dans un pays blanc. C’est ce qui lui permet d’écrire et de vendre des livres. On serait bien en peine de trouver quelque chose de sérieux dans cet article.

    En face de cet articulet, on va trouver un autre plaidoyer contre Zemmour, c’est donc le quatrième dans le même numéro[11] ! Celui-ci est rédigé par Nicolas Truong qui possède le statut de directeur de la page des débats au journal Le monde. Il est donc en même temps responsable de ce tir en rafale contre Zemmour. Il va essayer d’élargir le débat. Il part donc de l’élection de Macron qui pour lui celle-ci devait donner un coup d’arrêt à la pensée réactionnaire et faciliter la vie des « progressistes ». C’est encore le schéma sans nuance des bons contre les mauvais. Au passage il fait étalage d’une grande bêtise parce qu’il fait comme si Macron était moins réactionnaire que Fillon, alors que tous les deux étaient les candidats de la même boutique, l’Institut Montaigne. S’il avait lu mon blog, il l’aurait su, mais il est bien trop fainéant pour ça[12] ! Et donc il se demande bien pourquoi du côté des progressistes n’a pas émergé une figure charismatique comme l’est Zemmour ! Il s’appuie sur le sinistre Pierre Rosanvallon, homme aux multiples retournements de veste et chantre de la seconde gauche, celle qu’on appelle aussi la deuxième droite, pour tenter de comprendre pourquoi c’est la pensée réactionnaire qui tient le haut du pavé. Qu’on ne compte pas sur lui pour répondre aux questions ! Pourtant il aurait pu se dire que si le populisme avait plus de succès – comme le montre par exemple Salvini en Italie – que la gauche cosmopolite et bobo, c’était peut-être que celle-ci n’appartient qu’à la frange semi-intellectuelle de toute la pensée formatée que déteste le peuple : ce n’est pas un hasard si les chantres du libéralisme sociologique et culturel sont aussi comme Rosanvallon et Sorman les chantres du libéralisme économique. Et c’est là que se trouve le vrai problème : les vrais réactionnaires ne sont pas forcément ceux qu’on croit, mais Le monde se comptant lui-même parmi les esprits éclairés qui éclairent aussi le siècle n’y a pas pensé !

    Ce dossier de propagande anti-Zemmour se termine par une recension d’un ouvrage parfaitement insignifiant du juppéiste Maël de Calan contre les populistes. Cet homme de droite qui a suivi le programme des Young leaders nous dit qu’il faut choisir entre « le populisme » et une position morale qui tournerait le dos à des résultats immédiatement tangible au niveau électoral. Le livre s’intitule La tentation populiste, et on comprend grâce au Monde que les juppéistes vont rapidement succomber à la tentation macroniste en ce rangeant du côté des progressistes autoproclamés.

    Ce rapide tour d’horizon de la pensée anti-Zemmour si elle ne nous a pas convaincu de devenir zemmouriens, loin de là, nous a en tous les cas dissuadés de rejoindre le bloc bourgeois dans sa croisade libérale contre lui.  

    Les dérives du journal Le monde

    Zemmour en dédicace



    [1] Matthieu 5:1-10, 13-17 et 38-48, Romains 12:17-21.

    [2] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/09/20/marine-le-pen-refuse-de-se-soumettre-a-une-expertise-psychiatrique_5357939_823448.html

    [3] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/09/26/pendez-les-blancs-itineraire-d-une-indignation_5360684_4355770.html

    [4] http://www.regards.fr/societe/article/pourquoi-le-racisme-anti-blancs-n-existe-pas

    [5] C’est ce même Perdriel qui avait imposé au Monde Alain Minc à la présidence du Conseil de surveillance, bien qu’il ait été mis en minorité.

    [6] Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Liber-Raison d’agir, 1997.

    [7] Pour des tas de raisons, je suis en désaccord avec Zemmour, mais je ne demande pas pour autant son interdiction en rien. Le monde ne s’attarde guère sur le fait que maintenant cet essayiste doit être protégé par des gardes du corps pour se déplacer.

    [8] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/29/gerard-noiriel-eric-zemmour-tente-de-discrediter-tous-les-historiens-de-metier_5361955_3232.html

    [9] N’ayant pas lu le dernier ouvrage de Zemmour je m’abstiendrais de le critiquer, bien que je me doute des lacunes et des contre-vérités qu’il peut contenir, mais mon sujet n’est pas celui-là.

    [10] Voir par exemple la figure de Bernard Lazare à travers la belle biographie de Philippe Oriol publiée chez Stock en 2003.

    [11] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/29/droite-extreme-le-grand-retournement-ideologique_5362113_3232.html

    [12] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  Les derniers feux de la mondialisation

    Dans une séance assez spectaculaire dans le mauvais sens du terme, mardi 25 septembre, on a assisté à l’ONU à une passe d’arme entre Trump – le camp du mal – et Macron – le camp du bien. Trump qui présidait la séance a dérapé comme à son habitude : non seulement il a agressé la Chine, accusée d’être intervenue dans la campagne présidentielle aux Etats-Unis, mais il a clairement attaqué à travers sa propre position sur l’accord nucléaire iranien le multilatéralisme et donc les organisations internationales, dont l’ONU, qui le défendent[1]. Peu importe le sujet, c’est maintenant une position constante des Etats-Unis que de vouloir se démarquer sur tous les sujets des organisations s’ils ne les dominent pas et que pourtant ils financent. Peu importe ce qu’st Trump, sans doute un dilettante en politique qui cherche à tout prix à se faire remarquer, mais qui surtout ne supporte pas qu’on lui résiste. Mais en tous les cas, il défait ce qui s’était construit du temps que les Etats-Unis étaient une puissance dominante dans les organisations internationales. Son discours naturellement boudé par les représentants des autres pays à l’ONU n’avait d’autre but que de dénier le droit aux organisations internationales de tenter de définir les règles à l’échelle de la planète. En réalité il enlevait leurs illusions aux pays qui croient qu’on peut encore impunément critiquer les Etats-Unis sans en payer les conséquences. Ce discours lugubre semblait annoncer que dans l’avenir les Etats-Unis mettraient leurs menaces de ne plus financer ces organisations bureaucratiques à exécution. Déjà les Etats-Unis ont cessé leurs financements à l’UNESCO[2], soutenant que cet organisme, émanation de l’ONU, financent les Palestiniens contre Israël, mais ils ont ensuite aussi cessé d’abonder les fonds de l’UNWRA qui aide depuis 1948 les réfugiés palestiniens, puis leurs descendants et les descendants de ces descendants[3]. Là encore les Etats-Unis reprochent à cette organisation outre ses dérives bureaucratiques, d’avoir une position très partiale dans le conflit israélo-palestinien. Sur le plan commercial, Trump menace aussi de quitter l’OMC – véritable clé de voute de la mondialisation, promoteur et arbitre du libre-échange[4]. Chaque fois il préfère le dialogue bilatéral qui lui permet de mieux défendre les intérêts américains.

    Macron se trouvait dans la position inverse, il s’était présenté comme le champion du multilatéralisme, donc bien évidemment de la mondialisation contre le souverainisme. On ne sait pas très bien à qui son discours tenu devant une salle vide était destiné, à l’opinion française qu’il cherche à reconquérir, aux structures européennes dont il veut se présenter comme le champion, aux Américains. En tous les cas, d’une manière plutôt hystérique et nerveuse, il a repris la longue litanie des bienfaits du multilatéralisme comme une manière simple et de bon goût de gérer la mondialisation indispensable au progrès et à la paix du monde. Mais ce discours qui visait à le présenter comme le leader du « progressisme » contre le « populisme » – c’est aussi son thème de campagne pour les européennes de 2019 – tombe à un très mauvais moment. Non seulement lui-même se trouve dans une situation difficile en France, mais tous ceux qui défendent cette position d’un monde ouvert aux quatre vents se trouvent sur la sellette. Les défenseurs d’une gouvernance mondiale via les organisations qui comme l’ONU, l’OMC ou l’Union européenne la représentent, n’ont plus l’opinion derrière eux, s’ils ne l’ont jamais eue. Que ce soit Merkel ou Macron, ils sont contestés dans leur propre pays, alors que les leaders « populistes » que ce soit Salvini, Orban ou Kurz en Autriche, ont des cotes de popularité extrêmement élevées. Certes cela tient pour partie à leurs positions sur l’immigration, encore que la popularité de Trump reste plutôt faible, mais également à leurs prises de position en matière économique. Jacques Sapir avait déjà remarqué que l’accord que Trump avait signé avec le Mexique après s’être extrait de l’ALENA, était finalement bien plus social pour les travailleurs mexicains et étatsuniens puisqu’il offrait des garanties de salaires contrebalançant les échanges commerciaux[5]. 

    Les derniers feux de la mondialisation 

    Mais voilà maintenant que le gouvernement italien vote un budget en contradiction totale avec les orientations de Bruxelles. En effet, passant outre aux recommandations de la Commission européenne, et aux récriminations de Moscovici[6], le gouvernement italien a décidé de laisser filer les déficits, enfin pas tout à fait tout de même puisque ce déficit resterait inférieur à 3% – il serait même de 2,4%, alors que le vertueux Macron arrivera sans doute en peinant et en massacrant le pouvoir d’achat des plus faibles à 2,7% en 2019. En réalité ce sont plutôt les mesures que l’Etat italien va prendre qui déplaisent dans leur essence. D’abord il y a la hausse de la hausse de la TVA qui devait entrer en vigueur au 1er janvier 2019 et qui devait rapporter 12,4 milliards d’euros. Comme on le sait la TVA est un impôt des plus injuste puisqu’il est en quelque sorte un impôt dégressif en fonction du taux d’épargne. Le gouvernement de Conte vient de l’annuler.

    Il y a également la mise en place du revenu de citoyenneté qui garantit un minimum de 780 € par personne et par mois si elle ne touche pas d’autre revenu. C’est une sorte de revenu universel à la manière finlandaise, un peu ce que va chercher à mettre en place Macron, encore que celui-ci dans son inconséquence veuille le rattacher à une activité – laquelle ? mystère. Le coût de ce revenu de citoyenneté serait de 10 milliards d’euros en 2019. A ce revenu de citoyenneté, le gouvernement italien va ajouter une pension de citoyenneté en direction des retraités ou des plus âgés qui ne peuvent pas travailler. Une sorte de minimum vieillesse. Le coût de cette mesure serait de 8 milliards d’euros.

    Il y a ensuite un programme plus classique d’investissements publics, dans les infrastructures et dans l’industrie pour un volume de 15 milliards sur trois ans. Auquel il faut ajouter un programme de maintenance du réseau routier, promesse faite au moment de l’écroulement du pont de Gênes.

    On note encore une baisse de l’impôt sur les petites entreprises, et non pas sur les grandes, celles qui réalisent un chiffre d’affaire inférieur à 65 000 €. Cette mesure est étendue aux professions libérales et aux artisans. Il s’agit d’une sorte d’impôt uniforme qui serait égale à 15%. On note que c’est un geste qui, à l’inverse du CICE en France, soutient les petites structures et ne favorisent pas indifféremment les grandes entreprises, c’est sans doute pour cela qu’il est erroné de parler de flat tax comme certains se sont empressés de le dire. Dans ce paquet on retrouve aussi les traditionnelles exemptions fiscales pour les entreprises qui embauchent et qui réinvestissent leurs profits[7]. Evidemment ces mesures ont été critiquées par les partis européistes, les débris de Forza Italia et Partito Democratico, à cet ensemble, on peut ajouter sans surprise le président Mattarella qui a dit tout le mal qu’il pensait de ce projet de budget.

    Si ses mesures font peur à Bruxelles, ce n’est pas tant qu’elles creusent la dette et le déficit, mais plutôt parce qu’elles violent les recommandations de la Commission européenne[8]. En effet celle-ci suppose que la seule solution portée par la logique économique se trouve du côté de l’offre, donc il faut faire des coupes sombres dans les dépenses de l’Etat, surtout les dépenses sociales, faire baisser les salaires et peser ainsi sur la demande. Les Italiens font exactement le contraire, ils favorisent la demande, et la demande des classes les plus défavorisées. Moscovici lui, en tant que commissaire aux affaires économiques, met l’accent sur la dette italienne qui s’élève à plus de 130% du PIB. Et cela plombe la valeur de l’euro sur les marchés.

     Les derniers feux de la mondialisation 

    Les dettes publiques en Europe en 2018 

    Le gouvernement italien prend le contrepied exact de ce qui s’est fait avant dans ce pays : l’austérité ne permet pas de relancer la croissance et donc de réduire la dette, la preuve, la Grèce n’arrive pas à réduire son endettement malgré la braderie de ses actifs publics et les multiples tours de vis qui ont réduit son modèle social à presque rien. Il privilégie clairement une relance par la demande et l’investissement. Mais cela n’ira pas sans mal. Deux obstacles risquent d’entraver ce plan :

    – tout d’abord la réaction des marchés qui risquent de faire monter les taux d’intérêts sur la dette italienne, mais aussi par contrecoup faire monter les taux d’intérêt dans toute l’Europe, et donc d’entraver la reprise[9].  Ces tensions pourraient avoir des répercussions sur l’ensemble du secteur bancaire européen déjà fragilisé : les valeurs bancaires ont fortement chuté à Milan et à Paris pour les banques qui comme le Crédit agricole sont fortement impliquées dans la dette italienne. Cet aspect pourrait du reste pousser les pays européens à demander ou à encourager la sortie de l’Italie de l’euro en supposant que cela renforcerait l’homogénéité de la zone.

    – le second point est de savoir si un plan de relance par la demande de type clairement keynésien peut réussir en Italie sans que cela ne détériore la balance commerciale et relance les importations. La réponse est difficile parce qu’aujourd’hui la balance commerciale italienne est excédentaire, donc on peut se permettre une hausse des importations, mais en même temps, il parait difficile qu’un tel plan de relance puisse réussir si l’Italie reste dans l’euro, voire même si elle reste dans l’Union européenne. Pour des raisons diverses et variées – notamment parce que les appuis du gouvernement dans les milieux patronaux ne le veulent pas – le gouvernement ne semble pas vouloir sortir de l’Union européenne et peut-être pas non plus de l’euro. C’est sans doute sa principale ambiguïté.

    Notez qu’à l’avantage des Italiens, l’explosivité de leur budget pourrait faire chuter l’euro et donc relancer les exportations sur les autres marchés. Mais quoi qu’il en soit le gouvernement italien présente aujourd’hui incontestablement le budget le plus à gauche depuis des décennies en Europe ! Ce qui n’est pas le moindre paradoxe ! 

    Le Brexit arrive et c’est déjà demain 

    Les européistes sont enragés et mènent volontairement la vie dure au gouvernement de Theresa May dans les négociations sur la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne. On dit aussi que si les négociations sont si dures, on demande toujours plus au Royaume Uni, c’est bien sûr pour faire un exemple – dissuader les autres pays de sortir – mais aussi sous la pression de Macron – encore lui ! – qui se rêve en leader de cette Europe nouvelle qui ressemble à un serpent de mer. Sans doute Macron surestime les difficultés de Theresa May face à sa propre opinion publique. Mais est-ce un bon calcul que de saboter les négociations, alors que selon Sapir les négociateurs ont déjà trouvé une entente à peu près sur tous les terrains[10] ? Le comportement de Macron relève encore une fois d’un amateurisme qui fait la part belle à son caractère violent et arrogant. Il est encore plus inquiétant qu’il se trouve des politiciens qui en Europe le suivent ! 

    Les derniers feux de la mondialisation 

    Les européistes qui craignent vraiment la contagion à d’autres pays d’une sortie de l’Union européenne, œuvrent en deux sens, d’une part ils tentent d’empêcher un règlement du divorce à l’amiable, et de l’autre ils essaient de susciter un nouveau référendum au Royaume Uni pour inverser la tendance. Le sinistre Corbyn, leader très contesté du Labour et antisémite convaincu, pousse dans ce sens, arguant du chaos apparent engendré par la longueur des négociations[11]. Mais ceux qui rêvent à ce genre d’issue sont les mêmes qui avaient prédit un effondrement de l’économie britannique après l’annonce du résultat du référendum. Or l’économie britannique se porte plutôt bien si on regarde les indicateurs de la croissance et de l’emploi, même si on constate un ralentissement au second semestre 2018, mais ce ralentissement à lieu aussi en France et dans le reste de l’Europe. Theresa Lay a réaffirmé qu’il n’y aurait pas de nouveau référendum. On a même vu un milliardaire britannique un peu fou qui voulait financer une nouvelle campagne pour un nouveau référendum : on retrouve l’idée bien peu démocratique que quand le peuple vote mal, il faut le faire revoter[12] ! Mais les délais étant ce qu’ils sont, on voit mal comment cela pourrait se faire.

    Il y a donc très peu de chance pour qu’il y ait un second référendum, d’autant qu’une très grande partie de l’opinion ne le souhaite pas, malgré la publication régulière de sondages douteux[13], et qu’il y a une tendance dure chez les Tories autour de Boris Johnson pour un Brexit dur, sans concessions.

    La tension est encore montée d’un cran avec les provocations de la Commission européenne réclamant au Royaume Uni un remboursement obscur de 2,7 milliards d’euros de droits de douane perçus indûment selon elle, et cela dans les deux mois[14] ! On ne voit pas très bien ce que fera la Commission si le Royaume Uni ne paie pas, enverra-t-il ses troupes à l’assaut de Londres ? Mais cette stratégie de la tension qu’aime manifestement Macron n’est pas partagée par tout le monde. En effet que le Brexit soit accommodant ou non, il aura bien lieu. La date est déjà fixée, et il semble maintenant trop tard pour renverser la vapeur : c’est le 30 mars 2019 que la sortie du Royaume Uni aura lieu, avec ou sans accord. Très souvent on présente le Brexit comme un désavantage pour le Royaume Uni, une perte sèche en quelque sorte. Mais s’il est assez clair que le rétablissement des frontières et des droits de douane entre l’Union européenne et le Royaume Uni risque de détourner une partie du trafic commercial, ce désavantage n’est pas seulement au détriment des Britanniques. En effet, ceux-ci ont une balance commerciale déficitaire avec plusieurs pays de l’Union européenne, l’Allemagne, mais aussi la France et même l’Espagne. Par contre leur commerce avec les Etats-Unis et curieusement avec la Suisse est clairement excédentaire. Une sortie de l’Union européenne sans accord pourrait justement obliger les britanniques à rétablir au plus vite leur balance commerciale en réorientant leur industrie. Ce qui veut dire que d’un point de vue commercial, l’Allemagne et la France ont plus à perdre que le Royaume Uni en cas de sortie sans accord : le déficit du commerce avec l’Allemagne est estimé à près de 20 milliards de dollars, et avec la France à environ 10 milliards[15]. C’est bien pourquoi les Allemands commencent à s’alarmer de la tournure que prennent les négociations. On remarque à ce propos que ce sont les politiciens – Merkel et Macron – qui sont le plus en difficulté dans leur propre pays qui freinent autant qu’ils le peuvent un Brexit à l’amiable, comme s’ils pensaient que l’Union européenne les protégerait encore un moment de l’opprobre de leurs propres citoyens. A ceux-là on peut ajouter aussi Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, deux représentants non élus de la bureaucratie européiste. 

    Conclusion 

    Comme on le voit à l’aide de ces quelques exemples, c’est à une sorte de démondialisation que nous assistons aujourd’hui et à une volonté de retrouver la souveraineté des Etats. C’est la construction européenne qui semble la plus touchée essentiellement parce que c’était la forme la plus avancée et la plus complète de la mondialisation, la mieux armée pour gouverner au-delà de la démocratie. Ce mouvement risque de s’accélérer dans les mois à venir à la fois parce que les systèmes bancaires sont mal en point, mais aussi parce que la croissance ralentit fortement, en France, mais aussi dans toute l’Union européenne, annonçant des futurs agités. Ceux qui rêvent d’une autre Europe, plus sociale, ou plus démocratique, se bouchent les yeux et les oreilles pour ne pas voir la réalité en face : ce moment est passé. 

    Les derniers feux de la mondialisation 



    [1] https://www.lemonde.fr/international/article/2018/09/26/donald-trump-isole-au-conseil-de-securite-des-nations-unies_5360729_3210.html

    [2] https://www.franceinter.fr/monde/l-unesco-perd-son-plus-gros-contributeur-les-etats-unis-de-trump

    [3] https://www.huffingtonpost.fr/2018/08/31/les-etats-unis-arretent-de-financer-lagence-de-lonu-qui-aide-les-palestiniens_a_23514137/

    [4] https://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2018/08/30/donald-trump-menace-de-quitter-l-organisation-mondiale-du-commerce_5348272_1656941.html

    [5] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/quand-donald-trump-fait-mieux-que-les-sociaux-d%C3%A9mocrates/1379116782218236/

    [6] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/09/28/97002-20180928FILWWW00076-pour-moscovici-le-projet-de-budget-italien-est-hors-des-clous.php

    [7] https://www.pmi.it/impresa/normativa/279040/ok-a-sforamento-deficit-cosa-cambia-in-legge-di-bilancio.html

    [8] https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/un-projet-de-budget-italien-2019-qui-coince-1794946.php

    [9] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/l-italie-seme-de-nouveau-le-trouble-sur-les-marches-et-les-banques-792098.html

    [10] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/le-sommet-de-salzbourg-ou-lagonie-de-lue/1397667297029851/

    [11] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/09/24/brexit-les-militants-du-labour-pressent-jeremy-corbyn-d-appeler-a-un-second-referendum_5359207_3214.html

    [12] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/08/19/20002-20180819ARTFIG00064-brexit-un-patron-donne-1-million-de-livres-pour-un-nouveau-referendum.php

    [13] https://www.lemonde.fr/referendum-sur-le-brexit/article/2018/02/01/non-les-britanniques-ne-regrettent-pas-le-brexit_5250576_4872498.html

    [14] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/09/24/bruxelles-donne-deux-mois-a-londres-pour-rembourser-2-7-milliards-d-euros-de-droits-de-douane-non-percus_5359392_3214.html

    [15] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEchangesPays?codePays=GBR

    Partager via Gmail

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique