•  Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    L’Aquarius et le naufrage de la gauche

    Est-il besoin de rappeler le score de la gauche italienne islamophile et immigrationniste ? Tandis que plus de 60% des Italiens soutiennent la coalition Lega-M5S, Liberi e Uguali n’a fait que 3,35% des voix ! La gauche n’a pas vocation de gouverner contre le peuple, elle devrait plutôt en être le porte-voix. Or c’est ce qu’elle ne fait pas. La leçon ne semble pas du tout porter, on se contente de dire que tout d’un coup les Italiens sont devenus fascistes, sans trop de raisons, victimes de la propagande acharnée. Les Italiens qui ont beaucoup donné pour le laxisme migratoire ont ces jours derniers refusé que l’Aquarius navire affrété par une ONG – SOS Méditerranée – qui facilite les migrations africaines vers l’Europe. La France s’est débarrassée de ce fardeau en envoyant un message à l’Italie : selon l’Elysée c’est à l’Italie de gérer ce problème[1]. Finalement l’Espagne, ou plutôt la ville de Valence a décide de prendre le fardeau à sa charge. On peut se demander pourquoi un pays qui conserve un taux de chômage de plus de 20% et de plus de 50% pour les jeunes se positionne sur ce créneau[2]. On pourrait dire que c’est seulement un joli coup de pub, et puis que c’est seulement 629 migrants qui seront débarqués. Mais au-delà la gauche s’est enflammée et a commencé à chercher querelle sur cette question à Macron et à Philippe. C’est Clémentine Autain qui s’y est collée pour la France Insoumise[3]. C’est mal tombé parce que le gouvernement de Philippe et Macron est communautariste et immigrationniste, ce qui est la contrepartie logique de la mondialisation. Du reste Philippe a réagi sur le champ faisant preuve d’une empathie envers les migrants qu’on ne lui connaissait pas[4], l’Elysée a fait savoir que si le navire avait été dans les eaux territoriales françaises, la France serait intervenue[5]. La France avance qu’elle aidera l’Espagne. Mais qu’est-ce à dire ? Que cela ne concerne que les 629 de l’Aquarius ou tous les migrants qui passeront par l’Espagne. Si l’Espagne a fait preuve de tant de compassion, c’est aussi parce qu’elle pense qu’ils ne resteront pas, autrement qu’ils reprendront la route vers la France en passant par les Pyrénées[6].

    Mais enfin faire preuve de compassion envers des migrants errant de port en port ne fait pas une politique d’immigration, les Allemands et les Suédois sont bien payés pour le savoir. L’ennui avec cette affaire de l’Aquarius, c’est qu’on ne sait pas combien l’Europe peut et doit accueillir de migrants, et avec quels moyens. Cette question divise maintenant la gauche qui se rend tout à fait compte que plus les migrants déferlent sur l’Europe et plus l’extrême-droite se renforce. Autrement dit plus on soutient l’immigration de masse et plus on encourage le peuple à se jeter dans les bras de l’extrême-droite.  

    Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    La justice italienne a pris SOS Méditerranée dans le collimateur, bien avant que la Lega et M5S gagnent les élections. Pour elle comme pour Frontex, SOS Méditerranée organise sciemment les migrations en liaison directe avec les passeurs de migrants[7]. Beaucoup se sont posé des questions sur les moyens financiers très larges que son président fondateur Francis Vallat a à sa disposition. Dans son rapport 2017, cette ONG dit que son but est de sauver des vies humaines en mer, mais aussi d’éduquer les peuples européens à prendre conscience du phénomène et à l’admettre. On se demande quel est le véritable but de cette association. En effet, non seulement les migrants sont de moins en moins des réfugiés qui fuient la guerre et de plus en plus des migrants économiques qui cherchent à défaut d’un travail un revenu. Or lorsque l’association SOS Méditerranée les a débarqués, que deviennent ces migrants ? Ils sont stockés dans des bidonvilles à Paris, à Florence ou à Palerme. Comme le chômage est très élevé en France, en Italie ou en Espagne, ils ne peuvent vivre que misérablement de la charité publique. Mais entre temps SOS Méditerranée et Herrou se sont donné le beau rôle de sauveteurs de l’Humanité en détresse et peuvent pointer du doigt tous les autres. C’est une infime partie de ces migrants qui, en Allemagne, en France ou en Italie arrivent à trouver un peu de travail et à vivre normalement une vie décente. C’est d’autant plus vrai que ces migrants sont des migrants illégaux qui arrivent dans un pays qu’ils ne connaissent pas. 

    Avoir pour but la vérité pratique, le naufrage des « communistes » 

    Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    Alors que les migrants sont arrivés par millions depuis 2015, L’Humanité, organe du Parti communiste parle d’une Europe forteresse. C’est le langage de Macron et de tous les mondialistes. Or si nous suivons les statistiques de l’OIM, c’est, en 4 ans, au moins 1,6 millions de migrants qui ont traversé la Méditerranée et qui ont débarqué en Grèce, pays déjà ravagé par l’austérité, et en Italie.

      

    Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    Dans L’Humanité du 13 juin 2018, Patrick Le Hyaric centre son éditorial sur le vague devoir de solidarité, stigmatisant au passage le nouveau gouvernement italien[8]. Le propos est suffisamment vague pour qu’il joue les indignés. Mais il ne propose rien du tout, il fait référence aux traités européens, avançant que le nouveau gouvernement italien pourrait être sanctionné par la Cour de Justice Européenne. On ne peut guère être plus confus : en effet cette Cour de Justice Européenne a toujours travaillé contre les intérêts des salariés, pour assurer une plus grande fluidité du marché en facilitant la circulation des capitaux, des biens et des hommes. Or le PCF fait parfois semblant quand il lui reste une once de lucidité de s’attaquer à la mondialisation. Je passe sur le langage suranné de Le Hyaric : « l’hospitalité est un devoir » dit-il, il parle comme le Pape incitant les riches à faire la charité.

    Mais Le Hyaric oublie une chose capitale : le peuple italien est derrière Salvini et approuve l’interdiction de débarquer faite à l’Aquarius. Autrement dit Le Hyaric en vient à réclamer l’aide de l’opaque et bureaucratique Cour de Justice Européenne contre la volonté du peuple italien. On remarque au passage que Le Hyaric ne dit rien de la qualité de ces migrants qui ont été embarqués par l’Aquarius. Il fait comme si c’était des réfugiés. Or c’est bien le contraire, ce sont des migrants économiques qui espèrent atteindre un pays européen pour obtenir de l’aide. Ils ne fuient pas un pays parce qu’il n’y a pas d’avenir, ils s’en vont parce qu’ils ont maintenant – du fait du développement de l’Afrique subsaharienne – les moyens financiers de payer un passage[9]. On sait depuis très longtemps que les migrations émanant des pays les plus pauvres plombent les possibilités de développement de ces mêmes pays, parce que ce sont les éléments les plus dynamiques qui les quittent. 

    Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    L’équipage de l’Aquarius expliquant aux migrants comment ils vont pouvoir être accueillis en Espagne 

    Le Hyaric fonctionne à l’émotionnel : il tente de culpabiliser le peuple, un peu comme le fait Macron ou Philippe lorsqu’il désigne les cheminots comme des privilégiés. Il fait semblant de ne pas comprendre pourquoi les peuples européens, italien, français ou autre, rejettent en même temps l’immigration est l’islam comme des facteurs de troubles sociaux, engendrant à moyen et long terme une négation de ce qui a fait historiquement la France. Pour le reste il ne dit rien du nombre de migrants que la France et l’Europe peuvent accueillir, ni comment on va financer leur installation, ni bien sûr quel travail ils peuvent faire. Dans le même numéro de L’Humanité, on trouve une interview d’une député européenne, Marie-Christine Vergiat, qui crache sur le gouvernement français parce qu’il n’a pas pris sa part de la relocalisation des migrants qui ont déferlé en 2015 en Europe – en fait c’est Hollande qui a freiné des quatre fers, pensant que cela mettrait le feu aux poudres. Cette députée Front de gauche qui doit sans doute croire à une autre Europe, réclame sans aucune précision l’ouverture d’une route régulière de l’Afrique vers l’Europe[10]. Elle non plus ne se pose pas la question de savoir si les peuples européens sont d’accord avec ça, ou si cela ne fera pas monter encore un peu plus les partis d’extrême droite.

    Immigration et lutte des classes

    Quand on lit L’Humanité du 13 juin 2018, on se rend compte que la priorité est d’abord à la défense des migrants, la lutte des classes est reléguée à la page 8, avec deux articles, l’un sur les magouilles de Carrefour pour se débarrasser de ses magasins qui ne rapportent plus rien, et l’autre à la grève des cheminots. Cela désigne clairement l’ordre de priorité du PCF nouvelle manière, d’abord la défense de la mondialisation, ensuite s’il nous reste du temps pour militer, on s’occupera des ouvriers et des salariés. Pendant que la plus grande partie de la gauche perd son temps à défendre la mondialisation – une autre Europe et autre connerie du genre – Macron peut très bien appliquer son programme : défaire méthodiquement comme le disait Denis Kessler les acquis du CNR (Conseil National de la Résistance). Il n’a quasiment pas d’opposition. Et on commence à voir maintenant des députés LREM qui, la larme à l’œil, critique la politique de Macron, pas assez généreuse selon eux envers les migrants, quasiment dans les mêmes termes que le PCF[11]. On a donc maintenant un bloc bourgeois pro-européen et immigrationniste qui va de LREM jusqu’à La France Insoumise – même si celle-ci émet des réserves. Ce bloc n’a aucun avenir, du moins il n’aura jamais le soutien populaire. Comme on le voit le soutien émotionnel des migrants est le résultat d’une grande paresse intellectuelle pour faire face à un phénomène qui prend de l’ampleur au fil des années.

      Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    Comme nous le voyons dans le graphique ci-dessus, la population européenne s’accroit fortement depuis le début des années 2000 à partir d’une population immigrée. Forcément ces flux massifs qui se sont intensifiés depuis 2015 ont un impact sur la civilisation européenne. Dans un ouvrage remarquable paru en 2004, Alesina et Glaeser avaient annoncé la fin de l’Etat Providence pour la France du fait même que l’accroissement de l’hétérogénéité ethnique augmentait fortement dans ce pays[12]. C’est exactement ce que met en scène l’Union européenne depuis 2008 avec ses mesures d’austérité qui, sous le couvert de la théorie de l’offre, s’attaque d’abord aux transferts sociaux. Il est assez facile de voir que les aides qui vont être accordées aux migrants vont apparaître comme injuste à la population autochtone. Mais cela va permettre à Macron et à sa bande de mieux faire passer la nécessité de faire des coupes sombres dans les dépenses sociales. La technique est assez bien connue depuis Ronald Reagan qui dans ses meetings pour se faire élire avançait que c’était plutôt les noirs, cossards et roublards, qui obtenaient des aides sociales tandis que les pauvres blancs travaillaient énormément sans en voir les retombées. Autrement dit pendant qu’on passe ton temps à critiquer Macron qui n’en fait pas assez pour les migrants, non seulement on se coupe du peuple, mais en outre on oublie que pendant ce temps lui et son gouvernement de lobbyistes sont en train de tout détruire de ce qui faisait du modèle social un modèle de solidarité. Aujourd’hui on n’a guère le choix, soit on est mondialiste et solidaire avec les immigrés, soit on défend le modèle national et on est solidaire des travailleurs et des plus pauvres. La lutte pour plus d’égalité passe obligatoirement par le renforcement du cadre national, tous ceux qui font miroiter une autre Europe, une Europe sociale ou qui s’en remettent à une « gouvernance » mondiale sont soit des escrocs, soit des imbéciles.



    [1] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/comment-le-gouvernement-justifie-le-refus-d-accueillir-le-navire-aquarius-bloque-avec-600-migrants-a-son-bord_2797769.html

    [2] http://www.leparisien.fr/international/aquarius-l-espagne-va-accueillir-le-navire-avec-692-migrants-11-06-2018-7765839.php

    [3] https://www.sudouest.fr/2018/06/12/migrants-a-bord-de-l-aquarius-la-gauche-denonce-le-silence-coupable-de-la-france-5138230-710.php

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/2018/06/12/aquarius-edouard-philippe-annonce-que-la-france-est-prete-a-aider-lespagne-pour-accueillir-des-migrants_a_23457013/

    [5] https://www.lejdd.fr/politique/migrants-de-laquarius-macron-denonce-lirresponsabilite-du-gouvernement-italien-24-heures-apres-tout-le-monde-3679256

    [6] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/06/11/la-france-exposee-face-aux-migrations-africaines_5312741_3232.html

    [7] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/en-italie-un-procureur-enquete-sur-le-financement-des-ong-qui-viennent-en-aide-aux-migrants-en-mer-mediterranee_2173760.html

    [8] https://www.humanite.fr/devoir-dhospitalite-656770

    [9] La ruée vers l'Europe - La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent, éd. Grasset, 2018.  

    [10] https://www.humanite.fr/des-routes-regulieres-doivent-etre-ouvertes-pour-les-migrants-656761

    [11] http://www.lepoint.fr/politique/aquarius-critique-pour-son-silence-macron-denonce-le-cynisme-de-l-italie-12-06-2018-2226451_20.php

    [12] Fighting Poverty in the US and Europe: A World of Difference, Oxford U.P., 2004

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  •  L’Islam et Médine au Bataclan empoisonnent la gauche

    La gauche ne sera plus jamais en passe de revenir au pouvoir tant qu’elle n’aura pas réglé ces questions. En effets tous les sondages indiquent depuis des années que les Français, et plus généralement les Européens, ne veulent pas voir leur pays sombrer dans le communautarisme et voir se développer des spécificités culturelles trop éloignées de ce qu’ils sont et de leur histoire. Et les relations se crispent d’autant plus que les provocations des islamistes sont de plus en plus ouvertes et pressantes, que ceux-ci s’appellent Bellatar, le petit préféré de Macron, Ou Rokhaya Diallo, elle aussi très proche du président, ou encore celles du PIR et de Marwan Muhamad. 

    Médine un rappeur dont le niveau de réflexion est des plus sommaires, vient de se voir allouer la salle du Bataclan pour y donner deux concerts les 19 et 20 octobre prochain. Toutes les places sont d’ores et déjà vendues. Je ne discuterais même pas de savoir qui est derrière cette acceptation mercantile ; d’autres le font et mettent en avant les relations entre Arnaud Lagardère, propriétaire de la salle et le Qatar. Mais évidemment beaucoup ont vu dans cette aventure une provocation, une insulte à tous ceux qui ont été assassinés le 13 novembre 2013 au nom d’Allah. Il est vrai que Médine, de son nom complet Médine Zaouiche, comme son ami Dieudonné sont des provocateurs de profession, c’est même ça qui fait marcher leur boutique. Antisémitisme et anti-laïcisme compris. Pire qu’un provocateur, il appelle constamment au Djihad et à la violence et menaces de mort contre les kouffars. Au passage on peut rappeler que Médine avait signé un ouvrage avec l’antisémite Pascal Boniface en 2012, ouvrage curieusement publié par une maison d’édition très cathoilique[1], ou encore qu’il aimait bien se faire prendre en photo avec Dieudonné – encore lui – en faisant des quenelles. Voici quelques extraits des « poésies » de Médine dont le nom se veut directement en résonnance avec une islamisation rampante de la France. C’est dans son texte au titre explicite, Dont Laïk, qu’il appelle à crucifier les « laïcards ».  

    L’Islam et Médine au Bataclan empoisonnent la gauche

    Il est donc rangé dans la catégorie des islamo-fascistes. Tiens ajoutons celle-là. Si vous voulez aller faire un tour en prison, essayez de remplacer Blancs par Arabes ou Noirs par exemple :  

    L’Islam et Médine au Bataclan empoisonnent la gauche 

    On peut rappeler aux belles âmes qui soi-disant défendent la liberté d’expression – surtout si c’est celle des islamistes – que Médine est l’ambassadeur de l’association Havre de savoir, une association qui est aussi dépendante du CCIF, appendice des Frères Musulmans[2]. On l’a vu aussi prendre la pose avec sa petite fille voilée, façon « c’est mon choix ». Si on peut toujours discuter de ses qualités artistiques, on ne peut nier par contre ses évidentes facilités à faire de la propagande pour un communautarisme consolidé qui est vu par les musulmans radicaux comme une première étape avant la mise en place de la charia.

    A l’heure actuelle où à tout moment on fait des procès en sorcellerie à ceux qui ont le malheur de critiquer l’islam, ces textes bénéficient d’une étrange mansuétude, alors qu’ils s’attaquent directement au régime républicain, et à son complément la laïcité. Mais le plus bizarre ne se trouve pas là. En fait cette question de Médine et de ses provocations réveille de vieilles fractures. Le Parti communiste, du moins ce qu’il en reste, se déchire. Les jeunes communistes du Havre se sont lancé dans le soutien à cette pauvre victime de l’islamophobie que serait Médine. Ils revendiquent d’ailleurs bêtement le fait que Médine soit né au Havre, comme si cette qualité suffisait à prouver l’intérêt de ce bonhomme et donc son soutien automatique. Ils passent sous silence évidemment que Médine est un commerçant et que ses provocations servent, comme Dieudonné, à le faire exister médiatiquement et aussi à lui remplir le portefeuille. La jeunesse de ces soutiens inattendue n’excuse pas tout. Parmi les soutiens de Médine, on a vu aussi apparaitre avec beaucoup de circonvolutions la France insoumise par l’intermédiaire de Le média. Thomas Guénolé le présentant d’abord comme un révolté.  Mais un révolté contre quoi ? La République ? La laïcité ? Ces arguties sont pitoyables et enfoncent un peu plus la France Insoumise qui est en train de dilapider son capital de sympathie qu’elle avait pu engranger ces derniers mois.

      L’Islam et Médine au Bataclan empoisonnent la gauche

    Certains communistes comme Danièle Bleitrach, nostalgiques de la lutte des classes, s’ils ne sont pas pour l’interdiction du rappeur avancent qu’on ne peut pas soutenir n’importe qui sous prétexte de lutte contre l’islamophobie[3]. Les communistes sont très divisés sur cette question, et il est facile de se rappeler qu’ils étaient un parti puissant qui comptait quand non seulement ils défendaient la nation, mais aussi lorsqu’ils défendaient le droit à l’existence d’un Etat juif. Or alors même qu’aujourd’hui le monde aurait bien besoin d’un retour de l’idée communiste comme alternative à la mondialisation, la gauche se perd dans des combats obscurs

    Dans le même temps un autre maire « communiste », Dominique Lesparre, qui officie à Bezons, s’est cru très malin de dévoiler une plaque en hommage à la Nakba – mot qui n’a de sens que pour les Palestiniens d’ailleurs – dans laquelle il qualifie Ben Gourion de criminel de guerre.  

    L’Islam et Médine au Bataclan empoisonnent la gauche

    Dominique Lesparre est âgé, certes, mais ce n’est pas une excuse pour aller à la pêche aux voix des personnes issues de l’immigration. C’est une faute à la fois stratégique et tactique. Stratégique parce que Lesparre ne se souvient pas qu’en 1948 le PCF, mettant ses pas dans les pas de Staline, soutenait Ben Gourion, le présentant comme un héros de l’indépendance face à l’impérialisme anglo-américain, alors que les Américains et Truman trainaient les pieds pour reconnaitre Israël. Voici ce qu’écrivait le journal L’Humanité daté du 15 mai 1948 :

    « Tel-Aviv, 14 mai

    J’ai assisté cet après-midi à la proclamation solennelle d’Israël, le nouvel Etat juif, en lutte pour sa vie dès le moment de sa naissance. Pendant que Ben Gourion, premier Président du Conseil d’Israël, et d’autres dirigeants politiques faisaient à Tel-Aviv leurs déclarations devant le Conseil d’Etat provisoire de trente-sept personnes, la « Légion » transjordanienne, contrôlée par les Anglais, attaque les villages juifs et démontre à Kvar-Izion que l’armée juive (la Haganah) n’est pas encore prête pour faire face effectivement aux forces mécanisées commandées par des officiers anglais….

    C’est cette situation militaire très dangereuse qui rehausse l’initiative du peuple juif affirmant son indépendance.

    Le Parti Communiste, dans une déclaration de son Comité Central dit aujourd’hui :

    « Le mandat taché de sang est liquidé par la lutte héroïque du peuple juif pour son indépendance et par l’aide de l’Union Soviétique et de toutes les forces démocratiques du monde.

    Mais cette lutte pour l’indépendance n’est pas encore terminée. Les armées anglaises restent sur le sol d’Israël et laLégion Arabe attaque. Il nous faut mobiliser toutes les forces du peuple juif pour la lutte en faveur de sa liberté. »  

    L’Islam et Médine au Bataclan empoisonnent la gauche

    Dans le même temps où le PCF s’est transformé en un groupuscule favorable à la mondialisation, à l’islam et à l’immigration de masse, il chasse ouvertement sur les terres du NPA, et renie sa propre histoire, sa mémoire et son passé. Sans doute est-ce la conséquence du fait que cette bureaucratie n’a plus de base populaire, et qu’elle croie la trouver dans les populations immigrées, et donc ils en viennent à soutenir une religion des plus réactionnaire et oppressive. Mais c’est une erreur tactique, car il est évident que plus les musulmans se sentiront forts et soutenus par des élus, des journalistes et des « artistes », et plus ils seront enclins à fonder leur propre parti, plutôt que de confier leurs vois aux kouffars. Non seulement on n’est jamais si bien servi que par soi-même, mais beaucoup ont compris que l’engagement politique pouvait être une source de rémunération intéressante, un métier en quelque sorte.  

    L’Islam et Médine au Bataclan empoisonnent la gauche

     



    [1] Pascal Boniface & Médine, Dont panik, DDB, 2012.

    [2] http://www.vududroit.com/2018/06/medine-bataclan-lettre-ouverte-aux-collabos/

    [3] https://histoireetsociete.wordpress.com/2018/06/11/on-ne-peut-pas-soutenir-nimporte-qui/

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  • Confusionnisme généralisé en Macronie

     Les lobbys font la loi sur l’environnement, l’opposition aux abonnés absents  

    Nicolas Hulot ne sert à rien, je l’ai dit et répété souvent ici. Sans doute quittera-t-il le gouvernement cet été. Il a rempli son contrat, laisser croire pendant un petit moment – le temps que Macron installe son pouvoir – que l’exécutif avait le souci de l’environnement. Il a laissé croire que le gouvernement de lobbyistes dirigé par Philippe était autre chose que préoccupé par les affaires. La dernière pantalonnade a été jouée à l’Assemblée nationale quand il s’est agi, le 28 mai dernier de donner une date, 2021, pour interdire enfin le glyphosate, en accord avec les promesses de Macron. Les députés ont voté contre, donnant un répit à Monsanto, premier producteur de glyphosate[1]. Vu la composition de l’Assemblée nationale, ce n’est pas une surprise. Ce qui est plus intéressant c’est le décompte du vote.

    Confusionnisme généralisé en Macronie  

    Alors que les Français sont très sensibles à cette question[2], 85% des fainéants qui siègent à l’Assemblée nationale étaient absents ! Sans doute ne voulaient-ils pas endosser une telle mesure pourrie. Ceux qui ont voté contre – on a la liste de cette canaille[3] – sont d’abord ceux qui dépendent financièrement des lobbys de la chimie. Ils sont 63. Ceux qui ont voté pour sont seulement 20 ! Ce chiffre est effrayant et permet de mesurer toute l’incompétence de la représentation parlementaire. Cela nous dissuadera de voter à nouveau sans doute. En effet la gauche, soi-disant hostile à Macron compte 16 députés communistes, 17 députés France Insoumise et 31 Nouvelle Gauche. Ce qui fait en tout 64 qui auraient dû au moins voter pour le bannissement de ce poison qui détruit les sols et les abeilles. Sans parler du bloc bourgeois qui a dû bien faire voter une poignée de députés pour. Si on a pleinement raison de cracher sur les députés macroniens qui se vendent à qui veut bien les acheter, on a encore plus de raisons de cracher sur la pseudo-opposition en carton qui, à quelques exceptions près, n’engage jamais rien de sérieux pour contrer le pouvoir du bloc bourgeois. Je suggère donc à tous les électeurs de gauche de demander des comptes à leurs députés sur cette question, particulièrement ceux de la France Insoumise qui avaient un moment joué la carte de la défense de l’environnement. On rappelle les engagements de Macron sur cette question : mais quand ces engagements ne sont pas de droite extrême, il ne les tient pas. Les seuls engagements qu’il aime à tenir ce sont ceux qui emmerdent les plus pauvres et les vieux contre qui il semble avoir une dent. Pour une fois que les godillots ne suivent pas leur chef, ils déconnent complètement. Mais ce résultat est aussi une victoire du lobbying de Monsanto : au moins cette entreprise criminelle a des compétences en la matière. Du reste, si elle n’avait pas cet entregent elle aurait déjà disparu du paysage. 

     Confusionnisme généralisé en Macronie  

    La récession se précise en France pour le second semestre  

    Cela fait maintenant 4 mois qu’on constate un retournement de la tendance de la croissance. Ce ralentissement vient d’être confirmé par l’INSEE[4]. L’effritement de la croissance était attendu par tous les conjoncturistes un peu sérieux. Et j’avais prévu depuis la malheureuse élection de Macron une récession économique pour la France au second semestre 2018. On y arrive. Les raisons sont multiples : la hausse du prix du pétrole, l’instabilité politique grandissante dans le monde entier, la fermeture relative du marché américain aux produits européens. L’OCDE et le FMI ont revu leurs prévisions de croissance à la baisse, sauf pour les Etats-Unis. Mais pour ce qui concerne la France, c’est la politique de Macron-Philippe qui est en cause. En effet dans ce dérapage il y a d’abord une baisse radicale de la consommation des ménages qui se poursuit depuis la fin de l’année 2017. C’est clairement le résultat de la politique de redistribution opérée en faveur des riches et qui limite le pouvoir d’achat des ménages. En avril 2018, la consommation des ménages a reculé de 1,5%. Ce qui est considérable. Mais ce qui est le plus alarmant sans doute, vu l’état de la cote de popularité du président de l’arrogance, c’est que les investissements ne suivent pas : l’indicateur du climat des affaires et de l’emploi est en train de se retourner selon une note de conjoncture de l’INSEE[5]. Ce qui veut dire la politique de ruissellement, selon laquelle en arrosant les riches cela entraîne des investissements productifs qui tirent la production et l’emploi, ne fonctionne absolument pas. Dans le graphique suivant, on voit que la croissance économique aux Etats-Unis est surtout tirée par une hausse importante des salaires. Ce n’est pas le cas dans la zone euro où cette hausse est faible, mais ça l’est encore moins en France où cette hausse est négative comme disent les économistes depuis au moins l’élection de Macron. La situation risque même d’empirer, d’abord à cause des conséquences des grèves du mois de mai qui non seulement ont plombé le pouvoir d’achat de ceux qui courageusement s’y sont lancé, mais qui ont ralenti la croissance. Ce coût devrait être sur l’année d’au moins 0,1%. Ensuite, la situation en Italie qui va s’enfoncer dans la crise au moins jusqu’au moins d’octobre 2018, va avoir des effets délétères sur l’activité en Europe, avec une probable remontée des taux. Egalement, le commerce extérieur est également en panne, et le déficit commercial s’est aggravé. Bref, il est hors de question que le chômage commence à baisser sérieusement en France cette année. 

    Confusionnisme généralisé en Macronie  

    Les délires de la bande à Macron  

    Pendant ce temps la Macronerie continue ses délires, sans véritablement susciter d’opposition rugueuse. Chaque fois que Benjamin Griveaux – porte-parole du gouvernement – ouvre la bouche, il dit une bêtise, comme il ne sait que dire pour défendre son patron à qui il doit un job assez inattendu eu égard ses compétences. La dernière c’est de justifier le resserrement des salaires et la hausse de la CSG en disant qu’il se battait pour « l’homme pauvre ». Voilà cet individu, semi-instruit, qui définit les droits de l’homme pauvre, comme si « homme pauvre » était un statut ou une profession qu’il fallait protéger, et non pas un état dont il fallait sortir[6]. L’utilisation de ce vocabulaire fait penser à l’Ancien régime. En vérité les propos de Benjamin Griveaux visent à préparer la deuxième phase du quinquennat : la diminution radicale des aides sociales. Les propos de Gérard Darmanin vont également dans ce sens[7]. La rhétorique est assez bien rodée, Benjamin Griveaux ressort la vieille phraséologie du XVIIIème siècle : « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson'. Il y a 2500 ans déjà, Confucius mettait en lumière ce qui est aujourd’hui la principale raison de la faillite de notre modèle social, faillite à laquelle tous les gouvernements ont contribué depuis plus de 20 ans : aider à survivre plutôt que permettre de vivre ». Ce discours est tellement éculé qu’on a honte pour lui qu’il ose le ressortir au XIXème siècle. C’est celui de Margaret Thatcher, vieille ivrogne que son propre parti a fini par mettre à la retraite parce que ses coupes sombres dans le budget de l’Etat n’avaient amené que des désordres, ou celui de Ronald Reagan qui voulait couper les allocations sociales parce qu’elles profitaient d’abord aux noirs. Ce discours revendiqué comme un retour au passé le plus sombre, ne peut produire que des désordres, notamment parce qu’il va encore un peu plus plomber le pouvoir d’achat des plus pauvres. Mais il y a autre chose, la Macronerie est mondialiste, et elle fait de l’accueil des migrants une sorte d’idéal : les migrations sont nécessaires à la France et elles nous enrichissent culturellement. On connait la chanson, mais voilà accueillir des migrants dans un pays qui compte plusieurs millions de chômeurs cela a un coût. Pour cela Mamadou Gassama tombe à point nommé. 

    Confusionnisme généralisé en Macronie 

    Macron mettant en scène l’héroisme de Mamadou Gassama à l’Elysée devant ses photographes préférés  

    Le message est clair, et on l’a rappelé – martelé devrais-je dire – avec le sauvetage d’un bambin tombé du 6ème étage et que Mamadou Gassama aurait sauvé. Loin de moi l’idée de discuter du courage de Gassama. Ce qui est plutôt hallucinant dans cette affaire, c’est que les vidéos nous montrent qu’au moins deux hommes ont sauvé la vie de cet enfant. Mais seul le migrant illégal a été reçu à l’Elysée, alors que l’homme blanc retenait l’enfant pour qu’il ne tombe pas depuis un bon moment et s’apprêtait très certainement à le remonter avec précaution avant que Mamadou Gassama n’arrive[8]. La supercherie est grossière, mais le message est passé : le migrant aussi peut-être bon, ce n’est pas qu’un agresseur de femmes dans la rue. L’autre partie du message est celle-ci : quand un individu est méritant, le seigneur le récompense et lui donne une place de pompier ! Monsieur est trop bon ! Il y a dans la condescendance de Macron ou de la presse française quelque chose de faux et de lugubre. 

     Confusionnisme généralisé en Macronie  

    Cependant si la Macronie persiste à sabrer les aides sociales d’un côté tout en dégageant des fonds pour intégrer les migrants de l’autre – logement, financement du permis de conduire, argent de poche, soins gratuits, cours de français – il va y avoir des problèmes avec ceux qui n’ont pas la chance d’être des migrants et qui verront leurs prestations sociales baisser. On voudrait faire grimper le Front national qu’on ne s’y prendrait pas autrement. De même les Français qui voudraient bien eux aussi devenir pompiers risquent de manifester de la rancœur face à ce jeu qu’on leur fait jouer malgré eux.

     



    [1] http://www.lepoint.fr/societe/l-assemblee-nationale-rejette-les-amendements-pour-l-interdiction-du-glyphosate-29-05-2018-2222169_23.php

    [2] Une pétition lancée par Que choisir avait recueilli un peu avant le vote 250 000 signatures. https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-petition-interdiction-du-glyphosate-n55205/

    [3] https://www.nouvelobs.com/planete/20180529.OBS7374/interdiction-du-glyphosate-les-63-deputes-qui-ont-vote-contre-l-inscription-dans-la-loi.html

    [4] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3550797

    [5] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3548269

    [6] https://www.marianne.net/politique/not-gorafi-nous-nous-battons-pour-l-homme-pauvre-clame-benjamin-griveaux

    [7] http://www.leparisien.fr/politique/gerald-darmanin-estime-qu-il-y-a-trop-d-aides-sociales-29-05-2018-7741512.php

    [8] http://www.lest-eclair.fr/70240/article/2018-05-29/papiers-contrat-mamadou-gassama-demarre-une-nouvelle-vie

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  •  Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017

    Le gros ouvrage de Jonathan Sperber tombe à pic en France pour la célébration du bicentenaire de Marx. C’est un ouvrage qui a eu beaucoup de succès, paru aux Etats-Unis en 2013, traduit dans de nombreux pays, il est enfin publié en France. Je passerais volontiers sur le caractère un peu bouffon de Sperber qui dans son introduction prétend faire ici une biographie définitive de Marx. Le plus préoccupant quand on commence l’ouvrage est le principe qui le guide. Il soutient que Marx ayant vécu dans le XIXème siècle, il n’est que le produit de son temps et donc qu’il ne sert plus à grand-chose pour comprendre le capitalisme aujourd’hui, ni même pour l’action politique. C’est une approche moderniste et très paresseuse qui ne tient pas debout pour les raisons suivantes :

    - d’abord pour décider qu’une approche théorique est obsolète, cela dépend de l’échelle de temps dans laquelle on se place et donc de ce qu’on considère comme fondamental dans l’œuvre de Marx. La plupart des marxistes sérieux pensent que fondamentalement le capitalisme a évolué mais que sa logique reste la même, et donc que globalement on peut lire Marx encore aujourd’hui pour en comprendre la logique. Par exemple l’analyse par Marx des crises me semble encore valable aujourd’hui y compris dans sa dimension financière. Ou encore, son analyse du caractère fétiche de la marchandise est d’une importance telle qu’elle a généré un renouveau de la théorie radicale à partir des années soixante, que ce soit celle de l’Ecole de Francfort[1], celle de Guy Debord[2] ou celle de Moishe Postone plus récente par exemple[3]. 

    Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017 

    Adam Smith et David Ricardo grands inspirateurs de Marx et de l’économie contemporaine 

    - ensuite il est assez cocasse de dire que Marx est un homme du passé quand les économistes d’aujourd’hui qui défendent les inégalités sociales, la poursuite de la croissance et la mondialisation, prennent pour base David Ricardo ou Adam Smith qui ont produit leurs idées bien avant la naissance de Marx. Il serait préférable de se poser la question suivante : pourquoi fondamentalement la théorie économique n’a pas progressé d’un pouce depuis le XIXème siècle ? En effet si on se penche sur l’histoire de la pensée économique, on est frappé par le fait que les mêmes débats reviennent périodiquement depuis le début du XVIIIème siècle, que ce soit sur l’Etat, le marché ou sur les crises économiques. Le discours est un peu plus sophistiqué, avec des formes mathématiques nouvelles, mais au fond il dit toujours la même chose. Par exemple la défense du libre-échange est toujours fondée sur la théorie des avantages comparatifs de Ricardo qui date dans sa forme achevée de 1817[4], alors même qu’empiriquement il n’a jamais été démontré que le libre échange soit un facteur de croissance. En ce qui concerne le lien de causalité entre libre-échange et croissance, l’exemple des pays asiatiques montre qu’il peut être inversé, autrement dit que c’est la croissance interne qui pousse à l’échange et non l’échange qui tire la croissance. Il est totalement absurde de croire que la science économique progresse en corrigeant ses erreurs selon la démarche hypothético-déductive. C’est une discipline qui ressasse inlassablement les mêmes débats parce qu’elle est avant tout politique. Il est facile de voir qui sont encore aujourd’hui les défenseurs de la régulation par le marché : les mêmes que ceux qui en faisaient la promotion au XVIIIème siècle. Je note qu’Hegel avait à ce propos un avantage sur Marx, il méprisait Smith dont il fait une critique à peine voilée dans Principes de la philosophie du droit[5]. Mais il semble que pour Sperber la pensée hégélienne étant antérieure au positivisme, elle ne saurait avoir autant de valeur.  

    Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017

    - enfin, au-delà du détail de l’analyse de Marx sur tel ou tel sujet particulier, il y a une méthode intellectuelle – je ne parle pas ici de ses rapports avec la philosophie hégélienne – qui mêle l’observation directe de la réalité à l’histoire de longue durée qui me paraît aujourd’hui encore très formatrice. Même si on considère qu’ici et là les écrits de Marx sont dépassés, on apprend plus à lire Marx que de nombreux théoriciens modernes. Même quand il se trompe – et évidemment il s’est trompé aussi très souvent[6] – il est intéressant de le lire. C’est comme si on disait qu’il n’y a plus aucun intérêt aujourd’hui à lire Platon ou Hegel au motif qu’ils ont vécu dans une société différente de la nôtre.

    L’objectif de Sperber est donc de faire de Marx un simple objet d’étude pour les historiens, contrairement à beaucoup de marxistes qui pensent que Marx, à l’aide de quelques aménagements spécifiques qui permettent de tenir compte du temps qui a passé, peut rester un outil pour lire le présent et un guide pour l’action. Plus largement on peut se poser la question de savoir si une théorie aussi fine et pertinente a un rôle sur l’évolution d’une politique : les gens qui agissent ne le font que rarement au nom de la théorie, et quand ils le font, il n’est pas certain qu’ils l’aient assimilée. C’est le cas des partis communistes traditionnels qui activaient les masses au nom de Marx, bien peu de leurs membres avaient une connaissance pointue de ce que Marx avait bien pu écrire. Or l’étude de son œuvre est en effet contraignante, elle demande beaucoup de temps et une formation intellectuelle aussi longue que particulière.

    Jonathan Sperber avance fort justement d’ailleurs que les lecteurs de Marx ont le plus souvent négligé l’énorme travail que celui-ci avait fourni en tant que journaliste. C’est exact. Récemment je me suis replongé dans ses articles sur la question d’Orient dans lesquels il traite de la position de l’Occident par rapport à la Turquie et à la Russie, et j’ai été frappé par le parallèle qu’on pouvait faire avec la situation contemporaine, alors que ces articles ont été produits au milieu du XIXème siècle[7]. Ce qui contredit d’ailleurs l’idée que les analyses de Marx ne renverraient qu’au seul XIXème siècle. Marx est anti-russe et à ce titre il pousse à la guerre contre ce pays, il va même critiquer les soulèvements populaires contre l’Empire Ottoman, ce qui rappelle la mollesse des occidentaux aujourd’hui vis-à-vis de la Turquie et la lutte que ceux-ci ont engagé avec la Russie sur le long terme, Guerre froide ou pas.

    Jonathan Sperber est un historien, et donc il va se garder de faire une relation saugrenue entre la théorie de Marx et les dérives du « communisme » qui se sont commises en son nom au XXème siècle. Du reste si on considère que Marx est bien un homme du XIXème siècle, on ne peut pas lui attribuer les crimes commis en son nom au XXème siècle sans être de mauvaise foi. Il est facile d’ailleurs de vérifier que ceux qui se lancent dans de telles fantaisies n’ont jamais vraiment beaucoup lu Marx et ont des connaissances très limitées sur le fonctionnement des régimes dits communistes dans les pays de l’Est. Sperber rappelle du reste l’importance que Marx avait accordé à la Commune de Paris dans ses réflexions sur la forme de pouvoir que pourrait prendre le socialisme. De même il souligne et à juste titre que Marx malgré son idée d’une révolution violente n’a jamais fait la promotion d’une restriction des libertés fondamentales, celles de former des partis ou celles de créer des journaux. Mars croyait – peut-être à tort du reste – à la puissance des idées dans le combat politique. 

    Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017 

    La statue de Marx inaugurée le 5 mai 2018 à Trèves. Elle a été financée par la Chine, mesure 5,5 mètres de haut, elle a coûté 92 000 € 

    La méthodologie de Sperber 

    Sperber est donc un historien, mais il s’abrite un peu trop souvent derrière ce titre pour faire passer des impressions et des hypothèses assez mal fondées. Certes il s’appuie sur une documentation considérable, mais cela ne l’autorise pas à extrapoler sur les sentiments qui ont pu être ceux de Marx. Par exemple, il laisse entrevoir que Jenny Von Westphalen qui n’était pas une aristocrate très élevée dans la hiérarchie sociale – elle était issue d’une petite noblesse de robe – n’aurait pas tout à fait réalisé un mariage d’amour avec Marx. C’est peut-être vrai, mais c’est peut-être faux aussi. Sperber se base sur le fait que les deux amants auraient eu une violente dispute lors du retour de Marx à Trèves. C’est un peu insuffisant. On comprend bien que Sperber veuille sortir du cadre hagiographique où se complaisent trop souvent les biographes de Marx, encore faut-il que cela soit justifié.

    Sperber n’aime pas Bauer, c’est son droit bien sûr encore que n’ayant pas pu le connaître de façon intime, il me paraisse difficile de porter un jugement moral sur sa personne, il reconnait cependant que Bauer a eu une influence décisive sur la formation du jeune Marx. Mais de là il en déduit que Bauer était juste un opportuniste, ce qui ne cadre pas vraiment avec le fait qu’il ne pourra plus enseigner justement à cause de prises de position qui ne sont pas vraiment opportunistes, mais au contraire offensives et très risquées sur le plan politique. Et du reste sur la question religieuse et de l’athéisme, il était beaucoup plus offensif que Marx lui-même. Sur le sujet on peut lire un ouvrage un peu plus nuancé, celui de Zvi Rosen[8]. 

    Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017 

    Sur cette photo de Marx et sa fille Jenny, on peut voir celle-ci arborer une grande croix 

    Sperber multiplie les approximations désagréables : par exemple il critique le fait que Marx et Engels aient, dans L’idéologie allemande, passé trop de temps à discuter de Max Stirner, l’auteur de L’unique et sa propriété. Il considère que c’est un intellectuel mineur, et prétend qu’il est tombé dans l’oubli. C’est faux. Si Stirner n’a pas l’importance de Marx, il est toujours réédité et lu dans les milieux anarchistes individualistes. En France sa dernière réédition date de 2014. Et aux Etats-Unis, le pays de Sperber, la dernière édition date de 2017. Donc pour un auteur très ancien qui n’a en outre écrit qu’un seul ouvrage, il est abusif pour ne pas dire mensonger d’affirme que Stirner est tombé dans l’oubli.

    Plutôt malveillant, Sperber rappelle à longueur de pages que Marx n’était pas très soigné, pour ne pas dire sale. Ce n’est pas tellement dans ce qu’il rapporte qu’il est critiquable, encore que souvent il spécule sur les intentions de Marx ou de sa femme, mais plutôt dans la manière dont il rapporte des faits avérés. L’ensemble hésite entre ragots d’arrière-boutique et biographie documentée « à l’américaine ». L’ouvrage est très déséquilibré, par exemple il insiste sur la génèse de certains textes importants de Marx comme par exemple Le manifeste du parti communiste. Mais pas vraiment sur la génèse des grands textes qui traitent de l’économie. Sans doute cela provient il du fait que Sperber ne comprend pas très bien la théorie économique, que ce soit celle d’aujourd’hui, ou celle du temps de Marx. 

    La politique selon Marx

    Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017  

    Cependant malgré toutes ces réticences, l’ouvrage de Sperber est très intéressant sur les points suivants : la position hésitante de Marx entre réformisme et révolution, sa difficulté à comprendre la Commune de Paris, mais aussi sur le nationalisme sous-jacent de Marx. On pourrait dire d’ailleurs que c’est là la principale difficulté à lire Marx : il est assez changeant, ce qui entraîne que des interprétations contradictoires sont possibles. D’ailleurs s’il a besoin d’écrire longuement, de consolider sa pensée par des lectures nombreuses et denses, c’est parce que sa pensée manque souvent de fermeté. Donnons quelques exemples : il se dispute avec Bakounine, qui sera pourtant le premier traducteur en russe du Capital. Parmi les points de divergence, si on enlève leurs personnalités, encore que Marx aimait beaucoup plus Bakounine que les marxistes ne le laisseront entendre[9], porte sur la forme de la société future qui sera socialiste. Marx sous-entend souvent que cela passera par une phase étatiste, ce qui est par ailleurs en contradiction avec sa critique des fonctionnaires et de la bureaucratie qui l’accompagnera toute sa vie. Mais après la Commune de Paris, il développera l’idée d’un socialisme décentralisé basé sur le pouvoir communal, idée qui est en fait empruntée à Bakounine. Si bien qu’en se fondant sur ce qu’il écrit dans Le manifeste du parti communiste, on peut être tout à fait léniniste et défendre un socialisme bureaucratique, au contraire en prenant comme point de départ La guerre civile en France, il est possible de prendre le contrepied de cette précédente approche et de mettre en avant des idées fédérales, quoique toujours dans un cadre national. Le nationalisme de Marx est d’ailleurs le point aveugle de la pensée marxiste en général, mais sur ce point Sperber démontre fort justement que Marx était plus nationaliste – voire chauvin quand il s’agissait de l’Allemagne – qu’autre chose. Certes il est internationaliste, et il suppose que seule une révolution mondiale peut amener la fin du capitalisme, mais en même temps il n’envisage jamais la disparition du cadre national.

    De la même façon Marx apparait dans ses écrits politiques, comme dans sa correspondance comme un nationaliste, même si ce nationalisme est changeant. Il défend ainsi l’unification de l’Allemagne comme une nation, pour lui c’est une étape et c’est dans ce cadre seulement que le progrès social pourra s’épanouir. Comme Engels il était très chauvin, chose qu’on oublie trop souvent : lors de la guerre franco-prussienne, il soutient Bismarck contre la France dont il souhaite la défaite. Ce qui peut paraitre étrange dans la mesure où pendant des décennies Marx pensait qu’une révolution véritable viendrait forcément de la France. Certes il modifiera son point de vue par la suite, condamnant l’expansionnisme prussien. Mais Engels aussi encensait les victoires militaires de Moltke à qui il ne trouvait que des qualités. A ce sujet on remarquera que Engels comme Marx ont une propension incroyable à se tromper. Par exemple ils ne croient pas à une guerre franco-prussienne, alors que tout le monde l’annonce après la défaite de l’Autriche contre la Prusse. Passons sur le fait que presque chaque année Marx guettera l’avènement d’une révolution socialiste… qui ne viendra pas.

    Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017 

    Les troupes françaises dans la Guerre de Crimée 

    De même, et avec constance, Marx manifestera un sentiment anti-russe typiquement occidental. Sur la Guerre de Crimée il élucubrera d’ailleurs des scénarios « complotistes », comme par exemple celui d’accuser une collusion entre la Russie et la France pour mieux dépecer la Turquie ! De la même manière il soutiendra le nationalisme polonais contre la Russie, et nombre de ses écrits sont un appel à l’entrée en guerre de la France et de l’Angleterre contre la Russie. Curieusement il pense que la révolution socialiste en Europe ne peut passer que par une guerre contre la Russie. Ce sentiment anti-russe ne le quittera jamais, quand vers la fin de sa vie commence à se développer un mouvement socialiste en Russie, il en minimisera la portée et préférera se concentrer sur les Etats-Unis ou sur l’Allemagne qui sont selon lui porteurs d’avenir. C’est qu’il a tout de même une vision un peu mécanique de l’histoire : la bourgeoisie doit dominer et transformer une nation avant que celle-ci ne puisse prétendre à une émancipation socialiste. Il ne démordra jamais de cette idée selon laquelle le capitalisme est un réel progrès pour le genre humain, même s’il faut le renverser. On est en droit d’en douter vu les dégâts écologiques que son développement a engendrés. 

    Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017 

    Premier congrès de l’AIT à Genève en 1866 

    Sperber montre que si Marx était très respecté comme penseur dans un cercle relativement fermé, sur le plan organisationnel et du militantisme, il en eut beaucoup moins. Il était marginalisé au sein de l’AIT qui adoptait difficilement ses positions plutôt réformistes au détriment de Bakounine. En Allemagne, l’homme important c’était plutôt Ferdinand Lassalle. A ce propos Engels et Marx ne lésinaient pas sur les remarques antisémites à son endroit. Mais en tous les cas, c’est bien Lassalle, grand admirateur de Marx, qui savait organiser et orienter le mouvement ouvrier. De son vivant Marx n’était pas connu des masses prolétaires. C’était clairement plus un homme de cabinet qu’un homme d’action. Il se lança néanmoins dans l’action politique aux côtés du louche David Urquhart, un propagandiste écossais qui travaillait contre Lord Palmerston que Marx jugeait un peu trop mou dans son action contre la Russie. Mais ce David Urquhart qui promettait à Marx de le financer, était aussi un propagandiste de l’Islam ! Son but était de préserver l’intégrité de l’Empire Ottoman. Marx fermait les yeux alors sur les révoltes des peuples qui s’élevait contre celui-ci, bien que par ailleurs il soit un islamophobe convaincu. 

    Des œuvres économiques de Marx 

    Le passage le plus malheureux de cet ouvrage se trouve dans le jugement que Sperber porte sur ce qu’on appelle les écrits économiques de Marx. On constate à lire Sperber qu’il a fait une lecture très incomplète et désordonnée des analyses de Marx. Son but n’est pas d’exposer ce qu’il a compris de Marx, mais de montrer que celui-ci a toujours été dépassé. Ce qu’il défend n’est pas le point de vue d’un historien, mais celui d’un économiste libéral. Sans doute s’est-il fait conseiller sur ce point par un « spécialiste » de la chose car on le sent très mal assuré. La première remarque est que Sperber ne comprend rien du tout à la méthode de Marx – ou du moins fait il semblant de n’y rien comprendre. Au prétexte que Marx se soit inspiré de la théorie de la valeur travail de Smith et Ricardo, il suppose une identité de corps de doctrine, et donc il en fait un économiste classique dissident. C’est complètement erroné. Dès la publication de sa Contribution à la critique de l’économie politique, en 1859, Marx prend la peine d’expliquer que contrairement à ce qu’affirme Ricardo – et aujourd’hui encore la majorité des économistes orthodoxes – les lois de l’économie sont tout sauf naturelles. Donc que les catégories qui servent à l’analyser sont instables dans le temps, que ce soit le travail, le profit ou même la propriété privée, qu’elles naissent, se développent et meurent avec les formes sociales qui les ont engendrées. Il va même plus loin en affirmant que l’économie politique n’est la science de la société que dans le moment capitaliste de l’histoire de l’Humanité. Il le rappellera encore dans le Livre I du Capital en affirmant qu’au Moyen-Âge c’est plutôt la religion que l’économie qui explique les formes des relations sociales. La grande différence entre Smith et Ricardo d’un côté et Marx de l’autre vient de là : l’économie prend une forme particulière en fonction des lois que les hommes se donnent, et donc il vient que les lois qu’elle exhibe sont seulement passagères, alors que Ricardo pensait au contraire que les lois qu’il mettait en valeur étaient naturelles, donc ahistoriques. C’est bien sûr cette idée de Marx qui va plaire à l’Ecole historique allemande, et c’est elle aussi qui explique pourquoi Marx a passé autant de temps à expliquer les différentes phases historiques de l’évolution des sociétés. Tout cela est suffisamment connu pour que Sperber le sache aussi, mais il n’en souffle mot. Pourquoi ? Essentiellement pour renvoyer Marx du côté de l’économie classique, donc un homme en retard sur son temps.  

    Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017

    Stanley Jevons un des tenants de l’analyse à la marge 

    Pour faire tenir debout cette salade, Sperber fait comme si l’économie néo-classique était une avancée par rapport à l’économie classique et donc par rapport à Marx. Il fait état ainsi des travaux de Stanley Jevons sur la valeur utilité qui lui semble être un outil supérieur à la valeur travail pour expliquer l’échange et le marché. Mais en vérité cette analyse de la valeur utilité est antérieure à Marx : c’est Jean-Baptiste Say, mais aussi John Stuart Mill que Sperber assimile faussement à un théoricien de la valeur travail[10]. Il faut rappeler que depuis que l’économie existe comme discipline autonome, disons au moins depuis Antoyne de Montchrestien et son Traicté d’oeconomie politic qui date de 1615, les économistes se sont toujours partagés en deux camps : les hétérodoxes et les orthodoxes, avec toujours les mêmes querelles qui ne sont jamais résolues. Pour les orthodoxes, les lois du marché sont naturelles et se suffisent à elles-mêmes pour arriver à l’état le meilleur possible de la société, et pour les hétérodoxes, les lois du marché engendrent des déséquilibres ruineux à travers les crises récurrentes, mais on peut y remédier par l’action politique. C’était aussi ce que pensait John M. Keynes qui vient après les marginalistes et donc qui, selon la logique brutale de Sperber, devrait être considéré comme supérieur aux économistes marginalistes. Sperber a bien le droit de défendre le point de vue libéral, mais il est moins fondé à nous faire croire que ce point de vue est aujourd’hui triomphant parce qu’il est dominant dans les universités qui interdisent pratiquement de développer des travaux d’inspiration marxiste ou keynésienne[11].

    Les contresens de Sperber en ce qui concerne les analyses économiques sont tellement nombreux que je ne peux pas les relever tous. Michel Husson en a relevé quelques-uns parmi les plus grossiers[12] . Parmi celles-ci j’appuierais sur la question de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Sperber suppose que l’histoire a démontré que cette loi était erronée. Mais s’il avait mieux lu Marx il se serait aperçu que justement si cette loi est tendancielle, c’est parce qu’un certain nombre de mécanismes permettent au taux de profit de remonter. Ce sont les transformations en profondeurs du mode de production capitaliste qui surviennent presque toujours après des crises violentes : par exemple l’élargissement des marchés à l’international, la transformation du capital en capital-actions, ou encore les nationalisations qui font sortir un certain nombre de secteurs peu rentables du taux de profit général. Tout cela se trouve développé dans le Livre II du Capital. En outre pour de nombreux économistes contemporains comme par exemple Trenkle et Lohoff[13], la crise de 2008 dont nous ne sommes toujours par sortis, montre que le fond de l’affaire est bien une baisse du taux de profit qui commencerait à partir du milieu des années soixante. Je ne veux pas trancher de ce débat très compliqué, mais en tous les cas, il y a à l’heure actuelle une discussion sur cette question que Sperber ignore superbement, alors même que l’économie mondiale ne semble plus se trouver sur le chemin de la prospérité, mais sur celui de la régression.  

    Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017 

    Pour tenter de dévaloriser un peu plus Marx, Sperber va montrer que Marx n’a pas été très discuté de son vivant par des « vrais » économistes[14], mais qu’il fut récupéré par le mouvement ouvrier allemand naissant, sous-entendu que les ouvriers y trouvaient un point d’appui à leur lutte sans se poser – bêtes qu’ils sont – la question de savoir si ces thèses étaient ou non valables. Sperber est l’inverse de Marx, il pense qu’il faut faire confiance aux spécialistes, et donc en économie il faut faire confiance au dernier prix Nobel. Cette manière rustique et dépassée de fonctionner, ne tient pas compte du fait que les économistes orthodoxes du courant dominant sont dans l’incapacité non seulement de résoudre les problèmes posés par le retour des crises financières, sauf à alourdir encore la dette, mais encore moins à en donner une explication satisfaisante. Or dans les Gründrisse qui datent de 1857-1858, et que je doute pour ma part que Sperber ait lues attentivement, il y a des analyses très étonnantes sur les crises financières qui anticipent justement le devenir du capitalisme, notamment dans sa « financiarisation » si on peut dire. 

    Vie privée et vie publique 

    Dès que Sperber se met à tenter des évaluations de l’œuvre de Marx, il est ennuyeux et plutôt dans l’erreur. C’est quand il se contente de décrire ce que fut la vie réelle de Marx aussi bien sur le plan privé que dans ses activités publiques qu’il est le plus intéressant. Ça ne va pas toutefois sans malveillance. Mais l’ensemble révèle dans quel isolement se trouvait Marx jusqu’au moins à la période d’après la défaite de la Commune de Paris. C’est seulement quand le parti ouvrier allemand, fondé plus sur le programme lassallien que sur le sien, que celui-ci ayant besoin d’une caution sérieuse se tourna vers lui. Il est vrai aussi que son livre sur La guerre civile en France avait eu pour une fois un grand retentissement à l’international. C’est qu’en vérité la vie de Marx se confond avec les tous premiers développements du mouvement ouvrier. Son militantisme eut assez peu de succès, lui-même ne deviendra une référence qu’au moment où, après la dissolution de l’AIT, il abandonne de fait la vie politique. Rongé par la maladie, probablement conséquence de ses années de misère, il mourra de la tuberculose encore assez jeune, même pour l’époque. Il fut donc plus un homme d’étude et de cabinet qu’un vrai organisateur révolutionnaire. Sur ce plan il n’eut aucun succès d’ailleurs, si ce n’est de se brouiller avec tout le monde, s’éloignant toujours plus d’un mouvement de masse que pourtant il appelait de ses vœux. Cette intransigeance qui sera presque toujours la règle à l’extrême gauche, était aussi bien le reflet de son caractère – celui d’Engels semble avoir été pire du reste – que de l’impossibilité de noyer les divisions dans un mouvement ascendant et positif, alors que la défaite était presque toujours le lot du mouvement ouvrier. Pour le reste on trouvera des éléments importants sur les conditions dans lesquelles Marx a produit ses plus grands livres – publiés ou non du reste. On le voit hésiter, se remettre en question, douter. On le voit aussi magouiller parmi les Allemands exilés à Londres, tenter un peu partout en Europe de prendre l’ascendant sur les autres leaders révolutionnaires qui, comme Bakounine ou Proudhon avaient cependant plus d’influence que lui sur le mouvement ouvrier.  



    [1] Martin Jay, L'imagination dialectique. Histoire de l'École de Francfort (1923-1950), Payot, 1977.

    [2] Guy Debord, La société du spectacle, Buchet Chastel, 1967.

    [3] Moishe PostoneTemps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, Mille et une nuits, 2009

    [4]On the principles of political economy and taxation, John Murray, 1817.

    [5] L’ouvrage a été publié en 1820, Hegel avait semble-t-il bénéficié des lumières de James Steuart pour ce faire. Ce dernier avait publié un ouvrage important intitulé An Inquiry into the Principles of Political Oeconomy: Being an Essay on the Science of Domestic Policy in Free Nations, in Which Are Particularly Considered Population, Agriculture, Trade, Industry, Money, Coin, Interest, Circulation, Banks, Exchange, Public Credit, and Taxes en 1767, ouvrage que Smith plagiera largement pour écrire son Enquête sur les causes de la richesse des nations.

    [6] Il y a deux sortes d’erreurs chez Marx, des erreurs théoriques comme par exemple ne pas comprendre correctement le rôle de l’Etat, et des erreurs factuelles comme par exemple dans ses prévisions en matière de guerres ou de révolution.

    [7] Ces textes sont regroupés dans une traduction française discutables dans les tomes III, IV et V des Œuvres politiques publiées par les éditions Costes en 1929 et 1930.

    [8] Bruno Bauer and Karl Marx, Springer, 1977.

    [9] Bakounine admirait Marx pour ses larges connaissances et la rigueur de sa pensée. Si dans le conflit entre les deux hommes il y a des questions tactiques, Marx est plus prudent dans l’action que Bakounine, il y a aussi bien sûr des questions d’ego.

    [10] Si Sperber avait été un peu plus sérieux, il se serait rendu compte que John Stuart Mill dénoncera ses propres théories comme erronées et deviendra un socialiste militant et féministe.

    [11] Voir par exemple la bataille qu’il y a en France pour faire sortir les hétérodoxes de l’Université. http://in-girum-imus.blogg.org/pierre-cahuc-et-andre-zylberberg-le-negationnisme-economique-et-commen-a126951256

    [12] Michel Husson – Marx, un économiste du 19e siècle ? À propos de la biographie de Jonathan Sperber, https://www.anti-k.org/2017/12/11/michel-husson-marx-economiste-19e-siecle-a-propos-de-biographie-de-jonathan-sperber/

    [13] Norbert Trenkle et Ernst Lohoff, La grande dévalorisation, Post éditions, 2014.

    [14] Il ne cite pas Adolph Wagner qui fut un économiste très important et très influent en Allemagne qui fut un des premiers à montrer l’importance de Marx, au grand dam de celui-ci d’ailleurs. Karl Marx, Notes critiques sur le traité d’Adolph Wagner[1881], Gallimard, La Pléiade, tome 2, 1968.

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  •  Fin provisoire de la pantalonnade en Italie

    Pourquoi Mattarella a reculé 

    En Italie les compromis les plus surprenants peuvent advenir, et chaque fois cela nous surprend. L’Italie a donc un gouvernement depuis le 31 mai. Ce qui a mis en rage le quotidien Le monde qui devait penser que le clown Mattarella pouvait à lui tout seul empêcher sa formation[1]. Il est vrai que les choses pressaient. Alors que Mattarella avait engagé Monsieur Ciseaux – alias Carlo Cotarelli – pour former un gouvernement « neutre », la coalition Lega-M5S avait envisagé une grande manifestation le 2 juin à Rome, manifestation qui aurait certainement été massive, pointant l’isolement du président italien. Mais ce n’est pas tout, la direction allemande de l’Europe en avait un peu rajouter dans la volonté de contourner la démocratie en envoyant une sorte de brute épaisse, connue pour son arrogance, Günther Oettinger, commissaire européen au budget, expliquer « les yeux dans les yeux » comment les marchés allaient apprendre aux Italiens à bien voter[2]. Ce qui voulait dire clairement que « les marchés » allaient mener la vie dure aux récalcitrants, les taux d’intérêts sur la dette allaient s’envoler, resserrant le carcan sur ce malheureux pays. Le spectre de la reddition piteuse de Tsipras revenait sur le devant de la scène. Allait-on rejouer le scénario grec ? Cela risquait de renforcer le camp anti-européiste qui est de plus en plus fort dans ce pays. Les derniers sondages laissaient entendre qu’en cas de nouvelles élections, la Lega s’envolerait, rabotant le pouvoir de M5S, et le parti de Berlusconi, Forza Italia serait réduit à la portion congrue[3]. Or le plan des européistes est assez simple, comme une alliance Forza Italia – PD n’est plus possible, il reste à taper sur le maillon faible, M5S, et à le détacher de l’alliance avec la Lega, pour tenter d’ici quelques mois de renverser le gouvernement de Conte et de le remplacer par un gouvernement Di Maio – Renzi, plus compatible avec la logique bruxelloise.

    Fin provisoire de la pantalonnade en Italie

    On sait que le président Mattarella n’agissait pas seul en outrepassant les pouvoirs qui sont les siens, qu’il était poussé en sous-main par la Commission européenne et la BCE[4]. Le problème est que toutes ces pitreries sont ruineuses, et déjà les banques italiennes perdaient de leur valeur, entraînant la chute de la Bourse de Milan dans un contexte difficile pour le secteur bancaire européen : une grosse partie – presque la moitié – de la dette italienne est détenue par l’étranger, c’est-à-dire des banques étrangères, principalement la France et l’Allemagne, et le risque de défaut devenait de plus en plus réel. Les bourses européennes se tassaient aussi légèrement dans ce climat de confusion. Dès lors il fallait aussi mettre un terme à la velléité des autorités allemandes et européennes d’imposer un gouvernement « neutre ». C’était la seule manière de faire retomber la tension et de revenir aux affaires.

    Mattarella a donc cédé. Seule concession qu’on lui a accordée, le vieux Paolo Savona qui avait été pressenti à l’économie – ce qui avait été le prétexte du coup d’Etat de Mattarella[5] – change d’affection et passe aux affaires européennes, tandis que Guiseppe Tria prend le poste de ministre de l’économie. Pour le reste le gouvernement de Guiseppe Conte ne change pas fondamentalement. Salvini se retrouve à l’intérieur et devra gérer le dossier de l’immigration, et Di Maio sera ministre du travail, du développement économique et des politiques sociales. Il sera chargé d’introduire une sorte de revenu de citoyenneté[6]. Plus inquiétant pour nous anti-européistes convaincus, c’est la nomination d’Enzo Moavero aux affaires étrangères. C’est un vieil européiste, ancien ministre dans les gouvernements de Mario Monti et d’Enrico Letta. Donc a priori un homme qui ne fera pas peur à la Commission européenne. Cela laisse assez mal augurer du caractère révolutionnaire de cette coalition. Les marges de manœuvre du nouveau gouvernement italien nous paraissent très faibles. 

    Que peut faire ce gouvernement ? 

    Les Italiens sont devenus un peuple très anti-européiste, le second après la Grèce, et juste devant la France. En 2014 la Lega, le parti le plus souverainiste d’Italie, n’était créditée que de 6% des voix. Aujourd’hui elle tourne autour de 20%, après avoir obtenu 17% aux dernières élections. Comment traduire cette poussée continue d’ « euroscepticisme » dans l’action politique ?  Dès lors que le nouveau gouvernement italien renoncera à sortir de l’euro et de l’Union européenne, il ne peut pas grand-chose. Dans le cadre de la zone euro, les trajectoires économiques des différentes nations sont forcément divergentes, alors que les menteurs nous avaient vendu la monnaie unique en promettant une convergence des politiques économiques et des PIB par tête. C’est l’inverse qui s’est produit[7]. La malédiction de l’euro[8] est que cette monnaie unique en empêchant les dévaluations compétitives engendre trois effets :

    - une dégradation continue des balances commerciales des pays les moins compétitifs ;

    - une perte de parts de marché dans l’industrie ;

    - et enfin un recul de la croissance et donc une baisse relative du PIB. C’est ce que nous voyons dans le graphique suivant.

    Une des conséquences est un chômage toujours très élevé dans les pays latins de l’Union européenne. Le problème vient d’abord du fait que l’euro a les apparences d’une monnaie souveraine, mais qu’elle ne représente pas un pays ou une nation. Pour cela il faudrait qu’existe une Europe des transferts dont personne – et surtout pas les Allemands qui veulent garder leurs excédents excessifs pour asseoir leur domination sur l’Union européenne – ne veut.

      Fin provisoire de la pantalonnade en Italie

    L’Union européenne ne veut pas qu’on touche à sa monnaie, dès qu’on fait mine de vouloir sortir de l’euro, elle montre les dents et use d’un pouvoir violent, fasciste pour tout dire. Mais elle va sans doute laisser faire le nouveau gouvernement italien sur l’immigration. Les raisons sont assez simples :

    - d’abord parce que maintenant tous les gouvernements des pays européens, d’une manière ou d’une autre, ont reconnu les inconséquences des propositions de Merkel en 2015 d’accueillir massivement des millions de réfugiés. La Suède pays aussi naïf qu’accueillant pour les migrants a changé son fusil d’épaule[9]. Même l’ineffable Macron qui avait l’an dernier fait sa campagne présidentielle sur l’enrichissement culturel et politique d’une immigration massive en a rabattu et est rentré dans le rang ;

    - ensuite parce que les flots de migrants vers l’Italie se sont taris depuis un an[10]. Les raisons de ce tarissement sont très nombreuses, parmi elles, il y a une intervention du gouvernement directement en Lybie qui a obligé les Africains à modifier leur route ;

    - enfin parce que l’Union européenne a beaucoup à faire avec les pays de Visegrad pour ne pas se mettre à dos un nouveau pays.

    Donc l’Union européenne laissera faire, y compris une politique musclée de retour. Elle enverra pour la forme Dimitris Avramopoulos faire la leçon aux uns et autres, histoire de rappeler que l’Union européenne n’a pas de frontière ni d’identité à défendre, mais pour le reste elle ne fera rien. Et puis de toute façon la question de l’immigration a mis pour longtemps au rebut les partis de gauche en Italie – le score de Pietro Grasso, tête de liste de Liberi e Uguali qui voulait une autre Europe sociale et ouverte aux migrants, a dépassé à peine les 3%. Et c’est sans doute à cela que la gauche française est promise si elle continue ses imbécilités sur l’Islam, les migrations, l’Europe sociale ou la défense de la Palestine.

    L’immigration comme l’Islam sont massivement rejetés par les populations européennes, que ce soit en France, en Italie ou même en Allemagne. Tant que la gauche prétendra imposer les migrants et l’Islam à des peuples qui n’en veulent pas, elle s’obstinera à vouloir gouverner contre les peuples. Or la vocation de la gauche n’est pas de gouverner contre les peuples, mais plutôt de se faire le porte-voix du peuple face à la droite qui elle au contraire suppose que le peuple est stupide par définition et que son avis ne compte pas. C’est clairement le cas en Italie, pays où traditionnellement la gauche était très puissante et où elle s’est suicidée en adoptant le point de vue mondialiste, européiste et les lois du marché.

    Fin provisoire de la pantalonnade en Italie

    Fondapol, sondage publié dans Le figaro magazine, 29/30 septembre 2017


    [1] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/31/matteo-salvini-et-luigi-di-maio-les-deux-hommes-forts-du-nouveau-gouvernement-italien_5307820_3214.html

    [2] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/29/la-gaffe-du-commissaire-allemand-gunther-oettinger-qui-enflamme-l-italie_5306622_3214.html

    [3] https://www.challenges.fr/top-news/un-sondage-confirme-une-poussee-de-la-ligue-en-italie_590584

    [4] https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-coup-detat-du-president-mattarella-par-jacques-sapir/

    [5] http://in-girum-imus.blogg.org/coup-d-etat-en-italie-les-europeistes-relevent-la-tete-a144843610

    [6] http://www.liberation.fr/planete/2018/06/01/l-italie-a-un-gouvernement-eurosceptique-et-tres-a-droite_1655834. Dans cet article le journaliste de Libération pleurniche sur le fait qu’il n’y aurait pas assez de femmes dans ce gouvernement. Preuve indirecte selon la rhétorique de ce torchon que c’est bien un gouvernement fasciste. Il illustre le proverbe chinois selon lequel quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/jacques-sapir-l-euro-contre-la-france-l-euro-contre-l-europe-cerf-2016-a127138414

    [8] Frédéric Lordon, La malfaçon : monnaie européenne et souveraineté démocratique, LLL, 2015.

    [9] http://www.lepoint.fr/monde/immigration-le-conseil-de-l-europe-tire-l-oreille-de-la-suede-16-02-2018-2195433_24.php

    [10] https://www.lemonde.fr/europe/article/2017/12/31/les-arrivees-de-migrants-en-italie-ont-baisse-d-un-tiers-en-2017_5236345_3214.html

     

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