•  Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Toulouse 

    Malgré la canicule, malgré le boycott des médias à leur égard et les départs en vacances, il y avait encore entre 10 000 et 20 000 gilets qui manifestaient dans toute la France, tandis que le ministère de l’intérieur, habitué à mentir, donnait lui le chiffre de 5 769, vous admirerez au passage le 69 final, bientôt pour faire plus précis Castaner-le-menteur nous détaillera ça à deux décimales[1]. J’ai eu du mal à trouver des informations sur l’acte XXXIII, le sujet étant carrément absent des sites des médias de grande audience. Vu les juger qu’ils traitent par ailleurs, on ne peut pas croire à autre chose qu’à une politique délibéré d’étouffoir. La faible mobilisation de l’acte XXXIII n’a tout de même pas empêché la police de déclencher des incidents dès le début des rassemblements comme à Rennes par exemple où la milice de Castaner n’aimait pas la banderole des gilets jaunes. Si on suit l’histoire récente du comportement des forces de l’ordre, il est clair que celles-ci ont pris la sinistre habitude de cogner sur tout ce qui bouge, dans l’indifférence assez générale des médias : la semaine dernière c’était la fête de la musique qui voyait à Nantes des policiers pousser des jeunes gens à se jeter dans la Loire, un jeune qui apparemment ne savait pas nager à disparu[2], avant les gilets jaunes, c’était les zadistes qui en avaient pris plein la gueule, c’est le cas de le dire[3]. Le pouvoir dit « socialiste » à abuser de la répression, mais Macron atteint un tel niveau qu’on se demande maintenant : si la police est encore une police républicaine, ou encore si ce ne sont pas les policiers violents qui, livrés à eux-mêmes font la loi dans le pays. En même temps que la popularité de Macron reste très basse, malgré la mise en scène des médias aux ordres, la population française ne se fait plus aucune illusion sur le caractère peu démocratique de sa police[4]. 

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Rennes les miliciens de Castaner n’aiment pas les banderoles des gilets jaunes 

    On se retrouve dans une situation où on comprend que la guerre sociale sera longue, mais si nous avons perdu une bataille, nous n’avons pas perdu la guerre, tandis que le pouvoir macronien est nu et a révélé sa vraie nature fascisante. Après plus de sept mois de lutte et les vacances qui arrivent, c’est bien difficile de maintenir la mobilisation. Nous n’avons pas les mêmes moyens matériels que le gouvernement, nous n’avons pratiquement aucun appui dans les partis, à part la France Insoumise, et dans les syndicats. Devant ce net essoufflement des délégués des gilets jaunes venus de toute la France se sont réunis ce week-end dernier à Montceau-les-Mines pour tenter de trouver des issues. Ils étaient plusieurs centaines. Les revendications restent les mêmes, et le mouvement refuse toujours des leaders. Peu d’idées nouvelle sont ressorties de cette rencontre, si ce n’est peut-être de commencer à s’impliquer dans des élections municipales. Mais cette piste nous semble assez bouchée, bien qu’à l’évidence les élections municipales n’aient pas la même allure   que les élections européennes, cette participation ne nous semble pas à la hauteur des exigences[5]. On a pris également conscience que ce ne serait pas si simple de réunir les 4,7 millions de signatures pour faire en sorte que le référendum sur la privatisation d’ADP ait lieu.  Le pouvoir ne dit rien, il se contente d’emmerder les citoyens pour les dissuader de signer, et on suppose que secrètement Macron prie pour qu’on n’arrive pas à 4,7 millions, dans le cas inverse il sera obligé d’agir par la voie parlementaire pour faire capoter le référendum. Plus personne ne croit à la privatisation d’ADP selon Le canard enchaîné du 26 juin, mais de réunir les 4,7 millions de signatures serait une manière de se remobiliser et une défaite symbolique lourde pour Macron et ses lobbyistes du gouvernement, et cela d’autant plus qu’elle se réaliserait par-dessus des clivages partisans, démontrant que la stupidité macronienne avait réussi à faire l’union des oppositions contre elle. 

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Montceau les mines plusieurs centaines de gilets jaunes s’étaient réunis pour trouver des voies nouvelles pour la lutte 

    Nul ne peut dire quel sera l’avenir du mouvement. Les gilets jaunes qui sont restés mobilisés tout au long de ces sept mois, sont ceux qui aiment ça, c’est-à-dire qui trouvent de l’intérêt dans la fraternité des luttes, dans le défi lancé à un pouvoir despotique et ultra-conservateur. Ils aiment chanter et moquer la police, mais aussi réfléchir à ce qu’on pourrait faire pour changer une société qui apparait de plus en plus pourrie. C’est en effet bien mieux que de regarder la télévision. Néanmoins, mêmes les plus déterminés aimeraient bien voir s’ouvrir devant eux des perspectives, des avancées. Bien que le résultat du mouvement soit extrêmement positif de quelque manière qu’on le regarde – il n’a que les gilets jaunes qui ont eu cette capacité à réfléchir sur la démocratie, je comprends bien qu’on le considère comme insuffisant. Pour moi il est clair que la lutte doit s’élargir. A l’heure actuelle et malgré l’approche des vacances, il y a un grand nombre de grèves, tant dans le secteur privé que dans le secteur public. Mais les syndicats ne font plus le boulot de les coordonner, ni même de les faire connaître.

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Gisors des gilets jaunes manifestaient encore

    Tout ce que les gilets jaunes ont appris et construit ne peut pas être perdu, c’est un socle très solide sur lequel on peut bâtir sur le long terme. Pour l’instant les institutions se sont révélées très solides pour défendre le président-fou et lui permettre de continuer une politique en contradiction totale avec les aspirations des Français. Cette accalmie ne saurait durer très longtemps parce qu’aucun des problèmes n’est résolus. Les gilets jaunes sont en quelque sorte la synthèse de toutes les luttes sociales. Le vendredi 28 juin, on a vu à Paris la milice de Castaner réprimer méchamment une manifestation d’écologistes tout ce qu’il y a de plus pacifique[6]. C’était un pur abus de pouvoir, une jouissance sadique de ces brutes épaisses dont Macron a libéré les pulsions mauvaises. Les vidéos qui ont circulé sont édifiantes. Depuis l’arrivée de Macron à l’Elysée, les libertés publiques sont menacées comme jamais, pointant directement la faillite de lé démocratie parlementaire. Il faut remonter au Maréchal Pétain pour retrouver une équivalence. C’est sans doute là que les choses déraperont pour le pouvoir : les Français ne sont pas un peuple qui se soumet facilement, même si les lecteurs du Monde sont très contents de la répression politique. Ils réagiront, et comme les partis et les syndicats sont aux abonnés absents ou comme la France Insoumise piégés par leurs querelles internes, ils seront contraints de suivre une voie nouvelle, celle précisément ouverte par les gilets jaunes, celle de la démocratie directe. 

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    A Nantes on a manifesté pour dénoncer les exactions de la police lors de la fête de la musique 

    Acte XXXIII des samedis des gilets jaunes, les vacances arrivent 

    Le vendredi 28 juin la milice de Castaner gazait des manifestants écologiques très pacifiques



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  •  Justice de classe, mensonges et conséquences 

    Devant les caméras de télévision, Patrick Strodza avait menti ouvertement 

    La justice n’en finit pas de se vautrer dans l’ignoble. Cette semaine a été révélatrice de son instrumentalisation par Macron et plus largement par le bloc bourgeois. La première affaire est celle du classement sans suite qui été décidé par le procureur Rémy Heitz dans une partie de l’affaire Benalla[1]. Parmi les personnages mis en cause par la justice, il y avait Patrick Strodza prit la main dans le pot de confiture en train de mentir honteusement devant les sénateurs pour couvrir les turpitudes des deux hommes de main de Macron, les voyous Alexandre Benalla et Vincent Crasse. Rémy Heitz a été nommé par Macron contre l’avis du Conseil de la Magistrature au poste plus que sensible de procureur de Paris. Il a ainsi le pouvoir comme on le voit avec l’affaire Strodza de bloquer les affaires délicates pour Macron en amont. Donc Patrick Strodza, directeur du cabinet du président de la République, avait menti outrageusement devant la représentation nationale. Aux Etats-Unis une telle ignominie vous mènerait directement en prison. Mais en France Rémy Heitz peut se permettre que bafouer la loi et la vérité en requalifiant le comportement inadmissible de cette bande de voyous qui se trouve à l’Elysée de « simples contradictions » n’ayant pas altéré la vérité. Comme on le voit, le parquet ne chie pas la honte.  

    Justice de classe, mensonges et conséquences

    Rémy Heitz est, avec François Molins, le procureur chargé de protéger Macron et ses sbires de toute ingérence judiciaire, alors que les plaintes contre le président et sa clique s’accumulent, que ce soit pour les turpitudes de Macron dans la vente d’Alstom à General Electric avec les conséquences dramatiques sur l’emploi et l’industrie[2], ou celles de Castaner pour l’attitude fascisante des forces de l’ordre vis-à-vis des gilets jaunes.             Après avoir décider de classer sans suite des centaines de plaintes contre la police, Rémy Heitz a été oblige de faire la part du feu, aussi bien face à l’opinion publique que face aux remontrances de l’ONU et de l’Union européenne dans les gestions des violences policières, et donc il a décidé de traduire certains policiers – qui paieront pour les autres – devant les tribunaux. Comme on le voit, Rémy Heitz est le préposé aux sales besognes, il n’a jamais de sa vie de procureur la plus petite indépendance. Si nous étions sous Vichy il s’appliquerait de poursuivre les Résistants et les faire lourdement condamner. C’est ce qu’il fait avec les gilets jaunes, notamment quand il fait poursuivre plusieurs fois d‘affilé Éric Drouet en correctionnelle qui a été condamn. Il se dépêche de le traîner devant les tribunaux[3], alors que Benalla mis en cause depuis des mois dans des affaires bien plus graves, peut vivre tranquillement sa vie et toucher des allocations chômage copieuses tout en étant rémunéré par ailleurs pour des tâches très obscures. Éric Drouet a fait appel de ses condamnations, et sans doute, vu la fragilité des charges retenues, Macron sera une nouvelle fois désavoué. Mais il gagne du temps et fait passer ses adversaires politiques pour des délinquants, alors que lui-même est entouré de voyous qui trichent et mentent en toute impunité.

    Justice de classe, mensonges et conséquences 

    Les militants d’ANV-COP21 ont été relaxés 

    L’instrumentalisation de la justice à des fins politiques ne se suffit pas pourtant du scandaleux travail des Molins et autres Heitz. Le ridicule ne tue pas, la preuve les procureurs, sans doute sur les ordres de la sinistre Belloubet – celle qui ressemble à la sorcière de Blanche Neige et qui oublie parfois de déclarer sa fortune[4] - ont mis en scène plus de soixante procès dans toute la France contre ceux qui ce sont permis de décrocher le portrait du président-fou des mairies de France. On a pu compter jusqu’à 65 procès de décrocheurs[5]. Ils entendent protester en enlevant l’ignoble portrait de Macron des mairies contre son inaction en faveur de l’environnement. Notez que certains maires avaient ouvert la voie en l’enlevant, ou en mettant son effigie tournée contre le mur. Ce qui ressort de ce mouvement très pacifique de contestation, c’est évidemment que les Français ne reconnaissent plus Macron comme leur président, ils le supposent leur ennemi. Et ils ont raison. Vexé, Macron a demandé aux procureurs de les poursuivre. Ceux-ci se sont exécuté sans état d’âme. Mais le premier procès de ce genre – unique sous la Vème République – s’est soldé par un échec. A Strasbourg, 3 militants écologistes qui étaient poursuivis pour ce crime de lèse-majesté, ont été relaxé, le tribunal ne trouvant aucun motif sérieux de les poursuivre[6]. Gageons que les autres tribunaux suivront ce verdict de sagesse. Il s’agit d’intimider les opposants, nous en sommes pratiquement au délit d’opinion. Tous les juges ne sont pas aussi indépendants que ceux de Strasbourg. Il y a quelques jours trois gilets jaunes avaient été condamnés à de lourdes amendes à Besançon pour avoir crié « Castaner assassin », ces juges-là n’ont peur de rien[7]. On voit que le pouvoir dictatorial de Macron vise d’abord a empêcher une opinion négative de sa personne de se répandre et de se diffuser. Les journaux ne relaient que mollement cet activisme judiciaire choquant. On suppose que l’étape suivante sera d’interdire ces mêmes critiques sur les réseaux sociaux, c’est semble-t-il en bonne voie. Par bonheur, Macron étant soutenu par 99% des médias financés par ses amis milliardaires, il n’a pas besoin d’engager le procès des journalistes, ce qui peut lui permettre de critiquer Orban en Hongrie pour son attitude répressive vis-à-vis de la presse.

    Justice de classe, mensonges et conséquences 

    Mélenchon s’indignant de la perquisition à la France Insoumise en octobre 2018 

    Ne croyez pas que les choses s’arrêtent là. Macron dont la cote de popularité est toujours extrêmement basse, poursuit ses ennemis politiques de toutes les manières. Toujours dans les basses manœuvres d’intimidation, on se souvient que Mélenchon et la France insoumise avaient fait l’objet en octobre dernier de perquisitions houleuses. Et donc aujourd’hui voilà le parquet qui traine Mélenchon devant le tribunal correctionnel[8]. On peut penser ce qu’on veut de Mélenchon et même critiquer sa manière de se rebeller contre ces perquisitions, reconnaitre qu’il a fait une faute qui lui est retombé dessus en cédant à la provocation, la question n’est pas du tout là. Elle est dans une criminalisation des opposants. Que ce soit Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, identifiés tous les deux comme les principaux opposants de Macron, il est clair qu’ils font l’objet d’un véritable harcèlement judiciaire. Je ne veux pas défendre l’idée que Mélenchon soit au-dessus des lois, bien au contraire, je pense que les hommes politiques doivent répondre de leurs actions lorsqu’elles enfreignent la loi. Mais il est clair que la criminalisation des opposants est une manœuvre d’un clan pour intimider les adversaires. C’est à tel point qu’on se demande qui contrôle qui : est-ce Macron qui instrumentalise le parquet, ou est-ce le parquet qui instrumentalise Macron et se comporte en véritable parti politique ? Il ne faut pas se tromper, il ne s’agit pas ici de défendre Mélenchon – qui par ailleurs a beaucoup déçu – ou MLP, mais de lutter pour une restauration de la démocratie qui passe d’abord et prioritairement par la possibilité des opposants d’exprimer leurs divergences avec le pouvoir en place, soit en manifestant, soit en décrochant des portraits de l’ignoble Macron, soit en l’injuriant parce qu’il fait matraquer les gilets jaunes et vend les biens publics à des prix de braderie à ses amis de la finance. Le monde parlait de « nouveau coup dur pour Mélenchon et la France Insoumise », ils se trompent, c’est un nouveau coup dur pour la justice. Le jour même où l’ignoble Rémy Heitz blanchit Patrick Strodza, le parquet s’attaque à Mélenchon pour une broutille, un petit incident de rien du tout. Sur les réseaux sociaux on a remarqué de cette annonce concomitante était un clair message envoyé aux Français : ceux qui sont avec Macron peuvent mentir et se parjurer, les opposants par contre risquent d’être traînés devant les tribunaux. Vichy n’est plus très loin. Rendons au moins hommage à Macron sur ce point, il a dévoilé la nature du pouvoir de classe, et la solidité du bloc bourgeois. Bref comme disait Marx, le programme est toujours le même : « rendre la honte plus honteuse à la livrant à la publicité ». La justice française est classée 37ème sur 43 en Europe, derrière l’Arménie et l’Azerbaïdjan selon la CEPEJ – Commission Européenne Pour l’Efficacité de la Justice[9]. Très souvent on dénonce le manque de moyens qui font que les affaires trainent en longueur, voir par exemple les affaires de Sarkozy ou de Balkany. C’est vrai, mais ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas parce que le nombre de procureurs augmenterait que ceci accroitrait leur indépendance. Il y a dans la justice française, c’est son histoire, une honte dont elle ne s’est jamais remise, elle s’est compromise lâchement avec le nouveau régime, s’abritant derrière l’idée selon laquelle elle appliquait la loi mais ne la faisait pas[10]. 

    Justice de classe, mensonges et conséquences



    [10] Virginie Sansiçco, La justice déshonorée, 1940-1944, Tallandier, 2015.

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  •  Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons !

    Un référendum d’initiative partagée – RIP – a été lancé contre la privatisation d’Aéroports de Paris. Les raisons qui doivent nous pousser à entraver cette privatisation sont très nombreuses :

    - d’abord il s’agit d’un bien public donc qui n’appartient pas à Macron et à son gouvernement d’affairistes, et bien sûr si cette canaille politicienne veut vendre ADP c’est parce qu’il y a des affaires juteuses en perspective pour les riches amis du président. Les milliers d’hectares qui sont la propriété d’ADP, on parle de près de 7000, pourraient être « valorisés »[1], ce qui en français plus direct et plus familier, livrés à la spéculation. Cette affaire sent de loin les gros pots de vin ;

    - ensuite parce que les Aéroports internationaux ne sont pas seulement des lieux où on embarque, mais un aéroport international est aussi une frontière. Et donc il vient que la privatisation d’ADP reviendrait à vendre notre frontière aérienne ;

    - il y a également que le rendement d’ADP pour l’Etat est une manne financière bien connue et régulière, or l’ignoble Bruno Le Maire nous dit que cette privatisation va aller alimenter un fonds pour l’innovation dont nous aurions bien besoin, mais comme la Cour des comptes l’a signalé, le rendement actuel d’ADP sera supérieur au rendement de la privatisation et de l’affectation de la privatisation à ce fonds très fumeux dont les objectifs sont peu clairs[2] ;

    - une des raisons et non des moindres de voter contre cette privatisation sera aussi de donner une leçon au locataire de l’Elysée qui mène une politique très violente de privatisation ailleurs que dans les aéroports, notamment en matière de santé et de retraites.

    Et puis il y a la privatisation de l’Aéroport de Toulouse Blagnac au profit des Chinois qui a été une vraie catastrophe financière, les investisseurs se servant de leur droit de propriété pour siphonner le cash de l’entreprise. Cette privatisation a été depuis annulée, mais le mal est fait[3].

     Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons ! 

    Les Français sont massivement contre ces privatisations. Et le gouvernement sait parfaitement que si la question est soumise à référendum, il sera battu. Les défenseurs de la privatisation ont des arguments qui sont autant de mensonges. Par exemple Macron raconte que l’Etat n’a pas vocation à gérer les boutiques Duty free, ce qu’il ne fait pas et n’a jamais fait, mais il avance cette idée parce qu’il n’a pas d’autre argument. C’est bien connu, lorsque les avocats n’ont pas d’argument sérieux à présenter, ils mentent, c’est pourquoi en argot l’avocat c’est le menteur. Donc Macron et la canaille qui le soutient craint ce référendum.  Il a d’abord espéré que le Conseil constitutionnel invalide le RIP. Et donc il a fallu passer à l’étape suivante. C’est celle d’aujourd’hui. Il s’agit de recueillir un peu plus de 4,7 millions de signatures. Un site a été lancé. On a constaté de très nombreux bugs et bien que je n’en ai pas eu à me plaindre, pour beaucoup c’était difficile. 

    Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons ! 

    La deuxième difficulté est de connaître le nombre de signatures effective. Ce gouvernement de sournois a fait en sorte, puisque la loi ne l’y oblige pas, que le nombre de signatures n’apparaisse pas, car si la vitesse de la collecte est rapide, alors cela pourrait encourager ceux qui sont un peu mou de ce côté. Cependant, il s’est monté un site qui analyse presqu’en temps réel le regroupement des signatures. Le lien pour accéder à ce site est là https://www.adprip.fr/. il permet aussi de savoir si on est dans les temps ou si au contraire on est en retard. Comme on peut le voir ci-dessous, on a recueilli un peu plus de 8% des signatures au 25 juin, et le graphique du dessous montre que nous somme dans les temps : la ligne bleu est celle des signatures réelles et l’orange celles du minimum qu’il faut recueillir pour y arriver. Evidemment la bataille est loin d’être gagnée. La campagne va être décisive. 

    Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons ! 

    Macron réalise grâce à cette initiative à réunir contre lui l’ensemble des oppositions, de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par le PS[4]. Certes ils n’en sont pas à faire meeting commun, mais en tous les cas sur ce sujet ils désignent clairement Macron comme un ennemi du peuple et de la nation. Le gouvernement a beau ironiser sur le mariage de circonstance entre ces partis, il ne peut qu’encaisser le choc : il est marginalisé dans son propre pays, et confirme son isolement. Mais les choses ne sont pas si simples. Macron peut compter sur des alliés inattendus : les syndicats. Si la CGT soutient l’initiative, il n’y aura pas de front commun syndical pour soutenir le recueil des signatures. Alors même que les syndicats des salariés qui travaillent dans les aéroports, sont contre la privatisation d’ADP, la CFDT et FO au nom de la neutralité syndicale vis-à-vis des partis politiques sabotent le processus : « On en a discuté et on ne fera pas d’appel », dit cette canaille de Marylise Léon, la numéro deux de la centrale. Selon elle, « il n’y a aucun intérêt à privatiser ADP si ce n’est pour l’Etat de se faire un peu de cash », mais pour la Confédération, participer à cette campagne référendaire reviendrait à donner une consigne de vote et à « sortir du rôle d’organisation syndicale »[5]. Si la position du syndicat jaune de Laurent Berger est conforme à ce que peut être celle d’un syndicat qui travaille main dans la main sans s’en cacher avec le patronat[6], celle de FO, plus habitué du double discours, est plus paradoxale[7]. Evidemment ce sont les dirigeants de ces centrales qui jouent ce jeu dangereux, et non pas les syndicalistes de base à qui on n’a rien demandé à ces sinistres bureaucrates. Ils affaiblissent sur le long terme la crédibilité des organisations syndicales et incidemment donnent raison aux gilets jaunes de s’en méfier.

    Ne croyez pas que nous sommes encore en démocratie l’hypocrite pouvoir macronien tente désormais d’entraver le décompte des signatures en loquant l’accès à une page qui permettait facilement de décompter les signatures. Le ministère de l’intérieur dirigé par Castaner-le-menteur se justifie ainsi : «Le législateur a confié au Conseil constitutionnel et à lui seul le décompte des soutiens. Il n’a pas prévu que les électeurs et de manière générale nos concitoyens y aient accès, raison pour laquelle le ministère de l’Intérieur est intervenu pour que cette page n’apparaisse plus. »  Donc si le législateur n’a pas prévu la communication sur les signatures, la dictature macronienne s’autorise à la censurer[8]. On atteint des niveaux ubuesques d’illibéralisme ! C’est selon mois une raison supplémentaire de signer et de faire signer. Mais en tous les cas le camp macronien craint l’expression de la volonté populaire. Il faut rapprocher cette censure des innombrables procès qui ont été déclenchés sur tout le territoire pour avoir décroché les portraits de l’ignoble Macron-le-poudré[9]. C’est une dictature qui se met en place, et il est très probable que le référendum sera aussi interdit, d’une manière ou d’une autre. A travers le combat pour imposer le référendum au gouvernement affairiste, c’est donc un combat pour la démocratie qui se joue ici, et maintenant. 

    Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons ! 


    [6] Rappelons que Laurent Berger qui ne fait pas de politique avait signé le 29 avril une tribune dans le monde avec le MEDEF pour soutenir l’Union européenne façon Macron, là on n’hésite pas à faire de la politique politicienne la pire qui soit. Il est difficile de se vendre un peu plus. https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/04/29/l-europe-que-nous-voulons-un-appel-commun-d-organisations-syndicales-et-patronales_5456127_3232.html

    [7] Encore que des anciens bureaucrates de FO sont passés avec armes et bagages au service de l’horrible Pénicaud.

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  • « Les mots qui expriment le mal sont destinés à prendre une significationd’utilité. Les idées s’améliorent. Le sens des mots y participe. »

    Lautréamont, Poésie II  

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête

    C’est de tout temps que les mots sont détournés, et pas seulement avec une tentation subversive. Mustapha Khayati dans un article fort intéressant, Les mots captifs, préface à un dictionnaire situationniste, pensait dans les années soixante que les révolutionnaires devaient détourner le sens des mots à leur profit, mais il n’imaginait pas l’inverse[1]. La bourgeoisie s’y est mise aussi, en récupérant le langage de la classe ouvrière par nature révolutionnaire, et elle se sert de ce détournement pour tenter d’abuser les populations en ce qui concerne ses véritables objectifs. En vérité c’est une forme de modernisation de la société que de trafiquer le langage, avant on n’en avait pas besoin. C’est ce que montre par exemple George Orwell dans une des fonctions de la novlangue qui non seulement crée des mots qui empêchent la réflexion critique dans une soi-disant volonté de simplification, mais qui en arrive aussi à dire l’exact inverse de ce pour quoi les mots ont été créés[2]. Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi la bourgeoisie tente de détruire la langue en intégrant comme Macron des formules empruntées à la rue, « pognon de dingue », l’horrible écriture inclusive est un autre aspect de ce problème, rendre la langue incompréhensible au prétexte de travailler à l’égalité entre les sexes – ici appelés genres. Dans tous les cas il s’agit de déracinement, et de couper l’homme de sa propre histoire. Donnons quelques exemples. 

    Révolution 

    Emmanuel Macron signe, pour appuyer sa campagne électorale, un ouvrage qu’il intitule Révolution. Or en lisant ce mauvais tract électoral, on se rend compte qu’il ne parle jamais de révolution, mais bien de contre-révolution[3]. Si je me réfère à la définition de la Révolution, non seulement le mot renvoie à un renversement brutal et violent du régime, mais aussi à la Révolution française de 1789 qui vise à l’abolition des privilèges. En vérité la vision louis-philipparde de Macron est celle d’une contre-révolution, ou d’une restauration, il vise à renforcer d’abord les inégalités sociales et économiques. Mais il recouvre cette idée archaïque d’une couche d’autres mots laissant accroire que l’histoire a un sens et donc qu’il faut progresser à coups de réformes et de révolutions. Le langage de la bourgeoisie contemporaine est tellement débraillé, que ses trafiquants d’un genre nouveau en viennent à amalgamer « réformes » et « révolution ». Et si on trouve à redire à cette fade rhétorique, on retorquera qu’il faut des « réformes » pour faire une « révolution ». Ce sens de l’histoire selon Macron est fermement relié à deux idées tout aussi fausse l’une que l’autre. La première et la plus banale c’est qu’il faut continuer à accumuler des richesses pour augmenter la production, comme si la croissance économique était un phénomène infini et naturel. La seconde est que l’on doit se plier à une nécessité supranaturelle, celle du progrès scientifique et admettre une fois pour toute que celui-ci est une chose belle et bonne. On renvoie très souvent cette idée de progrès – Macron dans ses illuminations parle de progressisme – à l’évolution de la technique, sans même se poser la question de savoir si le progrès technique est une amélioration du genre humain ou sa disparition. L’introduction massive du progrès technique dans l’agriculture est un désastre complet, on en paie le coût dans son assiette et dans la dégradation continue de la santé[4].  

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête

    Evidemment Macron n’est pas le premier à détourner l’idée de Révolution. Comme on le sait, il a aussi détourné le slogan pétainiste de la France en Marche, et en matière de révolution, c’est la même chose. Quand le Maréchal Pétain tentait de montrer qu’il était aussi très peu capitaliste, il employait le mot de Révolution, il parlait de Révolution nationale. Evidemment s’il employait le mot de Révolution pour recouvrir une entreprise aussi glauque c’est parce qu’il savait que les Français n’aimaient pas le capitalisme. Dans la lignée directe de la grande crise des années trente, tout le monde était au courant que cette crise avait été causée par la dérégulation du capitalisme. La vie sociale et économique était tellement délabrée qu’il fallait employer le mot de révolution pour tenter la restauration d’un ordre ancien. Comme Macron, Pétain utilisait la rhétorique de l’effort et du travail, de l’épargne et du remboursement de la dette. Et comme lui il en viendra à dire que les Français devaient faire plus d’enfants, alors que lui-même, tout comme le Maréchal Pétain, n’en a jamais eu[5].  

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête

    Communisme 

    Il fut un temps où on était un peu plus pointilleux sur le vocabulaire. Par exemple on s’interdisait de considérer que le régime économique et social de l’URSS et de ses satellites était un régime communiste. La question portait sur les classes sociales, le communisme se voulant l’abolition des classes sociales, et ces pays étant structurés très fortement autour d’une nouvelle classe que pour aller très vite on appellera la bureaucratie, il n’était pas question de les désigner comme communistes. Les trotskistes considéraient par exemple que le régime stalinien était un régime communiste dévoyé, un Etat ouvrier dégénéré, ils se référaient seulement au fait que la propriété privée des moyens de production avait été abolie. Mais Bruno Rizzi avait trouvé une autre formule pour désigner ces pays, il parlait d’un capitalisme d’Etat[6]. L’idée était donc qu’il y avait bien une classe exploitée et une classe exploiteuse, mais que l’extraction de la plus-value se faisait sous la direction d’un Etat autoritaire. Les critiques de droite de l’idée communiste se servaient clairement du repoussoir stalinien pour faire avancer leurs affaires. En identifiant l’URSS, la Chine, l’Albanie ou Cuba, des régimes très autoritaires, au communisme, on faisait oublier que le communisme, quelle que soit sa variante, c’est d’abord une société de liberté et de partage d’où se trouve exclu toute idée de hiérarchie.

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    Charges sociales 

    Le patronat est également spécialiste de ce genre de trafic, il appelle par exemple les cotisations sociales, des charges sociales, ou des charges patronales, comme s’il payait de sa propre poche les cotisations sociales qui sont en réalité des paiements de salaires différées destinées à faire face aux dépenses de santé, de retraite ou de couverture du risque chômage. En employant le mot « charges », il s’agit de renverser le problème et de montrer combien le patronat souffre de payer de sa poche des dépenses qui l’empêchent d’être compétitif ou de créer des emplois. On verra même Macron – toujours lui, décidément ce type est une synthèse – avancer que « la vie d’un entrepreneur est plus dure que celle d’un salarié »[7] Quand on s’en prend aux charges sociales en disant qu’elles sont trop élevées, c’est un euphémisme pour dire qu’on veut faire baisser les salaires et accroître les profits. Le langage est donc très balisé si officiellement on doit appeler ces prélèvements des « cotisations sociales », les économistes en général et les hommes de droite parlent de « charges sociales », ils n’arrivent pas à s’en empêcher. Cette déformation langagière les trahit puisqu’elle signifie qu’une charge ça pèse, ça freine le progrès, la croissance et l’économie. Pire encore les analystes et particulièrement l’Union européenne, aiment à confondre « cotisations sociales » et « impôts » sous la rubrique vague de « prélèvements obligatoires ». Souvent vous entendez que la France est le pays où les impôts sont les plus élevés, c’est faux et c’est d’autant plus faux qu’on peut défalquer des prélèvements obligatoires les « cotisations sociales », en tenant compte de ces prélèvements, on s’aperçoit alors qu’en France on paie par exemple beaucoup moins d’impôts qu’aux Etats-Unis. On voit qu’une des intentions de cette manipulation langagière est de mentir, et qu’elle aide à manipuler les statistiques. 

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête  

    Le graphique ci-dessus le montre expressément. Le mensonge est grossier. Le titre nous indique que l’Etat a comme revenus des « impôts » et des « cotisations sociales ». Or évidemment les cotisations sociales ne sont pas gérées par l’Etat, elles sont gérées paritairement – c’est-à-dire par les syndicats des salariés et le syndicat patronal – en aucun cas l’Etat n’a la main dessus. Il n’intervient seulement que pour réinjecter des fonds s’il y a un déficit et pour donner des orientations. Mais il ne se sert pas de cet argent pour lui-même. Du reste les cotisations sociales sont inscrites sur la feuille de salaire, part patronale et part salariale. C’est bien la preuve que si elles sont déterminées par la loi, elles ne ressortent pas de l’impôt proprement dit. La lutte sur cette question est double, d’une part tenter de démontrer que le salaire est plus faible qu’il ne devrait-être si l’Etat ne le « chargeait » de cotisations diverses et variées, et d’un autre côté faire baisser le salaire – direct et indirect – en réclamant une baisse des « charges ». Et ça marche ! A force de jérémiades et de lobbying, le patronat est parvenu à faire baisser les « charges », soi-disant pour créer des emplois, soi-disant pour investir, mais comme le montre le graphique suivant, ce sont bien les actionnaires qui ont mis cette baisse des cotisations sociales pour leur profit[8]. 

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    En parlant de charges, on fait oublier que les cotisations sociales financées par le travail même des salariés financent des biens collectifs comme les retraites, la santé ou encore les périodes de chômage. La baisse des charges sociales est une idée de droite, c’est Pompidou qui a commencé à la lancer à la fin des années soixante en démantelant l’unité de la Sécurité Sociale. Depuis 1967 donc, il ne se passe pas une année sans qu’un politicien de droite ou de gauche ne pense à un plan d’économie pour les dépenses sociales de façon à compenser la baisse des cotisations sensées promouvoir l’emploi et l’investissement. En vérité il s’agit d’une prédation de la classe la plus riche sur le reste de la société. Et c’est aussi un élément de la remontée des inégalités. Il est vrai que cela est facilité par le peu de combativité des syndicats en la matière. On remarque que si sur le long terme les effectifs des syndicats ont fondu, c’est sans doute aussi du fait de leur faible combativité face aux assauts répétés du patronat. Il reste qu’en combattant pour la baisse des « charges sociales », le patronat travaille clairement à la déflation salariale. 

    Front national 

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    Les deux logos du Front National, le vrai à gauche et le faux à droite 

    A l’origine le Front national est un mouvement de Résistance dirigé contre les Allemands et bien entendu contre le régime de Vichy. C’est une émanation du Parti communiste clandestin en mai 1941. Si on parlait à cette époque de Front national, c’était pour soutenir l’idée que l’urgence réclamait l’union des patriotes pour chasser d’abord l’Allemand de notre sol. Or le Front national est aussi un parti d’extrême-droite fondé en 1972 à la fois par des anciens de l’OAS mais surtout par des anciens pétainistes ! Evidemment le fait d’avoir choisi ce nom ne peut pas être un hasard. Si beaucoup ont remarqué cette escroquerie intellectuelle, peu l’ont dénoncé avec colère. Certes le Front national n’existe plus aujourd’hui, il a été remplacé après une sorte de dédiabolisation par le Rassemblement national. Mais la manœuvre fut habile. Ce détournement se dédoublait d’un détournement de logo comme on peut le voir ci-dessus. Les créateurs du parti d’extrême-droite jouaient sur l’idée de patriotisme, sachant que celui-ci avait joué un rôle fondamental dans la Résistance. En même temps cela permettait de faire oublier le rôle que certains parmi l’encadrement avaient joué dans la collaboration, François Brigneau était un ancien milicien qui fut inquiété à la Libération, mais finalement acquitté dans des conditions un peu troubles. Cependant le Front national n’est pas le seul à escroquer sa clientèle en lui vendant un produit qu’elle n’a pas demandé. Je passe sur les différents partis qui se sont succédés en se revendiquant du général De Gaulle, à commencer par le sinistre Pompidou et en terminant avec Sarkozy et Fillon, ou encore le Parti dit « socialiste » à la manière de Hollande. 

    Socialisme  

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    Sans doute un des mots les plus dévoyés de l’histoire récente qu’on soit pour ou contre cette idée philosophique. Le socialisme est en effet une socialisation des moyens de production. En effet le socialisme suppose que l’égalité de droit ne suffit pas à satisfaire l’idéal de justice, et donc que si on veut lutter contre les inégalités fondamentales, il faut limiter la propriété privée des moyens de production. A l’origine les termes de socialisme et de communisme sont interchangeables. Par la suite il y a des débats sur la manière de parvenir au socialisme : il y a un socialisme révolutionnaire qui suppose qu’on ne peut parvenir au socialisme – c’est-à-dire à une société sans classe – que par les moyens d’une révolution violente puisqu’on suppose que les propriétaires des moyens de production vont se défendre, et puis il y a un socialisme réformiste qui suppose qu’on peut arriver au même but mais sans passer par une révolution. C’est ce qu’on appelle la social-démocratie. On cherche à prendre le pouvoir par le vote, parce qu’on pense que les salariés étant plus nombreux que les patrons, ils pourront obtenir plus de représentants qu’eux et modifier les lois dans un sens plus favorable aux travailleurs. Si Marx est resté toute sa vie un socialiste révolutionnaire, Engels se rangera à l’idée social-démocrate après la mort de l’auteur du Capital, arguant que les temps avaient changé. Mais que nous soyons pour un socialisme réformiste ou révolutionnaire, il s’agit de discussions tactiques et non pas de définition de ce que doit être le socialisme. Or depuis la fin des années soixante, après la grande peur des possédants qui ont cru à la révolution, le terme a été dévoyé totalement, d’abord par le SPD, soit le parti social-démocrate allemand, qui avait abandonné le premier l’idée de mettre le marché au pas au Congrès de Bad Godesberg en 1959, puis par tous les partis socialistes d’Europe qui sont aujourd’hui en voie de disparition. Il s’agit bel et bien d’un complet détournement de sens qui vise à tromper le public. En France ce travail a été effectué par ce qu’on appelle la Seconde gauche, les rocardiens si on veut pour aller vite. D’un certain point de vue Manuel Valls était plus honnête en disant qu’il fallait que la PS abandonne clairement le terme de socialiste. Depuis il a fait son chemin et s’est allié avec Ciudadanos, parti très à droite, de type libéral à la manière de Macron et de Renzi. Notez que ce détournement de sens va de pair avec la professionnalisation de la politique et la production concomitante d’experts. Il n’y a plus depuis longtemps dans les partis dits socialistes de cadres issus de la classe ouvrière ou même des petits salariés. 

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    L’usage du langage fait partie de la bataille de l’information. La novlangue passe son temps à maquiller la réalité. Les économistes sont les champions. Par exemple lorsque le PIB recule, ils parleront non pas de récession, mais de « croissance négative » ! On ne parle pas de blocage des salaires, ni même d’austérité, mais de lutte contre l’inflation. Lutter contre l’inflation parait une formule neutre, alors que blocage des salaires parle directement de lutte des classes, les économistes sont généralement du côté de l’oligarchie. Mais il n’y a pas que les économistes qui produisent des oxymores, les politiciens et les journalistes en sont friands, par exemple depuis quelques années on trouve le terme de social-libéral dans le débat. Ou encore on fera semblant que Macron n’incarne pas la droite pure et dure à la Guizot, mais une sorte de centre aussi fumeux qu’indéfini. Cette fausse pudeur langagière a comme but premier de semer la confusion, c’est relativement efficace puisque certains croient encore – ou font semblant de croire – que l’extrême droite façon Rassemblement national serait pire que la droite extrême à la Macron. Aux Etats-Unis, on en était arrivé à exclure pendant de longues années le mot « socialisme » du débat. Quoi qu’on pense de Bernie Sanders, il aura au moins réussi à réhabiliter de mot depuis la campagne de 2016. Ce n’est pas rien, sachant combien ce terme avait été criminalisé depuis la fin de la Première Guerre mondiale, criminalisation qui du reste empêchait tout débat sur une grande échelle.



    [1] Internationale situationniste, n° 10, 1966.

    [2] Nineteen Eighty Four, 1949.

    [4] Guy Debord, Abat-faim, Encyclopédie des Nuisances, tome I, fascicule 5, novembre 1985

    [6] On trouvera un extrait publié en français chez Champ Libre, sous le titre L'URSS : collectivisme bureaucratique. La Bureaucratisation du monde, l’ouvrage a été écrit en 1939, et la version française publiée en 1976.

    [8] Michel Husson, Les cotisations sociales sont une charge, mais pas les dividendes ?, Attac, Sud 93, 3 mars 2014.

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  •  Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse 

    A Paris 

    Et donc nous entamons le huitième mois de mobilisation des gilets jaunes. Non les gilets jaunes ne sont pas morts, même s’ils sont moins nombreux dans les manifestations. Pour ce 32ème acte, il y avait d’abord un retour sur les ronds-points et sur les péages dans toute la France, les blocages se sont comptés par centaines. Les revendications sont toujours les mêmes, le pouvoir d’achat des petites gens, retraités et smicards, la casse du service public, les protestations contre la répression, et bien sûr pour le départ du président fou de l’Elysée. Macron joue le pourrissement et dans le genre salopard au service de l’oligarchie il en rajoute tous les jours un peu plus. Il a beau se donner des airs d’ouverture en donnant la main et la décoration de la légion d’honneur à Elton John, c’est un fieffé réactionnaire. Il ne suffit pas de flatter le lobby homosexuel pour faire oublier la casse du droit du travail avec particulièrement ces jours-ci la réforme des allocations chômage qui n’a pas d’autre but que de rendre la vie encore plus difficile aux précaires. Ce gouvernement ignoble dans tous les sens du terme s’attaque toujours aux plus faibles. La millionnaire Pénicaud, laide comme un cul de singe nous dit qu’il faut stimuler le chômeur[1]. L’idée stupide de ces gens stupides n’est pas nouvelle, elle date du XIXème siècle, elle suppose que les chômeurs sont des chômeurs volontaires ou des fainéants si vous voulez, et donc qu’ils se prélassent au chômage sur le compte de la société. Cette approche est crapuleuse : d’abord parce qu’il n’a jamais été démontré qu’il y avait un lien entre allocations chômage et chômeurs, ensuite parce qu’au moins la moitié des chômeurs ne touchent pas d’allocations. Keynes au moment de la crise des années trente avait démontré que la thèse du chômage volontaire ne tenait pas debout. Il y a de cela 80 ans. Alors pourquoi cela revient-il maintenant ? Ces fakes news macroniennes ont pour but de masquer que la réforme du chômage outre qu’elle permet de faire des économies, aidera sur le long terme à nettoyer les statistiques. L’oligarchie accélère dans le genre fumier, après Luc Ferry qui voulait voir l’armée tirer sur les gilets jaunes, voici Christophe Barbier, domestique stipendié de la caste dominante qui fait semblant d’être aussi journaliste, voire d’avoir des opinions. L’idiot trouve que la réforme crapuleuse de Macron ne va pas assez loin : « elle n’est pas assez violente » ose-t-il dire[2]. Cette posture de mouche du coche est en fait assez répandue chez les éditocrates : ils sont les instruments de propagande du modèle économique libéral qui s’accommode fort bien de l’absence de démocratie. Car la réforme des allocations chômage n’a pas été négociée, elle est imposée. Même le très conciliant Laurent Berger a fait part de son indignation, les syndicats sont considérés comme quantité négligeable[3]. Et d’un certain point de vue le gouvernement n’a pas tort. Ils n’ont aucun plan d’action, ils n’ont pas le début du commencement d’une idée pour contrecarrer les ignobles mesures prises par Macron et son gouvernement de lobbyistes. Martinez est aux abonnés absents depuis que les milices de Castaner l’ont attaqué lors du défile du 1er mai. Heureusement il nous reste les gilets jaunes. 

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse 

    A Avignon les gilets jaunes interviennent au péage autoroutier 

    Les gilets jaunes s’organisent tout en respectant leur diversité et sans se construire comme un parti traditionnel. Donc ce samedi 22 juin, plusieurs personnalités des gilets jaunes connues, ont publié un communiqué de presse que je recopie à la fin de ce post pour définir quelques grandes lignes d’action sur le long terme. Comme on le voit à la lecture de ce communiqué, ils revendiquent clairement une transformation du système économique et social dans lequel nous sommes englués, insistant sur la question des biens publics, avec l’idée de faire capoter la privatisation d’ADP, et sur les questions écologiques. Ils se définissent comme apartisans et asyndicalistes, donc au-dessus des partis et des syndicats. C’est une manière de dire à la fois qu’ils acceptent avec eux tout le monde sans leur demander des comptes sur leur affiliation antérieure, mais également de dire que ces partis et ces syndicats ne sont plus dans le coup : nous venons encore de le voir avec la question des allocations chômages, alors que la gestion de celle-ci relève du paritarisme, le gouvernement contourne ce paritarisme, crachant ouvertement sur les syndicats. Au fond les gilets jaunes se rendent compte que les anciennes formes de mobilisations sont totalement obsolètes, incapables de faire face à l’offensive générale de l’oligarchie contre les pauvres. Ce communiqué n’est qu’un exemple de ce qui se passe dans toute la France. Les réunions sont nombreuses de partout, et de nouvelles initiatives se préparent qui ne prendront pas forcément la forme de l’occupation des ronds-points et des manifestations hebdomadaires.

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse 

    A Château-Thierry les gilets jaunes se sont rassemblés devant la gendarmerie pour protester contre la répression 

    Le gouvernement macronien s’est fait remarquer tout le long de cette semaine. D’abord c’est Castaner par deux fois qui s’est retrouvé sur la sellette. Dans un numéro de cuistrerie qui frise d’extravagance, le voilà qu’il a affirmé contre toute évidence qu’il ne devait rien aux policiers qui ont fait de grasses heures supplémentaires pour casser du gilet jaune, il voulait dire qu’il n’avait pas l’intention de les payer[4]. Mais en fait le gouvernement doit sa survie depuis décembre à la hargne avec laquelle les policiers se sont acquittés de leur mission de maintien de l’ordre. Les policiers transformés pour l’occasion en miliciens sont mal récompensés de leur veulerie, mais Macron et la racaille du gouvernement n’ont même pas la reconnaissance du ventre. Du coup les syndicats de policiers qui comme Alliance ont soutenu à fond la politique répressive gouvernementale se retrouvent en porte à faux vis-à-vis de leurs adhérents qui croyaient pouvoir toucher le jackpot grâce à leur bassesse dans les manifestations. Cela risque de laisser des traces profondes. A l’avenir il n’est pas très sûr que l’ignoble dictature macronienne puisse compter sur la loyauté de ses milices. Mais Castaner a été mis en cause sur un autre point : selon la mairie de Paris, la délinquance est en hausse dans la capitale parce que le pouvoir dans sa lutte incessante contre le mouvement social ne se préoccupe plus de la sécurité des Français[5]. En effet il apparait que la police n’est plus républicaine, mais seulement le bras armé d’une politique économique et sociale favorable à l’oligarchie. 

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse

    A Villefranche-Limas les gilets jaunes bloquent les péages 

    La presse a mis les gilets jaunes à l’index, elle n’en parle plus, espérant qu’en n’en plus parlant, ils disparaissent. Mais ce samedi 22 juin, la mobilisation était en hausse, même Castaner-le-menteur a dû le reconnaitre. Selon le site de France police, il y avait 40 000 gilets jaunes dans toute la France[6]. Le mouvement est donc loin d’être fini. Macron aurait tort de croire qu’il est tiré d’affaire. La presse aux ordres racontait ces jours derniers que la cote de popularité de Macron était en forte hausse, c’est du moins le titre qu’elle donnait à ses commentaires[7]. Ça tient clairement du fake new. En effet en lisant le texte de la dépêche d’agence que tous les journaux recopiaient bêtement, on se rendait compte que sa cote était de 32%, et donc on aurait pu tout aussi bien titrer : près de 70% des Français désapprouve le comportement fascisant de Macron. Notez que Castaner n’est pas le seul à déconner dans ce gouvernement à croire que les ministres font un concours. Brune Poirson a tenté de virer en tête en défendant les saloperies du groupe Avril qui met des hublots pour accéder au ventre des vaches. La voilà justifiant cette ignominie peu conforme à l’idée d’une agriculture respectueuse de l’environnement et de la nature, en disant qu’en fait ce sont les besoins de la science. Comme si la science était une entité mystérieuse, une sorte de Moloch qui avait des besoins très particuliers auxquels il fallait sacrifier, le tout déballé derrière un sourire niais qu’on dirait copié sur les mimiques de Brigitte Macron[8]. Ce genre de déclaration frise l’idiotie, on se demande si elle est vraiment stupide ou si elle nous prend pour des imbéciles. Ce genre de déclaration participe du double langage gouvernemental : en paroles l’acte II du quinquennat Macron est un tournant social et écologique, dans les faits on continue à casser les droits des travailleurs, et de laisser faire l’industrie agro-alimentaire comme elle veut. Ça n’empêche que le gouvernement ne s’est pas gêné pour dénoncer le manque d’engagement des gilets jaunes du côté de l’écologie. Parier toujours sur l’imbécilité du peuple est quelque chose de risqué par les temps qui courent. 

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse

    A Marseille la mobilisation était en hausse nette 

    Les journalistes qui relaient sans état d’âme la parole gouvernementale font un sale boulot de chiens de garde. C’est en effet une des conséquences de ce qu’on appelle pudiquement la crise des gilets jaunes que d’avoir révélé le comportement plus que partial des médias en général. Dans son 32ème baromètre de confiance dans les médias, commandé par le journal La croix, on remarque un effondrement de cette confiance[9]. Seuls 24% des Français pensent que les médias sont indépendants, c’est la même proportion que ceux qui soutiennent encore Macron. Une telle méfiance signifie que les médias sont clairement identifiés comme un instrument de contrôle social et de propagande pour l’oligarchie, un élément du bloc bourgeois comme la police et comme le capital et la justice. La chaîne BFMTV qui a été très critiqué pour sa couverture partisane du mouvement des gilets jaunes tombe en dessous de 5% en termes d’indice de confiance[10]. Fake news pour fake news, on se tourne vers les informations diffusées par les réseaux sociaux, notamment en ce qui concerne les violences policières, voir en ce qui concerne les chiffres des manifestants du samedi. Sur les sites des grands journaux Le monde, L’Obs, Libération, etc. Il n’y avait aucune information sur les gilets jaunes, l’information se trouvait sur les sites des médias régionaux. C’est clairement une volonté de mettre l’éteignoir sur le mouvement social.  

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse

    A Toulouse les gilets jaunes étaient plusieurs milliers, ils s’en sont pris fort justement aux grandes marques, Zara, Primark, symboles de l’exploitation de la main d’œuvre du tiers-monde. Qui peut oser dire que les gilets jaunes n’ont pas de conscience de classe ? ils font ce que les bureaucraties syndicales frileuses n’osent plus faire depuis longtemps, s’attaquer à la marchandise. Leurs slogans étaient très anticapitalistes. A Toulouse comme à Metz la police a chargé violemment les manifestants. Mais ailleurs il y avait bien d’autres manifestations. Par exemple à Belfort 5 000 personnes se sont rassemblées pour dénoncer les pratiques de General Electrics qui avait, grâce à l’entremise de Macron racheté Alstom en promettant le maintien de l’emploi. Ils dénonçaient les licenciements bien sûr, mais aussi la désindustrialisation de la France[11]. A Marseille aussi il y avait une manifestation pour le logement, il s’agissait de dénoncer les turpitudes de Jean-Claude Gaudin et de son équipe d’affairistes. Le pouvoir et les bureaucraties syndicales auraient tort de considérer que ces manifestions sont distinctes de celles des gilets jaunes. 

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse 

    Toulouse le 22 juin 2019

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse

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