•  L’inquiétude domine la vie politique et sociale : les journalistes sont inquiets

    Il fut un temps, heureux bon vieux temps, où on reprochait aux journalistes de ne diffuser que des bonnes nouvelles et de minimiser les mauvaises. Ce n’est plus le cas. Les journalistes à défaut d’être capables d’analyser quoi que ce soit se montrent « inquiets ». Ils sont inquiets de tout, c’est leur état permanent maintenant. Mais s’ils s’inquiètent autant et quotidiennement, c’est d’abord parce qu’ils sont le reflet de l’incompétence des institutions. Parmi les institutions qui sont le plus inquiètes, il y à l’Union européenne. Celle-ci s’inquiète de ce qui se passe en Italie parce que le gouvernement Salvini-Conte-Di Maio n’en fait qu’à sa tête en ce qui concerne l’usage du budget, autrement dit elle est inquiète parce que les Italiens considèrent que les experts de la Commission européenne ne sont pas plus compétents que leur gouvernement. Mais Il y a une autre inquiétude. En effet, l’Italie n’écoutant pas, la Commission européenne est obligée d’ouvrir un dossier pour sanctionner cette attitude capricieuse. Cependant, elle découvre en même temps que de monter un dossier contre l’Italie, c’est long, difficile et en plus il se pourrait que l’Italie refuse de payer des sanctions. Il y a donc une double inquiétude, celle qui consiste à constater les écarts de l’Italie par rapport aux traités – elle désobéit – et l’inquiétude qui est mlanifestée nait de découvrir sa propre impuissance à agir.

    L’inquiétude domine la vie politique et sociale : les journalistes sont inquiets

    Sur le plan de la politique étrangère, donc pour ce qui concerne les en-dehors des limites de l’Union européenne, c’est la même inquiétude qui domine. L’Europe assiste à une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Ça l’inquiète, non seulement parce qu’elle est incapable de comprendre de quoi il s’agit – elle ne comprend pas que les nations se révoltent contre les traités de libre-échange parce que c’est mauvais – mais aussi parce qu’elle est impuissante. L’Union européenne a déjà perdu la guerre commerciale contre les Etats-Unis quand elle s’est révélée incapable de prendre des mesures de rétorsions contre les Etats-Unis en présentant un front uni, mais sans doute ce qu’il y a de plus inquiétant encore c’est qu’elle en est à compter les coups entre la Chine et les Etats-Unis. Elle constate son impuissance parce qu’elle est dépendante en amont comme en aval de ces deux marchés. Mais soyons juste, elle ne s’inquiète pas que pour le commerce. Elle s’inquiète aussi pour la possible guerre qui vient avec l’Iran. Depuis quelques mois les inquiétudes s’accumulent, ce sont les menaces des Etats-Unis, ou encore le fait que l’Iran arraisonne des pétroliers qui ne lui plaisent pas dans le Golfe afin de démontrer que ce pays a une armée performante[1]. C’est inquiétant parce dans une partie de billard à trois bandes, les Etats-Unis menacent l’Iran du feu nucléaire, mais les Iraniens menacent à leur tour, si les Etats-Unis les attaquent, de détruire Israël[2].

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    Parmi les personnages politiques qui inquiètent, là on en a toute une galerie, Trump, Boris Johnson, mais aussi depuis plusieurs mois on s’inquiète de Macron et de son comportement. Il n’inquiète pas seulement les gilets jaunes qu’il fait tabasser et éborgner, déférer devant ses tribunaux d’exceptions. Il inquiète les journalistes qui se posent des questions sur sa santé. Bien entendu on parle de sa santé physique, il perd des forces. Mais ce qui inquiète le plus c’est qu’un homme fatigué et seul n’a peut-être plus la lucidité nécessaire de gouverner le pays. On l’avait vu en effet, le teint grisâtre, amaigri, bafouillant au mois de décembre quand il essayait de reprendre la situation en mains. C’est une manière détournée de donner raison aux gilets jaunes qui depuis des mois réclament sa démission. Car Macron n’inquiète pas seulement les Français qui commencent à comprendre qu’ils ont mis – enfin pour ceux qui ont malencontreusement voté pour lui- un psychopathe à la tête de l’Etat – il y a aussi les Allemands qui sont inquiets. Leur motif d’inquiétude est comme à l’ordinaire depuis au moins la Guerre de Trente ans, la puissance militaire de la France. On aurait pu croire que la signature tout à leur avantage du Traité d’Aix-la-Chapelle les aurait rassurés[3]. Ils sont inquiets parce que la Franc e poursuit seule un programme d’armement spatial, sans demander l’autorisation à l’Europe et donc à l’Allemagne. Que craignent-ils, que Macron poursuive sa « politique de la brute » au-delà du Rhin ? Ce qui les inquiète c’est d’abord semble-t-il que ces dépenses éloignent leur vieux rêve d’une défense européenne que l’Allemagne dominerait bien entendu. L’Europe étant la paix, comme on dit dans les cercles progressistes, il est pourtant inconcevable que soit réactivé un conflit militaire avec l’Allemagne. Mais alors pourquoi s’inquiéter ?  

    L’inquiétude domine la vie politique et sociale : les journalistes sont inquiets

    Evidemment, histoire d’ajouter de l’inquiétude à l’inquiétude, on ressort le vieux serpent de la dette publique. Dans le rôle de l’inquiète de profession s’est positionnée Christine Lagarde. Elle nous transmet doublement son inquiétude à la fois parce que la dette est, dans l’imaginaire courant, une sorte de monstre qui hante nos nuits et l’avenir de nos enfants depuis au moins trente années, mais aussi parce qu’elle annonce qu’il va falloir retourner encore et encore à la case austérité. Cette ineffable porte-voix du grand capital financier oublie pourtant de dire que c’est à l’époque où elle était ministre de l’économie du gouvernement Fillon que la dette publique a le plus augmenté[4]. Mais ce qui est sans doute le plus inquiétant, c’est que ce que promet cette « inquiète » c’est une purge à la manière de celle que subit la Grèce depuis 2011 pour le monde entier. Que ce soit avec la droite ou avec la gauche façon Tsípras, les mesures qui ont été prises n’ont jamais relevé la situation, ni en ce qui concerne une diminution de la dette, ni un redémarrage de la croissance et encore moins une baisse du chômage, Par contre Tsípras ou pas, austérité ou pas, les services publics ont été démantelés et les retraites sont devenues étiques. Cette fois Christine Lagarde que tout un chacun s’accorde à reconnaitre comme très incompétente – son passage au ministère de l’économie a aggravé la situation, mais au FMI elle a été partie prenante de la mise à mort de la Grèce – parle en tant que présidente de la BCE, une des institutions les plus puissantes de l’Union européenne. Mais Christine Lagarde, si elle ne fait que répéter le mantra libéral : déréglementer, baisser les dépenses publiques et les salaires, est aussi une grande spécialiste de l’inquiétude. Inquiète de la montée des populismes – on remarque que maintenant les populismes sont plusieurs – elle proposait pour les combattre encore plus de mondialisation, plus d’ouverture ! mais la politique, ce n’est pas son truc, son obsession c’est la dette. Elle s’inquiète pour toutes les dettes possibles et imaginables, elle s’inquiète pour la dette de la Chine, pour la dette des pays arabes, pour celles des pays d’Afrique, sans nous donner pour autant des solutions qui seraient autres que la baisse des dépenses publiques et de la qualité des services publics qu’elles financent[5]. C’est plus de l’inquiétude, ça en devient de la maniaquerie. Mais dans son analyse qui frise la stupidité et qui est supportée par l’ignorance, elle oublie deux éléments décisifs : sans endettement le capitalisme n’existe pas, c’est ce que démontrait Joseph Schumpeter : l’innovation exige un excédent de monnaie, que ce soit par la dette ou par l’inflation. Mais Lagarde si elle ne s’est guère inquiétée des suicides en Grèce, de l’appauvrissement de la population, ni même du réchauffement climatique, sans parler de l’épuisement des ressources naturelles, elle est très inquiète par rapport à cette abstraction qu’est la dette publique qui telle la fonte des glaces grimpent menace de nous submerger. Les journalistes comprennent cette inquiétude et nous la font partager. Dans un autre registre, militante de la mondialisation financière, elle s’inquiète des « populismes ». C’est d’autant plus inquiétant que le mot est maintenant employé au pluriel : le populisme, c’est comme la dette, ça s’étend et ça se multiplie malgré toutes les bonnes politiques que le FMI, l’OMC ou l’Union européenne développent pour le bien commun. On se demande bien pourquoi. A croire que les populistes sont ceux qui entravent sciemment la marche en avant du progrès  

    L’inquiétude domine la vie politique et sociale : les journalistes sont inquiets

    Evidemment si Lagarde ne s’inquiète guère du réchauffement climatique, d’autres le font pour elle. C’est le petit travail de Greta Thunberg. Celle-ci nous a expliqué, des fois qu’on serait un peu con, que le rapport du GIEC est très inquiétant, elle est peut-être autiste, mais elle est capable d’en réciter des pleines pages, comme autrefois on citait la Bible, qui, on le sait est aussi un autre livre inquiétant et fait pour cela puisqu’il nous incite à craindre quelque chose qu’on n’a jamais vu, Dieu. L’inquiétude de Greta Thunberg est d’autant plus inquiétante que les politiciens ne font strictement rien pour enrayer un peu le réchauffement climatique. En grande prêtresse de l’Apocalypse, elle nous promet l’enfer. D’ailleurs l’enfer c’est maintenant : la Sibérie brûle, les Russes sont naturellement les premiers punis, mais ça brûle aussi ailleurs. Et pire encore Greta Thunberg qui est sûrement une Cassandre, nous inquiète parce qu’elle-même ne sait pas ce qu’il faudrait faire. Peut-être que la bonne thérapie pour faire diminuer notre inquiétude serait de mieux trier notre poubelle, ou d’éteindre notre ordinateur, ou même, soyons fous, ne nous laver plus qu’une fois par semaine. Ces actions grandioses nous restitueraient l’estime de soi et tout de suite nous serions un peu moins inquiets. Greta Thunberg a réussi l’impensable, ôter toute insouciance aux écoliers à qui elle a intimé l’ordre de s’inquiéter en faisant l’école buissonnière.  Je suis inquiet cependant qu’on me comprenne mal, car je ne nie pas le fait que le réchauffement climatique existe, et j’ai même des idées sur ce qu’il faudrait faire urgemment : changer de système économique et oublier la marchandise et le profit. Je ne développerais pas cet aspect des choses ici, parce que mon sujet du jour c’est l’inquiétude.

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    Le Brexit inquiète aussi, évidemment, même si on ne sait pas trop pourquoi – c’est d’ailleurs ça qui inquiète le plus, ne pas savoir pourquoi on s’inquiète. Ça fait trois ans qu’on nous prédit purement et simplement l’effondrement du Royaume Uni. Mais le Brexit va toucher un certain nombre d’activités. Ainsi, on apprend que les pêcheurs bretons sont moins inquiets du fait qu’il n’y ait plus de poissons dans la mer et les océans, que du fait qu’il leur sera plus difficile d’aller pêcher ce qu’il reste dans les fonds marins au large de l’Angleterre. Et pourtant, au risque de nous inquiéter, le gouvernement nous aura prévenu : si rien n’est fait en 2050, il y aura bien plus de pastique que de poissons dans les océans[6]. Mais cela n’empêche pas que le gouvernement de Macron-Philippe ne fait strictement rien pour changer cette évolution. Il préfère discuter des conséquences forcément négatives du Brexit sur la croissance et l’emploi, et sans doute que les pêcheurs se prépare à négocier une aide substantielle pour compenser les malheurs économiques engendré par des ennemis du monde sans frontière, des ennemis du progrès.

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    Le Brexit inquiète particulièrement l’Irlande. C’est très curieux parce que les Irlandais ont été à la fois envahis et génocidés par les Anglais, et donc on pourrait se dire qu’ils les craignent et qu’une frontière les protégerait mieux que cinquante mille discours et préserverait leur identité d’irlandais dont ils sont si fiers par ailleurs. Si on suit bien le raisonnement, c’est le retour d’une frontière qui serait inquiétant. C’est que le discours mondialiste dominant nous a appris que la frontière menait au nationalisme et que le nationalisme c’était forcément la guerre. Evidemment, les frontières ce n’est pas bon pour le commerce qui est regardé comme une chose bonne en soi et pour soi. Ce qui est inquiétant dans ce discours, c’est qu’on suppose sans le dire qu’un monde sans frontière est possible, sans même comprendre pourquoi l’histoire a toujours été marquée par la mise en place de frontières : parfois pour protéger l’agriculture, parfois pour protéger la culture d’une nation, généralement pour être moins inquiets des intentions prédatrices de nos voisins. Et donc bien sûr si le Brexit aboutit finalement, il est assez clair que cela ralentira le commerce entre le Royaume Uni et l’Union européenne, et peut-être même entre l’Irlande et le Royaume Uni. Mais ralentir le commerce alors que nous sommes dans une position qui devrait, selon Greta Thunberg, nous conduire à la décroissance, est-ce une mauvaise chose ?

     L’inquiétude domine la vie politique et sociale : les journalistes sont inquiets

    Le gouvernement français est très inquiet et le claironne, parce que le monde agricole lui est ouvertement hostile. Les élus LREM qui ont voté le CETA sont inquiets de devoir raser les murs, de voir leurs permanences attaquées à coups de tomates ou murées. Mais qu’est-ce que cette inquiétude ? Une prise de conscience d’avoir fait un mauvais coup en votant un accord de libre-échange complétement pourri ? Cette inquiétude est partagée par les journalistes du Monde qui ont enfin compris que ce qui était en question à travers la contre-révolution macronienne, c’était tout simplement l’existence d’une paysannerie française appuyée sur des petits producteurs relativement nombreux. Mais si le gouvernement est inquiet c’est qu’en réalité, en appliquant bêtement les directives européennes qui imposent le CETA et qui démantèlent la    PAC, il n’a pas de plan B. Cette question va servir de ciment pour les luttes de la rentrée. Les paysans sont plus que furieux parce que déjà ils n’arrivent pas à vendre correctement les animaux qu’ils élèvent, mais les consommateurs ne sont pas contents non plus parce qu’on leur impose d’une manière indirecte, par le biais des prix bas de « bouffer de la merde ».

    L’inquiétude domine la vie politique et sociale : les journalistes sont inquiets

    La conclusion de tout cela est que l’inquiétude ça ne fait pas une politique, bien au contraire. Car si la peur n’évite pas le danger, ressasser son angoisse à longueur de colonnes ça tétanise et semble signifier qu’il n’y a pas d’issue. La rhétorique de l’inquiétude est une forme de politique par défaut qui ne dit pas son nom.

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  • Incompétence macronienne 

    La voyante Corinne Vignon n’a rien vu venir de la bronca qu’elle a déchaînée sur les réseaux sociaux 

    Dans tous les domaines les macroniens, du président, jusqu’au dernier clampin de cette canaille, font preuve d’un niveau d’incompétence très rare qui va bien au-delà de la politique suivie. Ils sont dans l’incapacité de la défendre – sans doute parce qu’ils ne la connaissent pas. Prenons le cas de la voyante Corinne Vignon. Certainement que si elle cumule les métiers de voyante et de député c’est qu’elle a au moins une qualité, celle d’embrouiller ses interlocuteurs. Mais comme pour Macron, le bagout de gourou ne suffit pas toujours, tôt ou tard le masque se déchire. Voilà donc l’impayable Corinne Vignon, élue par hasard et par défaut, qui est membre de la commission des affaires sociales. C’est important, n’est-ce pas, et à ce titre elle est chargée de défendre les choix gouvernementaux en matière de réforme des retraites. Or lorsqu’on l’interviewe, elle ne sait absolument pas ce qu’elle dit[1]. On ne peut pas dire qu’on soit pour ou contre, elle balance des phrases sans queue ni tête, avec un sourire imbécile de façade. Elle expliquera par la suite qu’elle avait pris un coup de chaleur, et que c’est donc pour ça qu’elle a bafouillé[2]. Un mensonge après l’autre, les macroniens ne sont pas à ça près. Evidemment elle ne connait pas le dossier, elle n’assure que le service après-vente, et plutôt mal. Cet épisode est intéressant non parce que cette cruche présente un quelconque intérêt dans le bien comme dans le mal, mais parce qu’il illustre que nous sommes gouvernés par des imbéciles et des ignorants. Or la plupart de ceux qui refusent le développement de la démocratie directe, le font au motif que les élus, politiciens de profession, auraient des compétences que le commun n’aurait pas[3]. Corinne Vignon démontre le contraire, il est difficile d’être plus nulle qu’elle ! Elle ne connait rien aux lois qu’elle défend et qu’elle vote. 

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     Le sinistre Le Gendre expliquant que le CETA est bon pour l’écologie 

    Et revoilà l’autre tête à claques de Gilles Le Gendre, le trop intelligent et trop subtil chef de troupeau des députés LREM. Clown en chef, voilà cet antipathique qui, après avoir blanchi expressément de Rugy de ses turpitudes, vient nous expliquer que le CETA c’est excellent pour le climat ! On se demande s’il est vraiment idiot où s’il dit n’importe quoi pour passer le temps[4]. Il suppose donc qu’en rallongeant les circuits de distribution, cela améliore le bilan carbone de l’économie. Dans cette même interview, il va même jusqu’à avancer que le CETA est « hyper-régulé » – c’est le terme qu’il emploie – et donc que tout est sous contrôle. Le mensonge est grossier tout le monde s’accorde en effet pour dénoncer le déséquilibre entre les contraintes qui pèsent sur les éleveurs français et les éleveurs canadiens. Le monde parle pudiquement du fait que le gouvernement se serait trompé en oubliant par exemple que les bovins canadiens peuvent être nourris avec des farines animales[5] ! Le CETA est en réalité un accord qui sacrifie l’agriculture française sur l’autel des profits des multinationales qui veulent vendre un peu plus au Canada.  

    Incompétence macronienne

    Ces mensonges ne passent pas. En effet le CETA a été voté le même jour où on invitait Greta Thunberg à blablater sur l’effondrement de la vie humaine à la surface de la terre. C’est le en même temps macronien : d’un côté on dit qu’on va faire qu’il faudrait faire quelque chose pour le climat, pour protéger l’environnement, et de l’autre on agit exactement à l’inverse. Ce n’est pas pour rien que l’inutile François de Rugy avait été choisi comme ministre de l’écologie. Il n’était pas là pour agir – d’ailleurs même Le monde est incapable de trouver ce qu’il aurait fait à ce ministère durant le temps qu’il y a passé[6] – mais seulement pour la galerie pour montrer que Macron se soucie de l’environnement. Le plan de carrière de de Rugy était assez malin d’ailleurs : sachant que tout gouvernement qu’il soit de droite, de gauche ou d’extrême centre, a besoin d’un écologiste certifié, il savait que l’opportunité viendrait bien un jour. Et c’est ce qui s’est arrivé, le médiocre est devenu tour à tour président de l’Assemblée nationale, ce qui lui a permis de goûter du homard et du château d’Yquem, et ministre de l’écologie. Le maximum d’imbécilité de ce petit politicard a été atteint : il prenait le train pour la galerie, et en même temps son chauffeur faisait le même trajet pour le récupérer à l’arrivée. On ne croit pas que de telles choses existent, et pourtant[7].  

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    Bref les Français en ont un peu marre de ces imbéciles qui ne prennent même plus de précaution pour taper dans la caisse et se vendre au plus offrant. Du coup il y a une révolte en route contre les députés LREM qui ont voté le CETA. Les gilets jaunes avaient déjà mis la pression sur la canaille macronienne, mais il semble que les paysans sont très déterminés à leur pourrir la vie. Ce vote a été vécu comme un affront par les agriculteurs. Ils ont donc commencé à faire circuler les noms des 265 députés ayant voté pour la ratification de ce traité pourri[8]. On en a rajouté en dénonçant 123 députés macroniens qui ont invité Greta Thunberg, mais voté le CETA[9] Cela se traduit par des attaques directes contre les permanences de ces députés. Ici on déverse du fumier, là on mure l’entrée. Ils doivent maintenant raser les murs, c’est le cas de le dire. Cet épisode de la ratification du CETA va laisser des traces, et pas seulement parce que la majorité des Français est opposée à ce traité. Il dans cette guerre sociale dénote le replie macronien sur une base sociologique de plus en plus étriquée, mais aussi l’incompétence de son personnel politique. Macron disait il y a quelques jours que les députés allaient partir en vacances « la peur au ventre »[10]. Pour une fois il a raison d’avoir peur. Cette remarque est hallucinante par ce qu’elle révèle du divorce entre le peuple et ceux qui prétendent le diriger. Les contentieux entre le peuple et la Macronie sont en train de s’accumuler à grande vitesse : après les gilets jaunes, les urgentistes, les enseignants, voilà maintenant les paysans qui vont entrer dans la danse. Il est assez facile de prévoir que la rentrée sera chaude. Mais plus encore, on voit ce qu’on ne voyait pas avant : les élus sont pris directement et physiquement à partie. C’est le signe d’une exaspération. L’idée stupide de Macron était d’entreprendre toutes les « réformes » contre les travailleurs et contre la nation, en même temps, supposant que les Français n’auraient pas la force de résister à toutes, d’autant que la passivité des syndicats et de l’opposition est en train de devenir légendaire. Mais justement le fait qu’il n’y ait plus d’opposition partisane, ni syndicale, en face de l’appareil de destruction massive de la politique macronienne, est paradoxalement en train de devenir un avantage. C’est ce qu’ont démontré les gilets jaunes depuis l’automne dernier. Dans cette guerre sociale qui annonce de nouvelles reculades pour Macron, toutes les oppositions vont pouvoir s’allier sans forcément brandir une bannière syndicale ou partisane. Et c’est bien là que résulte le plus grand danger pour Macron. Sur pratiquement tous les sujets des « contre-réformes » macronienne le pouvoir en place est très minoritaire, il ne représente plus que l’intérêt des classes très riches et des multinationales. Mais soyons juste, grâce à Macron, l’idée d’une sortie de l’Union européenne va sans aucun doute progresser, surtout si Boris Johnson arrive à mettre en œuvre le Brexit.

      Incompétence macronienne



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  •  Actes XXXVIII, les gilets sont la seule opposition sérieuse à Macron

    On commence à se rendre compte que même s’il y a bien moins de monde mobilisé, les gilets jaunes sont toujours là, y compris sur les ronds-points et aux péages. Ce qui veut dire qu’ils se positionnent dans une guerre d’usure qu’ils savent longue[1]. Il y a donc clairement une évolution de la stratégie des gilets jaunes qui sont les seuls à faire le lien entre toutes les misères qu’imposent Macron et son gouvernement. Ce faisant ils font d’une pierre deux coups, ils maintiennent la pression sur Macron dont la cote de popularité ne remonte pas comme nous l’avons montré[2], et ils ringardisent les formes passées de la politique, que ce soient les partis ou les syndicats, ils montrent qu’ils sont incapables d’attaquer de front l’ensemble de la politique macronienne. Et si les gilets jaunes ne sont toujours pas en vacances, les bureaucrates des partis et des syndicats le sont bien, et depuis longtemps. Ils peinent à imaginer qu’à la rentrée il va bien falloir qu’ils fassent quelque chose pour montrer qu’ils existent. Ce samedi 3 aout était marqué par l’indignation qui a finalement saisi la population française en ce qui concerne le comportement de la police. Même Castaner, plus très loin de la sortie, a reconnu que le comportement des forces de l’ordre posait un problème, et que le rapport plus que controversé de l’IGPN – la machine à laver de la police – ne résolvait pas la question[3]. Il a fallu la mort de Steve pour qu’enfin l’unanimité se fasse sur ce problème. Jusqu’ici les médias étaient arrivés à minimiser l’étendue de la répression des gilets jaunes qui subissent depuis des mois la haine des forces de l’ordre transformées en milice. 

    Actes XXXVIII, les gilets sont la seule opposition sérieuse à Macron   

    A Nantes le divorce entre les populations et la police est consommé 

    Cette journée était classée noire par Bison futé pour cause de chassé-croisé entre les juilletistes et les aoutiens. Cela a permis aux préfets de prendre des arrêtés pour interdire – interdire est la manière macronienne de faire de la politique – les manifestations aux péages autoroutiers. C’est qu’en effet, une opération péages gratuits sur des autoroutes bondées, ferait perdre un maximum d’argent à la canaille qui rackette le peuple avec l’assentiment des politiciens. Ces derniers temps on s’est souvenu que les profits que les sociétés autoroutières insatiables avaient faits sur le dos des Français étaient plus qu’exagérés. 9 Français sur dix trouvent ces profits extravagants[4]. Et leur marge a encore augmenté cette année. Mais répétons-le, cette situation ubuesque qui plombe les finances de l’Etat, ne pourrait pas exister sans la corruption des politiciens. De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une renationalisation de ce bien public y compris, c’est un comble, chez certains députés[5]. Les gendarmes ont dû intervenir plusieurs fois dans le Rhône pour empêcher la gratuité des péages[6]. 

    Actes XXXVIII, les gilets sont la seule opposition sérieuse à Macron

    A Montpellier les gilets jaunes ont défilé contre la répression policière 

    A Nantes où les manifestants étaient plusieurs milliers, la police n’a pas failli à sa réputation, elle a rapidement déclenché les hostilités. A Perpignan également où la permanence du député macronien avait été saccagée, une foule importante a crié son hostilité à la police qui commence à faire l’unanimité contre elle depuis quelques semaines. Car si jusqu’ici on pouvait penser que la police usait de violence seulement envers des gilets jaunes violents, cette idée est dépassée. Ce qui est en cause c’est le régime dictatorial de Macron, mais aussi la veulerie de la police qui se contente – à quelques exceptions près – à renvoyer la balle du côté de Castaner. On aurait tort de dissocier les manifestations pour Steve ou les attaques des permanences des députés LREM, du mouvement des gilets jaunes. La preuve ? A Lyon les gilets jaunes ont attaqué la permanence de Thomas Rudigoz à coups d’œufs et de tomates. Le but est de montrer clairement qu’aujourd’hui les députés sont sous surveillance, qu’on n’a pas confiance en eux, qu’ils n’ont plus le droit à la tranquillité pour faire leurs petites affaires en douce. D’une manière ou d’une autre on voit que Macron et sa bande ont l’art et la manière de susciter des manifestations à n’en plus finir tous les samedis. Car s’ils ne nous laissent aucun repos avec leurs réformes de structures à jet continu, et bien nous non plus nous ne les laissons pas prendre des vacances. 

    Actes XXXVIII, les gilets sont la seule opposition sérieuse à Macron

    A Nantes la manifestation pour Steve a rapidement dégénéré 

    Donc même si le mouvement des gilets jaunes est un peu en sommeil, il est toujours vivant. Tout le monde se prépare pour le mois de septembre pour pousser au cul les syndicats sur la réforme des retraites. C’est un enjeu capital. On fait remarquer qu’ils ont laissé passer la réforme des allocations chômage sans broncher, mais pour la réforme des retraites, c’est différent, on ne les laissera pas nous endormir. 

    Actes XXXVIII, les gilets sont la seule opposition sérieuse à Macron

    A Lyon une permanence LREM a été attaquée

    A Paris, les médias ont fait l'impasse sur cette mobilisation, c’était pourtant la plus grosse manifestation de gilets jaunes depuis des mois. Ils étaient plusieurs milliers à manifester contre la violence de la répression policière, ce qui est tout de même inédit en plein mois d’août. ce rebond un peu surprenant laissant bien entendre que les gilets jaunes vont être encore plus présents à la rentrée et qu'ils ne lâchent rien. 

     Actes XXXVIII, les gilets sont la seule opposition sérieuse à Macron   

    A Paris ils étaient plusieurs milliers

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  • La cote de popularité de Macron et de Philippe est très basse et le restera 

    Il y a quelques jours un sondage farfelu nous donnait une remontée de Macron à 41% d’opinion positive ! C’est l’institut de sondage Harris qui sortait cette blague, de quoi discréditer toute la profession des sondeurs[1] ! On sait que les sondeurs manipulent souvent leurs données, avec par exemple des fameux redressements qui se font un peu à la tête du client. Mais mentir comme cela c’est un peu inédit. Je me demande qui sont les clients de cette agence qui lui font confiance, autant aller voir un Marabout. Le surlendemain, un sondage un peu plus sérieux donnait Macron en baisse, ce qui est assez logique dans le contexte de ratification du CETA et des attaques ciblées contre les députés macroniens, mais aussi du scandale de la disparition de Steve et des mensonges honteux sur cette disparition. Ce sondage, signé Elabe, était publié dans le journal de Bernard Arnault, Les Echos, une boutique peu suspecte d'antimacronisme primaire. Je fais remarquer qu’entre le sondage Harris et le sondage Elabe, il y a tout de même 13 points de pourcentage d’écart, ce qui est extravagant ! Si je regarde la tendance longue de la popularité de Macron – on peut mettre le lobbyiste Philippe dans le même sac – je me rends compte, que mois après mois, l’exécutif reste scotché aux alentours de 70% de Français contre. La presse avait claironné un peu partout que le second acte du quinquennat Macron serait à la fois social et écologique. Il semble que seuls les journalistes ont cru à cette blague. Pour ce qui est de l’écologie, les Français restent 70% à ne pas faire confiance à l’exécutif. Seuls 22% jugent qu’ils font bien. Ces 22% sont le socle macronien, ceux qui ne l’abandonneront jamais, même s’il brûle leur maison et mange leurs enfants. On voit que le cinéma fait avec Greta Thunberg n’a pas convaincu l’opinion et a été compris pour ce qu’il est, une manœuvre de diversion maladroite.

    La cote de popularité de Macron et de Philippe est très basse et le restera

    Evidemment avec l’effritement du mouvement des gilets jaunes, Macron et Philippe pensaient pouvoir reprendre des couleurs, il n’en a rien été. Il faut dire que le gouvernement donne l’image d’un bateau ivre, que ce soit de Rugy ou Castaner, l’incompétence se remarque comme jamais. Car bien au-delà du CETA et de ses mensonges, c’est bien l’incompétence des macroniens qui se remarque d’abord. Castaner est le ministre le plus détesté du gouvernement qui ne manque pas pourtant de ministres haïssables. La raison provient du fait que progressivement les Français se sont rendu compte, par-delà la manipulation traditionnelle de l’information, que la violence étatique avait atteint un niveau inédit avec Macron et qu'elle était au service des riches. Le décès de Steve n’est que la goutte de sang qui a fait déborder le vase.

      La cote de popularité de Macron et de Philippe est très basse et le restera

    Les mauvaises nouvelles ne manquent pas qui mettent en doute l’efficacité de la politique macronienne. La croissance a fortement ralenti. L’INSEE relie ce manque de performance essentiellement au fait que la consommation baisse[2]. Or sans croissance, le chômage va repartir inmanquablement à la hausse. Mais si la consommation ralentit, c’est bien aussi parce que le pouvoir d’achat, contrairement à la fable macronienne, n’augmente pas[3]. Autrement dit le fait que le pouvoir d’achat ait un peu augmenté a été rapidement compensé par la hausse des dépenses contraintes, notamment l’électricité et les carburants. Les Français ont remarqué que les prix à la pompe après avoir marqué le pas sous la pression des gilets jaunes, avaient repris leur marche en avant. Une grande partie de l’impopularité de Macron et de son gouvernement repose d’abord sur l’appauvrissement programmé des Français et la précarisation de leurs conditions de travail. Comme on le voit, la politique de Macron restant dans la continuité, il n’y a aucune raison que sa popularité remonte ne serait-ce qu’un peu. Comme le soulignait Bernard Sananès, Macron est en fort recul chez les jeunes actifs, et il reliait cela à l’inquiétude qu’engendre la future réforme des retraites qui laisse entendre que seuls les morts pourront arriver à toucher un taux plein[4].



    [2] Informations rapide, n° 202, INSEE, 30 juillet 2019

    [3] Il y a sans doute d’autres raisons à la stagnation de la consommation, c’est peut-être aussi le signe d’une lassitude que se fixer comme but un accroissement de la consommation de biens qui ne servent à rien. Par ailleurs il y a beau temps qu’aucun bien de consommation nouveau n’est apparu sur le marché.

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  •  Christine Breton et Sylvain Maestraggi, Mais de quoi ont-ils peur ?  éditions commune, 2016

    De quoi parle cet excellent ouvrage ? Il parle de Marseille comme d’un personnage fabuleux, une ville unique à la croisée des mondes. C’est du Marseille de l’entre-deux-guerres dont il s’agit ici et c’est déjà une raison suffisante pour le lire. On se trouve dans une période compliquée sur le plan politique, économique et sans doute aussi de la culture et des mœurs. Cette ville bien sûr n’existe plus, elle a complètement été détruite, mais peut-être n’a-t-elle jamais existé. J’ai eu l’immense chance d’en connaître les merveilleux vestiges puisque j’y suis né et que longtemps j’y ai habité. Nous sommes en 1926, la révolution prolétarienne a échoué en Europe centrale, et son sort semble scellé en Russie, car après la mort de Lénine, la Russie se dirige vers une sorte de capitalisme d’Etat[1]. Voici donc trois amis, Walter Benjamin, Ernst Bloch et Siegfried Kracauer qui se retrouve à Marseille. Qu’ont-ils à y faire ? D’abord ils veulent rencontrer Jean Ballard, le directeur de la revue Les Cahiers du Sud. Jean Ballard publie plusieurs de leurs textes en les traduisant de l’allemand. A cette époque ces trois intellectuels ne sont pas connus, ni reconnus, ils vivotent dans les marges, ce ne sont pas des universitaires, à peine des « journalistes », et encore, il vaudrait mieux dire des chroniqueurs sagaces des progrès de la marchandise et de la résistance à ces progrès. Cependant, leur œuvre comptera non seulement dans la fondation de l’Ecole de Francfort, mais plus encore dans le développement d’une pensée critique qui existe par-delà les clivages entre les disciplines universitaires et qui compte encore aujourd’hui pour la compréhension de notre époque. Mais en même temps qu’ils se retrouvent dans la ville – au café Riche plus précisément, sur la Canebière au milieu de la foule bruyante et tumultueuse – pour faire progresser leur pensée, ils vont éprouver celle-ci au contact d’une ville particulièrement rétive et toujours en chantier comme on forge des outils un peu nouveaux pour entreprendre une grande tâche aussi urgente que nécessaire. Ils sont encore suffisamment jeunes pour croire en leur destin. 

    Christine Breton et Sylvain Maestraggi, Mais de quoi ont-ils peur ?  éditions commune, 2016

    De gauche à droite, Siegfried Kracauer, Ernst Bloch et Walter Benjamin 

    Leur mode d’être c’est l’écriture et la promenade dans le cœur des villes où ils se déplacent à pied pour mieux en sentir le battement profond. Marseille c’est, à cette époque surtout, la Canebière, le Vieux Port, la Joliette. Le bord de l’eau la rattache sûrement au reste du monde, l’Afrique, le Moyen-Orient. Si la Canebière est la grande artère grouillante, bordée de cafés, le cours Belsunce, la place Colbert et tout cet espace qui aujourd’hui accueille l’horrible Centre Bourse est aussi très vivant. Derrière la Bourse, il y a alors un espace en démolition, espace qui ne sera réurbanisé que dans les années soixante avec la production de 3 tours et d’une barre d’immeubles de l’autre côté du cours Belsunce. Mises en chantiers en 1958, elles ne sortiront de terre qu’en 1962 et accueilleront une partie des Pieds-Noirs qui, après l’indépendance de l’Algérie durent traverser la Méditerranée. Cet espace était pendant de très longues décennies une sorte de no man’s land où parfois on pouvait trouver un cadavre, résultat d’un règlement de comptes. C’est là qu’on pouvait aller voir les grands cirques qui débarquaient à Marseille avec toute leur ménagerie. Le quartier qui avait été détruite était un très vieux quartier, insalubre, délabré, et très mal fréquenté. Il faisait partie de longue date de la frénésie de la spéculation immobilière qui sévissait à Marseille. C’est autour de cet sorte de trou que nos trois intellectuels se retrouvèrent. Ils sont les précurseurs de la dérive et Walter Benjamin en a été le premier théoricien, avant Guy Debord[2]. Que ce soit les surréalistes, ou plus tard les lettristes et les situationnistes, il s’agit de se réapproprier un espace mouvement dont le capitalisme détruit les formes historiques et les racines, en le racontant et en le parcourant. Et Marseille à cette époque est la ville la plus mouvante qui soit. Nos trois intellectuels ne sont pas les seuls à subir cette fascination, Albert Londres publiera en 1927 le célèbre Marseille, porte du Sud aux Editions de France. Mais à la différence de ce dernier, ils vont regarder aussi Marseille comme une ville prolétaire, au-delà donc de ses ouvertures sur la mer. Le port est en effet en plein boom, et la conséquence, c’est que les Quartiers Nord y développent des usines, notamment les huileries et les savonneries, mais aussi les fabriques de sucre qui utiliseront le coprah venu d’Afrique. De tout ce glorieux passé industriel, il ne reste rien aujourd’hui, juste les sucreries Saint-Louis, tout le reste est abandonné et personne ne sait qu’en faire. 

    Christine Breton et Sylvain Maestraggi, Mais de quoi ont-ils peur ?  éditions commune, 2016 

    La production de 3 tours et d’une barre 

    L’ouvrage savant de Christine Breton et Sylvain Maestraggi va mêler des textes et des correspondances de ces trois hommes avec une analyse pointue de leur détermination. Evidemment c’est compliqué parce qu’au-delà de l’approche de l’espace de la marchandise, on y reconnaitra aussi cette fascination toute germanique pour le soleil et la Méditerranée, comme pour Naples, la sœur jumelle où Walter Benjamin ira trainer[3]. En vérité, même à cette époque-là, Marseille n’est pas seulement une ville adossée à la mer qui tourne le dos à la Provence, ça c’est ce que les touristes, fussent-ils des intellectuels chevronnés, y ont vu. C’est aussi le débouché naturel de tout un réseau de villages et de hameaux qui la nourrissent et la font vivre. C’est aussi une ville qui parle encore un peu Provençal à cette époque. Mazargues est une’ partie très populaire de Marseille, un peu à part, rebelle. Jusqu’à la fin de l’industrialisation de la ville, dans les années soixante-dix, il y avait bien deux villes qui cohabitaient, et ce mélange détonnant lui donnait un caractère singulier. Mais le Marseille de cette époque est une ville qui se modernise – pour le meilleur et pour le pire – à très grande vitesse. Ce n’est pas pour rien que Jean Ballard voudra faire des Cahiers du Sud, une revue moderne, de qualité, l’égale des grandes revues qu’on peut trouver à Paris. A côté de son centre en reconstruction permanente, Marseille connait aussi le développement d’une zone touristique du côté de l’Estaque. C’est ce côté d’ailleurs qui avait été célébré antérieurement par Flaubert et Maupassant. Cependant l’approche de Kracauer, Bloch et Benjamin est intéressante par ce qu’elle révèle de Marseille et de ses édiles qui n’ont jamais su quoi faire du centre-ville en dehors d’une spéculation immobilière effrénée. C’est encore le cas aujourd’hui, les différents mandats de Jean-Claude Gaudin ont été incapables d’enrayer l’effondrement du centre-ville, au sens propre comme au sens figuré, bien au contraire[4]. Le résultat c’est que la ville de Marseille aujourd’hui se décompose, les grands hôtels, les grands cafés ont disparu, la vie sociale aussi.

    Christine Breton et Sylvain Maestraggi, Mais de quoi ont-ils peur ?  éditions commune, 2016

    Lettre de Walter Benjamin à Jean Ballard 

    Si je regarde le cours Belsunce, et que je compare à mes souvenirs d’enfant, j’y vois une tiermondisassions accélérée. Certes cette voie qui mène vers la rue d’Aix et la Porte d’Aix a toujours été un mélange de classes sociales. C’est à l’Hôtel des Deux Mondes que logea d’ailleurs Walter Benjamin. Mais il y avait des grands cafés, de belles terrasses, et puis l’Alcazar, célèbre music-hall qu’on a transformé aujourd’hui en une bibliothèque – il faut dire en fait médiathèque pour être moderne – pensant redonner un peu d’éclat à un quartier en déshérence. Je me souviens être allé aux meetings de Jacques Duclos à l’Alcazar, avec une foule énorme qui restait sur le trottoir faute de place à l’intérieur. En vérité ce quartier à moitié détruit qui séduisit nos trois jeunes intellectuels révolutionnaires allemands, était un lieu de passages qui communiquait avec le port et qui s’ouvrait vers les quartiers prolétaires plus au Nord, et de l’autre côté sur la Canebière et le faux luxe de ses cafés et ses hôtels. Sans doute n’a-t-il jamais été achevé et ne le sera jamais. Mais à l’époque où nos trois intellectuels s’y retrouvèrent, le quartier s’ouvrait aussi vers des îlots de modernisation, la place Sadi-Carnot et le luxueux Regina Hôtel qui couronnait la trouée de la rue Impériale qui devint par la suite la rue de la République, bordée d’immeubles qui se voulaient haussmanniens. Si on passait du cours Belsunce vers la place Sadi-Carnot, on longeait forcément le no man’s land qui allait devenir le Centre Bourse[5], mais qui n’était alors qu’une sorte de trou sans devenir, on débouchait par la rue Colbert sur le Grand Hôtel des Postes qui est aujourd’hui bien délabré, mais qui paraissait alors très moderne et sophistiqué[6]. Dans la façon dont nos trois amis parlent de Marseille, cela ressemble un peu à ce que disaient les lettristes, et plus précisément Guy Debord de la destruction de Paris à la sortie de la Seconde Guerre mondiale[7]. Ils sont donc les précurseurs des lettristes et des situationnistes qui s’empareront du thème de la critique en acte de l’urbanisme. Ce rapprochement ne doit pas étonner : en effet, même si les lettristes du début des années cinquante ne connaissaient sans doute pas ni l’Ecole de Francfort, ni les précurseurs que furent Benjamin, Kracauer et Bloch, ils se trouvaient dans la même posture d’une critique radicale de la modernité. Tandis que les staliniens et autres marxistes orthodoxes pariaient sur un communisme qui serait la continuation de l’économie industrielle par d’autres moyens, les marxistes critiques, l’Ecole de Francfort notamment, visaient une rupture plus générale d’avec les concepts de progrès et de marchandise. Sur le plan intellectuel, c’est bien cette tendance philosophique qui est en train de l’emporter aujourd’hui avec la critique d’un capitalisme au bord de l’effondrement[8] et dont la course se termine aujourd’hui avec une planète dévastée ou l’air n’est plus respirable et l’eau est  mauvaise à boire. Cette approche conduit à comprendre la ville de Marseille comme un espace de contradictions irrésolues. 

    Christine Breton et Sylvain Maestraggi, Mais de quoi ont-ils peur ?  éditions commune, 2016 

    Le Café Riche, lieu de rendez vous de Benjamin, Bloch et Kracauer 

    De cela on en déduit, comme le montre si bien cet ouvrage, que ce qui importe c’est l’attitude qu’on adopte au cœur de la vie urbaine, un regard sur le monde[9]. Nos trois amis – qui n’hésitaient évidemment pas à se disputer et à se fâcher pour des riens – se promènent, observent, les femmes notamment. Et cela se traduit dans une pratique qui se veut nouvelle de l’écriture. Certes avec le recul on peut trouver que cette manière d’écrire, comme une pensée qui s’effectue en marchand, est souvent ampoulée, parfois un peu précieuse et difficilement compatible avec une connaissance insuffisante de la philosophie et de l’histoire. Et donc ils appartiennent bien à la bourgeoisie, même s’ils en détournent les codes, et même si leur but est avant de partager ce qu’ils savent de la ville, de comprendre l’espace qu’ils traversent. On notera que comme Guy Debord, ils font aussi l’expérience de l’alcool et du haschich – au moins pour Benjamin – comme si l’on ne pouvait se passer de ces adjuvants pour comprendre. Nous sommes loin des anarchistes buveurs d’eau qui, comme Marius Jacob ou la bande Ravachol se méfiaient du vin, comme si celui-ci induisait naturellement une attitude déjà défaitiste dans la lutte contre la marchandise[10]. Mais ces anarchistes buveurs d’eau étaient d’abord d’origine prolétaire et ne recherchaient pas particulièrement l’excitation des sens. Dans la manière de correspondre et d’écrire, ils sont déjà, mais sans le savoir, en dehors de la modernité et du progrès. Ils défendent un modèle de l’intellectuel qui va disparaitre et qu’on retrouvera un peu plus tard très brièvement dans le grand mouvement de révolte de la fin des années soixante quand une masse de jeunes gens en colère s’est tournée vers Rimbaud, Baudelaire et Breton. Ce fut la première révolution explicitement contre la marchandise, et cette révolte de la jeunesse fut mondiale. Il y a en arrière-plan la volonté de dépasser l’action politique dans une refondation du la vie quotidienne. L’écriture doit aider à la fondation de l’égrégore nouvelle. Il ne s’agit plus de reconstruire sur des ruines, mais de se réapproprier celles-ci pour redonner un sens à son existence et réinventer le monde. Les premiers pas dans cette voie se font en marchant, monter jusqu’à Notre Dame de la Garde qui du haut de sa dorure surplombe et défie le Marseille prolétaire, ou encore aller jusqu’à la Joliette regarder les bateaux partir vers l’autre rive de la Méditerranée.

     Christine Breton et Sylvain Maestraggi, Mais de quoi ont-ils peur ?  éditions commune, 2016 

    Benjamin logea à l’Hôtel des Deux Mondes sur le cours Belsunce 

    La destruction des vieilles rues derrière la Bourse – tout un symbole de la lutte des classes – va en réalité inaugurer ce qui se passera ensuite du côté de Saint-Jean, lorsque les Allemands en 1943 dynamiteront les quartiers nord du Vieux Port. Ce quartier réservé si bien décrit pas Pierre Mac Orlan[11], était un défi à la bourgeoisie marseillaise. Les trafiquants, la pègre, les prostituées, s’y étaient établis. Ce Marseille rebelle, en rupture était relié aussi au Marseille plus bourgeois par le Pont Transbordeur, mais aussi par le ferry qui reliait les deux rives. Cela faisait des siècles que la spéculation immobilière avait des yeux sur cet espace[12]. On dit que les Allemands ont fait ce sale travail de destruction d’une autre forme de vie sociale sous la pression des affairistes marseillais dont Jean-Claude Gaudin apparait comme l’ultime descendant. On aurait tort de ne pas relier cette volonté de détruire le vieux Marseille manifesté par le Second Empire, et la destruction massive opérée par les Allemands. Cette opération se traduisit, en sus des destructions d’immeubles par une déportation massive de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Il s’agit toujours d’unifier l’espace autour des valeurs culturelles de la bourgeoisie. On appelle cela aujourd’hui la « gentrification ». Ce mouvement semble commencer et se penser avec le Baron Haussmann. Celui-ci, non content de sévir à Paris, détruisit aussi une partie de Marseille, mais une partie seulement, la preuve ? Justement ce quartier situé derrière la Bourse et en bordure du cours Belsunce, cet espace qui fut un lieu de méditation pour nos trois amis d’origine germanique, et qui marquait l’incomplétude du projet haussmannien. Il s’agit à la fois de détruire physiquement le labyrinthe des rues étroites, malodorantes et prolétaires, mais également d’évacuer les populations qui y vivaient. Le projet Euromed qui a été porté par Jean-Claude Gaudin, allait dans le même sens, mais il a été entravé par une forte mobilisation[13]

    Christine Breton et Sylvain Maestraggi, Mais de quoi ont-ils peur ?  éditions commune, 2016 

    Le Regina Hôtel était un hôtel très sélect, symbole de la rénovation de Marseille 

    Ce livre érudit est un mélange de textes de Benjamin, Bloch et Kracauer, avec des analyses et des mises en perspective, et aussi de photos du vieux Marseille. Il s’en dégage à la fois une mélancolie furieuse à cause de la résistance que la ville a livré à ceux qui voulaient la soumettre, elle en est ressortie meurtrie, abimée, à la dérive, et puis une sorte de compréhension de ce qu’aurait pu être son destin, Benjamin, Bloch et Kracauer ne s’étaient pas tout à fait tromper en en faisant un phare nouveau pour l’Humanité. Sans doute ne peut-on pas comprendre tout à fait la logique de leur destinée si on ne se souvient pas que ces trois auteurs cosmopolites, juifs de surcroît, ont passé une grande partie de leur temps à chercher une place, aussi bien sur le plan géographique que sur celui de l’imaginaire et du rêve. Benjamin ne la trouvera pas et finira par se suicider.



    [1] Ce terme semble avoir été créé par Bruno Rizzi dans L'URSS : collectivisme bureaucratique. La bureaucratisation du monde (1939), Champ libre, 1976. Pour opposer le régime soviétique et occidental Guy Debord parlera de spectaculaire diffus et de spectaculaire concentré, cf. La société du spectacle, Buchet-Chastel, 1967.

    [2] « Théorie de la dérive » et « Deux comptes rendus de dérive », Les lèvres nues, n° 9, 1956.

    [3] Maxime Gorki, un autre révolutionnaire, écrira ses fameux Contes d’Italie à Naples justement d’où il célébrera la vigueur de la classe prolétaire. Publié » en 1914, ils seront maintes fois réédités en français notamment sous la houlette du Parti communiste.

    [5] Outre un bric-à-brac pas possible de commerce de peu d’intérêt, ce Centre Bourse abrite aussi des antennes de l’Union européenne. Comme quoi un malheur n’arrive jamais seul. Avant qu’on ne rénove ce quartier, en remontant vers la Porte d’Aix, il y avait des rues tortueuses où l’on pouvait s’acheter pour quatre ronds des Borsalino en parfait état, rue des Chapeliers par exemple. On y trouvait également des petits restaurants à des prix défiant toute concurrence.

    [6] Pour une meilleure connaissance des quartiers disparus, voir André Boulaya d’Arnaud, Evocation du Vieux Marseille, Editions de Minuit, 1960.

    [7] « On détruit la rue Sauvage », Potlatch, n° 7, 3 août 1954.

    [8] Moishe Postone, Time, Labor and Social Domination: A Reinterpretation of Marx's Critical Theory, Cambridge University Press, 1993.

    [9] A cette époque on pense que l’urbanisation est un phénomène irréversible, mais dans les années à venir cette prédiction pourrait très bien se révéler fausse dans les pays les plus développés.

    [10] Il y aurait beaucoup à dire sur ce thème. En effet c’est après la Première Guerre mondiale que l’Etat bourgeois se lança dans la propagande contre l’alcool, alors même que durant le conflit avec l’Allemagne, l’Etat avait encouragé à la boisson pour supporter la dureté des temps.

    [11] Quartier réservé, Gallimard, 1931

    [12] Gérard Guicheteau, Marseille 1943, la fin du Vieux Port, Daniel & Cie, 1973.

    [13] Le but explicite de Gaudin était de faire monter le prix du mètre carré pour en chasser les populations pauvres et les remplacer par des « Parisiens ». Mais ça n’a pas très bien marché, parce que la ville, et plus particulièrement le centre-ville effraie le bourgeois. https://www.humanite.fr/limpossible-gentrification-de-la-rue-de-la-republique-599849

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