•  Assaut général contre l’art contemporain !

    Tout le monde s’intéresse à l’art, son histoire, sa place dans la société. On écrit beaucoup sur ce sujet, sans doute parce qu’il recèle beaucoup de mystère. C’est que ça ne va pas de soi. Mais le sujet sur lequel on écrit le plus, c’est l’Art Contemporain pour en dire tout le mal qu’on peut en penser. Comme il y a une révolte contre la société libérale mondialisée, il y a aussi une révolte contre l’Art Contemporain. On pourrait se dire qu’attaquer violemment l’Art Contemporain c’est lui accorder bien trop d’honneur. Et c’est vrai que d’un certain point de vue, son influence est tellement proche du néant, qu’on se dit que ça ne vaut pas le coup de critiquer une forme merdique dans le vrai sens du terme – l’Art Contemporain revient avec la régularité d’une pendule à des formes scatologiques – des représentations dites artistiques. Mais il faut comprendre qu’à s’y intéresser, on discute d’abord des formes intellectuelles dans lesquelles se débat notre société néo-libérale. L’Art Contemporain a été attaqué sous trois angles différents. Le premier est celui de sa laideur et de la répulsion qu’il engendre. Cette laideur programmée est à la fois une volonté de nous soumettre à une idée du monde sans attrait et désespérante, mais aussi le reflet d’un manque de savoir faire évident – une perte du métier – couplé à une défaillance des capacités créatrices. S’il est difficile de définir la beauté parce que ses canons peuvent apparaître changeants, il est plus aisé de définir la laideur : c’est l’Art Contemporain comme reflet d‘un monde envahi, enlaidi et détruit par la marchandise. C’est un peu la thèse d’Annie Le Brun. Le second angle sous lequel l’Art Contemporain est attaqué, c’est celui de la construction d’un art officiel. En effet des bureaucrates qui se disent experts définissent qui est un artiste ou non : est un artiste un individu à qui ils ont distribué des subventions. Donc la même merde exposée sous le label du ministère de la culture, de Beaubourg ou d’une grande fondation, sera de l’art, tandis que si elle n’est signée par personne, elle ne sera qu’une merde encombrante car impossible à admirer. Christine Sourgins montre par exemple comment il s’agit du’n tout petit milieu, très influent, les uns sont professeurs, les autres sièges dans les commissions où se décident les subventions, ils peuvent aussi avoir plusieurs casquettes en même temps. Pour elle cette bureaucratisation est à l’origine de l’effondrement de l’art à l’époque moderne : sa bureaucratisation rend visible des productions qui ne valent pas un clou, et rend invisible le reste.

     Assaut général contre l’art contemporain !

    Une merde de Rob McCarthy 

    Tous les contempteurs de l’Art Contemporain ont remarqué que dans ce système ce qui  comptait finalement le plus c’était l’argent. Qu’on s’appelle Pinault ou autre chose, l’Art Contemporain offre des possibilités de spéculation très étendues. En tant que mécène il permet les dégrèvements d’impôts, et en tant qu’investisseur il promet des profits futurs. Evidemment on sait qu’il y a un rapport étroit entre la merde et l’argent. Martin Luther aimait à raconter cette fable selon laquelle l’or était l’excrément du Diable, et donc il fallait s’en prémunir à tout prix, si je puis dire[1]. Les artistes qui aspirent à ce statut sont très remarquables de par leur cupidité. C’est sans doute cela qui va les distinguer du mouvement Dada dont ils sont les ultimes mais malheureux rejetons. Et donc évidemment, le fait que ces « artistes » aient souvent des rapports scabreux avec les excréments n’est pas tout à fait un hasard, ni une simple régression, c’est aussi un amour de l’or. Ce n’est pas très nouveau, devant sa soif de l’or, Breton avait surnommé Salvador Dali, Avida Dollars – anagramme de son nom, mais enfin Dali avait du métier. La merde est un des sujets favoris de l’Art Contemporain. 

    Assaut général contre l’art contemporain !

    Un imbécile, avec la tête de l’emploi, faisant sa propre promotion 

    On s’intéresse à l’histoire de l’art depuis très longtemps. Et depuis longtemps on annonce sa mort. C’est Hegel qui, me semble-t-il, le premier a théorisé cette disparition en la rapprochant de la marchandisation de l’art, les œuvres devenant alors séparées de la société[2]. Que ce soit les surréalistes ou les situationnistes, ils renvoyaient leur position à l’histoire des avant-gardes artistiques. André Breton restait à cheval sur une vision assez ancienne des arts, privilégiant la peinture pour essentiellement en faire le vecteur d’une nouvelle façon de penser, prélude à la révolution totale. Il publie un ouvrage décisif, Le surréalisme et la peinture en 1928, chez Gallimard. Cet ouvrage aura plusieurs éditions, avec des ajouts nombreux destinés à montrer la vitalité du surréalisme. Cet ouvrage capital va à la fois structurer le maché de la peinture d’avant-garde, et en même temps produire un discours sur ce qu’on peut et doit attendre de la peinture. Mais on remarque que justement ce discours n’est pas cynique, il reste encore du côté de l’émerveillement. Critiquant abstraction, il revendiquera des formes nouvelles de réalisme, centrées sur les rêves et l’inconscient, comme des portes ouvertes sur un nouveau monde à venir. Breton qui n’avait aucune compétence particulière pour peindre ou pour dessiner, s’intéressera aussi à créer des poèmes-objets, tout seul ou avec ses amis. Il ouvre officiellement la porte à un art autodidacte, certes débarrasser des techniques, mais qui ouvre l’imaginaire. Sans doute est-ce là une des raisons de sa rupture avec Dada, cette façon de ne pas rompre avec une certaine idée de l’art. tout autre a été la démarche duchampienne qui serait en quelque sorte la porte d’entrée de l’Art Contemporain. Marcel Duchamp est en effet un peintre, un plasticien. Fils de notaire, il possède une solide formation : il sait dessiner et peindre, son frère est le peintre Jacques Villon. Mais après des succès certains, Nu descendant de l’escalier ou La mariée mise à nu par ses célibataires, même, il va lancer la mode du ready made, qui consiste à signer de son nom un objet,par exemple un urinoir et de l’exposé, sans plus d’explication. La première fois, ça peut surprendre, la répétition devient une simple maniaquerie paresseuse. Mais rapidement Duchamp va s’éloigner de ce genre de provocation, il va se faire joueur d’échecs de haut niveau, il publiera un ouvrage fameux sur les finales de pions, L’opposition et les cases conjuguées sont réconciliées, avec Vitaly Halberstadt, et sera même le secondant d’Alexandre Alekhine, le champion du monde. Quand on lui demandera pourquoi il a renoncé à la peinture et à l’art, il va dire que les peintres sont des gens ennuyeux, pire encore, selon lui « si tous les joueurs d’échecs sont des artistes, tous les peintres ne sont pas des joueurs d’échecs ». Son attitude l’éloigne volontairement d’un milieu qu’il considère comme inintéressant, un ramassis d’imbéciles[3]. Il renonce du même coup à la richesse matérielle qui va avec le prestige de l’artiste, il vivra à New York d’une modeste allocation de la ville. Sa vie et son œuvre sont à l’exact opposé de ce que sera ensuite l’Art Contemporain, un milieu chasseur de subventions et de prébendes qui s’occupe de manière très organisée à faire monter les prix, et qui pourtant se réclame de Duchamp ! 

    Assaut général contre l’art contemporain !

    André Breton, poême-objet, 1935 

    Guy Debord écrira deux textes qui traitent du rôle de l’avant-garde artistique et son dépérissement : le premier c’est Histoire de l’Internationale lettriste, texte qui fut enregistré sur bande magnétique en 1956[4]. Le second est le fameux Rapport sur la construction des situations qui date de 1957[5]. Les deux textes ont la même visée, situer l’art au-delà de la sphère culturelle habituelle, et aller dans le sens de faire de sa vie une véritable œuvre d’art, notamment en s’engageant dans la révolution totale. Ils analysent l’histoire de l’art d’une manière assez linéaire, c’est-à-dire que chaque période historique est déterminée à la fois par une économie, des rapports sociaux et des formes artistiques qui peuvent avoir été cependant subversives. Mais rapidement les Situationnistes, après avoir essayé d’infiltrer le milieu des plasticiens, vont se détacher de la sphère de l’avant-garde artistique. On l’oublie assez souvent, Guy Debord a, avant la création de l’Internationale situationniste, travaillé à la réalisation de métagraphies dont certaines ont été exposées, et il a réalisé des ouvrages très particuliers avec Asger Jorn, Mémoires notamment, qui tiennent plus de l’œuvre d’art surréaliste que de la forme « livre » proprement dite. Mais quand il publie Rapport sur la construction des situations, une page est tournée, l’œuvre d’art ne l’intéresse plus et il aura à cœur de purger l’Internationale situationniste de ses éléments « artistes ». Il suit en quelque sorte la logique duchampienne, il se retire de la posture de l’artiste d’avant-garde qui provoque par ses œuvres. Si je parle aussi longuement de Guy Debord, c’est que très souvent dans le milieu de l’Art Contemporain on retrouve son nom comme référence et justification. En 1989, au grand dam de Guy Debord d’ailleurs, le Centre Pompidou avait réalisé une exposition sur le mouvement situationniste intitulée « Sur le passage de quelques personnes sur une assez courte unité de temps : à propos de l’internationale situationniste ». Le Centre Pompidou est d’ailleurs considéré comme la matrice de l’Art Contemporain, non pas seulement parce qu’il achète et expose des œuvres représentatives de ce courant, mais aussi parce qu’à coups de conférences et de textes, il indique ce qu’il faut penser de l’Art Contemporain si on ne veut pas apparaître comme un imbécile dans les dîners chics. Faisons ici une petite parenthèse, le Centre Georges Pompidou, appelé souvent Beaubourg, a été un temple de l’art moderne selon les vœux mêmes du défunt président de la République. En même temps qu’il avait programmé la production de cette horreur architecturale et intellectuelle, il était, rappelons-le, le premier homme politique à s’attaquer de front à la Sécurité sociale, et c’est celui qui fera voter une loi pour que l’Etat emprunte sur les marchés et non auprès de la Banque de France, ce n’est pas un hasard. Déjà le libéralisme économique se mariait fort bien avec cette fausse ouverture de l’esprit que la bourgeoisie aime tant mettre en scène. 

     Assaut général contre l’art contemporain !

    Un collage de Guy Debord en hommage à Jacqueline Harsipe, mannequin, qui s’était suicidée 

    On voit donc que l’Art Contemporain se distingue de l’Art Moderne, non seulement dans ses intentions, mais aussi dans sa pratique. Picasso savait dessiner, Dali également. En dénigrant tout idée de « beau », les artistes contemporains entretiennent un relativisme qui en réalité se marie très bien avec le néolibéralisme. Ce n’est pas un hasard si Jeff Koons qui vend ses productions jusqu’à une centaine de millions de dollars est le personnage le plus emblématique de ce système : il travaille main dans la main avec Bernard Arnault, et il gère une petite entreprise d’une centaine de personnes. Il a dépassé les 90 millions de dollars pour la vente aux enchères d’un petit lapin moulé sur su structure gonflable. Si une certaine tendance de l’Art Moderne visait à revenir à des techniques relativement pauvres pour aller vers le populaire, ce n’est pas le cas de l’Art Contemporain, vous me direz que dans d’autres domaines, on prend Michel Houellebecq pour un écrivain, bien qu’il possède un vocabulaire des plus rudimentaires. Les œuvres ne peuvent exister sans le discours qui l’accompagne. C’est sans doute là la nouveauté. Même une merde d’artiste doit être explicitée : ce sera au choix, on est dans la merde et l’artiste est là pour vous le rappeler, ou alors l’Art c’est de la merde. Le discours général est que le beau n’existe pas, c’est ressassé à coups d’expositions. Alors si le beau est officiellement une réalité indéterminée, qu’est-ce qui compte ? Et bien le marché ! Suivant la bonne vieille logique libérale si on donne 91 millions de dollars pour une débilité signée Jeff Koons, c’est que ça les vaut car le marché ne se trompe jamais, c’est bien connu – les crises financières et économiques ne sont que de simples accidents. On a deux soutiens qui se tiennent bien la main : d’abord le marché qui est sensé sanctionner la « valeur », et l’instance critique au sens de Bordieu, qui justifie ex-post en produisant un discours qui se voudrait philosophique mais qui le plus souvent est creux, par exemple on insiste sur la tolérance pour les différences sexuelles ou raciales. A travers les « explications » qu’on donne à ces œuvres, on justifie sur le plan politique le multiculturalisme et la mondialisation. D’une manière récurrente on met aussi en avant des formes pornographiques qui n’intéressent à vrai dire pas grand-monde. Jeff Koons se représente en train de copuler avec la Cicciolina, ex-star du porno, ex-politicienne qui en sait long sur les mécanismes de la publicité, sensée être devenue son épouse devant l’Eglise ! Mais au moins Jeff Koons est un petit entrepreneur, à défaut d’âtre un artiste, il ne cache pas son but : faire le maximum d’argent dans un minimum de temps. Dans sa manufacture, il emploie une centaine de personnes ! C’est le nombre qu’il faut pour mettre en scène un génie par ailleurs présenté comme individuel.  

    Assaut général contre l’art contemporain !

    Qu’importe le contenu de la représentation artistique ! Le tout est de le justifier par des écrits ou par des critiques qui seront publiées sur du papier glacé. La pornographe Catherine Millet fut la directrice d’Art Press, mais elle fut aussi conservatrice avant de connaitre le succès en vendant ses frasques sexuelles sous la forme d’un livre. Elle fut une pièce décisive, avec ses différentes casquettes, pour faire la promotion de l’Art Contemporain[6]. Cette tendance de l’Art Contemporain au bavardage oiseux n’a pas seulement pour objectif de montrer le vide sidéral de la pensée artistique. Les artistes plasticiens auto-proclamés ont aussi la prétention à nous éduquer : si le peuple est plus que réticent à accepter leurs œuvres, ce n’est pas que celles-ci sont sans intérêt, mais c’est selon eux elles ne sont pas comprises par manque d’éducation, éducation qu’ils auraient reçu grâce à un grand travail d’autodidaxie, à la force du poignet en quelque sorte. Et donc leurs nombreux bavardages ont pour mission de nous convaincre que leurs « merdes » sont d’un niveau supérieur, au-delà du bien et du mal, au-delà de la beauté. Un artiste plasticien, Jota Castro, qui a travaillé longtemps pour l’Union européenne a décidé un jour de se faire artiste plasticien. Démontrant par là que c’était un métier de fainéant. Derrière ses provocations à quatre sous, il s’agit en fait de faire de la réclame pour l’intégration européenne. Il va donc défendre l’idéal européiste sous couvert de faire l’artiste. Mais ce garçon dont le talent est proche de zéro et la pensée politique tout autant indigente, s’il défend le néolibéralisme, c’est aussi parce qu’il est rompu à ses combines qui consistent à s’appuyer sur le magistère de l’Etat comme levier pour stimuler le marché et en recevoir des contreparties financières. Il va sans dire que Jota Castro, s’il n’a aucune capacité technique à produire de l’art, ne manque pas ni d’entregent, ni de subventions. Cet exemple est édifiant : sous couvert de subversion par le biais de provocations de potache, on défend le pire conformisme, celui du marché et de la marchandise. Donc nous voyons des artistes plasticiens s’attaquer pêle-mêle au racisme, à l’exclusion des minorités, à l’homophobie bien évidemment, aux frontières et aux drapeaux, s’inscrire dans les pas du politiquement correct du moment, mais curieusement jamais ou rarement aux multinationales, à Bernard Arnault ou François Pinault. Un chien ne mord pas la main qui le nourrit. Le pire est sans doute là, derrière des œuvres qu’on peut qualifier d’immondices, il y a la volonté de formater une réflexion. La proximité avec la pensée libérale se trouve là aussi : le marché est toujours bon, donc les traités de libre-échange sont par définition bons pour le citoyen, comme l’Art Contemporain l’est aussi pour son paysage mental. Il y a donc bien une visions totalitariste qui se cache derrière cet embrigadement.

     Assaut général contre l’art contemporain !

    Jota Castro, The flag, 2000 

    Le système fonctionne de manière à ce que les différents niveaux décisionnels soient imbriqués. Christine Sourgins nous dit qu’en France il y a 22 000 artistes plasticiens, et un même nombre de fonctionnaires qui s’occupent de diffuser la culture et de la subventionner. Ces fonctionnaires non seulement choisissent les artistes et les expositions qu’ils vont soutenir, mais ils vont encourager les enseignants à intéresser leurs élèves à des expositions dont par ailleurs ils n’ont rien à faire. Cet ensemble bureaucratique n’est pas sans fonction, il sert de cadre et de justification au marché de l’art proprement dit : il fait la cote ! En vérité le marché de l’Art Contemporain est l’autre face de la sécession des élites. Celles-ci ont fait sécession avec le peuple et avec la nation[7], elles vivent un entre-soi que Pinçon et Pinçon-Charlot ont fort bien décrit dans son ancrage géographique ou sociologique : tout ce qui est cher est beau et bon, et les riches ont mérité de le consommer[8]. Dans cet objectif sécessionniste, imposer la laideur à la face du monde a une double justification politique :

    – démontrer avec arrogance que le peuple qui rejette l’Art Contemporain est complètement débile, et qu’à ce titre il n’a droit qu’à des miettes de la société de consommation et ne mérite donc aucune attention supplémentaire. Il faut donc l’éduquer pour qu’il finisse par admettre le même goût pour la laideur que les classes supérieures semi-instruites ;

    – mais également mettre en avant sa propre imbécillité pour narguer les plus pauvres en faisant l’étalage de leur propre vulgarité, le couple Macron dans le genre a atteint des sommets, par exemple lors de la fête de la musique 2018 à l’Elysée, transformé pour l’occasion en boîte de nuit pour touristes à la recherche d’émotions, en faisant étalage de ses goûts musicaux, croyant que ceux-ci pouvaient coïncider avec les goûts du peuple. Contrairement à une idée souvent admise sans précaution, les riches sont aussi stupéfiants de bêtise[9]. Il suffit de voir Donald Trump agir sur la scène internationale, ou encore Bernard Arnault se faire piéger par François Ruffin[10].

     Assaut général contre l’art contemporain !

    Le couple Macron faisant étalage de ses goûts de chiotte lors de la fête de la musique 2018 

    Je me suis posé la question de savoir pourquoi il y avait une telle levée de bouclier contre l’Art Contemporain. La réponse me parait assez simple, c’est parce qu’il y a une révolte contre l’ensemble du système néolibéral, cosmopolite et mondialiste. Remarquez une chose importante : les politiciens champions de la mondialisation tentent à nous séparer de nos racines, on verra un ignorant comme Macron avancer par exemple qu’il n’y a pas de culture française[11]. Ça convient très bien à l’Art Contemporain qui suggère que l’art d’aujourd’hui n’a pas de passé – mais s’il n’a pas de passé, c’est peut-être parce qu’il n’a pas d’avenir. Les mouvements révolutionnaires se sont toujours définis dans la continuité historique. Quand Debord et ses amis lettristes déplorait la destruction de la rue Sauvage, c’est parce qu’ils y voyaient le peuple coupé de son histoire[12]. Or en matière artistique c’est bien la mémoire que l’Art Contemporain tente d’oblitérer. Mais il y a encore autre chose, l’Art Contemporain en faisant sa réclame suppose un développement linéaire des sociétés et donc de l’art : aujourd’hui est mieux qu’hier et moins bien que demain. Et justement par son existence il prouve exactement le contraire. Remarquez que cette idée selon laquelle l’art évolue de manière linéaire est incluse dans l’idée d’un développement économique positif qui se traduit par une meilleure consommation pour tous. Cette fable a duré peut-être deux siècles. Mais comme la croissance économique marque aujourd’hui ses limites, l’évolution de l’art suit le mouvement, rongé lui aussi par une loi d’entropie qui le ringardise avant d’atteindre la maturité. En matière d’histoire de l’art, il est tout à fait possible aujourd’hui de dire c’était mieux avant en étant sûr que cela ne sera pas démenti. 

    Assaut général contre l’art contemporain !



    [1] Georg Simmel, La philosophie de l’argent, [1900], PUF, 1987, voir aussi Massimo Fini, L’argent excrément du démon, Editions du retour aux sources, 2016.

    [2] G.W.F. Hegel, Esthétique, tome 1, Livre de poche, 1997. Ce sont des notes de cours prononcés entre 1818 et 1829.

    [3] Marcel Duchamp, Entretiens avec Pierre Cabannes, Belfond, 1967.

    [4] In, Enregistrements magnétiques (1952-1961), Gallimard, 2010.

    [5] Guy-Ernest Debord, Rapport sur la construction des situations et sur les conditions de l'organisation et de l'action de la tendance situationniste internationale, Internationale situationniste, 1957. 

    [6] L’art contemporain en France, Flammarion, 1987. D’une bêtise abyssale, elle affirma regretter de ne pas avoir été violée ! Elle s’est rattrapée en allant tailler des pipes dans les toilettes des grands cafés, exploits qu’elle raconte dans La vie sexuelle de Catherine M., Le seuil, 2001.

    [8] Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, La violence des riches, La découverte, 2013.

    [10] Voir le film Merci patron !

    [12] Potlatch n° 7, 3 août 1954.

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  • Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron

    Macron s’est donné énormément de mal il faut le dire pour tenter de faire croire que le G7 qui s’est réuni à Biarritz avait servi à quelque chose. Certes pour faire croire à cette fable, il avait à sa solde l’ensemble de la caste des éditocrates qui l’ont présenté comme le nouveau leader du monde entier. En vérité il n’est strictement rien ressorti de cette réunion qui a coûté la bagatelle – aux dernières nouvelles – de 36 millions d’euros. Macron est donc passé plusieurs fois à la télévision pour se flatter de sa propre conduite des débats. Cette mise en scène appelle deux remarques. La première est que cette débauche de propagande camoufle le fait qu’en dehors de Biarritz la milice de Castaner a procédé à des violences habituelles en Macronie : matraquage, gazage, les forces de l’ordre ont usé aussi des canons à eau pour disperser la manifestation pacifiste des opposants qui ont défilé à Hendaye[1]. Il y eut aussi bon nombre d’arrestations arbitraires et des journalistes malmenés[2]. On a même vu un policier braquer son arme de service pour contrôler l’identité d’opposants au G7. Mais les médias on peut insister sur cet aspect des choses, avançant très imprudemment que les opposants étaient peu nombreux. Ils étaient plusieurs milliers en effet et quand ils ne manifestaient pas à Hendaye ou à Bayonne, ils manifestaient avec les gilets jaunes à Paris[3]. La seconde est qu’on a mis en scène des coups d’éclat pour masquer le vide des résultats. Par exemple en faisant venir le ministre iranien comme si c’était une simple initiative de Macron, alors que Trump lui-même avait donné son accord.  

    Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron

    Il y aurait eu deux points importants à ce G7, d’abord le fait que les Iraniens et les Américains auraient repris le dialogue sur le nucléaire grâce à Macron, et le second serait que Macron – du moins s’en est-il flatté – aurait obtenu des concessions de la part de Trump sur la question des taxes sur le vin français. Selon la propagande macronienne, ce serait là deux exemples de résultants à porter au crédit du locataire de l’Elysée. Pour tant en y regardant de près, ces deux exemples montrent exactement le contraire. Sur le dossier iranien, les positions restent complètement figées. Trump a fait savoir qu’il ne reprendrait les négociations que si l’Iran arrêtait totalement son programme nucléaire, et l’Iran a fait savoir de son côté que tant que les sanctions des Etats-Unis n’étaient pas levées, il ne pouvait y avoir de reprise des pourparlers[4]. Si Macron se voyait dans le rôle du go between, c’est raté. Il a laissé entendre qu’il avait un mandat du G7 pour négocier au nom des Etats-Unis avec l’Iran. Mais Trump s’est chargé directement de dégonfler la baudruche, et Macron a dû faire piteusement machine arrière sur ce thème dans un communiqué plutôt embrouillé[5]. Mais les journaux français ont peu insisté sur ces mensonges. Sans doute pensait-il pouvoir forcer ainsi la main à Trump pour que ce dernier lui délègue la gestion de ce dossier au nom du G7, mais c’est mal connaître les Américains que de croire qu’ils vont déléguer quoi que ce soit.

     Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron

    Photo de famille avec des Africains en tenue d’Africains, histoire de montrer que les riches du Nord, s’occupent aussi des pauvres du Sud 

    L’autre point sur lequel Macron prétendait avoir réaliser des avancées, s’est révélé également faux. Nous savons que Macron est le président qui ment le plus depuis que la fonction existe. Mais là il a battu son propre record. Il prétendait en effet avoir trouvé un accord avec Trump sur le taxe dite GAFAM. Cette taxe est sensée compenser la maladie des géants du numérique à ne pas payer d’impôt dans les pays où ils font des affaires. Trump, mandaté par la canaille américaine de la finance, a dit que s’il en était ainsi, il allait taxer les vins français et autres produits de luxe. Dans un élan de stupidité dont il est coutumier, le président américain a même avancé qu’aux Etats-Unis on fabriquait des vins aussi bons que les vins français – on peut se demander pourquoi l’ignoble de Rugy débouchait des Châteaux d’Yquem pour goberger ses amis. Trump a l’habitude de la politique de la brute en matière de négociation, il a mis à genou la tremblotante Merkel qui est allée à Canossa pour tenter de sauver l’industrie automobile de son pays. Elle avait d’ailleurs montré à cette occasion que l’Union européenne n’existait pas en dehors de ses divisions, sur le dossier iranien, elle s’était aussi pliée plus rapidement que Macron aux ordres de Washington. Sur le conflit entre la France et les Etats-Unis à propos de cette fameuse taxe GAFAM, Macron n’a obtenu aucun soutien de l’Union européenne. Il avait pourtant invité le président de l’Union européenne, Donald Tusk, qui a montré à cette occasion qu’il ne servait strictement à rien. Cette fameuse taxe est clairement en contradiction avec les négociations de l’OCDE et du G20-finance. Ces négociations reprennent essentiellement la position américaine sur le sujet. La seule chose qu’a obtenu Macron, c’est que si cette taxe est mise en place, le trop perçu sera remboursé aux entreprises du numérique, lorsque les négociations auront abouti à une taxe internationale. Ce qu’a obtenu Macron est en réalité une concession à Trump, puisque la possibilité de taxer les GAFAM est déjà prévue par les Américains, mais dans le cadre de ceux qu’eux ont défini : « Si l'entreprise paye 100 millions d'euros en 2019 au titre de cette taxe française, et qu'en comparaison d'une taxe internationale qui sera mise en œuvre elle paye 20 millions de plus, les 20 millions donneront une déduction à l'entreprise », a précisé Bruno Le Maire[6]. C’est donc bien une capitulation de Macron face aux exigences étatsunienne.

    Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron

    A-t-il obtenu quelque chose en échange de sa soumission ? Rien du tout, même pas la vague promesse de Trump de ne plus surtaxer les importations de vin français. On a remarqué que le G7 n’avait accouché d’aucune résolution dûment signée. Le seul engagement qui a été pris est d’aider le Brésil à combattre ses feux en Amazonie. Trump avait proposé d’intervenir directement avec les moyens américains, mais le cupide Bolsonaro a refusé, et il préfère de l’argent. Cette aide du G7 serait en effet de 20 millions de dollars, il y a de quoi faire pour en détourner une petite partie, pour lui, pour ses fils ou pour ses amis[7]. On reste dans les limites de l’aide humanitaire si on peut dire. Evidemment il n’a pas été question à ce G7 de discuter en quoi le désastre amazonien est le résultat d’un système de production particulier, axer sur le toujours moins cher pour maximiser le profit.

    C’est donc un G7 pour rien, peut-être sera-t-il le dernier du genre tant son inutilité est flagrante. Je voudrais faire remarquer que la COP21 qui avait été présentée à l’époque comme un très grand succès de la diplomatie française, avait donné lieu à un document contraignant signé : spécifiant les engagements des pays signataires[8]. Les COP suivantes ont entériné cette défaillance des Etats. Démontrant ainsi que des accords internationaux étaient la mauvaise manière de faire avancer la cause de l’environnement. Si je rappelle cela c’est pour dire qu’un traité n’assure pas le succès de l’idée. Et donc évidemment quand il n’y a pas même de document signé, c’est bien que le G7 n’a accouché de rien, pas même d’une souris. Macron a fait semblant de tenir un discours écologiste en se servant de Bolsonaro comme tête de turc, c’est un excellent repoussoir qui laisse entendre, à tort, qu’au Brésil l’incurie du personnel politique est encore plus visible que chez nous. Il a donc dénoncé le futur accord UE-Mercosur, histoire de faire oublier l’immonde traité du CETA qu’il a demandé de ratifier le plus vite possible. Mais à la vitesse que se propage la dégradation des permanences des députés LREM qui l’ont voté, il n’est pas certain que les Français soient dupes de cette campagne de promotion pour un produit aussi avarié qu’imprécis dans son contenu[9]. Il est du reste assez intéressant de voir que même Le monde, journal macronien de la première heure, mais un peu déçu tout de même, a noté un décalage entre les commentaires dithyrambiques des médias français et ceux plus méprisants et moqueurs de la presse étrangère[10]. Cet article vient curieusement après l’article de Marc Semo dans ce même journal qui cherchait à gagner sans doute le prix du meilleur lèche-cul de la profession[11]. Le journal dit de référence semble voir sa rédaction se déchirer entre macroniens obsessionnels type Françoise Fressoz et macronistes déçus qui avait cru que Macron était jeune, intelligent et écologiste !

    Le G7 a démontré son inutilité totale, et du même coup celle de Macron 

    Pendant le G7 la permanence de la députée macroniste Huguette Tiegna a été taguée pour avoir voter bêtement le CETA



     

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  •  La marche des portraits, la guerre contre Macron ne s’arrête plus

    Les gilets jaunes et les populations hostiles au G7 manifestaient le samedi 24 août, ils ont pourtant remis ça le dimanche ! Cette fois ils ont pris comme symbole de leur manifestation, des portraits de Macron décrochés dans les mairies. C’est un défi lancé à la clique qui soutient encore le squatter de l’Elysée puisqu’en effet il pensait faire cesser ce mouvement en traînant en justice les militants pacifistes qui avaient osé décrocher son portrait, comme s’ils ne le reconnaissaient pas comme le président légitime de la France, et qu’ils contestaient qu’il parle en notre nom. Plus personne ne croit à ce qu’il raconte. Quand on avance le mot d’ordre de « décrochons le », c’est une manière de dire qu’il faut se débarrasser de lui le plus rapidement possible. On est au-delà de la demande de démission, on veut le chasser du pouvoir. Le prétexte à Bayonne c’était évidemment le G7, quoi qu’en dise Macron, cette réunion ne servira à rien et se terminera par un constat d’échec. C’est tellement évident que même le journal macronien s’en est aperçu[1]. Or le G7 c’est une réunion qui était destinée à montrer que la mondialisation fonctionne très bien, la preuve, les grands de ce monde se concertent pour mettre en place une politique cohérente dans tous les domaines. En finir avec le G7 c’est avouer que la mondialisation ça ne fonctionne pas.  

    La marche des portraits, la guerre contre Macron ne s’arrête plus

    Les manifestants l’ont avoué, en présentant les portraits de Macron, la tête à l’envers, ils s’attaquent à son image. Et bien plus que ça parce qu’il y a quelques mois Macron tentait de défendre cette image bien écornée en poursuivant ceux qui osaient, parions que cette fois il n’osera pas. Mais dans cette manifestation, il y avait bien plus que cela. Il y avait une convergence évidente entre les gilets jaunes qui militent d’abord pour la justice sociale et les militants écologistes sérieux, je veux dire qui tentent de faire autre chose que du Green Washing à la Greta Thunberg, qui militent pour un changement complet de mode de production et de consommation. C’est la démonstration qu’il ne peut y avoir aucune amélioration de l’environnement sans justice sociale, et que la justice sociale et le combat pour la préservation des ressources naturelles doivent avoir pour horizon premier la fin du capitalisme et probablement la fin de l’idée de progrès. Autrement dit le G7 et Macron ne peuvent ni régler le problème des inégalités, ni celui de l’environnement parce qu’ils font partie des gens qui sont à l’origine du problème. Macron est désigné clairement comme un menteur. La preuve ? Le voilà qu’il nous dit qu’il va suspendre les discussions à propos du Mercosur, il dit suspendre, histoire de gagner du temps, et non stopper. Mais il est immédiatement contredit par cette crapule de Donald Tusk et par le premier ministre espagnol – un socialiste en peau de lapin en partance – qui jugent que cet accord est excellent[2]. Mais dans le même temps si l’accord UE-Mercosur est mauvais, on ne voit pas pourquoi le CETA qui exactement la même chose serait bon[3]. En tous les cas nous voyons que ces accords de libre-échange qui visent toujours plus de commerce, toujours plus de croissance et de consommation, sont la preuve que ni Macron, ni l’Union européenne ne sont capables d’impulser un mouvement positif qui nous permettent d’aller vers le mieux.  

    La marche des portraits, la guerre contre Macron ne s’arrête plus

    Macron se veut progressiste. Et c’est sans doute là la preuve qu’il n’a strictement rien compris à la situation d’aujourd’hui. Ce que nous vivons aujourd’hui, l’effondrement accéléré de la civilisation occidentale, c’est justement l’effondrement de l’idée de progrès. Cette idée a dominé les deux derniers siècles, et nous en payons le prix aujourd’hui. Car les progrès de l’économie, la croissance, la consommation d’objets stupides et inutiles, se sont payés par toute une kyrielle de malheurs, au premier rang duquel il y a le fait que nous n‘avons plus d’eau potable à boire, et plus d’air non vicié à respirer. Si je suis en colère contre le cirque Greta Thunberg[4], c’est parce que ceux qui sont pour le Green Washing, veulent réparer le système avec de la science. Or c’est bien la science qui a créé les dégâts qu’on observe aujourd’hui. Je suis tombé sur un article un peu ancien qui met en avant le potentiel d’un village, Ungersheim, qui s’est reconverti dans l’anticapitalisme, en refusant les technologies qui ont été forgées par lui[5]. Cet exemple est intéressant parce qu’il part des besoins et de la production locale, mais il ne peut réussir que si les habitants de ce village, à l’inverse des habitants des villes et des villages rongés par le capitalisme, sont soudés dans un idéal communautaire. On retrouve ici en pratique les intuitions de Jean Giono[6]. 

    La marche des portraits, la guerre contre Macron ne s’arrête plus 

    Ungersheim, le village en avance sur son temps

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  • Acte XLI, les gilets jaunes contestent le G7… et Macron avec succès

     Il y avait beaucoup de monde à Paris pour cette rentrée très politique 

    Le G7, ce colloque des dirigeants – qui ne dirigent rien d’ailleurs – tombe en même temps que l’acte 40 des gilets jaunes. Il se tient durant trois jours, du 24 au 26 août 2019 à Biarritz qui pour l’occasion a été transformée en camp retranché. 13 000 policiers, CRS et gendarmes sont mobilisés, et il en aura coûté la bagatelle de 36 millions d’euros. Macron, le roi des baratineurs à voulu rassurer les Français en disant au journal de 13 heures qu’ils avaient fait un G7 très économique ! A quoi cela sert-il ? A rien, sans aucun doute, et c’est pour cela que Macron nous a dit à la télévision qu’il avait entendu l’appel de la forêt (amazonienne bien entendu) et qu’il allait faire quelque chose. Tout le monde sait que ces colloques sont au mieux faits pour rassurer les populations et leur faire croire qu’elle sont gouvernées. Aucune décision ne sera prise, ni pour ce qui concerne le mauvais état de l’environnement, ni pour contrer l’imminence d’une crise économique de grande ampleur. Ce G7 est en fait un G8 puisque si on a exclu les Russes, on a invité le président de l’Union européenne, Donald Tusk, qui, encore moins que ses collègues sert à quelque chose. Et puis on y a rajouté l’Australie, le Japon, l’Inde, le Rwanda et l’Espagne. C’est un G7 furtif à géométrie variable. On peut compter sur Trump pour amuser la galerie. En clown de service, il sera comme chez lui. On y verra aussi la tremblotante Merkel, Giuseppe Conte en voie de démissionner. On ne voit pas qui sera capable de prendre une décision qui remette un peu d’ordre dans les affaires du monde

    Acte XLI, les gilets jaunes contestent le G7… et Macron avec succès 

    Dès le 22 août, un contre-sommet du G7 était organisé à Urrugne 

    Macron fait maintenant celui qui joue la carte de la concertation. Ainsi, il annonce qu’il n’officialisera la réforme des retraites qu’après concertation. Ce qui veut dire, traduit de la langue de bois, qu’il convoquera les syndicats et fera semblant de les écouter, puis, il leur annoncera ce qui est prévu : selon lui le système de financement par répartition n’est pas tenable avec un âge de départ de 62 ans. Il a voulu également avant le G7 faire semblant de dialoguer avec la société civile. Vu qu’on ne sait pas où la société civile habite, c’est difficile de débattre avec elle après l’avoir convoquée. En fait il s’agissait de rencontrer quelques ONG. Mais même ça il n’arrive pas à le faire. Quelques-unes de ces ONG dont la fameuse OXFAM, ont refusé d’aller boire le coup avec le président-fou[1]. La raison est simple, le cuistre voulait parler des inégalités, comment les réduire, alors que depuis qu’il a été malencontreusement élu, il n’a cessé de réformer pour les augmenter ! Alors que Macron se donne du mal pour faire croire qu’il a changé, on constate que sa popularité ne bouge pas d’un pouce, il reste détesté des Français, même après avoir mangé un morceau de pizza avec les gueux[2]. Il n’a pas profité de l’accalmie de l’été. 

    Acte XLI, les gilets jaunes contestent le G7… et Macron avec succès 

    Blocage de l’usine Monsanto à Peyrehorade le 23 août 2019 

    En attendant, la veille du colloque de la racaille politicienne à Biarritz, l’usine de l’empoisonneur Monsanto, située à Peyrehorade, a été une nouvelle fois bloquée. Sans doute que la défense du glyphosate par les préfets qui traînent les maires anti-glyphosate devant les tribunaux y a été pour beaucoup[3]. Alors que Monsanto est mis à mal par les tribunaux américains qui vont sans doute contraindre cette boutique à la faillite, on voit qu’en France on fait tout pour défendre ses intérêts pécuniers. On ne sait pas exactement quels sont les liens entre Monsanto et Macron, mais son acharnement à défendre le glyphosate qui empoisonnent nos populations et nos terres, est déjà la marque d’une corruption. Je rappelle que c’est Macron qui a, contre l’avis de Nicolas Hulot, permis au glyphosate de continuer son œuvre de mort. Les macroniens ont fait savoir qu’ils allaient suspendre les discussions sur le Mercosur, mais évidemment ils n’ont rien dit de son abolition nécessaire, comme ils n’ont rien de l’application du CETA qui a exactement les mêmes effets que le traité de libre-échange avec le Mercosur.  

    Acte XLI, les gilets jaunes contestent le G7… et Macron avec succès

    Entre temps, les journalistes commencent à comprendre que les manifestations de Hong Kong, d’Algérie et des gilets jaunes en France sont très similaires dans leurs revendications : le peuple réclame d’être un peu plus respecté dans ses aspirations à la liberté et à la démocratie. Les Chinois de Hongkong font face à une répression dure, et l’armée chinoise menace d’arriver avec ses blindés à tout moment. Mais ils ont trouvé une belle parade, pour éviter la reconnaissance faciale du Big Brother local, ils sortent dans la rue par centaines de milliers avec des parapluies. Voilà une méthode dont on peut s’inspirer chez nous, les parapluies permettant éventuellement de se protéger des tirs de lacrymogènes et de LBD. Ici aussi on a commencé à avancer que c’était la main de l’étranger – la CIA – qui manipulait les Hongkongais. C’est tellement ridicule qu’on se demande comment une telle idée peut être avancée. Certes nous savons bien que la CIA est capable des pires coups tordus, mais le caractère plus que massif de la mobilisation rend cette hypothèse caduque. Que ce soit en France, en Algérie ou à Hongkong la litanie est la même : c’est l’étranger. Les services secrets français seraient derrière les manifestations des Algériens qui depuis 6 mois manifestent contre le régime pourri. Les hackers russes seraient selon cet imbécile de Macron derrière les gilets jaunes, et pour cela Poutine serait allié avec l’extrême-droite nazie. C’est la même chanson depuis Mai 68 au moins. A Hongkong la police est comme partout dans la difficulté de compter : comme Castaner-le-menteur, elle divise le nombre des manifestants par 5 ou par dix. Pour le reste, comme en France, elle éborgne en visant la tête avec les LBD. 

    Acte XLI, les gilets jaunes contestent le G7… et Macron avec succès

    Si les gilets jaunes ont fait école dans le monde entier, la police française, transformée par Castaner en milice au service d’une oligarchie, a, elle aussi, donné le la en matière de répression violente. Cependant, la police étant préoccupée par la sécurité des imbéciles qui participent au G7, il y avait de la place pour manifester. Il y avait beaucoup de monde à Paris pour cette rentrée très politique, plusieurs milliers. C’est à tel point que les chaînes d’information en continu ont repris du service pour en rendre compte. C’était une synthèse de l’ensemble des luttes : à la fois contre l’ignoble Macron dont la politique a accru les inégalités sociales – le cuistre disait que le G7 allait s’occuper des inégalités entre les hommes et les femmes, mais il ne disait rien des inégalités entre les pauvres et les riches qu’il suppose naturelle – mais ils protestaient de loin aussi contre le G7 avec une très nette inclinaison pour les préoccupations écologiques. Les vacances sont bel et bien terminées ce week-end on a revu les gilets jaunes sur les ronds-points. Ils ont également repris l’action contre le racket des sociétés d’autoroutes, en décrétant ici et là la gratuité des péages. On voit très bien la méthode « gilets jaunes » : alors que les politiques blablatent sur le fait que ces sociétés se gavent sur notre compte, les gilets jaunes agissent et lèvent les barrières. 

    Acte XLI, les gilets jaunes contestent le G7… et Macron avec succès 

    A Saint Brieuc, les gilets jaunes ont réoccupé les ronds-points dès le vendredi 23 août

     C’est une vraie leçon pour les syndicats qui sont complètement dans le coma et qui n’ont plus rien à dire sur rien, et encore moins sur le reste : ce qui compte ce ne sont pas les colloques, les pétitions, mais l’action sous toutes ces formes, ça va de la gratuité des péages, à la manifestation, en passant par l’occupation des ronds-points. Evidemment le mieux serait d’aller à une grève générale qui remette un peu les choses à plat, et en plus ce serait bon pour l’écologie de rester plusieurs semaines sans travailler. Mais nous n’en somme pas encore là. Je retiens que dans la manifestation parisienne de ce samedi, les gilets jaunes avaient sorti des parapluies. Manifestement ils ont retenu la leçon des manifestations hongkongaises. Notez que c’était assez calme parce que la police était bien moins mobilisée, trop occupée avec Biarritz quoiqu’en ait dit le préfet Lallement, dont rien que de prononcer son nom, ça m’écorche la bouche. Il y a eu des manifestations aussi à Toulouse et même au Mans. 

    Acte XLI, les gilets jaunes contestent le G7… et Macron avec succès 

    A Ancenis les gilets jaunes ont repris la bonne vieille habitude des péages gratuits sur les autoroutes 

    Le clou de la journée a été la manifestation anti G7 qui a réuni au moins 15 000 personnes – la police disait 9000, c’est dire s’il y avait du monde. Et bien sûr les gilets jaunes étaient partie prenante de ce mouvement, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous. Il y avait aussi des Espagnols, le mouvement se voulant transfrontalier. Les journalistes tentent de faire comme si ces mouvements n’existaient dans leur juxtaposition que par le fait du hasard. Mais non, ce sont les fondements de la société productiviste et inégalitaire qui sont attaqués. Notez tout de même que la veille la police avait attaqué délibérément le camp des manifestants anti-G7. Très peu de médias en ont parlé[4], tout ça pour dire que la répression continue encore et toujours. Des militants qui se rendaient au rassemblement anti-G7 ont é »té arrêtés et jugés en express, comme ils avaient des cagoules dans la  voiture, ils ont morflé de la prison ferme, au motif que bien que la manifestation n’avait pas encore commencé, ils auraient pu s’y rendre et rendre cette manifestation violente. La Macronie n’a pas changé sur ce point, la violence l’accompagne, et elle disparaîtra sans doute dans la violence.

    Acte XLI, les gilets jaunes contestent le G7… et Macron avec succès

    Entre Irun et Hendaye ils étaient des milliers de manifestants contre le G7… et contre Macron 

    Ce fut donc une très bonne journée pour la contestation anti-macronienne. Non seulement on voit une mobilisation clairement en hausse pour les gilets jaunes, mais ce mouvement converge naturellement avec la contestation du nouvel ordre mondial et des dégâts qu’il commet en son nom. Dans la foulée les manifestants, qu’ils soient à Paris, Hendaye ou Toulouse, dénonçait l’incompétence des hommes politiques qui à l’échelle planétaire ne semblent plus rien maitriser, ni les feux de forêt, ni même la croissance économique. Le plus difficile pour Macron est sans doute à venir avec les réformes pourries qu’il prétend faire passer, notamment sur les retraites, car il semble que les bureaucraties syndicales n’auront pas le choix, elles devront sortir de leur coma et faire quelque chose, autrement elles n’auront plus qu’une solution : fermer leur boutique.

    Acte XLI, les gilets jaunes contestent le G7… et Macron avec succès 

    A La Ciotat aussi les gilets jaunes ont investi le péage

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  • Du rôle des préfets et de la psychiatrie dans la dictature qui se met en place 

    Lallement au nom prédestiné nous rappelle les sombres heures de l’Occupation 

    On a dénoncé dans un premier temps ce qui était le plus visible dans la répression tout azimut de la Macronie, celle de la police, et c’est assez normal, vu le comportement primaire de cette engeance. Et puis on a vu que la justice, les procureurs, mais aussi les magistrats rendaient une justice politique, condamnant ici un gilet jaune qui aurait eu peut-être l’intention de se joindre à une manifestation violente, là un militant pacifiste et écologiste qui avait décroché le portrait du président-fou. Mais les préfets sont restés assez longtemps dans l’ombre. Certes on connaissait le préfet Didier Lallement, quel nom, pour son sale travail à Bordeaux, et pour ses propos excessifs et violents, on le surnommait Monsieur Matraque et ce n’est pas un hasard. C’était le digne successeur de Maurice Papon à la préfecture de Gironde. Comme au bon vieux temps de l’Occupation, les préfets font tout pour prévenir les désidératas d’un pouvoir qu’ils savent agressif et médiocre. Ils ont pris l’habitude de restreindre les libertés, que ce soit celles de manifester ou celle des maires de prendre des mesures pour protéger les populations de l’activité criminelle de Monsanto. La préfète – on voit bien qu’il y a une vraie égalité dans la soumission entre les hommes et les femmes – Michèle Kirry (rien que ce nom on croirait à une blague) a décidé de traîner le maire de Langouët devant le tribunal administratif, le crime de Daniel Cueff est d’avoir pris un arrêté interdisant l’usage du glyphosate à moins de 150 mètres des habitations. La décision de cette femme a fait naître une légitime protestation. Pour sa défense, comme en son temps le préfet Papon faisait appliquer les directives de déportation, elle avance qu’elle doit faire respecter la loi, alors même que les tribunaux américains ont reconnu le caractère criminel de ce produit. Mais en vérité la préfète Kirry sait très bien que pour un fonctionnaire, fut-il un haut fonctionnaire, il existe un droit de désobéissance quand les ordres sont manifestement contraires à l’intérêt public. C’est un droit qui est reconnu[1]. Donc qu’on soit petit fonctionnaire ou haut fonctionnaire on peut décider de ne pas faire appliquer la loi en évoquant ce droit à la désobéissance.

     Du rôle des préfets et de la psychiatrie dans la dictature qui se met en place 

    Michèle Kirry veut faire respecter la loi, même si elle est criminelle 

    Les policiers s’abritent volontiers derrière le fait qu’on leur donne des ordres pour être très violents, au-delà de ce qui est raisonnable. Mais ils peuvent tout à fait désobéir. C’est bien ce qui s’est passé à Nice quand le commissaire a demandé aux gendarmes de charger violemment des manifestants tout à fait pacifiques, charge qui avait entraîné l’hospitalisation de Geneviève Legay[2]. Et donc si les policiers ont le choix, les préfets l’ont aussi. Quand ils prennent des arrêtés contraires à la liberté de manifester, ou quand ils demandent de matraquer les populations, comme quand ils trainent des maires devant les tribunaux ils prennent fait et cause pour une politique, et ils en font partie. Le cas de Michèle Kirry n’est pas isolé. A Perray-en-Yvelines, Paulette Deschamps, maire de la ville, a pris un arrêté semblable à celui de Daniel Cueff à Langouët. Immédiatement le préfet Jean-Jacques Brot a décidé d’agir contre elle. Ce nouvel épisode de la guerre entre les préfets et les maires appelle de nombreuses remarques. D’abord que les préfets ont reçu des ordres stricts du gouvernement pour entraver le mouvement de protestation des maires contre l’inaction en matière d’interdiction des glyphosates. Ensuite nous savons que les maires sont plus près des préoccupations de leurs citoyens que les préfets qui eux se bornent à se promener aux quatre coins de la France en fonction de leurs mutations. Mais il y a plus, un récent rapport de la Cour des comptes dénonçait le trop grand nombre de préfets sans affectation, donc des hauts fonctionnaires payés à ne rien faire. Il y en aurait 128[3]. Pour bien comprendre l’importance de ce chiffre, il faut se souvenir qu’il y a seulement 101 départements en France. Et donc cela veut dire que le gouvernement, quel qu’il soit, a toujours une réserve de préfets prêts à appliquer n’importe quel ordre stupide pour peu qu’au bout il y ait une promotion. Ce système montre que les préfets ont tout intérêt non seulement d’appliquer les ordres venus d’en haut, mais de les anticiper. Si le régime se veut démocratique et conciliant, alors les préfets seront moins tatillons, si au contraire le régime vise la dictature comme c’est le cas avec Macron, alors ils en seront le bras armé.

     Du rôle des préfets et de la psychiatrie dans la dictature qui se met en place

    Le préfet Jean-Jacques Brot va agir contre le maire Paulette Deschamps 

    Parmi les préfets bien en cour, il y a un certain Bernard Gonzales. Celui-là est un homme à poigne. Ancien de la DGSE, il officie maintenant à Nice. Il vient de faire remarquer par sa volonté de faire interner un de ses subordonnés. Et figurez vous que cela a failli marcher ! Il a fallu que la femme de ce malheureux prenne un avocat et porte plainte pour internement abusif pour que la justice daigne le relâcher[4]. Cette idée de faire interner un subordonné contrariant n’est pas seulement un abus de pouvoir, ou une idée farfelue d’un haut fonctionnaire ivre de son pouvoir. Cet acte barbare digne de l’URSS agonisante, est la continuation de la psychiatrisation de la vie politique qui avait vu il y a quelques mois un juge ordonner que Marine Le Pen qui avait diffusé des images des violences des djihadistes, passe un examen psychiatrique pour déterminer si elle avait toute sa tête ou non[5]. On peut être hostile à Marine Le Pen et combattre ses idées politiques, mais le procédé de l’envoyer chez le psychiatre est plus que choquant. Seul Libération a trouvé cela normal[6]. En Macronie, on a franchi un palier, ceux qui contestent l’ordre établi sont considérés comme des fous à interner, et en effet il faut être vraiment fou pour contester un ordre aussi impeccablement démocratique. Alors que nos médias ont dénoncé avec virulence l’utilisation de l’arme psychiatrique en Russie contre les opposants, on ne les entend absolument pas pour condamner cette même utilisation en France.

     Du rôle des préfets et de la psychiatrie dans la dictature qui se met en place 

    Bernard Gonzales adepte des méthodes musclées dignes de la Russie de Brejnev 

    Les signes d’une marche vers la dictature se multiplient ces derniers temps, je n’ai pas été en retard pour dénoncer cette tendance vers un ordre nouveau. Je voudrais juste insister sur le fait que le rôle qu’on fait jouer à des préfets qui n’ont guère de dignité, est la mise en place de relais à l’échelon local d’une dictature qui se précise. Quand Macron a sermonné Poutine pour la répression en Russie, histoire de jouer les démocrates, le président russe l’a renvoyé dans les cordes, lui rétorquant que vu la répression des gilets jaunes en France, il n’avait pas de leçon à recevoir[7]. Et de fait tout le monde à moqué Macron pour cette cuistrerie. Mais au-delà des moqueries, nous avons de quoi nous inquiété sérieusement de la tendance dictatoriale de Macron. S’il rappelle Vichy, c’est parce qu’en réalité ses bouffées de démence qui le guident vers toujours plus d’autoritarisme, sont la marque d’un pouvoir faible et sans soutien dans l’opinion. Le plus dur est sans doute à venir, pour lui, comme pour nous. Le syndrome Papon qui gagne la préfectorale est bien l’avant-garde de ce durcissement de la guerre sociale.



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