•  Charles Bowden, Orchidée de sang, une histoire pas naturelle de l’Amérique, Armand Colin, 2013.

    L’Amérique a toujours donné des écrivains désespérés en grand nombre, et ce désespoir est peut être a marque de fabrique spécifique de la littérature américaine. Excès de lucidité ou impuissance à transformer la réalité économique et sociale en quelque chose de vivable et d’humain, cette littérature se vautre dans la fange et dénonce une société non seulement criminelle dans ses fondements, mais complètement vide de sens. Et sans doute que les écrivains américains sont bien plus « vrais » que les économistes qui essaient de nous démontrer contre toute attente que la vie s’est améliorée au fil du temps sous cette latitude et que la civilisation progresse.

    Ayant fait des études d’histoire, Bowden abandonna la partie en plein milieu de la soutenance de sa maîtrise, agacé par les questions que le jury lui posait. Il vécut ensuite de bric et de broc en écrivant des livres ou des articles pour les magazines. Il s’était fait une sorte de spécialité des récits de la frontières entre les Etats-Unis et le Mexique où lui-même possédait une petite maison.

    En réalité c’est bien plus qu’un mauvais esprit ou un esprit rebelle, il fait partie de cette cohorte d’Américains qui vivent leur société non seulement comme un désastre, mais une détérioration définitive de la qualité d’être humain. Bowden est mort en 2014, âgé de 69 ans seulement, et il semble avoir passé le plus clair de son temps à se séparer du rêve américain et de ses mensonges. Mais il laisse une œuvre sombre, apocalyptique, comme une plongée dans un obscurantisme mâtiné de technologie et de pesticides. C’est seulement depuis 2013 qu’on commence à posséder des traductions de quelques unes de ses œuvres en France et on espère que cela continuera. Bowden est une sorte d’ivrogne, et cette ivrognerie, comme il le dit pour les indiens, le protège des sortilèges malsains de la société consumériste américaine qui est en train de s’écrouler sous nos yeux. Les derniers développements de l’histoire politique des Etats-Unis semblent valider ce constat amer : Trump a redéclaré la guerre aux Indiens qui luttaient contre le développement de pipe-lines sur leurs terres[1].

     

     

     

    Orchidée de sang est seulement le premier des trois volumes qui est consacré à une sorte d’histoire très subjective des Etats-Unis. Il a paru en 1995, il y a plus de vingt ans. Mais il faut croire que les tendances au délitement de l’Amérique se faisaient déjà clairement sentir parce que l’ouvrage est d’un pessimisme absolu : il n’y a pas de solution pour enrayer l’effondrement de l’Amérique ! Il n’existe aucune force sociale capable de compenser les méfaits d’une civilisation qui s’est imposée par le crime, génocide des indigènes, vol des terres, guerre bactériologique, etc. Il est donc le témoin à la fois enragé et fasciné de cette sorte de fin du monde qui s’avance et qui se déploie sous nos yeux avec cynisme et arrogance.

    L’ouvrage commence par parler du triste sort qui a été fait aux Indiens en mettant en parralèle les débris de leurs survivants lointains et l’arrogance de l’assimilation que les colonisateurs blancs leur ont proposé bien hypocritement. Le comble de cette folie est assez bien représentée par un artiste « moderne » évidemment qui crée pour des millions de dollars des bisons de bronze qu’il disperse ensuite dans les grandes plaines, arguant que cela pourrait bien attirer les touristes !!

     Charles Bowden, Orchidée de sang, une histoire pas naturelle de l’Amérique, Armand Colin, 2013. 

    Si aux Etats-Unis ce sont plutôt les Européens anglo-saxons qui ont détruit la civilisation des indiens, au sud de la frontières ce sont les Espagnols qui ont réalisé ce sale boulot. Et la décomposition actuelle du Mexique n’en est que la lointaine conséquence. Dans la description de cette misère qu’on sent impossible à éradiquer, il y a du B. Traven, mais sans doute en plus violent encore et plus sordide parce que le temps a passé et que rien ne s’est arrangé. Et puis B. Traven laissait tout de même des traces d’espérance ici ou là.

     

    Si les deux pôles de la violente histoire criminelle de l’Amérique sont aussi bien la frontière avec le Mexique – Trump a là encore un problème sérieux – que le génocide physique et moral des Amérindiens, le contre-chant de cette sordide saga est la guerre du Vietnam. Elle apparaît en creux comme le résultat des formes d’apprentissage des génocides antérieurs.

     Charles Bowden, Orchidée de sang, une histoire pas naturelle de l’Amérique, Armand Colin, 2013.

    Mais Charles Bowden me direz vous ? Il culpabilise bien sûr, il a honte appartenir à un peuple aussi rustique qui prétend en plus être civilisé et civiliser les autres peuplades ! Alors il picole, et quand il peut il baise des jeunes mexicaines qui ne demandent que ça. Et il nous le fait savoir, car sa manière de faire l’histoire est de partir de sa propre position dans le temps et dans l’espace. C’est donc fortement subjectif mais ce n’est pas moins vrai. Il existe d’autres histoires alternatives des Etats-Unis, par exemple, celle excellente de Howard Zinn[2] qui tente de parler du point de vue des déshérités. Mais Bowden ne veut pas parler pour les autres, il parle pour lui-même. Sans doute parce qu’il ne croit plus à la possibilité de la lutte des classes, ni même à la nécessité de lutter contre la dégradation de l’environnement – deux causes qu’il avait embrassées dans sa jeunesse.  Il va de soi que pour lui l’histoire n’a pas de sens, ou plutôt que ce sens est celui de l’effondrement.

     

    De cette réflexion amère on retiendra non seulement le style, mais ce passage halluciné quand Charles Bowden traverse la moitié de l’Amérique pour ramener  la dépouille de son ami Robert Sundance à sa dernière demeure sur la terre des Sioux. Robert Sundance avait fait la guerre pour le compte des Etats-Unis, était devenu alcoolique, puis ensuite il avait combattu l’alcoolisme qui selon lui assassinait toujours un peu plus les Indiens. Il avait eu une vie de bâton de chaise, fait de la prison, vécu dans les quartiers pourris de Las Vegas et de Los Angeles, gagné et perdu des sommes fabuleuses au jeu. Son enterrement est mis en parallèle avec le développement des troupeaux de bisons qui, certains Indiens veulent le croire, non seulement assurera le retour d’une civilisation meilleure, mais aussi contribuera à rééduquer ces malheureux blancs qui ont perdu le sens de la vie.

     Charles Bowden, Orchidée de sang, une histoire pas naturelle de l’Amérique, Armand Colin, 2013. 

    Robert Sundance

     

    En tous les cas, en lisant Bowden on comprend tout le pouvoir de la littérature, et on comprend mieux pourquoi il est bon de lire... à condition de bien choisir ses lectures. Il touche en effet une partie de nous mêmes qui ne pourrait pas être atteinte par des analyses savantes et soi-disant objectives et distanciées.

     


    [1] http://www.rtl.fr/actu/environnement/projet-d-oleoduc-trump-declare-la-guerre-aux-sioux-7787328816

    [2] Une Histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos joursAgone, coll. « mémoires sociales », 2002

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  •  

    Débat pour la présidentielle

    Environ 10 millions de personnes ont suivi le débat en direct sur TFI le 20 mars. Seulement cinq des candidats avaient été invités au motif que les 6 autres ne passaient pas la barre des 10% dans les sondages. On peut se poser la question de la fiabilité des sondages, parce qu’il semble bien qu’en réalité Hamon ne passera pas au final la barre des 10%, et que Marine Le Pen serait très loin devant avec plus de 30% des suffrages. Et donc par contrecoup se demander si l’éviction des six autres était justifiée.

     Débat pour la présidentielle 

    Il est très difficile de dire si le débat pour la campagne présidentielle aura ou non une incidence sur le résultat final. Il semble que pour les téléspectateurs les plus convaincants aient été Mélenchon et Marine Le Pen, Hamon était comme à son habitude inaudible et Macron et Fillon représentaient l’axe européiste et libéral dont les Français commencent à en avoir assez. Je passe sur le fait que Fillon nous a encore fait son numéro sur la nécessité de se serrer la ceinture parce que le pays est très endetté – tout le monde ne peut pas embaucher ses enfants sur des emplois fictifs, et vendre des promotions pour la Légion d’honneur.

    Mais si on revient sur le débat qui s’est amorcé sur la question européenne, on voit que celle-ci devient centrale. Marine Le Pen est partie d’un graphique très simple et incontestable, estampillé OCDE, que nous reproduisons ci-après : l’entrée en vigueur de l’euro a fait diverger les trajectoires économiques nationales et a plombé non seulement l’économie française, mais aussi celle de l’Espagne et de l’Italie. Il devenait évident que face à cela les arguments de Fillon ou de Macron pour défendre l’Union européenne et l’euro, arguant que la sortie de l’euro serait la dernière des calamités, avaient du mal à convaincre.

     Débat pour la présidentielle 

    S’il est assez facile de voir que l’introduction de l’euro a été une calamité pour tout le monde, sauf pour l’Allemagne, il est bien plus difficile d’imaginer que sans l’euro cela pourrait être pire. Le sinistre Fillon a avancé sans preuve, évidemment, que la sortie de l’euro amènerait une inflation qui ruinerait les plus pauvres. Soit il ment, soit il ne sait pas, et dans les deux cas il est indigne de diriger notre pays. Ce qu’il ne dit pas justement c’est que la dette publique a été remboursée à la sortie de la guerre de deux manières :

    - de l’inflation ;

    - de la croissance.

    Et justement cela s’est fait sous l’impulsion du général De Gaulle. Une inflation soutenue et relativement modérée n’est jamais l’ennemie du pouvoir d’achat, c’est même le contraire. Le recul de la part des salaires dans la valeur ajoutée s’est réalisée d’abord par la lutte contre l’inflation. Or nous sommes aujourd’hui dans une crise de la demande ce qu’on ne veut pas admettre, et cela au niveau du monde entier :

    - cette crise est devenue évidente en 2008, mais elle a été préparée de longue date par le décrochage de la hausse des salaires par rapport à la hausse de la productivité. En effet, si la productivité du travail augmente plus vite que les salaires, cela gonfle les profits mais fusille la demande et les occasions d’investir dans le capital productif disparaissent.

     Débat pour la présidentielle 

    - naturellement cette question de la demande est revenue dans le débat. D’un côté on avait l’axe Fillon-Macron qui continuait bêtement à défendre la théorie de l’offre, alors que celle-ci a fait ses preuves qu’elle ne marchait pas, et de l’autre, avec plus ou moins d’acuité, les trois autres candidats défendaient le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes. 

    Conclusion 

    Si on reste sur le terrain de l’économie et du social, il y avait à l’évidence une convergence entre MLP et Mélenchon d’un côté, et Fillon et Macron de l’autre. En vérité ce clivage s’explique d’abord parce que Fillon et Macron qu’on le veuille ou non ont été membres des gouvernements qui ces dernières années ont démontré leur incompétence que ce soit pour la croissance et l’emploi ou que ce soit pour résorber les inégalités et œuvrer pour l’amélioration de l’environnement. Il ressort de cela que Fillon et Macron sont les candidats de la continuité et MLP et Mélenchon les candidats de la rupture. Le corps électoral va se prononcer dans quelques semaines sur cette question : la continuité c’est Macron ou Fillon, la rupture c’est MLP et Mélenchon. 

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  •  La manifestation de la France Insoumise 

    Des nouvelles politiques du monde entier 

    Il est assez facile de se rendre compte que le monde entier est devenu politiquement très instable et sans doute assez peu prévisible. Cela sous-entend que la conception de l’action politique va changer avec bien sûr un changement d’objectifs. Tout montre qu’il y a un retour de la nation comme instance de décision. Le rassemblement de la France insoumise du 18 mars 2017 montre une gauche qui n’hésite plus à s’affirmer patriote : les drapeaux tricolores sont brandis et on chante La Marseillaise sans honte, ne voulant plus que ces symboles fort de la République soient laissés au Front National. Evidemment cela va de pair avec le discours anti-européen de Mélenchon qui dénonce une Europe soumise d’abord aux intérêts du capitalisme allemand. Cette manifestation a été très suivie et semble indiquer que la candidature de Mélenchon sera un succès, disons au moins qu’il terminera premier candidat de gauche devant le triste candidat du Part « socialiste ». Ce positionnement est nouveau, mais cohérent avec la tendance mondiale qui est de sortir de la dictature du libre-échange et des mouvements de capitaux. 

    Elections en Hollande 

    Des nouvelles politiques du monde entier 

    Comme il était prévu, le grand perdant des élections aux Pays-Bas est le parti travailliste de l’arrogant Jeroen Dijsselbloem, le patron de l’Eurogroupe qui a conduit et organisé le pillage systématique de la Grèce pour le compte de Bruxelles et de l’Allemagne. Ce parti qui arrivait deuxième en 2012 avec près de 25% des voix, est rétrogradé à la septième place avec moins de 6% des suffrages et à peine 9 sièges dans la nouvelle assemblée[1]. Il semble donc que son sort à la tête de l’Eurogroupe soit scellé, ce qui ne nous attristera pas.

    L’intérêt que nous portons aux Pays Bas vient d’abord du fait que ce petit pays est un candidat potentiel sérieux pour la sortie de l’Union européenne et de l’euro, depuis plusieurs années plusieurs rapports ont été commandés pour envisager concrètement la sortie de l’euro[2]. Nous ferons deux remarques brèves concernant ces élections. La première est que malgré les fortes critiques contre l’Union européenne, les bataves n’ont pas voté en masse pour le parti d’extrême droite de Geert Wilder, même si celui-ci progresse encore un peu. Comme en France il y a un plafond de verre que l’extrême droite n’arrive pas à franchir. Mais justement le fait que le PVV progresse pourtant, notamment parce qu’il affiche une position très hostile à l’Islam, sans s’imposer vraiment va rendre la formation d’un gouvernement très difficile. On rentre dans une zone d’instabilité.

    La seconde remarque est que la déconfiture de l’arrogant Jeroen Dijsselbloem est le résultat de la dérive droitière des sociaux-démocrates européens. Il est en effet une sorte de Macron du point de vue de la politique libérale et européiste qu’il préconise, et comme Macron, il affiche une soumission sans faille à la domination allemande. Il est de ceux qui précèdent les demandes de Berlin sans attendre qu’elles soient formulées[3]. Il est probable que si Macron devenait président, il suivrait le même chemin de croix. 

    L’arrogance de Trump 

    Des nouvelles politiques du monde entier 

    Trump a reçu Angela Merkel à la Maison Blanche. Mais devant les photographes il s’est plu à l’humilier lorsque celle-ci lui a demandé plusieurs fois de lui serrer la main[4]. Il a refusé ostensiblement. C’est une façon de faire assez inédite et pour tout dire grossière. Je comprends bien qu’on n’aime pas la politique de l’Allemagne et même qu’on la combatte par exemple en dénonçant les excédents commerciaux de l’Allemagne, mais alors pourquoi recevoir Merkel à la Maison Blanche ?

    Cette position bouffonne n’a pas aucun sens, sauf à mettre en spectacle le splendide isolement des Etats-Unis dirigées par Trump. Cette comédie ne masque pas l’affaiblissement continu de l’Amérique dans tous les domaines. Mais c’est en même temps une sorte de déclaration de guerre non seulement à l’Allemagne, mais encore aux traités de libre-échange. Dans le même temps Trump exerce un chantage très fort sur l’Allemagne en réclamant des sommes que ce pays devrait aux Etats-Unis au titre du financement de l’OTAN[5] ! Merkel a déjà partiellement cédé à cette demande et assure que son pays va prendre en charge une plus grande partie des dépenses de l’OTAN en Europe. Sans doute vise-t-elle deux buts en même temps : éviter que le grand marché américain ne se ferme au moment où l’Allemagne doit faire face à une montée des critiques notamment en Europe à propos de ses énormes excédents[6], et également la possibilité de se réarmer et de devenir ainsi la première puissance aussi sur le plan militaire.

    Cette situation révèle les instabilités du moment en Occident, instabilités dues notamment à l’absence de résolution de la crise de 2008. Les Etats-Unis n’ont plus le leadership, et l’Allemagne ne peut pas l’obtenir, les réticences sont bien trop énormes, malgré l’allégeance de certains dirigeants politiques plutôt couards comme Emmanuel Macron par exemple.

    Quel que soit le degré de folie de Donald Trump, tout cela annonce une remise en question des politiques de libre-échange[7], non seulement aux Etats-Unis, c’est déjà fait, mais aussi dans le reste du monde. Or bien entendu, l’Union européenne fonctionne d’abord comme une zone de libre-échange et cela à l’insatisfaction de beaucoup de pays sauf de l’Allemagne. Remettre en question la doctrine du libre-échange selon laquelle le commerce international serait un jeu à somme positive (les échanges tirent la croissance), signifie de facto remettre en question l’existence même de l’Union européenne. Le commerce international est en réalité la continuation de la guerre par d’autres moyens[8], on s’en aperçoit aujourd’hui.

     

     


    [1] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/qui-pour-diriger-l-eurogroupe-664755.html

    [2] http://www.atlantico.fr/pepites/pays-bas-commandent-rapport-sortie-euro-2974761.html

    [3] Il est évidemment très apprécié de Wofgang Schaüble. http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/jeroen-dijsselbloem-le-zele-allie-de-wolfgang-schauble-recompense-492277.html

    [4] http://www.rtl.fr/actu/international/donald-trump-a-t-il-snobe-angela-merkel-video-7787716619

    [5] http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/03/18/depenses-militaires-m-trump-maintient-la-pression-sur-l-allemagne_5096863_3222.html

    [6] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/excedent-commercial-record-pour-l-allemagne-en-2016-637281.html

    [7] http://www.latribune.fr/economie/international/le-temps-du-libre-echange-bientot-revolu-665577.html

    [8] C’est Carl Von Clausewitz qui disait que la guerre était la continuation de la politique par d’autres moyens dans De la guerre, Editions de Minuit, 1955.

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  • Pierre-Valentin Berthier, Chéri-Bonhomme, L’amitié par le livre, 1955. 

    Pierre-Valentin Berthier était d’abord et avant tout un militant libertaire et pacifiste. Il a vécu très longtemps et s’est éteint dans sa 101ème année, en 2012. Pour gagner sa vie il exerça le métier de journaliste et de correcteur, notamment au journal Le monde quand il vint s’installer à Paris. Il écrira d’ailleurs plusieurs ouvrages sur l’écriture du français. Il quitta rapidement le collège pour se lancer dans le métier de journaliste. Il était originaire d’Issoudun, et c’est là qu’il rencontra Marius Jacob l’anarchiste marseillais qui avait passé des années au bagne et qui était devenu marchand forain dans le Cher[1]. Plus ou moins autodidacte, il quitta le collège très tôt, la partie fictionnelle de son œuvre peut être rattachée à la littérature prolétarienne.

    Chéri-Bonhomme raconte l’arrivée du Front Populaire et le développement des grandes grèves qui ont secoué la France du point de vue d’un enfant de la bourgeoisie. Chéri-Bonhomme est le surnom du petit Pascal qui est le fils d’un patron d’une entreprise de tannerie et de fabrique de cuirs. Chéri-Bonhomme a du mal à comprendre la lutte des classes, ou plutôt il ne comprend pas pourquoi les ouvriers sont si mal traités, non seulement ils gagnent peu, mais ils sont aussi méprisés, comme s’ils étaient des êtres inférieurs. Le livre porte comme sous-titre L’enfant derrière le grillage. Le grillage sert à séparer la partie usine de la propriété de la partie habitation. Et Chéri-Bonhomme observe la vie des ouvriers comme s’il observait des bêtes dans le zoo, il se fait vivement réprimandé s’il s’approche un peu trop des ouvriers car il est promis à prendre la succession de son père, et donc on suppose qu’un jour il commandera à ces hommes. Mais l’histoire se passe en 1936, dans un contexte qui va amener le Front Populaire au pouvoir et les grandes avancées sociales qu’on connait. Le père de Pascal s’oppose pied à pied à toutes les revendications de ses ouvriers, et ceux-ci ont souvent du mal à s’organiser pour faire front. Cependant le mouvement est tellement profond et large que le père doit plier et accéder aux demandes de ses ouvriers.

    Pierre-Valentin Berthier, Chéri-Bonhomme, L’amitié par le livre, 1955. 

    Occupation d’usine en 1936

    La manière dont l’ouvrage est écrit permet de mieux saisir la mécanique de la lutte des classes à travers la vision que s’en fait la famille de Chéri-Bonhomme. Le père est raide, pensant qu’en accédant aux doléances de ses employés il perdra son pouvoir… et de l’argent.  Mais il va aller de déboire en déboire, non seulement il sera obligé de plier face à la grève, il sera aussi battu à la députation par le représentant des ouvriers qui ne l’aiment évidemment guère ! Et puis il y a la mère qui vit complètement en dehors de ces questions sociales, même si elle voit forcément tous les jours des ouvriers sous ses fenêtres. La sœur Geneviève, quoique très jeune, a déjà pris le parti de la réaction. Colérique, menteuse et méchante, elle ne rêve que d’affrontements sociaux qui feront plier les ouvriers et les pauvres. Elle passe son temps à conspirer contre tout ce qui représente une remise en question du pouvoir de ceux de sa classe, elle échouera en tout, et n’obtiendra même pas son bac !

     Pierre-Valentin Berthier, Chéri-Bonhomme, L’amitié par le livre, 1955. 

    Sur cette photo on reconnaîtra Fernandel à côté de Berthier, et derrière eux Marius Jacob 

    C’est la mécanique inéluctable des conflits sociaux qui est dépeinte ici. On suppose que Berthier se décrit lui-même sous la figure du jeune Frédéric qui quitte le collège avant de se faire exclure et qui est embauché pour développer un journal de gauche qui viendra concurrencer Le Petit Phare journal de la droite calotine. Mais ce qui est le plus intéressant sans doute dans cet ouvrage est la manière dont se développe le mouvement de grève qui démarre d’abord timidement et qui ensuite s’étend de plus en plus et se fond dans un ensemble national, voire international. Au passage Berthier glorifiera le fait que les ouvriers sont capables de passer à l’autogestion car ce sont eux qui font tourner l’économie.

    En bon anarchiste Berthier développe une critique globale de toutes les institutions : l’Eglise bien sûr, mais aussi l’école et l’entreprise. Il se méfie évidemment des partis, même lorsqu’il se présente sous les couverts de de la gauche. Il mettra en scène également un syndicaliste, Landry, qui apparaît comme un récupérateur d’un mouvement de grève spontané.

    L’ensemble est assez drôle, même si ici et là il y a des moments graves et douloureux, comme les difficultés du père Dumont, ou encore la fin de Pascal. C’est la classe ouvrière en mouvement qui trouve sa voie dans la lutte, à partir de ses conditions de vie matérielles. Au moment où l’offensive est plutôt du côté du patronat, il est bon de rappeler que les acquis sociaux se gagnent dans la lutte et ne se conservent qu’en se mobilisant en permanence, car le patronat possède cette patience de l’araignée et attend toujours son heure pour grignoter ici ou là ce qu’il estime devoir lui revenir par qu’il possèdes des titres de propriété.

     

    Extraits

     

    « Qu’ils sont curieux à observer, les ouvriers, et comme ils sont gais, comme il suffit de peu pour les mettre en joie ! L’idée qu’ils sont pauvres ne leur occupe donc jamais l’esprit ? Les apprentis, plus âgés que moi, mais plus jeunes que les grands du collège, ne font que rire et se bousculer. Ils me passent des bonbons à travers le grillage. Ça me gêne qu’on ait mis entre eux et moi ce rideau de fer, comme au zoo entre les gens et les bêtes féroces. »

     

    «  … L’usine reste occupée, nous en prendrons soin. Dans le personnel y’a pas de vandales, et ce qui nous sert à gagner notre vie est sacré.

    – Je proteste ! cria popa en furie. C’est une atteinte au droit de propriété. Vous n’êtes pas chez vous. Si vous ne voulez pas travailler, allez-vous-en ! Ou j’appelle les gendarmes

    Cadet Jacquemin et deux ou trois autres se sont mis à rire, et M. Colimard prit la parole ; après Cadi et son pépiement d’oiseau de Paname, ça faisait drôle d’entendre l’ébourreur avec son accent berriaud, pesant, traînant, chaussé de lourds sabots de bois comme celui qui parlait :

    Faut être raisonnable, m’sieur Prégervais. Les journiaux i’disont que les gendarmes se sont risqués ni dans les mines, ni dans les hauts fourniaux, ni su’ les batiaux marchands. C’est pas cheux vous que les trois cognes du lieutenant Soumerle interviendront. Pas plus que le brigadier Turlut. Ils sont p’t’être ben en grêve, eux aussi. »

     



    [1] http://www.atelierdecreationlibertaire.com/alexandre-jacob/2014/06/marius-et-pierre-valentin/

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  • Un pauvre débat sur le pauvre programme du pauvre Macron 

    Très récemment, une fois passé le long moment de discuter des turpitudes et de la cupidité de la famille Fillon, on commence à discuter du programme de Macron. J’en ai déjà parlé à propos de son livre[1], Révolution, qui selon moi aurait été mieux nommé s’il s’était appelé Contre-Révolution. En effet il s’inscrit dans la lignée de ce qu’on a appelé la contre-révolution conservatrice à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingts. Il ne se cache pas d’ailleurs, comme Fillon, l’autre candidat de l’Institut Montaigne, d’une filiation avec Margaret Thatcher[2]. 

    L’attaque 

    Le programme de Macron a été critiqué par deux économistes membres de la mouvance des Economistes atterrés, Daniel Lang et Henri Sterdyniak dans une courte note intitulée Emmanuel Macron, l’économie en marche arrière[3]. Ils pointent d’abord le fait que le programme de Macron se veut dans la lignée d’une avancée européiste fédérale et prétend se déployer dans le cadre d’une hausse du budget de l’Union européenne. Or évidemment un tel programme ne tient pas compte du fait que pour accroître le budget de l’UE, non seulement il faut l’unanimité des 27 membres restant encore, ce qui est délicat compte tenu de la vague libérale qui traverse les pays de l’Europe de l’Est par exemple, mais il faut en outre renoncer à une autonomie budgétaire et donc à l’action de l’Etat.

    Lang et Sterdyniak attaquent ensuite la volonté de déréglementation du marché du travail sur deux points : tout d’abord l’idée de modifier le financement de l’allocation chômage : celle-ci serait financée par une hausse de deux points de la CSG et cela permettrait un allégement des « charges » patronales. Cette proposition ultra-droitière doit être en effet combattue vigoureusement, non seulement parce que à l’heure actuelle les cotisations patronales pour les allocations chômage sont une sorte de salaire différé ou socialisé qui ne sont pas une charge, mais aussi parce que le libéral Macron veut remplacer ces cotisations par une hausse de la CSG. Autrement dit il s’agit bel et bien d’une baisse des salaires et d’un transfert de revenus des ménages vers les entreprises.

    Pour se montrer encore plus à droite qu’il ne l’est, et pour jouer sur le registre la fermeté virile, Macron a proposé de renforcer le contrôle des chômeurs[4]. Il n’a pas dit comment, en réalité il ne sait pas que cela existe déjà, ne s’étant guère intéressé à la question. En vérité le chômage ne dépend pas des formes d’indemnisation chômage, ni des capacités des chômeurs à frauder, mais plus particulièrement de la croissance économique. Sinon les taux de chômage ne fluctueraient pas en fonction de la croissance, mais en fonction des lois qui sont votées au parlement pour restreindre les conditions d’éligibilité aux allocations chômage en en fonction du durcissement des contrôles. Je rappelle pour mémoire qu’entre 1995 et 2002, la croissance de la France a été soutenue, et le chômage a diminué très fortement, sans que les lois sur le financement du chômage ou le contrôle des chômeurs aient changé.  C’est ce qu’on voit sur le graphique ci-dessous.

     Un pauvre débat sur le pauvre programme du pauvre Macron 

    Mais sur le plan théorique, il faut souligner la faute encore plus grande de Macron, c’est qu’il n’existe aucun lien entre les modalités d’indemnisation du chômage et le chômage lui-même. Sinon, la Grèce et l’Espagne qui sont les deux pays qui ont flexibilisé le plus leur marché du travail connaîtrait le plein emploi. Il est facile dans le tableau ci-dessous que ce ne sont pas les pays où le marché du travail est le plus réglementé qui ont le taux de chômage le plus haut. Lang et Sterdyniak s’attaquent donc à juste titre aux propositions de déréglementation accélérée du droit du travail. 

    Un pauvre débat sur le pauvre programme du pauvre Macron

    La critique de Lang et Sterdyniak porte également sur les modifications que Macron veut amener sur la fiscalité. L’idée générale est assez simple, en baissant les impôts des plus riches on crée une appétence pour l’esprit d’entreprendre ! Outre la suppression de l’ISF, il propose de baisser les impôts sur les entreprises à 25%. Aujourd’hui nous sommes à 33% et l’an prochain, selon les réformes déjà avancées par Hollande, nous serons à 28%. Cette baisse remplacerait le CICE qui coûte environ 20 milliards d’euros par an. L’idée générale est la suivante en abaissant les impôts on favoriserait les investissements et par la suite l’emploi. On reconnait ici à peine retouché l’inepte théorème de Schmitt selon lequel les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain.

    Faisons deux constats :

    1. tout d’abord il est faux que le taux d’imposition des sociétés est le plus élevé en France. On constate sur le graphique suivant que des pays comme le Japon ou les Etats-Unis ont un taux bien plus haut.

    2. toujours au vu du graphique ci-dessous, on voit qu’il n’y a aucun lien entre croissance économique et faiblesse de la fiscalité des entreprises. Le Japon et les Etats-Unis ont un taux de fiscalité similaire en la matière, et pourtant leur dynamique est différente. On voit aussi que l’Espagne et l’Allemagne partagent le même taux de fiscalité des entreprises, mais pourtant ils n’ont absolument pas les mêmes résultats. Il est donc illusoire et mensonger de croire que la modification des taux de fiscalisation des bénéfices des entreprises plombe la dynamique entrepreneuriale.

     Un pauvre débat sur le pauvre programme du pauvre Macron 

    Et du reste, si on voulait avoir la preuve que la hausse des profits ne génère pas de dynamique particulière, on pourrait se référer au CICE qui est un échec dans les grandes largeurs. Lors de la mise en place du CICE beaucoup avaient alerté sur son échec très prévisible[5]. C’est un plan qui a coûté 60 milliards en tout, soit 20 milliards par an. On avait promis que le CICE générerait des profits qui engendrerait des investissements et de l’emploi. Selon l’inénarrable Jean Pisani-Ferry qui fut nommé pour évaluer les effets du CICE, et qui est en même temps le concepteur du programme économique de Macron, seulement entre 50 000 et 100 000 emplois auraient été sauvés par le CICE, on ne dit même pas créés[6]. Ce qui fait au mieux une subvention de 100 000 € par emploi ! A ce tarif-là il vaut mieux embauché des fonctionnaires, sachant que le salaire médian, charges comprises, est d’environ 40 000 € par an. Et pourtant Macron revendique le CICE comme une très grande réussite !

    En vérité ni Macron, ni Pisani-Ferry ne savent qu’il n’y a aucun rapport entre baisse de la fiscalité des entreprises et croissance économique ou emploi. Dans un système mondialisé et concurrentiel, les impôts sur les sociétés ont baissé de partout.

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    Et pour autant cela n’a pas engendré de la croissance, bien au contraire. Depuis vingt ans la croissance ralentit. Une des raisons tient au fait que la réforme de la fiscalité a profité de partout aux classes aisées et a soutenu le mouvement latent de l’accroissement des inégalités. Or, si les salaires ne suivent pas les hausses de productivité, les investisseurs perdent toute raison de réaliser des investissements productifs : la demande solvable devient, de partout dans le monde, insuffisante. C’est ce que nous voyons dans le graphique suivant : l’écart entre la progression des salaires et la progression de la productivité montre comment depuis le milieu des années soixante-dix s’est construite une crise de la demande qui devient de plus en plus violente.  Comme disait Mariner Eccles, « trop de profit tue le profit » !

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    Lang et Sterdyniak pointent également une idée fausse qu’on trouve un peu partout chez les tenants de la droite libérale, c’est même à ça qu’on la reconnait. Macron propose comme Fillon d’ailleurs une baisse des dépenses publiques. Comme si le simple fait de faire baisser le ratio dépenses publiques/PIB allait relancer l’investissement. A ce propos il faut faire deux remarques :

    1. sur le moyen terme il n’y a aucun lien, ni positif, ni négatif, entre la part des dépenses publiques et la croissance. C’est ce que montre le graphique ci-dessous. En abscisse nous avons la part des dépenses publiques dans le PIB, et en ordonnées le taux de croissance réel. 

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    Mais en réalité sur le long terme la relation entre dépenses publiques et PIB par habitant est positive. C’est ce que montre le graphique suivant extrait d’une étude de l’OCDE[7]. Les raisons à cela sont multiples. D’abord il y a que la croissance économique quoi qu’on en pense doit s’appuyer sur des dépenses publiques d’infrastructures. Or on ne peut pas continuer à croître en restreignant les dépenses publiques, ne serait-ce que parce que les investissements publics ont des rendements fortement décroissants – ce qui est connu sous le nom de la loi de Wagner. Une autre raison à la nécessité des dépenses publiques est qu’elles sont nécessaires à la hausse de la productivité du travail. La Banque mondiale a montré que le HDI (indicateur de développement humain) était fortement lié aux dépenses passées dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Enfin on peut terminer cette approche en parlant du multiplicateur de dépenses publiques. On sait que celui-ci est d’autant plus élevé que l’économie est stagnante, la croissance faible. La querelle sur le multiplicateur a été déclenchée à propos de la dette publique grecque par un article de Olivier Blanchard et David Leigh, article produit pour le FMI[8]. En effet on avait proposé aux Grecs de réduire leur dette de façon à relancer la croissance dans une situation financière assainie. Mais on avait (sciemment sans doute) sous-estimé la valeur du multiplicateur de dépenses publiques, et donc les Grecs ont vu la dépression économique s’accélérer justement à cause des coupes drastiques qui ont été opérés dans tous les secteurs, que ce soit dans le domaine de la santé, de l’éducation ou des travaux publics. En dehors de la Grèce le seul pays qui a réussi par le passé à faire reculer le ratio dépenses publiques/PIB est l’Angleterre de Thatcher. Mais cela n’a pas duré bien longtemps : plus rien ne fonctionnant, il fallut se débarrasser de la première ministre acariâtre. Avec John Major les dépenses publiques reprirent presque naturellement leur progression.

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    Lang et Sterdyniak avancent également que les dépenses publiques doivent être d’autant plus fortes que la croissance démographique est forte. Ce qui est le cas de la France relativement à ses voisins européens. Avancer que dans ces conditions on pourrait faire 15 milliards d’euros sur d’économies dans la santé en réorganisant l’hôpital n’apparaît pas très sérieux. 

    La réponse peu sérieuse des économistes macroniens 

    Le programme de Macron soulevant la polémique, et le rapprochement avec celui de Fillon semblant par trop évident, deux économistes ont tenté d’en prendre la défense de leur leader[9]. Pour faire moderne, ils ont intitulé leur pensum : En marche ! vers l’économie du XXIème siècle. Se décernant eux-mêmes un label de modernité qu’ils pensent attrayant. Ils ont ainsi expliqué que le budget de l’Union européenne pouvait facilement augmenter tout en laissant une certaine autonomie aux budgets nationaux. Ils supposent que nous devons nous adapter (pourquoi on ne le sait pas) à la mondialisation et à la logique de l’Union européenne comme si c’était là des réalités naturelles qui n’auraient pas été construite par des lois, des lois votées par les hommes politiques. Mais au passage ils ne répondent absolument pas au fait que pour croître le budget européen doit nécessairement être approuvé à l’unanimité des 27 pays encore membres.

    Hypocrites jusqu’au bout, ces deux économistes nous racontent encore que l’alignement des retraites entre les secteurs privé et public serait parfaitement transparent puisqu’il s’agirait d’une retraite par point. Mais en vérité ces deux sournois ne disent pas qu’il s’agirait de l’affaiblissement des régimes de la fonction publique, et donc qu’on alignerait les retraites par le bas, en effet si Macron proposait d’aligner les retraites du privé sur les retraites du secteur public personne n’y trouverait à redire.

    Pire encore ils accusent Lang et Sterdyniak d’utiliser les recettes du passé, sous-entendant ainsi que les leurs seraient bien plus modernes et plus progressistes. Autrement dit la relance ne peut pas se faire par la demande, bien qu’ils reconnaissent qu’il y a un déficit de demande. Allez comprendre ! les deux cuistres nous disent ainsi qu’ils vont relancer la demande en relançant l’emploi. Selon eux la recette est très simple : ils vont réduire le chômage d’un tiers entre 2017 et 2022. Comment ? Et bien en flexibilisant le marché du travail et en allégeant les charges sociales sur les bas salaires. Mais évidemment comme ces deux-là ont peu de connaissances en économie, ils ignorent que le théorème de Schmitt ne marche pas, n’a jamais marché depuis quarante années qu’on l’énonce. Ils ignorent également que nous sommes clairement dans une crise de la demande au niveau mondial au moins depuis 2008 et qu’on n’est jamais sorti d’une crise de la demande en relançant l’offre. Et de nous expliquer les vertus de la loi El Khomri qui aurait pu tout à fait être la loi Macron d’ailleurs. En revenant aux accords de branche ou d’entreprise et en cassant la protection sociale par la loi, ils pensent que cela créera des emplois.

    L'imbécillité du raisonnement saute aux yeux quand ils attaquent le pauvre Hamon qui aurait parlé de raréfaction du travail. « Sait-il, disent nos deux arrogants professeurs, qu’autour de nous plusieurs pays sont revenus à un chômage de l’ordre de 5% » Savent-ils nos deux professeurs que seulement 5 pays sur 28 (et encore en tenant compte du Royaume Uni qui n’y est plus) arrivent à se situer dans ces eaux-là ? Comprennent ils que dans un univers concurrentiel et ouvert, le chômage des uns est l’emploi des autres ?

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    En bons petits soldats de la droite libérale, ils soutiennent non seulement l’idée fausse selon laquelle la fiscalité des entreprises freinerait l’investissement, mais ils en viennent même à truquer les chiffres qu’ils utilisent. Par exemple ils nous disent que la fiscalité des entreprises en France est la plus élevée du monde plus de 46% affirment-ils, alors même que nous avons vu plus haut que, selon l’OCDE qui n’est pourtant pas une boutique de la gauche radicale, ce taux est de 33%, et largement inférieur au taux américain ou japonais. La nullité de ce type d’argumentaire devrait inciter le ministère de l’enseignement supérieur à leur interdire d’enseigner. La propagande c’est bien beau, encore faudrait-il user des chiffres à peu près admis en la matière. Mais me direz-vous Macron et ses sbires, comme Fillon et son équipe passent leur temps à raconter tellement n’importe quoi qu’on se demande comment ils font encore pour avoir des électeurs ! 

    Conclusion 

    Un problème n’est pas abordé, ni par Lang et Sterdyniak, ni par Martin et Ferraci : c’est la réalité de l’Europe et de ses formes institutionnelles à venir. L’Union européenne et plus encore la zone euro est construite selon le leitmotiv de la concurrence pure et non faussée entre les nations. Les premiers ne discutent pas de la nécessité d’en sortir, car en effet en restant dans l’Europe et en respectant les traités signés, il est impossible qu’une relance fonctionne au mieux des intérêts de la France. Les seconds laissent entendre qu’on va aller vers plus de fédéralisme, mais on ne sait pas comment, ni avec qui. Alors que tout le monde se pose la question de la prochaine crise financière et du nécessaire abandon de la monnaie unique, ils font comme si l’euro ne changera pas. Mais on a vu déjà que le Brexit n’est pas une catastrophe. Alors tant qu’à imaginer une nouvelle politique, pourquoi ne pas chercher à en sortir. On l’a déjà dit et répété un retour au franc permettrait de créer entre 1,5 et 2 millions d’emploi en moins de deux ans. La réponse de Martin et Ferraci qu’ils présentaient eux-mêmes comme cinglante ressemble plus à un pétard mouillé et ne convaincra que les illuminés qui participent aux meetings du télévangéliste de la politique. Force est de constater que le programme Macron est tout à fait dans la lignée de la politique de Hollande, et pour cause, c’était déjà Macron qui avait formaté le volet économique de celle-ci !

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-macron-existe-nous-l-avons-rencontre-a128500612

    [2] http://www.20minutes.fr/television/1565987-20150319-video-catastrophe-emission-bbc-france-laquelle-pen-macron-lachent et http://www.europe1.fr/politique/francois-fillon-jaime-bien-quon-me-compare-a-madame-thatcher-2908559

    [3] http://atterres.org/sites/default/files/Note%20Macron_1.pdf

    [4] https://www.marianne.net/politique/controle-drastique-offre-d-emploi-obligatoire-macron-veut-mettre-les-chomeurs-au-pas

    [5] http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20141014tribb47f62b96/le-cice-ou-la-chronique-d-un-echec-annnonce.html

    [6] http://www.20minutes.fr/economie/1933251-20160929-cice-permis-creer-sauvegarder-entre-50000-100000-emplois

    [7] « Chapitre 2. Assurer la viabilité des finances publiques et améliorer l'efficience », Etudes économiques de l’OCDE, 7/2009 (n° 7), p. 57-97.

    [8] Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers, FMI, Working Paper no 2013/1, janvier 2013 

    [9] On trouvera le texte complet dû à Philippe Martin et Marc Ferraci en suivant ce lien.  http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170311.OBS6445/en-marche-reponse-au-vitriol-aux-economistes-atterres.html

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