•  Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron 

    Strasbourg, bataille avec la police 

    Il y avait cette fois nettement moins de monde dans les cortèges. 23 700 manifestants selon Castaner-le-menteur, sans doute un peu plus de 60 000 selon France-Police. Les gilets jaunes arrivaient à 114 000. Mais c’est clair, il y avait moins de monde dans les cortèges.  Il est difficile de déterminer si le mouvement se meurt, les manifestations étaient en effet interdites dans de très nombreuses villes de France, et Lallement qui porte si bien son nom avait promis de lâcher les chiens sur les gilets jaunes. La répression est de plus en plus féroce, la police n’attend plus que la manifestation se disperse, elle cogne directement comme à Lille ou à Strasbourg où le cortège se dirigeait vers le parlement européen. La tactique bestiale de Macron et de sa milice est de provoquer les gilets jaunes en les massacrant, de façon à les isoler : il y aura ceux qui ont peur, et ceux qui craignent de se mêler à des violences bien peu démocratiques. On voit que la stratégie de Macron se fait en deux temps : premier temps provoquer les Français en disant que de toute façon on continuera dans la même voie, des cadeaux pour les plus riches, et pour les salariés, on travaillera plus sans être payé plus. Dans un deuxième temps pour ceux qui n’ont pas compris, la milice frappera encore plus fort, sous les applaudissements des éditocrates. Le 27 avril, la CGT avait annoncé qu’elle participerait à la manifestation parisienne, mais le syndicat, miné par ses divisions et ses contradictions n’a rien apporté de plus au mouvement. Des grèves sont annoncées un peu partout, dans la fonction publique, la semaine dernière c’était le personnel de service sur les TGV. Tout se fait dans le désordre. Cela donne l’impression d’une guerre de position. Les derniers sondages montrent toujours une très forte détestation des Français à l’endroit de Macron et de son gouvernement fascistoïde. C’est au point que la liste de LREM semble devoir se contenter de la deuxième place pour les élections européennes qui arrivent. Même si le mouvement s’essouffle, il semble peu probable qu’il s’arrête de sitôt. Face à l’immobilisme macronien, les gilets jaunes affichent une grande détermination, alors même qu’ils se battent le dos au mur, avec tout l’appareil d’Etat contre eux.  

     Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron 

    A Marseille aussi il y avait beaucoup de monde et la police a chargé 

    Pour le 24ème samedi de rang, les gilets jaunes ont manifesté. Y compris dans les villes où les manifestations étaient interdites comme à Lille et à Toulouse. A Partis les cortèges étaient en effet un peu plus maigres que d’ordinaire. Il y a eu aussi beaucoup de blocages sur les autoroutes, ou sur les routes comme en Arles par exemple où la N113 a été bloquée. On est entré dans une bataille de très longue durée, et il semble que les gilets jaunes vont devoir diversifier leurs actions pour contourner les interdictions de toute sorte qui pleuvent sur eux dès qu’ils bougent un peu. A Marseille, alors que le plus souvent les cortèges sont très pacifiques, la police a déclenché la bataille au bas de la rue Breteuil. L’exaspération de la population est telle, face à l’immobilisme macronien, que les gilets jaunes pensent maintenant que la violence est la seule solution pour faire bouger les lignes. Alors qu’au début ils portaient plutôt un regard critique sur les blacks blocs, maintenant ils souhaitent leur venue. Je pense que lorsque Macron explique qu’il soulage les plus riches de l’ISF parce qu’ils vont investir, il ne se rend pas bien compte qu’il s’agit là d’une insulte : après tout, les pauvres aussi pourraient investir tout autant si on leur augmentait substantiellement leur salaire. Ces escarmouches hebdomadaires nous paraissent être maintenant une répétition générale d’une révolution à venir, en France et probablement de partout en Europe. Le soutien des Français aux gilets jaunes est intact, et la défiance du peuple face aux partis traditionnels et aux syndicats est immense, on le verra le 26 mai. Il semble que l’abstention sera énorme, mais qu’en outre beaucoup vont voter pour la liste du RN parce c’est une manière d’envoyer une claque à Macron et à sa bande. Le fait que Loiseau, tête de liste de LREM pour ses élections sans enjeu réel, ait été obligée de dévoiler son passé à l’extrême droite, lui faisant perdre toute crédibilité dans sa critique très convenue du parti de Marine Le Pen. 

    Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron 

    Lille la sauvagerie habituelle de la police 

    C’est à une véritable bataille de tranchées à laquelle nous assistons. En effet venir semaine après semaine manifester, en dehors de toute consigne syndicale et partisane dénote une vraie détermination. Les policiers semblent fatigués et de plus en plus hargneux dans ce rôle de miliciens de l’oligarchie. Ils savent très bien qu’en appliquant les consignes de Castaner-le-menteur, ils sortent de l’Etat de droit. La CRS 51 est tombée opportunément en arrêt de travail –  48 sur 61 homme – refusant de fait d’assurer la sécurité des ministres en déplacement[1]. C’est le genre d’avanie qui pourrait se multiplier à l’avenir. Cette semaine, en même temps que Macron répondait à l’ONU qu’il n’y avait pas de violences policières, Le canard enchaîné révélait que le LBD40 était classé comme une arme de guerre[2]. Ce qui signifie implicitement que Macron a déclaré la guerre sociale à la France d’en bas. Il veut une soumission totale. Certains magistrats commencent aussi à se poser des questions sur leur instrumentalisation par le pouvoir, ce qui renforce les avocats à se battre contre les restrictions de toutes sortes qui touchent les libertés individuelles : interdiction de manifester, gardes à vue arbitraires, arrestations sans motif[3]. La répression sur des bases illégales semble être pour l’instant la seule réponse que Macron ai trouvée. Il peut croire que cela fonctionne si par exemple les manifestants sont moins nombreux, mais ce faisant, il encourage les gilets jaunes – et avec eux le reste des Français – à le haïr toujours plus et- à se radicaliser. Cette mentalité à se faire détester des gens d’en bas est le propre des parvenus qui ont acquis une position élevée sans vraiment la mériter. Mais quand on le voit fanfaronner lors de sa conférence de presse, bien trop maquillé pour être honnête, on ne le sent pas vraiment à l’aise, les traits tirés, il a beaucoup vieilli en quelques mois. Il est usé, et ses sourires mécaniques n’arrivent plus à le masquer. Peut-être se rend-il compte dans son délire que tous les dictateurs dans les pays avancés ont très mal fini ? Et quoi qu’on en dise, la France n’est pas encore tout à fait un pays du Tiers Monde qui se gouverne uniquement par la terreur et le mensonge. Même des dictateurs comme Hitler ou Franco avaient tout de même un peu plus de soutien dans la population que lui. Même les journalistes qui le soutiennent – parce qu’ils sont payés pour ça – n’y arrivent plus et laissent pointer leur dépit[4]. C’était flagrant à la suite de la conférence de presse, ils ne comprenaient pas que Macron s’en tienne à des solutions qui n’en sont pas dans tous les domaines. Tout le monde a remarqué que son discours était de plus en plus conservateur, alors qu’au début il faisait mine d’incarner le progrès. Seule Françoise Fressoz du Monde a trouvé que ce virage très à droite était une bonne idée, bien pensé, il solidifierait le bloc bourgeois. Mais le parti de l’ordre en France, le parti des Versaillais et des Vichystes, n’est pas très extensible, certes cela peut permettre à Macron de rester aux alentours de 27% de popularité et de ne pas tomber plus bas, mais en même temps, cela le fige dans la figure d’un homme du passé. Thiers et Pétain ne sont pas des figures historiques très appréciées, on préfère tout de même les rebelles qui comme Charles de Gaulle ont su dire non et bousculer l’ordre existant, refusant la capitulation honteuse face à l’Allemagne, ou encore de s’aligner sur les positions américaines.

    Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron

     Beaucoup de monde à La Rochelle 

    Certes la solidité des institutions fait que sur le très court terme Macron ne risque pas grand-chose, les LREM reprennent en chœur l’idée que, nul ou pas, il n’y aurait personne pour le remplacer. Mais cette idée est légère, d’une part parce que parfois dans des situations de crise il se trouve tout soudain un homme qui incarne le renouveau, et d’autre part parce que la revendication d’une démocratie directe – c’est-à-dire une situation où le peuple exerce lui-même son pouvoir au lieu de le déléguer – devient de plus en plus évidente pour tout le monde. La faillite des élites, leur cupidité et leur vanité, sont tellement évidente que Macron en est à proposer une fermeture de l’ENA ! Ecole d’où il vient lui-même et qui forme tellement mal les très hauts fonctionnaires. Bien sûr il ne le fera pas, ce serait se tirer une balle dans le pied, mais rien que d’en parler prouve à quel point les idées des gilets jaunes sont très avancées et bien plus modernes que les visions rétrogrades de Macron qui commencent à exaspérer même dans son propre camp. Il ne faut pas attendre qu’il se passe quelque chose de positif pour le mouvement social à l’issue des mouvements de grèves que les syndicats ont programmés, ni même avec la manifestation du 1er mai. La  manifestation du 27 avril a montré une fois de plus que les syndicats n’étaient plus dans le coup, marginalisés, ils n’ont pas su mobiliser. Si la solitude des gilets jaunes est leur handicap – les corps intermédiaires ne les soutiennent pas – c’est aussi paradoxalement leur force. Leur popularité qui reste très élevée et majoritaire dans le pays, tient au fait qu’ils ne roulent pour aucune boutique. 

    Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron 

    En Arles, la circulation a été bloquée sur la N113 

    Sur le court terme, les gilets jaunes vont tenter de relancer le mouvement en tentant une sorte de convergence des luttes comme on dit, bien que les hiérarques des syndicats se méfient toujours des gilets jaunes. Après tout le printemps est là, et le retour du beau temps peut y être favorable. On ne le dit pas assez, mais les gilets jaunes reviennent partiellement à ce qui a fait leur force, blocage des accès autoroutiers, occupation des ronds-points, certes ce n’est pas encore massif, mais cela existe comme nous l’avons vu samedi à Arles. Ce serait en effet une bonne réponse à l’immobilisme macronien. En tous les cas il est certain qu’il y aura encore au moins deux samedis de protestation, donc un vingt-sixième samedi, soit une demi-année ! Le plus long mouvement social de l’histoire de France. Si Macron ne bat pas un record d’impopularité, il battra au moins celui-là comme la conséquence de son incompétence à gérer les affaires du gouvernement. Terminons par cette réflexion, le rebond de popularité sur lequel Macron et ses journalistes affidés comptait consécutivement à l’incendie de Notre Dame de Paris n’a pas eu lieu. 

    Acte XXIV, après la conférence de presse de Macron

     


     

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  • L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmes 

    Les élections européennes occupent les esprits et les états-majors des partis. Il s’agirait d’élire un parlement européen qui n’a strictement aucun pouvoir et qui a été conçu comme cela. Les lieux du pouvoir dans l’Union européenne, sont la Commission européenne qui gère les budgets en Europe à la place des Etats, la Banque Centrale Européenne qui a la main sur la monnaie, et la Cour de Justice Européenne qui fabrique les lois à partir de rien, uniquement pour soutenir le projet néo-libéral de l’Union européenne. Rien d’autre. Traditionnellement l’abstention à cette parodie de démocratie est extrêmement élevée comme on peut le voir dans le graphique ci-après pour les élections de 2014. Un tel taux d’abstention rend complètement illégitime ce parlement croupion qui n’est un parlement qu’en apparence. Evanescent ce parlement sert seulement à recaser quelques figures politique un peu passées de mode et qui cherchent des compléments de revenu pour un travail bien peu fatigant. L’absentéisme des députés européens est régulièrement dénoncé. Mais pourquoi donc seraient-ils présents, alors que clairement ils n’ont rien à décider[1] ? Le plus souvent on entend parler de cette assemblée que lorsqu’une grande gueule, Nigel Farage ou Cohn-Bendit, fait du cinéma, s’indigne à peu de frais sur telle ou telle question. Ce cirque est destiné à faire des images qui rappelleront au peuple européen indifférent que ce parlement existe. 

    L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmes

     Taux d’abstention aux élections européennes de 2014 

    Son plus beau fait d’armes et le plus récent est la reconnaissance du coup d’Etat de Juan Gaido au Venezuela[2], tandis que l’Union européenne se trouvait dans l’incapacité de le faire parce que des pays comme l’Italie, ou la Grèce, l’en empêchaient. La volonté de ce parlement de se soumettre au dictat atlantiste s’il était la marque d’une Europe soumise, montrait un dysfonctionnement de ses différentes composantes. Mais le résultat était là : l’Union européenne quoi qu’en disent les parlementaires européens se trouvait dans l’incapacité de reconnaitre Juan Gaido. En voulant démontrer que l’Europe existait, le parlement européen est arrivé ainsi à son exact contraire. Toujours à la remorque, ce parlement n’est intervenu sur la question vénézuélienne que dans le sillage de Macron qui lui-même a mis ses pas dans ceux de Trump. Mais pourquoi se saisir de cette question lointaine et mal connue quand le parlement européen est incapable de dire quoi que ce soit sur le glyphosate, ou sur n’importe quel sujet important. Mais voilà en s’intéressant au Venezuela les parlementaires européens font semblant d’agir, alors que leur résolution ne mène à rien.

    Très souvent les européistes se lamentent hypocritement sur cet état de fait. Arguant qu’on ne peut pas se plaindre en même temps d’un manque de démocratie dans l’Union européenne, et refuser de voter. Le refus de voter est en réalité très complexe. Il ne tient pas seulement à la mauvaise volonté des Européens. Mais en vérité cette mise à distance des électeurs des organes représentatifs de l’Europe est clairement le résultat d’une volonté politique : l’Union européenne fonctionne dans l’opacité la plus totale, y compris en violant ses propres lois. Par exemple il est clair que la politique de Mario Draghi est en complète contradiction avec le traité instituant la Banque Centrale Européenne[3]. Mais si cela a gêne un moment les Allemands, ils sont depuis rentrer dans le rang, sans doute parce qu’ils pensent pouvoir prendre un jour prochain la tête de la BECE[4]. Après avoir ôter un à un tous les éléments de la souveraineté populaire, le budget, la monnaie, et même la production de la loi, l’Union européenne n’est pas fâchée au fond que les électeurs désertent les urnes. C’est bien dans la continuité du projet post-démocratique que de gouverner uniquement à l’aide des experts. Sans même que les électeurs se déplacent, l’Union européenne a un parlement, certes qui ne sert à rien, mais qui fait au moyen semblant que nous sommes dans une démocratie parlementaire. On pourrait même dire que l’abstention énorme qui disqualifie la légitimité d’une telle boutique, sert tout à fait son dessein.   

    L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmes

    Le bilan complètement négatif de l’Union européenne et de l’euro 

    Sur le plan économique et social, le bilan européiste est terrible. Certes on peut incriminer la crise de 2008, mais 10 après cette crise aurait dû être résorbée : si elle ne l’a pas été c’est bien parce que l’Union européenne ne fonctionne qu’au profit des pays forts et particulièrement de l’Allemagne. Plus l’Europe s’intègre et plus sa croissance s’effondre : la croissance de l’Union européenne est ainsi inférieure à la croissance étatsunienne, et la croissance de la seule zone euro est encore plus faible que dans le reste de l’Europe. Certes les européistes vous diront que sans l’Union européenne cela eut été pire. Mais ce n’est pas sérieux, juste un acte de foi. On pourrait dire bien sûr que la croissance n’est pas un but en soi, à un moment où les questions environnementales interpellent. Mais il est facile de comprendre qu’un objectif de décroissance demanderait pour être accepté que le partage de la valeur soit beaucoup moins inégalitaire. Or ce n’est pas le cas. Les inégalités se sont creusées entre les pays européens, clairement au profit de l’Allemagne, infirmant la fable de la convergence grâce aux mécanismes européens, mais elles se sont développées aussi à l’intérieur de chacun des pays européens consécutivement aux réformes dites de structure qui en libéralisant les marchés ont conduit volontairement à la destruction des Etats providence, destruction que Macron en petit élève de Bruxelles tente de parachever. Le prétexte en a été facilité par l’endettement des administrations publiques, et c’est en ce sens que la crise de 2008 a bien fait avancer le projet néo-libéral.

      L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmes

    L’échec complet de l’intégration européenne peut se lire à l’inverse dans le succès de l’économie suédoise : ce pays a refusé en 2003 d’entrer dans la zone euro, consécutivement à un référendum dont on a respecté le résultat. A cette époque-là, les médias avaient mis le paquet, en Suède comme dans toute l’Europe, pour expliquer que sans l’euro la Suède en reviendrait forcément à l’autarcie et leur niveau de vie s’effondrerait. Et bien non, ce fut l’inverse qui se passa. Toutes les années qui passent voient la Suède au-dessus de la zone euro en termes de croissance, mais aussi au-dessus de la soi-disant performante et vertueuse Allemagne ! Au sein de l’Union européenne, il y a une règle : les pays qui ne sont pas dans l’euro s’en sortent bien mieux que les autres[5], confirmant ce que nous disons plus haut : plus l’Union européenne s’intègre et plus sa croissance s’effondre, et plus les divergences entre les pays membres s’accroissent. Le Danemark est un autre exemple de cette logique. Si les pays qui ne sont pas dans l’euro obtiennent de meilleurs résultats, c’est principalement parce qu’ils possèdent la maitrise de leur monnaie, et par suite ne se plient pas aux règles budgétaires dictées par Bruxelles. Les Suédois ont joué clairement la carte de la dévaluation quand il le fallait pour empêcher que leur excédent commercial disparaisse. Si on comprend bien la stratégie suédoise, cela voulait dire qu’ils usaient d’une stratégie mercantiliste, ils utilisaient le grand marché, mais le gérait avec leur propre monnaie. Et quand on maitrise sa monnaie, on maitrise aussi son budget. On ne met pas assez l’accent sur ce phénomène, mais dans la mesure où l’Union européenne fonctionne sur la concurrence entre les pays, cela ne peut amener qu’au développement de politiques mercantilistes agressives, la recherche d’excédents commerciaux. Notez que si l’Allemagne est capable de générer des excédents commerciaux colossaux, même si la croissance économique ralentit fortement en ce début d’année 2019, c’est parce qu’elle aussi s’est servi de la monnaie comme d’une arme : en entrant dans l’euro, elle a réussi le hold-up du siècle, elle a dévalué radicalement la valeur du mark pour se tailler des parts de marché qu’ensuite la fixité obligatoire entre les taux de change des divers pays de la zone euro rendait pérennes. Cette intégration a coûté très cher aux pays les plus faibles : la Grèce a été à moitié détruite, et il faut bien le dire, quel qu’en soit le coût, il eut mieux valu que ce pays en sorte et répudie sa dette, quelles qu’en soient les conséquences plutôt que de se livrer chaîne et boulet à la vindicte de l’Allemagne et de son gouvernement.  

    L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmes

    Même les résultats en matière de chômage et d’emploi sont très mauvais. En effet, il y a deux cas de figure : soit le chômage reste élevé, comme dans les pays du sud de l’Europe, soit la faiblesse du chômage est compensée comme en Allemagne par une indécente montée des travailleurs pauvres. Comme on le voit encore en prenant ce critère de l’emploi et du chômage, l’Europe ne converge pas, c’est le reflet de la divergence des taux de croissance. Le fait que la croissance en Europe ralentisse, n’est pas pour rassurer de ce côté-là. En effet depuis quelques années maintenant, les organismes internationaux notamment l’OCDE et le FMI, mais pas la Commission européenne dont l’objectif de déflation salariale reste inchangé, déplore que les salaires stagnent aussi bien dans l’OCDE qu’en Europe. Cela veut dire clairement que l’oligarchie s’est servie de la crise de 2008 pour exiger une nouvelle baisse des salaires réels. Cette stagnation est au moins pour partie à l’origine de la crise des gilets jaunes, et de la montée des partis populistes, surtout quand comme en Italie ils font des efforts pour trouver des améliorations au sort des plus démunis. Ces mauvais résultats sur le terrain de l’emploi et des salaires, expliquent que l’Union européenne est de plus en plus vue comme une machine folle à faire des profits pour les plus riches. Bien entendu la médiocrité des résultats économiques est le résultat à la fois de la mondialisation qui exacerbe la compétitivité entre les salariés et de la théorie de l’offre qui suppose que plus les riches sont riches, et plus ils investiront, entraînant une croissance forte et riche en emplois. Ce conte de fée n’a aucun sens au vu des résultats.

    L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmes

    Moins d’Europe est au programme 

    Certes les européistes vous diront que sans l’Union européenne la situation eut été pire. C’est une affirmation très audacieuse et qui ne repose sur rien, encore moins pour les Grecs que l’Europe a saigné à blanc. C’est une nouvelle fuite en avant pour réclamer encore plus d’Europe. Mais en vérité il n’y a plus que Macron pour croire qu’on puisse aller vers plus d’Europe. Les faits montrent au contraire qu’on va de plus en plus vers moins d’Europe. Les exemples sont nombreux. Evidemment la sortie du Royaume Uni ramenant l’UE de 27 à 28 membres va avoir un retentissement considérable. Ce pays qui n’était pas un des membres fondateurs pèse lourd, très lourd. Sa sortie privera le budget de l’Union européenne de plusieurs milliards d’euros par an, et personne ne sait où on va les trouver. Mais en outre, cette sortie risque d’avoir des conséquences économiques assez fortes à moyen terme, et il n’est pas certain que ce soit le Royaume Uni qui sera perdant, étant donné que son commerce extérieur est largement déficitaire avec l’Union européenne et d’abord avec l’Allemagne, puis ensuite avec la France. La négociation du Brexit a été gérée d’une manière désastreuse par Barnier et son équipe. En effet la mauvaise volonté de l’Union européenne était évidente : il fallait punir un pays qui osait sortir de l’Union européenne, pour montrer que cet affront ne serait pas toléré des autres prétendants à l’exil[6]. Mais c’est un fusil à un coup, si cela suscite l’effroi, c’est seulement à court terme. Peut-on gouverner par la peur, après qu’on ait gouverné sans les électeurs ? Au contraire la morgue de Bruxelles risque de hâter justement les nations a en sortir, mais cette fois sans négocier rien du tout. Sortir et dialoguer éventuellement après. C’est pour ne pas avoir respecté ce bon principe de la théorie des jeux que Tsipras s’est perdu, et que Theresa Mays s’est trouvé en grande difficulté devant le parlement.

    Mais les querelles ne s’arrêtent à un simple affrontement d’un pays avec une institution, la forme même de cette institution appelle le conflit. L’idée selon laquelle l’Europe c’est la paix à fait long feu. De nombreux commentateurs ont dénoncé ce mensonge en bout de course, que ce soit Marcel Gauchet[7] ou Olivier Delorme[8]. En vérité les guerres étaient impossibles après 1945, parce que les grandes nations guerrières étaient à plat, que ce soit la France, l’Angleterre, ou encore la belliqueuse Allemagne. Et en outre la Guerre froide poussait les Américains à encourager la création de l’Europe pour contenir ce qu’ils pensaient être l’avancée du communisme. En vérité depuis la crise de 2008 les conflits larvés entre les nations européennes sont extrêmement nombreux. Et il semble même que ces conflits se soient durcis ces derniers temps. Parmi ceux-ci il y a la question des migrations qui a vu se constituer un groupe de pays dissidents, le groupe dit de Visegrad. C’est une réaction à la perte de souveraineté proposée par la politique migratoire européenne qui, pour des raisons complexes suppose que les frontières de l’Europe n’existent plus et donc qu’on peut accueillir à peu près tout le monde. A ce groupe dissident, menacé d’ailleurs de temps à autre par la Commission de Bruxelles de sanctions, s’est joint fort naturellement l’Italie. Mais ce pays est maintenant en conflit ouvert avec la Commission européenne sur la question du budget et aussi avec Macron qui prétendait prendre la tête d’une croisade « progressiste » contre « la lèpre qui monte ». Evidemment un tel langage n’a pas été apprécié à Rome. L’affaire s’est envenimée avec le rappel par Paris de son ambassadeur en Italie. Ce cinéma inédit depuis 1940 est la démonstration que Macron est en campagne. La position de l’Italie est la suivante : nous voulons moins d’Europe et plus de possibilité de gérer nous-mêmes nos affaires, que ce soit les flux migratoires, ou que ce soit le budget. Evidemment il n’est pas question – pour l’instant du moins – que nous engagions une guerre avec l’Italie. Mais les rapports sont tendus. Ils n’ont jamais été aussi mauvais entre nos deux pays qu’aujourd’hui. Mais enfin, les rapports entre l’Allemagne et l’Italie se sont dégradés aussi fortement, et on ne peut pas dire qu’entre les Grecs et les Allemands se soit le grand amour. Pire encore dans la période récente les relations entre l’Allemagne et la France, malgré les concessions françaises du traité d’Aix-la-Chapelle, se sont franchement refroidies.

    Tout ça pour dire que plus l’Union européenne s’intègre, et moins il y a d’ « amitié entre les peuples ». Remarquez que les querelles sont principalement entre les pays de la zone euro, zone qui ne rend manifestement pas la cohabitation heureuse sous la férule de Berlin. L’Union européenne à l’inverse de son projet affiché est en train au contraire d’attiser les tensions politiques à un niveau jamais connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est une image de cauchemar que renvoient les divisions de l’Europe. Comment en est-on arrivé là ? C’est probablement la conjonction de la médiocrité des résultats économiques, et de la fin de la Guerre froide qui a complètement déstructuré le bloc occidental. Mais quelles que soient les raisons de ce chaos, on ne voit pas dans ses conditions comment l’Union européenne va continuer à avancer.

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    Les Européens ont raison de s’abstenir 

    Cet ouvrage patiemment mis en place par l’oligarchie est en voie d’effondrement et quel que soit le temps que cela prendra, l’Union européenne disparaitra dans la démondialisation programmée. C’est la première raison de s’abstenir. A quoi bon participer à cette mascarade. Ce projet n’a aucune chance d’aboutir parce que l’histoire des nations européennes suit des trajectoires différentes et que ces trajectoires ne peuvent pas se fondre sans une destruction massive des cultures qui les ont supportées. Mais la seconde raison est que ce parlement européen n’a strictement aucun pouvoir et ne peut en aucun cas modifier ce qu’est l’Union européenne aujourd’hui. Les populistes diront sans doute qu’en renforçant leur poids dans ce parlement ils pèseront plus fortement sur les décisions de la Commission européenne. Mais c’est un mensonge. Même si les « populistes » obtenaient une large majorité de députés cela ne changerait rien aux décisions fondamentales qui sont prises non pas en fonction des idées politiques des uns et des autres, mais en fonction des traités et de leur interprétation par les juges de la CJE ou des bureaucrates de la Commission européenne. L’alternative est simple : soit on accepte l’Union européenne telle qu’elle est, pensant qu’on ne peut pas faire mieux, soit on en sort, avec l’argument très fort selon lequel avant l’intégration européenne, il y avait une vie. Penser à une autre Europe est un leurre, cela fait 35 ans qu’on nous ballade avec l’idée d’une Europe sociale. Ces jeux politiciens sont sans fondement, et explique à eux seuls que les électeurs s’abstiennent massivement aux élections pour le parlement de Strasbourg. La social-démocratie a disparu pour cette raison, et bientôt ce sera le tour de la droite ordinaire, affairiste et cosmopolite, façon Juppé-Macron chez nous. Macron qui se présentait naguère comme le grand rénovateur de l’Union européenne, l’homme capable de faire aimer l’Europe aux Français réticents, prétend monter une liste LREM-MODEM, avec l’aide probable de Juppé et quelques débris de LR. Cette liste est créditée de 20% d’intention de votes[9], mais avec une abstention de 57% ! Donc environ 11,4% des électeurs ! Dans d’autres sondages la liste macronienne que personne ne connait encore, arriverait en tête, de très peu, mais en tête tout de même. Mais on sait que les sondages font l’objet de nombreux lissages et rectifications qui permettent quand les écarts sont faibles. Mais que cette liste LREM fasse 20% ou 22%, avec une telle désaffection des électeurs, ce sera forcément un échec complet… du moins du point de vue de la démocratie représentative. De tels chiffres suffisent à montrer que les résultats de du vote qui aura lieu le 26 mai prochain n’ont strictement aucun intérêt, sauf à constater un émiettement complet aussi bien de la gauche, représentée par pas moins de 6 partis, que la droite ordinaire, affairiste et européiste, représentée par 3 partis dont LREM qui peine à être le parti rassembleur de cette louche mouvance ancrée dans des idées passéistes, et bien sûr la droite nationaliste qui sera représentée par pas moins de 3 partis. 

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    Sondage Opinion way Euro-track, 31 Janvier 2019

    En attendant l’Union européenne s’est lancée dans une opération de racolage très coûteuse, histoire de rendre les élections au parlement attractives. Ça donne ce machin ci-dessous. On se demande si les bureaucrates sont à ce point stupides, et bien oui… les deux fifrons qu’on voit ci-dessous sont sensés nous apporter de bonnes raisons de voter. Mais ce genre de publicité vulgaire risque d’avoir l’effet inverse, car ouvertement on nous prend pour des enfants, pensant que deux individus avec des costumes aussi laid puissent représenter une Europe forte et déterminée.  

    L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmes

    Mais il y a pire encore. Toujours sur le mode de l’abrutissement intégral, l’Union européenne sponsorise, avec notre argent bien entendu, la campagne dite des Eurolapins. Déjà désigner les Européens comme des lapins est une injure grossière. Mais le fond de la campagne est censé être le suivant : une Europe forte ferait peur à nos ennemis qui sont désignés nommément comme étant la Russie, la Chine et les Etats-Unis. Ces pays sont représentés par des loups, et l’Europe par des gentils petits lapins. Mais aujourd’hui dans le contexte de lutte pour la préservation de la biodiversité, on préfère finalement les loups ! C’est donc une propagande agressive qui désignent des ennemis extérieurs et qui considèrent que ceux qui ne votent pas à ces élections pourries sont des traitres à leur patrie qui est l’Europe. La campagne des Eurolapins est portée par une boutique très obscure au financement encore plus obscur, Pulse Europe[10]. Je me suis demandé quel était le but de cette campagne stupide. Est-ce de nous montrer que l’Union européenne nous prend pour des crétins avec cette publicité enfantine ? Est-ce de juste prendre un peu de monnaie au passage ?  

    L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmes

    Les messages des Eurolapins sont centrés sur l’idée qu’il y a trois mauvais pays qui nous veulent du mal, mais aussi que pour protéger le climat il faut renforcer l’Union européenne, et encore que les idées populistes sont véhiculées par des fake news. Dans le premier cas, on vise les Etats-Unis qui seraient amenés par un dangereux climatosceptique, sous-entendu que l’Europe sait y faire en matière de lutte contre la dégradation climatique. Dans le second, c’est Vladimir Poutine qui est considéré comme le fournisseur en gros de fake news pour tous les pays du monde, et donc comme l’unique responsable du développement des idées populistes, donc il faut voter pour une Europe fédérale, libérale et capitaliste. Les Chinois sont par nature fourbes, c’est bien connu, esclavagistes, ils sont déloyaux dans la concurrence. Mais alors pourquoi commerce-t-on avec eux ? Comme on le voit l’attaque pour défendre l’Union européenne est frontale, et les messages plus que simplets. Si cet ensemble montre que les européistes n’ont pas d’argument sérieux pour nous inciter à voter, il montre aussi qu’ils nous prennent ouvertement pour des imbéciles. Il n’est pas sûr que cela motivera suffisamment les électeurs pour qu’ils se déplacent en masse jusqu’au bureau de vote le 26 mai 2019. 

    L’Europe dévoilée par l’abstention de ses électeurs mêmes



    [1] http://www.observatoire-corruption.org/absenteisme-parlementaire-le-vrai-debat/

    [2] https://www.ouest-france.fr/monde/venezuela/venezuela-le-parlement-europeen-appelle-l-ue-reconnaitre-guaido-comme-president-legitime-6206537

    [3] https://www.atlantico.fr/decryptage/436342/mario-draghi-pompier-zone-euro-violer-traites-par-passivite-dirigeants-politiques-jean-jacques-netter

    [4] https://www.lemonde.fr/economie/article/2017/03/03/en-allemagne-mario-draghi-est-de-nouveau-sous-le-feu-des-critiques_5088635_3234.html

    [5] https://www.rtl.fr/actu/international/brexit-ces-8-pays-qui-comme-le-royaume-uni-pourraient-quitter-l-union-europeenne-7783836619

    [6] https://www.letemps.ch/economie/europeens-donnent-limpression-vouloir-punir-royaumeuni

    [7] https://legrandcontinent.eu/2019/02/06/nous-avons-rencontre-marcel-gauchet/

    [8] https://comptoir.org/2018/11/27/olivier-delorme-affirmer-que-leurope-cest-la-paix-est-une-fadaise-doublee-dune-mystification/

    [9] https://www.opinion-way.com/fr/component/edocman/opinionway-pour-tilder-les-echos-radio-classique-resultats-eurotrack-vague-1-31-janvier-2019/viewdocument.html?Itemid=0

    [10] https://www.liberation.fr/checknews/2019/02/07/qui-se-cache-derriere-la-campagne-des-eurolapins-pro-europe_1707896

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  • Macron, travaillez plus pour gagner moins

    Macron penche dangereusement à droite !

    Macron a fait sa conférence de presse. c'était raté dans la forme comme dans le fond. Maquillé comme une voiture volée, il a fatigué son auditoire, ses ministres se sont endormis. seuls 7% des Français l'ont trouvé  très convaincant, soit trois fois moins que son électorat de base. S’il n’a apporté aucune réponse sérieuse à la crise des gilets jaunes, il s’est un peu plus enfoncé dans l’idée de restaurer les valeurs du capitalisme sauvage du début du XIXème siècle. Il est difficile d’être plus à droite que lui et plus anti-social, même en s'appliquant. Ce domestique de l’oligarchie n’a même pas la prudence d’un Sarkozy. Il nous a dit donc deux choses, la première est qu’il allait baisser les impôts sur le revenu, et que pour cela il faudrait travailler plus, tout en étant moins payé !! Voilà un programme enthousiasmant, surtout pour les plus pauvres !

    Disons d’abord un mot sur l’idée de baisser les impôts sur le revenu. C’est hors sujet pour au moins deux raisons :

    - la première est que les pauvres ne paient pas l’impôt sur le revenu, parce qu’ils ne gagnent pas assez, et donc la baisse de l’impôts sur le revenu, via la progressivité de celui-ci, va renforcer les inégalités sociales. Ce qui est au fond la seule ligne de conduite de Macron.

    - la seconde est qu’en baissant l’impôt sur le revenu, on augmente la part des impôts indirects qui brident la consommation et donc qui touchent plus les pauvres que les riches proportionnellement.

    En vérité si on voulait aller dans le sens des revendications des gilets jaunes, il faudrait faire exactement l’inverse de ce que propose Macron, abaisser la TVA et augmenter la progressivité de l’impôt sur le revenu. Celui-ci ne représente plus que 16% des recettes fiscales. Si on favorise les impôts indirects qui ne cessent d’augmenter depuis 40 ans et si on baisse les impôts sur les revenus et sur les sociétés, on favorise le profit et censément l’investissement, mais dans le même temps on taxe la consommation et donc on abaisse le pouvoir d’achat.

    Macron, travaillez plus pour gagner moins

    Mais Macron qui est apparu usé, au bout du rouleau, a d’autres idées tout autant farfelues : il prétend faire travailler les Français plus longtemps. Au passage on note qu’il a produit un mensonge grossier, selon lui les Français travailleraient moins que les Allemands. Le graphique suivant montre que c’est faux, mais zen outre si le temps de travail en France reste bas, c’est pour deux raisons, la première est la montée en puissance du travail à temps partiel, et la seconde le fait que quand la croissance est faible, les heures supplémentaires baissent. Le problème qui se pose sur le marché du travail en France est le suivant : la baisse de la durée du travail s’est interrompue au début des années 2000, alors que les salaires stagnaient et que la productivité du travail continuait tant bien que mal de croître. On note même qu’avec l’introduction de l’euro qui a accéléré la concurrence dans l’Union européenne, les durées travaillées sont reparties à la hausse. D’une certaine manière on peut dire que l’oligarchie a confisqué à son profit la croissance depuis au moins la crise de 2008. 

    Macron, travaillez plus pour gagner moins 

    Et donc voilà Macron qui ne semble rien connaître des tendances lourdes de l’économie qui propose une baisse d’impôt sur le revenu contre une hausse des durées travaillées. Cette hausse pourrait prendre trois aspects[1] :

    - une augmentation de l’âge du départ à la retraite, mais Macron dit qu’il ne le fera pas parce qu’il ne l’a pas annoncé dans son programme présidentiel. Cependant on note que cet obstacle peut être contourné en rallongeant le nombre d’annuités de cotisation pour arriver à un taux plein ;

    - une hausse de la durée légale hebdomadaire du travail, par exemple en revenant sur les 35 heures sans que le salaire n’augmente. Ce qui s’annonce très délicat pour plusieurs raisons, d’abord parce que ce serait confisquer encore plus fermement les gains de productivité du travail au profit de l’oligarchie, mais ensuite parce que cela irait contre le cours de l’histoire. Non seulement la baisse séculaire du temps de travail est la contrepartie du progrès technique, mais en outre elle permet la transformation du système de consommation en l’orientant vers les loisirs. Les salariés ont ainsi plus de jours de congés sous forme de RTT qui en se cumulant permettent de partir au ski ou en vacances ;

    - le troisième axe serait de diminuer le nombre des jours fériés. Donc demander aux travailleurs de faire cadeau à leur entreprise ou à l’Etat de deux jours de travail par exemple. Avec Macron on a franchi un cap dans la dérive réactionnaire, il s’agit de travailler plus pour gagner moins !

    Au-delà du fait que Macron est un fieffé réactionnaire, il y a tout de même autre chose d’encore plus important qui plombe son discours. C’est la robotisation. Le monde, journal macronien de la première heure, dans son édition du 26 avril 2019, publie une recension d’un rapport de l’OCDE[2]. Si 14% des emplois pourraient disparaître à un horizon de 20 ans, c’est pratiquement 16,4% des emplois en France, et 18,4% en Allemagne. Sachant en outre que ce seront les emplois les moins qualifiés qui seront les plus touchés, il devient cocasse pour ne pas dire plus de croire que la solution pour redynamiser la croissance en Europe et en France se trouverait dans l’allongement de la durée du travail et dans l’immigration.  

    Macron, travaillez plus pour gagner moins

    Ce contexte tendu indique que la concurrence par l’abaissement des salaires va s’accélérer. Ce qui va naturellement aller dans le sens d’une hausse du chômage structurel. Notez que les Européens dans leur ensemble ont déjà compris cela. Dans une étude de l’opinion publique européenne qui date pourtant de 2017, ils sont plus de 70% à penser que les robots détruisent l’emploi[3]. Il est remarquable d’ailleurs que le peuple comprenne finalement bien mieux l’économie que Macron qui, sensément aurait fait des études. Clairement ce sont les applications de la numérisation qui sont à l’origine de la disparition des emplois, donc le progrès technique. On fait remarquer à cette bourrique de Macron qu’il n’existe pas dans l’histoire de l’économie une vague de progrès technique qui ne se soit pas traduite par une baisse des durées travaillées. Le cuistre de l’Elysée, obnubilé par les profits de ses sponsors à court terme ne semble guère l’avoir compris. Et donc il est assez clair qu’on reviendra assez vite à la nécessité de partager le travailler et d’aller vers une nouvelle baisse des durées travaillées. Il est probable d’ailleurs que le pourcentage de personnes qui dénoncent la robotisation va aller en augmentant. Evidemment, on comprend que derrière la nécessité de baisser le temps de travail, il va y avoir celle de transférer des ressources du capital vers le travail, donc de baisser les profits.

    Macron, travaillez plus pour gagner moins

    Il est assez remarquable que quand Macron demande des efforts aux Français, il ne les demande jamais aux capitalistes, mais toujours aux travailleurs. Il fait même le contraire puisqu’il continue de défendre l’abrogation de l’ISF complètement à contre-courant. Pour 92% des Français, il faudrait augmenter le SMIC, une proportion en hausse par rapport à 2017 (88%). La moitié pensent en outre que les ouvriers non qualifiés devraient gagner 25% de plus et les PDG des grandes entreprises françaises 40% de moins, selon le baromètre du service statistique des ministères du Travail et de la Santé[4]. Comme on le voit Macron n’a pour lui que l’oreille des oligarques, potentiellement ce sont bien les trois quarts des Français qui sont opposés à sa politique économique et sociale. Il y a là du grain à moudre comme on dit pour une remobilisation des gilets jaunes. 

    Macron, travaillez plus pour gagner moins 

    Synthèse des résultats du Baromètre d’opinion 2018 de la DREES 



    [2] La robotisation fragilise les peu qualifiés

    [4] Kim Antunez (DREES) et Adrien Papuchon (DREES), 2019, « Les Français plus sensibles aux inégalités de revenus et plus attachés au maintien des prestations sociales - Synthèse des résultats du Baromètre d’opinion 2018 de la DREES », Les Dossiers de la DREES, n°35, DREES, avril.

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  •  Journalistes, fake news et liberté d’informer

    On reconnait une dictature au fait qu’elle exerce un contrôle serré sur les populations, qu’elle manipule la justice, la police et qu’elle interdit d’informer. Gaspard Glanz a été arrêté samedi dernier au prétexte plutôt débile selon lequel il aurait fait un doigt d’honneur à la police ! Selon Le monde qui rend compte de cette histoire, il l’aurait adressé à la police après avoir reçu une grenade assourdissante, donc dans un geste d’énervement[1]. Donc les milices de Castaner arrêtent violemment un homme qui ne fait rien de mal, lui passent les menottes, le traînent en garde à vue et la justice décide de le déférer devant un tribunal. La preuve que la Macronie est aux abois, c’est qu’il se trouve même un juge sans honneur pour couvrir cette imbécilité, interdire à Glanz de se rendre sur les manifestations des gilets jaunes et le déférer devant un tribunal. On a un peu réagi, et une manifestation a été organisée devant le commissariat où se tenait la garde à vue. On remarque évidemment que la justice est plus lente pour ce qui concerne Benalla, ou encore qu’elle classe sans suite la plupart des plaintes de la population lorsque celle-ci dénonce les exactions de la police ou quand elle éborgne volontairement des manifestants. Le blog bourgeois se défend à la manière versaillaise en invoquant le droit, et plus particulièrement les lois qui lui permettent de décider qui est bon et qui est mauvais du point de vue de sa classe sociale. Si on souligne la brutalité de la police, on interroge rarement le comportement des juges qui entravent clairement les libertés fondamentales en accédant aux demandes d’un parquet tout à fait sous contrôle. Ils ne semblent plus savoir ce que c’est que la honte.  

    Journalistes, fake news et liberté d’informer

    La Macronie se défend et envoie ses trolls la défendre en développant l’idée que Glanz ne serait pas un vrai journaliste, il n’a pas de carte de presse, mais un gauchiste chargé de faire de l’agitation. C’est bien possible, mais ce qu’on sait c’est que Glanz depuis des années traque la manière répressive de travailler de la police. Et donc qu’en conséquence, il ne faisait que filmer ! Mais pour la Macronie, c’est bien trop, on risquerait d’avoir la preuve que la police ne respecte pas la loi et bastonne à tour de bras. Donc depuis deux jours on diffuse des éléments de langage destinés à dévaloriser Glanz. Glanz est gauchiste, donc fondamentalement mauvais, donc c’est normal qu’on le traîne devant des tribunaux. Ce type est louche, il n’a pas sa carte de journaliste ! C’est ce qu’on appelle une diversion. Parce que même si on est très loin des idées « gauchistes » de Glanz, ce n’est pas de ça qu’il s’agit : il s’agit de la liberté d’informer, de manifester et de dénoncer les exactions de la milice. Mais voilà que dans le même temps, CNews est prise la main dans le sac, avec pourtant des cartes de journalistes en train d’appuyer la propagande macronienne. Comme le montre les images ci-après, il s’agissait de mettre en scène un bain de foule au Touquet pour le petit président. De façon à ce que le bon peuple voit combien celui-ci est aimé. Mais pour cela ils ont recyclé dune vidéo ancienne de 2018 dans laquelle on voit Benalla en train de bouffonner[2]. Le monde ne dit rien du tout de ce trucage dévoilé par Juan Branco[3]. Ce journal versaillais préfère disserter sur le fait que Glanz serait un faux journaliste, un propagandiste, laissant entendre puisqu’ils n’en disent rien, que les journalistes de CNews eux seraient des vrais journalistes avec une carte de presse ! Pas des propagandistes donc !

      Journalistes, fake news et liberté d’informer

    On voit donc sous notre nez le régime appliquer doucement mais sûrement les principes du coup d’Etat du 10 décembre 2018 quand, au lieu de répondre par des mesures sérieuses à la colère des gilets jaunes, Macron décida de déclarer la guerre à la France d’en bas afin de la soumettre définitivement. Il le fit explicitement dans ses vœux aux Français[4]. Sa stratégie n’est plus d’être apprécié, sa popularité reste très basse et le restera sans doute jusqu’à son départ, malgré Notre Dame de Paris, mais plutôt de souder le bloc bourgeois à la manière de Thiers avant le massacre de la Commune. Donc on manie les interdictions multiples et variées, de manifester, d’informer, on matraque violemment alors que comme à Toulouse samedi dernier la foule se disperse. Tout cela vise à isoler les gilets jaunes les plus actifs afin de ramener la paix des cimetières. L’arrestation de Glanz est seulement une toute petite partie de ce système de désinformation auquel travaillent la plupart des médias qui ont pignon sur rue, comme Le monde ou comme CNews.

    Journalistes, fake news et liberté d’informer

    Ne l’oubliez pas, les gilets jaunes, bien au-delà de la lutte des classes, défendent « vos » libertés ! Pour cette raison, il est important de les soutenir contre la dictature macronienne. En moins de deux ans, Macron s’est transformé du représentant de la France en mouvement, en un représentant du parti de l’ordre, à la manière d’Adolphe Thiers, il se revendique de la loi et du suffrage universel, avec une touche de cul-béni, Notre Dame de Paris oblige, pour imposer une forme violente et anti-démocratique de pouvoir. C’est évidemment la marque d’un pouvoir faible et dégénéré, mais avec Notre Dame de Paris, il semble qu’on glisse du côté des nazis, rappelez-vous l’incendie du Reichstag qui, le 27 février 1933 fit basculer le régime dans la dictature. Si certains vont jusqu’à affirmer que l’incendie de Notre Dame a été organisé par Macron lui-même[5], d’autres se contentent pour l’instant – vu qu’on ne sait rien de l’avancement de l’enquête – de dénoncer l’instrumentalisation répugnante de ce drame par le pouvoir[6]. 

    Journalistes, fake news et liberté d’informer

    L'incendie du Reichstag et de Notre Dame de Paris suscite la même émotion

      

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  •  Le courage des gilets jaunes, la lâcheté de la milice à Castaner et celle des éditocrates

    Le désordre c’est l’ordre, moins le pouvoir.

    Léo Ferré

     Pour l’acte XXIII la violence de la milice à Castaner qui travaille pour 500 € par week-end en plus du salaire de policier, a été une fois de plus insupportable, de nombreuses photos et vidéos témoignent de cette sauvagerie ordinaire dans la France de Macron : ces sont évidemment nos impôts qui payent cette gabegie. Si cela se passait en Russie ou au Venezuela, les belles âmes crieraient au scandale. Mais non. Face à la répression policière extravagante enclenchée par le petit dictateur, les gilets jaunes ont hurlé aux miliciens un nouveau slogan : « suicidez-vous ! » Ça n’a pas plu. Voilà que tout soudain par la grâce de la diffusion des éléments de langage macronien on inverse la proposition et on traite les gilets jaunes de fascistes. Ce renversement douteux occulte que, quoi qu’on pense de ce slogan, les gilets jaunes ne matraquent pas les femmes, les personnes âgées et les handicapés à l’inverse des robocops de Castaner. Ils n’énucléent personne non plus. On ne peut pas mettre sur le même plan les mots des gilets jaunes et des tirs de LBD. Cet amalgame entre des injures et des faits avérés est tout simplement honteux et amoral. Toute la racaille journalistique a sauté sur l’occasion pour dénoncer les gilets jaunes qui se font pourtant défoncer tous les samedis par la milice. Et Castaner-le-menteur a annoncé qu’il allait ouvrir une enquête. La racaille politique et les syndicats policiers voit dans les mots des gilets jaunes une terrible dérive[1]. 

    Le courage des gilets jaunes, la lâcheté de la milice à Castaner et celle des éditocrates 

    Acte XXIII Xavier a eu un œil crevé

    La crapulerie des journalistes va très loin. D’abord parce que ces slogans pris isolément ne veulent rien dire et que les gilets jaunes criaient en même temps aux policiers de les rejoindre. Evidemment ces policiers n’ont pas assez de couilles pour mettre la crosse en l’air. Ils sont complètement dans la lignée de Vichy derrière leur équipement de science-fiction. Ci-après je donne le twitt de Renaud Dély, une petite crapule journalistique qui est passé de Libération à L’obs, et qui aujourd’hui remplace Aphatie sur France Inter. Il traite les gilets jaunes qui ont crié ce slogan, de vermine. Ce menteur de profession en s’attaquant lâchement aux gilets jaunes s’évite de penser par lui-même et donc de s’interroger sur ce qu’il y a de plus important derrière cet écran de fumée : la dérive fasciste de Macron. Qu’est-ce qui en effet peut bien justifier aux yeux de Dély les tabassages, les gazages, les tirs de LBD40, les gardes à vue arbitraires ? Il ne se pose pas la question, en bon Versaillais, il dénonce les « gueux » qui osent insulter des robocops surarmés. Franchement si j’étais lui, j’aurais honte d’exister tellement il est laid. Mais évidemment il n’est pas la seule crapule à couvrir le coup d’Etat macronien. Ils sont presque tous fabriqués sur le même modèle. Dély en dénonçant des injures, met sous l’éteignoir les exactions de la milice. Ça ne l’intéresse pas, c’est un fantasme dit-il. Mais pourtant, les interdictions de manifester existent bien, les brutalités policières aussi, tout le monde le sait. Mais ensuite ce Dély et ses confrères vont s’étonner qu’on leur crache dessus. Se comportant en domestiques du bloc bourgeois, ils ne se rendent même pas compte qu’au-delà de leur crédibilité, ils poussent directement à la guerre civile. Ce crétin stipendié avait dans le temps commis un livre intitulé Besancenot, l’idiot utile de la Sarkozy[2]. Je n’ai aucune sympathie pour Besancenot, mais on remarque que Dély n’a guère de variété dans le choix de son vocabulaire, on pourrait lui renvoyer que c’est celui qui le dit qui l’est, et qu’en matière d’idiot utile il se pose là ce cuistre. Dély, c’est Terra Nova, c’est fausse gauche très à droite, ou la droite avec un faux nez, championne de la Macronie. Et donc en dénonçant les gilets jaunes, il évite de se remettre en question et de se demander pourquoi l’application des idées moisies de Terra Nova par Hollande puis par Macron a amené finalement le mouvement des gilets jaunes et que cela a déclenché une répression qu’on ne croyait pas devoir connaitre dans un pays civilisé. Ce qui caractérise les éditocrates qui font semblant de s’indigner pour des injures proférées envers les forces de l’ordre, c’est d’abord leur paresse intellectuelle. Ne comprenant rien à rien et encore moins sur le reste, ils préfèrent s’attacher à un détail anodin, une phrase sortie de son contexte, plutôt que d’analyser. Ce faisant, ils désignent par eux-mêmes la case où on doit les ranger, celle des collaborateurs, le parti de l’ordre. Les éditocrates évitent de s’interroger sur les multiples condamnations que Macron et son gouvernement de lobbyistes ont subies en matière de violences policières, que ce soit l’ONU – par deux fois – ou l’Union européenne – par trois fois. Or ces condamnations confirment justement ce que disent les gilets jaunes tous les samedis, nous ne sommes plus dans un Etat de droit. Sur tout ça, les éditocrates ne disent rien, ça leur convient.  

    Le courage des gilets jaunes, la lâcheté de la milice à Castaner et celle des éditocrates

    Arrestations de journalistes, tabassages, gazages, c’est la marque d’un régime impopulaire. Ils frappent même les street medics, détruisent les portables, confisquent le matériel des journalistes.  Le bloc bourgeois se ressoude autour de la milice de Castaner et de la justice façon Belloubet. Ça me fait penser à Vichy, mais peut-être plus encore aux Versaillais qui ne rêvaient que de détruire les Communards et qui l’ont fait, au nom de la défense de la République, bien entendu. Certes il n’y a pas encore de déportations, mais au train où vont les choses, ça ne saurait tarder. J’ai déjà vu plusieurs twitts macroniens réclamant la réouverture du Bagne. Mais en réalité les éditocrates couvrent le coup d’Etat de Macron qui a eu lieu très exactement le 10 décembre 2018, quand, au lieu de négocier une sortie de crise, il a choisi l’affrontement et le pourrissement. Mais cela Dély ne vous en parlera pas, d’ailleurs il ne s’en est pas rendu compte. Il préfère jouer les indignés contre la partie la plus faible de la population. Ça lui plait d’être du côté du manche. Il rejoint dans l’ignoble le ventripotent Cohn-Bendit qui en 1968 hurlait CRS = SS, et qui aujourd’hui approuve la répression des gilets jaunes. Comme disait le jeune Marx, « Il faut rendre la honte plus honteuse en la livrant à la publicité ». 

    Le courage des gilets jaunes, la lâcheté de la milice à Castaner et celle des éditocrates 

    Un journaliste arrêté avec violence par la milice, c’est en France de Macron

     Cette attaque sournoise contre les gilets jaunes est très bien orchestrée, c’est un peu la contrepartie obligatoire de l’incendie de Notre Dame, une manœuvre de diversion. Pendant qu’on discute d’un slogan enfantin, « suicidez-vous », on oublie de parler des arrestations arbitraires, du tabassage des gilets jaunes et du caractère dictatorial du régime qui n’a plus de soutien dans la population et qui est obligé de voter des lois liberticides pour se maintenir. L’idée est de dire que les fascistes ce ne sont pas les macroniens, mais les gilets jaunes, la preuve, ils enjoignent à la police de se suicider. Que la classe politique et les éditocrates fassent semblant de s’en offusquer est seulement hypocrite et sans valeur morale. 

    Le courage des gilets jaunes, la lâcheté de la milice à Castaner et celle des éditocrates

     

     

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