• A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville

    Un débat important 

    Une pétition a été lancée en ce début de semaine contre la hausse des tarifs de stationnement en centre-ville, à l’adresse suivante https://www.mesopinions.com/petition/social/contre-hausse-tarifs-stationnement-ville/37886. Cette hausse est devenue extravagante et touche directement le porte-monnaie des plus démunis puisque ceux qui ont les moyens possèdent un garage où habitent à l’extérieur de la ville. Un certain nombre de militants dits de gauche ou écologistes ont développés des arguments tout à fait attendus pour refuser de signer cette pétition. Ces arguments bien connus, développés par Hervé Guerrera et Olivier Domenach, ils sont à courte vue et nous allons le montrer ici. C’est un débat important qui dépasse largement la question du prix du stationnement et qui interroge sur ce qu’on appelle la politique de la ville et l’aménagement urbain. Passons sur l’argument stupide selon lequel d’autres villes ont fait pire en la matière qu’Aix-en-Provence.

    Il y a d’abord le fait que l’automobile vampirise en effet l’espace et pollue énormément. C’est un fait et nous ne le nions pas.  Mais en supposant qu’en punissant les automobilistes on les dissuadera de s’en servir en surtaxant le stationnement est une idée inepte qui sort tout droit des manuels d’économie politique orthodoxes : on suppose qu’on peut réguler un système polluant en régulant les prix de marché.  C’est la même logique que la taxe carbone. Dans les deux cas on ne s’attaque pas aux causes du déplacement, mais à ses conséquences. La plupart de ceux qui soutiennent cette très mauvaise idée sont en même temps des soutiens de l’Union européenne, or s’il y a une évidence massive, c’est que la libre circulation des marchandises entre les Etats non seulement allonge les circuits, mais détruit l’espace environnant en imposant la construction de nouvelles infrastructures de transport et de stockage. En outre, c’est ignorer complètement l’usage multiple de l’automobile dans le monde moderne. L’automobile n’est plus un bien de luxe, mais à la fois un instrument de travail et un véhicule pour les loisirs en famille. C’est une idée typiquement libérale de s’attaquer à un problème en l’isolant de son contexte, et la contrepartie de cette idée, c’est la hausse des impôts indirects qui sont la plaie de la démocratie et un levier pour le développement des inégalités sociales. C’est exactement la même logique néo-libérale qui consiste pour éduquer les pauvres à leur surtaxer le prix du tabac[1]. Soit on éduque ceux qui fument pour qu’ils se prennent en charge et qu’ils diminuent ou qu’ils stoppent leur consommation, soit on les fait payer. On pourrait qualifier la première position de « position de gauche » puisqu’elle parie sur le dialogue et la prise de conscience, et la seconde de « position de droite » puisqu’elle suppose que le peuple ne comprend que la trique et la répression. Ajoutons un autre argument évident : en empêchant les automobilistes de traverser le centre-ville, on détourne les flux de circulation sur des axes de plus en plus encombrés et de plus en plus pollués. C’est le cas des boulevards périphériques d’Aix-en-Provence, mais aussi de l’avenue Henri Pontier, de l’avenue du docteur Aurientis, ou encore de la rue Gianotti. Ce détournement de flux, alimenté en permanence par les « visiteurs » rallonge la durée des déplacements et donc par suite augmente la pollution de la zone urbaine. 

    Paresse intellectuelle 

    Si la voiture pollue dans les villes, c’est principalement parce que les populations sont obligées de se déplacer pour leur travail. C’est d’abord l’aménagement urbain qui produit le zonage qui engendre ce besoin de mobilité. Et donc si on veut s’attaquer à la pollution automobile, il ne faut pas songer à accroître les moyens de cette mobilité en faisant semblant que le transport en commun est l’avenir, mais lutter contre les occasions d’accroître la mobilité. Il faut être très paresseux sur le plan intellectuel pour croire que la répression pécuniaire va faire baisser le trafic. Il serait bien plus utile d’interdire le développement des zones commerciales à l’extérieur des villes, d’interdire les hyper-marchés que d’accroître le prix du stationnement. Ajoutons que la hausse des tarifs de stationnement va favoriser au contraire l’utilisation de l’automobile parce que rester garé dans sa rue va devenir plus coûteux que de se déplacer.

    Hervé Guerrera, écologiste et membre du Parti Occitan, membre du conseil municipal aixois, nous dit qu’il est favorable à la hausse du prix du stationnement, mais en même temps il nous dit qu’il faut réserver les parkings du centre-ville aux résidents. N’est-ce pas contradictoire ? Et si ces parkings du centre-ville sont réservés aux résidents, à quel tarif ?

    Olivier Domenach, par ailleurs spécialiste des transports, écologiste de longue date, veut aller encore plus loin dans la répression pécuniaire et la persécution des automobilistes, diminuer toujours plus les places disponibles en centre-ville, ce qui oblige les résidents à chercher une place pendant de longues minutes et donc à faire tourner un peu plus le moteur, et il suppose qu’il faut encore augmenter le coût du stationnement ! En voilà une idée populaire tient ! Il avance également qu’il existe un tarif annuel pour les résidents de 360€. C’est parfaitement faux, ce tarif n’existe plus depuis le 1er janvier 2018. Il faut qu’il aille se renseigner comme je l’ai fait au parking Pasteur où les services compétents lui confirmeront cette disparition. Mais s’il ne s’est pas renseigné, c’est parce que cela ne l’intéresse pas, il possède une maison à l’extérieur de la ville.

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville 

    Distance parcourue en automobile par an en France (en milliards de kilomètres) – source Ministère des transports 

    Il continue encore en arguant de la production de CO2 pour justifier la répression des résidents ! Mais que je sache depuis qu’on surtaxe le stationnement des automobilistes cela n’a pas engendré une baisse satisfaisante de la circulation. En outre s’attaquer à l’automobile c’est ne pas comprendre que les systèmes de circulation sont imbriqués : par exemple la construction de zones commerciales à l’extérieur des villes suscite l’augmentation de la circulation des camions qui viennent de toute l’Europe au détriment des productions locales. Et c’est parce que ces zones commerciales existent que les populations ont besoin de l’automobile, non seulement pour y faire les achats, mais aussi pour y travailler. Il est donc erroné de s’attaquer spécifiquement au trafic automobile sans d’attaquer à la hausse du trafic par camions ou en bus. Il n’y a pas d’alternative sérieuse au développement du transport sans s’attaquer au zonage et à la division internationale du travail, donc sans modification en profondeur du mode de production et de consommation. Les fantaisies qui visent à punir les automobilistes non seulement sont injustes, mais en outre elles ne changent rien sur le fond. 

    Une affaire de démocratie 

    Dans les deux cas Guerrera et Domenach confondent allègrement le coût du stationnement pour les visiteurs qui viennent en centre-ville, et celui qui est réservé aux résidents. Mais en soutenant la         répression pécuniaire, non seulement ils ne s’attaquent pas aux causes de la pollution qui se trouvent dans la mobilité accrue présentée comme un progrès humain, mais ils font l’erreur grossière de s’exclure d’un processus démocratique. En effet la surtaxation du stationnement est anti-démocratique pour plusieurs raisons :

    - d’abord elle est décidée par les élus sous la pression des « expertises » des aménageurs urbains. On ne demande pas son avis au peuple, avis qui serait bien sûr négatif, ce qui s’ajoute à la longue liste des récriminations du peuple contre ses élus dont la « gouvernance » comme on dit est tout, sauf démocratique ;

    - ensuite, il est assez facile de comprendre que cette hausse participe d’une discrimination par l’argent. Comme tout impôt indirect qui n’est pas corrélé avec les revenus, il pénalise d’abord les pauvres et les chômeurs bien entendu ;

    - enfin la défense des zones piétonnes par Domenach qui n’a jamais habité en centre-ville, sauf quand il était jeune étudiant, est une catastrophe définitive. En effet c’est ainsi qu’on détruit les villes : c’est le cas à Aix où le centre-ville est devenu un centre commercial comme un autre, et d’où les habitants aux revenus modestes ont été chassés, ça s’anime que le samedi, et encore plus au moment des soldes, la marchandise à chasser les habitants de la ville. Mais c’est le cas aussi où les centres-villes des petites villes sont complètement morts, c’est le cas d’Avignon, où les belles voies piétonnes qui ont coûté des millions sur l’argent public sont bordées de magasins en lambeaux.

    On peut bien avoir des beaux tramways comme à Marseille, des belles voies piétonnes et accélérer en même temps la croissance d’une France sinistrée et doublement périphérique : d’une part parce que les villes petites et moyennes rejettent leurs forces vives à leur périphérie, et d’autre part parce qu’elles existent dans la périphérie des grandes métropoles.

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville 

    Centre-ville d’Avignon 

    A-t-on réduit la pollution dans les villes comme Avignon, Montélimar, Albi, ou Digne-les-Bains ? Non, on l’a même sans doute augmentée en la rejetant à la périphérie et en multipliant les occasions de se déplacer. Le développement des voies piétonnes à coup de millions d’euros est le plus souvent le cache-misère des politiques d’aménagement urbain qui homogénéisent les villes qui finissent par toutes se ressembler. Mais cette logique a un sens que ne voient pas Guerrera et Domenach : c’est l’apprentissage d’un dressage. Surveiller et punir, c’est la règle aujourd’hui. On surveille et on punit tout le monde : les chômeurs, les fumeurs, ceux qui conduisent sur les routes et qui se font prendre par un radar, ceux qui ne conduisent pas et qui garent leur voiture sur un emplacement payant. Soutenir comme le font Domenach et Guerrera la hausse du stationnement et la restriction de l’espace public à l’usage des automobilistes procède de cette démarche « néo-libérale » où la mécanique de la régulation est, en toute chose, l’argent : en augmentant les prix, on restreint la demande.  Il faut se rendre à l’évidence l’idée saugrenue de chasser l’automobile des villes, politique prônée depuis trente ans, est un échec total qui favorise la périurbanisation et ne permet pas de diminuer la pollution globale : au mieux on a chassé la pollution des centres-villes vers la périphérie. On commence d’ailleurs à envisager le retour de l’automobile en centre-ville[2] dans les villes qui sont particulièrement touchées par le phénomène de désertification, histoire de leur redonner un supplément d’âme.

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville  

    Centre-ville de Montélimar 

    Comme on le comprend, il n’y a pas de solution valable qui ne soit globale, les fantaisies municipales ne sont là que pour augmenter les rentrées fiscales sur le court terme, comme la hausse du prix des cigarettes. Le but étant de discipliner les citoyens, de les dresser à subir et à obéir, soutenir cette démarche antipopulaire c’est directement valider l’approche libérale et individualiste de la vie civile. Plus que jamais il me semble que cette pétition doit être massivement diffusée et signée.

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville 

    Albi, centre-ville 

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville

    Digne-les-bains

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/la-lutte-contre-le-tabagisme-une-affaire-de-bobos-a130699504

    [2] http://www.lagazettedescommunes.com/467474/le-retour-de-la-voiture-en-centre-ville-un-succes/

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