•  Acte XXIII des gilets jaunes, la comédie continue

     

    A Paris, le feu 

    Si Macron comptait sur l’émotion que suscite l’incendie de Notre Dame de Paris pour que les gilets jaunes fassent une trêve, c’est raté. Le pouvoir et les médias aux ordres avaient pourtant bien orchestré l’affaire en donnant par exemple une remontée de 3 points de popularité pour Macron dans un sondage BVA, mais un autre sondage publié samedi 20 avril disait que finalement la popularité de Macron restait aux alentours de 27%, et donc que plus de 70% étaient « mécontents » ou « très mécontents »[1]. Il est vrai que commençaient à circuler des images de Macron et de son premier ministre qui se fendaient la pipe en allant voir les ruines de Notre Dame de Paris. Libération, journal qui croit que ses lecteurs sont aussi bêtes que ses journalistes, était très embarrassé et tentèrent d’expliquer qu’en fait ils ne riaient qu’avant et pas pendant le recueillement[2]. Cet article était tellement idiot qu’on croyait avoir à faire à du Sibeth Ndiaye ! Mais sans doute aussi, une fois l’émotion un peu refroidie, beaucoup se sont dit qu’il était très étonnant de voir qu’on n’avait pas d’argent ni pour les maternités, ni pour les retraités, mais que les milliardaires dégageaient en vitesse des centaines de millions pour rénover l’édifice. Bernard Arnault qui est aussi stupide que cupide, était « consterné » qu’on puisse critiquer les riches qui faisaient le bien[3]. Bref chaque fois que Macron fait un coup de com, ça ne dure pas très longtemps.  

    Acte XXIII des gilets jaunes, la comédie continue 

    Place de la Comédie à Montpellier 

    Et donc malgré les interdictions de manifester, les contrôles intempestifs destinés à intimider, comme dans une dictature ordinaire, la mobilisation n’a pas faibli d’une semaine sur l’autre. Castaner-le-menteur donnait 27 300 sur toute la France, mais à Paris ils étaient au moins 10 000. Le syndicat France Police donnait 90 000 comme la semaine dernière[4]. Castaner a encore fait rire tout le monde parce qu’il prétendait avoir fait plus de contrôles qu’il n’y avait de manifestants. Il avait mobilisé encore 60 000 policiers – il faudrait plutôt dire miliciens, tant ils s’appliquent à aller au-devant des exigences de leur hiérarchie – pour 27 300 manifestants. Moi j’arrive à 130 000, soit une légère baisse, mais c’est très peu significatif parce que tout le monde attend que Macron avance les mesures qui sont sensées être tirées du Grand débat, qui devaient être dévoilées lundi dernier, mais qui ont été reportées pour cause d’incendie. En vérité, elles sont déjà connues[5], mais elles ne semblent pas devoir apaiser quoi que ce soit. On commence à envisager de changer de tactique et d’aller vers une réoccupation des ronds-points, de façon à fêter comme il se doit les deux ans de malheur qui sont passés depuis l’élection calamiteuse du président-fou.  

    Acte XXIII des gilets jaunes, la comédie continue 

    A Toulouse la police a sorti tout de suite les matraques 

    La manifestation du 20 avril a été marquée par deux faits majeurs : le premier est que les interdictions de manifester ont été une nouvelle fois très nombreuses, à Nantes, à Toulouse, à Saint-Nazaire, et donc cela fait qu’il y a forcément moins de monde puisque les gilets jaunes ne peuvent pas rejoindre les cortèges. A Paris de nombreuses stations de métro avaient été fermés pour empêcher les manifestants de rejoindre les cortèges, ce qui est bien la preuve d’une sortie complète de la démocratie. Le second point est que la police a été d’une grande violence tabassant sans ménagement non seulement les manifestants, mais aussi en arrêtant des journalistes qu’il sera difficile de faire passer pour des casseurs[6]. Arrêtés, menottés, frappés parfois, les miliciens de Castaner n’ont pas peur de passer pour des fascistes. Il semble donc que le régime, de plus en plus aux abois ne puisse plus que se maintenir par la force. Des engins blindés avaient été déployés sur les Champs Elysées. Dans cette sournoise bataille, les gilets jaunes ont bien sûr répondu, ne voulant pas abandonner le terrain de la place de la République sans se battre. Un moment les forces de l’ordre ont paru débordées, mais il faut bien le constater, le rapport de force était du côté des miliciens suréquipés.

    Acte XXIII des gilets jaunes, la comédie continue 

    Sur cette photo on peut voir l’arrestation de Gaspard Glanz, reporter de Taranis News, menotté, les mains dans le dos 

    Sur BFMTV, il y avait un député LREM, Jacques Marilossian pour ne pas le nommer, qui est venu nous rappeler à quel point cette engeance était aussi stupide que mal embouché. Cet idiot, anciennement PS, c’est tout dire, s’en est pris vertement à Jérôme Rodrigues le traitant de « grand débile »[7]. Ce crétin a pris les mauvaises habitudes de son patron, il crache sur tout ce qui n’est pas lui, entendant par là qu’au fond il est bien meilleur que tous les autres, et donc qu’on ne voit pas pourquoi on parle encore des gilets jaunes. Il est un représentant du peuple – enfin, soi-disant – il devrait donc faire preuve dans une démocratie d’un peu de retenue. Mais le syndrome versaillais le gagne lui aussi. Et on suppose qu’il voudrait faire passer tous les gilets jaunes à la broyeuse, mais il y en a beaucoup trop. Il n’est pas d’origine turque, on le sent pourtant prêt à faire un génocide. Que cet imbécile ne vienne pas se plaindre s’il reçoit en échange de son immense crétinerie un tombereau d’injures. Wauquiez a critiqué le gouvernement, trouvant que celui-ci n’en faisait pas assez en matière de répression. Et puis voilà maintenant Bernard Lavilliers qui au début avait soutenu les gilets jaunes, qui les trouve trop « poujadistes »[8], alors qu’en se radicalisant, ils sont sortis depuis belle lurette de revendications catégorielles comme on dit. Pour dire la vérité, j’aurais honte d’être lui, non seulement il bave sur les gilets jaunes, mais il encense Macron au motif qu’il n’y aurait personne pour le remplacer. C’est là qu’il montre qu’il n’a strictement rien compris, il ne s’agit pas de remplacer Macron par Pierre, Paul ou Jacques mais plutôt que le peuple exerce le pouvoir par lui-même. En vérité Bernard Lavilliers n’aime pas les gilets jaunes, même si de temps à autre il vend l’image d’un homme qui vient du peuple. Les gilets jaunes doivent sans doute gêner ses petites affaires ou ses loisirs. Il a beaucoup d’argent évidemment.  

    Acte XXIII des gilets jaunes, la comédie continue

    En tous les cas, on a bouclé le XXIIIème épisode de la grande saga des gilets jaunes. On a entamé le 6ème mois de lutte. C’est inédit, il faut vraiment que le peuple en ait plus que marre pour continuer ainsi samedi après samedi. Ce que ne comprend pas Macron c’est que plus le mouvement dure, plus les gilets jaunes s’aguerrissent. Ils créent de fait des réseaux, des liens qui leur serviront quoi qu’il arrive pour la suite. Ils apprennent aussi à affronter les forces de l’ordre, à vaincre leur part face à la répression féroce du bloc bourgeois. 

    Acte XXIII des gilets jaunes, la comédie continue 

    Macron a tenté une autre diversion, donner la légion d’honneur à ce médiocre d’Houellebecq. Mais ça s’est aussi retourné contre lui et contre l’écrivassier. En effet Houellebecq après avoir servi la soupe à Sarkozy est parti la servir à Macron, pensant sans doute que recevoir une médaille en chocolat cela l’anoblirait. Mais ses pitreries commencent à lasser, et son dernier roman, Sérotonine, s’il s’est bien vendu n’a pas fait le succès de son précédent, Soumission. Beaucoup commencent à bouter de son talent, et ses misérables contorsions politiques ne feront ni avancer ses petites affaires, ni celles du président-fou. Notez que la mesquinerie de Macron est en train de devenir proverbiale, il a invité Sarkozy, comme aux Glières, mais pas Hollande. C’est pourtant à ce malheureux qu’il doit une partie de son ascension.



    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  Sur l’incendie de Notre Dame de Paris

    C’est presque permanent, Paris brûle : quand ce ne sont pas les explosions des conduites de gaz dans les immeubles vétustes, ce sont les Gilets jaunes qui brûlent le Fouquet’s sur les Champs Elysées et quand ce n’est pas cela, c’est un monument historique, classé au patrimoine de l’UNESCO, un monument en son temps célébré par le grand Victor Hugo. Les années 2018-2019 auront été terribles pour cette malheureuse ville. Cette conjonction accablante soulève de nombreuses questions. Evidemment les Français dans leur ensemble pleurent sur ce désastre, on est habitué à cette cathédrale. La première question est de savoir si, comme l’affirme la thèse quasi-officielle, l’incendie est accidentel ou criminel. En l’état il est impossible de l’affirmer et tout le monde pense que vu les ravages du feu, il sera difficile d’enquêter[1]. Cependant, certains ont commencé à évoquer l’hypothèse d’un attentat, en effet, par le passé, en 2016 et 2017, cet édifice avait été la cible de tentatives d’attentat. Mais le fait que par le passé on ait tenté de s’attaquer à ce symbole de la Chrétienté et de l’Occident ne prouve rien du tout. Plus intéressant est ce que dit un ingénieur qui a travaillé sur la réfection du monument : il soutient que les poutres en chêne d’un très grand âge ne pouvaient pas prendre feu seulement par la suite d’une négligence et donc qu’il fallait que le départ du feu provienne d’une volonté forte[2]. Plusieurs ont pointé aussi le fait que cet incendie dévastateur s’inscrit dans toute une série d’attentats contre les églises en France depuis le début de l’année. Mais soyons clairs, pour l’instant rien ne confirme, ni n’infirme la piste criminelle. Si par malheur il s’avérait que c’est un attentat islamiste, cela pourrait enclencher une nouvelle guerre de religion, avec des représailles contre les moquées. On donne également le témoignage d’un pompier qui considère qu’un feu d’une telle nature, avec des flammes jaunes ne peut pas se propager sans un « accélérateur de combustion », à savoir un produit d’origine pétrochimique. Nous verrons bien si nous allons avoir plus d’informations sur cette affaire. 

    Sur l’incendie de Notre Dame de Paris 

    Tout le monde réagit comme il peut à cet événement. Le comble de la bêtise crasse a été atteint par le syndicat de l’UNEF. Des responsables – ou plutôt des irresponsables de ce syndicat en perdition – se sont mis à délirer. Dont la fameuse Hafsa qui ne sait plus trop comment se faire remarquer en alimentant une sorte de guerre de religions, et qui affirme qu’elle se moque bien de l’incendie de Notre Dame de Paris, vu que l’histoire de France elle s’en fout, et bien qu’étudiante, elle ne veut absolument pas la connaitre. Cela dénote une ouverture d’esprit peu compatible avec le travail d’étudiant. Cette équipe de guignols en a profité pour attiser la haine de la race blanche. C’est l’occasion de voir que ce syndicat de masse s’est transformé avec le temps en une sorte de secte complètement coupée des étudiants qu’elle prétend représenter. La présidente de l’UNEF, Mélanie Luce bien sûr s’est désolidarisée de cette imbécilité, mais le mal est fait, déjà que ce syndicat n’avait plus beaucoup d’adhérents, on parle d’une quinzaine de milles, il est probable qu’il finira par disparaître, victime collatérale de l’incendie de la cathédrale, déjà que les étudiants ont peu de goût pour le syndicalisme estudiantin. Cette position de représentants de l’UNEF renvoie aussi directement à la défense de la non-mixité dans les réunions, mais aussi à celle des thèses racialistes qui sont, n’en déplaisent à ceux qui les défendent, des thèses racistes d’un genre nouveau. Le drame sans doute pour ce syndicat c’est de n’être plus ouvert aux « petits blancs », et donc sombrer dans la logique sectaire.

    La position de ces « représentants » de l’UNEF appelle deux remarques. La première est que Notre Dame de Paris a beau être principalement un appât pour les touristes imbéciles qui viennent y faire des photos, c’est aussi un vestige du Moyen-Âge, et par suite un souvenir du vieux Paris qui a servi de décor à un magnifique roman de Victor Hugo qui, dans le fond, n’était pas très tendre avec les curés. Car pour lui ce monument symbolisait non pas le pouvoir de l’Eglise, mais plutôt la ferveur du petit peuple qui l’avait érigé. Frollo est un personnage particulièrement nocif et antipathique. Ce roman, traduit dans le monde entier, a permis entre autres choses de porter un regard neuf sur le Moyen-Âge, et donc d’une certaine manière de contester l’utilitarisme forcené du capitalisme de l’époque. La seconde est qu’elle est par la force des choses à la fois une œuvre d’art et un élément du décor parisien qui donne son identité à la ville. 

    Sur l’incendie de Notre Dame de Paris 

    Mais laissons là les détails. Nous voyons par contre, et cela nous débecte tout autant que la position de l’UNEF, une tentative ignoble de récupération. Cette récupération de l’émotion populaire est multiple tout autant qu’honteuse. Il y a d’abord en tête des récupérateurs le sinistre Macron. Le voilà en train de prendre la tête d’une croisade d’un nouveau genre, pensant ainsi se faire pardonner son ignominie dans le traitement de la question sociale en France. Il dit en cinq ans « nous » rebâtirons Notre Dame de Paris. Ce pluriel nous semble bien singulier, étant donné que lui-même ne rebâtira rien du tout et que par ailleurs il passe son temps à brûler et à détruire tout ce que les Français ont fait. En outre, il est évident que ne connaissant pas l’étendue des dégâts personne ne peut dire aujourd’hui combien la « réparation » durera : 5 ans, comme le demande Hidalgo ? 10 ou 15 comme le suggèrent certains ? On n’en sait rien, mais les politicards de bas étage tentent de se donner en spectacle sur un terrain où ils pensent qu’ils pourront se réhabiliter pour pas très cher.

     Sur l’incendie de Notre Dame de Paris  

    Mais cette course à la rédemption – bénie évidemment par l’Eglise – est aussi entamée maintenant par les milliardaires. Le sinistre Bernard Arnault qui a touché grâce à son domestique Macron des centaines de millions du CICE qui a gagné énormément d’argent grâce à l’abrogation de l’ISF, nous dit qu’il va « donner » 200 millions d’euros[3]. L’idée c’est de nous faire voir combien « Monsieur est bon », s’il ne l’est pas avec ses salariés comme l’a montré Ruffin dans Merci patron, s’il n’a pas d’argent pour augmenter les salaires, le voilà qu’il trouve des centaines de millions pour l’Eglise ! Mais ce don spectaculaire c’est seulement un peu plus de 2 millièmes de sa fortune personnelle, c’est comme si moi je donnais 10 €. Cette générosité est très relative. Et puis voilà Pinault, François de son prénom, un héritier. Mais il est plus pauvre, donc il ne donnera que 100 millions. Sa fortune personnelle est seulement de 35 milliards. Relativement, son don c’est tout de même presque 3 millièmes, il est donc un peu plus généreux que le crochu Arnault. Mieux encore dans sa grande bonté, il renonce à la défiscalisation de son don[4]. En effet, certains rapaces de bas étage s’étaient engouffrés dans cette brèche ouverte par l’incendie de Notre Dame de Paris pour réclamer une défiscalisation de leurs dons à hauteur de 90%, alors que dans le cadre du mécénat, ces dons sont défiscalisés à hauteur déjà de 60%. Cela nous remet en lumière que les facéties fiscales de Macron – la baisse des impôts sur le revenu des plus riches, et l’abrogation de l’ISF – avaient ralenti les dons des plus riches aux associations et au titre du mécénat, on parlait même d’une division par deux[5]. Les très riches sont en effet généreux mais seulement quand ça les arrange aussi. La famille Bettencourt annonce elle aussi de son côté qu’elle donnera 200 millions[6]. Il est donc assez clair que rapidement on va dépasser le milliard d’euros – sans doute même est-il déjà dépassé au moment où j’écris. Toutes ces promesses de dons seront-elles réalisées ? Ne soyons pas mauvais esprit les riches aussi ont un cœur, même si celui-ci bat au rythme des clochers. Ce qu’il y a de choquant dans cette histoire de dons, c’est qu’en réalité les très très riches ne font que rétrocéder une petite partie des cadeaux fiscaux que Macron leur a donné. Ne nous offusquons pas du fait que l’on rebâtisse Notre Dame de Paris, avec ce milliard au moins, cela sera relativement aisé, sauf à retrouver des compétences techniques. Mais par contre on peut être scandalisé par les miettes qui ont été très difficilement arrachées par les gilets jaunes à ce crochu de Macron, après des semaines de lutte intense, tandis qu’en moins d’une journée, les riches arrivent à sortir plus d’un milliard pour une église. On a parlé de Téléthon des super-riches qui semblent se tirer la bourre avec leurs dons démesurés[7]. Croient-ils s’acheter ainsi une petite place au Paradis ? 

    Sur l’incendie de Notre Dame de Paris 

    Avant et après 

    Le monde ajoutait que de toute façon, les riches verraient une baisse de leurs impôts d’au moins 60% sur leurs dons au titre du mécénat. Ils ont fait le calcul que sur les 750 millions d(euros donnés par les très riches, 420 millions seraient fait compensés par des pertes de recettes fiscales[8]. Mais il n’y a pas que Macron et les très riches qui veulent se pousser du col avec cette triste salade. Voilà qu’on nous annonce qu’un concours va être ouvert pour désigner l’architecte qui reconstruira la flèche qui s’est effondrée. On sait combien ce type de concours ouvre la porte à la corruption et aux coups les plus tordus. Certains craignent le pire. Paris ayant payé un lourd tribut au feu depuis quelques mois, certains se sont mis à réactiver les vieilles prophéties de Nostradamus selon lesquelles Paris allait être détruit, là maintenant, incessamment sous peu. Derrière ces théories farfelues, il y a tout de même une ambiance de fin du monde depuis que Macron est aux manettes. En attendant, ce désastre masque un échec très grave pour Macron et son gouvernement : en effet on sait que Macron brade à peu près tout ce qui appartient aux Français à des prix d’ami. Il avait fait le forcing pour vendre l’aéroport de Toulouse-Blagnac au groupe chinois Casil. La Cour d’appel administrative vient d’annuler la privatisation de cet aéroport. C’est un revers qui en annonce probablement d’autres[9]. On va en reparler.



    Partager via Gmail

    7 commentaires
  •  Etienne Chouard, Notre cause commune, Max Milo, 2019

    Etienne Chouard sent le soufre, on ne sait pas trop pourquoi, mais on le dit et on le répète. J’ai ici souvent défendu Chouard non pas parce que je partage toutes ses thèses, mais parce qu’il est d’abord victime d’une cabale[1]. En vérité ce qui ne plait pas chez Chouard c’est qu’il remet en question l’idée qu’une élite serait bien plus apte à gouverner que ceux qui ne sont pas formés pour et donc qui ne feraient que des bêtises si on leur donnait le pouvoir. Alors parce qu’il récuse cette idée, idée selon laquelle un bien éduqué, passé par l’ENA ou Sciences Po, serait plus capable qu’un ouvrier ou un employé peu diplômé, de proposer des évolutions politiques valables qui permettraient à la société d’évoluer vers plus d’harmonie, Chouard est accusé de tout et de n’importe quoi, notamment d’être une sorte de crypto-fasciste parce qu’il propose une démocratie directe et contrôlée par les citoyens ! Si on ment d’abord sur son compte, c’est pour ne pas avoir affronter le débat sur cette question de savoir si en démocratie toute voix est égale. Pour Macron on sait que non, pour lui ce qu’il reproche d’abord aux gilets jaunes c’est qu’ils avancent que « Jojo avec un gilet jaune a le même statut qu’un ministre ou un député »[2]. Mais si évidemment les gilets jaunes considèrent que « Jojo » est tout autant important qu’un ministre ou un député, c’est d’abord parce que ces gens-là n’ont jamais fait la preuve de leur supériorité morale, bien au contraire. La longue crise dans laquelle nous sommes plongée depuis au moins 2005 quand les gouvernements ont violé leurs propres règles pour inverser le résultat du référendum sur le TCE en France et aux Pays Bas qui ne leur convenaient pas le prouve. Cette idée selon laquelle un diplômé serait mieux à même de conduire les affaires politiques de la nation conduit à des aberrations de trois sortes :

    1. d’abord elle suppose que les « experts » peuvent finalement très bien remplacer les représentants du peuple et que c’est encore mieux si on ne leur demande pas des comptes. Cette dérive mène directement à la forme de pouvoir ouvertement antidémocratique qui règne à Bruxelles dans les couloirs de la Commission européenne. Elle conduit à la corruption aussi de ces bureaucrates qui aident quelque puissance d’argent à piller la Grèce par exemple. Mais ces experts sont aussi dévalorisés parce que non seulement ils n’ont jamais anticipé la crise économique comme une conséquence d’un modèle de dérégulation, mais en outre, ils ont été totalement incapables de construire des solutions de sortie, la crise de 2008 n’est toujours pas soldée ;

    2. la seconde est l’illusion qu’un diplômé est plus intelligent qu’un non-diplômé. On trouve par exemple des gens pour se gargariser d’un article publié dans L’express, ce torchon, qui dit que les moins diplômés votent pour le FN[3]. C’est bien la preuve que les gens qui votent pour le FN sont stupides puisqu’ils sont moins diplômés ! Ce raccourci paresseux sert à conforter certains « sachants » qu’ils sont sur la bonne voie et qu’au fond ils sont un peu au-dessus de toute cette plèbe misérable – et d’ailleurs si elle est misérable, n’est-ce pas sa faute puisqu’elle a refusé de s’instruire ? Cette idée est erronée dans plusieurs sens : d’abord parce qu’il y a une corrélation nette entre degré d’instruction et pauvreté, or donc ce sont les pauvres qui votent FN. Bourdieu a fait toute une partie de sa carrière pour présenter les mécanismes de la reproduction sociale qui démonte cette sinistre idée[4]. Emmanuel Todd ira un peu plus loin, en parlant de la crétinisation des élites[5]. Cette élite autoproclamée qui a fait l’ENA, Science Po ou Polytechnique et qui donne des imbéciles comme Macron ou Jacques Attali. L’économiste Mark Blaug, aujourd’hui complètement oublié, spécialiste de l’éducation considérait d’ailleurs que les différences de salaires entre les plus diplômés et les m oins diplômés ne venaient pas des différences de productivité, mais plutôt du fait que plus on est diplômé, et plus on a fait la preuve de sa docilité envers les codes sociaux[6]. C’est un constat qu’on a fait à propos de l’ENA, le jury considérant que les candidats sont bien trop moutonniers et incapables de penser par eux-mêmes[7]. Macron en est la quintessence, lui qui applique bêtement et brutalement les consignes de Bruxelles, les fameuses GOPEs, sans même se rendre compte des risques qu’il prend pour lui-même.

      Etienne Chouard, Notre cause commune, Max Milo, 2019

    3. le troisième point est peut-être le plus important : la démocratie véritable indique que chaque voix doit avoir le même poids, contrairement à ce que raconte Macron. Une des raisons est d’abord parce que l’être humain peut se tromper et se trompe d’ailleurs assez fréquemment pour des tas de raisons qu’on peut résumer dans l’idée d’incertitude[8]. Mais il y a aussi une autre raison qui réside dans les fonctions délibératives de la démocratie, celles-ci indiquent que les individus en se réunissant pour délibérer et trouver des solutions présente une rationalité supérieure à celle de la somme des rationalités individuelles. C’est à mon sens ce qu’ont démontré les gilets jaunes qui sont partis du refus de payer une taxe sur le carburant et qui en se rencontrant et en délibérant ont découvert par eux-mêmes des actions et des buts inattendus. C’est sans doute pour cette dernière raison que le pouvoir dictatorial qui a réalisé un coup d’Etat cet hiver est aussi violent dans la répression : cette fonction délibérative qui est le fondement d’une véritable démocratie remet en question les positions acquises des héritiers, ceux qui ont pu faire des études longues et qui par là ont pu rejoindre des réseaux sociaux qui facilitent leur ascension sociale. Juan Branco qui connait de l’intérieur ce système l’a bien démontré dans ses ouvrages sur Macron[9].  

    Etienne Chouard, Notre cause commune, Max Milo, 2019

    Etienne Chouard est en phase avec les gilets jaunes, disons pour aller vite qu’il interagit avec eux, et donc si les gilets jaunes, mouvement social sans contrôle bureaucratique est dangereux pour le pouvoir, Chouard l’est tout autant dans la mise en perspective qu’il donne à ce mouvement social puissant. L’idée de base ce n‘est pas seulement le RIC, ou encore le tirage au sort ou même réécrire la constitution. Ça, ce ne sont que des étapes, le plus important c’est que les citoyens sortent de l’enfance dans laquelle les pouvoirs qui se sont succédés les ont maintenus.

    « L’élection est une pédagogie de la servitude, un apprentissage de la résignation, elle enferme les électeurs dans un rôle de dominés. En les infantilisant, l’élection déresponsabilise les électeurs. », écrit Chouard.

    L’âge adulte de la démocratie, c’est de construire une situation où le pouvoir de décision n’est pas confisqué ou délégué ce qui pour Chouard est la même chose. Cela fait peur à ceux qui se voient dépossédés de leur pouvoir discrétionnaire par « Jojo-le-gilet-jaune ». Cette logique politique, Chouard va la faire remonter à la démocratie athénienne. Mais plus près de nous on pourrait la rapprocher des conseils ouvriers qui se sont mise en place entre 1905 et 1937, en Russie, en Allemagne, en Hongrie, voir en Espagne, dans cette Espagne martyrisée aussi bien par Franco et ses soudards que par le Guépéou de Staline, cette Espagne qui sera célébrée par George Orwell dans La Catalogne libre[10]. Cette expérience vaincue militairement par les forces réactionnaires coalisées a été théorisée par Anton Pannekoek en 1946 sous le titre Les conseils ouvriers. Mais Chouard ne posera pas la question du point de vue du socialisme, même s’il est facile de comprendre en le lisant que le système politique qu’il préconise n’est guère compatible avec une propriété des moyens de production qui donne justement un pouvoir démesuré à une poignée d’individus sur les masses, et cela sans contrôle ni contrepartie, si ce n’est un salaire.

    Le texte de Chouard se termine par un assemblage de textes des penseurs importants qui ont fait évoluer l’ide de démocratie et qui justifient sa démarche, et puis un dernier qui est un éloge du mouvement des gilets jaunes parce que ceux-ci ont pris leur destin en main en dehors des structures hiérarchiques des partis et des syndicats. On notera que comme les gilets jaunes, Chouard fait remonter pour l’essentiel son inspiration à la Révolution française, même s’il connait et cite les auteurs qui se sont emparés de cette questions depuis Athènes. Cet éloge de la liberté trouve son application immédiate dans les mouvements qui, en France, en Algérie ou ailleurs mettent en scène un « dégagisme » qui est une défiance envers les pouvoirs constitués et aussi avec une volonté de reprendre son destin en mains et de ne plus le laisser entre des mains incompétentes et plus ou moins corrompues. C’est dans l’air du temps, de partout dans le monde, sans doute parce que l’information circule plus vite, sans doute aussi parce que le niveau d’éducation s’est suffisamment élevé pour que les citoyens se sentent capable et concernés par la reprise de ce combat pour l’égalité et pour la liberté.

    Etienne Chouard, Notre cause commune, Max Milo, 2019

    C’est donc un livre très juste et très intéressant qui mérite d’être lu, salué et commenté. Il vient aussi à point pour alimenter le débat qui vient sur le RIP – procédure difficile qui n’a jamais été jusqu’au bout et qui montre comment l’oligarchie a peur de la moindre tentative de démocratie directe. En effet l’opposition parlementaire a déposé une demande de RIP à propos de la privatisation d’ADP qui est contestée par les trois quarts de la population et qui relève de la corruption à grande échelle. Mais les députés LREM – un ramassis de canailles il faut bien le dire – trouve que d’oser proposer un référendum sur ce sujet est un « détournement de l’esprit même du référendum ! » Les seuls bons référendums étant ceux qui vont seulement dans le sens de la politique de Macron[11]. On voit que si l’idée de démocratie directe fait son chemin, les obstacles qu’elle va devoir franchir sont encore très long. Par ailleurs on remarquera que si cette idée est devenue populaire par l’intermédiaire du RIC, revendication majeure des gilets jaunes, la réponse du pouvoir a été un durcissement de la répression des oppositions, le régime macronien virant à la dictature.

     

    Pour une autre critique de cet ouvrage on lira l’avis circonstancié de Jacques Sapir en suivant le lien suivant https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-a-propos-du-livre-detienne-chouard-notre-cause-commune-par-jacques-sapir/ 



    [4] Avec Jean-Claude Passeron, Les héritiers, les étudiants et la culture, Editions de Minuit, 1964, et La reproduction, éléments d’une théorie su système d’enseignement, Editions de Minuit, 1970.

    [6] The Economics of Education and the Education of an Economist, New York University Press, 1987. 

    [8] George Schackle, Uncertainty in Economics, Cambridge University Press, Cambridge, 1955.

    [9] Contre Macron, Divergences, 2019 et Crépuscule, Au Diable Vauvert, 2019.

    [10] Gallimard, 1955. Le titre original est Hommage to Catalonia, il a été publié pour la première fois en Angleterre en 1938, traduit par Hommage à la Catalogne aux éditions Champ libre,

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  Acte XXII des gilets jaunes, mobilisation en hausse 

    A Toulouse se sont de vraies scènes de guerre 

    Evidemment qu’on en soit au XXIIème acte des gilets jaunes, cela parait étrange. Depuis cinq mois, Macron et sa bande se sont beaucoup agités tout en faisant su surplace, et la seule réponse qu’ils ont trouvée c’est de réaliser un coup d’Etat sans le dire et de continuer comme si de rien n’était, voire même d’aller encore plus loin dans les réformes antisociales. Ce discrédit de l’exécutif s’accompagne d’un discrédit au niveau international : Macron dans sa volonté de punir les Britanniques n’a pas été suivi, il a même été mis à l’écart, car s’il est incapable de gérer la crise des gilets jaunes, on voit pas comment il pourrait dire quoi que ce soit de cohérent sur le Brexit[1] Cela fait maintenant plus de quatre mois que Castaner-le-menteur annonce un épuisement du mouvement, et pourtant les gilets jaunes sont toujours là ; pire encore, Castaner a dû admettre que le 13 avril la mobilisation était en hausse, malgré les interdictions de manifester et la sauvagerie de la police. Certes il a menti sur les chiffres, annonçant que les manifestants étaient seulement 31 000 dans toute la France, chiffre toujours relayé sans précaution par les journaux. Pour le syndicat France-Police, ils étaient 90 000[2]. Pour moi en me basant sur les informations données par les préfectures et les agences de presse et en les additionnant, on était plutôt autour de 160 000. Le Grand débat a fait un fiasco, non seulement tout le monde s’est rendu compte que la restitution était entachée d’un manque de sincérité évident, que seuls finalement les macroniens y avaient participé, mais en outre que le pouvoir allait se servir de ces pseudos résultats pour continuer sa politique anti-sociale[3]. Un sondage récent disait que 70% des Français étaient déçus par le Grand débat et qu’ils n’attendaient rien de cette comédie, seuls les macroniens trouvaient cela très bien[4]. Bref si la politique fascisante de Macron n’a pas changé, le rapport de forces non plus. Président élu minoritaire, désavoué par le peuple, il ne peut rester au pouvoir que grâce a une forme de dictature d’un genre nouveau. Malgré le relais des médias, l’aide de la justice et de la police, rien n’y fait. On a même été cherché un pseudo-philosophe, Pierre-Henri Tavoillot pour ne pas le nommer, qui est venu nous expliquer que nous devions réapprendre à obéir[5] ! Il rejoint dans l’ignoble un autre philosophe, Luc Ferry, qui lui voulait que l’armée tire dans le tas. Comme quoi la philosophie ne met pas à l’abri de l’imbécilité. Car justement le mouvement des gilets jaunes est un mouvement adulte qui nous enjoint de désobéir à un pouvoir ignoble, cupide, menteur, arrogant et sans scrupules. L’histoire est passée par là, c’est dans le monde entier qu’on apprend à désobéir et donc on se prépare à reprendre notre destin en main. On voit ça aussi en Algérie où le risque de guerre civile est très élevé si l’armée ne veut pas rentrer dans les casernes et si elle prétend que rien ne changera dans le système.   

    Acte XXII des gilets jaunes, mobilisation en hausse 

    Dès le début de la manifestation, la police a balancé les grenades assourdissantes et des lacrymogènes 

    Samedi 13 avril à des mobilisations traditionnelles des gilets jaunes, s’étaient joints ici et là des travailleurs, parfois même avec le drapeau de la CGT, qui protestaient contre les licenciements ou le pillage d’entreprises rentables par leur propre direction comme à Arjowiggins dans la Sarthe. Comme quoi il n’y a pas qu’à l’Aéroport de Toulouse que les patrons pillent l’entreprise pour leur propre profit de court terme[6]. Tout contribue aujourd’hui encore à renforcer la détermination des gilets jaunes, ne serait-ce que par l’étalage d’un affairisme dévergondé dont font preuve les voyous de LREM. La dernière en date de cette pratique affairiste honteuse est celle de la nomination de Raphaële Rabatel à la Française des Jeux, entreprise florissante qui va être privatisée par la volonté de Macron, il faut bien rembourser les investissements des grands financiers sans qui il ne serait rien, et même peut-être encore moins[7]. Cette Raphaële Rabatel que la Française des Jeux dit avoir choisi pour ses compétences, est en réalité l’épouse de Gilles Le Gendre, ce sinistre député macronien, anciennement giscardien, qui expliquait la révolte des gilets jaunes par le fait d’une trop grande subtilité de la majorité ! Or si cette nomination intervient maintenant et qu’elle fait polémique, c’est parce que cette femme va être le Cheval de Troie de l’entreprise qui va mettre la main sur la Française des Jeux.

      Acte XXII des gilets jaunes, mobilisation en hausse

    La Française des Jeux a beau dire que cette embauche s’est faite uniquement sur les compétences de l’épouse du patron des députés LREM, personne n’y croit et cela ne peut alimenter que le ressentiment. En tous les cas elle a déjà travaillé dans les processus de privatisations notamment pour celle de Gaz de France[8]. C’est donc une habituée des magouilles qui en général accompagnent les privatisations. Elle travaillait avec son mari dans le cabinet de consultants qu’il avait monté, Explora & cie. Evidemment pour se défendre ils ont avancé qu’une femme avait bien le droit de faire une carrière toute seule sans son mari, sauf qu’antérieurement elle travaillait aussi pour Explora & cie. La défense est la même que celle de Sibeth Ndiaye : l’une dit vous êtes raciste, l’autre vous êtes sexiste. Ce nouvel épisode de l’affairisme macronien ordinaire a un parfum de fin de règne. Comme si sachant qu’ils n’étaient pas là pour encore très longtemps, ils tentaient de s’enrichir le plus rapidement possible en vendant bandes et prébendes. Cela excite et justifie la colère populaire, d’autant qu’on sait que majoritairement les Français perçoivent ces privatisations comme des cadeaux nouveaux aux très riches amis. 

    Acte XXII des gilets jaunes, mobilisation en hausse 

    Place Wilson à Dijon, on a fait du feu 

    Mais revenons aux manifestations de samedi. Si à Paris cela a été globalement calme, ce ne fut pas le cas à Toulouse. Dans la ville rose, ils étaient des milliers à s’être rassemblés malgré l’interdiction du préfet. Tout de suite la police a envoyé des grenades assourdissantes et lacrymogènes avec une volonté évidente de faire mal. On a vu des images terribles de manifestants et de manifestantes isolés, tabassés, gazés, coincés, les flics employant le mot « nassés ». Cette sauvagerie qui transforme la police en milice, on murmure qu’elle rapporte à ces fonctionnaires sans âme et sans conscience 500€ par semaine. On comprend que pour eux les manifestations des gilets jaunes rapportent. Et donc ils ne seront guère regardant sur les ordres qu’on leur donne, ils les anticiperont même. Sur la vidéo suivante, on voit les manifestants poussés dans une bouche de métro à Toulouse pour ensuite être gazés, alors qu’ils sont complètement désarmés. On a aussi de nombreuses autres vidéos qui circulent sur cette journée et qui montrent qu’une douzaine de CRS prennent au hasard un gilet jaune et le matraquent durement. Comment ces gens-là ne peuvent-ils pas avoir honte de soutenir ainsi le coup d’Etat macronien pour une somme finalement misérable : vendre sa conscience professionnelle pour 500 € par semaine est vraiment misérable.

      

    Il y a eu aussi des incidents violents à Dijon, mais à Paris la manifestation a été plutôt calme. Il est probable que si le pouvoir ne faisait pas régner cette atmosphère de terreur la mobilisation serait encore plus importante. Le bas niveau de popularité de l’exécutif, la répression choquante des gilets jaunes montre que la mobilisation n’est pas près de s’éteindre. Se pose alors la question du rôle de ce qu’on appelle les corps intermédiaires, notamment des syndicats qui, sans le dire, couvrent la politique macronienne en ne la dénonçant pas, en organisant des manifestations séparées des enseignants, des ouvriers ou d’autres catégories de personnel. Ils disparaissent du paysage politique en se discréditant un peu plus, ils montrent qu’ils ne soutiennent en rien le peuple et préfèrent rester des bureaucrates stipendiés à la charge de leurs adhérents. Que la gauche et les syndicats n’aient rien fait pour dénoncer le coup d’Etat macronien est stupéfiant, ils ne font même plus semblant, ils sont passés de l’autre côté. Soyons clair, je ne dénonce pas ici les syndicalistes qui ici et là font un travail difficile et rendu encore plus difficile par la politique antisociale de Macron et de la canaille au gouvernement. Mais je dénonce cette bureaucratie inerte et sans projet qui freine autant qu’elle le peut le mouvement. Que ce soit aujourd’hui ou demain, elle est condamnée à disparaitre et à laisser la place à de nouveaux syndicats moins compromis et corrompus par le système en place, un syndicalisme de combat qui ne se contente pas de défilé une fois par an entre Bastille et République et qui fait la moue face aux actions des gilets jaunes. Les gilets jaunes ont mis les bureaucraties syndicales au pied du mur.  

    Acte XXII des gilets jaunes, mobilisation en hausse 

    A Paris les manifestants se sont regroupés sur la place de la République 

    Samedi 20 avril 2019, nous en serons à l’acte XXIII des gilets jaunes qui va sans doute connaitre un regain de participation parce qu’il faudra bien répondre à Macron qui va présenter ses conclusions à partir du résultat supposé du Grand débat. Le plus probable est qu’il annoncera à la fois une baisse des impôts – c’est déjà fait pour les plus riches – et en même temps une baisse des dépenses publiques avec une nouvelle baisse des effectifs dans la fonction publique. Olivier Dussopt, petite crapule passée du PS où il défendait la fonction publique, au soutien de Macron, l’a annoncé, ce sera 120 000 fonctionnaires en moins d’ici la fin du quinquennat Macron[9]. Cette baisse s’ajoutera sans doute à une baisse plus profonde des dépenses publiques qui « profitaient » aux plus pauvres, en même temps qu’elle précarisera la fonction publique et réorientera les services publics vers une gestion privative au profit d’une caste cupide et sans morale. Le but de Macron est de tordre rapidement le système, ainsi que le demande Bruxelles, dans un sens néo-libéral, de façon à ce que ses successeurs ne puissent plus revenir en arrière sans sortir de l’Union européenne par exemple.  

    Acte XXII des gilets jaunes, mobilisation en hausse

    A Grans près de Salon-de-Provence, les gilets jaunes ont aussi manifesté contre le compteur Link



    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences

    Les Grand débat a été un fiasco coûteux, nous le savons déjà, un simple élément dans la propagande macronienne. Mais il était difficile pour ce gouvernement de lobbyistes de l’admettre. Aussi Edouard Philippe s’est lancé dans une surenchère de mensonges assez inédite, même si nous sommes habitués depuis longtemps. Comme l’on remarqué plusieurs commentateurs, Philippe veut tenter de nous faire croire que les Français seraient partisans finalement de ses réformes pourries et donc que le Grand débat confirmerait leur bien fondé[1]. Dans cette escroquerie intellectuelle il y a trois niveaux de mensonges :

    - d’abord sur le fait que les questions étaient très orientées de façon à faire ressortir des choix binaires du type, si vous voulez baisser les impôts, il faut baisser les dépenses publiques et donc fermer des maternités, des écoles, ou des lignes de chemins de fer. C’est ce que disait une des garantes du Grand débat qui émettait des doutes sur sa sincérité. Nadia Bellaoui, garante du grand débat, émet 2 réserves :

    1) Les questions étaient « problématiques », leur « formulation binaire » et elles étaient « orientées ».


    2) « L'hyper-médiatisation du président de la République » qui a pu « nourrir le doute sur la nature du grand débat ».

    Ces deux remarques expliquent pourquoi ce sont seulement les macroniens qui ont participé à cette farce, les autres s’en sont tenus à l’écart. Le Cevipof a donné une analyse sociologique des participants au Grand débat, leur profil est grosso modo celui des électeurs de Macron. C’est quelque chose qui est peu commenté, mais qui pourtant est décisif. Je recopie ce tableau que j’ai déjà donné mais qu’il faut garder en tête pour analyser correctement les résultats.

      

    La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences

    Romaric Godin dans l’article de Médiapart déjà cité, soulignait que les zones qui sont prospères, comme Paris et la Région lyonnaise étaient surreprésentées, tandis que les zones rurales étaient restées à l’écart. Il en déduisait lui aussi que les répondants étaient d’abord les représentants de la France qui va bien et qui souffre très peu de la mondialisation.

    - le second niveau de mensonge porte sur la quantité des contributions. Voilà ce qu’écrit Le monde sur cette question : « Les données relatives au grand débat étaient ouvertes, et donc accessibles à tout un chacun. Nous les avons donc analysées quantitativement. Les chiffres donnés par le gouvernement sont parfaitement exacts ; néanmoins, ils ne reflètent pas la qualité extrêmement variable des contributions.

    Il ressort ainsi que :

    certains contributeurs ont copié et collé des dizaines (voire des centaines) de fois leur texte ; 

    plus de la moitié des textes rédigés comportent moins de dix mots ;

    plus de la moitié des textes rédigés sont en fait des doublons. »[2] 

    En clair cela veut dire que les macroniens ont triché pour gonfler le nombre des participants, mais aussi pour donner des réponses conformes à ce qu’attendait l’exécutif.

    Il semble bien que les 1,5 millions de contributions aient été écrites par 220 000 participants ! Soit un peut moins de 0,5% du corps électoral, c’est une participation très faible et donc forcément non représentative. Les réponses ont encore bien moins de valeur que celles d’un sondage où, même si on manipule leurs résultats à coups de redressements plus ou moins obscurs, ils sont construits à partir d’un échantillon dit représentatif. Rien que cette limite plombe déjà la fiabilité des résultats en ce qui concerne la « restitution ». Ils vont au contraire confirmer que le gouvernement et Macron ont pris la dangereuse habitude de mentir sur tout et sur n’importe quoi. Mais les Français dans leur très grande majorité accordent peu de crédit à ce qu’ils racontent, que ce soit sur les chiffres des manifestations du samedi ou sur le reste.

    - le troisième niveau de mensonge de ce gouvernement porte sur l’interprétation des résultats. Ce qui était attendu en somme. Par exemple sur l’ISF, on sait que c’est là une revendication des gilets jaunes : retour de l’ISF. Mais cette volonté de retour dépasse dans tous les sondages les 70% et flirte avec les 80%[3]. Or Edouard Philippe retient que seulement 10% des personnes qui ont répondu au Grand débat souhaitent son retour ! Soit Philippe est un menteur – ce dont on ne doute pas – soit les Français qui ont participé à cette mascarade du Grand débat ne sont que des macroniens et donc ne sont pas représentatifs de quoi que ce soit. Ou peut-être bien les deux. Marianne a compris qu’il y avait comme un défaut dans la présentation de Philippe qui semble croire que les Français sont aussi stupides que lui et a levé le lièvre[4]. 

    La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences 

    Voilà la façon gouvernementale de présenter ces résultats, c’est ce qu’en retiendra Macron en disant : « voilà ce que veulent les Français » 

    Pascal Perrineau, l’un des garants du Grand débat, soulignait que les questions avaient été complétement orientées pour faire apparaître une volonté de baisse des dépenses publiques et une demande conjointe de baisse d’impôts[5]. L’idée tordue de l’exécutif est la suivante, elle était reprise lundi dernier par Philippe, mais elle avait été avancée déjà par Macron lors de ses shows en province : vous voulez une baisse d’impôts ? D’accord, mais alors ne venait pas pleurer si on privatise les services publics. Ils vont en effet reprendre cette idée saugrenue en cachant les idées de privatisations des biens et des services publics derrière la volonté populaire qui se serait exprimée. Comme on le voit l’exécutif tend à nous démontrer que les réformes voulues par Macron vont dans le sens d’une demande populaire et donc que le mouvement des gilets jaunes ne sert à rien. Sauf que si le mouvement des gilets jaunes n’avait servi à rien, Macron aurait-il mis en place le Grand débat ? Sauf que les répondants au Grand débat sont représentatifs de l’électorat macronien et de la droite en général. On voit par exemple qu’ils considèrent qu’il faut revoir les conditions d’attribution des aides sociales. C’est là un thème qui plait à ceux qui n’en ont pas besoin par définition, mais on ne met pas ça en balance avec le fait justement qu’il faudrait peut-être revoir les conditions de subvention des entreprises : les aides aux entreprises privées représentent 200 milliards d’euros[6] ! C’est une grande contradiction parce que si les lois du marché fonctionnaient au mieux, les entreprises n’auraient pas besoin d’aides publiques.

    Le CICE est une dépense très élevée, elle se monte à 40 milliards d’euros pour la seule année 2019 et à 120 milliards d’euros pour les années 2014-2019 ensemble. Cette mesure est bien plus inefficace que les 120 000 fonctionnaires dont Darmanin veut supprimer les postes qui ensemble coûte environ 3,5 milliards d’euros. Je rappelle que le CICE est une mesure prise par Macron alors ministre de l’économie du malheureux Hollande. On nous l’avait vendue en disant que cela créerait 1 million d’emplois ! mais au final le CICE n’aurait contribué qu’à la création ou au maintien d’un nombre d’emplois compris entre 50 000 et 100 000, selon les chiffres de Jean Pisani-Ferry un des promoteurs de cette réforme qui consiste à assister le patronat en le subventionnant grassement[7]. Une autre étude de l’INSEE chiffrait l’impact du CICE à 75 000 emplois[8] ! Ce qui est très loin des promesses. Baisser les dépenses publiques, soit, mais lesquelles ? Les salaires des députés ? Les subventions aux entreprises ? Abroger le CICE ? Ou au contraire comme le font Macron et ses sbires abaisser les dépenses sociales, celle de la santé ou de l’éducation. Blanquer a annoncé qu’en 2019, ce sera 2600 postes d’enseignants supprimés dans le secondaire et 1900 créés dans le primaire[9]. Il y a également d’autres manières de financer les services publics, par exemple en intensifiant la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale. Si l’Union européenne ne fait pas grand-chose dans ce domaine, on peut dire que Macron fait encore moins, or l’évasion fiscale c’est entre 80 et 100 milliards d’euros par an au minimum. Cette inertie est même apparue suspecte aux décodeurs du Monde[10]. Cette volonté de mettre en face directement et sans précaution baisse des impôts et baisse des dépenses publiques ne relève pas seulement que de la farce, elle est l’aboutissement de la volonté de faire évoluer le système économique et social européen vers le modèle américain et plus généralement mondialiste. Si on diminue les aides sociales et qu’on augmente celles aux entreprises, le modèle économique et social change de nature et vise à favoriser clairement une hausse des inégalités de revenus. Il y a en effet trois voies pour lutter contre les inégalités de revenus :

    1. la progressivité de l’impôt sur le revenu, plus elle est forte et plus la part de l’impôt sur le revenu dans la fiscalité est élevée, et plus les inégalités reculent ;

    2. les aides sociales réduisent également les inégalités de revenu, l’observatoire des inégalités nous dit qu’elles les réduisent de moitié[11] ;

    3. enfin, si on augmente le SMIC via un coup de pouce gouvernemental, cela resserre aussi les inégalités parce qu’une hausse du SMIC se répercute et modifie le partage de la valeur ajoutée en faveur du travail.

    Comme on le voit, ces trois formes d’intervention sont bannies par le président des très riches, et donc par voie de conséquence, il a fait de son quinquennat une bataille pour accroitre les inégalités, c’est ce qui lui plait et donc, il va se servir des résultats du Grand débat pour continuer dans ce sens.  

    La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences

    Ajoutons à tout cela que le Grand débat dans sa forme et dans la nature même des participants a occulté un thème important qui plombe le quinquennat de Macron : c’est celui des inégalités qui se sont accrues au fil du temps[12]. Or Macron a interdit qu’on en parle, alors que c’est pourtant une des raisons à la révolte des Gilets jaunes. Les diverses tares que nous avons dénoncées ci-dessus et qui plombent définitivement le Grand débat dans la restitution de ses résultats expliquent pourquoi ceux-ci sont inexploitables et conduisent Philippe et la Macronie à une surenchère dans le mensonge. Roland Berger qui a été choisi pour le dépouillement a commencé à présenter ses propres résultats. Nous avons recopié ci-dessus ceux qui concernent la fiscalité et les dépenses publiques. Comme on le voit, il n’y aucune réponse qui pourrait aller dans le sens d’un consensus de quoi que ce soit. Aucune réponse n’arrive à 20%. Pire encore, la réponse qui vient en tête des vœux des Français c’est le rétablissement de l’ISF ! En tous les cas il n’est pas à 10% comme le dit le chef de ce gouvernement de menteurs pathologiques, mais à 17%. Certes on peut toujours en déduire que les Français souffrent de la pression fiscale et le disent : c’est ce que tentent de faire croire les pouvoirs publics. Cependant il serait erroné d’en déduire que cette pression fiscale est fondamentalement trop élevée pour la nation, c’est d’autant plus faux qu’en France on amalgame souvent pression fiscale et prélèvements obligatoires. C’est mensonger, parce que dans ces 46% de prélèvements obligatoires, il y a au moins la moitié qui couvre les dépenses sociales et que celles-ci sont financées non par des impôts ou des taxes, mais par des cotisations sociales payées par les entreprises et par les salariés. L’OCDE n’a pas peur de diffuser des fake-news et de mentir ouvertement sur les formes de financement de la protection sociale en France, ça fait partir de leur boulot. Pour faire baisse ce chiffre au niveau de la moyenne de l’OCDE, soit 34,25%, il suffirait de privatiser la Sécurité sociale, même en partie ! Ce à quoi l’OCDE encourage vivement la France, bien entendu.  

    La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences

    Revenons à l’idée générale de pression fiscale, nous savons au moins depuis Pierre de Boisguillebert que ce qui est important, ce n’est pas la charge, mais sa répartition sur les différentes classes, et bien sûr l’usage qu’on fait des recettes fiscales[13]. C’est une révolte contre l’impôt en 1788 qui a annoncé la Révolution française de 1789.  Si la pression fiscale semble s’être accrue sur les plus pauvres – via les taxes indirectes – et sur les classes moyennes, c’est à la fois parce que la croissance reste très faible, et aussi parce qu’on a abaissé la pression fiscale sur les plus riches et seulement sur eux.

    La preuve que les plus pauvres ne sont pas contre l’impôt est qu’ils réclament le rétablissement de l’ISF à plus des 3/4[14]. C’est pour eux à la fois une manière de soulager leur propre charge fiscale, un élément de justice sociale, et un moyen de financer des dépenses publiques indispensables. Il faut partir de cette idée : les dépenses publiques sont indispensables, à la fois pour maintenir un régime social protecteur des plus faibles, mais aussi pour équiper et développer le pays. Il est incroyable que les imbéciles qui nous gouvernent n’aient pas encore compris que les investissements publics sont aussi un facteur de production. Vouloir réduire les dépenses publiques est un non-sens. En règle générale cela engendre à plus ou moins long terme un effondrement de l’économie. Le petit président qui admire tant Margaret Thatcher devrait se souvenir que c’est sur cette question qu’elle a été mise à la porte du gouvernement par son propre parti. On voit que si 70% des Français se montraient réservés sur l’usage dont le pouvoir allait faire du Grand débat, c’était tout à fait fondé.



    [13] Le détail de la France, 1695.

    Partager via Gmail

    3 commentaires