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    Amer savoir, celui qu'on tire du voyage !
    Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
    Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image
    Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui !

    Charles Baudelaire, Le voyage

     

    La révolte contre le tourisme 

    Les Vénitiens manifestent contre la destruction de leur ville par le tourisme

     

    Les raisons de la colère 

    Cet été on a assisté à un mouvement de révolte inédit : les habitants des régions concernés commencent à se révolter contre le tourisme[1]. Certes des mouvements de ce type existaient depuis longtemps, mais ils prennent un tour nouveau parce qu’ils se développent presque simultanément de partout tout autour de la Méditerranée, et surtout ils sont massifs. Evidemment on peut toujours se rassurer en pensant que ce mouvement est juste un mouvement contre le tourisme de masse. Mais non, c’est le tourisme en lui-même qui est dénoncé et critiqué dans ses fondements. Pour comprendre ce mouvement de colère, il faut partir de l’idée simple selon laquelle le tourisme est un des aspects les plus néfastes de la mondialisation. Il est mauvais en soi et pour soi. Des milliers d’études le montrent, le tourisme pollue et détruit l’environnement :

    - il augmente les émissions de CO2 parce que les touristes se déplacent et n’existent qu’en couvrant des espaces de plus en plus importants, en avion, en bus, en train ou en voiture. L’Organisation Mondiale du Tourisme estime que cette activité est responsable de 5% des émissions de CO2 dans le monde[2]. Evidemment cette évaluation est variable. Si Paris est la première destination touristique du monde, c’est aussi la ville qui voit son niveau de pollution atteindre des sommets à cause justement du tourisme, c’est en effet toutes les années plus de 30 millions de touristes qui passent par la capitale[3] ; 

    La révolte contre le tourisme 

    Les Grecs qui subissent déjà la politique de pillage de l’Union européenne sont en plus condamnés à subir les hordes de touristes qui déferlent sur Athènes 

    - il détruit même l’objet de ses désirs. Que ce soit Venise ou Athènes, le tourisme menace ces sites classés comme des merveilles de l’humanité de destruction massive par l’excès du nombre de leurs visiteurs. Sur la Côte d’Azur le tourisme a engendré un bétonnage du littoral qui a défiguré une région magnifique et qui par capillarité a détruit aussi la Provence qui dans le temps était aussi une région agricole ;

    - le tourisme induit un aménagement du territoire qui le plus souvent fait grimper les prix des logements et chasse les autochtones de leurs lieux d’origine, alors qu’ils sont évidemment partie prenante de la culture locale. Dans le même ordre d’idée, le tourisme demande la production d’infrastructures qui consomment une grande quantité d’espace naturel : routes autoroutes, aéroports, mais aussi la mise aux normes de consommation des centres-villes, avec leurs zones piétonnes, leurs faux pavés, leurs faux magasins de souvenirs authentiques, leurs faux cafés et leurs fausses terrasses. 

    La révolte contre le tourisme 

    A Barcelone on dénonce le comportement irrespectueux des touristes 

    Mais les dégâts causés par le tourisme ne s’arrêtent pas là. Il produit aussi un grand remplacement, en Provence non seulement les deux tiers de la population n’en est pas originaire, mais presque plus personne ne parle le provençal, ni même avec un accent prononcé. Il y a une normalisation des comportements dans tous les domaines. A Venise, il n’y a plus de Vénitiens depuis longtemps qui parlent le Vénète. Dans le temps il y avait une économie diversifiée autour de Venise, de l’agriculture, de la pèche, mais aussi de l’industrie. Toutes ces activités ont disparu pour être remplacées par des emplois dans la domesticité, c’est-à-dire pour servir le touriste[4]. En même temps de nouveaux habitants sont venus s’installer et leurs revenus leur ont permis de chasser les plus anciennement installer. La haine s’ajoute à la haine, et il vient que le touriste est méprisé et pris pour ce qu’il est, une simple source de revenus qui compense la disparition des activités traditionnelles. Mais le coût symbolique et culturel d’un tel remplacement est très élevé. 

    La révolte contre le tourisme 

    Invasion touristique à Venise 

    Venise est le symbole de cela. Venise d’existe plus, c’est juste un décor planté là qui justifie que les touristes payent et payent le plus possible. On est évidemment loin de Canaletto. La marchandise s’est emparée de Venise et la détruite. Dans les années cinquante, 150 000 habitants peuplaient la lagune, aujourd’hui ce chiffre est passé à 50 000[5]. La dernière monstruosité ce sont ces bateaux de croisières qui s’approchent dans la lagune et semblent écraser la ville tout entière – non seulement ses bateaux devraient être interdits, mais ils ne devraient même pas avoir le droit de s’approcher de la lagune, on se demande bien ce qu’on peut avoir dans la tête pour prendre un tel moyen de déplacement. Et quand on va sur la place Saint-Marc, ce n’est plus la place elle-même que nous photographions ou que nous voyons, mais une masse informe de touristes. 

    La révolte contre le tourisme 

    Au Pays Basque le Parisien n’est guère aimé 

    Le touriste est sale, s’habille mal, croyant être décontracté, laisse des déchets après son passage, le plus souvent il se conduit en conquérant, supposant que son argent peut tout acheter, y compris sa crasse, son manque de dignité et son imbécilité. Il ne faut pas avoir peur de le dire, le touriste est laid, et rien que son image désolante gâche le paysage. Il est majoritairement vieux, il a le ventre rebondi, l’appareil photo en bandoulière et aime prendre des selfies de lui-même comme si ça pouvait intéresser quelqu’un. Il évolue en troupeau sous la conduite d’un guide qui en général le méprise ardemment aussi. Mais on dira que ce sont des emplois, et que par les temps qui courent le tourisme est nécessaire est incontournable. En France l’emploi généré par le tourisme serait, selon l’INSEE, d’1,3 millions de personnes, soit 4% de l’emploi total[6]. Ce sont des emplois de merde pour reprendre l’expression de David Graeber[7], des emplois de fainéants, mais ils ont émergé justement comme la conséquence de la mondialisation et donc de la division du travail poussée à son extrême. La richesse de ces emplois est complètement nulle, ils ne servent que de prétexte pour faire circuler de la monnaie. Car l’idéal capitaliste, c’est la circulation de l’argent pour faire plus d’argent encore. On appelle cela un idéal de fluidité. Ces emplois ne se seraient pas développés si dans le même temps dans les pays développés on n’avait pas détruit l’agriculture et l’industrie. Mais le pouvoir de l’argent donne momentanément le sentiment au touriste qu’il maîtrise quelque chose et donc qu’il est lui-même supérieur à ceux qui le servent puisqu’il paye. On comprend bien que le mépris fonctionne dans les deux sens, car les domestiques qui les servent n’hésitent pas à montrer leur détestation. Le tourisme engendre presque naturellement une culture de la haine.  

    La révolte contre le tourisme

    C’est évidemment pire encore dans les pays en développement dont les autochtones se voient exclus des emplois et des lieux de villégiature, telle plage, en général la plus jolie, sera réservée uniquement aux touristes. Mais l’impact du tourisme sur l’environnement ne s’arrête pas là. Le touriste consomme également beaucoup d’eau. Il y a quelques décennies, l’ONU encourageait la Tunisie à se reconvertir dans le tourisme, au motif qu’elle n’avait pas assez d’eau pour entretenir une agriculture archaïque et peu productive, mais on s’est aperçu que le tourisme consommait bien plus encore du précieux liquide que l’agriculture[8], puisqu’il faut en effet se laver, construire des piscines et utiliser aussi de l’eau pour accroître la densité d’espaces verts[9]. Autrement dit on a poussé les pays du sud de la Méditerranée à abandonner l’agriculture pour économiser de l’eau, mais le but caché de cette manœuvre était de rendre ces pays dépendant du marché mondial des produits alimentaires. 

    Tourisme et consumérisme

     

    Le spectateur n’est chez lui nulle part,

    car le spectacle est partout

    Guy Debord

     

    Le tourisme est au cœur de la civilisation consumériste. C’est même lui qui lui donne son sens. Cette consommation compulsive du voyage est une compensation à l’ennui d’une vie généralement morne et sans intérêt. L’ennui n’est pas seulement la mère de tous les vices, et plus particulièrement du tourisme, elle est l’autre face de la dépendance à la consommation d’objets et de marchandises. Il en est de cette activité comme de l’immigration de masse, c’est censé nous « enrichir », économiquement et culturellement. C’est évidemment faux, car si le tourisme génère des recettes monétaires, celles-ci sont compensées et au-delà par la destruction de l’économie locale et de l’environnement naturel. En se pliant à la nécessité de consommation des touristes les travailleurs de ce secteur détruisent leur propre culture et la remplace par une culture sans racine, celle de l’argent. En outre les touristes n’ont que très peu de contacts avec les autochtones, sauf des rapports d’argent pour acheter des services ou des marchandises, et dans le cadre de ce qu’on peut appeler le tourisme sexuel qui est une autre forme de la consommation de marchandises et qui se pratique plutôt dans les pays en développement comme une forme renouvelée de colonisation ou d’esclavage. En tous les cas, il s’agit du pouvoir que donne la monnaie sur la vie d’autrui. Si le tourisme sexuel impliquant des enfants est stigmatisé de toutes parts, il existe aussi une diversification de celui-ci. La prostitution est le complément nécessaire du tourisme, et des pays comme la République dominicaine se sont spécialisés dans le tourisme sexuel à destination des femmes, mûres ou âgées[10]. Des campagnes sont menées contre la prostitution des femmes et des enfants destinée aux touristes, et à juste titre. Mais pour autant, dans son principe la prostitution des mâles des pays en voie de développement envers ces vieilles femmes seules qui s’ennuient est tout aussi condamnable. Encore pour s’en apercevoir faut-il avoir conserver un peu de sens moral, ce qui est une denrée hors de prix par les temps qui courent. 

    La révolte contre le tourisme

    « La prostitution n'est qu'une expression particulière de la prostitution générale de l'ouvrier et comme la prostitution est un rapport où entrent non seulement le prostitué mais aussi celui qui prostitue – dont l'abjection est plus grande encore - le capitaliste, etc., tombe aussi dans cette catégorie. »

    Karl Marx, Les manuscrits de 1844. 

    Mais en même temps le tourisme est le produit de la mondialisation, donc de la division internationale du travail. Le tourisme, ce n’est pas une activité, c’est d’abord une marchandise, elle ne pourrait pas exister si dans le même temps on n’avait pas externaliser les fonctions vitales des pays touristiques ; il viendra sûrement un temps, si ce n’est déjà le cas, où les Grecs importeront du fromage de brebis pour satisfaire à la clientèle touristique avec des recettes culinaires à base de feta. En Provence des restaurants font de la cuisine provençale pour les touristes avec une huile d’olive importée d’on ne sait où[11], ou encore avec de l’ail trafiqué produit en Chine à bas prix[12].

    Des pays comme l’Italie ou la France ont fait de cette activité leur première ressource en devises, sabordant au passage leur industrie et leur agriculture. Dans cette logique, le touriste est tout seul, consommateur égoïste de ce qu’il peut se payer en fonction de son budget, il n’inscrit pas son action néfaste dans une logique sociale. Il ne le peut pas. Il compte ses sous et mesure la quantité d’utilité qu’il reçoit en échange. C’est le triomphe de la valeur utilité. Ne créant rien en particulier, aspiré par une logique destructrice, le tourisme est l’emblème d’une civilisation qui est fondée sur la circulation monétaire, c’est-à-dire sur rien. Officiellement, selon les chiffres de l’OMT, le tourisme représenterait 12% du PIB mondial, et 200 millions de personnes (ou de domestiques comme on veut) vivraient des revenus de cette activité prédatrice. Mais comme on le sait, à moins d’être économiste, la monnaie n’est pas forcément la richesse. Elle est seulement une promesse de richesse, en ce sens qu’elle est un droit de tirage sur la richesse à venir. C’est pourquoi elle disparait dans les crises économiques. La richesse générée par l’activité touristique, indépendamment du fait qu’elle dégrade l’environnement et l’être humain, repose sur du sable, c’est le cas de le dire.  

    La révolte contre le tourisme

    D’abord parce qu’elle est tributaire de l’activité économique dans les autres secteurs. La crise de 2008 a en effet ralenti considérablement son développement dans le monde, mais également la France en 2015 a vu ses recettes touristiques diminuer du fait des attentats. Cependant, il faut bien comprendre que du fait du développement rapide de la mondialisation, le tourisme est une calamité, mais lorsque celui-ci ralentit, c’est pire encore parce que les recettes s’effondrent et l’emploi disparait. Ainsi non seulement le touriste est dépendant de ses pulsions consommatrices qui le rendent fou et aliéné au voyage sans but et sans intérêt, mais ceux qui vivent du tourisme sont dépendants maintenant de cette aliénation créée par la mondialisation et la circulation monétaire. 

    La révolte contre le tourisme

    La révolte contre le tourisme

    Eloge de l’immobilité

     

    Les ports c'est con 
    Les gares aussi
    Quant aux Orly 
    N'en parlons pas
    J'aime bien ma taule 
    Et mes bouquins
    Je voyage en douce 
    Ça me coûte rien 

    Léo Ferré, Les gares et les ports

     

    A premier vue, il semblerait que le tourisme soit une chose plus ou moins naturelle. On a le besoin de se déplacer, de connaître autre chose que son chez soi. Mais en réalité c’est juste de l’idéologie. La mobilité c’est le fondement du capitalisme, il faut bouger. Mais cette fuite en avant masque de moins en moins le vide de la vie sociale et économique. Il est temps de revenir à une immobilité relative. Disons à sortir de ces béquilles que sont les moyens de déplacement modernes qui nourrissent aussi l’ambition stupide de la réussite sociale par l’argent. Car la mobilité fabriquée et quasi obligatoire pour travailler, pour consommer et se distraire, se double aussi de la nécessité de mobilité sociale qui renvoie forcément à l’accumulation de capital monétaire ou de capital symbolique. C’est pourquoi l’éradication de ce fléau qu’est devenu le tourisme international, passe par une remise en cause profonde de l’idée de croissance économique, avec l’idée de travailler et de consommer autrement. C’est en effet sur les manières de produire, ainsi que nous l’a appris Marx, qui induisent les formes des relations sociales. Il est donc impossible qu’il puisse exister un tourisme propre et respectueux de l’environnement comme des cultures. C’est la même erreur que de croire que le problème de la pollution se réglera par le développement des énergies « propres »[13]. La question énergétique ne peut se résoudre que dans la décroissance, comme le tourisme prédateur et destructeur ne peut se résoudre qu’en disparaissant. Il ne peut y avoir de tourisme propre sauf pour une petite élite aristocratique qui en a les moyens. Dès lors que la démocratisation pousse vers le tourisme de masse, les effets négatifs sont incontournables. C’est juste une affaire de slogan publicitaire que de parler de tourisme propre ou d’éco-tourisme, c’est un mensonge de plus dans une société qui ne vit que de cela.

     

    C’est ce qu’avait compris Baudelaire qui fut assurément un des meilleurs critiques de la modernité et de ses idées farfelues.

     

    Les hiboux, Charles Baudelaire

     

    Sous les ifs noirs qui les abritent,

    Les hiboux se tiennent rangés,

    Ainsi que des dieux étrangers,

    Dardant leur œil rouge. Ils méditent.

     

    Sans remuer ils se tiendront

    Jusqu'à l'heure mélancolique

    Où, poussant le soleil oblique,

    Les ténèbres s'établiront.


    Leur attitude au sage enseigne

    Qu'il faut en ce monde qu'il craigne

    Le tumulte et le mouvement,


    L'homme ivre d'une ombre qui passe

    Porte toujours le châtiment

    D'avoir voulu changer de place. 

    La révolte contre le tourisme

     


    [1] http://www.liberation.fr/planete/2017/08/07/en-espagne-des-touristes-malmenes-et-un-ras-le-bol-generalise_1588183 et aussi https://www.marianne.net/economie/une-epidemie-anti-touristes-se-propage-en-europe?utm_term=Autofeed&utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#link_time=1502921045

     

    [2] http://www.lechotouristique.com/article/le-tourisme-genere-5-du-co2-dans-le-monde,39522

    [3] https://www.consoglobe.com/vrai-impact-carbone-paris-cg

    [5] http://www.francetvinfo.fr/monde/italie/les-venitiens-etouffes-par-le-tourisme-de-masse_2066457.html

    [6] https://www.insee.fr/fr/statistiques/1283777

    [7] https://libcom.org/library/phenomenon-bullshit-jobs-david-graeber cette idée de boulots de merde a été reprise et étendu dans l’ouvrage de Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde !, La découverte, 2016.

    [8] http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/07/25/le-tourisme-assoiffe-les-pays-mediterraneens_1077211_3244.html

    [9] Voir aussi sur ce thème http://ec.europa.eu/eurostat/documents/3888793/5844533/KS-78-09-699-FR.PDF/fb4a9ccf-034b-49c7-ae3d-de5dba39fbe8

    [10] https://partir-entre-amis.fr/tourisme-sexuel-au-kenya-ou-en-rep-dom/

    [11] http://www.atlantico.fr/decryptage/grosse-arnaque-huile-olive-reglementation-europeenne-influence-lobby-agro-alimentaire-perico-legasse-967539.html

    [12] http://www.curioctopus.fr/read/10757/ail-en-provenance-de-chine:-voici-pourquoi-il-n%E2%80%99est-pas-bon-et-comment-le-reconnaitre

    [13] Voir sur ce thème un article intéressant qui incite à changer de mode de production : http://www.usinenouvelle.com/article/l-energie-propre-ca-n-existe-pas.N29136

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  •  Attentats meurtrier à Barcelone et à Cambrils

    Un nouvel attentat vient d’avoir lieu en Europe, à Barcelone précisément. Le premier bilan est très lourd, au moins 13 morts et 80 blessés. Cet attentat a été revendiqué au nom de l’Etat Islamique et donc au nom de l’Islam. Comme d’habitude on a donné dans le registre compassionnel, Macron ou Hidalgo y allant de leur solidarité avec Barcelone. Mais tout cela reste bien en deçà des problèmes soulevés par une méthode qui se répand de plus en plus en Europe. Quelques heures plus tard on apprenait qu’un autre attentat avait eu lieu au sud de Barcelone, à Cambrils, avec un bilan bien moins lourd, seulement quelques blessés dont un dans un état critique[1]. Plusieurs terroristes ont été tués. Il y a une répétition de ces actions meurtrières un peu partout en Europe depuis l’attentat du 14 juillet 2016 de Nice, dans le même genre il y a aussi Berlin, Londres et Stockholm[2]. Ces deux attentats simultanés en Catalogne font douter que l’attentat font douter d’ailleurs que l’attaque de la pizzeria à Sept-Sorts soit une fois de plus le fait d’un déséquilibré. 

    Attentats meurtrier à Barcelone et à Cambrils 

    Driss Oukabir l’auteur présumé de l’attentat 

    Mais tout cela est bien connu. On peut cependant réfléchir au-delà de la simple compassion nécessaire envers les victimes. Le premier point est que les représentants de l’autorité ne semblent pas avoir les réponses adéquates. Le président de la région Catalogne, Carles Puigdemont, avant même de ne rien connaître des tenants et des aboutissants des deux attentats qui ont endeuillé la région qu’il préside, a avancé que « la Catalogne restera une terre de paix et d’accueil »[3]. Comme ses confrères de la classe politique en Europe, il ne semble pas comprendre qu’il s’agit d’une véritable guerre contre l’Islam radical. Il emploie le mot « paix » là où il devrait employer le mot « guerre ». Il fait comme s’il s’agissait d’un accident inattendu ou d’une sorte de catastrophe naturelle. Il suppose que rien ne sera changé et donc que l’immigration clandestine ou pas continuera comme avant, que l’Islam radical aura encore pignon sur rue, pourra continuer à recruter et à prêcher la guerre contre les mécréants. C’est bien plus qu’une compréhension erronée des événements qui lui éclatent à la figure, c’est une incapacité à protéger ses citoyens. Espérons que cet ultime attentat fasse un peu changer nos politiques et qu’ils prennent la dimension de cette guerre qui est pourtant revendiquée comme telle par l’Etat Islamique. 

    Attentats meurtrier à Barcelone et à Cambrils 

    Cette attitude de déni des hommes politiques est confortée par le discours véhiculé par la presse ordinaire. Je passe sur le fait bien connu de décrire les terroristes comme des désespérés ou des fous. En tous les cas la responsabilité de ces attentats n’est jamais claire. Ainsi le journal Le monde nous signale que c’est « une fourgonnette qui a percuté la foule ». Cela relève du mensonge ordinaire : la fourgonnette n’y est pour rien, c’est la personne qui la conduisait qui est un criminel. Il eut fallu écrire un terroriste massacre la foule sur la place de Catalogne au nom de l’Islam. Voilà qui aurait été plus clair. Il est évident que si on commence par ne pas nommer clairement un événement, il sera impossible d’y faire face correctement.

    On sait par ailleurs que Barcelone est un des foyers de l’islamisme radical. Or cette ville a déjà payé un lourd tribut à la guerre, c’était en 2004, plusieurs bombes avaient explosé dans des trains faisant 191 morts[4]. Déjà à cette époque on avait eu droit aux lamentations compassionnelles des différents chefs d’Etat assurant la Catalogne de son soutien : mais tout cela ce sont des discours mensongers destinés à masquer le fait qu’on ne fera rien. La continuité de ces attentats montre qu’on ne doit pas les traiter à la légère comme des cas isolés, mais au contraire les comprendre comme un tout. C’est sans doute plus qu’une question policière, une question politique.  Mais il est vrai que les Etats ayant été dépossédé de leurs attributions, n’osent plus prendre de décision autre que minimale.

     



    [1] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/terrorisme/20170818.OBS3503/attentat-de-barcelone-une-autre-attaque-dejouee-a-cambrils.html

    [2] http://www.leparisien.fr/faits-divers/attentats-a-la-voiture-belier-nice-berlin-stockholm-et-londres-frappes-par-ce-scenario-meurtrier-04-06-2017-7016559.php

    [3] http://www.lemonde.fr/attentat-a-barcelone/video/2017/08/17/attentat-de-barcelone-la-catalogne-est-et-restera-une-terre-de-paix-et-d-accueil_5173514_5173500.html

    [4] http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/40877-barcelone-terrorisme-attentat-barcelone-espagne-avait.html

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  •  La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Avec la multiplication des sources d’information, les fake news se sont démultipliées, si bien qu’on ne distingue plus trop les fausses nouvelles déversées par les organes officiels de propagande comme Le monde ou Le Figaro, des imbécillités balancées jour après jour sur la toile par les sites complotistes. Et puis il y a des posts qui tombent sans source aucune sur Facebook ou twitter et la rapidité avec laquelle circule l’information engendre une surconsommation des images, or les images se prêtent très facilement, bien plus facilement que les statistiques par exemple, à la manipulation de l’information. Tout le monde peut du reste se faire prendre, parce qu’il s’agit d’une gymnastique constante à laquelle nous devons nous livrer pour ne pas à notre tour faire circuler la désinformation. Le plus souvent il s’agit d’utiliser des enfants, des femmes, âgées si possible, pour démontrer l’innocence face à la barbarie. Donnons quelques exemples.

     

    Dans Guy Debord, son art, son temps, en 1994, l’auteur avait montré comment à partir d’une fillette qui était en train de se noyer, aspirée qu’elle était par une coulée de boue, l’image était devenue l’ultime expression de la vérité, aussi horrible soit elle. Et donc quelle que soit l’horreur qui en ressortait, il fallait passer outre, le débat ne portait plus sur la mort assurée de cette malheureuse petite fille, mais sur l’éthique des journalistes qui se posaient la question de filmer cette horreur puis de la projeter dans le monde entier. Depuis on a été encore plus loin dans ce sens.

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Extrait de Guy Debord, son art, son temps, 1994 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

     

    On voit ci-dessus un post qui circule depuis quelques jours sur la toile et qui tend à demander une intervention musclée de Donald Trump. La situation au Venezuela est très confuse, ce n’est pas mon sujet de l’analyser aujourd’hui, mais nous constatons qu’il y a une propagande effrénée pour tenter de démontrer que Maduro est un sanglant dictateur[1]. Le message ci-dessus représente une petite fille de 7 ans, ce qui veut dire que l’enfance innocente est en danger et donc que Maduro est bien un dictateur. Ce message n’a pas de source, il tombe comme ça sur l’écran de votre ordinateur. Il suscite d’abord l’émotion pour justifier une politique. C’est sans doute le signe avant-coureur presque certain d’une intervention américaine musclée dans ce pays.

    Mais si on cherche un peu sur Internet, on retrouve une autre Bana, dans un message plus ancien elle met en scène sa propre misère dans la guerre. Celui-là : 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Comme on le voit les services de propagande ne font pas preuve d’une grande imagination : c’est presque du copier-coller. C’est encore Bana qu’elle soit syrienne ou venezuelienne ! Elle a toujours 7 ans, mais avant d’être sous la dictature de Maduro, elle souffrait en Syrie et elle appelait le monde entier à son secours ! Ce dernier message a été répété plusieurs fois sur un fond de photos de guerre. Leur grand nombre qui était manifestement des mises en scène, a amené à se poser la question de son existence, en tous les cas ses tweets posaient la question de savoir comment une petite fille de sept ans pouvait écrire dans un anglais de si bonne qualité[2]. Mais il parait qu’elle existait vraiment et qu’elle a fini par être évacuée d’Alep puis récompensée pour son rôle dans la guerre. Bana s’est ainsi retrouvée apparemment en Turquie, et là elle a servi à la propagande d’Erdogan. On avait déjà vu cela avec les boat-people à la fin des années soixante-dix. 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    A partir de l’idée selon laquelle la guerre est une mauvaise chose, surtout pour les enfants, le but est de susciter l’émotion et la culpabilité. C’est notamment le cas avec les migrants. Il est clair que si on ne les aide pas, on est un vrai salaud. Là encore on va servir de photos d’enfants, morts de préférence, pour nous faire admettre que nous petits français au portefeuille un peu plat, on se doit de les accepter, car comme le fait savoir le président Macron l’immigration est une chance pour l’Europe, et donc ne pas vouloir les accueillir est non seulement un antieuropéisme primaire, mais également la preuve d’un manque de compassion. Evidemment si je mets des photos pour illustrer mon article sur la violence des migrants, ou des photos de bagarres entre migrants, comme celle que je colle ci-dessous, je vais susciter la peur chez les Français et donc un rejet, alors qu’on sait que le sentiment anti-migrant est très élevé. Alors je vais choisir de privilégier les photos d’enfants, par exemple celle d’un enfant mort noyé sur une plage. Cette photo a été abondamment commentée, elle a fait le tour du monde. Il s’agit du petite Aylan Kurdi qui n’avait que trois ans au moment des faits.  

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Comment lire cette photo du jeune Aylan ? Elle sert d’abord à prouver l’égoïsme de l’Occident. C’est bien parce que l’Europe n’a pas mis de moyens matériels pour les réfugiés afin qu’ils traversent facilement la Méditerranée que le petit Aylan est mort. Cette photo a été publiée dans Le monde. Cependant rapidement le doute a été entretenu. D’abord parce que manifestement la photo a été recadrée comme le montre la suivante. Pourquoi ? et bien parce que si on la regarde dans son entier, on voit un autre militaire en train de prendre des photos, et un peu plus loin encore, deux autres pêcheurs qui paraissent indifférent à cet incident.  

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

     

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    En conservant l’original sans le tronquer, l’Occident n’apparait plus le seul égoïste en question ! on voit en effet dans le fond de l’image des pêcheurs qui continuent paisiblement leur activité, et puis surtout on voit un second militaire occupé principalement à prendre des photos, lui-même étant photographié par une troisième personne ! Il est donc au moins évident que deux personnes ont saisi l’occasion de la mort d’Aylan pour faire des jolies images qui allaient susciter l’émotion dans le monde entier. 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion 

    Les réactions à ces manipulations de l’image ne se sont pas faites attendre. Evidemment les sites d’extrême-droite ont crié au complot[3]. On a discuté à cette époque du rôle des passeurs, mais assez peu finalement, ou du pourquoi cet enfant n’avait pas de gilet de sauvetage. Le monde qui avait été beaucoup critiqué pour sa complicité dans cette propagande, a tenté de « décoder », mais sans convaincre[4]. On note évidemment que l’apitoiement sur un petit enfant mort a coupé tout de suite la réflexion sur les raisons des migrations et l’analyse sur les causes des guerres qui fabriquent des milliers de réfugiés. C’est sans doute le but de ce genre d’opération, mettre les européens devant le fait accompli : si des petits enfants se noient, alors on ne peut pas faire autrement que d’accueillir les migrants. Une étude des messages instantanés balancés sur les réseaux sociaux montre l’impact de cette propagande par l’image[5]. Cependant cette lecture compassionnelle des réfugiés syriens a été rapidement compensée par les exactions des migrants en Allemagne la fameuse nuit de Cologne qui a vu des centaines de femmes agressées d’une manière systématique et organisée par des migrants[6]. C’est là la preuve que la simple émotion ne suffit pas à enraciner une idée politique. Les sondages montrent que les Français restent opposés largement à l’accueil des migrants[7]. En Italie les migrants sont de moins en moins bien accueillis[8]. Mais c’est la même chose en Allemagne[9], ou encore en Belgique[10]. Ci-dessous, on voit que l’impact de l’image, même s’il est fort sur l’opinion n’est pas durable 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

     

    Source, Sud-Ouest, 3 mars 2016  

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    La propagande par l’enfant a été très souvent utilisée contre Israël par les Palestiniens[11]. En 2000 un enfant, Mohamed Al Doura serait mort dans les bras de son père Jamal Al Doura. Une polémique avait éclaté pour dénoncer une mise en scène[12]. Charles Enderlin et France 2 avaient été accusés de manipulation par l’agence de presse MENA. En effet aucune preuve de la mort par balle avait été avancée par Enderlin, mais on s’était aperçu que les blessures du père étaient plus anciennes et ne pouvaient avoir été faites ce jour-là.    

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    On a également beaucoup vu cette petite adolescente prendre souvent la pose face aux soldats israéliens. C’est sensé démontrer qu’Israël est un Etat fasciste qui s’en prend aux enfant palestiniens sans défense. Ces images ont, elles aussi, fait le tour du monde. Cette adolescente, Ahed Tamimi, sera reçue en grande pompe en Turquie, en Allemagne et même en France. Mais même L’obs qui est pourtant un journal très politiquement correct s’est aperçu de la supercherie et s’est rendu compte qu’il s’agissait chaque fois d’une mise en scène bien rodée edt qu’Ahed Tamami était une excellente actrice[13]. La preuve de ce qu’on avance ici se trouve dans un petit film diffusé sur Youtube à l’adresse suivante :

     

    https://www.youtube.com/watch?v=5sxqsmv0T1A

     

    Que voit-on dans ce film ? La même Tahed Tamami attendre que tout soit mis en place pour jouer sa comédie de la révolte contre Israël devant des caméras. C’est sans doute pour cela qu’on voit les soldats de Tsahal si souriants et si décontractés parce qu’ils ne la prennent pas au sérieux. Donc la jeune adolescente attend que les adultes soient prêts à filmer la scène avant d’aller faire sa provocation habituelle. On verra même un peu plus loin, les parents amener les enfants, les pousser contre les soldats sans doute en espérant un petit dérapage pour la photo. Notez que comme Ahed Tamami est blonde et qu’elle a les yeux clairs, ses photos sont destinées à la propagande extérieure et non pas aux Palestiniens eux-même.  

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Evidemment si j’utilise des photos d’enfants palestiniens formés dès leur plus jeune âge à la haine d’Israël et à la guerre, je n’obtiendrais pas le même résultat. Des films et des photos existent pourtant qui démontrent un endoctrinement dès le plus jeune âge. Mais ces photos circulent bien moins parce que les journalistes occidentaux sont largement pro-palestiniens, et donc montrer ces images reviendrait à dire que les Palestiniens n’œuvrent pas vraiment pour la paix. Il est toujours meilleur de montrer un enfant désarmé et innocent face à la barbarie des armes. Les Palestiniens et leurs soutiens en Occident sont devenus des maîtres en matière de manipulation d’images. Evidemment une telle manipulation demande des complicités, celles-ci se trouvent d’abord dans une condamnation à priori d’Israël quoi que ce pays fasse.

     

    La conclusion de tout ceci est que les enfants servent dans tous les cas à alimenter des images de propagande. C’est une autre forme du proverbe, selon lequel la vérité sort de la bouche des enfants. Leur diffusion vise deux buts : d’abord évidemment légitimer un combat politique, ensuite couper court et systématiquement à la réflexion. Dans le cas présent on se sert des images et des films pour prouver les violences de Maduro au Venezuela. Et bien sûr il est à peu près certain que Maduro n’est pas un saint. Mais au-delà il s’agit de préparer les esprits à une intervention plus active de la part des Etats-Unis dans leur chasse gardée, et donc de trouver une certaine légitimité à partir d’images violentes, en évitant d’analyser les raisons d’une intervention directe ou indirecte des Etats-Unis pour mettre ce pays au pas.  

    En fait la manipulation des images et la manipulation par les images possèdent des limites, et son usage est assez éphémère dans le temps. C’est comme un fusil à un coup. Après la mort d’Aylan Kurdi, d’autres enfants de réfugiés ont connu le même sort tragique, mais leurs images n’ont pas eu le même écho. Non pas parce que les populations sont devenues plus indifférentes, mais sans doute plutôt parce qu’elles se lassent d’être prises en otage en les privant d’une réflexion élémentaire.

     

     


    [1] http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170731.OBS2803/venezuela-la-composante-la-plus-radicale-de-l-opposition-l-a-emporte.html

    [2] http://www.lalibre.be/actu/international/la-petite-bana-7-ans-temoin-d-alep-est-existe-t-elle-vraiment-58526b08cd701e2eb28816d9

    [3] http://www.dreuz.info/2015/09/07/enfant-aylan-kurdi-mort-sur-la-plage-ce-que-la-photo-recadree-vous-a-cache/

    [5] https://www.buzzfeed.com/craigsilverman/photos-aylan-reformule-debat-refugies?utm_term=.qfz6Wr5A5#.mx9Q9yNkN

    [6] http://www.lefigaro.fr/international/2016/07/12/01003-20160712ARTFIG00162-allemagne-1200-femmes-agressees-pendant-la-nuit-du-nouvel-an.php

    [7] http://www.ouest-france.fr/monde/migrants/sondage-dimanche-ouest-france-les-francais-opposes-laccueil-des-migrants-4075823

    [8] http://www.termometropolitico.it/1262426_sondaggi-swg-immigrazione.html

    [9] https://francais.rt.com/international/30437-majorite-allemands-considerent-refugies-principal-probleme-sondage

    [10] http://www.lesoir.be/archive/recup%3A%252F1288503%252Farticle%252Factualite%252Fbelgique%252F2016-08-11%252Fsondage-60-des-belges-pensent-qu-il-y-trop-migrants

    [11] http://www.tribunejuive.info/israel/la-haine-disrael-a-letat-pur

    [12] http://www.debriefing.org/15081.html

    [13] http://tempsreel.nouvelobs.com/l-obs-du-soir/20150923.OBS6394/l-ado-palestinienne-qui-defie-l-armee-israelienne.html

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  • Les scandales dans l’agriculture européenne et industrielle se suivent et se ressemble, aujourd’hui c’est l’œuf, hier c’était le bœuf, une autre fois le veau ou le cochon, mais c’est aussi les fruits et légumes produits en Espagne à grands coups de produits chimiques. C’est donc un système particulier qui est à l’origine de ces déconvenues, ce n’est pas un hasard. Eté le scandale des œufs contaminés au friponil sera sûrement suivi par d’autres. 

    Le scandale des œufs contaminés au friponil

     

    C’est un scandale emblématique des dérives de l’industrie agro-alimentaire, et aussi de l’Union européenne. Ce n’est pas le premier, et ce ne sera pas le dernier. Le friponil est une molécule – un produit chimique donc – qui est destiné à éradiquer le pou rouge. Evidemment cela est d’autant plus important que les poules sont encagées et nombreuses puisque cela veut dire que l’épidémie va rapidement se transmettre. Seulement le friponil est considéré comme toxique et strictement interdit en Europe[1]. On vient maintenant de trouver des lots d’œufs néerlandais livrés en France qui portent des traces de friponil[2]. On se prépare à un abattage de millions de poules pondeuses de partout en Europe. C’est un peu le même gaspillage qu’en ce qui concerne la grippe aviaire.

    En vérité cette question est purement politique. Pourquoi la France aurait-elle besoin d’importer des œufs allemands ou néerlandais ? Ça n’a pas de sens dans la mesure où dans n’importe quel pays on peut produire des œufs facilement et en quantités suffisantes. Si on exporte des quantités d’œufs néerlandais ou allemands chez nous, c’est d’abord parce que l’Europe a encouragé la production d’œufs issus des fermes industrielles. Il est facile de comprendre que la production industrielle d’œufs est faite d’abord pour la grande distribution et pour l’industrie agro-alimentaire qui va s’en servir pour ses fabrications douteuses. En grande surface une boîte d’œufs d’une douzaine peut coûter 2€, soit 16 cts l’unité. Ce prix comprend l’achat au producteur, le transport et évidemment la marge des distributeurs. Il est probable que le producteur doive sortir son œuf à 8 cts ou moins pour être compétitif. Il est donc impératif qu’il emprisonne des millions de poules dans des espaces confinés pour abaisser ses coûts. 

    Le scandale des œufs contaminés au friponil 

    Les quantités d’œufs produites deviennent alors extravagantes été il faut les déverser sur le marché. Mais cet œuf industriel – non bio évidemment, bien que les œufs bio industriel soient aussi soumis aux mêmes lois du marché – va ensuite naviguer : il va faire des kilomètres, être réfrigéré pour ne pas trop se dégrader, et ensuite va être mis en vente dans les rayons. On comprend bien que ce système qui ne cloisonne pas les marchés accroît les risques sanitaires, et contribue à la dégradation de l’alimentation. Mais en outre, il est destructeur d’un système plus juste et plus humain. Par exemple je paie mes œufs bio en les achetant directement au producteur que je connais et qui élève ses poules en plein air et qui ne les mange même pas, 2€ la boîte de 6. Je paie donc mon œuf 33 cts, soit deux fois le prix de l’œuf de grande surface et je ne donne rien au distributeur. Mais mon producteur n’a pas des milliers de poules, et il ne les enferme pas. C’est un vrai paysan et non un entrepreneur en produits agricoles. 

    Le scandale des œufs contaminés au friponil 

    Cet exemple des œufs, est emblématique des conséquences du libre-échange en matière agricole. Le libre-échange vise le profit et la concentration du capital. Il détruit donc les petites unités de production agricole. Sa contrepartie est évidemment la grande distribution sans qui il ne peut exister. Il y va évidemment de la santé des personnes, mais aussi de la dégradation de l’environnement. Il faut en effet accroître les capacités des réseaux routiers pour structurer les marchés, créer des routes et des autoroutes, des centres logistiques, tout ce qui détruit l’environnement. La logique de l’Union européenne voudrait qu’à terme les pays européens se spécialisent dans quelques segments : par exemple la Pologne produirait des pommes et des pommes de terre, l’Allemagne le cochon et le lait, la Hollande les œufs. Aucun pays ne serait alors autosuffisant et tous les pays de l’UE seraient dépendants les uns des autres. Et la France me direz-vous ? Et bien les paysans qui restent encore se reconvertiraient dans la domesticité pour accueillir des touristes en entretenant le paysage.

    Cette agriculture industrialisée qui a été volontairement mise en œuvre par l’Europe et la PAC présente au moins trois défauts :

    - elle dégrade l’environnement ;

    - elle produit des biens de qualité inférieure ;

    - elle détruit l’emploi.

    J’avais dit il y a quelques semaines que si en France on interdisait l’importation des produits agricoles qu’on peut produire sur notre sol, et qu’on impose des normes sanitaires en retournant vers une production respectueuse de l’environnement, alors on peut sans doute créer deux millions d’emplois dans ce secteur d’activité.

    Mais j’ajouterais un quatrième défaut : c’est que l’agriculture industrielle détruit la culture culinaire de la France qui n’a de sens en effet que si elle s’appuie sur les produits du terroir. 

    Un changement de modèle s’impose. Parmi les solutions, outre l’interdiction d’importer les produits que nous sommes capables de produire, on peut également envisager de fermer les grandes surfaces et de faire renaître les marchés de proximité. 

    Le scandale des œufs contaminés au friponil


     

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2017/08/07/des-lots-d-ufs-contamines-au-fipronil-ont-ete-livres-en-france-en-juillet_5169756_1656994.html

    [2] http://www.sudouest.fr/2017/08/07/scandale-des-oeufs-contamines-des-lots-livres-en-france-3677111-4696.php

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  •  L’impopularité et l’incompétence de Monsieur Macron

    La chute de la popularité de Macron dans les sondages semble avoir surpris la sphère médiatique[1]. Nous avons signalé pourtant de longue date que Macron serait sans doute le président le plus impopulaire de la Vème République[2]. Plusieurs signes avant-coureurs l’attestaient : d’abord le fait que l’abstention avait été massive aussi bien pour les présidentielles que pour les législatives, mais ensuite aussi le fait que l’exécutif n’arrivait pas à décoller aussi bien avec le discours du président devant le Congrès, que le discours de politique générale du premier ministre[3]. La base électorale du couple Macron-Philippe est très étroite, elle tourne autour de 25%, c’est-à-dire les électeurs qui se sont dérangés pour voter Macron au premier tour de la présidentielle, et encore il bénéfice pour l’instant de la bienveillance des Français ! 

    Antipathie 

    Que ce soit le couple que Macron forme avec Philippe ou celui qu’il met en scène avec son épouse légitime, il apparaît comme très antipathique, loin devant tout ce qu’on a connu jusqu’ici.  

    L’impopularité et l’incompétence de Monsieur Macron  

    Très mauvais communicant, il multiplie les déclarations à l’emporte-pièce qui dénote un mépris de classe, mais aussi une arrogance stupide. Faisant preuve de peu d’intelligence, sans parler d’empathie, un jour il s’en prend aux chômeurs qui n’ont pas de costume, l’autre jour c’est après les femmes ouvrières qu’il humilie en les traitant d’illettrées, ou encore dans son infinie bêtise, il affirme que le sort des patrons est bien plus dur que celui des salariés. Je passe sur les alcooliques,  Bref c’est un banquier ! Habité de pulsions infantile, il s’autoproclame chef des armées, rabaissant volontairement et en public le chef d’Etat-major. Cette démarche bouffonne rappelle Sarkozy, première manière, en pire. Sarkozy comme Hollande, étaient cependant plus intelligent que lui, et leur sens politique leur indiquait les terrains sur lesquels ils ne devaient pas s’aventurer. Il semble que Macron n’ait pas de frein. 

    Réforme fiscale et baisse de l’APL  

    L’impopularité et l’incompétence de Monsieur Macron  

    Très mauvais communicant, voilà que Macron avance deux réformes en même temps qui accentue le caractère bourgeois de l’exécutif. La première est la suppression de l’ISF qui à l’heure actuelle rapporte à l’Etat un peu plus de 5 milliards d’euros par an[4]. 300 000 personnes sont concernées par cet impôt, dont Emmanuel Macron et Edouard Philippe, ce sont essentiellement des personnes très riches. Hollande et Sarkozy ne s’étaient pas risqués à cette fantaisie impopulaire. Mais comme l’intelligence politique de Macron est très limitée, il annonce dans le même temps une baisse de l’APL. Il présente cela comme une baisse modérée de 5 € par mois par personne éligible[5].

    L’APL et l’AL concerne 6,5 millions de personnes, et le montant raboté par Macron et ses sbires est de 32,5 millions environ par mois et 390 millions par an. Autrement dit les pauvres sont taxés de 60 € par an et les riches détaxés de 17 000 € par an ! Il est facile de faire le rapprochement entre les deux mesures, et on ne s’en prive pas sur les réseaux sociaux. 

    Ajouter le mensonge à l’ignominie

    L’impopularité et l’incompétence de Monsieur Macron 

    Macron est un menteur et Philippe aussi. Dès qu’ils ont compris qu’ils s’étaient mis dans l’embarras en rabotant d’une manière mesquine l’APL, ils ont tenté de mettre cela sur le compte du gouvernement précédent… auquel Macron appartenait, rappelons-le. Cette mesure n’aurait pas été appliquée selon Jacques Mézard, obscur ministre de Philippe, mais décidée cependant par le précédent gouvernement. Le mensonge est grossier. Nous connaissons assez bien Hollande et les différents gouvernements qui l’ont servi pour savoir que si une telle mesure avait été décidée, elle aurait été appliquée sans état d’âme, Hollande n’étant pas spécialement l’ami des « sans-dents ». Malheureusement pour cette équipe d’amateurs qui se trouve à la tête du pays, le mensonge a été dénoncé par Christian Eckert, ancien ministre du budget de François Hollande[6]. 

    Supprimer les APL 

    L’impopularité et l’incompétence de Monsieur Macron

    Les APL coûtent en gros 18 milliards d’euros à l’Etat. On voit tout de suite qu’un coup de rabot de 390 millions d’euros relève plus de la mesquinerie que d’une logique comptable ou d’une politique du logement, c’est 2,16% du total. Pour ma part je suis pour la suppression totale des APL, et je vais dire pourquoi, mais aussi comment il faut s’y prendre.

    Les APL ont été inventées par un gouvernement de droite, sous Giscard précisément, et portées par Raymond Barre. La logique était – sous la pression du lobby de l’immobilier qui est très puissant en France – de libérer les prix, de faire jouer la loi de l’offre et de la demande dans le secteur locatif. Pour sortir des loyers réglementés, on proposait alors une compensation monétaire. Mais en vérité ces APL sont passées directement dans la poche des propriétaires qui en ont profité pour augmenter les loyers ! Mais ce n’est pas tout, en faisant grimper les loyers, on faisait aussi grimper le prix de l’immobilier, ce qui était le but. L’immobilier devint alors un placement de plus en plus rentable et tranquille.  

    L’impopularité et l’incompétence de Monsieur Macron 

    Poids du logement dans le budget des ménages en France 

    On a souvent signalé que les loyers en Allemagne sont très inférieurs à ce qui se pratique en France, et évidemment si on baissait les loyers jusqu’à atteindre le niveau de l’Allemagne, on dégagerait instantanément du pouvoir d’achat pour les plus pauvres[7]. Evidemment on ne peut pas supprimer les APL sans précaution, pour ce faire, il faut bloquer les loyers, susciter une baisse équivalente des loyers pour compenser les APL perdues. Parallèlement, on peut utiliser ces 18 milliards pour mettre en place une vraie politique du logement. Autrement dit l’Etat pourrait produire lui-même des logements sociaux ce qui ferait instantanément baisser à la fois les loyers et le prix d’achat des logements et donc contribuerait à désendetter les Français. Ce serait une vraie réforme. Certes ce sont les rentiers qui en souffriraient, mais est-ce que l’Etat a vocation à financer sur fonds publics les rentes immobilières ? On connait tout cela, Marie-Noëlle Liennemann qui est à ma connaissance, bien que socialiste, une des rares ministres du logement à connaitre son sujet avait dénoncé les ravages de ce système dans un ouvrage remarquable[8].

    On peut effectivement supprimer les APL, c’est souhaitable, mais à condition de revenir à une politique stricte d’encadrement des loyers. Mais avec le couple infernal Macron-Philippe on n’en est pas là. L’imagination n’est pas au pouvoir, on reste dans la mesquinerie saugrenue de toujours taxer les pauvres sou prétexte de mettre en place une politique de l’offre. 

    Conclusion 

    La chronique du quinquennat Macron s’annonce comme celle d’une série de bévues dans un contexte d’impréparation total. Soutenue par un manque de réflexion, la politique macronienne, sans colonne vertébrale autre que de rendre la vie plus difficile aux plus pauvres, tire à hue et à dia. Les prochains sondages vont encore montrer l’impopularité de ce gouvernement et du président, les déguisements successifs qu’il endosse, loin de le sauver, vont un peu plus enfoncer Macron. Déjà on annonce un recul de l’exécutif sur le budget des armées[9], on s’attend aussi dans les jours qui viennent à une reculade de même ampleur sur les APL.

     

     


    [1] http://www.huffingtonpost.fr/2017/07/23/la-popularite-demmanuel-macron-et-douard-philippe-chute-brutalement_a_23043451/

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/macron-l-americain-un-homme-peu-sur-de-lui-a130677760

    [3] http://www.lepoint.fr/politique/sondage-macron-et-philippe-n-ont-pas-convaincu-les-francais-07-07-2017-2141254_20.php

    [4] http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/06/09/en-2015-l-isf-a-rapporte-5-224-milliards-d-euros_4944270_823448.html

    [5] http://www.ledauphine.com/france-monde/2017/07/22/l-apl-va-baisser-de-5-euros-par-mois-des-la-rentree

    [6] http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Baisse-des-APL-l-ancien-ministre-charge-du-Budget-Christian-Eckert-dement-1315337

    [7] http://www.latribune.fr/vos-finances/immobilier/pourquoi-l-immobilier-en-l-allemagne-est-moins-cher-486584.html

    [8] Le Scandale du logement. En finir avec l’indignité de la République, éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2005 

    [9] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/07/23/la-defense-obtient-le-degel-de-1-2-milliard-d-euros-de-credits_5163956_823448.html

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