•  Nominations dans les institutions européennes

    Les journalistes qui sont de plus en plus stupides ont présenté les récentes nominations à la tête des instances de l’Union européennes comme à la fois une victoire de Macron[1], et une victoire du féminisme ! D’autres ont souligné que c’était Merkel qui avait gagné[2]. Les deux approches sont aussi fausses l’une que l’autre : ces nominations sont d’abord la défaite de la démocratie et de la morale la plus ordinaire. On sait que les négociations entre la France et l’Allemagne ont été très longues et pour le moins opaques. Mais que ce soit Merkel ou Macron qui gagne en plaçant leurs amis, il n’est pas certain que l’Allemagne ou la France y gagne quelque chose. Faisons d’abord litière du féminisme de circonstance : se réjouir que des femmes soient nommées à des postes clés dispensent de s’interroger sur la politique qu’elles mèneront. Ce qu’on retient d’abord de la nomination de Ursula von der Leyen et de Christine Lagarde, c’est que ce sont deux personnalités très conservatrices, favorables au libre-échange, au marché et à l’austérité pour les pauvres. Christine Lagarde vient du FMI, elle n’a pas brillé à ce poste. Certains veulent faire croire qu’elle a un CV exceptionnel, sous-entendu des compétences, c’est faux. On retient d’abord qu’elle est une délinquante de très haut niveau : elle a été condamnée dans le procès du réseau d’influence qui donna plus de 400 millions d’euros à Bernard Tapie. Mais la justice de classe est telle qu’elle a été dispensée de peine[3]. Dispensée de peine veut dire que cette condamnation est effacée de son casier judiciaire. Mais les bureaucrates et les politiciens n’en ont cure : pour eux il est normal de condamné un gilet jaune qui a injurié Castaner ou Macron, mais anormal de condamner une femme qui manifestement, même si elle ne connait rien à rien, dispose d’un réseau d’influence qui sans doute dépasse Macron lui-même. Que ce soit à la tête du ministère de l’économie, ou à la tête du FMI, elle a toujours été dans la médiocrité la plus ordinaire. On ne se souvient pas des initiatives fortes qu’elle aurait prises par exemple au moment de la crise des subprimes. Son parcours est assez parlant, elle a fait Sciences Po, à Aix-en-Provence, ville où on peut la rencontrer assez souvent d’ailleurs. Mais après un diplôme de droit, elle a rejoint un gros cabinet d’avocats Baker & McKenzie dont elle finira par prendre la tête. C’est donc à l’origine, elle aussi, une lobbyiste qui a réussi. Elle a beaucoup d’argent et beaucoup de relations. Mais elle aime aussi les fonctions comme directrice du FMI, ou directrice de la BCE, des postes de fonctionnaires internationaux dont les salaires ne sont pas soumis à l’impôt. Au FMI elle touchait plus de 500 000 $ par an[4]. Elle touchera sans doute à peu près la même somme à la BCE – Mario Draghi touchait un peu moins de 400 000 € par an. Elle aime l’argent, c’est incontestable. On se souvient qu’elle reprochait aux Grecs de ne pas payer leurs impôts, venant de quelqu’un qui n’en paie pas, ça ne manque pas de sel[5]. Vu le niveau de son entregent, il n’est pas certain que ce soit Macron qui l’ait faite nommer : comme disait Jean Cocteau, Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. On peut en effet se demander pourquoi les Allemands ont laissé aller ce poste à Christine Lagarde. On sait qu’ils n’aimaient pas Mario Draghi, non pas parce qu’il venait de Goldmann & Sachs, mais parce qu’il balançait de la monnaie à tour de bras. La véritable question est de savoir ce que fera Christine Lagarde. A-t-elle donné des assurances aux Allemands ? On sait qu’elle est une championne de la réaction, mais qu’elle s’est aussi couverte plus récemment en critiquant l’austérité de l’Union européenne. 

    Nominations dans les institutions européennes 

    Pour ce qui concerne Ursula von der Leyen, sa nomination à la tête de la Commission européenne est très controversée. C’est une proche de Merkel, ancienne ministre de la défense, elle est pour une armée européenne. Mais si cette conservatrice très à droite – son père fut ciblé par la Fraction Armée Rouge –  est aussi décriée, c’est parce qu’elle est accusée de tricherie en ce qui concerne sa thèse, mais elle a aussi été accusé de concussion dans des embauches sans appel d’offre et sans contrôle[6]. Bref c’est d’une autre forme de délinquance qu’il s’agit ici. Vous me direz que l’Union européenne a souvent été colonisée par la canaille. Jean-Claude Juncker était connu pour avoir favorisé les multinationales afin qu’elles ne payent pas trop d’impôt[7]. Le très rigide Jean-Claude Trichet avait défrayé la chronique quand il était président de la Banque de France pour des petits arrangements sur les appartements de fonction qu’il occupait, mais aussi pour son attitude dans le scandale du Crédit Lyonnais[8]. Ça ne l’a pas empêché de diriger la BCE. On vient d’apprendre par ailleurs de feu Raymond Barre, dit le gros-Raymond, dit Raymond-la-science, était non seulement un imbécile, mais aussi un homme très cupide, il aurait planqué 11 millions de francs suisses, en Suisse bien sûr[9]. Rappelons qu’avant d’être premier ministre, il avait été vice-président de la Commission européenne. Raymond Barre est aussi ce grand penseur qui a affirmé : « quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite »

    Nominations dans les institutions européennes 

    Bref tout cela pour dire que cette palinodie ne masque pas la énième crise de l’Union européenne. Les détails sont peu importants. Les journalistes s’extasient sur la féminisation des fonctions, oubliant volontairement le côté « délinquantes » de ces deux femmes cupides. On remarque que Michel Barnier qui visait la présidence de la Commission européenne n’a rien eu. Ça ne lui aura servi à rien de jouer les tueurs dans les négociations avec les Britanniques, négociations qu’il a fait capoter par son entêtement imbécile. Sa carrière politique est maintenant finie. Mais au fond tout cela n’a pas d’importance qu’on mette un guignol ou un autre, cela ne change rien de la politique brutale et irréformable de l’Union européenne et de ses différentes boutiques.



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  •  L’euro et son avenir  

    Depuis le big bang financier des années soixante-dix, les formes monétaires de la vie économique ont beaucoup changées, pour beaucoup c’est un facteur de déstabilisation qui, sur le long terme, ne peut produire que des dégâts. Les nouvelles idéologies libérales, mais aussi les possibilités du numérique ont changé complètement les formes et les fonctions des monnaies. En théorie une monnaie est attachée à la souveraineté d’un Etat, elle est le reflet de sa puissance. Si elle joue un rôle économique évident, pour faire, circuler les biens, pour accumuler du capital et pour investir, elle est aussi un instrument politique. Maurice Allais considérait d’ailleurs que la monnaie étant un bien public, puisqu’elle permet de faire circuler le capital et les marchandises sur un espace public, il convenait de laisser le monopole de sa création à l’Etat[1]. Pour beaucoup d’europhiles, la création de l’euro était une première étape vers des Etats-Unis d’Europe. En quelque sorte l’euro est né d’un malentendu : au lieu que cette monnaie consacre une souveraineté effective, elle était conçue comme un aiguillon qui pousserait l’Union européenne vers plus d’intégration. La crise de 2008 démontra que l’euro n’assurait pas la convergence des économies européennes, mais qu’au contraire, il aggravait les divergences entre les Etats de la zone euro[2]. Cette crise faillit d’ailleurs bien emporter la monnaie unique. Un des défauts les plus importants de cette monnaie, est sans doute que son existence empêche les rééquilibrages des déséquilibres commerciaux parce qu’on est dans un système de change fixe, sans possibilité d’une dévaluation qui permettrait d’ajuster la valeur de sa monnaie à la productivité de son économie[3].  Tout cela est bien connu maintenant et sans doute explique pour partie la montée de ce qu’on appelle les populismes en Europe. Cependant ce serait un tort de croire qu’il suffirait d’analyser la crise de l’euro pour comprendre la crise des monnaies. Il faut partir de cette idée selon laquelle la production de la monnaie ressort de plus en plus du secteur privé. Les banques de second rang émettent de la monnaie, mais en règle générale elles émettent cette monnaie dans la dénomination autorisée par la banque centrale : en Europe les banques produisent des euros. Or ces banques privées sont maintenant concurrencées par ce qu’on appelle les nouvelles monnaies numériques. Depuis quelques années on a vu l’apparition du Bitcoin, monnaie plus que virtuelle mais qui est à la fois un moyen de paiement et un objet de spéculation. Sa capitalisation tourne autour des 200 milliards $ et sa quantité sera bornée à environ 21 millions. Sa valeur est directement gérée par un marché pur et parfait sur lequel aucune autorité politique n’intervient. Il s’ensuit que son cours est extraordinairement volatile. Pour certains le Bitcoin est juste une arnaque de type pyramide de Ponzi[4], mais après tout on pourrait dire cela de pratiquement toutes les monnaies dont la valeur n’est pas reliée à l’or par exemple, mais seulement fixée par la confiance qu’on lui accorde. Le Bitcoin, quoiqu’on en pense est l’exemple d’une monnaie qui n’obéit qu’aux seules lois du marché, détachée de tout ancrage géographique ou politique[5].  

    L’euro et son avenir 

    Le Bitcoin est donc une concurrence sauvage pour les banques traditionnelles qui avaient misé essentiellement sur la déréglementation de la fin des années soixante-dix qui leur permettait de créer de la monnaie autant qu’elles le voulaient. Bien entendu elles ont utilisé les possibilités du numérique pour accroitre leur productivité, fermer des agences, détruire des emplois. Mais la crise de 2008 a dévoilé leurs extravagances et depuis elles ne s’en sont jamais remises, certes les Etats se sont endettés pour leur venir au secours, mais de nombreuses banques, notamment la Deutsche Bank, sont en faillite virtuelle[6] et risquent d’entraîner dans leur chute l’ensemble du système bancaire mondial. En Europe comme aux Etats-Unis, la crise financière a été retardée par une production extravagante de monnaies qui, du fait de sa surabondance, a tiré les taux d’intérêt vers le bas. Le plus urgent paraissait d’assurer la recapitalisation du secteur bancaire, mais cela a eu des effets délétères sur le rendement de ce secteur[7]. C’est dans ce moment difficile que Facebook prétend lancé sa crypto-monnaie, libra. L’ambition de ce réseau est de devenir tout simplement la première banque du monde ! Passant par-dessus tout contrôle des banques centrales, c’est libra qui assurera le contrôle social sur tout ce qui s’échange. La numérisation des paiements ne permet pas en effet aux banques centrales, et donc aux Etats d’intervenir en quoi que ce soit, soit à agir en bloquant le réseau. Dans la mesure ou libra pourra devenir le support de réserves de devises libellées en euro ou en dollar – et donc de modifier ainsi le cours de l’euro et du dollar, non seulement elle accroitra sa puissance au-dessus des Etats, mais aussi au-dessus des banques centrales[8]. Bruno Le Maire, ridicule ministre de l’économie, tentait de masquer son impuissance en demandant aux banques centrales de réfléchir à une parade[9]. Le temps qu’on y réfléchisse, il sera évidemment trop tard. Le modèle libra est déjà près à l’emploi, et par la puissance du réseau Facebook, il peut même raccrocher une clientèle qui dans le Tiers Monde n’a pas accès aux services d’une banque. On évalue cette nouvelle clientèle à 1,7 milliards de personnes ! La réussite de libra conditionnera à terme la domination des multinationales du numérique et donc leur prise de pouvoir sur le politique. Les banques centrales ont cependant déjà prévenu libra : cette monnaie ne pourra pas assurer des services bancaires si elle ne se plie aux règles. C’est du moins ce qu’a annoncé le gouverneur de la Banque de France qui n’en est pas à une ânerie près. Cependant en dehors de toute polémique la question qui se joue est de savoir si à long terme une monnaie qui n’est pas appuyée sur la force d’un Etat est viable[10]. Mais l’émergence de cette nouvelle monnaie accroit en réalité l’instabilité financière, entre autres parce qu’elle mine la valeur de l’euro et celle du dollar en les concurrençant. Or l’euro, encore très malade, n’a pas besoin d’une nouvelle crise.  

    L’euro et son avenir 

    Comme on le voit une partie de l’instabilité financière mondiale vient de la privatisation de la monnaie et de la prolifération des nouvelles formes de monnaies. Mais le problème plus immédiat pour l’euro, et par suite pour l’Union européenne, est le comportement du gouvernement italien et ses velléités d’autonomie. En effet depuis l’automne dernier nous sommes dans une impasse. La Commission européenne qui semble ne pas avoir assez de soucis avec la sortie du Royaume-Uni a engagé un bras de fer avec l’Italie sur la question du déficit budgétaire. Bien que le déficit budgétaire soit bien inférieur à celui de la France, la Commission engage Rome à faire de nouvelles coupes dans son budget et donc à suivre une logique austéritaire. Au mois de décembre dernier, l’Italie avait corrigé sa copie, et il semblait qu’on se dirigeait vers un accord[11]. Mais dès le mois de février dernier, la Commission se disait insatisfaite et demandait, sous peine de sanctions, que l’Italie plie devant Bruxelles[12]. En vérité ce que la Commission ne supportait pas c’est que les Italiens ne suivent pas ses directives, notamment sur les retraites. La brutalité de la Commission fut confirmée lorsqu’elle laissa entendre que si Rome ne se soumettait pas, elle allait avoir de très graves ennuis pour se refinancer. Sa dette publique est en effet énorme, et les banques italiennes sont insuffisamment capitalisées. Autrement dit, la Commission cherchait à rééditer le coup qui lui avait si bien réussi avec la Grèce en 2015. On se souvient que déjà à cette époque la crise grecque avait failli emporter la monnaie unique. Mais Tsípras était rentré dans les rangs et s’était renié en tout et sur tout.  

    L’euro et son avenir 

    Un nouveau pas vient d’être franchi. Les Italiens ont décidé de créer une monnaie parallèle à usage interne. Ce sont des mini-BOTs – mini-bills of treasury, ou Buoni Ordinaro Del Tresorio – qui sont des sortes d’obligations d’Etat. Les billets ont déjà été imprimés. On ne sait pas quel est le volume de ces mini-bots, on les évalue entre 50 et 200 milliards d’euros. Ce sont des billets dont la valeur faciale est comprise entre 5 et 200 euros. Officiellement il s’agit de permettre à l’Etat et aux entreprises de régler leurs dettes par ce moyen, de façon à ne pas se trouver à court de liquidités[13]. Mais en réalité, c’est de bien d’autre chose dont il s’agit. Pour certains il s’agit d’une préparation à la sortie de l’euro[14]. Pour d’autres, il s’agit de contourner, grâce à la production des mini-BOTs, le déficit budgétaire imposé par Bruxelles. S’il s’agit d’une vraie monnaie, comme le disait Mario Draghi, alors les Italiens sont dans l’illégalité du point de vue des traités européens, mais s’il s’agit d’une augmentation de la dette, alors ils le sont tout autant ! On ne sait pas vraiment quelles sont les intentions du gouvernement italien, jusqu’où il voudra aller. Après tout, on pourrait voir cette manœuvre comme la première étape pour faire de l’euro une monnaie commune et de la lire une monnaie intérieure dont la valeur fluctuerait par rapport à la monnaie commune, ce qui permettrait à l’économie italienne d’ajuster la valeur de sa monnaie à l’évolution de sa productivité.  

    L’euro et son avenir 

    En Italie le débat frise l’hystérie. L’opposition qui n’en peut plus de la popularité de Salvini et de son gouvernement et qui n’a aucune imagination en rien pour s’affirmer, tente de démontrer que les mini-BOTs n’ont aucune importance, et que sortir de la monnaie unique serait une catastrophe. Mais les Italiens sont bien plus rebelles que les Grecs et pensent dans l’ensemble que de plier aux exigences incongrues de la Commission serait la vraie catastrophe. Autrement dit cette querelle fait apparaître toute l’opposition comme ultra-conservatrice[15]. En France le débat sur cette question est des plus discrets, puisqu’en effet s’il s’avérait que les mini-BOTs peuvent fonctionner comme une vraie monnaie parallèle, alors cela serait un encouragement pour le Frexit. On ne sait donc pas encore quelle ampleur auront ces mini-bots. 50 milliards ou même 200 milliards, c’est assez peu pour un PIB d’environ 2000 milliards €. Et puis, comme on sait selon la loi de Gresham, « la mauvaise monnaie chasse la bonne », or il pourra apparaitre que l’euro est pour les Italiens une bonne valeur refuge, et donc cela pourrait accélérer pour le meilleur et pour le pire la circulation des mini-BOTs, et par suite l’inflation. Pour le moment on n’en est pas là. Et beaucoup croit à un bluff dans la négociation sur le budget entre le gouvernement italien et la Commission. Rien n’est moins sûr. Il apparait qu’en même temps le gouvernement italien est en train de faire le ménage au cœur de la Banca d’Italia, afin d’y mettre des hommes sûrs parce que la direction de cette banque centrale est tout de même très pro-européenne[16]. Il s’agit en cas d’affrontement majeur avec Bruxelles d’avoir les moyens de fournir l’Italie en liquidités, contrairement à ce qui s’est passé en 2015 en Grèce quand la Banque centrale de ce pays a coopéré avec la BCE pour étrangler l’économie et amener Tsípras à la capitulation. Varoufakis avait noté le manque de patriotisme des hauts fonctionnaires lors de cet affrontement majeur[17].  En tous les cas, l’attitude du gouvernement italien face à la Banca d’Italia est clairement une volonté de voir réussir la mise en place des mini-BOTs au minimum comme monnaie de compensation monétaire entre les entreprises et entre les entreprises et l’Etat.  

    L’euro et son avenir 

    Cette initiative italienne pose et va poser énormément de problèmes. Le premier problème directement lié à la mise en place des mini-BOTs, est la question des taux d’intérêt. On pense que les taux d’intérêts vont remonter en Italie, sans qu’on puisse dire jusqu’où. Pour certains, cette remontée sera modérée, eu égard la structure de la dette publique italienne. Evidemment le retour à la souveraineté monétaire, même si cela est profitable à moyen et long terme, a forcément un coût. La seconde question est de savoir quel est le but véritable des Italiens. Deux hypothèses sont avancées, pour les uns les Italiens se préparent sans le dire à sortir de l’euro, ou à s’y faire mettre à la porte, ce qui est la même chose[18]. Pour les autres, au contraire la manœuvre des Italiens est de forcer le départ des Allemands et un retour au mark ! Il y aurait donc deux zones à l’intérieur de la zone euro : l’une autour du mark, avec l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche par exemple, et l’autre avec le reste des pays qui souffrent actuellement de l’hégémonisme économique allemand. Si dans les deux cas ce sera un échec majeur de l’Union européenne et de son modèle néo-libéral, il est clair que la première option est préférable à la seconde parce que même si on admet que la zone euro se coupe en deux, certains milieux d’affaires allemands y sont plus que favorables, le problème des taux de change se reposerait une nouvelle fois au sein de cette nouvelle zone euro.  

    L’euro et son avenir 

    Ce n’est pas un hasard si le mini-BOT de 100 € est frappé à l’effigie d’Enrico Mattei. Celui-ci qui a été assassiné dans des conditions louches, probablement par les services secrets français, est le symbole en Italie de la modernisation de l’économie fondée sur l’indépendance énergétique avec la création et le développement de l’ENI[19]. Comme je l’ai souvent souligné, l’Italie est le premier pays candidat à la sortie de l’Union européenne après le Royaume-Uni. Quoi qu’on en pense, comme au moment de la Libération, les Italiens retrouvent avec leur gouvernement un élan patriotique. La situation ne sera pas longtemps tenable. Elle met encore plus en évidence les défauts de la construction européenne. Cette fois c’est par le biais de sa monnaie que l’Union européenne se retrouve dans la tourmente. Cette nouvelle crise de l’euro montre qu’à tout le moins, cette monnaie unique n’a pas les vertus qu’on lui prêtait lors de sa création. Elle accentue les divergences entre les économies, ralentit la croissance, engendre le chaos sur les marchés financiers, notamment en ce qui concerne les dettes publiques. Près de la moitié de la dette italienne est détenue par des banques étrangères. Et donc si l’Italie relibellait sa dette en mini-BOTs, cela engendrerait clairement une catastrophe financière au moment même où les banques sont déjà dans de grandes difficultés. Les possibilités d’action de la Commission européenne sont quasi-nulles, on ne voit pas cette assemblée de bureaucrates lever une armée pour aller demander raison de cet affront financier à l’Italie. Une sortie de l’Italie de l’euro serait sans doute une catastrophe économique pour toute l’Europe, mais comme y restait c’est la mort lente assurée, il semble qu’à moyen terme il n’y ait pas le choix : c’est une pente fatale. Une sortie de l’Italie de l’euro et de l’Union européenne serait le terminus de cette entreprise grotesque, bien pire que le Brexit. On voit déjà quelles difficultés rencontre l’Union européenne avec la sortie programmée du Royaume-Uni, mais que dire de l’Italie ? Non seulement c’est un membre fondateur, mais c’est aussi la troisième économie de l’Union européenne. L’Italie est un contributeur net au budget de l’Union européenne, pour un peu plus de 4,5 milliards d’euros. Si j’ajoute les 7,5 milliards de contribution nette du Royaume-Uni, j’en suit à 12 milliards d’euros, pour un budget global de près de 160 milliards. On voit mal où dans un contexte d’austérité prolongé, l’Union européenne trouverait des compensations. Comme on le voit cette crise engendrée par l’émergence de cette nouvelle forme de liquidité est plurielle. Elle pourrait tout aussi bien conduire à l’effondrement de l’euro sur les marchés internationaux. Pour l’instant les marchés financiers sont l’arme au pied. Ils ne bougent pas, d’autant que les turpitudes de Trump ne rassurent pas non plus sur la solidité du dollar. Quoi qu’on pense et qu’on dise du gouvernement italien aujourd’hui, il est clair que son attitude est d’abord la conséquence de l’incapacité de la monnaie unique à faire converger les économies qui composent la zone euro vers une dynamique satisfaisante. C’est donc d’abord un échec complet et total de la construction européenne. Il n’y a plus un seul élément qui puisse donner raison aux européistes. Mais on aurait tort de croire que les bureaucrates européistes vont lâcher le morceau comme ça. Je pense que la première forme de rétorsion qu’ils vont utiliser ce sera de tenter de couper les liquidités pour le refinancement de la dette italienne et donc d’asphyxier son économie avec des taux d’intérêt explosifs. Ne n’oubliez pas, l’Union européenne n’a pas vocation à la démocratie, elle pratique la diplomatie de la brute car elle n’a plus d’autre outil à sa disposition pour se sauver du naufrage. Mais cette diplomatie de la brute a des limites comme le montre le Royaume-Uni. A force de vouloir faire plier les britanniques, Bernier et son équipe obtiendront un No deal qui sera sans doute plus défavorable à l’Union européenne qu’au Royaume-Uni. 

    L’euro et son avenir 

    La conclusion de tout cela c’est qu’une monnaie quand elle n’est pas adossée à un Etat politiquement stable a du mal à se faire reconnaitre et génère le chaos. Sa valeur est fragile, surtout si elle ne se détermine que sur les marchés en termes de confiance, elle devient un facteur aggravant des déséquilibres récurrents engendrés par le processus d’accumulation du capital.



    [1] L'impôt sur le capital et la réforme monétaire, Editions Hermann, 1977.

    [3] Joseph Stiglitz, The Euro: And its Threat to the Future of Europe. Allen Lane, 2016. Cette idée n’est pas propre à Stiglitz, on la retrouve aussi chez Jacques Sapir, L'euro contre la France, l'euro contre l'Europe, Cerf, 2016.

    [4] Saifedean Ammous, The Bitcoin Standard: The Decentralized Alternative to Central Banking, Wiley, 2018. 

    [19] Benito Li Vigni ,Enrico Mattei. L'uomo del futuro che inventò la rinascita italiana, Editori Riuniti Univ. Press, 2014.

     

     

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