•  Les vertus du mouvement et du programme des gilets jaunes

    Le mouvement des gilets jaunes contrairement à ce que prétendent les journaux du bloc bourgeois et Castaner, ne s’essouffle pas, et le soutien des Français augmente encore de 5 points selon les derniers sondages[1]. La preuve de sa popularité, c’est que les partis de gauche, dont le PCF, et les syndicats, sauf évidemment la CFDT chère à Macron, après avoir traité ceux qui se sont lancés là-dedans de fascistes manipulés par Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, s’y rallient maintenant. Ce mouvement est massif et représente l’ensemble du peuple, il y a bien sûr des fachos, comme il y a des cocos, ou n’importe qui d’autres. Et donc sa première vertu, et c’est sans doute ce qui fait le plus peur au gouvernement, c’est de réunir à la fois les électeurs populaires de Mélenchon et ceux de Marine Le Pen. On sait que l’impopulaire président Macron ne peut compter pour se maintenir au pouvoir que sur la division de l’opposition, alors même que les ¾ des Français pour qui ce quinquennat est un cauchemar, rêvent de le voir partir. Dans le même mouvement, les gilets jaunes font apparaître Macron comme un imbécile qui ne sait pas du tout ce qu’il fait, à part appliquer bêtement comme une machine folle le programme concocté par Bruxelles. On voit que Macron est maintenant coincé, la retraite est impossible et avancer le mènerait à sa perte. Son seul espoir reste dans un pourrissement de la situation, avec quelques délégués des gilets jaunes qui pourraient faire semblant de négocier la sortie du conflit. Mais c’est difficile parce que le mouvement étant ni coordonné, ni hiérarchisé, il échappe à cette possibilité au moins dans l’immédiat. 

    Les vertus du mouvement et du programme des gilets jaunes

    Les gilets jaunes disent qu’ils ne font pas de politique. C’est faux, mais ce qui est vrai par contre c’est qu’ils évitent de faire la main aux partis et aux syndicats. Ils ne font pas de politique électoraliste, leur but ne sont pas les élections. Ils montrent en réalité qu’on peut faire de la politique contre les partis et les syndicats. On va voir qu’ils ont un programme, et que ce programme est très loin d’être poujadiste comme le répétaient il n’y a guère les caciques du PCF et de la CGT[2]. Il est même très social et très écologiste. On voit donc qu’il n’y a aucune raison de désespérer du peuple français comme l’ont fait après l’élection malencontreuse de Macron les politiciens de gauche qui se vautrent comme toujours dans l’incompréhension. Alors même que les gilets jaunes demandent entre autres – mais on va voir que ce entre autres est décisif – la fin des hausses des taxes sur le carburant, on a vu ce débris de la social-démocratie, Benoît Hamon pour ne pas le nommer, rester figé dans son approche boboïde de la politique et dire qu’il fallait maintenir la hausse avec un accompagnement[3]. Cette proposition ubuesque qui aboutirait au montage d’une véritable usine à gaz est totalement déplacée, puisque si j’augmente les taxes, tout en rétrocédant une partie de cette hausse sous forme de subventions ou d’aide, il est clair que cela ne changera en rien la consommation et ne fera que compliquer le circuit monétaire. Ségolène Royal a été plus avisée en demandant à Macron d’abandonner cette hausse[4]. Benoît Hamon est plutôt du côté de la gauche bobo qui ne voit comme horizon à l’action politique que la défense des musulmans et du communautarisme, que de la France périphérique. Il est vrai que dans le mouvement des gilets jaunes la France de la diversité est pour le moins discrète, même Jacques Julliard l’a remarqué[5]. Benoît Hamon est un politicien sur la pente déclinante, et on pourrait comme dit le poète le qualifier d’un degré d’importance nulle, mais il est exemplaire de cette classe cynique et sans idée[6] qui prétend gouverner quelque chose, alors qu’elle ne comprend même pas comme elle a fait pour arriver là. 

    Les vertus du mouvement et du programme des gilets jaunes  

    Cette participation massive des Français de France comme on dit au mouvement des gilets jaunes montre que la gauche a eu tort de suivre dans son ensemble les idées moisies de Terra Nova sur le fait qu’il fallait d’abord et avant tout chercher les vois des populations issues des migrations plutôt que de s’insérer dans une logique de classe. La France Insoumise, et particulièrement Ruffin a bien compris les enjeux. Mais ce n’est qu’un soutien parmi tant d’autres et il faut le comprendre ainsi. On a vu Brigitte Bardot en gilet jaune soutenir le mouvement. Mais d’autres artistes s’y sont mis aussi. La liste s’allonge tous les jours et ruine ainsi l’idée entretenue par Castaner que le mouvement s’essouffle, au contraire, il s’élargit. Comme on l’a dit dans le billet précédent, si le mouvement des gilets jaunes est pour partie la révolte de la France périphérique, c’est maintenant la France des villes qui s’y met aussi. On l’a vu déjà samedi dernier et on va sans doute le voir encore plus clairement avec la manifestation de la CGT du 1er décembre. Poussée par sa base la hiérarchie suit le mouvement. Il y a des grèves déjà dans des dépôts de carburants comme à la Mède dans les Bouches du Rhône par exemple. Ce mouvement multiforme n’opère pas des blocages complets, mais les gilets jaunes ont fait preuve d’inventivité et ont choisi leurs cibles : s’ils bloquent les accès aux grandes surfaces, ils imposent la gratuité aux péages autoroutiers. Les pertes pour les entreprises sont considérables dans de très nombreux secteurs[7]. Et il est évident que si le mouvement dure encore, par exemple durant le mois de décembre quand le commerce est sensé tourner à plein, ce sera une catastrophe pour l’économie française, ce qui veut dire recul de la croissance, baisse des rentrées fiscales, hausse du déficit budgétaire[8], et alourdirait le bilan déjà très négatif de Macron sur l’économie. 

    Les vertus du mouvement et du programme des gilets jaunes 

    Brigitte Bardot soutient les Gilets jaunes ! 

    J’ai bien lu le programme des gilets jaunes. Je le reproduis ci-après. C’est un programme selon moi très cohérent. Ils ont fait le travail qu’aucun parti de gauche n’a su faire en mettant au centre la question des inégalités sociales. Par exemple ils demandent une revalorisation du SMIC à 1300 € net par mois et des petites retraites pour qu’aucune ne soit inférieure à 1200 €, mais aussi et ça c’est tout à fait révolutionnaire, un plafonnement des salaires à 15 000 € par mois. Edouard Philippe a déjà dit stupidement qu’en janvier il ne donnerait pas un petit coup de pouce au SMIC, il pourrait être contraint d’abandonner cette posture réactionnaire. Evidemment on peut se poser des questions sur les moyens de financer cela. Ils y répondent partiellement au moins en demandant l’abrogation du CICE. Je rappelle que le CICE c’est 20 milliards € par an depuis 2014, et 40 milliards à partir de 20198, soi-disant pour créer des emplois. On sait que si le CICE a permis à Gattaz de se payer un château, il a été des plus inefficaces et pour l’emploi et pour l’investissement. Ils réclament également une taxation plus importante sur les très hauts revenus et sur les grandes multinationales. Par exemple dans un souci de justice sociale ils demandent une progressivité plus importante de l’impôt sur le revenu.

    Les vertus du mouvement et du programme des gilets jaunes

    Les gilets jaunes sont pour l’écologie, certainement bien plus que ceux qui comme cet âne de Cohn-Bendit qui se faisait appeler Dany-le-rouge dans sa jeunesse et qui n’est même plus rose pâle, à peine gris, se réclament d’une écologie à la fois politique et européiste – chercher l’erreur ! Parmi les mesures proposées par les gilets jaunes, il y a l’isolation, ce qui est un classique. Mais il y a des mesures économiques qui ont une incidence sur l’écologie :

    - limiter la taille et les implantations des grandes surfaces et favoriser les commerces de petites tailles de proximité ;

    - rouvrir les petites lignes de chemin de fer, et réhabiliter le transport de marchandise par le chemin de fer, et réhabiliter les services publics ;

    - réinstaurer les parkings gratuits quand les parkings payants tuent les commerces des centres villes et obligent les usagers à se rendre dans les grandes surfaces.

    L’ensemble de ces mesures vont dans le sens d’une diminution des occasions de se déplacer. On aurait pu en ajouter bien d’autres comme par exemple le ferroutage qui empêcherait les camions étrangers de traverser la France.  

    Les vertus du mouvement et du programme des gilets jaunes

    Je remarque que dans ce programme qui me convient très bien, ils réclament une renationalisation des grands réseaux de distribution de l’énergie, et aussi que les hommes politiques cessent de brader des biens qui appartiennent à la collectivité, que ce soit les aéroports ou autres services publics. Mais évidemment les gilets jaunes sont conscients que ce qu’ils proposent ne peut pas se réaliser en conservant les institutions en l’état. Ils proposent donc plusieurs réformes, notamment qu’un député ne soit pas payé au-delà du salaire médian – Ruffin disait se payer au SMIC – de façon à rester proche du peuple. Cette mesure est intéressante parce qu’elle changerait sans doute le profil des candidats à la députation.  On n’y verrait plus tous ceux qui peuvent gagner plus ailleurs ou ceux qui se plaignent comme Danièle Obono, cette honte de la France Insoumise, de ne pas gagner suffisamment pour pouvoir bien se loger, ou cette députée LREM qui se plaignait de manger beaucoup trop de pâtes parce qu’elle ne gagnait pas assez[9]. Jean-Luc Reitzer député LR cette fois soulignait lui aussi qu’il ne gagnait pas assez alors que son salaire, sans compter les avantages tourne autour de 5500 € et que le salaire médian justement est de 2250 €.

    D’autres idées me semblent excellentes, comme la possibilité pour le peuple de réclamer la tenue d’un référendum sur les sujets brûlants à partir du moment où cette demande serait soutenue par 700 000 électeurs. Cette constitutionnalisation du référendum qui partirait du peuple permettrait de réconcilier les Français avec leurs orientations politiques. Bien sûr un référendum populaire n’aurait pas permis d’adopter le Traité de Lisbonne et en outre l’idée même d’un référendum d’initiative populaire plomberait les velléités de la Commission européenne d’empêcher les Français de faire de la politique et il est probable qu’ils se tiendraient un peu plus à carreau. Les gilets jaunes ne le disent pas, mais leurs propositions de réformes institutionnelles, si elles étaient mises en œuvre, ruineraient l’idée même d’Union européenne dont la plupart des traités sont faits à l’encontre de ce qu’ils réclament puisqu’ils accélèrent la concurrence entre les nations. Pour Macron et ses semblables l’idée même d’un référendum d’initiative populaire est inacceptable car en redonnant le pouvoir au peuple, elle l’enlèverait à ses représentants.

    On peut critiquer ici ou là ces propositions, dire aussi qu’elles sont incomplètes. Mais rien ne nous empêche de les compléter. En tous les cas les gilets jaunes ont bien travaillé. Ils ont fait en mois bien plus de travail utile que le PCF et la France Insoumise en dix ans de laborieux programmes et compromis. Le débat peut s’engager sur cette base. L’inventivité du peuple français s’est retrouvée ici en utilisant les gilets jaunes, on a masqué les divergences partisanes rigides qui empêchent de penser et de retrouver une spontanéité qui permet de faire des grandes choses. Il faut que samedi la mobilisation soit encore plus massive et que la grève vienne appuyer ce mouvement. 

    Les vertus du mouvement et du programme des gilets jaunes

    Les vertus du mouvement et du programme des gilets jaunes

    Les vertus du mouvement et du programme des gilets jaunes



    [1] https://www.bfmtv.com/politique/75percent-des-francais-approuvent-les-gilets-jaunes-un-soutien-en-hausse-de-5-points-1576345.html

    [2] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/11/16/97002-20181116FILWWW00101-gilets-jaunes-impossible-pour-la-cgt-de-defiler-a-cote-du-fn-martinez.php

    [3] http://www.europe1.fr/economie/carburants-benoit-hamon-favorable-au-maintien-de-la-hausse-de-taxe-au-1er-janvier-3810527

    [4] https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/gilet-jaunes-il-faut-savoir-reculer-sur-une-mauvaise-reforme-mais-pour-ca-il-ne-faut-pas-avoir-un-ego-surdimensionne-affirme-segolene-royal-1121413.html

    [5] « La couleur jaune », Marianne, 30 novembre 2018. Dans cet article d’une stupidité sans fond, Julliard disserte sur les grands mérites de Laurent Berger, selon lui un homme raisonnable qui sait s’adapter. Et en effet Laurent Berger sait s’adapter à ce que tous les pouvoirs lui demandent.

    [6] Le plus haut point du confusionnisme avait été atteint par Benoît Hamon quand il avait cru malin de s’appuyer sur l’idée de Revenu Universel pour étayer son pauvre programme pour la présidentielle. Tout le monde a compris qu’il n’avait jamais étudié la question, no de près, ni de loin, et cela se traduisit par l’une des plus cinglante défaite du PS dans les urnes.

    [7] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/11/29/20002-20181129ARTFIG00295-gilets-jaunes-les-entreprises-chiffrent-leurs-pertes-avant-la-mobilisation-de-samedi.php

    [8] https://www.latribune.fr/economie/france/gilets-jaunes-les-consequences-pourraient-etre-catastrophiques-cci-france-798777.html

    [9] https://www.bfmtv.com/politique/avec-5000-euros-par-mois-une-deputee-lrem-se-plaint-de-manger-pas-mal-de-pates-1325935.html

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  •  Manifestation sur les Champs Elysées

    Les services de Castaner n’ont pas empêché hier les Français de manifester, voulant cantonner la manifestation au Champ de Mars, elle s’est rapidement déplacée pour investir les Champs-Elysées, haut symbole de la France à l’étranger, mais aussi à deux pas de l’Elysée. Le ministère donnait une mobilisation de 23 000 personnes sur toute la France. Or il y avait au moins 10 000 personnes sur les Champs Elysées, et des milliers ailleurs en train de tenir des barrages dans toute la France. Les médias ont relayé les chiffres de Castaner, sans trop de précaution. Encore que Le Parisien, journal pourtant très amical avec le petit président, faisait un effort et parlait de plus de 80 000 à midi[1]. Souvent d’ailleurs en reprenant l’antienne selon laquelle l’ultra-droite était à la manœuvre. Ce mensonge éhonté de la Macronie était démenti en direct par la présence de François Ruffin qui disait suivre les instructions du président Macron qui avait suggéré qu’on vienne le chercher. Il est extrêmement difficile d’amalgamer Ruffin avec l’extrême-droite. Même le Parti communiste qui tenait il y a encore cette position démobilisatrice l’a abandonnée. On ne peut pas dire non plus que ce soit un mouvement de gauche, tant le public qui manifeste est divers dans son ressentiment. Le démographe Hervé Le Bras a dressé la carte des actions des gilets jaunes, et il s’est aperçu que cela ne correspondait pas du tout à la carte du vote frontiste[2]. Mais c’est un mouvement très populaire, une révolte en acte contre les exactions de la bourgeoisie emmenée par Macron. La police a chargé avec sa brutalité coutumière, mais la détermination des manifestants à transformer le paysage en scènes d’émeutes. Plusieurs barricades ont été montées, mais elles restaient un peu légères pour tenir bien longtemps. Quelques pavés ont été arrachés à la chaussée, mais pas en quantité suffisante. Dans la soirée Castaner commençait à revoir son chiffre à la hausse : 1600 points de blocages et 106000 manifestants, il a même voulu faire précis, 106 301 ! Le monde qui est un journal de plus en plus crétin, reprenait ce chiffre sans annoncer dans son titre qu’il venait de Castaner, mais nuançait : près de 106 000 manifestants. Ce qui voulait dire qu’on en était près, mais pas encore tout à fait ! Etant donné la capacité à mentir de Castaner, il est donc assez probable que de soit sans doute 600 000 manifestants en France.

     Manifestation sur les Champs Elysées

    Ruffin tentant d’aller chercher Macron 

    Cette nouvelle manifestation confirme ce que nous disions déjà dans notre précédent billet : ce n’est pas seulement une révolte de la France périphérique, c’est aussi celle des grandes villes. Cela déborde maintenant clairement la question du carburant, les mots d’ordres des gilets jaunes à Paris, c’était « Macron démission ». En clair ce sont les réformes Macron dans leur ensemble qui suscitent la colère des manifestants, réformes qui sont identifiées comme un transfert de revenus des pauvres vers les riches. C’est donc bien de lutte des classes dont il s’agit. Si les Champs Elysées sont un symbole de la France et du luxe, ça fait tout de même drôle de voir cette avenue investie par les gueux qui viennent ainsi directement contester à la fois le pouvoir de l’argent et celui de la marchandise. Certes on n’a pas vu des drapeaux rouges, les rares drapeaux étaient bleu, blanc, rouge, mais c’est au fond la conséquence de la démission des partis de gauche et des syndicats.

     Manifestation sur les Champs Elysées

    La foule sur les Champs-Elysées 

    Beaucoup dans la foule employaient un langage révolutionnaire et pas du tout conservateur. A Montpellier, on a vu la manifestation féministe contre les violences faites aux femmes croiser celle des gilets jaunes. Ces derniers l’ont applaudi avec force en enthousiasme dans un esprit de convergence des luttes semble-t-il. Mais cela n’est pas étonnant, nous avons signalé hier qu’une des spécificités de ce mouvement était le rôle actif et déterminant des femmes. Comme on le voit, il est impossible de réduire ce mouvement à un simple refus de payer l’impôt. Si on ne sait pas trop où va aller ce mouvement, il est assez clairement le reflet d’une exaspération face à une politique de démantèlement qui fait que plus rien ne fonctionne depuis que Macron est aux manettes. L’ensemble de ces manifestations est déjà un désastre pour les commerçants et pour les grandes surfaces. Si on ajoute cela aux manifestations des cheminots, la facture économique de la politique de Macron est particulièrement salée. En voulant comprimer les dépenses, il est en train d’étouffer l’économie. On verra bien ce qu’il va dire mardi pour tenter de se dédouaner de ses propres responsabilités. Il ne semble plus en mesure de canaliser la colère. C’est un amateur, plutôt irresponsable qui n’a jamais supposé que les Français allaient finalement se révolter contre lui et sa politique.

     Manifestation sur les Champs Elysées

    A Montpellier la manifestation féministe contre les violences applaudie par les gilets jaunes 

    Ruffin disait apprécier le retour des Français dans l’action. Il est servi dans la soirée des barricades se sont dressées à l’Etoile et avenue de la Grande Armée. Les images de la violence policière en attendant ont fait le tour du monde, ce qui dévalorise encore un peu plus Macron dont on connait la promptitude à se présenter comme le héraut de ma démocratie. En vérité il se comporte très exactement comme un président très autoritaire qui veut imposer des réformes impopulaires et qui ne comprend pas que les Français le rejettent lui et ses réformes de classe. Il se passe en France, dans toute la France, ce qui ne se passe pas ailleurs, avec des scènes d’une grande violence. Cet amateurisme autoritaire est extrêmement choquant. Il montre que si Macron a été légale élu, il n’est plus légitime aujourd’hui. Les manifestants l’ont bien compris qui réclament son départ. La défaite de ses troupes se profile à l’horizon des élections européennes.

    Manifestation sur les Champs Elysées

    La France défie la police de Macron 

    On ne sait pas ce que va devenir ce mouvement, mais même s’il ne dure pas, il est clair que la rancœur est énorme et qu’il ressurgira à n’importe quel moment. Le feu couve sous la cendre. Les Gilets Jaunes ont fait preuve d’inventivité tout au long de ce mois. On a dit que la révolte des Gilets Jaunes ressemblait à celle des Bonnets Rouges qui avaient finalement fait capoter cette monstruosité qu’était l’écotaxe. Mais celle-ci était très circonscrite à la Bretagne. Aujourd’hui c’est toute la France qui se soulève. J’ai été aussi très surpris de voir autant de drapeaux bretons à la manifestation sur les Champs Elysées. C’est un peu inédit tout de même. Je ne sais pas trop quel sens donner à cela. En tous les cas pour un mouvement spontané, c’est une belle réussite ! Comme quoi il ne faut jamais désespérer des Français !!  Macron a réussi au moins une chose, à réunir dans la rue des gens qui ont eu des votes différents en 2017. C'est sans doute là le début de quelque chose !

     Manifestation sur les Champs Elysées

    Le retour des barricades à Paris

    Manifestation sur les Champs Elysées

    Des images qui font le tour du monde



    [1] http://www.leparisien.fr/economie/en-direct-gilets-jaunes-l-acte-2-de-la-contestation-a-paris-et-en-regions-24-11-2018-7952088.php

    [2] https://www.nouvelobs.com/politique/20181121.OBS5815/la-carte-des-gilets-jaunes-n-est-pas-celle-que-vous-croyez.html

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  •  Des gilets jaunes partout

    Le mouvement des gilets jaunes est exemplaire à plus d’un titre. D’abord parce qu’il est complètement spontané et que personne ne peut plus le contrôler, quelles que soient les intentions des uns et des autres. Les efforts de journalistes, notamment de Libération et de BFM, pour faire passer ce mouvement pour un ramassis de fachos, islamophobes, violents et homophobes auront fait long feu. On commence à comprendre que la hausse de la taxe sur le carburant est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Depuis que Macron s’est installé à l’Elysée, réforme après réforme, c’est le pouvoir d’achat qui fout le camp, tandis que les plus riches ont vu leurs revenus augmenter considérablement. Cette politique de classe, Macron et Philippe, le lobbyiste d’Areva, la payent dans les sondages. Ils ont une telle mauvaise image dans l’opinion – menteurs, arrogants, bêtes et méchants – que quoi qu’ils fassent ils ne remonteront plus. Si Macron est encore plus bas que Philippe, c’est aussi parce qu’il parle plus souvent, et qu’il semble vraiment à avoir perdu la tête. C’est ce qui le différencie probablement de ces deux prédécesseurs qui n’étaient pas aimés, mais que personne ne songeait à définir comme des fous furieux. La crise est tellement profonde, l’exaspération est tellement générale, que les Français ont maintenant une folle envie de renverser l’ensemble du système. C’est le premier président a être ouvertement le soutien du grand capital et l’ennemi des travailleurs et des pauvres. Ses prédécesseurs faisaient un peu la même chose, mais d’une manière plus sournoise, ce qui atténuait un peu les difficultés. Cette droite extrême aux manettes a au moins le mérite de nous faire revenir à la bonne vieille lutte des classes, le travail contre le capital.  

     Des gilets jaunes partout 

    Les députés LREM qui vivent maintenant en permanence sous la protection de la police parce qu’ils se sentent physiquement menacés[1], se sont plaints de ce qu’il n’y ait pas d’interlocuteurs dans ce mouvement des gilets jaunes, quelque leader à circonvenir si on veut[2]. Ils avouent que le gouvernement a fait fi des corps intermédiaires, cette bureaucratie qui détourne sans cesse le peuple des véritables solutions. Mais il est vrai que les syndicats ont tellement insisté pour se désolidariser de ce mouvement qu’ils ont désigné, toute honte bue, comme un mouvement populiste, qu’il n’y a plus guère de possibilité de dialogue. Philippe Martinez peut se couvrir la tête de cendres, tellement il a manque à ses devoirs, je ne parle même pas des débris de la gauche comme Hamon ou du PCF qui ne savent plus que dire, ni que faire. Les appareils bureaucratiques qui sont coupés des réalités les plus basiques, n’ont pas supporté qu’un mouvement social d’un nouveau genre les déborde. C’est du reste ce qui s’était passé déjà en 1968. Certes la logique n’est pas tout à fait la même, c’était à l’époque une jeunesse insouciante, et le contexte économique était différent. Mais le principe reste le même, dans la lignée de Mai 68, le peuple reprend son destin en main en agissant et en trouvant des formes nouvelles de contestation. Comme en Mai 68, c’est aussi une révolte contre une forme de modernité dont personne ne veut, tant elle s’apparente à une régression sociale et politique.

    Beaucoup ont souligné que c’était la France périphérique qui se révoltait. En vérité, elle vient rejoindre une France qui a plus l’habitude de se manifester et qui est du reste très solidaire du mouvement des gilets jaunes. Près de 80% des Français soutiennent le mouvement[3]. C’est un des taux les plus élevés enregistrés pour une mobilisation. 80% ça veut dire la quasi-totalité des Français, sauf les nantis. Gauche, droite, Macron a réussi l’impensable, réunir les électeurs de la France insoumise et ceux du Rassemblement national, sans compter ceux qui se disent sans affiliation partisane ou syndicale[4]. C’est sans doute là le danger pour Macron, la France périphérique qui rejoint celle des grandes villes. Car plus le mouvement dure et plus ceux qui y participent y prennent goût. On l’a dit, Martinez s’est déconsidéré au plus haut point en relayant la propagande macroniste sur le caractère supposé fasciste de cette manifestation. Mais il s’est déconsidéré aussi auprès des membres de son syndicat qui ont engagé un blocage des dépôts de carburant. On en arrive à une situation ubuesque où la hiérarchie de la CGT dit ne pas avoir rejoint le mouvement, mais où sa base bloque les dépôts. C’est un désaveu de cette bureaucratie sans vergogne[5]. Martinez fera tout comme Berger pour casser le mouvement qui lui échappe, quitte à venir pour cela au secours de Macron, et quitte à s’opposer à sa base.

     Des gilets jaunes partout 

    Un autre aspect du mouvement des gilets jaunes est encore un peu passé inaperçu. C’est un mouvement très féminisé ! Les femmes sont en première ligne. Bien qu’elles soient moins encartées que les hommes, les femmes n’en font pas moins de la politique. Et une des rares figures qui se détache de ce mouvement est Jacline Mouraud. Cette évolution inattendue doit être prise très au sérieux. D’abord parce qu’en général le pouvoir aime à faire pression sur les femmes pour qu’elles incitent les hommes à rentrer dans le rang, or là c’est l’inverse qui se passe manifestement, les femmes au contraire pousse les hommes à s’engager ! Ensuite parce que les femmes sont souvent dans ce genre de mouvement plus entêtées que les hommes, et ça c’est un très mauvais signe pour Macron et sa bande de fainéants. Ceci me fait dire que quelles que soient les formes que mettra Macron, il capitulera. Déjà il a commencé à reculer en disant qu’il allait faire quelque chose pour les plus pauvres, pour réaliser un accompagnement social de cette mesure détestable[6]. Le problème est que derrière cette revendication, il va y en avoir bien d’autres à venir. Le caractère inorganisé de ce mouvement ressemble également à Nuit debout, non que les publics soient les mêmes, mais parce que les manifestants ne se reconnaissent dans aucun parti, ni dans aucun leader, ce qui va rendre la récupération impossible, sans savoir si cela débouchera sur un nouveau parti politique.

     Des gilets jaunes partout 

    De quelques pistes à explorer pour la transition écologique 

    Il devient de plus en plus évident au fur et à mesure que le temps passe que les gilets jaunes ne condamnent pas seulement une hausse programmée du prix des carburants. C’est l’ensemble de la politique de Macron qui est jugée très négativement. Les Français veulent sa démission. Même un soutien pourtant peu regardant comme Franz-Olivier Giesbert avouait que Macron était une vraie tête à claques[7] ! On ne lui donnera pas tort sur ce point. Mais au-delà du ressentiment qu’on peut éprouver à supporter à longueur de temps sa figure et son sourire aussi idiot que coincé, il y a que les Français rejettent massivement sa politique fiscale qui aggrave selon eux les inégalités sociales et créent le chaos[8]. Macron qui est assez ignorant en général et particulièrement de l’histoire de la France, sous-estime le caractère français qui s’est forgé dans un idéal de justice sociale et de recherche de l’égalité. En allant plus loin, on pourrait dire que Macron c’est l’anti-France, quand il ne vend pas un aéroport aux Chinois, il brade notre armée[9] et notre souveraineté à l’Allemagne[10]. Tout ça sous le regard bienveillant de Bruxelles. Plus Macron continue dans la voie d’un entêtement imbécile, et plus en réalité il travaille pour une sortie de l’Union européenne. Les gilets jaunes ont bien compris que la taxe sur les carburants n’avait aucun rapport avec la lutte contre le réchauffement climatique, que c’était là qu’une manière de tuer un peu plus le pouvoir d’achat selon les désirs de la Commission européenne. La propagande macronienne qui flatte le fait que la France se réindustrialise ou attire de nouveau des capitaux étrangers, butera nécessairement sur la baisse du pouvoir d’achat des plus pauvres. 

    Des gilets jaunes partout 

    Hulot a tenté de venir maladroitement au secours de Macron en disant approuver la hausse du prix des carburants et en se disputant avec un gilet jaune[11]. Le positionnement d’Hulot est doublement erroné. D’abord parce qu’il sait très bien que le produit de cette taxe supplémentaire ne servira en rien à transition écologique, mais plutôt à combler le déficit budgétaire. Le volume attendu de cette taxe nouvelle est à peu près équivalent à la suppression de l’ISF, et donc il vient facilement à l’esprit qu’on a transféré un impôt sur les propriétaires et les très riches directement sur les classes les plus pauvres et les classes moyennes. On aurait pu tout aussi bien taxer le capital pour financer la transition écologique, bien qu’on ne sache pas très bien ce que c’est vraiment.

    Le second point est que si nous supposons que la politique de Macron relance l’économie fortement – on ne voit pas pourquoi, mais admettons cette hypothèse – une hausse du pouvoir d’achat annulerait cette taxe, et donc prouverait par là qu’une taxe ne changerait rien en termes d’émission de CO2. En outre Nicolas Hulot ne connait pas son sujet, sinon il aurait compris que les dépenses de carburant ne sont pas fantaisistes, mais sont contraintes. 70% des français utilisent leur voiture pour aller au travail[12]. S’ils le font c’est que les transports en commun ne sont pas adaptés à la réalité de l’espace français. Partons de la réalité. L’espace économique a été organisé sciemment pour la voiture. Cela a démarré clairement avec la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Pour des raisons d’économie on a éloigné les zones d’emplois et les zones de résidence, on a organisé aussi des zones de chalandise à l’extérieur des villes. On n’a jamais demande leur avis aux français d’ailleurs. Cette politique au long cours a transformé les usages de l’espace. Regardons les cartes ci-dessous. Nous voyons clairement que le réseau de la SNCF a été rationalisé autour des lignes rentables et au détriment de ce qu’on peut appeler les services publics. Pendant 40 on a détruit la cohérence du réseau et ensuite on s’en plaint. Evidemment la privatisation programmée par Macron de la SNCF n’arrangera rien. Cette évolution dans la forme des réseaux non seulement a forcé les populations à se tourner vers l’automobile, mais en outre elle as contribué à la désertification d’une partie du territoire.

     Des gilets jaunes partout 

    Outre la trame du réseau, il y a aussi le fait qu’on a voulu transférer une grande partie du transport des marchandises du ferroviaire vers la route. C’est ce qu’on voit dans le graphique suivant : dans un marché du fret en croissance sur les trente dernières années, le ferroviaire a reculé fortement. C’est une politique délibérée, or nous savons que pour chaque tonne kilomètre transportée, le fret par route est bien plus polluant que par le chemin de fer. C’est d’ailleurs un débat qui a eu lieu il y a un peu plus de trente ans, de nombreux écologistes défendaient le train et réclamer des investissements en termes de ferroutage. Ces idées n’ont pas été suivies, ni même envisagées, parce que l’Etat regardait le fonctionnement de la SNCF du point de vue d’une entreprise normale dont il fallait limiter les coûts pour en extraire des profits, sans voir que même en présentant des pertes monétaires, les effets externes engendrés par cette entreprise valaient le coup d’être financées et d’autant plus qu’il faut lutter contre la pollution.

     Des gilets jaunes partout

    Des gilets jaunes partout 

    Mais à côté de cette transformation que refusent les gens comme Macron, il y a bien d’autres pistes pour décarboner l’atmosphère. Toutes en reviennent aux moyens de limiter les déplacements. Par exemple interdire aux camions étrangers de traverser la France autrement que par ferroutage. Mettre une taxe sur les camions étrangers, sortir de l’Europe pour raccourcir les circuits de distribution. Reformuler les plans d’aménagement du territoire et les plans d’urbanisme pour rapprocher les lieux de vie, les lieux de travail et les zones de chalandise. Les taxes qui punissent les ménages les moins bien dotés d’un point de vue économique, sont hors sujet. Il est vrai que toutes ces solutions vont prendre du temps pour être mises en œuvre, mais enfin il faut bien commencer un jour. Il n’y a pas d’autre solution pour lutter contre le réchauffement climatique que de transformer le modèle de production et de consommation. Comme je l’ai dit un peu plus haut, les frais de carburant font partie des dépenses contraintes dont l’élasticité par rapport aux prix est quasi nulle. Et évidemment ce sont toujours les plus pauvres qui ont proportionnellement plus de dépenses contraintes que les plus riches. Dans le graphique suivant publié par Le monde du 24 novembre on voit combien pèse les dépenses contraintes, mais là-dedans on n’a pas compté les frais de transport et donc de carburant. On voit combien leur marge est étroite, et dès qu’on déplace un peu le curseur à la baisse, ça tangue dangereusement. C’est encore sans doute plus vrai en dehors des grandes villes où les déplacements en transports en commun sont plus compliqués encore.

     Des gilets jaunes partout 

    Sortie de crise ? 

    Bref comme on le voit Macron va avoir bien du mal à combler son déficit de popularité, et seulement à avancer quelques mesurettes qui vont y changer quelque chose. 90% des Français n’y croient pas, et pensent que le mouvement va continuer même si les hausses sont annulées, car comme on le sait si le mouvement est parti de la hausse des taxes, c’est seulement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En outre il n’y a pas d’interlocuteur capable de calmer les choses et de représenter ce mouvement[13]. Laurent Berger toujours à la recherche d’une canaillerie s’est proposer pour mettre en place une table ronde qui réunirait le gouvernement et des partenaires sociaux et des « associations »[14]. On voit bien le sens de la manœuvre, exclure purement et simplement les gilets jaunes d’une pseudo-négociation. Mais vu l’image de vendu qu’il se trimballe en tant que patron de la centrale syndicale très jaune, la CFDT, il y a très peu de chance que ce projet loufoque aboutisse. Seuls les journalistes du Monde semblent vouloir y croire. En vérité pour se sortir d’affaire Macron devrait abandonner ses idées sur le budget 2019, et revenir sur ses arbitrages en faveur des plus riches, mais il ne le fera que si le mouvement dure longtemps et que le pays est paralysé. Les députés LREM qui rasent de plus en plus les murs pensent qu’il faut faire de la pédagogie ! Mais ce n’est pas bien nécessaire, si les Français se révoltent, c’est justement parce qu’ils savent encore compter ! L’un d’entre eux, peut-être un peu plus lucide que les autres avoue : « Quand on commence à dire qu'on va faire "de la pédagogie", s'inquiète un député LREM, c'est qu'on est vraiment au bord de l'abîme.» [15]. On ne le lui fait pas dire !


    [1] https://www.lepoint.fr/societe/gilets-jaunes-des-deputes-lrem-pris-pour-cible-21-11-2018-2273425_23.php

    [2] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/11/16/entre-l-executif-et-les-citoyens-le-grand-vide-des-corps-intermediaires_5384340_823448.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/politique/2018/11/22/01002-20181122ARTFIG00300-sondage-de-plus-en-plus-de-francais-soutiennent-le-mouvement-des-gilets-jaunes.php

    [4] https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/gilets-jaunes-le-bleu-macron-rentre-dans-la-zone-rouge-797930.html

    [5] http://www.lefigaro.fr/societes/2018/11/22/20005-20181122ARTFIG00279-plusieurs-sites-de-total-bloques-par-des-grevistes-et-des-gilets-jaunes.php

    [6] https://www.latribune.fr/economie/france/gilets-jaunes-macron-annoncera-un-nouveau-cap-pour-rendre-acceptable-798530.html

    [7] https://www.bfmtv.com/politique/franz-olivier-giesbert-emmanuel-macron-a-un-cote-tete-a-claques-1569372.html?fbclid=IwAR1RX2vwdQ5Mx3lSH_gqNRXUD9D9LMBDBsSgForJyxa8yF-gguZBPcKYpqI

    [8] https://www.ouest-france.fr/economie/impots-fiscalite/impots/impots-deux-tiers-des-francais-opposes-la-politique-fiscale-d-emmanuel-macron-6085178

    [9] https://www.huffingtonpost.fr/2018/11/21/larmee-europeenne-de-macron-vue-dun-bon-oeil-a-bruxelles_a_23595791/

    [10] https://www.ouest-france.fr/europe/allemagne/creation-d-une-assemblee-parlementaire-franco-allemande-des-janvier-6069854

    [11] https://www.nouvelobs.com/planete/20181122.OBS5905/hulot-s-explique-avec-un-gilet-jaune-sur-la-taxe-carbone.html

    [12] https://www.liberation.fr/futurs/2018/11/07/70-des-francais-vont-travailler-en-voiture_1690303

    [13] https://www.ledauphine.com/actualite/2018/11/23/vous-etes-90-a-penser-que-les-annonces-de-macron-ne-mettront-pas-fin-au-mouvement-gilets-jaunes?fbclid=IwAR1WZXS641EcxWW7XVqX0SfpdCys2ITocakaIbZGAD6oZ_hR3rkZMNw7ff4

    [14] https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/11/23/gilets-jaunes-laurent-berger-revient-au-centre-du-jeu_5387405_3224.html

    [15] https://www.liberation.fr/france/2018/11/23/les-gilets-genent_1693965

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  •   Succès pour le mouvement du 17 novembre

    Le mouvement dit des gilets jaunes a été un très grand succès, ce qui ne nous étonne pas étant donné la haine que le peuple français manifestement maintenant vis-à-vis de Macron et de son gouvernement. Malgré les efforts répétés du gouvernement et de ses alliés un peu inattendus, les syndicats, le PCF et les écolos qui essayaient de faire passer cette mobilisation pour une manipulation de l’extrême droite. Officiellement, Castaner parlait de 282 000 personnes mobilisées sur les barrages filtrants. D’autres évaluations font état de plus d’un million de participants[1]. Ce dernier chiffre, bien que difficile à vérifier, nous semble plus réaliste parce qu’officiellement on dénombrait 2200 points de blocages, sans compter des manifestations qui se sont déroulées dans les villes. On ne sait pas encore si ce mouvement aura des retombées en termes de luttes sociales. Mais d’ores et déjà il présente des caractéristiques très intéressantes. D’abord parce qu’il a mis hors-jeu les partis de gauche et les syndicats. Il faut dire qu’ils s’y sont mis tout seuls. Ils ont démontré une triple cécité :

    - d’abord en dénonçant les soi-disant manipulations de l’extrême-droite, ce sont eux qui se sont fait manipulés par la droite extrême de Macron. Pour tout dire ils se sont ridiculisés, à commencer par Martinez qui au nom de la CGT disait qu’il lui était impossible de défiler aux côtés du FN. Moins dans le coup que ça tu meurs. D’abord parce qu’il ne s’agissait pas de défiler, ensuite parce que le FN n’existe plus – il faudrait peut-être le lui dire – et enfin parce qu’il avalisait la fable macronienne selon laquelle le mouvement avait été initié par les fachos[2]. Il s’avère que c’est un mensonge, soit Martinez est idiot, soit il est complice de Macron, dans les deux cas il n’a pas sa place à la tête d’un syndicat qui veut lutter pour la transformation sociale. Il s’est d’autant plus ridiculisé qu’il a repris très exactement les mêmes arguments que Laurent Berger le patron (patron c’est le mot) de la CFDT, courroie de transmission du MEDEF, ils auraient pu pour l’occasion signer un communiqué commun, communiqué écrit par le premier ministre ; 

    Succès pour le mouvement du 17 novembre

    - ensuite parce qu’il est évident que non seulement les fachos n’étaient pas particulièrement présents dans cette mobilisation, mais qu’on ne peut pas opérer un changement social sans rassembler au-delà de sa propre boutique ! Je rappellerai à Martinez qu’entre 1940 et 1945, les Résistants se trouvaient être des communistes et des syndicalistes, mais aussi des monarchistes et des patriotes de droite. Les gens de la France Insoumise ont un peu mieux compris cela et ont soutenu le mouvement[3]. Venir au secours de Macron lorsqu’il est au plus mal dans l’opinion relève de la canaillerie ! Je passe sur les arguments stupides repris en boucle par les communistes sur cette idée selon laquelle si on est écolo – les communistes du PCF écolos, il faut tout de même la sortir celle là – on ne peut que soutenir une hausse du prix du carburant ! C’est de la bêtise pure sachant justement que cette hausse est d’abord programmée pour combler le déficit budgétaire selon les désirs de la Commission européenne dont Macron est à peine un petit télégraphiste[4] ! C’est également une insulte à ceux qui se battent pour leur pouvoir d’achat, car on fait croire ainsi que les prolos seraient amoureux du diesel et qu’une hausse des prix à la pompe les forcerait à être plus soucieux de l’environnement. Une analyse montre d’ailleurs que la hausse des taxes sur les carburants vient compenser aussi une baisse de la consommation des carburants[5] ; 

    Succès pour le mouvement du 17 novembre

    Disons les choses autrement, ce n’est pas pour faire baisser la consommation de carburants qu’on en augmente les prix, mais c’est parce que la consommation a baissé qu’on augmente les taxes sur ces produits ! Cela plombe complétement l’idée selon laquelle le gouvernement agit pour l’amélioration de l’environnement. Ce sont donc des menteurs, ce qui ne nous étonne pas, mais ce qui nous surprend un peu plus c’est que les prétendus opposants à Macron se laissent aller à reprendre sans plus d’examens ses propres arguments ; 

    Succès pour le mouvement du 17 novembre

    Manifestants s’approchant de l’Elysée pour venir chercher Macron 

    - enfin ces gens-là, de Hamon à Ian Brossat en passant par Martinez, n’ont absolument rien compris aux nouvelles formes de lutte. Les partis et les syndicats n’incarnent plus les luttes, on se méfie d’eux, on préfère les mouvements qui se situent au-dessus des partis. C’était déjà le cas du succès de Nuit debout, dès que certains ont tenté de récupérer ce mouvement celui-ci s’est éteint. La gauche officielle et bornée n’arrive pas à comprendre le succès de la coalition au pouvoir à Rome. Cette gauche immigrationniste et européiste est aujourd’hui estimée dans les sondages à moins de 3%, tandis que la Lega serait à 34% et M5S à 27%. Or il est évident que si le peuple s’est tourné massivement vers cette coalition – les bobos lui crachent dessus et préfèrent toujours Renzi – c’est parce qu’elle incarne mieux les aspirations du peuple que les discours de la gauche officielle.

    Il est aussi intéressant de remarquer que ce mouvement de fronde sociale qu’on disait porté par la France périphérique[6], a débordé complètement dans les villes. A Paris c’est un cortège de 1200 individus qui s’est rendu rue Faubourg Saint-Honoré pour venir chercher Macron comme il l’avait demandé ! C’est étonnant dans une ville qu’on dit plutôt bobo et écolo et riche. Bien entendu la police les a empêchés de progresser – du reste Macron ne devait même pas être à l’Elysée – ils se sont alors rabattus sur les Champs-Elysées.  La manifestation a été multiforme avec des blocages des péages autoroutiers, ou alors des rassemblements impressionnants comme dans le centre de Clermont-Ferrand sur la place Jaude. Ces rassemblements inattendus au cœur des villes montrent que ce mouvement est d’abord un mouvement de colère contre une politique réactionnaire, celle qui est voulue par Bruxelles et que Macron avec le peu d’intelligence qu’on lui connait – Hollande était un peu plus prudent – applique à la lettre.

    Succès pour le mouvement du 17 novembre

    Rassemblements place Jaude à Clermont-Ferrand le 17 novembre 2018 

    Que ce mouvement dure ou non, le mouvement des gilets jaunes a obtenu déjà trois succès importants :

    - d’abord malgré les fanfaronnades gouvernementales, il a démontré qu’on pouvait faire reculer l’entêtement imbécile de Macron, celui-ci a en effet annoncé qu’il allait compenser cette hausse par un chèque pour les plus défavorisés qui sont obligés de prendre leur voiture. C’est évidemment plus qu’insuffisant et encore incertain, mais c’est déjà un aveu de faiblesse, ce qui veut dire que si les Français continuent à se rassembler pour agir ensemble, il reculera encore. Un des points qui probablement va attiser encore un peu plus la colère, c’est l’augmentation, au-delà de l’inflation, programmée des péages autoroutiers, au motif de réparer le réseau parce que les entreprises concessionnaires qui se gavent à n’en plus pouvoir ne font pas leur travail[7] ;

    - ensuite le mouvement a été très large et a rassemblé au-delà des clivages politiques habituels. Dans les faits, Macron a réussi l’impensable, unir l’opposition. Or lorsque les gens se regroupent pour une action commune non seulement ils retrouvent le goût de la lutte, mais ils apprennent aussi à se connaître, ce que n’aiment pas les bureaucraties syndicales et partisanes qui tentent de garder leur public captif ;

    - enfin cela démontre qu’avant de compter sur des bureaucratie syndicales ou partisanes complètement dépassées, il faut d’abord compter sur ses propres forces si on veut vraiment changer quelque chose.

    En attendant le prochain sondage de décembre, celui de novembre est catastrophique, il ne prend pourtant pas en compte le mouvement des gilets jaunes. Il confirme qu’à par cet imbécile de Cohn-Bendit et quelques égarés Macron ne peut plus compter que sur les très très riches comme soutiens[8]. Voilà au moins un domaine où il fait bien mieux que Hollande ! 


    [1] https://france-police.org/2018/11/17/france-police-policiers-en-colere-denombre-plus-dun-million-de-manifestants-a-seize-heures-partout-en-france-malgre-les-chiffres-tres-minores-du-ministere-de-linterieur/?fbclid=IwAR0S5bNJwkrjMTEXx6GMXDEdCCdaOXeE6Hp14GSZbTKVeEmahM39AjLpRFA

    [2] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/11/16/97002-20181116FILWWW00101-gilets-jaunes-impossible-pour-la-cgt-de-defiler-a-cote-du-fn-martinez.php

    [3] https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/11/17/a-bar-le-duc-melenchonistes-lepenistes-et-monarchistes-portent-tous-un-gilet-jaune_5384930_3224.html

    [4] http://www.europe1.fr/societe/prix-du-carburant-seulement-205-des-taxes-servent-a-la-transition-ecologique-3796691

    [5] http://www.lecourrierdesstrateges.fr/2018/11/04/augmentation-du-prix-du-carburant-les-vraies-raisons-de-la-rigidite-gouvernementale-enfin-expliquees/?fbclid=IwAR0z9b9zLbvLZkCpItN2gYDDzf1r8HbSJ0ux59xokp5fNLE9dhdRMExkWBM

    [6] http://www.leparisien.fr/economie/gilets-jaunes-le-ressentiment-est-gigantesque-previent-christophe-guilluy-17-11-2018-7945053.php

    [7] https://www.20minutes.fr/economie/2369367-20181111-autoroutes-pourquoi-tarif-peages-va-augmenter-plus-habitude-2019

    [8] https://www.20minutes.fr/politique/2374539-20181118-sondage-macron-perd-encore-4-points-popularite-plus-bas-25?fbclid=IwAR1bYrrMTr9EPJ-9quzc76cQaClZ0tKLizAuAWzbJ50APn0lro4rAT1dkk8

     

     
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  •  Sous la direction de Gérard Davet et Fabrice L’homme, Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, Fayard, 2018

    Voilà un ouvrage dont on parle beaucoup ces jours-ci. Et pourtant pour ceux qui s’intéressent à cette question de l’islamisation de la France, ce n’est pas vraiment une nouveauté. Il n’y a strictement rien qui dans cet ouvrage étonnera ou même présentera quelque chose de nouveau sur la question. En vérité la nouveauté vient d’abord du contexte dans lequel cet ouvrage est publié. Dans toute l’Europe, et donc en France, il y a un ras le bol du développement du communautarisme qui est de fait le résultat de l’immigration massive et continue. La gauche est en train de changer et passe d’un discours lénifiant sur les bienfaits de la diversité culturelle à un regard un peu plus critique. Olivier Faure, le leader d’un parti en voie de disparition, le PS, ose parler d’une colonisation à l’envers dans certains quartiers[1]. C’était impensable il y a encore un an. Gérard Collomb, l’ancien ministre de l’intérieur de Macron, promet également la guerre civile en France dans les cinq ans qui viennent si rien n’est fait, dans une interview à Valeurs actuelles[2]. Mais le changement le plus spectaculaire c’est le journal Le monde qui le porte. En effet ce journal passe son temps à disserter sur les bienfaits de l’immigration et à militer pour un monde sans frontière. Or voilà que cette enquête effectuée par des étudiants en journalisme est dirigée par deux journalistes chevronnés de ce journal. Les ouvrages précédents qui traitaient du même sujet n’avaient pas eu autant d’impact, même si on en avait parlé, le plus souvent pour les critiquer, disant qu’ils stigmatisaient une population déjà en difficulté. En tous les cas on les regardait d’un œil plutôt suspicieux, comme s’ils avaient été touchés par la lèpre nationaliste. Un reportage sur l’Islam des banlieues, présenté sur M6 en septembre 2016 par Bernard de la Villardière, avait fait scandale[3]. Beaucoup de commentateurs le désignait comme de la propagande pour le Front National. Il avait même fait l’objet de plaintes auprès du CSA qui n’y trouva pourtant rien à y redire. Et pourtant il racontait exactement les mêmes choses que le livre dirigé par Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Les choses vont plutôt vite, et en l’espace de deux ans, on se rend compte qu’il ne sert plus à rien de nier une réalité qui s’impose à nous. Ce n’est donc pas tellement dans la découverte de faits nouveaux que dans la façon dont cela passe que le changement apparait. L’ensemble des éléments apportés par ces cinq jeunes journalistes qui très souvent apparaissent embarrassés par ce qu’ils découvrent, mis bout à bout dessine une sécession d’une partie de la population, justement alors même que des moyens ont été mis en œuvre pour jouer la carte de l’intégration. C’est là le sens de la progression du récit autour de la disparition de l’idée de laïcité et de République.

    Sous la direction de Gérard Davet et Fabrice L’homme, Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, Fayard, 2018  

    Quand on regarde la couverture de cet ouvrage, on voit d’abord le titre Inch’Allah. Mais Inchallah c’était déjà le titre d’un roman d’Oriana Fallaci paru en 1994 qui avait engendré des polémiques sans fin puisque l’auteur, ancienne résistante, et venant de la gauche, alertait sur une sorte de guerre de civilisation directe entre l’Occident et l’Islam. On peu donc se poser légitimement des questions sur le choix du titre. Ceci dit l’importance de ce livre peut aussi se mesurer aux réactions qu’il suscite. Les Inrockuptibles ne l’aiment pas, ils grognent, disant qu’il n’y a rien de nouveau, et donc qu’ils récupèrent des faits révélés ailleurs[4]. Et puis Alain Soral non plus ça ne lui plait pas, c’est tout juste s’il ne dénonce pas une sorte de complot sioniste[5] ! Rien que ces deux critiques saugrenues devraient nous faire aimer ce livre !! Evidemment comme il s’agit ici du département de la Seine Saint-Denis, son président, le « socialiste » Stéphane Troussel crie lui aussi à la stigmatisation, on pense bien qu’il ne va pas nous dire que tout s’en va en brioche dans ce territoire, et que son action y participe[6]. 

    Sous la direction de Gérard Davet et Fabrice L’homme, Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, Fayard, 2018 

    Véronique Decker enseignante dévouée 

    Le livre est rédigé – assez mal d’ailleurs, mais tous les livres de Davet et L’homme sont comme ça, tributaires de ce faux détachement qui est l’apanage du journaliste un peu blasé – comme une succession de portraits tendant à montrer la diversité de la population de ce département qui est à la fois le plus pauvre, et le plus musulman de France. Curieusement il y a une gradation assez nette, on commence par des portraits très bienveillants de femmes remarquables et très dévouées, comme Véronique Decker, directrice d’école, qui tente de diffuser des valeurs républicaines élémentaires malgré les oppositions d’un environnement très difficile, ou encore Gata Hatem, gynécologue athée d’origine libanaise. Toutes les deux travaillent à l’émancipation des femmes. Puis insensiblement, on va venir du côté des organisations musulmanes qui trament des réseaux, souvent concurrents, mais qui vont tous dans le même sens, celui de renforcer le communautarisme, de s’isoler de la vie sociale, de se séparer des « Français ». On terminera par des portraits assez sinistres des hommes politiques, de droite, comme de gauche, dont le fameux et ridicule maire de Sevran, qui tous sont près à se vendre aux organisations musulmanes – qui parfois ne représentent rien du tout, comme celles de M’hammed Henniche ou de Jimmy Prat – en leur offrant des terrains pour y construire des écoles coraniques, des mosquées ou encore des universités théologiques, pourvu qu’ils restent rn place.

    Sous la direction de Gérard Davet et Fabrice L’homme, Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, Fayard, 2018 

    Gata Hatem

    On y voit un islam offensif et provocateur qui oscille entre pratique mafieuse et djihad rampant. Le portrait est féroce, car tout y passe, des syndicats de la RATP aux petites lâchetés des élus ou de la hiérarchie de l’éducation nationale. L’ensemble révèle une volonté de sécession : la Seine Saint-Denis est bien un territoire perdu de la République. Mais quelles sont les raisons de l’existence de cet islam conquérant ? Elles sont nombreuses et si on peut en faire une liste plus ou moins complète, on a du mal à les hiérarchiser. Pourquoi en effet faire la guerre à un pays qui vous a accueillis ou qui a accueilli vos parents ? Quelle est la nature de ce ressentiment ? Après tout ces gens-là pourraient très bien partir, retourner dans les pays musulmans dont ils sont originaires. Il y a évidemment tous ces jeunes gens qui s’ennuient et qui pour des raisons diverses et variées ne s’intègrent pas, ni par l’éducation, ni par le travail, ni par les mœurs. On peut le voir comme un refus des valeurs de l’Occident qui, il est vrai, ne sont pas resplendissantes, donc aussi comme une critique du consumérisme occidental qui ne semble guère n’avoir d’avenir, ce que j’admets bien volontiers. Mais si on abandonne le consumérisme pour un islam rigoureux et mortifère, on ne voit pas très bien où se trouve l’avancée. Pour ceux qui tentent de monter des associations, de financer des mosquées, des écoles ou faire de la politique, il ne faut pas se faire d’illusions, cette islamisation est bien évidemment une sorte de business plus ou moins lucratif qui évolue entre petite combine – comme ces faux médecins islamistes – et pratique mafieuse avec chantage sur les élus qui ne savent jamais trop quoi faire. Le portrait de ce Jimmy Parat est assez savoureux, retournant sa veste pour en vendre des morceaux au plus offrant. Il y a de la canaille là-dedans. Les élus d’ailleurs jouent ce jeu trouble, comme le maire de Sevran – qu’on avait déjà vu pédaler dans la semoule lors du reportage de Bernard de La Villardière – ou Gérard Ségura, le maire d’Aulnay-sous-Bois qui va finir par se faire remercier par ses propres électeurs à cause de ses incessantes circonvolutions. Et puis il y a cet antisémitisme récurrent qui finit par obliger les Français de confession juive à s’exiler, et donc par se regrouper dans une autre forme de communauté. Les islamistes aiment à se dire français quand cela les arrange, mais ils n’hésitent pas à désigner les mécréants comme des « Français », comme si c’était une marque d’infamie. Il est vrai que dans cette culture d’un islam rigoriste qui prétend façonner l’environnement dans lequel il se trouve, les idées de nation ou de république ne sont pas dans leur langage.  

    Sous la direction de Gérard Davet et Fabrice L’homme, Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, Fayard, 2018

    Les islamistes vont se servir de tout ce qu’ils peuvent pour avancer leurs pions, et en première ligne, les femmes et les enfants. Ceux-ci portent maintenant des vêtements qui les distinguent clairement des « Français », ils ne se mélangent pas : ils font donc sécession, à l’école comme à l’Université. Ils vivent entre eux, avec leurs propres repères en matière d’enseignement comme de mœurs, on ne serre pas la main des femmes, on se fait pousser une barbe profuse pour se distinguer. Mais évidemment on aurait tort de penser que cette armée brouillonne est tout à fait unie, au contraire, elle est traversée de tendances et de conflits très importants. Peut-être que les choses seraient-elles différentes si le chômage n’était pas aussi prégnant. Peut-être, mais ce n’est pas sûr. En tous les cas le surchômage qu’on trouve dans ce territoire démontre que l’immigration est bien un facteur de chômage. Certes il y a des tentatives des organisations musulmanes pour supplanter Pôle emploi, contourner les difficultés d’emplois pour des Français d’origine étrangère, mais ça n’a pas l’air de fonctionner très bien.

    Au passage nos étudiants découvriront un peu ahuris que Nicolas Sarkozy a été un facteur aggravant de cette islamisation rampante du 9-3. D’abord parce qu’il a créé cette horreur qui s’appelle le CFCM – Conseil Français du Culte Musulman – et qui a permis à des islamistes intégristes d’agir au grand jour, mais aussi parce qu’il a démantelé les services de renseignements qui surveillaient les radicalisés. C’est en effet de Seine Saint-Denis que sont venus les barbares qui ont réalisés les attentats meurtriers du 13 et 14 novembre 2015.

    Sous la direction de Gérard Davet et Fabrice L’homme, Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, Fayard, 2018

    Mais évidemment si le chômage est aussi élevé dans ces banlieues, c’est également la preuve que nous possédons déjà une main d’œuvre en surnombre et que continuer à accueillir massivement des migrants n’a pas vraiment de sens du point de vue économique. Les belles âmes mettront ce surchômage sur le compte du racisme et de la mauvaise volonté des entrepreneurs. Evidemment les filles qui se voilent plus ou moins volontairement auront plus de difficultés que les autres, comme les garçons qui se déguisent avec des habits et des barbes qui les distinguent de la masse. Mais quelle que soit cette préférence pour la discrimination ethnique des patrons, ce surchômage s’explique d’abord par le fait qu’il n’y a pas assez d’emplois créés, aussi bien en France qu’en Seine Saint-Denis. Les gauchistes ont des positions absurdes à ce sujet : d’un côté ils attaquent Macron sur sa politique qui génère du chômage, ce qui est juste, mais de l’autre ils nous disent que l’immigration ce n’est pas un problème car elle ne crée pas de chômage, et que les immigrés et enfants d’immigrés sont en situation de surchômage à cause du racisme. En tous les cas, il y a un lien direct entre chômage et islamisation du département comme le montre le travail de Wilfried Serisier[7]. La Seine Saint-Denis est le département français qui possède le plus de lieux de culte islamiques. N’est-ce pas là un effet dissuasif pour s’y installer ? C’est un peu comme si ce département devenait au fil des ans la chasse gardée d’un entrepreneuriat musulman. Or celui-ci est insuffisamment capitalisé et s’appuie sur des formes de gestion du personnel très particulières. On pourrait dire que l’islamisation de ce territoire conduit aussi à l’enfermement économique, à la ghettoïsation.   

    Sous la direction de Gérard Davet et Fabrice L’homme, Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, Fayard, 2018

    Cette tendance à l’appauvrissement continu a aussi un effet sur l’acculturation du territoire. Les librairies ont disparu, hormis les librairies qui vendent le Coran et des manuels pour aider les épouses à se soumettre à leur époux. Cette culture islamique ne saurait remplacer la culture française et républicaine dans sa diversité et dans son ouverture, la tolérer au-delà de ce qui est nécessaire produit au contraire le repli et la fermeture aux autres. Tout est fait pour couper les musulmans du reste de la population française, c’est ici que les hommes politiques, les organisations musulmanes et les pouvoirs publics finissent par se rejoindre.  

    Sous la direction de Gérard Davet et Fabrice L’homme, Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, Fayard, 2018

    Il est par contre étonnant que l’analyse de ce processus de sécession ne soit pas corrélée dans l’ouvrage avec l’importance de plus en plus grandes des violences urbaines en Seine Saint-Denis[8]. Certes celles-ci ne sont pas directement imputable à l’islamisation du territoire, mais indirectement certainement. Dans le même temps où on dénonce les violences policières, les imams prêchent le Djihad dans les mosquées, ce n’est pas un hasard si c’est la Seine Saint-Denis qui a fourni le plus gros contingent de djihadistes partis se battre sous le drapeau de Daesch. C’est aussi dans ce département qu’on s’en prend le plus volontiers aux pompiers et aux ambulances du SAMU. A cela on peut ajouter aussi les affrontements entre bandes rivales, que ce soit pour la vente des stupéfiants ou pour le contrôle « politique » du territoire. Dans tous les cas ces violences renvoient directement à une volonté de séparation. C’est sans doute volontairement que nos apprentis journalistes n’ont pas abordé cette question de la violence, parce que cela les aurait obligés à envisager une forme de guerre civile, mais surtout une mise en cause de l’immigration elle-même. Bien qu’ils ne disent pas vraiment ce que nous devons faire face à cette décrépitude de la vie sociale dans un département de la banlieue parisienne, il semble qu’ils veulent croire à une reprise en main en douceur. L’exemple de ce qui s’est passé à Marseille dans les quartiers Nord devrait pourtant dissuader d’aller dans ce sens[9].

    L’ultime leçon de cet ouvrage est la suivante : à partir d’un certain pourcentage par rapport aux autochtones – disons autour de 15% – une communauté se forme en opposition au pays d’accueil et se referme sur des valeurs culturelles fabriquées ou plus traditionnelles, mais qui visent d’abord à se distinguer de la masse, à s’en extraire pour exister.



    [1] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2018/10/25/25002-20181025ARTFIG00343-immigration-faure-ps-evoque-le-sentiment-d-une-colonisation-a-l-envers.php

    [2] https://www.valeursactuelles.com/societe/gerard-collomb-sur-linsecurite-et-limmigration-dici-cinq-ans-la-situation-pourrait-devenir-irreversible-100371

    [3] https://www.huffingtonpost.fr/2016/09/29/video-dossier-tabou-islam-bernard-de-la-villardiere-zone-interdite_n_12245112.html

    [4] https://www.lesinrocks.com/2018/10/25/actualite/que-penser-dinch-allah-le-livre-polemique-sur-lislamisation-de-la-seine-saint-denis-111137346/

    [5] https://www.egaliteetreconciliation.fr/Davet-Lhomme-du-tres-sioniste-Le-Monde-denoncent-l-hydre-islamiste-52551.html

    [6] https://www.bfmtv.com/societe/le-president-de-seine-saint-denis-reagit-apres-un-livre-sur-l-islamisation-de-davet-et-lhomme-1550383.html

    [7] Wilfried Serisier, « Les politisations de l’islam local. Le cas de la Seine-Saint-Denis », Hommes & Migrations, vol. 1316, no. 1, 2017, pp. 37-47.

    [8] Parmi les causes immédiates de ces violences il y a eu l’affaire Théo, ce jeune homme qui se disait avoir été violé par les forces de l’ordre, et qui mobilisa les jeunes de Seine Saint-Denis pendant de longues soirées. https://www.ouest-france.fr/societe/faits-divers/affaire-theo-les-parties-s-opposent-sur-la-question-du-viol-4791401

    [9] Bernard Ravet, Proviseur de collège ou immam de la République ?, Keros, 2017.

     

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