• Ce qui se passe en ce moment est exemplaire de la formation et du développement d’un mouvement social en dehors des partis et des syndicats. Ayant pris tout le monde de cours, il est massif et montre que les Français n’ont finalement pas perdu de leurs capacités imaginatives pour lutter contre un pouvoir de plus en plus impopulaire.

     Que faire le 17 novembre 2018 ? Y aller bien sûr ! 

    Pétition au 12 novembre 2018 

    Un grand mouvement se prépare pour le 17 novembre 2018. Tout est parti d’une pétition lancée par Priscilla Ludosky et qui est en train de rencontrer un succès considérable, elle dépasse déjà les 800 000 signatures[1]. Suite à quoi, des comités ont commencé à imaginer que le Samedi 17 octobre 2018 serait une journée de blocage pour protester contre la hausse du prix des carburants. Jusque-là tout va bien, tout cela exprime un ras le bol de la diminution du pouvoir d’achat en France, baisse d’autant plus ressentie que les prix commencent à grimper. En juillet 2018 cette inflation a été de 2,3% sur un an[2]. C’est énorme, surtout que cette inflation s’ajoute à la hausse de la CSG et que le SMIC et les petits salaires n’ont pas augmenté. Cette baisse réelle du pouvoir d’achat a en outre une incidence directe sur la situation économique et explique une partie du ralentissement de la croissance en France[3]. Tout cela se traduit par une baisse continue de la cote de popularité de Macron qui atteint des records, à tel point que certains se demandent s’il pourra finir son mandat, il est maintenant à peine au-dessus des 20%, battant les records d’impopularité de son prédécesseur[4]. Le dégout des Français pour le petit président atteint d’ailleurs également son épouse qui, contrairement à ce que racontaient les journaux, n’a jamais été populaire, 65% des Français considère qu’elle ne sert à rien[5], ce qui signifie que l’argent qu’elle dépense est un luxe qu’on ne devrait pas se permettre.

    Que faire le 17 novembre 2018 ? Y aller bien sûr ! 

    Le mouvement du 17 novembre n’est pas un plébiscite pour le diesel, mais une lutte pour le pouvoir d’achat 

    On ne sait jamais d’où partira un mouvement social de très grande ampleur. Il se pourrait qu’il commence à se coaguler à partir de la lutte contre la hausse des carburants. La révolte a donc été initiée par une pétition lancée sur Internet par Priscilla Ludosky, une femme d’origine africaine. Je précise cela parce qu’on va voir que cela a une importance considérable au moment où d’aucuns s’époumonent à dire que seuls les fachos soutiennent ce mouvement. Cette pétition s’achemine tranquillement vers le million de signatures. C’est un peu l’équivalent de la pétition contre la loi El Khomri. Quand une pétition a autant de succès sur les réseaux sociaux, il est clair que cela présage d’un mouvement très fort de mobilisation parti pour durer. Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont tout de suite soutenu cette initiative, et des comités se sont mis en place un peu partout en France. On a même vue une section du NPA annoncer qu’elle organiserait un blocage. Mais maintenant le NPA, préférant rester dans sa posture minoritaire plus traditionnelle, est revenu en arrière pour expliquer qu’il ne s’associerait pas au mouvement. Le mouvement s’annonce massif et très suivi de partout. Ce mouvement se veut apolitique, c’est-à-dire citoyen et non pas organisé par un parti. Il manifeste également une très grande méfiance face aux récupérations politicienne[6]. Mais celle-ci parait aujourd’hui de plus en plus difficile à cause de l’ampleur du mouvement et de la méfiance naturelle que s’attire l’ensemble des partis et des syndicats. 78% des Français approuvent ce mouvement[7]. En tous les cas ceux qui refusent de le soutenir ont pris le risque de l’incohérence, on ne peut pas en effet critiquer la politique de Macron qui s’attaque au pouvoir d’achat des plus pauvres, et en même temps se tenir à l’écart d’une révolte populaire. D’autant que les taxes sur les carburants sont un impôt direct qui est des plus iniques, proportionnellement il touche plus les pauvres que les riches. Mais les syndicats n’en ont cure, préférant dénigrer un mouvement dont ils ne sont pas à l’initiative. 

    Que faire le 17 novembre 2018 ? Y aller bien sûr ! 

    Carte des blocages au 2 novembre 2018 

    Il va donc y avoir ceux qui soutiennent ce mouvement à la fois parce qu’ils en ont ras le bol de voir la tête d’enclume de Macron et parce que la hausse du prix du carburant va plomber leurs finances, et puis ceux, une minorité, qui font la fine bouche, en disant que si Marine Le Pen soutient le mouvement c’est que celui-ci est forcément mauvais. La canaille qui soutient encore Macron est évidemment contre la manifestation de blocage et tente de faire croire que c’est un mouvement d’extrême droite donc qu’il ne faut pas y aller, et parallèlement, ils ont mis en place la rhétorique suivante : on fait grimper surtout le prix du diésel parce c’est la bonne manière de lutter contre le réchauffement climatique[8]. Bien évidemment c’est un mensonge car le but de la manœuvre c’est d’abord de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat parce que la baisse du déficit ne pourra pas se faire autrement : c’est une manière de compenser un petit peu les cadeaux faits aux hauts revenus et aux entreprises. En même temps on tente d’obliger les Français à se convertir à la voiture électrique qui pourtant, chacun le sait, n’est pas plus écologique qu’un véhicule fonctionnant au diesel[9]. Ce qui plaira certainement aux producteurs de ce type de véhicules. Mais en outre le prix des voitures électriques est très élevé et endettera encore un peu plus les Français, les plus pauvres attendront encore en payant cette surtaxe à la pompe[10]. En surtaxant les Français qui sont obligés de se servir de leur véhicule, on transfère la responsabilité de la dégradation de l’environnement sur les usagers plutôt que sur les politiques. Or si la pollution atmosphérique augmente c’est parce que les occasions de se déplacer augmentent à cause de l’organisation de l’espace économique. Deux éléments fondamentaux accélèrent cette dégradation : d’abord le libre-échange, et donc l’Union européenne qui en est un avatar prétentieux, et qui rallonge les circuits, ensuite le zonage qui entraîne une séparation radicale entre les zones de travail et les zones de résidence. Les embouteillages du matin qu’on rencontre aux abords de toutes les villes moyennes et grandes, ne sont pas dus à des touristes, à des gens qui aiment à se déplacer en voiture, mais à des travailleurs. Vous me direz ils peuvent prendre les transports en commun. Certes mais songeons que le trafic pendulaire domicile-travail est déjà un rallongement de la journée de travail, et les transports en commun rallongent encore ce temps mort, même s’ils sont bien organisés. Selon moi ce n’est pas en augmentant les taxes sur les carburants qu’on ralentira le trafic automobile, mais plus sérieusement en diminuant les occasions de se déplacer, en modifiant l’urbanisme par exemple. Mais pour ça il faut avoir des élus pleins d’imagination qui s’attaquent aux capitalistes qui ont organisé l’espace et les infrastructures de communication pour leur profit. On n’en est pas là, la plupart des représentants du peuple ne sont même pas capable de comprendre que l’organisation de l’Union européenne génère naturellement une augmentation des transports routiers. Disons les choses plus simplement ce n’est pas en surtaxant les automobilistes qu’on luttera contre le réchauffement climatique, mais en sortant du capitalisme et qu’on arrête de courir après la croissance[11].  

    Que faire le 17 novembre 2018 ? Y aller bien sûr !

    Tract diffusé par les troupes décimées du macaronisme

    Les embarras de la gauche officielle 

    La réaction à la mobilisation du 17 est hétéroclite. Il y a évidemment et en premier lieu les Macroniens. Ce sont eux qui ont diffusé en premier les tracts sur le fait que le blocage était organisé par l’extrême-droite, mais, comme on l’a dit, il est difficile de faire passer Priscilla Ludosky pour une identitaire ! On trouve également des tracts dégénérés de Boris Le Lay qui profite de cela pour diffuser des messages antisémites qui mêlent le ridicule à la caanillerie. Je rappelle que ce Boris Le Lay anime un site Democratieparticipative.biz qui déverse des tonnes de messages de ce type et qui se trouve actuellement en fuite au Japon. La France a demandé son extradition pour le juger. Très peu de gens seront dupes de cette manœuvre de diversion. Mais ce qui nous intéresse le plus ici c’est l’attitude de la gauche. En effet celle-ci s’est construite sur l’idée de défendre les salariés et les exclus contre les appétits des patrons et des riches. Et donc naturellement celle-ci devrait être en bloc derrière le mouvement. Une partie a décidé de le soutenir, notamment le député François Ruffin[12], je partage d’autant plus son point de vue que j’ai déjà dit plus haut qu’on ne réglerait pas la question su réchauffement climatique en surtaxant les petites gens. Mélenchon a été plus ambigu, il n’a pas critiqué, mais il n’a pas dit qu’il soutenait, tout en disant que cette colère était juste et que ma foi on pouvait tout aussi bien y aller[13]. Et puis finalement il a décidé d’y aller. BFM a été chercher l’oubliée Delphine Batho pour dire du mal de Mélenchon, et elle aussi s’est complue à faire l’amalgame entre défense du pouvoir d’achat et dégradation de l’environnement, se rangeant aux arguments fallacieux de cette canaille de De Rugy, le soi-disant ministre de l’écologie[14]. Certains, le PCF par exemple et la CGT, ont pris prétexte de la question écologique pour se désolidariser du mouvement et tenter de le casser, arguant que ce n’était pas écologique de faire baisser le prix à la pompe, les mêmes arguments que François de Rugy[15].  Le PCF a été très longtemps à la traîne de la question environnementale, et quand il fait sa conversion il s’aligne sur la droite macronienne. Certes il y a des dissidents, et ils sont nombreux, qui iront manifester, mais à part. Ça ressemble aux conneries de la CFDT qui ne veut pas mélanger ses syndiqués avec ceux de la CGT et de FO[16]. Evidemment Laurent Berger, courroie de transmission de Macron, s’est tapé un communiqué pour dire que lui non plus n’irait pas[17]. C’est moins étonnant, la surprise aurait été au contraire qu’il manifeste contre Macron. La gauche façon PCF-CGT dit on ne va pas y aller :

    - parce que ce n’est pas écolo de défendre un prix bas de l’essence. Comme si de punir les gens qui sont obligés de se servir de leur véhicule était tout à fait écolo. On rappellera à ces grands penseurs que l’écologie sans la justice sociale ça n’a strictement aucun sens ;

    - et parce qu’ensuite on risque d’être récupéré ! Donc pour ne pas être récupéré on restera à la maison en attendant que ça passe et que vienne le temps pour nous d’organiser le combat. Oui, mais lequel ?

    Autrement dit il suffit d’amener Marine Le Pen dans une manifestation pour que les manifestants de gauche aillent se cacher sous le lit de peur de faire le lit du fascisme. Mais c’est justement tout cela qui explique pourquoi la gauche est aujourd’hui en perdition. Tous ces gens ne portent plus la parole du peuple, ils sont dépassés complètement, alors ils font semblant de jouer les Cassandre sous le couvert de faire de la pédagogie. 78% des Français soutiennent le mouvement[18], et il n’y a pas 78% de fascistes en France. Il n’y a pas de raison que le PCF, la CGT et Delphine Batho soient tous ensemble plus intelligents et plus lucides que ces 78% des Français qui soutiennent ce mouvement.

    On remarque que si certains de la FI sont sensibles à ce mouvement, c’est parce qu’ils sont peut-être un peu plus à l’écoute des revendications du peuple. Le PCF n’a plus d’ancrage populaire, et c’est bien pour cela qu’il ne comprend pas l’importance de ce mouvement. C’est une bureaucratie qui n’existe que pour elle-même. Elle est sans avenir quoi qu’elle fasse. Ce n’est pas ce parti qui portera l’idée communiste pourtant sans doute nécessaire.

    Que faire le 17 novembre 2018 ? Y aller bien sûr ! 

    Tract antisémite de Boris Le Lay sur Democratieparticipative.biz 

    On comprend bien que tous ces gens n’apprécient pas de voir que finalement Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan soient plus réactifs qu’eux-mêmes. Alors ils vont inventer n’importe quoi pour tenter de s’en désolidariser et tenter d’en minimiser la portée. Un de leur argument est que ce n’est pas le prix de l’essence qu’il faut changer mais l’ensemble du système économique. Je suis 100% d’accord avec ça, et je dirais même changeons ce système vermoulu de fond en comble. Mais même quand on n’est pas très malin on se rend compte que pour changer les choses, il faut se mobiliser fortement, et donc il faut un début pour la mobilisation. Cette histoire me rappelle Mai 68 quand le PCF et la CGT refusaient de voir l’importance du mouvement dans les premiers jours de mai, avançant que ce mouvement n’était qu’un phénomène marginal et sans intérêt. Cette attitude, plus le refus ensuite de condamner l’entrée des chars russes dans Prague, ça a été le début de la fin pour ce parti de masse. La foule des manifestants et des grévistes n’a pas compris ce dédain. Aujourd’hui, c’est malheureux de le dire, mais c’est Marine Le Pen qui défend les circuits courts et la sortie de l’Europe, c’est elle qui revendique une hausse du SMIC. C’est le constat que faisait récemment Lordon en critiquant cette manière de s’engluer dans la défense des immigrants comme une fin en soi, oubliant finalement le principal de ce que doit être la lutte des classes[19]. 

    Un mouvement au-dessus des partis et des syndicats 

    On se retrouve dans une configuration intéressante, le mouvement social ne tient plus compte des consignes des partis et des syndicats. Beaucoup de mes amis de gauche soutiennent le mouvement, ils ont compris que si on pratique en permanence l’exclusion, Macron sera encore là dans 10 ans à nous pourrir la vie. Tactiquement, sachant que ce mouvement va être massif, c’est une erreur que de ne pas y participer. Mais cette erreur recouvre une autre erreur en ce qui concerne le combat politique, les militants de gauche ne sont plus concernés par ce caporalisme, c’est sans doute pour cela que la France Insoumise, malgré toutes ses limites, est plus adaptée que le PCF ou le PS pour les combats à venir. Si la gauche veut réussir à représenter quelque chose, elle doit être le porte-voix des salariés et des petites gens, et non rester dans son rôle suranné d’endoctrinement au motif que ces partis sauraient mieux que leur base ce qu’il faut faire. Mais il y a une autre erreur, en refusant de participer à ce vaste mouvement populaire, non seulement on fait le jeu de Macron on l’a dit, mais en plus on manifeste son propre isolement. Or si on veut changer le système dans le sens de plus de justice sociale et de la protection de l’environnement, nous avons besoin de la participation de tous. Le PCF à l’heure actuelle, englué dans une entreprise incertaine de refondation, c’est au maximum 3% du corps électoral, la France Insoumise environ 15%. Or il semble assez évident que 80% des Français peuvent adhérer à un programme de transformation sociale qui mette en son centre la défense du pouvoir d’achat, la justice sociale et la défense de l’environnement. On comprend que les deux tiers de ceux qui ont un intérêt à ce changement social ne sont pas encartés dans les partis de gauche, et encore moins au NPA. Certains sont au RN, d’autres sans attache partisane, il n’y a aucune honte à les côtoyer. Et même sans doute il est bien mieux de les côtoyer si on ne veut pas les pousser vers un vrai fascisme qui pourrait apparaître rapidement comme le dernier rempart qui les protège des exactions du grand capital. Ce n’est pas en les stigmatisant que les choses évolueront positivement.  Benoît Hamon non plus n’ira pas manifester, et encore les écologistes en carton de EELV. Les uns et les autres ne représentent rien, sans base électorale, ils sont incapables quoi qu’ils disent de comprendre la colère du peuple. Benoit Hamon est le symbole de l’effondrement du PS, il allie l’incohérence programmatique à l’incertitude tactique, quant à EELV, les quelques militants qu’il leur reste n’ont pas encore assimilé que l’Union européenne est un facteur aggravant de la crise écologique, par la démultiplication des infrastructures, l’allongement des circuits de distribution ou encore la concentration du capital. Ils parlent bien d’une nécessaire justice pour accompagner la transition écologique, tout en appuyant la hausse des taxes, ne comprenant manifestement pas que ces taxes sont d’abord injustes et payées par les plus pauvres[20].

     Que faire le 17 novembre 2018 ? Y aller bien sûr ! 

    La tribune a publié jeudi dernier un sondage qu’elle a commandé à BVA. De ce sondage, il ressort que le mouvement du 17 novembre est très populaire, mais en outre qu’il est d‘autant plus populaire que les sondés appartiennent aux classes les plus défavorisées. C’est clairement un vote de classe. C’est une très mauvaise nouvelle pour ceux qui au PCF ou au NPA par exemple s’époumone pour dissuader leurs maigres troupes de ne pas participer à cette mobilisation. A moins de penser que 80% des ouvriers et des employés sont fachos, il est difficile de rester sur cette position absurde selon laquelle le mouvement est manipulé et téléguidé par l’extrême-droite. C’est encore plus absurde lorsqu’on voit que de nombreuses personnalités rejoignent le mouvement. Mélenchon, Ruffin, Corbières bien sûr, mais on le sentait venir déjà, et puis Pierre Perret qu’il sera difficile de faire passer pour un soutien du Rassemblement National[21].

    Que faire le 17 novembre 2018 ? Y aller bien sûr !



    [1] https://www.change.org/p/pour-une-baisse-des-prix-%C3%A0-la-pompe-essence-diesel

    [2] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3594229

    [3] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3550805

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/2018/10/31/la-popularite-de-macron-plonge-apres-le-remaniement-sondage-exclusif_a_23576773/

    [5] https://www.ouest-france.fr/politique/brigitte-macron/sondage-les-francais-ont-pris-leurs-distances-avec-brigitte-macron-6047366

    [6] https://www.marianne.net/societe/mobilisation-du-17-novembre-des-organisateurs-sans-etiquette-en-lutte-contre-la-recuperation

    [7] https://www.huffingtonpost.fr/2018/11/02/hausse-du-carburant-78-des-francais-pour-le-blocage-des-routes-le-17-novembre_a_23578474/?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001&fbclid=IwAR2A4ZQkU3NF_jrOuRf8jfgt4zvk5QDgNVMw3sJZsob1F4oj_TTaLl26v7Q

    [8] https://www.bfmtv.com/economie/prix-des-carburants-de-rugy-comprend-le-mecontentement-des-francais-1556297.html

    [9] https://www.lemonde.fr/planete/article/2014/06/26/publicite-la-voiture-electrique-n-est-pas-ecologique_4445251_3244.html

    [10] http://in-girum-imus.blogg.org/note-sur-le-blocus-du-17-novembre-a149020566

    [11] Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortons du capitalisme, Le seuil, 2009.

    [12] https://francoisruffin.fr/17-novembre-ecologie/

    [13] https://www.huffingtonpost.fr/2018/10/30/melenchon-sur-les-blocages-prevus-le-17-novembre-cette-colere-est-juste-et-digne_a_23576350/

    [14] https://www.bfmtv.com/politique/blocages-du-17-novembre-le-petit-tacle-de-delphine-batho-a-jean-luc-melenchon-1557984.html

    [15] https://actu.orange.fr/politique/francois-de-rugy-interpelle-sur-la-hausse-des-prix-du-carburant-magic-CNT0000017VinX.html

    [16] https://blogs.mediapart.fr/morvan56/blog/311018/17-novembre-appels-pour-ne-pas-manifester-au-cote-de-la-fachosphere

    [17] https://www.sudouest.fr/2018/11/12/gilets-jaunes-la-cfdt-ne-soutient-pas-le-mouvement-previent-laurent-berger-5559954-10407.php

    [18] https://www.lci.fr/social/hausse-du-prix-des-carburants-essence-diesel-78-des-francais-soutiennent-le-mouvement-de-blocage-du-17-novembre-prochain-2103292.html

    [19] https://blog.mondediplo.net/appels-sans-suite-2

    [20] https://eelv.fr/fiscalite-diesel-pas-decologie-sans-justice/

    [21] https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/carburant-je-suis-a-vos-cotes-lance-pierre-perret-aux-gilets-jaunes-7795426790

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  •  Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

    Il n’y a pas qu’en France qu’un président peut être la honte de son propre pays. Quand on observe d’un peu près la qualité du personnel politique dans le monde entier, on est surpris par sa médiocrité sur tous les plans. Sans doute cela provient-il d’une sorte d’état de crise permanent dans lequel nous vivons maintenant depuis au moins 2008, crise qu’aucun homme politique n’arrive à dénouer d’une manière satisfaisante pour donner un semblant d’espérance aux populations. Il nous semble cependant que les élections de mi-mandat aux Etats-Unis présentent des traits un peu nouveaux et intéressants, à défaut d’un changement fondamental.

    Comme à son ordibnaire Donald Trump a joué les fanfarons. Il a tenté de présenter le résultat des élections du 6 novembre comme un succès incroyable (a tremendous success), alors qu’il vient de perdre la chambre des représentants et donc qu’il sera forcé de cohabiter avec une majorité démocrate, donc de trouver des compromis, chose à laquelle il n’est pas habitué depuis qu’il est tout petit. Certes il a conforté sa majorité au Sénat – et encore tous les sénateurs républicains ne sont pas trumpistes loin de là – mais il l’avait déjà. On a souligné également qu’au Sénat seuls un tiers des sièges étaient renouvelables, et que les démocrates étaient plus exposés à ces élections, mais aussi que les Républicains s’étaient livrés intensément au charcutage des circonscriptions pour tenter d’éviter une défaite plus amère. Ajoutons que les sondages ne se sont pas trompés et ont annoncé à peu près exactement les résultats.  

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

    Pour bien comprendre la situation politique aux Etats-Unis il faut partir du fait que Trump a toujours été minoritaire. Elu légalement, grâce à un système électoral scabreux, avec plusieurs millions de voix de moins que sa rivale Hillary Clinton, sa popularité a toujours été inférieure à 50%. Au plus haut, en octobre 2018, il atteignait les 44%[1]. Il n’a donc jamais été capable d’acquérir une légitimité dans son propre pays, sans parler que sur le plan international il est assez isolé, mis à part Bolsonaro, personne ne le soutient franchement. Il faut aussi considérer que cette année la participation a été particulièrement forte. Quoi qu’on en dise, les pauvres votent plutôt pour les démocrates, et les riches plus souvent pour les Républicains. Et si les trumpistes ont démontré une grande capacité à mobiliser leur base, les résultats montrent que les démocrates ont progressé encore plus. L’ubuesque Donald Trump et ses soutiens comptaient sur deux arguments pour remporter cette bataille :

    - des indicateurs économiques au beau fixe. Un taux de croissance proche de 4% en 2018, un taux de chômage officiellement aujourd’hui de 3,7%. De quoi faire rêver Macron et toute l’Union européenne !

    - ensuite une campagne contre les milliers de migrants qui arrivent en procession de l’Amérique latine, du Venezuela, du Honduras, de Colombie, via le Mexique, et qui prétendent forcer la porte d’entrée des Etats-Unis – on se demande encore pourquoi les frontières existent, mais ce n’est pas notre sujet. Donald Trump dans un élan de bouffonnerie dont il est coutumier, avait même avancé que l’armée pourrait tirer sur les migrants[2]. Ce qui dans un pays de migrants – Trump est lui-même un descendant de migrants allemands et n’a rien d‘un autochtone – n’est pas du meilleur effet. 

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres 

    Migrants honduriens en route vers les Etats-Unis 

    Manifestement c’est raté, les électeurs démocrates se sont suffisamment mobilisés pour assurer la défaite de Trump qui va rapidement redevenir un boulet pour les Républicains. Malgré ses fanfaronnades – Trump a diffusé l’argument repris par tous les trumpistes du monde : les midterms sont toujours perdus par le parti au pouvoir – le locataire de la Maison Blanche a reconnu sa défaite en se félicitant (!) de pouvoir travailler à des compromis avec Nancy Pelosi qui va prendre la tête des troupes démocrates au Congrès.

    Les raisons qui expliquent la défaite de Trump et des républicains sont très nombreuses et difficiles à hiérarchiser. D’abord sa personnalité, il est arrogant et menteur, brutal, il vient de licencier le très conservateur ministre de la justice Jeff Sessions[3], celui-ci ne l’ayant pas assez protégé selon lui des différentes enquêtes en cours qui, si elle ne le mène pas à la destitution vont plomber sérieusement la fin de son mandat. Ensuite son attitude désinvolte face à des problèmes graves comme le développement des ouragans dont la violence est liée au réchauffement climatique, ou les tueries par armes à feu – c’est près de 10 000 morts par an. Ici comme ailleurs il y a une prose de conscience de plus en plus aiguë des dégâts que le capitalisme fait encourir à la planète. Et puis il y a l’Obamacare (ACA). Ce système de couverture sociale s’il a été très controversé dans ses débuts au motif de défendre le libre choix individuel, il est maintenant largement approuvé par les Américains, ce renversement date d’il y a deux ans maintenant, et cela malgré un matraquage incessant des médias et des compagnies d’assurance privées qui tremblent de perdre une partie de leurs revenus. Or Trump se propose de le démanteler. Il parait douteux qu’il puisse y arriver. Il mangera son chapeau sur cette question. Même s’il a réussi à compliquer la tâche d’un système de santé accessible à tous, l’Obamacare reste debout. Paul Krugman avançait il y a quelques mois que les midterms se joueraient aussi sur cette question[4]. L’importance de tous ces points mis bout à bout explique aussi que le vote des femmes a été déterminant dans la victoire démocrate. Il est vrai que Trump a une position antiféministe des plus archaïques qui sert facilement de repoussoir sur ce sujet. On voit également qu’il y a une percée féminine au Congrès et à terme cela pourrait changer bien des choses, par exemple dans l’ordre de priorité des sujets abordés. Les femmes sont sans doute plus sensibles que les hommes à la question des armes à feu ou encore à celle de la couverture sociale.  

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

    Il y a d’autres explications à la défaite de Trump. C’est qu’une partie des électeurs se rend compte que l’économie ne va pas si bien que ça. D’abord la plupart des mesures fiscales de Trump ont profité aux plus riches, c’est une habitude chez les Républicains depuis Reagan. Ce qui a creusé encore un peu plus les inégalités sociales qui sont très fortes aux Etats Unis. Or de nombreux électeurs avaient voté pour Trump en 2016 justement parce qu’ils croyaient que celui-ci engendrerait une répartition plus équitable des revenus. Cela n’a pas été le cas et a certainement engendré de la déception[5]. Trump avait fait sa campagne contre les banques et la finance, haïe par le petit peuple américain, et évidemment en nommant à la Maison Blanche des conseiller issus de Goldmann & Sachs, cela a du mal à passer. En fait l’économie c’est toujours déterminant, mais ce n’est pas forcément les indicateurs de la croissance et de l’emploi qui comptent le plus, d’autant que pour certains observateurs le taux de chômage très bas masque un effondrement de la population active dont le taux est tombé à 62,5% de la population en âge de travailler. Ce qui fait qu’on peut recalculer à partir de ce faible taux le taux de chômage et il serait alors de plus de 20% ! Plus de 100 millions de personnes en âge de travailler, seraient sans emploi[6].

      Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

    En outre le dynamisme de l’économie américaine a été impulsée par le creusement du déficit public, là encore Trump suit l’exemple de Reagan, on fait de la relance de la demande, mais sans le dire, en appuyant par exemple les dépenses militaires. C’est un point très important parce que ce creusement va devoir s’arrêter très bientôt, et pas seulement parce que les Démocrates vont contrôler le budget et son utilisation. Ces déficits extravagants ne pouvaient se concevoir que dans le cadre d’une politique très laxiste de la FED. Or celle-ci va rapidement être contrainte de relever ses taux, la planche à billets a ses limites, ce qui aura deux effets, d’abord renchérir le coût de la dette, et donc obliger le vote de nouveaux impôts ou une hausse des impôts sur les hauts revenus, ensuite de renchérir le coût des investissements, ce qui entrainera un ralentissement de la croissance. Certes Trump pourra toujours dire avec la mauvaise foi qui l’habite que c’est la faute des Démocrates, mais il n’est pas sûr que les électeurs le croient. En tous les cas Trump ne pourra pas se faire passer pour un gestionnaire économe des deniers publics ! Si Obama avait l’excuse de la crise de 2008 pour creuser le déficit public, Trump ne peut pas user de cet argument, dans une économie riche et officiellement prospère

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

    Il y a une autre dimension de la défaite de Trump qui n’a pas été encore suffisamment analysée : le Parti Démocrate a beaucoup changé ses deux dernières années. Ses cadres se sont rajeunis – même si c’est encore la vieille Nancy Pelosi qui sera le leader de ce parti à la Chambre – et il s’est aussi féminisé, diversifié dans tous les sens du terme. Mais plus encore dans la manière de mener campagne, ils ont abandonné les anciennes techniques de communication basées sur l’argent et la publicité pour aller un peu plus vers le peuple. Cela est le résultat de la défaite de Clinton qui passait pour trop proche des milieux d’affaire, mais aussi probablement de la percée inattendue de Bernie Sanders durant la campagne des présidentielle en 2016, campagne durant laquelle il avait osé parler de socialisme. Peut importe que cette vieille buse de Noam Chomsky nous dise que Bernie Sanders n’est pas un vrai socialiste, qu’il est juste un Newdealer. Mais Noam Chomsky n’a finalement pas beaucoup d’importance sur le plan pratique, et il n’amuse plus grand-monde, même en dehors des Etats-Unis. En tous les cas Bernie Sanders parle devant des foules considérables et ose employer le mot de « socialisme ». Aux Etats-Unis c’est d’une audace considérable, il y a tellement longtemps que ce mot est banni du discours politique – c’est peut-être au fond le contrecoup inattendu de l’effondrement du système soviétique, puisqu’en effet l’URSS n’existant plus, il n’est guère possible de confondre aujourd’hui le socialisme avec. 

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres 

    La jeunesse avec Bernie Sanders 

    Je ne veux pas raconter ici que le Parti Démocrate a viré sa cuti et est devenu un parti qui va aller vers le socialisme, ni même encore à une remise en route de l’esprit du New Deal, je constate seulement qu’il y a clairement une inflexion à gauche, comme si les Américains tenaient compte de l’échec complet de ce qu’on appelle la social-libéralisme, ou encore que le Parti Démocrate devrait avoir pour mission de s’intéresser un peu plus aux pauvres. La plupart des commentateurs sérieux aux Etats-Unis anticipe une victoire Démocrate à la présidentielle de 2020. C’est d’autant plus possible que Trump va être cerné par les affaires judiciaires, et sa propre imbécillité. Il est possible qu’une partie des Républicains les moins bornés le lâchent d’ici là, un peu comme lorsqu’ils avaient lâché Nixon dans sa confrontation avec John F. Kennedy en 1960. Trump compte énormément d’ennemis dans son propre parti. Encore faut il que les Démocrates trouvent le candidat idoine. Joe Biden a cette ambition, mais il est âgé et encore trop lié à la campagne d’Hillary Clinton. On parle aussi de Kamala Harris, la gouverneur de l’Etat de Californie. Mais c’est encore l’establishment. Matthew Yglesias considère que c’est Bernie Sanders qui fera l’élection, soit en se présentant lui-même, mais il est très âgé, soit en soutenant Elisabeth Warren sénatrice du Massachussetts[7]. Elle a cet avantage d’être plus à gauche que les autres candidats démocrates potentiels, et en plus d’avoir confondu Trump qui contestait qu’elle ait dans les veines du sang amérindiens et donc qu’elle mentait. Elle avait publié alors ses tests ADN qui prouvait qu’elle ne mentait pas, faisant passer Trump à la fois pour un imbécile et pour un immigrant de fraiche date[8]. On dit qu’elle se prépare, mais elle aura déjà 70 ans en 2020. On sait que les candidats désignés sont souvent assez inattendus, et donc il est encore trop tôt pour anticiper ce que sera la future campagne présidentielle. 

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres 

    Elisabeth Warren ici en campagne avec Bernie Sanders 

    Pour ma part je pencherais plutôt pour un homme jeune, dynamique et blanc qui viendrait de l’Amérique profonde, réconciliant ainsi le vote de l’Est et de la Californie avec celui des valeurs plus traditionnelles du Midwest[9] et du Texas ! Notamment parce qu’Obama a beaucoup déçu à cause de son inertie face aux banquiers de Wall Street. Evidemment si Beto O’Rourke avait remporté son pari de se faire élire au Texas dans un bastion républicain réputé très conservateur, il aurait été, de par son charisme, le candidat idéal. On l’a surnommé pour son abattage le Obama blanc. Certes il n’a pas à rougir de sa défaite, le très conservateur Ted Cruz n’ayant été réélu que de très peu, à peine plus de 50% des voix. Les paris sont ouverts. Nous verrons bien, car les choses ne sont pas très stables, comme si quelque chose était en train de se recomposer. Trump aura tout de même l’avantage de représenter la continuité d’un système à bout de souffle, face à une Amérique de plus en plus diverse et éclatée et qui vit à crédit depuis bien trop longtemps.  

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

     Malgré sa courte défaite Beto O’Rourke est populaire 

    Terminons par un mot pour rire, Denis Hof proxénète et patron de bordel a été élu à l'assemblée du Nevada alors qu'il était décédé depuis 3 semaines. Il va de soi que ce bonhomme était trumpiste ! http://www.leparisien.fr/international/elections-americaines-un-proxenete-pro-trump-elu-3-semaines-apres-sa-mort-07-11-2018-7937355.php 



    [1] https://news.gallup.com/poll/243971/trump-job-approval-improves.aspx

    [2] https://www.lemonde.fr/donald-trump/article/2018/11/02/trump-suggere-que-l-armee-peut-faire-feu-sur-les-migrants_5377740_4853715.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/international/2018/11/07/01003-20181107ARTFIG00399-donald-trump-pousse-jeff-sessions-a-la-demission.php

    [4] https://www.rtbf.be/info/dossier/chroniques-de-paul-krugman/detail_le-genie-tres-stable-de-l-obamacare-paul-krugman?id=9889581

    [5] https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0301109747393-joseph-stiglitz-trump-et-les-impots-2143007.php

    [6] http://www.shadowstats.com/alternate_data/unemployment-charts

    [7] https://www.vox.com/policy-and-politics/2017/7/5/15802616/bernie-sanders-2020

    [8] https://www.huffingtonpost.fr/2018/10/15/surnommee-fausse-pocahontas-par-trump-la-senatrice-elizabeth-warren-devoile-un-test-adn-pour-le-faire-taire_a_23561514/ Ce crétin de Trump la surnommait mesquinement Pocahontas.

    [9] https://www.lopinion.fr/edition/wsj/midterms-midwest-penche-desormais-cote-democrate-167862

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  •  L’élection de Bolsonaro, causes, conséquences et nature d’un nouveau président

    Le Brésil n’est pas sorti de ses tourments. Et ce n’est pas l’élection de Bolsonaro qui se situe à mi-chemin entre le comique troupier et le fasciste de base qui fera avancer les choses. Les conséquences de cette élection ne sont pas aussi simples à analyser. J’ai déjà dit combien à l’origine de la victoire du nouveau président il y avait une dégradation de l’économie dans ce pays depuis la crise de 2008[1]. Comme on le voit dans le graphique ci-dessous, après un rebond en 2010 dû aux mesures de relance qui ont été mises en place dans le monde entier, la situation s’est détériorée très rapidement. Avec la baisse très forte du cours du pétrole et du cours plus général des matières premières la balan ce commerciale a plongé dans le rouge. Ces difficultés ont entraîné une politique économique brouillonne de la part de Dilma Rousseff qui d’abord a tenté de relancer la machine par la dépense publique, puis s’est laissée gagnée par les sirènes de l’austérité sous la pression des marchés comme on dit et du FMI. Et chaque fois que la social-démocratie joue ce jeu au nom du réalisme, elle perd. La justice n’a pas aidé non plus, vu qu’elle est partie en guerre ouverte contre le Parti des Travailleurs en se laissant instrumentaliser. Certes il est vrai que les dirigeants de ce parti qui se voulait de gauche, se sont laissé corrompre très facilement par des canailles comme Albert Frère, mais ce n’est pas seulement cela qui a détourné les pauvres Brésiliens. Ils reprochent aussi à ce parti l’effondrement de la croissance, le chômage et bien sûr la montée concomitante de la violence, et un fort sentiment d’abandon. Si leur situation avait été bonne ou moins mauvaise, ils auraient probablement pardonné toutes les turpitudes politiciennes de ce parti. Si les Brésiliens ont voté pour un bonhomme comme Bolsonaro, c’est qu’ils espèrent, à tort ou à raison, qu’il les sortira de ce cercle infernal. L’an dernier, ce n’est pas moins de 64000 personnes qui ont été assassinées, faisant du Brésil un des pays les plus violents du monde[2]. On parle de 500 000 en dix ans. C’est beaucoup, le prix d’une véritable guerre civile. Cela signifie clairement qu’une partie de la population s’est frayé son chemin par la voie du crime et des armes, déclarant la guerre en quelque sorte au reste de la société.  

    L’élection de Bolsonaro, causes, conséquences et nature d’un nouveau président

    Taux de croissance du PIB au Brésil 

    Raciste Bolsonaro l’est certainement, il a même été condamné pour ses propos contre les Indiens, notamment parce qu’il disait qu’ils puent[3]. Il rêve en effet de piquer les dernières terres de ces malheureux autochtones, lui fils d’immigrés germano-italiens aculturé. Et c’est sans doute là le plus grave danger qui guette ce pays. Il pense qu’il y a des richesses inutilisées, et on sait que le modèle de développement du Brésil de ces dernières années est pour une large partie, déterminé par l’exportation des matières premières. Il considère que les Indiens ne sont pas capables d’exploiter ces réserves, et donc selon lui il vaut mieux privatiser ces derniers vestiges d’une civilisation en voie de disparition. Certes aux yeux de l’Occident, les Indiens peuvent être qualifiés de fainéants, mais ça ne nous regarde pas. Nous n’avons pas à juger une culture et une civilisation que nous ne comprenons pas. Beaucoup de Brésiliens ne semblent pas avoir pris conscience de qui était Bolsonaro. Mais on se souvient qu’il a été aussi pris et condamné dans des affaires de corruption par le passé. Ce n’est pas du tout le chevalier blanc. Faisant preuve d’une grande stupidité, il est également pour que les femmes aient un salaire inférieur aux hommes. C’est donc un vrai réactionnaire et un sale con. Mais mettra-t-il pour autant en route un programme fasciste ? Rien n’est moins sûr.

     L’élection de Bolsonaro, causes, conséquences et nature d’un nouveau président 

    Les journalistes aussi crétins que paresseux titrent sans plus s’interroger sur « la vague populiste » qui gagnerait le Brésil[4]. C’est laisser croire que ce qui explique la percée de Salvini et Marine Le Pen en Europe c’est la même chose que ce qui explique celle de Bolsonaro. Les deux phénomènes n’ont strictement rien à voir l’un avec l’autre, les mettre dans le même sac du populisme est une escroquerie intellectuelle qui laisserait entendre qu’il y aurait une sorte d’internationale nationaliste prête à prendre le contrôle du monde sous la férule de Donald Trump. La première différence c’est bien sûr que l’Italie et la France sont des pays développés et le Brésil un pays en voie de développement depuis… le début du XIXème siècle. C’est ce que remarquait Malthus par exemple qui, dans son Essai sur le principe de population [1798] dénonçait les structures féodales qui empêchaient le Brésil de mettre en œuvre ses richesses. Il y a un blocage de l’économie qui est toujours venu des grands propriétaires fonciers qui poussent dans le sens de l’exploitation des richesses naturelles au détriment du développement industriel. Le Brésil n’a pas surmonté la crise de 2008. Et c’est là la responsabilité véritable du Parti des Travailleurs qui n’a pas su réorienter son économie vers une autonomie plus large vis-à-vis des marchés internationaux. En faisant le pari de l’ouverture le Brésil s’est auto-détruit. Lula avait en effet développé un modèle un peu plus social et un peu plus égalitaire, mettant l’accent sur l’éducation et la santé, mais celui-ci était alimenté par la manne des exportations de matières premières et de pétrole. L’effondrement de son économie prouve qu’une nation doit d’abord s’émanciper de la dictature des marchés extérieurs et viser l’autosuffisance. C’est ce que rappelait fort justement Sapir en exhumant un texte fort intéressant de Keynes[5]. On connait ça depuis très longtemps : déjà les économistes mercantilistes avaient compris qu’en matière de commerce extérieur, il fallait acheter les matières premières et vendre les produits transformés, les produits du travail humain. Si on fait l’inverse, tôt ou tard on le paye. C’est ce qu’on appelle le Dutch disease[6], ce qui explique aussi pour partie pourquoi les pays pétroliers ne sortent pratiquement jamais du sous-développement, le cas des pays arabes peut servir d’exemple. On sait également depuis Friedrich List que si on se lance sur les marchés internationaux avant d’avoir développé sa propre industrie, on restera bloqué sur des segments inférieurs du marché mondial et qu’on restera dépendant des pays plus riches[7]. Lula n’a rien écouté et peut être rien compris. Quand le prix des matières premières s’est effondré, comme on le voit ci-dessous, la balance commerciale a plongé gravement dans le rouge. Cette déconfiture explique non seulement l’affaiblissement continu de la croissance et la montée du chômage, mais aussi le processus de déclassement de la classe moyenne qui a rejoint le vote de la classe aisée pour Bolsonaro.

     L’élection de Bolsonaro, causes, conséquences et nature d’un nouveau président 

    C’est là que concrètement se trouve la différence entre le vote pour Bolsonaro et le vote pour Marine Le Pen. Au Brésil les plus pauvres ont continués de voter pour Haddad, guère dupes de ce qu’est véritablement Bolsonaro. Au contraire, on voit qu’en France si la classe moyenne a voté massivement pour Macron, les pauvres se sont portés en plus grand nombre sur Marine Le Pen ou se sont abstenus. C’est ce qui rapproche d’ailleurs le vote pour Bolsonaro du vote pour Trump. Ce sont tout de même les plus riches qui ont voté à la fois pour Trump et pour Bolsonaro, avec en plus le fait que Trump a eu moins de voix que Clinton. Bolsonaro par contre a obtenu beaucoup plus de voix que Haddad, mais ceci étant, il est nettement coupé du vote populaire. Il est donc erroné de le présenter comme un populiste, c’est la grande différence d’avec Marine Le Pen et même Salvani. Du reste si on regarde les programmes de Marine Le Pen et Salvani d’un côté et de Bolsonaro et de Trump de l’autre, les premiers sont bien plus étatistes et moins libéraux que les seconds. Ils sont plus nationalistes aussi et veulent un Etat protecteur. Sans doute est-ce pour cela qu’il y a des passerelles importantes entre l’électorat de Mélenchon et celui de Marine Le Pen 

    L’élection de Bolsonaro, causes, conséquences et nature d’un nouveau président 

    Je ne suis pas le seul à avoir pointé des différences fortes entre Salvini et Marine Le Pen d’un côté et Trump et Bolsonaro de l’autre. Maria Emilia Alencar – Directrice de la rédaction brésilienne de RFI – signalait que Salvini et MLP s’en prennent régulièrement aux immigrants au nom de la défense de l’intégrité nationale[8]. On suppose que s’ils le pouvaient ils renverraient les migrants chez eux, et dans le même temps ils défendent une assistance des pauvres nationaux. Pour Alencar, Bolsonaro c’est exactement l’inverse, les ennemis ne viennent pas de l’extérieur, ce ne sont pas les étrangers, les Américains, ou les Chinois, mais au contraire les autochtones, les femmes, les noirs, les homosexuels, voire les journalistes qui le critiquent. Les ennemis sont à l’intérieur. En ce sens il est très proche de Trump qui lui aussi a déclaré la guerre aux Amérindiens pour faire passer le pipeline de ses amis du lobby pétrolier[9]. Cette volonté de lutter contre l’ennemi de l’intérieur rappelle évidemment les dictatures qui ont été à l’œuvre au Brésil, au Chili et en Argentine. Denis Collin a fait un peu les mêmes remarques que moi, insistant sur le fait que les électeurs de Salvini et de Marine Le Pen attendent que l’Etat joue un plus grand rôle dans la vie sociale et économique, tandis que Trump et Bolsonaro    au contraire dénonce l’intervention de l’Etat au nom du libéralisme économique[10]. Pour Bolsonaro l’Etat est d’abord répressif et ensuite il doit soulager les premiers de cordée de l’impôt, comme pour Macron, afin de faciliter l’investissement et l’esprit d’entreprise. Bien qu’il n’ait pas encore dit ce qu’il ferait de Petrobras, mais après tout Sarkozy avant son élection avait juré qu’il ne privatiserait jamais Gaz de France[11], il a avancé tout de même qu’il allait privatiser au maximum les biens de l’Etat. Cette alliance entre libéralisme économique et étatisme répressif est tout à fait dans la tradition de l’Amérique latine.

     L’élection de Bolsonaro, causes, conséquences et nature d’un nouveau président 

    Malgré tout cela il y a encore beaucoup d’incertitudes sur ce que fera ou ne fera pas Bolsonaro. Il n’a pas les pleins pouvoirs, et encore moins un parlement à sa botte. Et après tout le score d’Haddad n’est pas si déshonorant que cela, sachant qu’il a été propulsé en catastrophe sur le devant de la scène quand Lula a été emprisonné puis interdit de se présenter. Cela indique à tout le moins qu’une opposition peut rapidement se restructurer après cette cinglante défaite, à condition bien sûr qu’elle ait quelque chose à dire de sérieux. Mais la plupart des observateurs pensent que Bolsonaro n’aura pas les moyens de faire adopter ses projets les plus dangereux pour la démocratie[12]. Plusieurs de ses projets sulfureux demandent d’abord une réforme de la constitution, comme le port des armes. D’autres demandent que des lois soient votées. Or Bolsonaro ne peut pas compter sur le congrès où il ne dispose que de 20% des voix. Ce qui veut dire concrètement qu’il devra faire en sorte de passer des alliances compliquées pour faire aboutir ses projets, et qui dit alliances dit aussi renvoi d’ascenseur et prébendes. La bataille va être rapidement engagée aussi du côté de la Cour suprême qui est la garante de la constitution. Bolsonaro voudrait faire passer le nombre de ces juges de 11 à 21, pensant qu’ainsi il aurait les mains plus libres. Il pense y arriver avec l’aide de Sergio Moro, ce juge qui sous couvert de lutter contre la corruption s’est précipité pour empêcher Lula de se présenter en l’envoyant en prison sur des preuves relativement légères[13]. Celui-ci va devenir Ministre de la justice, mais ce stratagème est périlleux parce qu’on va voir ouvertement que quelles que soient les indélicatesses de Lula et Dilma Rousseff, qu’en réalité il travaillait en fait pour Bolsonaro[14].

    Il y a un autre élément qui est rarement pris en compte, c’est la division géographique du vote le Nordeste et le Nord, traditionnellement hostiles aux pouvoirs centralisateurs de l’Etat brésilien et en rébellion constante, sont très hostiles à Bolsonaro. On sait que ce dernier méprise ses régions comme des ramassis de personnes arriérées et fainéantes. Le Brésil c’est grand, et sa taille le rend difficile à contrôler. Une attitude trop agressive de Bolsonaro à l’endroit de ces populations déshéritées risquerait d’enclencher un processus de guerre civile, voire de sécession. Certes Bolsonaro veut en découdre et l’armée est derrière lui. Mais est-ce suffisant ? 

    L’élection de Bolsonaro, causes, conséquences et nature d’un nouveau président 

    La conclusion de tout cela est que la situation politique au Brésil est très instable et très incertaine. La seule chose qui est certaine est que ce résultat qui n’est pas surprenant, est également une forme de rejet de la mondialisation. Mais l’avenir du Brésil va pourtant dépendre de nombreux paramètres extérieurs. D’abord des élections étatsuniennes du 6 novembre prochain. Il est tout à fait possible que Trump et les Républicains perdent le Congrès, c’est du moins ce que semblent dire les derniers sondages[15], malgré les charcutages électoraux opérés par les Républicains[16]. Or après la défaite de Clinton et la percée inattendue de Sanders lors de la primaire démocrate, ce parti est en train de faire un virage à gauche tout en renouvelant ses cadres. Certes cette transformation est encore timide, mais bien réelle, il faut également qu’ils se distinguent clairement de Trump s’ils ne veulent pas disparaitre. Mais il y a une possibilité – faible mais bien réelle que le Sénat passe aussi chez les démocrates, ce qui serait le début de la fin pour Trump qui est visé aussi par une procédure d’impeachment. Evidemment si le Congrès est dominé par les démocrates, il est certain que les choses seront alors beaucoup moins faciles pour Bolsonaro. 



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/le-bresil-son-economie-et-le-fascisme-qui-vient-a148876010

    [2] http://www.rfi.fr/ameriques/20180812-bresil-criminalite-hausse-violence-feminicides-presidentielle-bolsonaro

    [3]  Globo, 3 otobre 2017.

    [4] http://www.leparisien.fr/politique/etats-unis-philippines-bresil-jusqu-ou-deferlera-la-vague-populiste-27-10-2018-7929324.php

    [5]  https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/keynes-et-le-protectionnisme-retour-sur-une-conversion-significative/1405935576203023/

    [6] Le terme dutch disease, en français syndrome hollandais, a été employé à propos des Pays bas qui s’étaient un peu laissés vivre en exploitant la manne pétrolière de la mer du Nord, et qui ensuite se sont retrouvés dans la difficulté une fois cette manne épuisée.

    [7] Friedrich List, Système national d’économie politique [1841], Gallimard, 1998.

    [8] https://www.youtube.com/watch?v=Hguf_3YQ3rY

    [9] https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/projet-d-oleoduc-trump-declare-la-guerre-aux-sioux-7787328816

    [10] http://la-sociale.viabloga.com/news/apres-la-victoire-de-bolsonaro

    [11] Derrière la privatisation de Gaz de France il y a encore Albert Frère qui était un des soutiens les plus importants de Sarkozy.

    [12] https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/10/30/bresil-quelles-sont-les-marges-de-man-uvres-de-bolsonaro_5376382_3222.html

    [13] https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/10/31/les-ambiguites-du-juge-anticorruption-sergio-moro-avec-l-extreme-droite_5377005_3222.html

    [14] https://fr.news.yahoo.com/br%C3%A9sil-le-juge-anticorruption-sergio-moro-sera-ministre-144927348.html

    [15] https://ig.ft.com/us-midterm-elections/

    [16] https://www.lemonde.fr/elections-americaines-mi-mandat-2018/article/2018/09/28/discricts-divises-sondages-favorables-les-democrates-croient-en-leur-vague-bleue_5361235_5353298.html et aussi http://www.lefigaro.fr/international/2018/10/25/01003-20181025ARTFIG00068-etats-unis-pourquoi-les-midterms-risquent-de-tout-changer-pour-donald-trump.php

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     Arnaud Parienty, Le mythe de la théorie du ruissellement, La découverte, 2018.

    La théorie du ruissellement c’est ce que nous vendent tous les jours sous un nom plus ou moins différent les hommes politiques de Macron à Trump. L’idée générale est que plus les riches sont riches et plus les pauvres en profitent ! On n’y avait pas pensé avant, mais c’est au fond très simple : pour éradiquer la pauvreté il suffit d’enrichir les riches ! Le petit livre d’Arnaud Parienty fait le point sur cette « théorie » qui n’en est pas une. Il en rappelle les racines lointaines, notamment en citant Smith, il aurait pu également citer Turgot que les libéraux aiment tant. La théorie du ruissellement qui consiste à défendre les « premiers de cordée » selon ce cuistre de Macron qui dans la foulée expliquait que les patrons souffraient bien plus que les salariés, et qui se présente lui-même comme le défenseur des plus martyrisés.

    La théorie du ruissellement est une forme régressive de la théorie de l’offre. Si dans sa forme ancienne elle était là pour expliquer que finalement les consommations des riches, notamment en produits de luxe, créaient finalement des emplois, dans sa forme moderne elle insiste sur l’épargne. Les riches épargnants par nature plus que les pauvres, en les favorisant on favorise l’investissement productif. Mais cette thèse comporte deux biais importants. D’abord si on oriente les investissements pour améliorer la productivité, et non les capacités de production, on éliminera du travail, sans gain en emplois, avec seulement des surprofits importants. Ensuite, il y a le fait que des profits élevés n’assurent pas forcément des investissements importants : c’est ce qu’on voit dans le graphique suivant, depuis le début des années quatre-vingts en France les profits se sont envolés mais l’investissement productif n’a pas suivi, essentiellement parce que la stagnation des salaires a contraint la demande. C’est probablement dans cet excès de profits qu’on a généré par les réformes dites de structures qu’il faut aussi chercher une des origines de la crise de 2008. Les superprofits vont se tourner naturellement vers la spéculation, avec les conséquences qu’on sait en ce qui concerne la formation d’une bulle qui tôt ou tard éclatera.

      Arnaud Parienty, Le mythe de la théorie du ruissellement, La découverte, 2018.

    Cette idée de ruissellement conduit Macron à prendre des mesures complètement erronées- du moins si on regarde du point de vue de l’intérêt général. Par exemple, il va détaxer les revenus des actions et compenser cette baisse en créant un impôt sur l’immobilier. Il suppose que les actions sont des investissements productifs. Il ne pense pas que la valeur des actions peut être artificielle si par exemple il y a pénurie d’occasion d’investir dans le capital productif, les surprofits vont se porter sur les actions, surtout si les impôts sont attractifs. Parienty fait litière de cette idée bancale. Il suppose fort justement que ce modèle du ruissellement n’a de sens que dans le cas d’une pénurie d’offre ou d’un excès de demande. L’efficacité d’une théorie de l’offre ou de la demande dépend avant tout de la répartition des revenus entre salaires et profits. Or la mondialisation ayant clairement écrasé les salaires, nous nous trouvons depuis dix ans au moins – depuis la crise – dans une situation clairement d’excès d’offre au niveau mondial.  

    Arnaud Parienty, Le mythe de la théorie du ruissellement, La découverte, 2018.

    Regardons le graphique ci-dessus, il représente l’évolution de la productivité et celle des salaires pour les Etats-Unis. Le schéma est à peu près le même dans les autres pays développés. Comme on le voit, durant les Trente glorieuse, les salaires progressent au même rythme – ou à peu près – que la productivité. Donc le partage de la valeur entre le capital et le travail reste le même. Après 1975, les salaires stagnent par rapport à l’évolution de cette même productivité. Cela veut dire que la demande ne peut plus suivre… sauf à crédit, sur la base d’un endettement croissant. Ce nouveau partage de la valeur explique bien des choses, notamment l’avènement d’une crise de surproduction en 2008, crise dont nous ne sommes pas encore sortis, et de manière concomitante l’explosion de l’endettement de l’Etat, des ménages et des entreprises.

    Il y a une autre erreur dans cette théorie de l’offre, peut-être encore plus grave, c’est que dans les sociétés modernes une grande partie de l’investissement productif, surtout dans les entreprises jeunes et innovante se fait sur la base du crédit et non sur la base de l’épargne accumulée des plus riches.

    Il peut y avoir trop d’argent en circulation, surtout pour les grandes entreprises du numériques qui sont pratiquement des monopoles. Voici ce qu’écrit Parienty :

    « Il est également possible que l’épargne supplémentaire des entreprises soit utilisée de manière improductive. Actuellement, de nombreuses grandes entreprises américaines, notamment les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), dégagent des profits considérables qui sont maintenus sous forme liquide faute de perspectives d’investissement suffisantes. À elles quatre, ces entreprises détenaient en 2017 450 milliards de dollars de liquidités, ce qui représente le quart du PIB de la France. »

    C’est de l’épargne oisive, clairement, mais elle veut être rémunérée sur la base de placements très liquides et spéculatifs. La masse de ces sommes laisse entendre aussi que ça n’est pas en augmentant les cadeaux aux riches que celle-ci se dirigera naturellement vers des investissements productifs créateurs de richesse et d’emplois.

    Un des points intéressants est justement de savoir si cette idée d’alléger les impôts des plus riches entraîne de la croissance supplémentaire. Parienty reprend les données américaines, qui sont résumées dans le tableau suivant, non seulement la baisse des impôts sur les plus hauts revenus n’accélère pas la croissance, mais elle la fait chuter ! On peut toujours arguer qu’il y a d’autres raisons à l’affaiblissement de la croissance, mais il semble bien que le fondement du ralentissement tienne d’abord et principale à la montée en puissance des inégalités, ces fameuses inégalités qui bloquent l’ascenseur social et plombe les classes moyennes. Il est en effet courant aujourd’hui de considérer que les inégalités enrayent complètement la croissance[1]. Des organismes internationaux pourtant très conservateurs comme le FMI[2] ou l’OCDE[3] ont fait le même constat, à l’opposé de la politique ultra-conservatrice de Macron et de son gouvernement.

      Arnaud Parienty, Le mythe de la théorie du ruissellement, La découverte, 2018.

    Parienty s’attaquera aussi à un dérivé de la théorie du ruissellement, la fameuse courbe de Laffer qui se base sur l’idée sommaire autant que stupide : « trop d’impôt tue l’impôt ». Cette courbe était destinée à justifier les baisses d’impôt pour les plus riches. Cela à l’apparence du bon sens. Mais ce ne l’est pas. En effet outre que cette fameuse courbe de Laffer que celui-ci avait dessinée sur une nappe de restaurant, servit à la propagande reaganienne pour l’élection d’un mauvais acteur de série B, en confondant volontairement taux moyen et taux marginal, elle oubliait deux choses fondamentales :

    – la première est qu’il est impossible de fixer le seuil maximum au-delà duquel l’impôt devient dissuasif. Est-ce 75% ? 80% ? Le maximum pour le taux marginal d’imposition a été atteint au début des années soixante : 91% aux Etats-Unis et 93% au Royaume Uni. Et l’économie ne s’en portait pas plus mal pour autant.

    – la seconde c’est que l’impôt sur le revenu n’est qu’une faible partie de l’impôt global. De partout ce sont les impôts indirects qui sont forcément régressifs avec le revenu qui ont augmenté pour compenser les baisses de recettes de la fiscalité directe. 

    Généralement on regarde la progressivité de l’impôt sur le revenu comme une manière de lutter contre les inégalités. C’est une justification valable du point de vue moral et politique. Mais il y a un autre effet qu’on oublie un peu les autres raisons : parmi celles-ci il y a que le marché sans l’Etat n’existe pas, et donc que pour fonctionner les entreprises ont besoin d’infrastructures, d’administrations et que cela peut s’apparenter à un facteur de production parce que ces effets externes positifs des services de l’Etat absorbent des coûts que l’entreprise ne paie. Il vient donc que forcément, plus on est riche et plus on a l’usage des services de l’Etat, mais aussi que vouloir réduire le poids dans l’économie risque de conduire à la récession économique, parce que les dépenses publiques, d’une manière ou d’une autre, augmentent la productivité globale des facteurs.  

    Arnaud Parienty, Le mythe de la théorie du ruissellement, La découverte, 2018.

    Dans le fil de son écriture Parienty cependant se laisse un peu aller, voulant faire preuve d’ouverture d’esprit il suppose que dans certains cas la baisse des impôts – ou plutôt de la pression fiscale – est une bonne chose. Voilà ce qu’il écrit : 

    « En effet, il y a un fond de vérité dans cette idée, car des taux d’imposition très élevés finissent forcément par nuire à l’activité économique en décourageant l’investissement, en poussant à la fraude et au travail clandestin, en détournant les capitaux du pays. Dans ce cas, une baisse des impôts et d’abord des taux les plus élevés a un effet positif. »

    C’est faux pour deux raisons la première c’est que si les recettes fiscales baissent, l’Etat va devoir baisser ses investissements. Et c’est justement ce que remarquait Piketty, dans les pays développés où se sont réalisées des baisses d’impôt, les investissements publics ne se font plus, or ils sont nécessaires non seulement aux plus pauvres, mais aussi à l’ensemble de l’économie[4]

    Arnaud Parienty, Le mythe de la théorie du ruissellement, La découverte, 2018.  

    Mais il y a aussi la fameuse loi de Wagner : les investissements publics ayant des rendements marginaux rapidement décroissants, il faut pour soutenir la croissance qu’ils progressent plus vite que le PIB ! Ce qui veut dire que la pression fiscale ne peut pas chuter, sauf à en finir avec l’idée de croissance elle-même. Cette fameuse loi de Wagner sur laquelle peu d’économistes ont réfléchi suffisamment, veut dire que la fiscalité ne s’analyse pas en soit, mais en regard des besoins de la société qui évoluent constamment. A mon sens la réflexion sur la fiscalité et sur la théorie de l’offre amène forcément à envisager la transformation d’un système social particulièrement injuste et instable et donc à se poser la question de la fin du capitalisme.

    Dernier point le livre d’Arnaud Parienty pose fort justement la question suivante : à quoi servent de telles théories qui sont non seulement démontées sur le plan analytique, mais qui sont aussi invalidées par les faits ? Poser la question, c’est y répondre, les économistes, pour la plupart, travaillent à l’idéologie parce qu’ils se sont rangés du côté de la bourgeoisie. C’était déjà le constat que faisait en son temps Walras qui voyait sa théorie de l’équilibre général récupérée par le blog bourgeois qui s’y abritait derrière pour faire ses petites affaires au détriment de l’intérêt commun. 

    Arnaud Parienty, Le mythe de la théorie du ruissellement, La découverte, 2018.

     

     



    [1] Joseph Stiglitz, Le prix de l’inégalité, LLL, 2012. 

    [2] Francesco GRIGOLI, « A new twist in the link between inequality and economic development », IMF Blog, 11 mai 2017.

    [3] Tous concernés, pourquoi moins d’inégalité profite à tous, OCDE, 2015

    [4] http://piketty.blog.lemonde.fr/2017/03/14/capital-public-capital-prive/

     

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  •  Note sur le blocus du 17 novembre

    La hausse du prix des carburant – environ 25% depuis que Macron est aux affaires – est une forme d’impôt qui énerve les Français surtout les plus modestes qui utilisent leur véhicule pour aller travailler. Cependant, on assiste à un étrange ballet. Alors que se prépare une manifestation destinée à bloquer le pays le 17 novembre, on voit la gauche tergiverser. On peut se demander pourquoi, en effet, un blocage sérieux du pays enfoncerait un peu plus Macron la tête sous l’eau et montrerait à quel point le pays en a assez de sa politique pourrie qui plombe le pouvoir d’achat des petites gens. Mais voilà le PCF et la France Insoumise n’ont pas pensé à lancer un tel mouvement, et donc ils ne veulent pas être dépassés sur leur gauche, d’autant que Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan eux ont sauté sur l’occasion. Il ne semble pas d’ailleurs que ce soit l’extrême droite qui ait lancé ce mouvement. Libération qui vient autant qu’il le peut à la rescousse de Macron a tenté de le faire croire, mais il n’a rien trouvé de sérieux qui le prouve[1]. C’est un mouvement qui est parti de la base comme on dit. Et toujours le même Libération a même trouvé des sections du NPA qui se sont retrouvés à promouvoir ce mouvement extrêmement populaire.

    La pétition qui a mis le feu aux poudres a été lancée par Priscilla Ludosky. A la vue de sa physionomie, il est difficile de croire qu’elle est une tenante de l’extrême droite et de la théorie du grand-remplacement[2]. C’est une travailleuse qui a lancé cette pétition en Seine-Maritime et qui a recueilli rapidement des centaines de milliers de signatures et continue d’en ramasser et s’achemine rapidement vers 500 000 signatures, ce qui sur le net est extrêmement élevé. 

    Note sur le blocus du 17 novembre 

    Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan, ainsi que quelques autres figures de la droite souverainiste, se sont évidemment précipités pour soutenir cette lame de fond. La gauche a fait la fine bouche et ne dit rien sur la question se contentant de sous-entendre que ce serait l’extrême-droite qui aurait lancé cette action, et donc qu’il est exclu d’y participer. Mélenchon englué dans ses affaires judiciaires ne dit rien, le PCF laisse entendre que cela nous détournerait de la lutte contre la réforme des retraites. Le plus probable est que ce mouvement qui vient de la base va échapper à une récupération politicienne d’où qu’elle vienne. Cependant le fait que Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan aient rapidement rejoint le mouvement montre qu’ils ont compris la leçon de Salvini. En Italie, je le rappelle, la gauche européiste et immigrationniste est tombée aux dernières élections à 3,4%. Et Salvini a le soutien des deux tiers des Italiens, pas seulement parce qu’il fait la chasse aux migrants, mais parce qu’il a développé un programme social et qu’il tient tête à Bruxelles, deux points sur lesquels la gauche a pêché. 

    Note sur le blocus du 17 novembre

     

    En refusant de se joindre au mouvement la gauche ferait deux erreurs majeures : d’abord elle affaiblirait la lutte contre Macron en éloignant l’électorat de MLP et de Mélenchon, or il est inconcevable que la gauche (la vraie, pas le PS) gouverne sans récupérer une partie de l’électorat du RN qui est loin d’être un simple ramassis de fachos. Ensuite, elle s’éloigne des formes spontanées de lutte sociale. Car n’en déplaise à Griveaux, ce n’est pas en plombant le pouvoir d’achat des Français qu’on lutte pour un meilleur environnement[3], mais en changeant de mode de production et de consommation : pour être cohérent, il faudrait plutôt viser à faire baisser le nombre de kilomètres que les salarias sont obligés de faire pour aller travailler. Le gouvernement a mis en place une prime à l’achat de la voiture électrique qui ne peut dépasser 10% du prix d’achat du véhicule[4]. Mais ces véhicules sont très chers, l’entrée en gamme est autour de 20 000 €, et pour une voiture confortable et performante, il faut compter 80 000 €. Ce n’est pas à la portée des travailleurs dont le salaire se trouve au niveau du SMIC ou un peu au-dessus. Ceux-ci achètent le plus souvent des voitures d’occasion, roulant au diesel, pour des valeurs comprises entre 2000 et 6000 €. On pourrait même dire que la prime à la voiture électrique est une nouvelle discrimination sociale. Les modèles développés par Tesla ne sont pas pour les pauvres. Je ne dis rien ici sur le fait qu’au bout du compte une voiture électrique pollue probablement autant qu’une voiture à essence, même Le monde s’en est rendu compte[5]. Ajoutons également que les plus pauvres préfèrent les voitures qui roulent au diesel parce qu’elles ont un coût d’entretien moins élevé. 

    Note sur le blocus du 17 novembre 

    On voit donc la manœuvre du gouvernement en augmentant le prix des carburants, il fait d’une pierre deux coups :

    - d’abord il fait rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat au moment où les cadeaux faits aux riches et aux entreprises ont creusé les déficits ;

    - ensuite, il aide les constructeurs à développer le marché de la voiture électrique, avec la bonne conscience de polluer moins[6]. Les constructeurs ont en effet besoin d’un nouveau marché pour faire de nouveaux bénéfices. En outre la production de véhicules électriques est très économique en emplois[7]. C’est donc encore une nouvelle concession au capital, puisqu’on sait assez bien maintenant que les véhicules électriques sont tout autant polluants que les autres – mais d’une autre manière cependant. 

    Note sur le blocus du 17 novembre 

    Toutes ces raisons font que la lutte contre la hausse du prix des carburants est d’abord une lutte sociale, elle n’appartient à aucun parti, et en outre elle dénonce ce mensonge qui consiste à laisser croire qu’on peut lutter contre la pollution seulement en manipulant des prix de marché et en faisant l’impasse sur les techniques de production et de localisation des activités. La gauche doit y participer si elle ne veut pas disparaître encore un peu plus de la scène politique, et si elle veut être au côté du peuple au lieu de jouer le jeu de Macron qui profitera de cette division. Ceux qui colportent l’idée qu’il s’agit d’une manifestation programmée par l’extrême-droite sont complètement hors du coup. Ils regarderont passer les manifestations comme les vaches regardent les trains, et ensuite ils s’étonneront que le peuple se tourne vers MLP. La prise de pouvoir par la Lega et M5S ne leur a rien appris.  L’effondrement des partis de gauche dans toute l’Europe non plus. Ils n’arrivent pas à s’habituer à porter la parole du peuple, ils veulent toujours l’éduquer. Aussi leur surprise est grande quand un mouvement se développe sans eux comme une lame de fond qui vient de loin. 

    Note sur le blocus du 17 novembre 

    Message idiot et sectaire de ceux qui voient des fachos de partout, même où il n’y en a pas

     Note sur le blocus du 17 novembre 

    Autre message se moquant de la gauche sectaire



    [1] https://www.liberation.fr/checknews/2018/10/26/hausse-du-prix-de-l-essence-qui-est-a-l-origine-du-mouvement-du-17-novembre_1688018

    [2] http://www.leparisien.fr/economie/consommation/sa-petition-contre-la-hausse-du-prix-des-carburants-a-deja-recueilli-136-000-signatures-24-10-2018-7927359.php

    [3] https://information.tv5monde.com/info/prix-du-diesel-quand-aime-nicolas-hulot-assume-une-fiscalite-comportementale-affirme-griveaux

    [4] https://www.linternaute.fr/auto/guide-pratique-auto/1408672-voiture-electrique-les-aides-a-l-achat/

    [5] https://www.lemonde.fr/economie/article/2015/10/23/emissions-de-co2-l-impasse-de-la-voiture-electrique_4795636_3234.html

    [6] https://o.nouvelobs.com/voiture-futur/20180314.OBS3618/comment-les-constructeurs-font-la-course-a-la-voiture-electrique.html

    [7] https://www.challenges.fr/automobile/actu-auto/automobile-la-voiture-electrique-entrainera-des-pertes-d-emplois-dans-la-construction-et-l-entretien_610533

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