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    La cabale des médias contre François Ruffin et Etienne Chouard

    Une des conséquences fortes du mouvement des gilets jaunes est d’avoir imposé un débat sur le Référendum d’Initiative Citoyenne. Comme on le voit dans le sondage ci-dessus, une très grande majorité des Français y est très favorable. Il est donc impératif pour l’oligarchie d’expliquer comment cette idée et mauvaise et donc pourquoi le gouvernement ne la mettra pas en place. Le RIC est une volonté d’introduire la démocratie directe, donc d’inviter les citoyens à participer à l’élaboration des lois, à vérifier leur application, et aussi éventuellement à réécrire la Constitution. Bien que ce ne soit pas Etienne Chouard qui soit l’inventeur de ces idées, c’est incontestablement celui qui en a été le plus ardent propagandiste depuis au moins 2005, c’est-à-dire quand on a vu comment le résultat du référendum sur le TCE avait été volé par les hommes du pouvoir dans une coalition UMPS qui a sanctifié l’unification des politiques économiques et sociales des deux principaux partis qui ont dirigé la France depuis disons 1983. Ces deux partis sont maintenant sur le chemin du néant, le PS n’existe plus qu’à l’état d’ectoplasme et LR qui a succédé au l’UMP, le suit de très près. L’UMPS a en fait été remplacée par le parti de Macron, LREM, avec le peu de succès qu’on sait, car si cette carabistouille a permis de sauver les meubles en nommant un président des plus maladroits et des plus incompétents, en obtenant une majorité parlementaire aussi pléthorique que risible, elle n’a fait que retarder les échéances. Elles arrivent aujourd’hui par la grâce du mouvement des gilets jaunes. 

    La cabale des médias contre François Ruffin et Etienne Chouard 

    Chouard ici avec les gilets jaunes 

    Rappelons pour les plus jeunes que Chouard doit une partie de sa renommée à avoir beaucoup travaillé à la défaite du référendum de 2005 qui a obligé l’oligarchie à contourner la démocratie. Les médias ne le lui ont jamais pardonné. Et depuis périodiquement ils sortent des analyses plus ou moins fumeuses sur les rapports de Chouard avec l’extrême droite. Chouard a en effet participé à des débats avec Soral, ouvertement antisémite et raciste. Son motif est qu’il faut dialoguer avec tout le monde et que dans tous les discours rebelle il peut y avoir des choses valables, même si dans l’ensemble ce discours est contestable. Cela fait-il de Chouard un fasciste ? Clémentine Autain qui accuse Ruffin de soutenir Chouard est elle-même accusée de soutenir des meetings organisés par les Frères Musulmans, et si elle n’a pas participé directement à ces meetings, son mouvement Ensemble l’a bel et bien fait comme le montre le tract ci-dessous. C’est en effet elle qui a déclenché la cabale contre Ruffin. On voit bien le sens de la manœuvre, en désignant Chouard comme fasciste, on tente d’abattre Ruffin, puisque celui-ci reconnait quelques mérites à Chouard. Ruffin apparait en effet comme l’homme politique qui monte et qui se trouve être le plus près des gilets jaunes, donc sa popularité en fait un ennemi redoutable aussi bien pour Macron que pour Clémentine Autain qui a tout de suite dénoncé d’ailleurs les gilets jaunes : encore la mi-novembre, faisant preuve d’une cécité redoutable, elle dénonçait encore leur action[1]. Il faut dire que pour elle seuls les immigrés de la banlieue parisienne sont des bons pauvres, et que les autres sont déjà suspects d’être blancs et donc potentiellement proches du Front National, rebaptisé RN.  

    La cabale des médias contre François Ruffin et Etienne Chouard

    Pour ma part je trouve scandaleux que dès qu’on est en désaccord avec quelqu’un on le traite de fasciste. J’ai des points de désaccord profond avec Chouard, notamment sur son antisionisme et sur ses excès qui peuvent parfois s’apparenter avec du complotisme. Pour autant je n’ai aucune raison de le traiter de fasciste. D’accord il a partagé la tribune avec Soral, personnellement je ne l’aurais pas fait, mais il m’est arrivé de partager la tribune avec Bernard Kouchner sur la question de l’Union européenne, ce qui n’a pas fait de moi pour autant un européiste convaincu, bien au contraire. Par ailleurs on peut reprocher à Chouard de diaboliser un peu trop selon moi les Etats-Unis, mais après tout, n’est-ce pas ce que fait aussi Emmanuel Todd[2] ? Todd a écrit des pages immondes sur Charlie, mais est-ce à dire pour autant que tout ce que dit Todd est nul et non avenu et que de le citer nous rangerait dans les contempteurs de Charlie[3] ?

    Les médias, Le monde[4], Libération, L’Obs, les soutiens traditionnels de Macron se sont rapidement emparé des palinodies grotesques de Clémentine Autain. Ils font ainsi d’une pierre deux coups. D’abord ils pensent ainsi plomber Ruffin qui est incontestablement un danger pour Macron, alors même que Mélenchon semble discrédité dans l’opinion, Ruffin est très populaire chez les gilets jaunes. Combien de fois ai-je entendu : « Ah, il faudrait qu’ils soient tous comme ça chez les Insoumis ». Mais derrière le dézingage orchestré de Ruffin il y a une seconde idée : discréditer le RIC. Pour cela les journalistes n’hésitent pas à faire un amalgame entre le RIC et le fascisme ou le nazisme. L’idée basique est que le RIC serait despotique : mais il ne me semble pas que les fascistes ou les nazis n’aient jamais utilisé le RIC, ni même un embryon de démocratie directe.

    Voici ce que réponds Ruffin à ses détracteurs : « J’ai cité Chouard dans mon discours sur le RIC. Parce que, objectivement, quel nom revient sur les ronds-points : le sien. Parce que, avec honnêteté, il faut dire que sur ce RIC, avec foi, il a battu la campagne et les estrades depuis une décennie. Ce qui n’ôte rien à nos désaccords, déjà signalés avec force, avec clarté, il y a plusieurs années. Depuis, Chouard a mis fin à ses étranges liens. Alors, doit-on éternellement traiter les hommes en pestiférés ? Tel n’est pas [mon] choix. » Cela devrait être suffisant. Mais dans le même temps on pourrait s’interroger sur les intentions réelles de Clémentine Autain. En effet, on sait qu’au sein de la FI il y a deux tendances, une très mondialiste, européiste et immigrationniste, celle-ci est représentée par Autain, mais aussi par des caricatures comme Obono qui trouve qu’elle ne gagne pas assez pour se loger dignement[5], et puis une autre tendance plus souverainiste, plus proche du peuple et représentée maintenant par Ruffin, les autres ont commencé à partir, comme Djordje Kuzmanovic, et d'autres comme François Cocq y demeurent encore espérant une évolution, ils sont très hostiles à l’Europe et considèrent que l’immigration est un vrai problème pour la gauche, que la nation ne peut pas ouvrir ses frontières en grand. Mélenchon jusqu’à présent s’est refusé à trancher, il a toujours joué les équilibristes. C’est sans doute ce qui explique que la FI, même dans le contexte actuel très défavorable à Macron n’arrive pas à percer dans l’opinion comme une alternative crédible.

    La cabale des médias contre François Ruffin et Etienne Chouard

    Alors que Mélenchon a déposé une proposition de loi sur le RIC[6], personne n’en parle, pourtant  cette proposition est tout à fait en phase avec ce que dit Chouard sur la question. Mais pour les journalistes c’est plus profitable de disserter sur Chouard et sur son hypothétique accointance avec le fascisme que de disserter sur le RIC proprement dit. Mon but n’est pas de défendre Chouard, il le fait très bien lui-même[7], mais plutôt de dénoncer ici des tactiques politiciennes misérables de diversion du bloc bourgeois qui va tout faire pour discréditer le RIC, mais aussi Ruffin qu’il craint plus que tout. 

    La cabale des médias contre François Ruffin et Etienne Chouard

    Terminons ce petit billet sur ce sujet en évoquant les prestations de mauvaises qualités de l’éditocrate Laurent Joffrin, dont le seul talent est bien celui de soutenir avec constance le pouvoir. Dans un misérable articuler publier dans ce torchon néo-libéral qu’est devenu Libération, il reprend l’antienne qu’on a évoquée ci-dessus : Ruffin salue le travail de Chouard sur le RIC, donc il est devenu l’égal de Dieudonné, puisque Chouard a dialogué un jour avec Soral. Ce misérable domestique a pourtant été pris en photo avec Jean-Marie Le Pen, en tenue plus que légère. On pourrait donc dire que Joffrin est un fasciste introduit dans la sphère élyséenne puisqu’il défend Macron qui s’en va tranquillement vers le coup d’Etat et la suppression des libertés élémentaires, et que ceci expliquant cela, par transitivité Emmanuel Macron est bien le véritable rejeton politique de Jean-Marie Le Pen par Joffrin interposé ! J’ai toujours trouvé que les éditoriaux de Joffrin, sur lesquels je tombe de temps en temps, étaient particulièrement vides et sans consistance, même pas du niveau d’une discussion d’après boire. Je me suis demandé pourquoi on le payait : un robot pouvant faire exactement le même travail. Il a un salaire de 10 000 € brut par mois, au sein même d’un journal qui perd tous les jours de l’argent faute d’un lectorat suffisant[8]. Aujourd’hui je comprends mieux : il se fait inviter sur les plateaux télévisés ou radiophoniques pour faire croire qu’il représente une réflexion de gauche. Mais avec de tels émoluments, il n’est pas près de comprendre ce que sont les gilets jaunes. On n’a jamais vu non plus Joffrin partir au combat contre l’islamisme militant qui par beaucoup de points ressemble au fascisme d’antan. Non son rôle est de tapé sur les pauvres et particulièrement sur les gilets jaunes. Ruffin est son ennemi parce que Ruffin se moque de l’argent, parce que Ruffin quoi qu’on en dise est proche du peuple. Donc il va chercher à atteindre Ruffin et pour cela il se servira de tout ce qu’il peut, notamment de Chouard qu’il ne connait pas. Joffrin, cette caricature avilie du journalisme, explique par son existence même pourquoi les gilets jaunes méprisent les journalistes de sa sorte : dans leur sagesse populaire ils l’ont repéré comme un agent de propagande de l’oligarchie.



    [1] https://www.ouest-france.fr/societe/gilets-jaunes/gilets-jaunes-la-deputee-lfi-clementine-autain-ne-participera-pas-le-17-novembre-6067236

    [2] Après l’Empire, Gallimard, 2002.

    [3] Qui est Charlie ?, Le seuil,  2015.

    [4] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/20/les-references-ambigues-de-francois-ruffin_5400460_823448.html

    [5] https://blogs.mediapart.fr/vilmauve/blog/110618/pour-daniele-obono-fi-les-deputes-nont-pas-suffisament-de-moyen-pour-se-loger

    [6] https://lafranceinsoumise.fr/app/uploads/2018/12/Proposition-de-loi-constitutionnelle-LFI-sur-le-RIC.pdf

    [7] http://chouard.org/blog/2018/12/20/ric-pour-les-gilets-jaunes-et-les-autres-les-moeurs-des-journalistes-en-france-en-2018-avec-les-vrais-opposants-cest-2-qui-tiennent-et-3-qui-cognent-et-un-baillon-pour-quil-se-taise/

    [8] https://www.liberation.fr/checknews/2018/05/19/quels-est-le-salaire-du-directeur-de-la-redaction-de-libe-d-un-journaliste-en-cdi-d-un-pigiste_1655209

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  • Acte VI des gilets jaunes, la mobilisation continue et la répression s’amplifie

    Blocage de l’A9 

    Le 22 décembre, soit bien plus d’un mois après le début de la révolte des gilets jaunes, les manifestations sont restées très importantes. Il est impossible de dire quel a été le nombre des manifestants : cela fait un mois que Castaner ment sur les chiffres, répétant comme un perroquet que la mobilisation est en baisse. La presse et les chaînes télévisées de l’oligarchie reprenant sans sourciller le moins les communiqués du ministère de l’Intérieur. C’est sans doute cela qui est bien la preuve à la fois de l’importance de la lutte et de la collusion des médias avec le pouvoir. Castaner ment depuis des semaines, on ne se pose pas de question, on continue de répercuter ses chiffres. Semaine après semaine, le voilà qu’il nous dit que le mouvement est fini, qu’il n’y a plus personne dans les manifestations. Pour le samedi 22, acte VI du mouvement, il avance le chiffre de 33 000. Dans un passé pas si lointain un journal comme Le monde, donnait deux chiffres en précisant ses sources : celui du ministère de l’intérieur et celui des organisations qui encadraient le mouvement. Les journalistes paresseux ne font plus aucun effort non seulement pour se faire une idée par eux-mêmes de la profondeur du mouvement, mais aussi pour produire des analyses pertinentes de la situation. Il est donc impossible de donner des analyses chiffrées : ce qu’on sait, c’est que les ronds-points étaient toujours tenus, les péages autoroutiers aussi, et que la détermination était élevée. 

    Acte VI des gilets jaunes, la mobilisation continue et la répression s’amplifie

    A Caen la manifestation était particulièrement suivie 

     Il est à peu près certain que les manifestants étaient moins nombreux à Paris, mais ils n’étaient pas seulement une poignée, lorsqu’ils réussirent à pénétrer sur les Champs Elysées, la foule était dense et compacte. Mais ce qui est certain c’est que la mobilisation en Province a été considérable, plus d’une trentaine de villes ont vu des rassemblements et des manifestations des gilets jaunes. Toulouse, Bordeaux, Marseille, mais aussi Caen, Quimper, Reims, et encore beaucoup d’autres. Rien que les manifestants dans toute la France ont rassemblé au minimum 100 000 personnes, parfois dans le calme, parfois avec des violences. Mais évidemment à ces manifestants il faut ajouter ceux qui tenaient les ronds-points et les péages de partout dans la France, notamment aux frontières, on peut donc dire sans se tromper que les gilets jaunes actifs le 22 décembre étaient au moins 200 000. Tout cela s’est passé dans une ambiance répressive très élevée. Éric Drouet, un des premiers organisateurs du mouvement, fut arrêté alors qu’il se rendait à la manifestation parisienne, il sera jugé en juin pour port d’arme prohibé de catégorie D, ce qui semble correspondre à une sorte de matraque[1]. Mais là encore il est arrêté sur l’intention qu’il aurait eu de participer à une manifestation illicite : c’est nouveau sous la Vème République, du moins dans la période récente, d’arrêter des gens sur leur intention. Il n’est pas le seul. En Savoie, Candice une toute jeune animatrice du mouvement a été arrêtée par les gendarmes puis longuement interrogé[2]. L’intention est clairement de briser le mouvement avec des méthodes d’un autre âge.

     Acte VI des gilets jaunes, la mobilisation continue et la répression s’amplifie

    Sur les Champs Elysées la foule est très dense

     Cependant, une fois de plus les gilets jaunes firent preuve d’une remarquable intelligence tactique. Dans le but de pouvoir rejoindre les Champs Elysées et défier le pouvoir, ils laissèrent entendre que l’acte VI se déroulerait à Versailles, symbole de la monarchie absolue, et haut lieu touristique. Un dispositif policier important avait été mis en place, on parle de plus de 2000 gendarmes et CRS. Mais au final il n’y eut qu’une soixante de gilets jaunes à ce rendez-vous sous l’œil éberlué des touristes chinois qui furent inciter à entonner l’hymne du mouvement : « Macron démission » ! Le vrai rendez-vous était ailleurs, à Montmartre. Ici on retrouvait d’ailleurs les faux rebelles de Dieudonné et de ses complices, faisant des quenelles stupides pour tenter d’accréditer que le mouvement des gilets jaunes était un mouvement tellement stupide qu’il s’accordait avec Dieudonné. C’était la caution morale pour les journalistes qui aiment bien dire que le mouvement des gilets jaunes est manipulé par l’extrême droite. La transitivité est encore à l’œuvre, on a entre-aperçu Dieudonné qui est fasciste, donc le mouvement est fasciste. Notez que cette même transitivité est mise en scène par les journalistes qui disent Chouard à rencontré un jour Soral, il lui a même parlé, donc puisque Soral est néo-nazi, alors Chouard l’est aussi. Or Chouard défend le RIC, donc le RIC est au service du totalitarisme. Mais la transitivité crapuleuse des journalistes ne s’arrête pas là : Ruffin a cité Chouard pour les développements qu’il a fait sur le RIC et la démocratie directe, donc Ruffin est ambigu, c’est un rouge-brun, la preuve que les dangereux extrémistes qui veulent la peau de notre belle démocratie, se rejoignent. Quand on voit avec quelle veulerie les journalistes rendent compte du mouvement des gilets jaunes, on comprend très bien que ceux-ci les détestent tout autant que les policiers qui leur tapent dessus ou que les politiciens qui qui font tout pour les mépriser. Le jour ou les journalistes cesseront de mentir, le jour où ils feront leur boulot, alors peut-être retrouveront ils un peu de respect. Le monde n’a jamais été aussi loin dans la désinformation, en recopiant les communiqués du Ministère de l’Intérieur, en faisant campagne contre Chouard pour atteindre Ruffin, le journal a clairement choisi son camp. En 1968, je me souviens qu’on lisait ce quotidien du soir justement pour avoir des informations un peu différentes de celles que la télévision donnait. D’ailleurs de nombreux journalistes de l’ORTF avaient été licenciés parce qu’ils portaient un regard critique sur la manière dont le pouvoir contrôlait l’information. Aujourd’hui aucun journaliste ne risque plus la mise à pied pour tenter de remettre un peu les pendules à l’heure.

    Acte VI des gilets jaunes, la mobilisation continue et la répression s’amplifie

    La police braque un manifestant 

    Quoi qu’il en soit la manifestation du 22 décembre 2018 sur les Champs Elysées, malgré les contrôles effectués en amont, a réuni plusieurs milliers de personnes. C’est donc un grand succès. Non seulement on se rend compte que la détermination est intacte, mais également que la police est obligée de monter d’un cran dans la répression. Une vidéo a circulé qui montrait que des policiers étaient violemment pris à partie et que l’un d’entre eux sortait son arme de service, près à tirer sur les manifestants désarmés. La canaille politicienne et journalistique s’est empressée de dire que de s’en prendre à des policiers faisait la preuve du caractère anti-démocratique du mouvement[3]. C’est tout juste si Le Parisien ne va pas jusqu’à dire que ce paisible policier passait par là pour promener son chien. En vérité ce policier était un motard, faisant partie d’une équipe de deux qui pourchassent les manifestants dans les rues pour leur taper dessus : l’un conduit, l’autre bastonne. Donc cette équipe a été jetée au sol, et elle a dû s’enfuir après avoir abandonné son véhicule. En vérité cet épisode est plutôt la preuve que la répression se durcit, ce n’est pas un hasard si ce durcissement intervient après que les policiers aient obtenus en un jour de manifestation des hausses de salaire substantielles, ils ne vont pas mordre la main qui les nourrit. 

    Acte VI des gilets jaunes, la mobilisation continue et la répression s’amplifie

    A Angoulême un pantin à l’effigie de Macron, à moins que ce soit un Macron à l’effigie d’un pantin, est décapité sous les bravos de la foule 

    A Angoulême, les gilets jaunes ont décapité en public un pantin à l’effigie de Macron[4]. Le parquet a été sommé d’ouvrir une enquête pour cette grave atteinte à la personne et à la fonction du chef de l’Etat. Que craint le parquet ? Que cela donne l’exemple ? On va rire si on trouve quelqu’un à qui faire un procès pour cette scène carnavalesque. En vérité cette représentation cocasse des relations sociales non seulement montre tout le mépris que le peuple porte aujourd’hui à ceux qui prétendent le diriger, mais en outre renvoie à l’imagerie de la Révolution française. Sur les barrages, aux péages, c’est une réflexion qui est souvent faite : pour que les politiciens finissent par comprendre, il faudrait ressortir la guillotine. On pouvait d’ailleurs en voir une sur le rond-point de la Limagne. Il ne faudrait pas oublier, quoi qu’on en pense, que la guillotine est un des symboles fondateurs de la République. On revient à ce que je disais plus haut, par-dessus les siècles les gilets jaunes retrouvent les origines de notre histoire moderne. On comprend mieux pourquoi les historiens réactionnaires comme François Furet aimaient autant développer les thèses selon laquelle la révolution française avait été aussi coûteuse qu’inutile[5]. Il est clair que le peuple des gilets jaunes, largement approuvé par les Français, pensent exactement le contraire, à savoir qu’il est impossible dans notre pays, vu les blocages de l’oligarchie d’obtenir quoi que ce soit sans violence.

    Acte VI des gilets jaunes, la mobilisation continue et la répression s’amplifie

    Au rond-point de la Limagne, on peut y voir une guillotine

    Acte VI des gilets jaunes, la mobilisation continue et la répression s’amplifie

    Autre guillotine observée du côté de Perpignan 

    Les fêtes de Noël arrivent à grand pas. Il est donc très probable que le gouvernement obtienne une sorte de trêve, même si un acte VII est déjà prévu sur les Champs Elysées. Mais ce que nous constatons, c’est la ténacité des gilets jaunes. Ils ne veulent rien lâcher. Ils disent qu’ils n’ont plus le choix. Par sa durée, par son étendue géographique et aussi par le soutien du peuple français, ce mouvement est en train de rentrer dans l’histoire et donne l’exemple au monde entier où les gilets jaunes font des apparitions remarquées un peu partout. Il existe aujourd’hui une internationale informelle des gilets jaunes dont l’efficacité est prometteuse pour l’année 2019. Dans la carte ci-dessous, nous voyons que le 24 décembre, il y a encore des barrages filtrant sur tout le territoire. Castaner avait dit qu’il allait démanteler les installations sur les ronds-points : « ça suffit » a-t-il claironné[6]. Mais on se rend compte que depuis qu’il a fait cette annonce bouffonne, les ronds-points sont réoccupés très peu de temps après qu’ils aient été évacués. Bien évidemment le combat est difficile, et la répression fait se rapprocher de plus en plus le régime macronien en pleine décomposition d’un régime fasciste, les gilets jaunes ont quasiment toutes les institutions contre eux : les hommes politiques, les médias, la justice, la police. Ils ont d’autant plus de mérite à persister. Mais s’ils tiennent depuis aussi longtemps, c’est parce qu’au fond nous sommes tous des gilets jaunes.  

    Acte VI des gilets jaunes, la mobilisation continue et la répression s’amplifie

    Carte des blocages routiers au 24 décembre 2018, source : l’Internaute 

    Dernière minute : à peine sorti de garde à vue, Éric Drouet appelle à un acte IX pour le 12 janvier 2019 ! Notez au passage que le parquet qui voulait empêcher Drouet de pouvoir se rendre à Paris a été désavoué[7].

    Acte VI des gilets jaunes, la mobilisation continue et la répression s’amplifie



    [1] https://www.ouest-france.fr/societe/gilets-jaunes/gilets-jaunes-interpelle-paris-eric-drouet-une-figure-du-mouvement-sera-juge-ulterieurement-6147155

    [2] https://www.ledauphine.com/savoie/2018/12/22/operation-escargot-parkings-et-peages-occupes-les-gilets-jaunes-encore-mobilises-ce-samedi

    [3] http://videos.leparisien.fr/video/gilets-jaunes-un-policier-degaine-son-arme-pour-eviter-un-lynchage-22-12-2018-x6zdnsp#xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.com%2F

    [4] https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/un-pantin-a-l-effigie-d-emmanuel-macron-decapitee-par-des-gilets-jaunes-a-angouleme

    [5] François Furet était un communiste défroqué, un stalinien tardif, qui choisit pour des raisons obscures de passer de l’autre côté, je dis obscures parce que ses relations avec des fondations américaines ne sont pas très claires et semblent aussi avoir été motivées par des questions pécuniaires. Historien influent, il deviendra membre de l’Académie française, il est l’une des références principales de la contre-révolution conservatrice en France. Cf. Penser la révolution française, Gallimard, 1978. Oubliant que les révolutions ont toujours des raisons d’être, il permit à des travaux de seconde catégorie de connaître une renommée importante, comme René Sédillot, Le coût de la révolution française, Perrin, 1986. L’idée sous-jacente de cette cuistrerie, c’est que toutes les révolutions sont inutiles et coûteuses et qu’il vaut mieux vivre dans la soumission, en allant voter une fois tous les cinq ans.

    [6] https://www.nouvelobs.com/politique/20181217.OBS7244/ca-suffit-castaner-appelle-les-gilets-jaunes-a-evacuer-les-ronds-points.html

    [7] https://actu.fr/societe/gilet-jaune-eric-drouet-defense-acte-9_20491167.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR1e9j_nlBNKVHlb-zcrB8K3twXwkQJm9BtwC1vMMLM0vQ_k0dgof3mUWT4#Echobox=1545639719

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  • Le soutien populaire aux gilets jaunes reste très élevé 

    Gilets jaunes à Strasbourg 

    Macron peut se faire du souci. En effet, après l’opération enfumage du 10 décembre qui était sensée faire retomber le mouvement, deux sondages viennent de tomber qui montrent que cela n’a pas marché. Si dans les deux jours qui ont suivi, on sentait une hésitation dans l’opinion, dix jours plus tard ce n’est plus le cas. On a bien compris que les mesurettes proposées par Macron et son équipé étaient compliquées à mettre en place, et que la hausse du SMIC n’en était pas une : seulement 55% des smicards devraient être éligible à cette prime, et en plus cette prime ne sera pas de 100 € mais plutôt de 90 €, le reste provenant de la hausse automatique déjà prévue dans la loi. En outre, il faudra faire des démarches administratives pour l’obtenir. De même la baisse de la CSG pour les petites retraites devrait intervenir finalement vers le mois de juin, avec effet rétroactif. Mais le cafouillage gouvernemental ne s’est pas arrêté là. En effet Matignon avait dans un premier temps avancé que les nouvelles mesures décidées par Macron annulaient celles qui, comme le chèque énergie, avaient été décidé au mois de novembre. Cette annonce a provoqué un tollé, et le gouvernement a été une fois de plus contraint de revoir sa copie. Il a été moqué lourdement pour avoir renoncé à renoncer à l’abolition des mesures du mois de novembre[1]. L’amateurisme de ce gouvernement est maintenant une constante de son action et probablement les jours de Philippe en tant que premier ministre sont comptés. Mais ce n’est pas essentiel, parce que si Philippe se retrouve dans la difficulté, c’est aussi bien par son incompétence que par les demandes confuses et contradictoires de Macron qui navigue complètement à la godille.

      Le soutien populaire aux gilets jaunes reste très élevé

    L’autre mauvaise nouvelle est que le budget de l’Etat va exploser, et le déficit cumulé des administrations devrait être aux alentours de 3,2% voire même de 3,4%[2]. Alors que les Italiens avaient du mal à faire admettre un déficit de 2,4% à Bruxelles, voilà que les Français se trouvent 1 point au-dessus de celui-ci. Gageons que ce sera un nouveau prétexte pour Macron pour diminuer les dépenses publiques, donc de serrer un peu plus la vis. On y reviendra sûrement.

    Mais les pires des nouvelles sont dans les sondages. Le premier qui a été fait pour BFM-TV par Elabe, nous dit que 70% des Français soutiennent le mouvement des gilets jaunes[3]. C’est un niveau extrêmement élevé, sans doute jamais atteint pour un mouvement social, surtout après un mois et demi de lutte. Ce soutien très haut signifie que non seulement les Français soutiennent les revendications des gilets jaunes, ils les comprennent et les approuvent – seuls les journalistes semble ne pas les comprendre – mais ils souhaitent sans doute que le mouvement continue, ou s’il fait une pause pour les fêtes, qu’il reprenne au mois de janvier. Ce sondage est renforcé par un autre sondage BVA qui nous dit que 63% des Français ne sont pas convaincus par les mesures décidées par Macron en faveur du pouvoir d’achat[4]. L’ensemble de ces deux sondages montre que le gouvernement est à la dérive, et que Macron est incapable de reprendre la main. Il est impossible de prévoir les conséquences politiques de cette défiance inédite sous la Vème République.

    Le soutien populaire aux gilets jaunes reste très élevé

    Tout cela on le ressent bien, mais un sondage plus inattendu montre que maintenant les patrons n’ont plus aucune confiance en Macron et l’accordent plus volontiers aux gilets jaunes ! Si en 2017 75% des patrons plébiscitaient Macron, ils sont aujourd’hui 72% à le considérer comme nuisible et incompétent[5] ! 65% d’entre eux soutiennent les gilets jaunes dont ils trouvent les revendications légitimes. Autrement dit, ils considèrent que l’action « réformatrice » menée par le président de la République plonge le pays dans la récession économique et le chaos social. Dans le même genre, on a vu Bernard Tapie, promoteur de l’entrepreneuriat comme spectacle en France, critiquer Macron, en long, en large et en travers. C’est un événement important, non pas parce que Tapie est important, il ne représente plus rien politiquement, mais parce qu’il montre une rupture dans le soutien dont bénéficiait ici Macron du côté du patronat[6].

    Cette transformation récente du paysage politique est un des plus beaux résultats des gilets jaunes. En divisant le patronat, Macron se trouve le dos au mur. Il ne compte plus que des soutiens maintenant chez des médiatiques complètement déconnectés de la réalité, quelques journalistes vendus comme Sylvain Courage à L’Obs, ou l’indécrottable Jean-Michel Apathie qui suggère que Macron serait victime d’une « organisation souterraine », le très vieux Cohn-Bendit, ou encore Mathieu Kassovitz. J’avais suggéré il y a quelques semaines que peut-être le coup de grâce viendrait du côté du patronat qui n’en peut plus des pitreries de Macron qui est maintenant cornaqué par Nicolas Sarkozy, président qui fut renvoyé en 2012 pour avoir obtenu des résultats médiocres sur tous les plans ! Sarkozy avait prédit il y a quelques mois que la manière de travailler de Macron se terminerait très mal[7]. Il ne savait pas si bien dire. Mais maintenant les choses rentrent dans l’ordre, Sarkozy a été le représentant de Macron en Géorgie pour l’investiture de la nouvelle présidente, et tout le monde dit qu’il est devenu son conseiller attitré[8]. Ce n’est clairement pas ce genre de bêtise qui va faire remonter la popularité du président. Il va juste démontrer qu’il est bien le représentant de la droite opportuniste, affairiste et européiste.

    Le soutien populaire aux gilets jaunes reste très élevé

    Le quinquennat de Macron est très mal engagé, le peuple le hait littéralement, le patronat le lâche, et il semblerait aussi que la police fasse de même[9]. Dans ces conditions, on ne voit pas comment il va pouvoir terminer son mandat.



    [1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/18/gilets-jaunes-le-gouvernement-renonce-a-une-partie-des-premieres-mesures-annoncees_5399420_823448.html?fbclid=IwAR3vCOvpZvdHrnj2oO-7Y0RN5Fal_DQ7N2oKx78fAkgKvIX7VQgPzyj2W0Y

    [2] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/12/16/97002-20181216FILWWW00044-france-un-deficit-public-sans-doute-a-34-du-pib-en-2019.php

    [3] https://www.ouest-france.fr/societe/gilets-jaunes/gilets-jaunes-70-des-francais-soutiennent-toujours-le-mouvement-selon-un-sondage-6140367

    [4] https://www.latribune.fr/economie/france/pouvoir-d-achat-les-francais-sceptiques-sur-l-efficacite-des-mesures-801707.html

    [5] https://www.europe1.fr/economie/sondage-europe-1-65-des-chefs-dentreprises-soutiennent-les-gilets-jaunes-3823916

    [6] https://www.lci.fr/social/bernard-tapie-soutient-les-gilets-jaunes-et-tacle-emmanuel-macron-sur-france-inter-2107910.html

    [7] https://actu.orange.fr/politique/avec-macron-ca-risque-de-tres-mal-finir-estime-nicolas-sarkozy-magic-CNT0000016KYr4.html

    [8] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/11/sarkozy-conseiller-de-l-ombre-de-macron_5396008_823448.html

    [9] http://www.leparisien.fr/societe/greve-du-zele-commissariats-fermes-le-point-sur-la-fronde-des-policiers-19-12-2018-7972401.php

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  •  Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape

    Partons tout d’abord de ce fait : le mouvement des gilets jaunes est semaine après semaine soutenu par une très large majorité des Français. C’est ce que nous voyons sur le graphique ci-dessus, tous les sondages vont dans le même sens[1]. Et il l’est encore après plus d’un mois de lutte. En même temps que les Français s’engagent dans une forme de lutte sociale inédite dans ses formes comme dans ses objectifs, ils démontrent que le gouvernement est très faible, qu’il peut être emporté d’un coup de boutoir ultime, et pire encore qu’il n’a aucune capacité à anticiper quoi que ce soit. Cette très large approbation des Français est assez inédite. Mais comme on le sait le mouvement est maintenant admiré et reproduit dans le monde entier, en Europe, en Israël et jusqu’aux Etats-Unis. Il sert de modèle aux Britanniques qui veulent appuyer une sortie rapide et dans l’honneur, ce qui n’est pas facile[2]. Une nouvelle internationale est en train de se mettre en place en dehors de toute structure bureaucratique habituelle. C’est donc un phénomène historique que nous venons de vivre. Si les revendications des gilets jaunes sont maintenant bien connues, ils auront ébranlé les institutions : non seulement l’Etat, mais aussi les médias complices de l’oligarchie et aussi ce qu’on appelle les corps intermédiaires, les partis et les syndicats qui après les avoir insultés et moqués se sont placés à sa remorque. Les gilets ont d’abord fait preuve de beaucoup d’inventivité et, dans un contexte difficile, ayant l’ensemble des institutions contre eux, ils ont imposé leur calendrier et réussi une percée décisive du mouvement social, là où un an et demi de défilés Bastille-Nation n’avaient rien obtenu. 

    Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape

    Fresque murale à Miami rendant hommage à la lutte des gilets jaunes 

    De la stratégie 

    Le succès des gilets jaunes est à la fois stratégique et tactique. La stratégie des gilets jaunes s’est d’abord appuyée sur une lutte classique contre la hausse du carburant, faisant la démonstration que le gouvernement ne cherchait pas par là à lutter contre le réchauffement climatique, mais plutôt à faire encore un peu plus les poches des plus pauvres pour boucler son budget et satisfaire ainsi la bureaucratie européiste. Rapidement on est passé à la phase 2, dès qu’on s’est senti un peu plus nombreux sur les ronds-points. L’élargissement des revendications s’est généralisé un peu partout en France, et malgré la multitude des propositions, se sont dégagées des lignes de force communes[3]. Deux types d’exigences se sont fait jour : hausse du SMIC et des retraites, rétablissement de l’ISF et abolition du CICE, ceci pour l’aspect économique immédiat, et aussi la mise en place d’un référendum d’initiative populaire, popularisé sous l’acronyme de RIC, Référendum d’Initiative Citoyenne – à partir de 700 000 signatures – et une diminution des salaires des députés. Cette phase deux a fait émerger la volonté populaire de prendre la parole : en effet, en démocratie, le peuple devrait avoir toujours le dernier mot, or par les temps qui courent, et plus encore depuis que le pouvoir de l’Union européenne s’est renforcé, le peuple est privé de la parole. L’exemple le plus significatif est le référendum de 2005 sur le TCE qui a vu le peuple volé tout simplement du résultat de son vote par une classe qui ne respecte même pas ses propres règles qui pourtant lui sont très favorables. En Grèce on a l’exemple du misérable Tsipras qui a organisé un référendum pour faire ensuite l’exact inverse de ce que ce référendum indiquait. Comme on le voit le but ultime du mouvement des gilets jaunes et de rendre la parole au peuple. Il y a cependant une troisième phase qui s’est développée, c’est l’objectif de faire partir Macron. « Macron démission » est le slogan le plus populaire sur les ronds-points et aux péages. Il est vrai que le président est comme le dit Franz Olivier-Giesbert une vraie tête à claques et focalise facilement sur lui la haine populaire. Les revendications des gilets jaunes n’ayant ni de près ni de loin satisfaites, le mouvement continue. Notez sur le graphique publié ci-dessus que le 12 décembre, soit après les annonces de Macron, le soutien populaire aux gilets jaunes est toujours aussi élevé. Cette constance montre à tout le moins que les Français ont compris que Macron cherchait à gagner du temps et non à satisfaire la colère légitime.  

    Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape

    Face à cette stratégie évolutive des gilets jaunes, Macron et son gouvernement ont joué la carte habituelle du pourrissement, tactique aussi vieille que le capitalisme. D’abord ils ont cherché à dire que jamais ils ne reculeraient, que non seulement la taxe était bonne pour lutter contre le réchauffement climatique, mais qu’ensuite il n’était pas question d’augmenter le SMIC parce que cela tuerait l’emploi. Pénicaud et Philippe ont sorti cette blague, qui a fait ressortir que pour le gouvernement les seules bonnes hausses étaient celles accordées aux très riches via l’abolition de l’ISF et le CICE. Devant l’extension et le durcissement du conflit, le gouvernement a commencé à reculer : d’abord en annulant les taxes et les hausses sur l’énergie qui devaient avoir lieu en janvier, ensuite en faisant intervenir le président à la télévision qui a annoncé toute honte bue qu’il allait augmenter le SMIC de 100 euros par mois, un chiffre rond qui était censée marquer les esprits, sauf qu’au même moment le gouvernement espagnol annonçait lui, une vraie hausse du SMI de 22,3%[4]. Dans une allocution larmoyante et confuse, on a vu un homme fébrile, sans stratégie, décomposé à l’écran, amaigri, faire un acte de contrition, avouant qu’il avait été nul et médiocre en tout et sur tout, et que finalement il allait se résoudre contraint et forcé de faire un geste, une aumône. Dans un premier temps cela a semblé marcher, mais ensuite on a compris que Macron et son équipe d’incompétents avaient monté une sorte d’usine à gaz qui faisait que la hausse du SMIC n’en était pas une, à peine une extension de la prime d’activité qui serait financée sur fonds publics, et qu’en plus cette hausse ne serait pas pour tout le monde et qu’elle serait effective au mieux pour le mois de juin[5] ! A cela on a ajouté qu’on demanderait aux entreprises qui le veulent bien de donner une prime de Noël, manière de dire qu’au fond ce sont encore les patrons qui font la loi puisque cette prime n’est pas un droit, mais dépend de la bonne humeur du patronat[6]. Le résultat de cette stratégie erronée est que le 15 décembre, on a eu droit à un acte V à Paris ! Peu importe s’il y a moins de monde dans la capitale, car dans le même temps les gilets jaunes ont décidé d’étendre les manifestations dans toutes les villes de France. Il est d’ailleurs possible que si Macron avait été moins borné, et qu’il ait fait des concessions plus rapidement, le mouvement ne se serait pas développé comme il l’a fait par la suite. Confondant entêtement imbécile et volonté politique, il a démontré qu’il n’avait aucun sens tactique. 

    Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape 

    La tactique des gilets jaunes et supérieure à celle du gouvernement 

    Si stratégiquement le gouvernement est complètement dépassé, il l’est aussi tactiquement. L’idée de génie des gilets jaunes est de s’être emparé des ronds-points, ralentissant la circulation sans la paralyser, s’attaquant plus spécifiquement aux grandes surfaces et aux péages autoroutiers pour offrir la gratuité, et occuper l’espace pour en faire de fait un lieu de débats et de prise de parole. S’emparer des carrefours signifie clairement que nous sommes arrivés à un endroit particulier de l’histoire du quinquennat de Macron. Soit celui-ci écoute le peuple, soit il finira dans les poubelles de l’histoire s’il ne prend pas le chemin indiqué par cette croisée des chemins. Mais le symbole de ces carrefours c’est aussi l’union du peuple par-dessus les partis et les bureaucraties syndicales, une convergence des oppositions qui viennent de tous les côtés. Le gilet jaune est comme la blouse de l’école primaire dans l’ancien temps : il masque les divisions idéologiques pour aller à l’essentiel. Il n’y a pas eu de drapeaux rouges, ni des drapeaux de la CGT, seulement des drapeaux français et quelques drapeaux bretons. Et pourtant sur les barrages et aux péages il y a des cégétistes, des communistes, comme il y a sans doute des électeurs de Marine Le Pen. Le gilet jaune permet donc de réunir l’opposition à Macron par-delà les querelles de chapelles partisanes, c’est un succès considérable, et le succès que ce mouvement rencontre auprès des personnes qui votent pour Marine Le Pen, montre qu’il y a parmi celles-ci tout autre chose que des fascistes. C’est peut-être ça qui a perturbé le plus le gouvernement. Les gilets jaunes n’ayant pas de chefs, le gouvernement ne peut pas corrompre ses représentants. Jacline Mouraud s’est exercé dans ce rôle en appelant les gilets jaunes à cessé leurs actions, mais sans succès, si ce n’est celui de s’être dévoilée pour ce qu’elle était et que les gilets jaunes l’ont rejetée. Benoit Cauchy, plus malin, après avoir tenté de se donner le rôle de médiateur, est vite rentré dans le rang, de peur de perdre tout crédit.

      Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape

    Les manifestations de rue ont aussi été excellemment bien menées par les gilets jaunes. D’abord en se saisissant, mètre carré par mètre carré, des endroits stratégiques, l’Arc de triomphe à Paris, ou les Champs Elysées, bref les symboles de la puissance et de l’argent, en contournant les dispositifs policiers. Et c’était aussi très bien de prétendre se rendre à l’Elysée. Le petit président n’avait-il pas demandé dans un accès de bouffonnerie fréquent chez lui qu’on vienne le chercher[7] ? Evidemment ils n’ont pas pu arriver jusqu’à Macron. Et celui-ci avait un hélicoptère à sa disposition pour l’évacuer en cas de malheur[8]. On suppose que s’il avait dû s’enfuir, on l’aurait retrouvé du côté de Vichy ou de Varennes ! Ce qui est intéressant également c’est que tactiquement le fait de disposer de petits groupes extrêmement mobiles a perturbé les forces de l’ordre qui s’attendaient plutôt à des affrontements frontaux et à une défense pied à pied des barricades. Donc on voyait s’ériger des barricades, qui étaient évacuées aussitôt que les forces de l’ordre arrivaient : on se repliait alors dans les rues adjacentes pour revenir ensuite recommencer le même mouvement plus loin. Cela prouve que le peuple est toujours ingénieux dès qu’il s’agit de sa survie, et il se trouve capable de prendre au piège des forces de l’ordre qui ont pourtant étudier théoriquement la tactique des guerres de rues et qui disposent d’un suréquipement. Voici ci-dessous la carte des lieux dans Paris où la manifestation du 24 novembre était autorisée, et où elle était interdite. On voit tout de suite que la multiplication des points d’attaques a permis justement de tourner cette interdiction, et que le lieu où celle-ci était autorisé n’a pas été occupé. Ce fut le premier échec des forces de l’ordre qui croyaient sans doute avoir à faire à des syndicats bien encadrés et bien raisonnables, habitués à faire où on leur dit de faire et à ne pas trop contrarier le gouvernement. Evidemment il y a eu des violences, des dégâts, vitrines brisées, magasins pillés, voitures brûlées, ce genre d’évènement attire forcément la racaille, et une partie de cette violence était clairement le fait de policiers camouflés en casseurs. Mais curieusement la population française a relativement bien admis cette violence, non seulement parce que celle-ci pointait l’intransigeance du gouvernement, mais aussi parce qu’elle a le sentiment qu’une révolution ne peut pas se faire sans violence. C’est ce qu’on entendait sur les barrages et aux péages : la référence était d’ailleurs non pas Mai 68, mais la prise de la Bastille et 1789, et il revenait souvent que sans violence celle-ci ne serait jamais tombée. L’exaspération est telle que les gilets jaunes parlent souvent entre eux de la nécessité de faire tomber des têtes pour apprendre la vie à ceux d’en haut. En tous les cas les gilets jaunes ont démontré l’incompétence manifeste de Castaner et de Nunez dans la gestion de cette délicate affaire qui a épuisé les forces de l’ordre, débordées en permanence.  

    Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape

    Tactiquement le gouvernement et Macron ont fait la preuve de leur amateurisme, bien au-delà de la question de la répression du mouvement. Ils ont commencé par faire circuler un tract pour démobiliser les gens de gauche, avançant que les gilets jaunes étaient manipulés par les fachos, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. Le PCF, la CGT et Bruno Hamon qui n’avaient pas l’envie d’en découdre avec Macron, se sont empressés de répercuter cette imbécillité, espérant une démobilisation rapide, se disqualifiant du même coup aux yeux des gilets jaunes : depuis la gauche cours derrière les gilets jaunes, mais leurs bureaucrates ont toujours un temps de retard. Cette tactique a rapidement fait son temps, et les « organisations syndicales » ont dû rejoindre le mouvement. Disons-le clairement : si le gouvernement s’est couvert de ridicule, les bureaucraties syndicales l’ont bien rejoint dans cette posture. Je ne parle même pas de l’ignoble Laurent Berger, le dirigeant du syndicat jaune, la CFDT, qui n’est plus que la courroie de transmission des volontés du MEDEF, et qui signe tout ce qu’on lui demande de signer, et avec le sourire[9]. Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, s’est déconsidéré complètement : d’abord en tentant d’organiser des manifestations séparées où il n’y avait quasiment personne le 1er décembre à Paris, ensuite en se proposant pour aller dialoguer avec le gouvernement, et enfin en annulant de conserve avec FO la grève des routiers, à la grande satisfaction du patronat et de Macron qui n’en demandait pas tant[10]. Cette attitude a été clairement dénoncée par la base de la CGT où les échanges en interne sont très vifs, et sans doute les jours de Martinez à la tête de la centrale de Montreuil sont-ils comptés, car la CGT non seulement a échoué dans la conduite de la grève à la SNCF, mais elle a encore plus échoué à analyser et à participer au mouvement des gilets jaunes. Là encore nous voyons que les syndicalistes en ont un peu marre d’écouter leurs dirigeants qui les convoquent de temps en temps pour un défilé et puis qui ensuite rentrent à la maison sans rien obtenir du tout. Les syndicats sont ainsi apparus de même qu’en 1968 comme les supplétifs du gouvernement, des instruments qu’on sollicite pour faire rentrer les récalcitrants dans les rangs. Mais c’est un fusil à un coup, si Martinez et les autres bureaucrates syndicaux ont bien aidé Macron et son équipe, ils ne pourront plus agir ainsi une seconde fois. Macron a traité les syndicats et les corps intermédiaires comme quantité négligeable, il est probable que ceux-ci se vengeront de la honte qu’ils ont due subir par sa faute. Opposition en carton, ils ont fait la preuve de leur inutilité. En quelques semaines les gilets jaunes ont fait beaucoup plus que les syndicats et les partis de gauche désabusés pour déstabiliser l’arrogant Macron et sa clique d’incapables. Rien que cela, c’est une grande victoire.

    Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape

    Dessin de Mai 68, d’une actualité brûlante 

    Le deuxième angle d’attaque de Macron, c’est de faire des concessions. Philippe a d’abord échoué à réunir autour d’une table quelques gilets jaunes pour faire semblant de dialoguer. A mon avis la presse n’a pas assez insisté sur ce point : en un mois d’agitation forte, ce gouvernement d’amateurs a été dans l’incapacité d’ouvrir une discussion, ne serait-ce que pour calmer un peu la tension dans le pays, au bout d’un mois, ils n’ont pas été capable de faire une table ronde, c’est à peine s’ils se sont rabattus le 10 décembre sur des syndicats dévalués pour faire un tour d’horizon, sans que cette messe ne débouche sur quoi que ce soit de concret[11]. Aucun gouvernement de la Vème République ne s’est trouvé dans cette situation. En 68, Pompidou avait tout de suite rouvert la Sorbonne, et le 27 mai les accords de Grenelle avec des avancées très substantielles pour les travailleurs étaient signés. Cette simple évolution de Pompidou à Macron montre à quel point la classe politique d’aujourd’hui est dégénérée. Macron apparaît maintenant comme le pire président de la Vème République, sans doute est-il mal entouré, sans doute était-il mal préparé, mais son comportement reflète d’abord la faiblesse et l’irrésolution tactique, ce qui sans doute l’empêche de faire de manière très sérieuse la part du feu pour sauver l’essentiel. 

    Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape

    Macron, ne voyant toujours pas les gilets jaunes rentrer dans le rang, s’est trouvé ensuite dans l’obligation de bricoler à la hâte, d’abord en renonçant à la hausse de la taxe maudite, ensuite en annonçant une hausse du SMIC, une prime de Noël, et d’autres mesures comme l’abrogation de la CSG pour les faibles retraites. Tactiquement c’est très mauvais parce que cela incite à continuer la lutte, à la fois en se disant que s’il a commencé à reculer, il va reculer encore si la pression augmente. Mais aussi parce qu’il n’a rien négocié du tout, et que ses vagues promesses de dialogue, large débat national, ressemblent à de l’enfumage.

    Mais tactiquement les forces de l’ordre n’ont jamais été à la hauteur, elles ont toujours eu un temps de retard. Castaner a menti en permanence sur les chiffres, et chaque samedi il a promis que les forces de l’ordre allaient s’adapter. La seule chose qu’il a faite, c’est de renforcer la répression, arrêtant arbitrairement des centaines de personnes sur une vague idée des mauvaises intentions qu’elles auraient de faire des dégâts. Castaner a atteint le comble du ridicule en annonçant que le 24 novembre 2018, le nombre de manifestants était de 106 301. On sait bien qu’un décompte des manifestants est impossible à la dizaine ou à la centaine près, sans doute même pas à la dizaine de mille près, mais à l’unité près, le mensonge devient pitoyable et grotesque.

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    Grotesque ou pas, les médias, en tous les cas, du Monde et Libération à BFM et LCI, ont repris sans rire ces chiffres s’associant à Castaner dans le déshonneur, et après ils pleurnichent parce que les manifestants ne les aiment pas. Comme les politiques, on se rend compte qu’entre 1968 et aujourd’hui, les journalistes ont eux aussi complètement dégénéré. Apôtre du politiquement correct en tout, ils défendent avec naturel et enthousiasme le gouvernement contre ces pauvres qu’ils ne peuvent pas encadrer. En Mai 68, ils avaient fait preuve de bien plus d’objectivité, même si leur nature les amenait aussi à faire de la propagande, d’ailleurs de nombreux journalistes de la télévision furent démissionnés à cette époque pour avoir été un peu trop complaisants avec les rebelles. Ça ne risque pas d’arriver à nos journalistes d’aujourd’hui, les journalistes sont bien cadrés dans leur camp, celui du bloc bourgeois. Les journalistes et les éditorialistes ont fait la preuve non seulement de leur engagement du côté de l’oligarchie, mais aussi de leur sidération devant l’évènement. Ils ont illustré du même coup ce que disait Todd il y a quelques mois : la crétinisation des mieux éduqués[12]. A force de jouer leur rôle de chiens de garde, ils en sont venus à vivre en complet décalage avec ce qui se passe dans le pays, détestant les pauvres pour ce qu’ils sont, et plus encore quand ils se rebiffent, eux qui n’osent jamais relever la tête. Les gilets jaunes les ont dénoncés, parfois en les secouant un peu, manière de montrer combien ils en avaient assez d’être traités avec condescendance par des ignorants sans morale et sans honneur. Ils ont mis clairement en lumière leur rôle de soutien du système. Certes, sans doute y a-t-il des journalistes honnêtes qui ont traité de la question des gilets jaunes, mais c’est tardivement, ou alors pas dans les grands médias. Il aura fallu attendre le 15 décembre pour que Le monde daigne aller à la rencontre des gilets avec un article de Florence Aubenas[13]. Ce qui veut dire qu’en s’organisant comme ils le peuvent, sans chef et sans programme, les gilets jaunes se sont aussi réapproprié le discours qu’on peut tenir sur ce qu’ils veulent et ce qu’ils sont : ils ont construit au fil des jours un discours cohérent et compréhensible par tous. C’est le rôle des réseaux sociaux : sur Facebook, de nombreuses pages de groupes de gilets jaunes ont développé leur propre système d’information, une contre-information si on peut dire. Je rappelle qu’en Mai 68 de nombreuses feuilles avaient été publiées pour contrer la propagande gouvernementale et de la bourgeoisie, sans pour autant empêcher les groupuscules et les partis de faire de la publicité pour leur propre boutique. Sur la page qu’on peut voir ci-dessous, une des pages les plus suivies sur Facebook, il est proposé un acte VIII, réveillonner sur les Champs Elysées !! Ce qui veut dire que de nombreux acteurs du mouvement n’ont aucunement l’intention de s’arrêter en si bon chemin, même s’il y aura une pose pendant la période des fêtes de fin d’année. 

    Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape

    Même si le samedi 15 décembre le mouvement a paru s’essouffler parce qu’il y avait moins de monde sur Paris, les gilets jaunes ont déjà gagner la bataille stratégique et tactique de cette guerre sociale. Si parmi les raisons d’une moindre mobilisation il y a le froid et la lassitude, il faut aussi tenir compte que la nouveauté c’est de faire maintenant systématiquement des manifestations dans toutes les grandes villes. Beaucoup également ont invoqué le fait que la police bloquait les manifestants qui se rendaient sur Paris et les empêchait de se regrouper.  En tous les cas, ils sont toujours là sur les ronds-points, aux péages, et en matière de manifestation de rue la province prend le relais de la capitale. Le prochain objectif des gilets jaunes, c’est le mois de janvier qui va s’annoncer encore difficile pour le gouvernement : il va y avoir la retenue à la source, mais aussi les hausses sur les péages autoroutiers et d’autres joyeusetés. Et puis surtout cette prime de Noël qui aura été distribuée que par quelques grandes entreprises, et aussi la hausse du SMIC qui ne viendra pas. S’il y a une trêve, entre la Noël et le Jourde l’An, il n’est guère probable qu’elle dure bien longtemps. D’autant qu’entre temps le monde entier s’est mis à nous envier nos gilets jaunes : on en voit de partout en Europe, et jusqu’en Israël !! Quand la France donne l’exemple en matière de révolution, c’est toujours le signe que des changements profonds vont advenir. On pourrait résumer cela d’un mot : le peuple reprend la parole qu’on lui avait confisquée, que le peuple ait tort ou raison, c’est le peuple qui décide, et non ses représentants plus ou moins légitimes. Je peux évidemment me tromper, mais je crois bien que nous sommes au commencement d’une époque nouvelle. Les raisons de nouvelles agitations ne manqueront pas en 2019 : la réforme des retraites et de l’allocation chômage, la hausse du tarif des mutuelles – pour compenser le zéro reste à charge – la hausse des péages autoroutiers, sans compter que beaucoup vont s’apercevoir que la hausse du SMIC n’a pas eu lieu ! 

    Stratégie et tactique du gouvernement et des gilets jaunes : propos d’étape

    Manifestation Des Gilets Jaunes à Toulouse le 15 décembre 2018



    [1] https://www.20minutes.fr/societe/2394811-20181214-gilets-jaunes-rarement-mesure-tel-soutien-opinion-mouvement-social?fbclid=IwAR3U87q_j0KgoCMF0MRkNGhCdJfZ81iEpEp9w4wEI6FVhZEkuo5dbEsFWSo

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/gilets-jaunes-quand-la-france-donne-l-exemple-a153635140

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/les-revendications-principales-des-gilets-jaunes-a154295420

    [4] http://in-girum-imus.blogg.org/hausse-de-22-du-salaire-minimum-en-espagne-a155349074

    [5] http://www.leparisien.fr/economie/la-hausse-de-100-euros-pour-les-salaries-au-smic-pourrait-arriver-seulement-en-juin-14-12-2018-7969269.php

    [6] http://in-girum-imus.blogg.org/apres-l-intervention-d-emmanuel-macron-le-10-decembre-on-s-achemine-ve-a154839866

    [7] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-qu-ils-viennent-me-chercher-de-macron-moque_2027544.html

    [8] https://www.ledauphine.com/france-monde/2018/12/13/gilets-jaunes-samedi-8-decembre-un-helicoptere-etait-pret-a-exfiltrer-macron-de-l-elysee

    [9] Ce n’est pas un hasard si en plein mouvement des gilets jaunes on a annoncé que la CFDT était maintenant le premier syndicat devant la CGT.

    [10] https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/0600291657717-routiers-la-cgt-et-fo-maintiennent-la-pression-2227819.php

    [11] https://www.europe1.fr/societe/gilets-jaunes-debut-de-la-reunion-avec-les-corps-intermediaires-a-lelysee-3817532

    [12] https://www.liberation.fr/debats/2017/09/06/emmanuel-todd-la-cretinisation-des-mieux-eduques-est-extraordinaire_1594601

    [13] https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/15/sur-les-ronds-points-les-gilets-jaunes-a-la-croisee-des-chemins_5397928_3224.html

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  •  Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    On ne sait pas si Pedro Sanchez a profité de la situation explosive en Europe sur la question des salaires pour annoncer une hausse spectaculaire du salaire minimum en Espagne, mais en tous les cas c’est une transformation radicale du paysage économique qui s’annonce et qui prend à contrepied la doctrine de Bruxelles[1]. Cette hausse spectaculaire intervient en France après l’annonce de Macron d’augmenter le SMIC en transférant des ressources étatiques vers les salaires les plus faibles, signifiant au passage la pingrerie proverbiale pour ne pas dire plus du MEDEF et de son porte-voix qui habite pour quelques temps encore à l’Elysée. On sait que la hausse du SMIC présentée par Macron est de l’enfumage pur et simple. Les Français s’en sont rendus compte, 60% n’ont pas été convaincus, ni de sa sincérité larmoyante, et 72% l’ont trouvé inquiétant[2]. Mieux encore une large majorité des Français souhaite la poursuit du mouvement des gilets jaunes[3]. La hausse misérable des 100 € par mois, compte tenu du retard que le SMIC a accumulé par rapport à la hausse de la productivité, on a compris rapidement qu’une partie serait payée par les Smicards eux-mêmes, et en aucun cas par les entreprises.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    Le motif est toujours le même qu’une hausse su SMIC tue l’emploi. Pénicaud qui a vu ses revenus augmenter considérablement avec la disparition de l’ISF, a répété cette idée stupide jamais démontrée. Certains travaux démontrent même le contraire. La dernière grande hausse du SMIC, celle de 1968 ne s’est absolument pas traduite par un recul de l’emploi, bien au contraire, et le coup de pouce au SMIC en 1997, a accompagné une relance de la croissance et donc de l’emploi. Regardons maintenant sur la longue période le cas des Etats-Unis. Si le salaire minimum en augmentant détruit de l’emploi, alors la courbe du chômage doit grimper quand le salaire augmente et baisser quand celui-ci diminue. Le graphique suivant montre qu’entre 1950 et 2013, soit 63 ans ce n’est pas le cas. Les deux courbes ne présentent aucune corrélation stable dans le temps, parfois ça marche dans un sens, et parfois dans un autre. La raison principale est que le coût du travail n’est qu’un déterminant parmi d’autres de l’embauche. Dans certaines circonstances, surtout lorsqu’une longue période de restriction des salaires a été observée, au contraire, une hausse du salaire minimum relance la demande et l’emploi. Observons la période entre 1965 et 1982, nous soyons que la baisse du salaire réel minimum, rongé par l’inflation, s’accompagne d’une hausse forte et soutenue du chômage. Entre 1953 et 1970, au contraire une hausse du salaire minimum s’accompagne d’une décrue continue du chômage.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    L’idée fausse selon laquelle une hausse du salaire minimum tue l’emploi provient toujours de l’erreur de croire – ou de faire semblant de croire – que c’est l’offre qui crée toujours la demande quelles que soient les circonstances. L’approche d’une relation globale entre salaire et chômage est également contredite par l’exemple de la zone euro. Voici ci-dessous un graphique qui met en relation l’évolution des salaires et le chômage entre 1998 et 2016. Il s’agit ici du salaire nominal. Les deux courbes évoluant là encore le plus souvent en sens contraire, nous devons conclure à tout le moins qu’il n’y a pas de relation positive entre hausse des salaires et chômage. Tous les modèles plus ou moins alambiqués pour faire tenir debout l’idée selon laquelle les hausses de salaire nuisent à la croissance et à l’emploi relève de l’idéologie, mais sûrement pas de l’observation des faits, une théorie qui oserait avancer qu’il y a une relation positive entre hausse du salaire minimum et hausse du chômage serait forcément contre-factuelle. Evidemment cette idéologie est là, supportée et défendue par des économistes de profession comme les ignobles Cahuc et Zylberberg ou par l’innommable Aghion, pour permettre à la classe dominante de justifier des lois qui augmente ses revenus, notamment en demandant des baisses d’impôts sur les hauts revenus et la disparition de l’ISF.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    Regardons le graphique suivant maintenant : il met en relation les taux de chômage en France et en Espagne. Depuis 2008, le chômage a explosé en Espagne, alors même que l’Espagne possède un modèle social moins performant que la France, un SMIC plus bas et des allocations chômage plus faibles. Entre 2008 et 2018, l’Espagne a procédé à une série de réformes voulues par Bruxelles pour flexibiliser son marché du travail, et les réformes ont été en effet bien plus loin qu’en France. L’idée étant que l’Espagne possède d’abord sur les marchés internationaux un avantage lié à son faible coût du travail. Le résultat n’a pas été à la hauteur. Le chômage est resté très largement au-dessus du chômage français dont Macron à la suite de la bureaucratie de la Commission européenne juge la rigidité trop élevée. Il est donc complètement erroné d’avancer qu’en baissant le coût du travail – salaire net plus cotisations sociales – on va créer des emplois.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    On pourrait du reste ajouter que si on doit créer des emplois pour que ceux-ci ne nourrissent même pas le travailleur pauvre, à tel point qu’il faut lui redistribuer des allocations sociales, alors on ne voit pas très bien à quoi cela peut bien servir de créer des emplois. Mais venons-en à l’essentiel. Le gouvernement espagnol en adoptant une mesure de gauche, étonnante pour le PSOE qui avait pris l’habitude de faire une politique de droite, a franchi deux lignes jaunes en même temps :

    - alors que l’Union est empêtrée dans le Brexit et dans la fronde de l’Italie qui a le culot de vouloir disposer de son budget sans demander l’autorisation à Moscovici, voilà que l’Espagne met en œuvre une politique de revalorisation des salaires qui inverse la tendance dominante en Europe. En effet celle-ci suppose que seule la politique de l’offre est bonne : on abaisse les coûts, on abaisse les prix, et le reste suit, or en redistribuant de la valeur ajoutée vers les travailleurs, on va favoriser au contraire la demande. Ça va de soi puisque par définition les salariés qui touchent un salaire minimum n’ont guère les moyens d’épargner ;

    - ce premier affront à la doxa bruxelloise ou berlinoise, comme on veut, est aussi un camouflet pour Macron. Pour suivre l’exemple espagnol, Macron aurait dû engager une hausse du SMIC qui l’aurait porté en brut à 1805,92 € en brut pour un temps plein et à 1401,84 € en net. Cela aurait été très bien perçu dans l’opinion, et sans doute qu’on n’aurait guère vu les gilets jaunes sur les ronds-points.

    Vous noterez que le président de l’OCDE a approuvé cette hausse espagnole, à la fois parce que les salaires ont pris partout du retard sur la hausse de la productivité, et parce que cela permet aux travailleurs pauvres de pouvoir vivre plus décemment avec leur travail. Implicitement la position de l’OCDE est une critique du gouvernement français qui apparait comme l’un des plus rétrograde qui ait existé depuis au moins Pétain. A force de vouloir apparaître comme le meilleur élève de l’Europe allemande, Macron apparait pour ce qu’il est, le simple défenseur des intérêts de court terme de la finance.

    Il y a quelques jours, j’avais recopié le graphique donné par Jacques Sapir[4]. Je le recopie à nouveau pour bien caler les idées. On voit que la France, mais ce n’est pas le seul pays qui se trouve dans ce cas, a mis la pression sur les bas salaires depuis plus de trente ans. L’écart de rémunération par rapport à la hausse de la productivité est d’environ 25%. Ce qui a engendré nécessairement une redistribution de la valeur vers les détenteurs de capitaux, au détriment des travailleurs les plus pauvres, sans même parler des impôts qu’on a tordu dans un sens injuste. Evidemment si on fait bouger les salaires, cela va faire baisser la rémunération du capital, c’est le risque que prend Pedro Sanchez. Cependant si cette hausse de 22% est bonne pour l’Espagne, pourquoi une hausse similaire ne serait-elle pas bonne pour la France et plus généralement pour les autres pays de la zone euro ? Cette démarche du gouvernement espagnol va sans doute inaugurer une année 2019 de luttes sociales et de hausse des salaires. Notez que ce changement intervient alors même que les Portugais ont rompus depuis quelques années avec la doctrine orthodoxe de resserrement des salaires, ils ont obtenu une croissance soutenue, une baisse du chômage et même un recul significatif de la dette publique[5]. La péninsule ibérique semble ainsi lancer un défi à Bruxelles, à Berlin, mais aussi à Paris où Macron se trouve de plus en plus isolé dans son entêtement imbécile et ses mensonges.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    L’erreur – une de plus – de Macron a été de faire financer la pseudo hausse du SMIC sur des fonds publics, contrairement à la méthode du gouvernement espagnol qui parie sur une modification du partage de la valeur ajoutée non seulement des salariés, mais plus encore des salariés les plus pauvres. Au moins 1,3 millions de travailleurs seront concernés par cette hausse. Celle-ci agira non seulement pour la diminution du taux de pauvreté, mais aussi dans le sens d’un resserrement des inégalités : les salariés les plus mal-payés rattraperont un peu les autres, et en outre cette hausse du salaire minimum permettra aussi un rapprochement des rémunérations entre les hommes et les femmes, celles-ci étant plus souvent que les hommes rémunérées au salaire minimum.



    [1] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/12/13/en-espagne-pedro-sanchez-annonce-une-hausse-du-salaire-minimum-de-22_5396733_3234.html

    [2] https://www.letelegramme.fr/france/gilets-jaunes-les-annonces-de-macron-n-ont-pas-convaincu-les-francais-11-12-2018-12158523.php

    [3] https://www.ladepeche.fr/article/2018/12/11/2922861-emmanuel-macron-reussi-allocution-francais-59-sont-convaincus.html

    [4] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/la-question-du-pouvoir-dachat/1453292201467360/

    [5] https://information.tv5monde.com/info/portugal-un-redressement-economique-et-social-qui-prend-bruxelles-contre-pied-190588

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