•  

    Macron n’aime pas la France, et c’est sans doute pour ça aussi que les Français ne l’aiment pas. L’idée de nation ne lui plait pas, il préfère l’Europe comme une sorte de patchwork de communautés centrées sur leur appartenance à la religion. C’est sans doute le sens de son discours qui nous ramène à avant 1905[1]. Son discours du 9 avril à la Conférence des Evêques a choqué, et pas seulement chez les athées convaincus, mais chez tous ceux qui se font une idée précise des relations entre la souveraineté nationale et la laïcité[2]. Car sous couvert de se rabibocher avec l’Eglise catholique, ce sont toutes les religions qui vont s’engouffrer dans cette brèche, et c’est l’Islam qui en sortira gagnant. Au fond ce serait une transposition du modèle américain, ce qui est finalement logique pour un Young leader formé à la politique aux Etats-Unis. On sait aussi que Macron est un fieffé réactionnaire, nostalgique de la monarchie, le voilà qu’il souhaite réparer le lien entre l’Eglise catholique et l’Etat. Il ne précisera pas qui a abimé ce lien, mais à demi-mot on comprendra que ce sont « les laïcistes » qui sont visés ici. Cette approche a au moins le mérite de nous éclairer sur les intentions contre-révolutionnaires de Macron. Il ne lui reste plus qu’à dissoudre la République dans le grand-tout européiste. C’est sans doute son ambition. 

    Des compromissions islamophiles 

    Contrairement à ce qu’on pense, il n’est pas seulement un communautariste affirmé. Il est aussi le véhicule d’une islamisation rampante de la société française. Ses raisons de défendre l’Islam sont multiples et variées : d’abord lorsque le peuple se sépare en une myriade de communautés plus ou moins antagoniques, il est plus facile de le gouverner ; ensuite il est très probable que Macron, personnage autoritaire autant que capricieux, aime les sociétés musulmanes dans lesquelles la hiérarchie entre les riches et les pauvres n’est pas contestée. Ce n’est pas un hasard si Macron a appelé à lutter contre la radicalisation de la laïcité : c’est une autre manière de redéfinir la laïcité comme quelque chose de dangereux avec l’idée stupide selon laquelle un radicalisme en vaut un autre[3]. Evidemment dans cette affirmation idiote, il s’est fait reprendre vertement simplement parce qu’on n’a jamais vu de tuerie au Bataclan ou ailleurs au nom de la laïcité radicale. C’est pourquoi les autres religions, en dehors de l’Islam, auraient tort de se réjouir de cette reconnaissance de la religion par l’Etat car cette allégeance aux principes religieux – indigne d’un président moderne – cache en réalité un adoubement de l’Islam comme institution structurante de la vie sociale en France. Tous ses discours lénifiants sur sa volonté d’organiser lui-même un Islam français vont dans ce sens[4]. On fera deux remarques à ce sujet :

    - d’abord il n’est pas le premier président à vouloir se présenter comme le défenseur de la religion en tant que seul principe de spiritualité. Nicolas Sarkozy avait fait la même chose dans son discours de Latran[5]. Cette position anti-laïque l’avait finalement amené à créer le Conseil du Culte Musulman de France. Les islamistes radicaux eurent vite fait de s’emparer de cette structure et d’en faire une boutique de chantage contre les institutions françaises. Macron qui a sans doute guère plus de mémoire qu’un poisson rouge ne voit pas l’impasse dans laquelle il s’engouffre. On pourrait dire d’ailleurs qu’en tout il copie assez bien les gesticulations de Sarkozy, même désordre dans l’action, même arrogance, même confusion entre entêtement imbécile et volonté politique ;

    - ensuite cette volonté de créer un islam aux couleurs de la France est stupide tant elle nie le fait que pour les musulmans leur foi est sans frontière et au-dessus des lois de la république, et donc qu’ils ne l’accepteront pas, sauf passagèrement pour avancer leurs pions ; 

     

    Mais Macron est coupable de bien d’autres positions islamophiles. C’est ainsi que le 30 janvier dernier, en recevant le dictateur Erdogan, le président turc qui veut entreprendre une croisade à l’envers, il a qualifié les Kurdes de « potentiels terroristes » [6], justifiant par avance ce qui s’est passé ensuite à Afrin où les Turcs ont pris possession d’une partie du territoire syrien et procèdent en ce moment même à un nettoyage ethnique de grande ampleur[7]. On ne sait pas si pour Macron il s’agit d’une pure et simple imbécilité, ou d’un plan délibéré pour aider la Turquie à devenir une puissance incontournable dans ses négociations avec l’OTAN et l’Union européenne, car personne n’ignore les visées panislamistes d’Erdogan. 

    Les conseillers de Macron

    On observe que Macron s’entoure assez facilement de conseillers qui sont aussi des militants d’un Islam politique offensif, bien plus que des acteurs politiques de confession musulmane. C’est assez inédit dans la conduite des affaires de la République française. On va donner seulement trois exemples qui ont défrayé la chronique : 

     

    Il y a d’abord une sorte de comique plutôt sinistre, Yassine Bellatar qui, on ne sait pas en vertu de quelles qualifications a été nommé au Conseil présidentiel des villes. Passons sur la définition de ce qui semble bien être une coquille vide. Ce sinistre Yassine Bellatar s’est fait remarquer à plusieurs reprises pour ses prises de position : d’abord il s’est démarqué des Français qui en général rendaient hommage aux journalistes de Charlie. Et il s’est démarqué d’une façon des plus grossières, avançant qu’il avait bien le droit de choisir ses deuils, et donc sous-entendant par là que des journalistes de Charlie, il n’en avait rien à foutre[8]. Il est également un « comique » un peu dans la veine de Dieudonné, n’hésitant pas à stigmatiser les Juifs pour le plus grand plaisir de son public[9]. Tout cela Macron qui prétend tout contrôler, ne peut pas ne pas le savoir quand il l’engage dans ce Conseil présidentiel des villes. Mais il y a bien plus encore, Yassine Bellatar a directement menacé d’un procès pour islamophobie le père d’un soldat tué par Mohammed Merah[10]. Je passe évidemment sur le fait que le délit d’islamophobie n’existe pas dans le droit français. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi Macron embauche un tel guignol. Certes il peut paraître utile de le voir faire la réclame du libéralisme macronien débridé dans les banlieues[11], le clientélisme est cependant une illusion, un objectif à courte vue. Il semble bien que par ce biais Macron commence à poser ses pions en vue de sa réélection en 2022 dans une alliance avec l’Islam « modéré », une sorte de schéma un peu semblable à celui décrit par Michel Houellebecq dans Soumission, schéma dont Macron penserait conserver la maîtrise. Le cas de Yassine Bellatar n’est cependant pas isolé, au contraire il se répète de telle façon qu’on peut y voir une sorte de ligne politique. 

     

    Voici maintenant la sulfureuse Rokhaya Diallo. Cette jeune femme s’est faite remarquer par une défense du racisme anti-blanc et conjointement une défense de l’Islam dans ses formes les plus turpides. Elle a par exemple défendu le port du voile en le comparant stupide à la mini-jupe, ce qui est étrange puisque la mini-jupe n’est pas un signe religieux ostentatoire, à moins que ce soit cela pour Rokhaya Diallo, elle a fait semblant de voir dans le voile un symbole particulier de la féminité et non la marque d’un patriarcat d’un autre âge[12]. Car elle est féministe comme elle est anti-raciste, à sa sauce, en faisant le grand écart idéologique. On l’a dit proche du PIR et de Houria Bouteldja. En tous les cas elle est le véhicule d’un discours des plus confus qui mélange facilement racisme anti-blanc, racialisme, défense de l’Islam et même de Ben Laden[13]. Elle aussi a refusé de soutenir Charlie, elle a même signé une pétition initiée sur ce sujet par le PIR[14]. Certes c’était avant 2015, mais tout de même, le texte de cette pétition dénonçait les journalistes de Charlie comme des fauteurs de trouble qui n’avaient pas à pleurnicher puisque les assurances couvraient les dégâts matériels. On sait que la suite fut hélas plus dramatique. Soutenue par Dieudonné et Soral, on l’a vue également aux côtés de Michel Collon, antisémite notoire et complotiste avéré. Elle s’est trouvée aussi défendre Ennhadha, le parti islamiste tunisien ultra-conservateur dont le projet est d’assurer en priorité la soumission de la gent féminine[15]. Bref son parcours des plus chaotiques, mais très islamophile, aurait dû inciter l’Elysée à un peu plus de prudence. Soit le président est très mal entouré et choisit lui-même très mal ses conseillers, soit il est complice d’une telle dérive.

    Macron l’avait faite nommer dans une autre structure vide de sens : le Conseil National du Numérique. La bonne question est de se demander pourquoi. Et puis on trouve la réponse en se rappelant que comme Macron, elle est le produit particulier de cette formation qui s’appelle les Young leaders, une sorte d’institution qui repère et forme les futures élites en les sélectionnant et en les envoyant aux Etats-Unis pour les formater à la défense du communautarisme et de la mondialisation heureuse, une officine très libérale donc. Et si Rokhaya Diallo a été sélectionnée, ce n’est pas à cause de ses capacités intellectuelles qui semblent un peu limitées tout de même, mais justement à cause de la couleur de sa peau. En la mettant en valeur, on casse ainsi les codes sociaux et les traditions, on crée une rupture dans le cours de l’histoire. La France n’est plus un pays blanc et chrétien comme le dit Diallo, mais un pays sans racine et sans culture comme le dit Macron[16]. Mais les prises de position outrancières de Diallo ont amené finalement Macron à s’en séparer. Cette séparation a entraîné d’ailleurs des démissions en chaîne qui ont vidé ce Conseil Nationale du Numérique[17]. En vérité ce montage compliqué avait été décidé par Mounir Majhoubi, un autre curieux personnage, titulaire d’un CAP de cuisine puis promu par Macron au rang de secrétaire d’Etat au numérique. Sur le plan politique, il est passé de Ségolène Royal au soutien de Hollande qui le nomme président du Conseil National du Numérique, puis ensuite en bon opportuniste, il s’est rangé sous la bannière de Macron. 

     

    Hakim El Karoui est un conseiller professionnel des hommes politiques, son créneau est la réforme de l’Islam. Il a tour à tour conseiller Raffarin, puis Delanoë, et enfin Macron qui apparait le plus réceptif. Il a publié un ouvrage intitulé, L’islam une religion française[18]. Evidemment ce titre fait un peu drôle si on se souvient que cette religion est née dans le désert. El Karoui est d’abord comme Macron un banquier, et un banquier de chez Rothschild – comme quoi chez Rothschild on est très ouvert – il est aussi membre de nombreuses think tanks, notamment le fameux Institut Montaigne qui a accueilli à leurs débuts de campagne à la fois Fillon et macron. L’Institut Montaigne est ultra libéral et représente d’abord le capitalisme financier, mondialiste et cosmopolite de la banque et de l’assurance. Mais cela est très compatible avec l’Islam qui ne déteste pas l’idée de mondialisation, bien au contraire, ni celle d’inégalité sociale. Ce parangon de l’Islam a produit également un rapport sous la couverture de l’Institut Montaigne qui est en réalité la matrice des idées de Macron sur l’Islam. Il va dans le sens d’un communautarisme renforcé. Bien évidemment il n’est pas compatible avec une laïcité un peu stricte qui demande à ce que l’Etat ne s’occupe pas des religions et que les religions ne s’occupent pas de l’Etat. C’est donc ce même El Karoui qui a la charge de redéfinir ce que serait un Islam de France. On retrouve dans son rapport les mêmes inepties que dans toutes les analyses qui veulent forcer les Français à accepter la différence musulmane, y compris dans les rapports sociaux. Donc évidemment, il est pour le voile, les repas hallal dans les cantines, il est lui aussi pour une laïcité restreinte au minimum. Toutes ces propositions sont exactement à l’opposé des désirs des Français qui critiquent dans tous les sondages qu’on connait cette volonté de sécession. L’ensemble de ces propositions visent d’abord à faire admettre que l’Islam soit visible, à travers ses mosquées, comme à travers ses vêtements ou ses pratiques ostentatoires de la religion. Ne comptez pas sur lui pour condamner les prières de rue. Si celles-ci existent, c’est bien parce qu’il n’y a pas assez de mosquées, et non pas pour marquer le territoire. On retrouvera l’ensemble de ces propositions rétrogrades, mais finalement compatible avec le travail de la banque, dans un livre au titre explicite, L’islam, une religion française[19]. L’idée générale est encore une fois de forcer les Français à accepter l’idée que ce ne sont pas les immigrés et leurs descendants à s’adapter à la France, mais au contraire d’adapter la France à leurs exigences. Pour l’instant ce discours est rejeté par les trois quarts des Français qui voient là un bouleversement de leur environnement social et traditionnel dont ils ne veulent pas[20]. Je ferais remarquer toutefois qu’El Karoui est assez peu critiqué à gauche, comme si celle-ci avait la trouille de se voir accusée d’islamophobie. Les critiques les mieux formulées et les plus claires viennent souvent de la droite, voire d’une partie de l’extrême-droite. Il faut s’y faire, la gauche est bien en retard d’une bataille et c’est sans doute cela qui la rend inaudible dans la bataille de la laïcité. 

     Source Riposte laïque[21] 

    Un peu plus loin l’Observatoire de la laïcité…  

     

    Le très décrié Jean-Louis Bianco a été renouvelé à la tête de l’Observatoire de la laïcité par le nouveau président élu en mai dernier[22]. Mais s’il est tant décrié, notamment attaqué par Manuel Valls[23], c’est parce que Bianco a une définition de la laïcité extrêmement réductrice, limitée pour tout à la défense des croyants à pratiquer leur religion comme ils le veulent. En clair cela veut dire qu’on va offrir des repas alternatifs dans les cantines scolaires, on va tolérer le port du voile, de la burqa et du burkini, ôter le plus possible de signes chrétiens comme les croix et les sapins de Noël qui choquent les musulmans, et encore on va tolérer la séparation des filles et des garçons dans les piscines ou alors les horaires réserver à chaque genre.

    Ces positions bien connues sont aggravées par le fait que Bianco a engagé un avocat, Asif Arif, musulman prosélyte, pour redéfinir la laïcité, en quelque sorte la moderniser comme dirait Macron qui ne voit le moderne qu’en regardant en arrière le monde du début du XIXème siècle. Ce dénommé Asif Arif a commis un ouvrage préfacé par Jean-Luc Bianco et Nicolas Cadène, intitulé Outils pour maitriser la laïcité[24]. Rien que le titre est évocateur d’un projet : la laïcité ne doit pas être appliquée, mais maîtrisée comme une sorte de bête sauvage qu’il faut discipliner. Cet ouvrage a été très violemment critiqué, et à juste titre comme une forme régressive et communautariste[25]. Parmi les critiques qui lui sont tombées dessus, il y a le fait que la laïcité n’est vue que comme ressortant du droit, et non comme un projet politique. 

     

    Asif Arif tient d’ailleurs des conférences communes sur ce thème avec Madjid Messaoudene, un autre combattant de la lutte contre l’islamophobie. Et bien sûr un autre musulman qui s’est désolidarisé de longue date de Charlie, bien avant les événements de novembre 2015. Arif est un militant musulman, l’engager dans la redéfinition d’une laïcité moderne à la sauce Bianco, c’est un peu comme si on demandait à un criminel de réécrire le code pénal. Et d’ailleurs les prises de position d’Arif vont dans le sens d’une laïcité favorable à la démonstration des musulmans dans la cité. Il s’en est pris par exemple à Marlène Schiappa qui, en tant que secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les hommes et les femmes, avait défendu une limitation du port du voile. Il avait prétendu à cet égard que la laïcité n’avait strictement rien à voir avec la question de l’égalité entre les hommes et les femmes ! Arif, on le voit, à sa propre lecture de la loi de 1905, et il veut que cette lecture soit celle qui fasse jurisprudence[26]. Il est très intéressant d’ailleurs de voir que ce « conseiller » adoubé par Bianco et qui a ses entrées à l’Elysée s’abrite derrière des interprétations douteuses du droit, c’est assez bien joué, puisque c’est là que se trouve la faille. Si son interprétation du droit arrive à faire jurisprudence, alors plus rien n’entravera le développement du communautarisme. ce point de vue, démarqué de l’approche du droit américain, convient tout à fait à Macron. Et c’est bien cette idée d’un communautarisme assumé qui est la vraie motivation du discours de Macron à la conférence des évêques. La république française n’est plus une et indivisible, mais un patchwork de communautés qui cohabitent dans un ensemble plus vaste : l’Union européenne. On peut facilement rapprocher cela de ses déclarations intempestives, mais si révélatrice de son projet, selon lesquelles la culture française n’existe pas. 

       



    [1] http://www.lemonde.fr/religions/article/2018/04/10/macron-veut-reparer-le-lien-entre-l-eglise-catholique-et-l-etat_5283135_1653130.html

    [2] Jacques Sapir, Souveraineté, Laïcité et démocratie, Michalon, 2016.

    [3] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/laicite-manuel-valls-fait-la-lecon-a-emmanuel-macron_1974479.html

    [4] http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/02/11/macron-veut-poser-les-jalons-de-l-organisation-de-l-islam-de-france-au-premier-semestre-2018_5254980_823448.html

    [5] http://www.lemonde.fr/politique/article/2007/12/21/nicolas-sarkozy-veut-remettre-la-religion-au-c-ur-de-la-vie-de-la-cite_992142_823448.html

    [6] http://www.rtl.fr/actu/politique/macron-qualifie-de-potentiels-terroristes-les-kurdes-vises-par-la-turquie-en-syrie-7792074967

    [7] http://www.lepoint.fr/monde/l-appel-au-secours-des-kurdes-d-afrin-cela-s-appelle-du-nettoyage-ethnique-14-03-2018-2202210_24.php

    [8] https://www.marianne.net/societe/quelques-precisions-apres-notre-article-sur-yassine-belattar

    [9] https://www.marianne.net/societe/yassine-belattar-faux-clown-et-vrai-danger

    [10] https://francais.rt.com/france/49501-pere-soldat-tue-par-mohamed-merah-menace-humoriste-belattar

    [11] https://www.lopinion.fr/edition/politique/yassine-belattar-liberalisme-en-banlieue-ca-marche-146573

    [12] https://www.marianne.net/politique/le-gouvernement-se-prend-les-pieds-dans-le-tapis-racialiste-de-rokhaya-diallo

    [13] https://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/rokhaya-diallo-ce-que-dit-ben-28170

    [14] http://lmsi.net/Pour-la-defense-de-la-liberte-d

    [15] http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/10946

    [16] https://francais.rt.com/france/33569-il-n-a-pas-culture-francaise-macron-attire-foudres-droite

    [17] http://www.liberation.fr/france/2017/12/19/demissions-en-serie-au-conseil-national-du-numerique-apres-la-polemique-autour-de-rokhaya-diallo_1617681

    [18] Gallimard, 2017.

    [19] Gallimard, 2018.

    [20] https://www.dreuz.info/2018/02/17/hakim-al-karoui-charge-par-le-president-macron-de-vous-faire-accepter-lislam/

    [21] http://resistancerepublicaine.eu/2018/02/13/les-9-terrifiantes-propositions-de-hakim-el-karoui-conseiller-de-macron-pour-lislam-de-france/

    [22] https://www.la-croix.com/Religion/Laicite/presidence-dEmmanuel-Macron-conforte-lObservatoire-laicite-2017-05-15-1200847278

    [23] http://www.liberation.fr/france/2016/01/19/laicite-manuel-valls-crucifie-la-ligne-bianco_1427597

    [24] La boîte de Pandore, 2017.

    [25] http://www.ufal.org/laicite/revelation-sur-asif-arif-letrange-filleul-de-jean-louis-bianco-qui-prone-les-petites-filles-voilees-des-7-ans/

    [26] http://www.lejsd.com/content/la-la%C3%AFcit%C3%A9-%C3%A0-l%E2%80%99%C3%A9preuve-du-droit

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  •  Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018

    C’est un ouvrage général qui s’inscrit dans le courant contestataire du discours libéral dominant. Il est un proche parent de celui de Thomas Guénolé[1], un peu sans doute dans cette mouvance néo-keynésienne qu’on peut retrouver dans les manuels de Bernard Maris par exemple. Le point de départ est que l’économie n’est pas une science et ne peut l’être et donc que les discours sur ce sujet ne sont que des points de vue dans un débat plus vaste. Il va donc partir fort justement des questions de méthode et montrer dès le début que la méthodologie de l’économie dominante repose sur des principes erronés : elle part des choix individuels comme s’ils existaient indépendamment d’une logique collective. Cette agrégation des préférences individuelles est le fondement même de la logique du marché. Or les marchés n’existent pas tous seuls à l’Etat de nature, ils sont une construction sociale qui doit beaucoup à l’histoire.

    Thomas Porcher va donc s’efforcer de démontrer que les principes de l’économie dominante non seulement sont erronés dans leurs fondements, mais sont aussi inefficaces en ce qui concerne le progrès économique et social. Dès lors le discours libéral va apparaître d’abord que la justification dans la défense des intérêts particuliers, ceux de la finance et des multinationales. Les solutions inlassablement avancées depuis une quarantaine d’années et qui s’appuient sur la théorie de l’offre sont les suivantes :

    - privatiser tout ce qui peut être privatiser et rapporter des profits aux entreprises choisies par les hommes politiques corrompus ;

    - faire baisser la dépense publique et donc les dépenses sociales, dans la santé et dans l’éducation, malgré les discours lénifiants sur la nécessité d’investir dans le capital humain ;

    - baisser les impôts sur les plus riches – les premiers de cordée – et sur les entreprises, le fameux théorème de Schmit selon lequel les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ;

    - détruire le droit du travail jusqu’à ce qu’il n’en reste rien – flexibiliser le marché du travail, favoriser les licenciements pour créer des emplois ;

    - favoriser les traités de libre-échange, et donc détruire les normes concoctées par les Etats nationaux pour le plus grand profit des multinationales.

    Cela a beau paraitre simpliste et même contrefactuel, cela marche assez bien, il suffit de voir comment on dévalorise l’action des cheminots par exemple en invoquant la dette de la SNCF. Ce sont les fameuses réformes structurelles qu’on impose aussi bien à la France qu’à la Grèce ou au Gabon, comme panacée universelle, comme si la « science économique » avait mis au point une formule unique qu’il suffisait seulement d’appliquer, quelle que soit l’époque et quel que soit le pays. Dès lors, les économistes n’ayant plus rien à dire sur rien, et encore moins sur le reste, ne sont plus que des agents de propagande qui répètent tous la même chose de manière très prévisible.

    Force est de constater que ces recettes tout-terrain n’ont pas du tout les résultats annoncés en termes de croissance et d’emploi, c’est même l’inverse. Et donc que le moindre effort devrait consister à s’interroger sur les raisons de cette absence d’efficacité. Certes on peut toujours avancer comme le font certains cuistres que les réformes n’ont pas été assez loin, et que c’est pour ça qu’on n’a pas eu les « bons » résultats attendus. Dans les deux graphiques suivants, on voit clairement que depuis les débuts de la contre-révolution libérale la croissance s’est effondrée et que le chômage a explosé. Ces deux graphiques représentent le cas français, mais l’allure générale des courbes est à peu près similaire dans l’ensemble des pays de l’OCDE.  

    Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018 

    Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018 

    L’ouvrage de Thomas Porcher s’adresse à un public très large, non spécialiste de ces questions. Incontestablement il apporte un éclairage bienvenu sur les mensonges de l’économie libérale. Il passera donc de la question des dépenses publiques aux traités de libre-échange, ou à la déréglementation du marché du travail, ou encore même à la question de l’exploitation du gaz de schiste. Evidemment il n’est pas le premier à dénoncer cette idéologie sans fondement. Et comme la plupart des ouvrages de ce type, il manque d’un éclairage sur les raisons des dérives de ce système. Ce qui l’empêche évidemment de défendre un autre modèle que celui dans lequel nous nous trouvons. De là vient sans doute cette timidité pour contester les fondements de l’Union européenne dont il voit les défauts seulement dans une extension des principes d’une mondialisation excessive, et non pas dans l’idée même de la création de celle-ci. Or le ver était dans le fruit, et cette institution n’a pas été créée comme un idéal politique à atteindre, mais plutôt comme un outil au service des multinationales et des banques pour détruire les acquis sociaux.

    Son ouvrage, même si son intérêt nous parait évident, est donc avant tout défensif face aux assauts renouvelés du grand capital. On comprend bien qu’il est mâtiné de keynésianisme de gauche. Mais est-ce suffisant ? Qu’en est-il de la propriété privée des moyens de production ? Quelles sont les racines de la crise actuelle ?

      Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018

    Le flottement se trouve à ce niveau : on ne sait pas si la crise est profonde parce que les « puissants » ont modifié les règles institutionnelles de l’activité économique à leur profit, ou si au contraire comme le prétendent certains marxistes – Lohoff et Trenkle par exemple[2]  – ces réformes ont été nécessitées parce que la profitabilité des entreprises s’était effondrée et donc comme une conséquence de la crise latente. C’est un sujet évidemment compliqué mais pourtant nécessaire à discuter si on pense que le modèle économique doit être transformé en profondeur. Autrement dit est-il possible de restaurer le modèle keynésien ancien, celui des Trente glorieuses ? Bien que Thomas Porcher soit très sensible à la question écologique, il semble vouloir dire que oui. Il met très bien en évidence la brutalité du nouveau capitalisme qui se met en place, mais il ne dit rien sur la viabilité d’un tel système à supposer que les populations l’acceptent avec toujours plus de passivité.

    Je crois qu’il y a deux questions auxquelles Thomas Porcher aurait dû répondre : d’abord sur les raisons qui font que les économistes se rangent généralement du côté du manche et donc dans le camp bourgeois. On ne le dit pas assez, mais économiste est un métier qui rapporte… à condition d’être du bon côté de l’idéologie. Les institutions, les grandes entreprises, offrent des contrats juteux à ceux qui pensent bien, Jean Tirole en est l’exemple le plus flagrant, un homme d’une intelligence très limité, d’une culture assez faible, mais d’une grande capacité à faire rentrer de l’argent ce qui lui assure son pouvoir au sein de la Toulouse School of Economics. Déjà donner un nom à consonance anglophone à une institution française, financée sur fonds publics, est un signe de soumission assumée. 

    Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018 

    Le second point est évidemment le manque de culture générale de la plupart des économistes. Ils ne savent rien ou très peu de choses de l’histoire des faits économiques ou de l’histoire de la pensée économique. Or quand on connait un peu l’histoire de la pensée économique, disons depuis 1615[3], on se rend compte que ce sont toujours les mêmes controverses qui reviennent, sur la monnaie, sur le travail ou sur le rôle de l’Etat et du protectionnisme. Cette persistance valide d’ailleurs le fait, souligné par Thomas Porcher, selon lequel l’économie politique ne saurait être une science. Joseph Stiglitz avançait d’ailleurs, dans Quand le capitalisme perd la tête[4], que la priorité dans la formation intellectuelle des économistes devrait être d’abord l’histoire des crises et aussi l’histoire de la pensée économique, ça nous éviterait de redécouvrir Ricardo ou Smith au détour d’équations plus ou moins bien fondées.

    Toujours dans le même ordre d’idées, il y a le fait que les économistes du main stream fonctionnent en réseau et bénéficie d’un appui logistique important, via les grands médias détenus par de grands financiers. C’est Naomi Klein qui dans La stratégie du choc[5] qui montrait avec beaucoup de conviction comment justement la révolution libérale avait commencé par la reprise en main des économistes, notamment en finançant des think tanks richement dotés, des centres de recherches et des chercheurs pour appuyer leur volonté politique de reprise en main. 

     

    PS : Je me suis abstenu ici volontairement de discuter des errements de Thomas Porcher en ce qui concerne ses prises de positions politiques. Il soutint en effet d’abord Cécile Duflot, ensuite Benoît Hamon et appela à voter Emmanuel Macron au deuxième tour des élections présidentielles.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/thomas-guenole-antisocial-la-guerre-sociale-est-declaree-plon-2018-a139701698

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/la-grande-devalorisation-ernst-lohoff-norbert-trenkle-post-editions-20-a117198238

    [3] C’est la date du premier Traité de l’oeconomie politique d’Antoyne de Montchrestien.

    [4] Fayard, 2003

    [5] Léméac/Actes Sud, 2008.

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  • Note sur la grève de Carrefour

    La course au profit 

    Evidemment face à la grande grève de la SNCF, la grève chez Carrefour peut apparaître comme petite. Elle mérite pourtant qu’on s’y intéresse. Le 31 mars 2018, ce sont l’ensemble des hypermarchés qui ont été touchés par la grève, et pour une fois, l’ensemble des syndicats avaient appelé à l’action, y compris le syndicat jaune de la CFDT et FO. Cette grève est importante pourtant à plus d’un titre. D’abord par ses raisons. Le mouvement de grève vient de ce que le groupe Carrefour vient de réduire la prime de participation qui est passée de 617 € en moyenne à 57 € ! Elle a été divisée par 11 ! Evidemment cela se comprendrait si dans le même temps la rémunération des actionnaires – qui représentent l’argent qui dort comme disait Mitterrand – baissait également. Mais ce n’est pas le cas ils toucheront ensemble 356 millions €, sans avoir eu à travailler[1]. En outre on peut dire que ces actionnaires sont de vrais assistés, car non seulement ils ne travaillent pas, mais en outre ils profitent de façon indirecte du CICE, cette mesure idiote voulue par Macron quand il était ministre de l’économie, puisque Carrefour a touché entre 110 et 134 millions € par an depuis 2014, soit environ 700 millions d’euros sur la période 2014-2018[2]. Mais que deviennent ces 700 millions ? Le CICE veut dire Crédit Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi.  Ce qui est certain c’est que le CICE n’a servi qu’à transférer des ressources fiscales vers les entreprises pour accroître leurs marges et leurs profits, mais que cela n’a eu strictement aucune incidence sur l’emploi – ce qui suffit à prouver à mon sens la fausseté de la théorie de l’offre. Cet échec est consigné dans le rapport de Jean Pisani-Ferry lui-même, l’artisan de cette gabegie et proche conseiller de Macron[3]

    Note sur la grève de Carrefour 

    L’avenir des emplois et les bénéfices de Carrefour 

    La grève chez Carrefour est donc une forme de révolte contre ces pratiques prédatrices du capital sur le travail. D’un côté Carrefour encaisse les superprofits du CICE, et de l’autre il diminue les primes jusqu’à les rendre misérables, une aumône à peine. Mais il n’y a pas que cette question des primes qui ont été diminuées qui suscite la colère des salariés de Carrefour : il y a aussi la question de l’emploi. Il y a aussi le fait que Carrefour pour être plus compétitif désire supprimer plusieurs milliers d’emplois. On parle de 2400 départs volontaires[4], mais certains parlent de 9000 suppressions à terme. L’Humanité cite le chiffre de 5000 postes[5]. C’est la rançon de la modernisation des hypermarchés qui vont automatiser le travail aux caisses en supprimant justement des caissières. Ce n’est pas propre à Carrefour, tous les hypermarchés suivent cette évolution mortifère pour l’emploi. Il faut bien comprendre que les travailleurs de Carrefour ont très souvent des horaires très difficiles, notamment en ce qui concerne les caissières, mobilisées aux heures d’affluence et laissées au repos le reste du temps. Pour ces raisons de rythme, elles n’ont pas toutes un temps complet – le personnel de Carrefour est à environ 60% féminin, et les femmes étant plus flexibles dans leurs horaires sont présentes aux caisses à au moins 90%. Les conditions de travail ne sont pas bonnes et les salaires non plus, encore que Carrefour apparaisse plus généreux que ses concurrents comme Auchan ou Géant Casino qui traitent leurs employés comme des moins que rien et qui en termes d’offres sont un cran en dessous du point de vue de la qualité – ce n’est pas peu dire !

    Les bénéfices de Carrefour peuvent être augmenter de trois manières :

    - soit en élargissant la clientèle, mais cela semble révolu maintenant depuis 2011 quand la firme a atteint les 90 milliards d’euros de chiffre d’affaire, aujourd’hui on en est plutôt à 75 milliards ;

    - soit en faisant pression sur les fournisseurs pour augmenter leurs marges. Mais là encore c’est difficile parce que ce mouvement a déjà mis en péril de nombreuses entreprises qui travaillent avec Carrefour ;

    - la guerre des prix entre les hypers étant ce qu’elle est, il ne reste plus qu’à rogner le plus que l’on peut sur les frais de personnel. C’est là que les lois Macron sont les bienvenues, notamment en ce qui concerne les possibilités de ne pas surpayer les heures supplémentaires ou les heures travaillées le dimanche. Mais en tous les cas, la possibilité d’automatiser les tâches est une piste très prometteuse. Et bien sûr la possibilité de licencier les travailleurs comme on l’entend, même quand l’entreprise fait des bénéfices, est une autre possibilité de dégonfler la masse salariale. 

    Note sur la grève de Carrefour 

    Tout ceci explique pourquoi les employés de Carrefour sont furieux. En vérité ce n’est pas d’aujourd’hui qu’ils manifestent leur mécontentement. Mais ils le faisaient jusqu’alors d’une manière assez désordonnée, on a eu des grèves depuis au moins six mois un peu partout en France. C’est seulement le 31 mars que le mouvement a pris un caractère national. Et comme ce mouvement a été très suivi, il a effrayé un peu les patrons de Carrefour. Ils en sont aujourd’hui à négocier : les salariés ont déjà obtenu un relèvement de la prime de 57 € à 407 euros, mais comme il manque encore presque 200 €, la direction a avancé qu’elle pouvait concéder une prime additionnelle en bons d’achat pour 150 €. 

    Les leçons d’un mouvement social 

    Les leçons de ce mouvement social assez peu médiatisé par rapport aux cheminots qu’il est plus facile de présenter comme des nantis, sont nombreuses. D’abord c’est une grève assez dure et largement suivie et une grève dans le secteur privé. Or on sait que dans le privé c’est plus difficile de mobiliser. Mais à Carrefour cela s’est fait assez facilement finalement, ce qui veut dire que les salariés sont plutôt remontés contre leur direction, mais aussi que la tension a été aggravée par les réformes de Macron et de son gouvernement. Macron a beau dire que ceux qui râlent contre sa politique sont seulement des jaloux et des aigris, il n’arrivera pas à masquer que toutes les mesures qu’il a prises renforcent les inégalités sociales qui sont déjà à un niveau élevé. Il n’arrive pas à se défaire de son image de président des riches. Cela pèse sur l’ensemble des conflits sociaux car les travailleurs ne comprennent pas très bien pourquoi leurs salaires stagnent, voire régressent, tandis que les revenus des plus riches augmentent de manière indécente : par exemple Bernard Arnault a vu sa fortune augmenter de 22% en 2016[6] et encore de 73% en 2017[7]. Ces chiffres sont connus et circulent tous les jours sur les réseaux sociaux. Les salariés comprennent intuitivement que les patrons ne veulent pas partager et se débrouillent pour accaparer tous les gains de productivité du travail. Or Macron appuie cette politique extravagante qui consiste à privilégier les oligarques : non seulement il offre de nouvelles baissent d’impôts aux plus riches, mais il augmente les taxes pour les plus pauvres et supprime les APL.

    Note sur la grève de Carrefour

     

    L’autre enseignement c’est que lorsque les syndicats sont unis et déterminés dans la grève, c’est mathématique, le patronat recule. C’est ce qui s’est passé avec Carrefour, la direction sans rétablir pour l’instant les avantages supprimés a considérablement reculé. Mais contrairement à la logique du syndicat jaune, la CFDT, il ne faut pas morceler les luttes, au contraire les agglomérer. Tant que les employés de Carrefour faisaient des grèves ponctuelles et discontinues, la direction n’a pas bougé, dès que la grève est devenue nationale, ils ont changé d’attitude. Les pertes de recettes sur un samedi comme celui du 31 mars sont en effet considérable.

    Que ce soit le mouvement des cheminots ou les autres mouvements sociaux, ils se tiennent tous l’un l’autre, en ce sens que c’est bien l’exaspération générale des salariés dans les autres secteurs qui fait que le soutien au cheminot s’est renversé ces derniers jours. Il suffit de voir la confrontation de Macron avec les infirmières de l’hôpital de Rouen pour comprendre que tout se tient. Non seulement Macron a été hué à son arrivée à l’hôpital, mais il a été pris à partie par les infirmières qui lui ont dit que leurs services explosaient face aux coupes budgétaires, pour ne pas perdre complètement la face, il s’est emporté, s’est montré grossier et leur a tourné le dos. Cette morgue d’enfant gâté qui prétend expliquer aux infirmières comment elles doivent travailler le rend encore plus antipathique qu’il ne l’est naturellement. Les infirmières ont une bonne image dans l’opinion, elles au moins sont utiles, ce qui ne semble pas le cas des hommes politiques et du président. La mauvaise image du petit président dans l’opinion renforce facilement la détermination des autres secteurs à résister à cette offensive de l’oligarchie contre les petits salariés. De même il est probable que si Macron ne s’en était pas pris aux retraités à travers la hausse de la CSG, ceux-ci auraient été moins enclins à soutenir les cheminots.



    [1] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/04/05/greves-a-carrefour-pour-apaiser-les-tensions-la-direction-propose-un-bon-d-achat-de-150-euros-a-ses-salaries_5281268_3234.html

    [2] http://www.liberation.fr/checknews/2018/01/25/combien-carrefour-a-touche-grace-au-cice-en-2017_1625109

    [3] http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/rapport_cice2016_28095016_ok.pdf

    [4] https://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKBN1H70D2-OFRBS

    [5] https://www.humanite.fr/selon-la-cgt-carrefour-sapprete-supprimer-jusqua-5-000-postes-646921

    [6] https://www.latribune.fr/economie/france/la-fortune-de-bernard-arnault-a-grimpe-de-22-en-un-an-666927.html

    [7] https://liberation.checknews.fr/question/45461/bernard-arnault-gagne-t-il-vraiment-800e-par-seconde

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  •  Le destin de l’Europe et les élections en Hongrie

    Dimanche dernier ont eu lieu les élections en Hongrie. Il s’agissait d’élections législatives. Orban a gagné haut la main ces élections, son parti le Fidesz possédera une majorité des deux tiers[1]. Cette victoire écrasante pose de très nombreuses questions. En effet Orban est souverainiste et se présente un peu en leader du groupe de Visegrad qui refuse d’appliquer les directives européennes quand elles ne lui plaisent pas. Notamment en ce qui concerne les migrations. Il est vrai que les Hongrois ont assez mal encaissé l’explosion des demandes d’asile dans leur pays et qu’Orban a freiné largement ce mouvement[2]. Mais ce n’est pas seulement le refus des migrations qui a assuré son succès électoral : la Hongrie présente une santé étonnante sur le plan économique. Le monde qui, comme tout l’establishment européiste déteste Orban parlait d’un bilan économique en trompe l’œil, sans que son analyse soit très convaincante[3]. Jugeons-en par nous-mêmes. La Hongrie selon les prévisions généralement admise devrait connaitre une croissance de 4% en 2018, un chômage inférieur à 4% et un déficit public inférieur à 3% - 2,7% pour l’année 2017. La balance commerciale est également excédentaire. Ce sont des très bonnes performances pour un pays qui avait souffert énormément de la transition vers l’économie de marché. Mais ce qui embarrasse le plus les éditorialistes, ce n’est pas tant qu’Orban soit anti-immigrationniste, c’est que la Hongrie obtienne des résultats probants sans passer par le moule conformiste des recommandations de Bruxelles. Le programme mis en place par Orban est un programme anti-austérité et qui n’a pas craint ici et là à procéder à des nationalisations ! On pourrait donc dire qu’Orban est un nationaliste conséquent qui défend l’intégrité de son territoire. C’est l’anti-Macron si on veut. Non seulement il montre qu’on peut tenir tête aux directives européennes quand elles vont à l’encontre des intérêts nationaux, mais aussi que c’est en tenant tête à ces directives stupides que l’économie s’en sort finalement le mieux. Sans ces succès économiques, la réélection d’Orban aurait été sans doute moins nette.  

    Le destin de l’Europe et les élections en Hongrie

    Quelques jours avant les élections, les éditorialistes français supposaient qu’Orban gagnerait, mais avec moins de marge de manœuvre qu’avant et pariaient sur la nécessité qu’il aurait de s’allier avec d’autres partis[4]. Cette erreur d’analyse s’appuyait sur l’idée qu’Orban avait élu en 2014 suite à une faible participation électorale. Or Dimanche dernier, la participation a été très forte, près de 70%, mais les résultats ont été les mêmes : Orban aura une majorité des deux tiers dans la nouvelle assemblée. La gauche et les partis libéraux sont complètement laminés.

    Parmi les conséquences attendues de cette élection, on pense que le gouvernement hongrois va reprendre en main les organismes de propagande libérale financés par Soros ou d’autres oligarques, ce qui va faire bondir encore un peu plus les eurocrates. Ce sera certainement un prétexte pour ceux-ci qui vont dénoncer une dérive autoritaire et qui vont tenter, via les subventions et les amendes, à faire rentrer ce petit pays dans le rang. Mais la Hongrie est dans un rapport de force très favorable sur le plan international. D’abord parce qu’une sortie de la Hongrie de l’Union européenne, dans le contexte du Brexit, aviverait les tentations d’émancipation, mais aussi parce que la Hongrie se rapprocherait alors de la Russie. Poutine a, en effet, une forte popularité auprès des Hongrois qui manifestent une méfiance très grande envers Bruxelles, Berlin et Paris où Macron a une très mauvaise image.  

    Les conséquences pour l’Europe sont assez prévisibles. L’opposition entre l’Ouest libéral et ouvert et l’Est plus souverainiste et soucieux de son intégrité, va être de plus en plus évidente. Car les pays de l’Est, Pologne, Hongrie, République tchèque vont démontrer qu’en effet on peut complètement contrôler les migrations sans pour autant que cela nuise aux résultats économiques, et qu’en outre, on peut enfreindre les consignes de Bruxelles en ce qui concerne l’austérité et les privatisations avec succès. Le très large succès d’Orban est donc d’abord un camouflet à Bruxelles et à la logique libérale. On peut se demander si à terme elle ne remet pas en question encore plus fondamentalement la construction européenne que le Brexit. Il va être difficile dans ces conditions pour Macron de faire avancer son projet d’une Europe fédérale dont à terme il prendrait la tête. Il nous semble au contraire que l’avenir des relations internationales s’inscrit plutôt dans un retour des Etats souverains que dans la volonté de voir les lois du marché se substituer à une logique politique. Pour l’instant cela est masquer en France parce que les souverainismes sont assez éclatés et n’arrivent pas à présenter un front uni, mais déjà en Italie pointe une autre logique, malgré les circonvolutions de M5S.

    L’autre leçon pour la gauche est évidente : elle n’existe pas ou plus dès lors qu’elle joue le jeu de l’ouverture et de la mondialisation. De partout où la social-démocratie a célébré les vertus de l’ouverture et du marché mondial, elle a disparu. Notez enfin qu’en Hongrie, comme ailleurs, la capitale a voté un peu différemment du reste du pays, son vote a été plus diversifié et plus ouvert, plus libéral si on veut que celui du reste de la Hongrie. Mais cette opposition assez nette ne change rien quant au fond. Dans un contexte de crise économique et de crise migratoire, l’heure est logiquement au repli national.



    [1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/04/08/elections-en-hongrie-orban-donne-vainqueur_5282652_3214.html

    [2] https://hongrieactuelle.wordpress.com/2015/05/16/hongrie-et-immigration-clandestine/

    [3] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/04/06/en-hongrie-un-miracle-economique-en-trompe-l-il_5281625_3234.html

    [4] https://www.ouest-france.fr/europe/hongrie/elections-en-hongrie-le-parti-d-orban-ne-devrait-pas-avoir-la-majorite-qualifiee-5682161

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  •  Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

    Le refrain est bien connu, dès qu’il s’agit d’Israël : il y a d’un côté les bons, les Palestiniens, et de l’autre les mauvais, les Israéliens, présentés comme les nazis du XXIème siècle. Et on a eu droit évidemment au dessin ignoble de Plantu qui devient maintenant le porte-parole officiel et soft de l’antisémitisme. Le 30 mars dernier les Gazaouis ont entrepris une marche symbolique dite Marche du retour. L’idée était de pénétrer en Israël et de revendiquer les terres qui selon eux ont été volées aux Palestiniens depuis 1948, mais aussi de rendre hommage à leurs morts de 1976. Plusieurs milliers de marcheurs, guidés par le Hamas, se sont alors massés à la frontière israélienne et se sont mis à provoquer l’armée israélienne, jusqu’à obtenir ce qu’ils étaient venus chercher, des morts : les femmes et les enfants d’abord. Pour l’instant on compte 16 morts. Mais parmi ces 16 morts, au moins 10 ont été identifiés comme des « terroristes » ou comme faisant partie de la branche armée du Hamas, ce qui vient jeter un doute sur le caractère pacifique de cette marche[1]. Plus basiquement les militaires israéliens ont empêché les marcheurs du Hamas de franchir la frontière. Ce énième épisode a déclenché comme il fallait s’y attendre une polémique féroce.

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 

    10 morts du Hamas identifiés 

    La position du Monde est assez bien représentée par le dessin de l’antisémite Plantu qui ne veut voir dans cette marche organisée par le Hamas qu’une marche pacifique de pauvres gens spoliés de leurs maisons à laquelle ils avaient un droit bien légitime. Vu la récurrence des dessins antisémites de Plantu, il faut bien croire que Le monde partage cette ligne politique. Et d’ailleurs les articles de fond de ce journal

    Personne ne semble vouloir se poser les bonnes questions, il y en a au moins deux :

    - tout d’abord comment se fait il que ce soit d’abord des membres de la branche militaire du Hamas qui ait été tués ?

    - ensuite, pourquoi lors de cette marche on mettait des enfants en avant ?

    Les réponses deviennent pourtant évidentes dès qu’on réfléchit un peu. Le Hamas cherchait à obtenir des morts et si possible des enfants morts, ce qui fait toujours un meilleur effet pour la propagande vers les Occidentaux. On oublie du même coup que cette marche se faisait comme d’habitude aux cris de « Kill the Jews ». On oublie aussi que le Hamas n’a jamais modifié son programme : chasser les Juifs d’Israël[2]. Et puis surtout on oublie que si Israël a fait usage des armes, c’est pour répondre aux attaques des « marcheurs » qui ont lancé des cocktails Molotov, et pour les empêcher de pénétrer en Israël. Contrairement aux pays européens, Israël ne vit pas, ne peut pas vivre quelques heures seulement en laissant ses frontières ouvertes.

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 

    A gauche le dessin de Plantu suite à la marche du 30 mars, à droite un vieux dessin dénonçant la lâcheté des colons israéliens qui protègent le vol des terres derrière l’armée 

    Comme un réflexe pavlovien, la gauche a emboîté tout de suite les positions du Hamas. Médiapart dont on connait bien maintenant les positions pro-islamistes, a entonné le vieux refrain des Juifs qui entameraient un génocide des Palestiniens comme eux ont souffert du génocide nazi[3]. Mélenchon s’y est mis aussi, en twittant sur « l’assassinat des marcheurs palestiniens – sous-entendus pacifiques », mettant en avant « la cruauté sans borne de l’Etat israélien », et demandant l’envoi des Casques bleus dans la région. Sur cette question où il est traditionnellement en position de faiblesse, il s’est un peu plus déconsidéré en avançant qu’Israël était le seul responsable de cette tuerie, dédouanant de fait le Hamas. On l’a trouvé moins attentif au sort des Kurdes dans le nettoyage ethnique en court à Afrin. Du reste la gauche partage exactement la position d’Erdogan sur cette question. Le dictateur Erdogan qui lui franchit les frontières pour faire un vrai génocide de Kurdes, a lui aussi fait la leçon à Israël, avançant que l’usage de la force par Tsahal était disproportionné et qualifiant Netanyahou de terroriste[4]. La gauche est toujours plus prompte à se mobiliser contre Israël qui défend ses frontières que contre les exactions de la Turquie qui les viole.

      

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

    Evidemment mettre l’accent sur les morts interdit tout débat de fond sur la question. S’il y a des morts, c’est bien qu’Israël est coupable, et cela suffit à la gauche, aux fascistes et autres antisionistes de profession. L’ignoble Piotr Smolar, accoutumé à faire la propagande anti-israélienne, parle dans Le monde d’une marche du désespoir, comme si l’idée d’une provocation du Hamas ne lui était pas venue à l’idée. Cet individu, coutumier des articles pro-palestiniens – ça va avec Plantu me direz-vous – considère que ceux qui parlent de provocation sont seulement les Israéliens de l’extrême-droite du type Lieberman[5]. Il suppose que si la colère des Gazaouis est légitime, il est tout autant légitime qu’elle se transforme en une revendication territoriale, un retour sur les terres des ancêtres. Je ne suis pas le seul à souligner la malhonnêteté de ce journaliste. Il s’était fait agrafer à propos de ses comptes rendus sur les portiques qu’Israël voulait installer au Mont du Temple[6]. Sans doute ce journaliste français d’origine polonaise a-t-il tété le lait de l’antisémitisme très jeune, il a appris son métier à Moscou ! Mais enfin personne au Monde ne songerait à y voir un rapport avec l’orientation de ses articles. Le lendemain, il remettait le couvert, et dans un article assez spécieux[7], il tentait de démontrer que la marche organisée par le Hamas ne pouvait être que pacifique. En filigrane cependant, il admettait que le Hamas voulait bien avoir des morts pour faire avancer sa cause. Piotr Smolar évoque aussi sans donner beaucoup de précision le fait qu’un membre de l’organisation militaire du Hamas a tiré à balle réelle vers les militaires israéliens et a ensuite été tué. Egalement il fait état d’une fillette de 7 ans qui aurait été envoyée par le Hamas pour traverser la frontière. Comme on le voit, même dans l’article embrouillé d’un ferme soutien à la cause palestinienne, il semble bien qu’il y ait eu des provocations générées par le Hamas. Mais quoi d’étonnant quand on sait que le Hamas est en perdition à Gaza et qu’il a besoin de reprendre les choses en mains pour montrer que si les Gazaouis vivent dans la misère, cela n’est pas la conséquence de sa gestion, mais uniquement de la faute des autorités israéliennes. Même Piotr Smolar s’en est rendu compte et l’énonce dans un article intitulé Affaibli, le Hamas soutient le mouvement de protestation civile, publié dans Le monde daté du 4 avril 2018, mais non mis en ligne. 

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 

    Lors de la marche du 30 mars, les enfants et les femmes sont en première ligne 

    Piotr Smolar ne dénonce jamais les coups de pub des Palestiniens. C’est ce qu’on voit quand il fait le compte rendu du procès de Ahed Tamimi qu’il regarde uniquement comme un acte de courage[8], comme si de gifler un soldat qui ne peut pas répondre relevait du courage, surtout quand ce geste est mis en scène et filmé[9]. Que la gauche se joigne à cette mascarade et soutienne le panislamisme est confondant, mais explique certainement aussi pourquoi elle perd de plus en plus de crédibilité dans l’opinion publique. La cause palestinienne est un combat qui la dépasse, un terrain sur lequel ses connaissances sont prises en défaut continuellement. On remarquera que ce sont les mêmes qui soutiennent le retour des réfugiés palestiniens – et surtout de leurs descendants – qui dans un même mouvement soutiennent aussi les migrants. On peut penser qu’il s’agit là d’un élan de générosité selon lequel nous sommes tous les enfants d’une même terre, et que les frontières sont absurdes et n’amènent que des conflits. C’est la logique mondialiste si on veut, cette logique qui voudrait que s’il n’y a pas de frontière entre la France et l’Allemagne, et bien il n’y a plus de guerre. C’est le genre de raisonnement plus que simplet que nous vend l’Union européenne. Mais justement dans le cas du conflit israélo-palestinien, les frontières sont plus que nécessaires. Le Hamas est d’ailleurs lui aussi pour abolir les frontières entre les Territoires palestiniens et Israël, en espérant que cela lui permettra à terme d’en finir avec les Juifs. Pour cette raison, et quels que soient les errements des uns et des autres, la seule solution passe par deux Etats séparés, sécurisés et viables. C’est de ça que nous devons nous occuper si nous voulons que la cause de la paix avance un peu. Et qu’on ne vienne pas me dire que seuls les Israéliens sont responsables de ce blocage. Non seulement parce que le Hamas ne veut pas d’une solution à deux Etats, mais aussi parce que l’OLP a reconnu Israël très tardivement, et encore du bout des lèvres. Mais peu importe le passé finalement. Malgré toutes les déconvenues, cette solution est encore possible, parce que c’est la seule raisonnable aussi bien pour les Palestiniens que pour les Israéliens[10]. Je ne vois pas beaucoup d’hommes politiques français qui travaillent sérieusement sur cette idée, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition d’ailleurs. Les déclarations d’intention, il y en a beaucoup, mais elles ne s’appuient guère sur la réalité du terrain et à combattre les idées reçues en la matière. Par exemple ce qu’on oublie le plus souvent, c’est que les Israéliens et les Palestiniens de Cisjordanie travaillent très souvent ensemble, je ne parle même pas des Arabes israéliens. Ce qui veut dire qu’ils se connaissent très bien et que les solutions sont à portée de main. Les Occidentaux feraient un grand pas en avant s’ils cessaient de regarder Israël comme le seul responsable des blocages à la mise en œuvre notamment parce qu’ils colonisent une terre qui ne leur appartiendrait pas. On sait très bien que cette colonisation peut s’achever si un plan de paix global est accepté, par exemple dans un échange de territoires entre Israël et le futur Etat palestinien, même si les extrémistes ne le souhaitent pas. Mais les Palestiniens sont-ils prêts à gérer un Etat moderne, avec tout ce que cela implique ?

    Un mouvement qui doit durer 6 semaines  

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

    Le 6 avril les Palestiniens du Hamas ont recommencé à se masser à la frontière de Gaza. Cette Marche du retour doit durer en tout six semaines. Elle est supposée dénoncer la confiscation des terres par Israël, et donc signifier que les Palestiniens reviennent sur les lieux dont ils ont été chassés en 1948. Evidemment cette idée ne tient pas trop debout parce que ces Palestiniens qui manifestent n’ont pas trop l’âge d’avoir été chassé. Ce n’est pas trop crédible. Mais ce qui est crédible, c’est d’obtenir des morts et des blessés. Le 6 avril donc, il y a eu de nouveau des morts et des blessés. Mais on sent maintenant que l’opinion, si elle n’est pas favorable à Israël, se montre pour le moins septique sur les intentions du Hamas. The times of Israël soulignait comme la plupart des journaux que la mobilisation palestinienne s’essoufflait[11]. Sans doute parce que les buts du Hamas apparaissent assez peu clairs. Au-delà du fait que les morts et les blessés sont là pour démontrer qu’Israël est mauvais, ils veulent aussi pouvoir montrer qu’ils sont capables d’enfoncer les frontières. Et si les frontières n’existent plus, Israël n’existent pas non plus. Tous les blessés et les morts ont été touchés alors qu’ils tentaient de franchir la frontière, toujours en envoyant en avant des enfants. Il y a eu donc 9 morts et 250 blessés, soit deux fois moins que le vendredi précédent. On peut donc supposer que c’est là la preuve d’un certain essoufflement.

    L’apogée de ce mouvement doit intervenir dans un mois pour la célébration du 70ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Les dirigeants du Hamas espéraient à ce moment-là pouvoir mobiliser un million de personnes, un objectif qui parait très difficile à atteindre en regard de la mobilisation du 6 avril. D’autres en Israël ont avancé que le but de ces marches était d’introduire des terroristes de façon à pouvoir commettre par la suite de nouveaux attentats, mais c’est difficile à vérifier. Piotr Smolar reconnait cependant qu’en brulant des pneus, les Palestiniens cherchaient effectivement à pénétrer en Israël en se cachant derrière la fumée ainsi dégagée[12].

    L’opinion internationale est également en train de s’essouffler à soutenir la cause palestinienne, même Piotr Smolar très pro-palestinien semble sceptique sur les buts réels du Hamas. Sans doute comprend-elle, même si c’est tardivement, que le Hamas règle des problèmes politiques en comptant ses martyres. Ce scepticisme est assez visible dans le compte rendu de RFI[13]. Pourquoi cette quête morbide sans que quelque embryon de solution ne soit sérieusement avancé ?  L’Humanité, journal du Parti communiste et soutien récurrent de la cause palestinienne ne donnait le 7 avril strictement aucune information à la une de son site Internet sur les affrontements de la veille. N’est-ce pas une manière indirecte de l’opinion pro-palestinienne de condamner les actions du Hamas ? Les comptes rendus de Libération ont également été plutôt très sobres, assez peu impliqués, alors que ce journal est généralement prompt à appuyer sur la corde sensible. Bref si la semaine dernière le Hamas semblait avec ses morts avoir marqué des points, il semble qu’aujourd’hui ce soit le contraire et que plus personne ne comprenne cette obstination mortifère. 

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 



    [1] https://fr.timesofisrael.com/au-moins-10-des-16-morts-a-gaza-etaient-membres-de-groupes-terroristes/

    [2] https://fr.timesofisrael.com/hamas-le-coran-nous-ordonne-de-renvoyer-les-juifs-de-la-totalite-de-la-palestine/

    [3] Une page du blog d’Abdourahmane a été publiée le 1er avril sur ce thème, puis ensuite enlevée. Son titre était Israël poursuit la Shoah des Palestiniens.

    [4] http://www.rtl.fr/actu/international/tensions-entre-gaza-et-israel-erdogan-accuse-netanyahu-d-etre-un-terroriste-7792862339

    [5] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/03/31/a-la-frontiere-de-la-bande-de-gaza-une-grande-marche-du-retour-pacifique-mais-meurtriere_5278985_3218.html

    [6] https://www.dreuz.info/2017/07/25/piotr-smolar-envoye-du-monde-a-jerusalem-repond-aux-questions-des-lecteurs-et-dreuz-a-fact-checke-ses-reponses/

    [7] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/04/03/autopsie-d-une-marche-du-retour-meurtriere-a-gaza_5279767_3218.html

    [8] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/02/13/le-proces-de-l-adolescente-palestinienne-ahed-tamimi-s-ouvre-a-jerusalem_5256185_3218.html

    [9] http://in-girum-imus.blogg.org/la-vie-moderne-d-ahed-tamimi-sous-les-projecteurs-a135351064

    [10] Shaul Arieli, « La solution à deux États est encore possible », Politique étrangère 2014/3 (Automne), p. 79-93.

    [11] https://www.timesofisrael.com/idf-says-it-thwarted-hamas-prevented-victory-picture-of-breached-border-fence/

    [12] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/04/06/nouvelle-journee-de-sang-a-gaza-le-long-de-la-frontiere-avec-israel_5281948_3218.html

    [13] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180406-marche-retour-nouveaux-heurts-frontiere-gaza-israel

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