•  Elections européennes, en France et ailleurs

    Ce n’est pas facile d’analyser les élections pour le parlement européen parce qu’en effet il se mêle au-delà des considérations générales sur l’Union européenne, des enjeux nationaux. Le premier gagnant en France est, quoiqu’on en dise, l’abstention. Les européistes se sont gargarisés d’une forte progression de la participation, et en effet elle arrive à dépasser le chiffre magique des 50%. Mais si nous regardons le contexte, nous voyons qu’il y avait 34 listes en présence, donc une « offre » très large qui allait de la droite extrême macronienne qui vise la dissolution de la France à la liste de l’UPR qui prône une sortie directe de l’Union européenne et de l’OTAN pour retrouver une souveraineté véritable. Malgré cette large palette d’opinions, l’abstention est à 49,88% [il me semble qu’un tel chiffre diffusé par le ministère de l’intérieur est calculé opportunément pour arriver à moins de 50%, sans doute trafiqué en avançant que les résultats ne sont pas définitifs] mais à cela on doit ajouter 2,32% de votes blancs et 2,21% de votes nuls. On arrive ainsi à un taux de non-participation à cette farce de 54,4% ! Si j’ajoute à ces 54,4% les scores de l’UPR et de Debout la France, et quelques autres qui se sont perdus dans des calculs politiciens, il y a potentiellement en France 60% de l’électorat qui est mûr pour le Frexit. Cependant celui-ci pour des raisons sur lesquelles nous reviendront, n’a pas trouver un parti ou un homme politique pour l’incarner et le dynamiser. Dans ce contexte, il est difficile de parler de gagnant, on a cette curieuse impression que tous les partis ressortent perdants de cette consultation. 

    Elections européennes, en France et ailleurs 

    Le premier perdant est d’abord et avant tout Macron. Sa liste laborieusement constituée à coups de débauchages ici et là était donnée avant la crise des gilets jaunes à 32%, elle récoltera 10 points de moins. Et pourtant Macron aura tout donné pour limiter les dégâts, il est en effet en campagne depuis janvier 2019, occupant le devant de la scène et des écrans sans même que le CSA n’y trouve rien à redire. Le CSA avait même donné en plus un avantage en termes de minutes de diffusion des spots publicitaires à la liste LREM. Puisque sans raison particulière, le CSA accordait 55 minutes à LREM et moins de 50 à la liste du RN. Macron a également raclé tous les fonds de tiroirs pour tenter de s’en sortir, il a débauché les Républicains comme Raffarin ou Estrosi, les juppéistes si on veut, quelques débris du Parti socialiste comme Ségolène Royal, ou encore des anciens Verts à la recherche d’un salaire comme Pascal Canfin, histoire de se trouver une petite caution écologiste, alors même que le tiède Nicolas Hulot avait dénoncé sa politique inepte en la matière avant que de démissionner. Cette politique de débauchage tout azimut a finalement payer, parce que la liste des Républicains amenée par le fade François-Xavier Bellamy, alors qu’elle était promise à un score à deux chiffres, s’est effondrée au-dessous des 10%. Macron apparait maintenant comme le représentant de la droite ordinaire, européiste et affairiste : il a reconstitué péniblement l’UMPS. Le résultat de la liste Macron est d’autant plus pitoyable que pour lors il s’était allié avec le MODEM. Macron, personnage peu sûr de lui, aime a triché avec les règles d’équité, quelques jours avant les élections il convoqua la presse quotidienne régionale à l’Elysée pour leur demander de relayer sa campagne publicitaire. Là encore le CSA ne trouva rien à redire. Normalement le président est censé être le président de tous les Français et non le porte-parole d’un pari en particulier. Malgré toutes ces mesquineries qui n’étonnent pas de la part d’un tel personnage, le résultat est très médiocre, mais il correspond assez à ce qu’il lui reste de popularité. Au premier tour des élections présidentielles de 2017, il avait réuni sur son nom 8,6 millions de voix, aujourd’hui, après deux ans d’exercice du pouvoir, il arrive péniblement à 5 millions, soit eviron 10% du corps électoral. Comme il fallait s’y attendre Macron à fait dire par ses employés de l’Elysée que finalement sa liste avait très bien résisté dans un contexte difficile, et donc qu’il n’avait aucune raison de ne pas continuer ses réformes pour le bien des Français. Il défie ainsi directement le peuple qui a du mal à le supporter encore, mais il ne peut pas masquer le fait que près de 80% des votants ont choisi une autre liste que la sienne.

      Elections européennes, en France et ailleurs

    Certains ont présenté le résultat comme une victoire de Marine Le Pen et une revanche sur le second tour des élections présidentielle. En vérité c’est une demi-victoire. Comme la liste conduite par Jordan Bardella est arrivé en tête, on ne peut pas lui enlever cette première place. En pourcentage, le score est inférieur à ce qu’il était en 2014, mais par contre les suffrages pour ce parti ont clairement augmenté. Le gain est d’environ 600 000 voix. Compte tenu de la situation sociale particulière à la France, c’est un score décevant, d’autant que de nombreux électeurs y compris à gauche ont voté pour cette liste pour battre Macron et lui donner une leçon. La raison principale qui explique ce demi-échec est le flou que Marine Le Pen entretient sur ce qu’elle veut faire. Il semble qu’elle ait abandonné l’idée d’une sortie de l’Union européenne et de l’euro pour se rallier à l’idée d’une Europe dirigée à moyen ou long terme par un ensemble de partis populistes, une alliance avec Salvini, Orban et quelques autres. C’est donc la consécration d’un retournement entre 2017 et aujourd’hui après l’éviction de Florian Philippot qui est parti créer un nouveau rassemblement qui n’a guère connu le succès. Mais cette position ne semble guère tenable. Le point fort du Rassemblement national est de vouloir limiter les migrations – les deux tiers des Français y sont favorables – et de vouloir défendre une identité française, c’est son fonds de commerce. L’Union européenne deviendrait alors une sorte de confédération, mais la question des dégâts qu’engendre l’euro n’est jamais abordée sérieusement. Curieusement au moment où le Brexit pointe le bout de son nez, le Rassemblement national ne dit rien sur cette question épineuse. Pour l’instant les caciques de ce parti réclament la dissolution de l’Assemblée nationale, sachant très bien que Macron ne s’y risquera pas. Et du reste avec qui le RN gouvernerait-il ? La moitié des Républicains va sans doute se tourner vers Macron avec qui ils n’ont que peu de différences sur le programme économique, et les autres seront forcément tenté par un rapprochement avec le Rassemblement national.

    Elections européennes, en France et ailleurs 

    L’autre enseignement est que la gauche ordinaire paye son irrésolution à la fois sur la question de l’Europe et sur celle des migrations. Le premier parti défait est la France Insoumise. Certes il arrive encore un petit peu devant le PS et ses alliés libéraux très rose-pâle, mais la déperdition des voix qui se sont portées sur sa liste sanctionne des errements stratégiques. En 2017, Mélenchon avait réuni plus de 7 millions de voix. Manon Aubry n’en recueille que 1,4 millions. On peut parler d’effondrement. Il est vrai que la campagne a été mal menée par la tête de liste. Elle représente exactement ce que les gens n’aiment pas : la gauche bobo, donneuse de leçon. Bien peu offensive, elle a coulé ses pas dans ceux de Jacques Delors. Exit le plan B d’une sortie éventuelle de l’Union européenne si les traités n’étaient pas modifiés. En choisissant cette jeune femme pour représenter son parti Mélenchon dont la stratégie devient de plus en plus illisible, a tenté de trancher en éliminant le courant populiste, représenté notamment par Djordje Kuzmanovic. Ce faisant il a tenté de recréer une sorte de PS bis destiné à conduire une union de la gauche très improbable. Le résultat est sans appel. Si la FI ne veut pas disparaitre, elle doit clarifier sa stratégie, à la fois sur l’immigration et sur l’Union européenne. C’est très difficile de revenir maintenant sur les gages qui ont été donnés à l’aile gauchiste de ce parti, notamment à Clémentine Autain. C’est sans doute là le résultat le plus important de la soirée, Mélenchon est au pied du mur, et le PCF continue sa descente aux enfers. Ian Brossat n’a pas réussi son pari : sur son nom il n’a recueilli qu’un peu plus de 500 000 voix. Il faut dire que le slogan « l’Europe des gens » n’avait pas de quoi faire rêver. Que ce soit la FI ou le PCF, il y a une incompréhension à la base qui les conduit à la marginalisation. Dans ces conditions, il est tout à fait normal que EELV, la liste conduite par Jadot fasse un score flatteur. En effet cela fait des mois maintenant que l’opinion est travaillée par la question de l’environnement. L’inertie spectaculaire de Macron permet à Jadot de reconstruire un socle écologiste, même si concrètement cela ne servira de rien puisque les Verts resteront minoritaires au parlement européen, mais plus encore parce que l’Union européenne de par ses formes ne permet pas d’avancer sur cette question. Tout au plus ils accepteront des mini-mesures destinées à reverdir le capitalisme, or il devient évident que l’idée de concurrence, de compétitivité, amène la concentration du capital et une course à la         croissance avec tous les dégâts environnementaux que cela engendre. Le vote européiste pour les verts sert bien évidemment le système, il n’a rien à craindre d’eux, et on a vu qu’EELV était un réservoir de personnalités pour « renouveler » le personnel dans l’entourage de Macron. Benoît Hamon s’est effondré comme cela était prévisible, et sans doute que cet épisode burlesque va mettre fin à sa carrière de politicien bien peu doué : pour tenter de se faire remarquer il avait avancé l’idée stupide d’établir une nationalité européenne. Ce qui ne peut que plaire à Macron ! Ce sont là les ultimes soubresauts du PS, un parti qui s’est autodétruit avec beaucoup de contentement depuis l’élection d’Hollande. Les autres débris de cette petite boutique sont partis jouer les supplétifs du louche Raphael Glucksmann, un opportuniste de première, anciennement sarkozyste, atlantiste comme son père. Son score est étroit mais il lui suffit pour ramener dans sa besace une poignée de députés européens qui pourront ainsi avoir un gentil revenu pendant les cinq prochaines années. Les révisions à gauche vont être déchirantes. La FI et le PCF tous seuls n’ont aucun avenir, mais une réconciliation entre ces deux blocs dans un nouveau Front de gauche ne pourra avoir de succès que si les positions programmatiques sont un peu clarifiées, autrement dit si on sort de la traditionnelle rhétorique de la gauche pro-européiste et pro-migrants. C’est au moins à cet examen de conscience que va servir l’élection européenne du 26 mai.  

    Elections européennes, en France et ailleurs

    Source The Guardian 

    Le résultat le plus important des élections pour le parlement européen est sans aucun doute celui du Royaume Uni. En effet le Brexit Party de Nigel Farage est clairement le grand vainqueur du scrutin avec un peu plus d’un tiers des suffrages exprimés. Et les deux partis dits de gouvernement, le Labour et les Tories, se sont effondrés. C’est donc un vote historique. Theresa May paye son irrésolution, et son incapacité à se faire respecter dans les négociations bruxelloises par l’équipe de Michel Barnier qui ont voulu à tout prix faire un exemple de la punition qu’un pays encourt pour avoir le culot de quitter l’Union européenne. La question est de savoir maintenant comment l’opinion publique va analyser les résultats. On pourrait croire en effet que le fait pour le Brexit Party d’arriver très largement en tête protégerait le résultat du référendum et donc accélérerait la sortie, avec ou sans accord. Il n’en est rien. Dès les résultats connus, les pro-européens ont recommencé à entonner la partition du second référendum avec une mauvaise foi terrifiante[1]. L’idée est la suivante, les remainers seraient finalement plus nombreux que les brexiters, dans une proportion de 40,4% contre 34,5%. Pour arriver à ce résultat, ils excluent le Labour et les Tories ! Or on sait très bien évidemment que dans ces deux partis, et particulièrement au Labour, les brexiters sont aussi très nombreux, sans doute même beaucoup plus que les remainers. Il est clair cependant que les européistes ne devront pas compter sur cette opportunité pour renverser le résultat de 2016. En effet, Theresa May démissionnant dans quelques jours, il va y avoir des élections législatives, et ce sera le nouveau premier ministre qui devra régler les comptes de cette farce. Or le système électoral britannique est tel que le Brexit Party va rafler la mise, les anti-brexit sont très divisés et chercheront tous à se faire une place, ce qui immanquablement amoindrira leur score. Et puis les travaillistes comme les conservateurs vont essayer de se restructurer. Cet émiettement en face du bloc uni du Brexit Party devrait selon toute vraisemblance assurer une victoire de Farage aux prochaines élections et donc une liquidation de cette farce. Même si le chemin est encore long, cela ouvrira la porte enfin à la dissolution de l’Union européenne. Même l’europhile Le monde parie maintenant sur une sortie sans accord, ce qui veut dire que ce journal ne croit pas à la possibilité d’un second référendum[2]. 

    Elections européennes, en France et ailleurs 

    L’autre pays intéressant est l’Italie. C’est un pays qui est mûr pour la sortie de l’Union européenne. La première chose qu’on constate est que la coalition au pouvoir est très largement majoritaire, elle réunit plus de 51% des voix. Le gouvernement est donc conforté, contrairement à Macron qui arrive péniblement à 22%. Cette majorité est d’autant mieux confortée, qu’elle s’appuie sur une participation plus élevée qu’en France : 58% contre 50%. La gauche a complètement disparu, La sinistra est à moins de 2% et le PCI à moins de 1%. Ceux qui pensaient que le gouvernement italien serait ennuyé par ses difficultés à faire face à la Commission européenne se sont trompés. Certes on ne sait pas trop ce que fera Salvini de cette victoire, tant il est louvoyant avec la question européenne, mais enfin il est clairement soutenu par les Italiens, d’autant que son score est le double de celui de son allié M5S. On remarque également le faible score des verts, ce qui une fois de plus met l’Italie un peu à part dans l’Europe, du moins à l’Ouest. Certains ont souligné le bon score du PD, mais enfin c’est juste un petit parti europhile semblable – la brutalité en moins – dans son programme à ce que fait Macron dans notre pays. Il fait d’ailleurs le même score que la liste LREM.

    Elections européennes, en France et ailleurs 

    Source la Stampa 

    Cette situation paradoxale de l’Italie va transformer l’affrontement du gouvernement avec la Commission européenne. En effet le voilà conforté, à moins que M5S qui apparait un peu comme le dindon de la farce ne décide de s’éloigner de la coalition. Mais qu’y gagnerait-il ? il s’agira alors de voir quelles orientations l’Italie va se donner pour affronter les directives de la Commission. C’est très incertain, ce qui pourrait décider du sort de l’Italie dans l’Union européenne, c’est la prochaine crise financière qui se profile. Cela pourrait aller jusqu’à la sortie sans passer par la case de l’article 50. Les résultats économiques de l’Italie sont mauvais, mais pour l’instant les Italiens n’ont pas condamné leur gouvernement, au contraire. Cependant cela ne pourra pas durer toujours. La croissance est molle, le chômage très élevé et la dette publique ne cesse d’augmenter. Certes Salvini peut encore compter sur le sentiment anti-migrant des Italiens, mais pour combien de temps ? Si cela soude une nation autour de son identité, cela ne fait pas une politique économique et sociale. 

    Elections européennes, en France et ailleurs 

    Les réalités de la situation nationale vont revenir sur le devant de la scène après la parenthèse des élections européennes. Tout d’abord on note que les listes estampillées gilets jaunes n’ont eu aucun succès, preuve que ce mouvement est en marge des formes institutionnalisées de la politique politicienne, on verra si les gilets jaunes arrivent à se remobiliser. Mais ces élections sont aussi un échec complet pour ceux qui prétendaient construire un parti musulman. L’Union des démocrates musulmans français n’a réuni que 28 000 voix, ce qui doit nous encourager un peu plus à faire pièce au communautarisme.

    Partager via Gmail

    7 commentaires
  •  Les gilets jaunes toujours là, acte XXVIII ! 

    Les gilets jaunes se rassemblent à Amiens avant de défiler 

    Alors que les médias se concentrent sur les élections européennes qui ne serviront à rien de d’autre que de mesurer l’étiolement de la popularité de Macron, les gilets jaunes continuent à se mobiliser. Certes ils sont moins nombreux au fil des semaines et des mois, mais tandis que Castaner-le-menteur avançait le chiffre de 12 500 manifestants, le syndicat France Police considérait que la mobilisation était restée la même d’une semaine sur l’autre, aux alentours de 55 000 dans toute la France[1]. Pour que cela continue toujours après plus de 6 mois, il faut vraiment que le mouvement soit profondément enraciné dans ses certitudes. Evidemment les médias appuient sur le fait que les manifestations sont bien moins fournies, dissociant dans leur lâche soulagement l’effritement de la mobilisation de la répression féroce, de la terreur macronienne et des interdictions prononcées ici et là de manifester. Mais Macron est un très mauvais stratège. C’est sans doute cet entêtement imbécile à faire plier le genou des gilets jaunes en les massacrant de façon hebdomadaire qui va lui coûter les élections européennes le 26 mai 2019. Sa défaite est annoncée, la seule question est de savoir quelle sera son ampleur. S’il faut faire le lien entre les gilets jaunes et les élections européennes, c’est parce que curieusement, il devrait y avoir une hausse de la participation de 2 points, à 47%, non pas parce que les Français deviendraient tout soudain européistes et qu’ils comprendraient la nécessité d’un parlement européen, mais parce que pour eux c’est d’abord la manière la plus simple de sanctionner Macron, et comment le sanctionner ? Et bien en votant pour la liste du Rassemblement National ! Cette nouvelle forme de vote utile ne réhabilitera pas pour autant l’élection, ni même le RN. J’ai dit pourquoi l’abstention me paraissait toujours être un meilleur choix, plus en accord avec l’esprit du mouvement des gilets jaunes[2]. Evidemment les macroniens vont vous dire que c’est bien la preuve que les gilets jaunes étaient de droite dès le début puisqu’ils vont voter le 26 mai pour le RN. Mais non, ils voteront RN pour faire perdre Macron, et uniquement pour cette raison. Il serait par ailleurs stupide de croire que tous les gilets jaunes vont voter pour le RN, même pour emmerder Macron, la plupart feront comme la majorité des Français, ils s’abstiendront.

    Les gilets jaunes toujours là, acte XXVIII ! 

    A Montpellier 

    Mais par ailleurs les choses évoluent et dans un sens qui ne va pas plaire à Macron. Le syndicat France Police rappelait dans le post que nous avons cité qu’un CRS allait être renvoyé devant la Cour d’assises pour un tir de grenade non justifié qui aurait entraîné des infirmités. Certes c’était dans le cadre des manifestations contre la loi El Khomri, en 2016, mais on voit d’ici ce qui pourrait se passer dans les semaines à venir quand plusieurs affaires de ce type arriveront à passer les différentes étapes et les embûches qui sont mises sur la route des plaintes que les manifestants peuvent déposer contre les abus en tous genres que la police opère, que ce soit en termes d’arrestations arbitraires, de matraquages inconsidérés, de tirs de grenades ou de LBD40. Malgré la vigilance des parquets, bien tenus par Belloubet, il y a la vigilance des collectifs d’avocats qui commence à avancer. Mais quoique les manifestations soient annoncées comme peu fournies, la police a tout de même user de grenades lacrymogènes et n’a toujours pas abandonné l’idée de réprimer violemment toutes les manifestations qui déplaisent à Macron. 

    Les gilets jaunes toujours là, acte XXVIII ! 

    A Paris des tirs de grenades lacrymogènes 

    Et puis la répression n’atteint pas seulement les gilets jaunes. On a vu la semaine dernière la DGSI convoquer comme au temps du Maréchal Pétain des journalistes qui auraient trahi le secret défense dans leur enquête sur les turpitudes de Benalla[3]. Sur ce coup le journal Le monde, le premier concerné, a bien été obligé de réagir. Cette convocation saugrenue a d’ailleurs été critiquée à l’étranger. Il est vrai que le patron de la DGSI, Nicolas Lerner, fraîchement nommé par Macron n’est pas du genre à y aller avec le dos de la cuiller, c’est lui qui avait suggéré que les gilets jaunes étaient manipulés par l’étranger[4] ! Ruffin a fait un tabac avec son film sur les gilets jaunes, J’veux du soleil, mais il y a un autre film qui tourne maintenant sur Internet et qui montre la face obscure du pouvoir macronien. Ça s’appelle Gilets jaunes, une répression d’Etat. Ce montage documentaire, tout à fait édifiant, montre que la logique dans laquelle nous sommes aujourd’hui est bien celle d’une guerre de classes avec de grands moyens. Alors il est bien possible que les gilets jaunes perdent une bataille, mais la guerre sera longue, très longue, de nombreux événements vont influer sur le sort de Macron, que ce soit sa défaite aux élections européennes, ou ses disputes avec Merkel pour imposer un président à la Commission européenne, Merkel penche pour Manfred Weber, encore un Allemand, tandis que Macron aimerait placer quelqu’un qui serait plus proche de lui. Et puis il y a ce qui va se faire dans les jours et puis les mois qui viennent au Royaume Uni, un divorce sans accord avec l’Union européenne risque de montrer que nous n’avons rien à craindre d’une séparation.

      

    Ce serait un tort de croire que les élections européennes et les gilets jaunes sont deux sujets différents : ce sont les mêmes. Beaucoup de gilets jaunes comprennent que seule la sortie de l’Union européenne permettra des avancées sérieuses. Mais en outre, on sait que les gilets jaunes sont suivis dans toute l’Europe comme un exemple sur lequel il convient de s’interroger. Une défaite de Macron aux élections européennes entraverait pour un moment ses velléités de réformes tout azimut, et cela obligerait les partis de gauche et les syndicats à être un peu plus combattifs. On a appris que Laurent Berger, le collaborateur du MEDEF et l’ami de l’Europe, avait été élu à la tête de la Confédération européenne des syndicats, avec la bénédiction de la CGT d’ailleurs[5]. Cette nomination pose question, au moins en France, parce que la CGT est complètement à la traîne, et qu’elle a des difficultés à assumer un double langage, soutenir Laurent Berger à Vienne, et le critiquer à Paris. Laurent Berger était le seul candidat et il a été élu avec plus de 95% des votants ! C’est dire dans quel état de décrépitude se trouve le syndicalisme européen. Dans ce contexte, même si Martinez continue son insipide politique de collaboration, les gilets jaunes vont encore plus apparaître comme la seule force véritable de défense des travailleurs et des petites gens. Certes on sait très bien qu’il y a des sections d’entreprise de la CGT ou même de la CFDT qui mènent un combat courageux et important, mais aux échelons supérieurs, la bureaucratie freine des quatre fers. C’est ce qui explique sa volonté de marginaliser les gilets jaunes et de les appuyer le moins possible. Mais dans contexte actuel, cela passe pour une démission car il n’a échappé à personne que les gilets jaunes ont obtenu bien plus en 6 mois de lutte que les syndicats en 15 ans de défilés. La manière honteuse dont la CGT s’est faite attaquée le 1er mai dernier, sans réaction sérieuse, en dit long sur la fin de ce syndicat : l’opposition ne se trouve plus ni dans les partis, ni dans les syndicats, mais dans la rue, clairement. Et donc même si le mouvement des gilets jaunes devait s’arrêter à l’acte XXVIII, il reprendrait immanquablement sous une autre forme aujourd’hui ou demain, mais sûrement dans une brève échéance. 

    Les gilets jaunes toujours là, acte XXVIII ! 

    Sur le Vieux Port

    Partager via Gmail

    2 commentaires
  •  Abstention aux élections européennes

    Il y a une offensive médiatique terrible pour nous inciter à voter à des élections européennes que les Français et même les Européens s’apprêtent à bouder. Cette offensive se focalise sur l’idée que le vote serait la seule forme possible et sérieuse pour faire vivre la démocratie. On le voit par exemple quand les macroniens critiquent les gilets jaunes et leur manifestation hebdomadaire. « Ils n’ont qu’à aller voter et présenter leur liste » disent ces cuistres. Mais ils oublient que manifester, faire grève, quoi qu’en pense Macron, fait aussi partie de la démocratie, sauf que dans ce cas là on ne délègue pas son pouvoir d’agir de citoyen. Mais le pire est sans doute qu’en votant pour les européennes, on tombe dans le piège de reconnaître une institution que non seulement nous critiquons, mais qu’en plus nous ne voulons pas. On fait comme si le choix du souverainisme n’était pas un choix démocratique. C’est le sens de la campagne de Macron qui vise à réduire le débat entre le Rassemblement national et LREM, les premiers représentant le fascisme, les seconds, le camp du progrès. Or, justement, l’Union européenne, au sein de laquelle il est impossible d’avoir une politique autre que néo-libérale, est peut-être une option, mais pas une obligation. S’abstenir c’est d’abord préférer le niveau institutionnel de la nation à celui, fait de bric et de broc de l’Union européenne. On laisse entendre que de combattre l’Union européenne est illégitime, on veut bien discuter d’une autre Europe, d’une Europe sociale, ou de l’Europe des gens, mais pas d’une sortie de ce « machin ». C’est presqu’une maladie honteuse que d’affirmer sa volonté de sortir, même ceux qui critiquent fortement l’Union européenne, finissent trop souvent par admettre qu’il faudrait une « autre » Europe, fondée sur d’autres critères que celui du marché. Or, non, nous ne voulons pas d’une Europe, fut-elle ceci ou cela. Mais peu osent le dire aussi clairement.  

    Abstention aux élections européennes

    Non seulement le taux de participation des électeurs aux élections européennes est généralement très bas, mais en outre, il est en constante diminution depuis que ces élections existent, depuis donc depuis 1979. On s’attend encore en France à une abstention aux alentours de 58% le 26 mai prochain, peut-être même 60%[1]. Cette désaffection continue, mieux que tout autre baromètre, en dit long sur le regard critique que les Français portent sur l’Union européenne. Les raisons de s’abstenir sont multiples. La première et la principale est que cette construction est anti-démocratique par essence. L’opacité règne à Bruxelles comme à Strasbourg. Le monde qui est pourtant européiste grand teint, signalait que les lobbies régnaient à Bruxelles sans partage, et il donnait comme exemple l’affaire du glyphosate dans laquelle jusqu’à l’entourage immédiat de Macron la corruption est sans limite[2]. Le journal du soir parlait d’ambiguïté, c’est un doux euphémisme pour parler de corruption du président de la République. La preuve n’est plus à faire en ce qui concerne Juncker, ancien premier ministre qui a favorisé l’évasion fiscale[3]. 

    Abstention aux élections européennes 

    Le siège du parlement européen est une insulte à la nature 

    Le parlement européen coûte cher, environ 2 milliards d’euros par an[4], alors même qu’il ne sert à rien, l’essentiel du pouvoir étant comme on le sait entre les mains de la CJE, de la BCE et de la Commission européenne. Cette pseudo-démocratie est très onéreuse, parce qu’on ne veut pas avouer ce qu’elle est réellement. C’est simplement une chambre d’enregistrement et rien d’autre. C’est pourquoi il est impossible en votant de faire évoluer les choses. Et pourtant nous avons en France aujourd’hui 34 listes en course ! La dernière liste ajoutée en France, la 34ème, est une liste déposée par l’Union des démocrates musulmans français, émanation sans doute des Frères musulmans qui commencent à se dire qu’il n’y a pas de raison, vu leur poids électoral, qu’ils ne roulent pas pour eux-mêmes, plutôt que de jouer les roues de secours pour Macron ou pour le PS. Rappelons qu’il faut faire au moins 5% des suffrages exprimés pour obtenir un siège, la répartition se faisant à la proportionnelle. LREM et le RN vont se partager le plus gros des sièges en jeu, puis derrière la FI et EEVL. Les autres trente autres listes n’auront probablement rien du tout, et leurs leaders le savent bien. Il y a donc deux stratégies possibles pour les partis en concurrence, sachant que rien ne changera au niveau politique. Essayez d’obtenir le maximum de sièges pour donner des bons salaires à des politicards qui sont en situation d’échec dans leur propre pays, ou alors tenter de faire entendre sa voix pour se faire connaitre ou pour faire passer ses idées, en espérant que par la suite ils grossiront un peu. C’est par exemple la stratégie de l’UPR qui est pour la dissolution de l’UE, et de l’euro, mais qui participe néanmoins à cette farce. Les Patriotes de Philippot jouent çà peu près la même partition, mais ce qui est inquiétant, c’est qu’il ne soit même pas arrivé à faire une liste d’union avec Asselineau[5]. Le Parti communiste français tente de montrer qu’il peut exister par lui-même, mais ses chances d’avoir un député ou deux sont très minces, sans doute ce parti vise à terme une reconquête de son électorat disparu en s’émancipant de cette gauche qui a failli. Ce n’est pourtant pas avec un slogan aussi vague qu’insipide, l’Europe des gens, qu’il pourra faire avancer les choses et clarifier sa position. Le contenu ressemble beaucoup à l’Europe sociale qu’on nous promet depuis 40 années, et le programme est aussi flou que celui de Benoît Hamon. Aucun ne dit clairement ce qu’il fera des sièges qu’il espère décrocher au soir du 26 mai. C’est déjà en soi un mensonge par omission qui est répété à qui mieux mieux par les troupeaux militants qui font semblant d’y croire.  

    Abstention aux élections européennes

    Du côté de la France Insoumise ce n’est guère mieux. Le discours de Manon Aubry semble décalqué du Jacques Delors des années quatre-vingts. Elle reprend aussi un peu la litanie d’un changement des traités, pourtant, ce que disait Hollande d’ailleurs, mais elle ne dit pas comment elle s’y prendra pour ce faire. L’éviction de Kuzmanovic, au-delà des questions d’ego, signifie que la FI entend solder les comptes d’un souverainisme de gauche. Le dernier avatar de cette purge est le départ d’Andrea Kotarac de la France Insoumise vers le RN[6]. Cette histoire a fait grand bruit, mais on continue à l’analyser comme si le RN était une sorte de renouveau du PPF, et comme si passer de la FI au RN était une trahison, alors que c’est le résultat des tergiversations de Mélenchon sur la question européenne. Le Rassemblement National maintient un flou constant sur ce qu’il fera. Il laisse entendre qu’une union des extrêmes droites pourraient changer les choses. D’un autre côté le Rassemblement national ne dit pas qu’il va sortir de l’Union européenne, ni même de l’euro qui nous a fait tant de mal et qu’il n’y a guère Marine Le Pen présentait comme la clé de l’asservissement du pays aux puissances de l’argent, du temps où Philippot retravaillait son programme[7]. On voit mal comment on passerait par-dessus les traités sans sortir de l’Union européenne. Comme le disait Juncker : « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »[8]. Mais peu importe les postures médiatiques des uns et des autres. Le fond de l’affaire est qu’on n’a aucune raison, même mineure de se déplacer pour aller voter, à part celle d’emmerder Macron. La situation pour LREM n’est pas des meilleures et on bat le rappel pour faire barrage au RN. L’ignoble Laurent Berger qui passe son temps à critiquer la CGT qui selon lui fait trop de politique, après avoir signé avec le MEDEF une tribune dans Le monde[9], réitère en appelant la CFDT à faire campagne contre les souverainiste et donc indirectement pour Macron et sa liste[10]. C’est un peu plus que de la soumission, c’est de la collaboration. Qu’il y ait encore des adhérents dans ce syndicats est surprenant, d’autant plus qu’on sait le mal qu’a fait la Commission européenne au droit du travail, en France, mais aussi ailleurs, par l’intermédiaire de la Cour de Justice Européenne, par exemple en ce qui concerne la question des travailleurs détachés[11], ou en ce qui concerne le droit de grève qui est maintenant limité dans le cas des délocalisations parce que les patrons ont bien le droit de s’installer où ils veulent au nom de la concurrence libre et non faussée[12]. Mais Laurent Berger se moque bien de tout cela, il cherche juste à se faire bien voir du président-fou, en espérant un poste ou une promotion. Il n’aura droit qu’à un crachat aussi bien de la part des travailleurs que de Macron et du MEDEF qui l’utilisent sans vergogne. 

    Abstention aux élections européennes 

    Il en va un peu différemment au Royaume Uni, et en effet je vois un intérêt à voter pour le Brexit Party, le nouveau parti qui vient d’être créé pour la circonstance alors même que les députés britanniques ne siègeront probablement pas, non pas que Nigel Farage me plaise en tant qu’homme politique. Le Brexit trainant en longueur, le Brexit Party est maintenant en tête des sondages avec 34%[13], ce qui lui permettraient de rafler une majorité des sièges européens dévolus au Royaume Uni. Mais en réalité le nombre de sièges importe peu. Car ici l’enjeu c’est le Brexit, et Theresa May a très mal mené sa barque dans les négociations interminables avec les équipes du sournois Michel Barnier. Si Nigel Farage est si haut dans les sondages, c’est pour deux raisons : la première est que la Labour et les Tories payent leurs tergiversations justement à propos du Brexit, la seconde, et c’est une évidence qu’il faut avoir en tête, c’est que contrairement aux mensonges qui ont été répandus depuis trois ans, les Britanniques ne regrettent pas le Brexit et ne sont pas prêts à revoter pour un référendum comme le voudraient aussi bien les caciques de l’Union européenne que Tony Blair par exemple ou George Soros. On a tenté de faire croire qu’un nouveau référendum pourrait inverser le cours des choses, que les Britanniques au fond regrettaient leur choix premier, mais si cela était vrai, on ne voit pas comment et pourquoi le Brexit Party serait en tête et d’aussi loin, puisqu’il y a aussi des Brexiters chez les travaillistes comme chez les conservateurs. Notez qu’au Royaume Uni il y a deux enjeux : renforcer les Brexiters pour conclure en octobre une sortie de l’Union européenne, et le remplacement de Theresa May et donc le renversement d’une majorité construite autour des conservateurs. Les conservateurs sont promis à la troisième place et donc ils seront sans doute une force d’appoint pour les Brexiters. Le recul des Tories et des travaillistes est la conséquence d’une irrésolution sur la question européenne justement. Nous retrouvons là un phénomène constant depuis plusieurs années : le flou sur la question européenne disqualifie les partis. Mélenchon en 2017 était arrivé à presque 20%. Aujourd’hui, alors que l’abstention sera élevée, la FI de Marion Aubry plafonne à 9-9,5%, soit la moitié des points de pourcentage de 2017. Pour les Britanniques qui partiront le 12 octobre selon toute probabilité, cette élection n’a donc comme enjeu que de réaffirmer le Brexit et de préparer un bouleversement très important puisque jusqu’ici les premiers ministres qui se sont succédés étaient soit travaillistes soit conservateurs. Les victimes collatérales de ce désastre seront évidemment Theresa May et le sinistre Jeremy Corbyn qui n’a toujours pas compris que le Brexit était aussi un vote de classe. Le vote pour le Brexit Party va sans aucun doute dissuader les politiciens de voler une fois de plus le résultat du référendum sur le Brexit. Et donc il apparaitra que les manœuvres de la Commission européenne auront été de simples manœuvres dilatoires tendant à faire rentrer le Royaume Uni dans le rang des pays alignés et de faire un exemple pour les autres pays qui voudraient en sortir. Si j’étais britannique et bien que les autres idées de Farage ne me conviennent en rien, je voterais pour le Brexit Party. La raison est simple, si on veut avancer dans la voie d’une reprise en main de son destin, il faut d’abord sortir de cette prison par tous les moyens. Je crois que c’est ce que pensent les Britanniques.  

    Abstention aux élections européennes

    Je ne fais donc pas une religion de l’abstention, par exemple je me déplacerais si le référendum contre la privatisation d’ADP va jusqu’à son terme, et je voterais bien évidemment contre cette braderie qui s’apparente à un pillage. De même j’ai voté par le passé contre tous les traités européens qui nous entrainaient dans la spirale néolibérale qui accentuait une dépossession de notre initiative politique. Certains pensent qu’il faudra voter blanc, mais c’est toujours cautionner une élection qui n’est qu’une parodie de démocratie. Mais l’autre raison de ne pas voter aux européennes ce sont les gilets jaunes. Ce mouvement a surgi parce que les partis en place été les syndicats n’ont plus depuis longtemps la capacité de s’opposer politiquement aux dérives en tous sens du Grand Capital. Or non seulement nous savons qu’il n’y a aucune possibilité de modifier les contenus des traités européens, mais qu’en outre, la France l’a montré, il y a une autre manière de faire de la politique, sans délégué son pouvoir de citoyen. Voter aux européennes serait trahir les gilets jaunes en cautionnant la manière la plus opaque de faire de la politique.  

    Abstention aux élections européennes

    Ceux qui disent qu’en élisant quelques députés sous leur couleur on va peser sur les institutions sont des menteurs. L’Union européenne cultive l’immobilisme en toute chose. L’OFCE, institut keynésien soft de conjoncture économique vient de sortir coup sur coup 3 numéros de Policy briefs, les numéros 53, 54 et 55. Le bilan de l’Union européenne est désastreux. Ils soulignent que l’euro masque de fortes divergences entre les économies – sa valeur est trop faible pour les pays comme l’Allemagne ou les Pays Bas, et sa valeur est trop haute pour la France, l’Italie et l’Espagne. Ce qui entraîne des déséquilibres commerciaux importants et par suite une augmentation de la dette pour les pays à la traîne. Mais constatant cela, ils se refusent à en tirer les conclusions qui s’imposent pour une sortie directe de cette usine à gaz. Ils vont donc militer pour une Europe des transferts et donc une politique de relance de l’économie européenne par de larges dépenses d’investissements publics dans les pays qui ont souffert le plus de l’austérité, c’est leur droit, mais cela ne tient pas compte de la réalité. Personne ne veut d’une Europe des transferts, essentiellement parce que les nations ne veulent pas abandonner leur souveraineté. C’est bien la leçon qu’on doit tirer du Brexit. Que ce soit bon ou mauvais pour l’économie, les Britanniques veulent retrouver leur souveraineté, c’est-à-dire cette capacité de décider par soi même de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, sans obéir à des oukases venus de Bruxelles. On peut défendre l’idée fédérale européenne qui a une logique propre, mais il faut cesser de se mentir sur l’impossibilité qu’il y a de l’atteindre. Bien entendu, les européistes constatent les carences dans le fonctionnement de l’Union européenne et ses très mauvais résultats économiques et sociaux – la croissance reste faible et le taux de chômage élevé. Mais leur paresse intellectuelle les empêche d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Plutôt que d’avouer que la construction européenne fut une faute et qu’il faut revenir sur celle-ci, on continue de faire comme s’il n’y avait pas d’autre choix que dans une fuite en avant, en espérant un miracle qui nous ferait passer du déchirement à l’harmonie.  

    Abstention aux élections européennes

    L’autre choix est d’imposer justement une autre politique qui viserait, au-delà de la croissance économique, que l’Union européenne n’assure plus même pour les pays les plus riches, deux objectifs :

    - une meilleure répartition de la richesse et de l’emploi, les Français sont toujours pour plus d’égalité, la croissance n’a guère de sens dans les pays très développés, consommer est devenu un but uniquement parce que cela permet le profit de quelques multinationales ;

    - une préservation de l’environnement, alors que la faune et la flore sont détruites à une vitesse jamais vue auparavant[14]. C’est un point d’ailleurs que les économistes de l’OFCE ne prennent guère en considération : l’Union européenne en concentrant le capital et en demandant toujours plus d’infrastructures pour faire circuler la marchandise éloigne les consommateurs des producteurs en rallongeant les circuits et en accélérant l’artificialisation de la nature. Et d’ailleurs quand ils réclament des investissements publics, ils pensent essentiellement aux infrastructures de circulation et de stockage, et également depuis quelques années au verdissement du capitalisme, par exemple en encourageant le remplacement des énergies fossiles par des énergies dites renouvelables pour faire de l’électricité. Mais on sait que s’il y a là un gisement de valeur et d’emplois pour le grand capital, la dégradation de l’environnement ne s’arrête pas, elle est juste, au mieux repoussée[15].

    Or ces deux objectifs ne peuvent pas être atteint avec l’Union européenne. Le premier parce que c’est la concurrence libre et non faussée qui est le principe unificateur, et le second parce que la Commission européenne et le Parlement européen, pour ne parler que d’eux, sont sous l’emprise des lobbies. L’exemple le plus parlant est sans doute la manière dont on a prolongé l’autorisation d’utiliser les glyphosates dans l’Union européenne, alors même qu’aux Etats-Unis, les amendes pleuvent par milliards de dollars sur cette entreprise criminelle qui s’appelle Monsanto[16]. En s’abstenant on rendra ainsi hommage à la lutte des gilets jaunes qui ont ouvert la voie vers une réappropriation du pouvoir des citoyens par eux-mêmes. On remarque que depuis trente ans en France la participation aux élections est en chute libre depuis trente ans et pas seulement en ce qui concerne le Parlement européen, le sommet a été atteint avec les législatives de 2017, ou moins de la moitié des électeurs ont voté au premier tour. De partout, dans le monde entier, monte cette clameur d’une démocratie directe où le peuple soit un peu mieux représenté autrement que par des soi-disant élites auto-proclamées qui, n’ayant pas réussi ailleurs, se recycle dans la politique.  

    Abstention aux élections européennes

    Le mouvement des gilets jaunes s’inscrit dans cette perspective, le peuple ne croit plus à l’idée selon laquelle on changera positivement quelque chose en votant pour quelqu’un qui décidera de ce qu’il faut faire. Et bien sûr c’est encore pire pour ce qui concerne l’Union européenne qui est vue comme mauvaise en soi, et au service d’intérêts particuliers, comme quelque chose de destructeur non seulement des droits sociaux, mais aussi tout simplement de la culture nationale, en France comme en Italie ou ailleurs.



    [15] Daniel Tanuro, L’impossible capitalisme vert, La découverte, 2010.

    Partager via Gmail

    5 commentaires
  •  Acte XXVII, six mois de lutte, les gilets jaunes avec les enseignants

    Macron à Biarritz a donné son commentaire sur les gilets jaunes : « Je considère pour ma part que j’ai apporté des réponses aux Françaises et aux Français sur ce qui avait conduit à ce mouvement (…). Je crois que (pour) celles et ceux qui continuent aujourd’hui (à manifester), il n’y a plus de débouché politique. Nous avons fait notre part de travail, maintenant chacun doit aller voter aux élections, et quand il porte des idées, se présenter aux élections », a-t-il déclaré[1]. Les yeux hagards, le regard fixe, il a tenté de faire croire que les gilets jaunes c’était fini, mais il semble bien que ce soit le contraire. Sa réflexion était stupide dans tous les sens qu’on puisse la lire. Parce qu’en effet il a fallu des mois de lutte pour lui faire sortir un peu de pognon pour les plus miséreux, ce qui prouve bien que sa politique économique était particulièrement nulle. Ajoutons d’ailleurs si l’économie française se soutient un peu mieux que les autres économies européennes, c’est parce que les gilets jaunes l’ont obligé à faire de la relance de la demande[2]. Et donc ils ont démontré combien toute la politique économique de l’Union européenne fondée sur l’austérité et le remboursement de la dette se trouvait dans une impasse. Macron nous dit que les gilets jaunes n’ont pas de proposition politique, c’est un mensonge de plus à mettre à son actif. En effet ce bonimenteur sans imagination se contente d’appliquer bêtement les consignes de Bruxelles, tandis que les gilets jaunes au contraire ont fait des propositions audacieuses, par exemple le RIC, payer les députés au salaire médian, augmenter le SMIC, favoriser les circuits courts, etc. Voir un peu plus bas la programme politique des gilets jaunes qui est le plus en avance que tous les autres couillons qui veulent une autre Europe, une Europe des gens, etc. Il conseille aux gilets jaunes d’aller voter aux européennes, preuve qu’il ne comprend pas dans quel monde il vit, ni qu’il s’est documenté sur ce que demandent les gilets jaunes. Il faut faire deux remarques :

    - la première c’est que les gilets jaunes existent parce que le système électoral, la démocratie représentative, a fait faillite. Le mouvement des gilets jaunes a montré que la démocratie pouvait passer par d’autres voies que celle du dépôt périodique d’un bulletin de vote dans l’urne. Mais Macron est figé dans le temps, il ne comprend pas qu’un système politique puisse changer ;

    - la seconde est que la puissance d’un mouvement ne tient pas compte seulement du nombre des manifestants – rappelons que la dernière manifestation des foulards rouges qui appelaient à soutenir Macron et son gouvernement a réuni 25 personnes place de la République à Paris – mais de l’intensité de ceux qui y participent. Quand on flirte avec les 25% de popularité, comme c’est le cas depuis 6 mois pour Macron, on ne fait pas le malin, alors que les gilets jaunes sont encore le soutien de plus de la majorité des Français.

    Pendant que les guignols traditionnels des partis de droite et de gauche font la danse du ventre pour essayer de grappiller quelques sièges aux élections européennes, les gilets jaunes continuent leur mobilisation, sans aucun appui, malgré la répression sauvage, malgré les interdictions hebdomadaires de manifester, malgré toute la propagande des médias pour tenter de les démobiliser. Nous fêtons donc aujourd’hui le 6ème mois d’un mouvement qui a commencé le 17 novembre de l’année dernière. 

    Acte XXVII, six mois de lutte, les gilets jaunes avec les enseignants 

    A Lyon des heurts avec la police 

    Donc pour les six mois du début de la révolte, la mobilisation était en baisse ce 27ème samedi, c’est bien sûr la conséquence de la répression violente, et des interdictions de manifester dans plusieurs grandes villes – situation inédite en Europe. Le site France police annonçait 55 000 manifestants, tandis que Castaner le menteur avançait 15 500. Ce qui n’est tout de même pas rien[3]. Cependant à ce chiffre, il faut ajouter les manifestants qui s’étaient rassembler pour protester contre la réforme Blanquer. Ils étaient peut-être 20 000 à Paris, 5600 selon Castaner. Il va de soi que le combat des gilets jaunes et des enseignants est le même puisqu’ils se donnent tous comme objectif de défendre le service public. La manifestation parisienne des gilets jaunes avait donné son départ au pied de la tour Total histoire de lui donner un tour plus écologiste, mais aussi pour protester contre la hausse des prix des carburants qui est repartie ces derniers temps sournoisement à la hausse. Un des aspects les plus importants de ce printemps, c’est que le noyau dur des gilets jaunes se radicalise, aussi bien en présentant des revendications qui, si elles étaient satisfaites, feraient exploser le système économique fondé sur le profit et la dévastation des biens publics, y compris donc de la nature, mais encore en s’endurcissant face aux forces de l’ordre transformées en milices à la botte de l’oligarchie. Un peu de partout les gilets jaunes renforcent leur capacité d’analyse en tenant des assemblées populaires où on réfléchit aux actions qu’on peut entreprendre pour continuer à déjouer les pièges de ce gouvernement fascisant. On a tenté de reprendre des ronds-points en revenant aux formes de mobilisation du début, mais on sent bien que cela ne suffira pas. Et aujourd’hui de nombreuses manifestations de gilets jaunes, à Toulouse ou à Marseille étaient orientées contre Monsanto,le producteur de glyphosates sauvé de la faillite l’hiver dernier par Macron ! 

    Acte XXVII, six mois de lutte, les gilets jaunes avec les enseignants 

    A Reims où la manifestation était interdite une passante jetée à terre par la milice 

    Bien que le ministère de la peur – officiellement ministère de l’intérieur – avance qu’il y avait peu de monde, il y a eu tout de même des violences, notamment à Reims où la police a cherché, jetant à terre une femme âgée, un peu comme Geneviève Legay, ce qui donne une image de lâcheté particulière à la milice de Castaner. Ça tombe très mal au moment où se mettent en place des ripostes juridiques avec des collectifs d’avocats pour dénoncer la répression et porte les affaires de répression excessive au niveau de la Cour internationale de justice, et au moment aussi où Le monde semble se réveiller de son coma avancé pour sortir toute une série d’articles sur les violences policières[4] 

    Acte XXVII, six mois de lutte, les gilets jaunes avec les enseignants 

    A Paris il y avait une manifestation des gilets jaunes et une manifestation des enseignants 

    La colère reste intacte, mais il est temps maintenant que les gilets jaunes se renouvellent. Certes leur apport au mouvement d’émancipation humain est colossal, aussi bien parce qu’ils ont révélé ce qu’était la conception bourgeoise de la démocratie, que parce qu’ils ont avancé des propositions sérieuses et décisives pour effectuer un changement radical, également parce qu’ils ont montré que quel que soit le degré d’entêtement imbécile de l’oligarchie, la pression de la rue faisait reculer le pouvoir, même le plus borné. Ils ont obtenu en 6 mois de lutte bien plus que les partis de gauche et les syndicats en 15 ans de défilé Bastille-Nation. Mais il faut aller plus loin. On sait que la lutte sera apre et très longue. Il me semble qu’aujourd’hui, nous sommes plus en panne d’une tactique que d’une stratégie. Cet imbécile de Badiou, critiquait les gilets jaunes au motif qu’ils n’étaient pas assez organisés et disciplinés. Je dis « imbécile », non seulement parce que ce sinistre cuistre a soutenu toutes les dictatures possibles et imaginables, de la Chine de Mao au Hamas en passant par les Khmers rouges et le Hezbollah, mais aussi parce qu’il n’a pas compris que la force des gilets jaunes venaient justement de ce refus de présenter une organisation verticale avec des chefs et des sous-chefs, et un programme aussitôt dépassé qu’il est dévoilé[5]. Il n’a pas compris, parce qu’il est réellement stupide que cette caporalisation qu’il revendique, non seulement est complètement dépassée, mais que c’est bien elle qui a amené les échecs sanglants aussi bien de la Révolution russe de 1917 que de la Révolution chinoise. Du haut de sa grandeur, le cuistre semi-instruit juge que « Ce sympathique carnaval ne peut m’impressionner ». Cette face de rat qui s’est toujours trompé sut tout et sur le reste, prend la posture du donneur de leçon. Même si ce n’est pas la même partition que Cohn-Bendit, c’est le même refrain, les gilets jaunes sont des abrutis qui picolent et fument des papiers maïs, ils sentent des pieds et ne se lavent plus depuis la dernière ondée. Dans le même numéro de Lignes on trouve encore l’avis de Philippe Corcuff, un sociologue au savoir des plus sommaires, qui croit savoir que les gilets jaunes seraient un peu facho sur les bords. Ils seraint, homophobes, racistes, sexistes antisémites, et j’en passe, c’est tout juste si ce malheureux couillon ne nous dit pas que les gilets jaunes mangent les enfants. En vérité il ne supporte pas, comme Badiou, que les gilets jaunes ne lui demandent pas son avis. Ils reproduisent sans trop s’en rendre compte le discours des Versaillais sur la Commune de Paris : les Communeux étaient désignés comme des ivrogne signorants et méchants, peu éduqués. Ils se méfient des pauvres, c’est ça le fond de l’affaire, ils veulent bien faire la révolution, mais seulement avec des gens comme eux, qui marchent au pas et qui écoutent les directives. Alors comme ils sont restés sur le bord de la route de l’histoire présente, il la dénigre, et font comme si elle n’avait pas existé. Mais le peuple se passe d’eux, comme il se passe des syndicats et des partis de gauche, même si cela rend les choses difficiles. Et finalement c’est bien ainsi.

     Acte XXVII, six mois de lutte, les gilets jaunes avec les enseignants 

    A Dijon les Gilets jaunes ont tenu une assemblée populaire

    Acte XXVII, six mois de lutte, les gilets jaunes avec les enseignants


     

     

     



    [5] Lignes, n° 59, mai 2019

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  Référendum et privatisation, la déconfiture de Macron et du lobby de la finance

    Macron passe une mauvaise passe, après son défilé plus que raté du 8 mai où il s’est ridiculisé aux yeux du monde entier, le voilà qu’il est déclaré persona non grata par la liste LREM pour les européennes. Cette boutique déjà handicapée par sa tête de liste, semble craindre que le soutien de Macron lui porte le préjudice ultime. Macron après avoir fait démissionner Hulot, après avoir milité pour la prolongation du glyphosate, tente de faire croire qu’il s’est reconverti à l’écologie. Mais le coup le plus dur, comme c’est souvent la règle dans une situation délétère est venu du Conseil constitutionnel. Ce dernier vient en effet d’autoriser la poursuite du parcours du combattant pour un référendum sur la privatisation d’ADP[1]. Cette décision intervient comme si les juges du Conseil constitutionnel se débarrassaient d’un problème difficile. En effet, dans tous les cas les conséquences de la décision d’autoriser le référendum va poser d’énormes problèmes politiques qui sont tous défavorables à Macron et au gouvernement qui sont tous les deux complètement déconsidérés. Déjà le titre d’ADP vient de plonger à la bourse de Paris[2]. Mais la procédure référendaire va être forcément longue : d’abord il faudra que les opposants à la privatisation recueillent 4,7 millions de signatures. Si cela parait beaucoup, dans le contexte actuel, cela parait possible. D’autant que les Français sont massivement hostiles à cette braderie du bien public. Cela porte un coup sévère à la fois à la politique menée par Macron, mais également à cette loufoquerie qui vise à équilibrer le budget en vendant les bijoux de famille. Un référendum perdu sur ce thème invaliderait le travail du parlement, mais aussi les orientations libérales de Macron : bref une défaite l’obligerait à démissionner.  

    Référendum et privatisation, la déconfiture de Macron et du lobby de la finance

    Cependant nous savons aussi que la tenue de ce référendum n’est pas automatique : l’Assemblée nationale peut encore s’y opposer. Elle peut en effet décider que ce référendum n’a pas lieu d’être, mais dans ce cas cela ouvrirait une crise de régime, et probablement une insurrection puisque le parlement serait alors en opposition frontale avec la volonté populaire. Autrement dit si les macroniens acceptent le référendum, ils prennent le risque d’être désavoué par le peuple. Mais s’ils le refusent, ils risquent d’amener l’insurrection. Certes ils vont jouer la carte dite de la pédagogie : expliquer que cette privatisation est nécessaire pour équilibrer le budget, que les rentrées financières de la privatisation sont sûres, alors que les rendements financiers pour l’Etat ne sont qu’hypothétiques dans le cadre d’un maintien de la situation. Ces arguments seront très facilement démontés[3], l’opinion a compris pertinemment que cette braderie était aussi le fruit de la corruption du chef de l’Etat et de tout son gouvernement. Et puis ne serait-ce que pour dégager Macron, il ne fait aucun doute que les Français voteront massivement contre. Le dernier sondage qu’on a sur la question montre que seulement 20% des Français – les macroniens en quelque sorte – sont favorables à la privatisation, tandis que 86% des Français pensent qu’il s’agit d’un bien stratégique et que 74% anticipent une hausse des prix en cas de privatisation[4]. 

    Référendum et privatisation, la déconfiture de Macron et du lobby de la finance 

    Quoi qu’il en soit, même si Macron évite le référendum, soit par un blocage de l’Assemblée nationale, soit par une insuffisance de signatures, la privatisation sera retardée d’au moins un an. Si jusque là c’était aux opposants à la privatisation d’ADP d’être devant un chemin semé d’embûches, c’est maintenant au tour de Macron d’y goûter. Le gouvernement est furieux, Philippe a commencé à avancer l’idée loufoque selon laquelle remettre en question le beau travail des parlementaires était une atteinte à la démocratie ! Rien de moins ! Certes il peut compter sur des politiciens comme Didier Maus qui se font passer pour des universitaires et qui mettent en garde sur le fait de ne pas trop utiliser le référendum afin que les parlementaires puissent travailler tranquillement à brader ce qu’ils veulent[5]. Ce même Didier Maus indique que si on en est arrivé là – c’est-à-dire à mettre au placard une loi votée par le parlement – c’est à cause des gilets jaunes. C’est assez certain. On peut le dire cette ouverture vers le référendum par le Conseil constitutionnel est une grande victoire pour le mouvement des gilets jaunes. Il ne faut pas la sous-estimer. Bien au contraire, elle doit encourager le mouvement à aller encore plus loin. Car au-delà de la mise au placard de la privatisation d’ADP, il y a une situation politique inédite, où pour la première fois on peut dire aux politiciens qu’ils n’ont pas le droit de brader le patrimoine de la France, patrimoine qui ne leur appartient pas. L’ignoble et incompétent Bruno Le Maire s’est révélé aujourd’hui bien hargneux, assurant que la demande de référendum ne visant ni la braderie de la Française des Jeux, ni celle des actions de l’Etat au cœur d’Engie, il allait évidemment continuer ce jeu de massacre. Mais il se révèle que dans tous les cas, et en pleine campagne électorale, Macron et les siens sont coincés. Si l’Assemblée nationale entrave le processus référendaire, alors on ira probablement vers une insurrection bien plus déterminante que celle des gilets jaunes, si le référendum va à son terme et que la majorité des Français vote contre cette privatisation, alors Macron sera battu et devra démissionner. Certes les institutions ne l’y obligent pas. Mais il aura été désavoué en tout et sur tout. Comme le remarquaient la plupart des observateurs de cette comédie politique, c’est déjà une défaite de plus pour Macron qui décidément n’a plus la main sur rien et que finalement il sert bien mal les intérêts du patronat. Notez que si le référendum va jusqu’à son terme, et que les adversaires des privatisations l’emportent, ce qui est très vraisemblable, cela renforcera l’idée d’une démocratie directe comme une nécessité et donc on pourra multiplier les initiatives allant dans ce sens.  

    Référendum et privatisation, la déconfiture de Macron et du lobby de la finance

    Il est donc important de soutenir le référendum, mais ensuite il faudra transformer l’essai. C’est une brèche qui s’ouvre qui pourrait bien mener au renversement du despote de l’Elysée. La bataille s’engage dès à présent, elle sera rude car dans celle-ci Macron jouera sa dernière carte pour survivre encore un petit peu.

    Partager via Gmail

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires