•  Les derniers feux de la mondialisation

    Dans une séance assez spectaculaire dans le mauvais sens du terme, mardi 25 septembre, on a assisté à l’ONU à une passe d’arme entre Trump – le camp du mal – et Macron – le camp du bien. Trump qui présidait la séance a dérapé comme à son habitude : non seulement il a agressé la Chine, accusée d’être intervenue dans la campagne présidentielle aux Etats-Unis, mais il a clairement attaqué à travers sa propre position sur l’accord nucléaire iranien le multilatéralisme et donc les organisations internationales, dont l’ONU, qui le défendent[1]. Peu importe le sujet, c’est maintenant une position constante des Etats-Unis que de vouloir se démarquer sur tous les sujets des organisations s’ils ne les dominent pas et que pourtant ils financent. Peu importe ce qu’st Trump, sans doute un dilettante en politique qui cherche à tout prix à se faire remarquer, mais qui surtout ne supporte pas qu’on lui résiste. Mais en tous les cas, il défait ce qui s’était construit du temps que les Etats-Unis étaient une puissance dominante dans les organisations internationales. Son discours naturellement boudé par les représentants des autres pays à l’ONU n’avait d’autre but que de dénier le droit aux organisations internationales de tenter de définir les règles à l’échelle de la planète. En réalité il enlevait leurs illusions aux pays qui croient qu’on peut encore impunément critiquer les Etats-Unis sans en payer les conséquences. Ce discours lugubre semblait annoncer que dans l’avenir les Etats-Unis mettraient leurs menaces de ne plus financer ces organisations bureaucratiques à exécution. Déjà les Etats-Unis ont cessé leurs financements à l’UNESCO[2], soutenant que cet organisme, émanation de l’ONU, financent les Palestiniens contre Israël, mais ils ont ensuite aussi cessé d’abonder les fonds de l’UNWRA qui aide depuis 1948 les réfugiés palestiniens, puis leurs descendants et les descendants de ces descendants[3]. Là encore les Etats-Unis reprochent à cette organisation outre ses dérives bureaucratiques, d’avoir une position très partiale dans le conflit israélo-palestinien. Sur le plan commercial, Trump menace aussi de quitter l’OMC – véritable clé de voute de la mondialisation, promoteur et arbitre du libre-échange[4]. Chaque fois il préfère le dialogue bilatéral qui lui permet de mieux défendre les intérêts américains.

    Macron se trouvait dans la position inverse, il s’était présenté comme le champion du multilatéralisme, donc bien évidemment de la mondialisation contre le souverainisme. On ne sait pas très bien à qui son discours tenu devant une salle vide était destiné, à l’opinion française qu’il cherche à reconquérir, aux structures européennes dont il veut se présenter comme le champion, aux Américains. En tous les cas, d’une manière plutôt hystérique et nerveuse, il a repris la longue litanie des bienfaits du multilatéralisme comme une manière simple et de bon goût de gérer la mondialisation indispensable au progrès et à la paix du monde. Mais ce discours qui visait à le présenter comme le leader du « progressisme » contre le « populisme » – c’est aussi son thème de campagne pour les européennes de 2019 – tombe à un très mauvais moment. Non seulement lui-même se trouve dans une situation difficile en France, mais tous ceux qui défendent cette position d’un monde ouvert aux quatre vents se trouvent sur la sellette. Les défenseurs d’une gouvernance mondiale via les organisations qui comme l’ONU, l’OMC ou l’Union européenne la représentent, n’ont plus l’opinion derrière eux, s’ils ne l’ont jamais eue. Que ce soit Merkel ou Macron, ils sont contestés dans leur propre pays, alors que les leaders « populistes » que ce soit Salvini, Orban ou Kurz en Autriche, ont des cotes de popularité extrêmement élevées. Certes cela tient pour partie à leurs positions sur l’immigration, encore que la popularité de Trump reste plutôt faible, mais également à leurs prises de position en matière économique. Jacques Sapir avait déjà remarqué que l’accord que Trump avait signé avec le Mexique après s’être extrait de l’ALENA, était finalement bien plus social pour les travailleurs mexicains et étatsuniens puisqu’il offrait des garanties de salaires contrebalançant les échanges commerciaux[5]. 

    Les derniers feux de la mondialisation 

    Mais voilà maintenant que le gouvernement italien vote un budget en contradiction totale avec les orientations de Bruxelles. En effet, passant outre aux recommandations de la Commission européenne, et aux récriminations de Moscovici[6], le gouvernement italien a décidé de laisser filer les déficits, enfin pas tout à fait tout de même puisque ce déficit resterait inférieur à 3% – il serait même de 2,4%, alors que le vertueux Macron arrivera sans doute en peinant et en massacrant le pouvoir d’achat des plus faibles à 2,7% en 2019. En réalité ce sont plutôt les mesures que l’Etat italien va prendre qui déplaisent dans leur essence. D’abord il y a la hausse de la hausse de la TVA qui devait entrer en vigueur au 1er janvier 2019 et qui devait rapporter 12,4 milliards d’euros. Comme on le sait la TVA est un impôt des plus injuste puisqu’il est en quelque sorte un impôt dégressif en fonction du taux d’épargne. Le gouvernement de Conte vient de l’annuler.

    Il y a également la mise en place du revenu de citoyenneté qui garantit un minimum de 780 € par personne et par mois si elle ne touche pas d’autre revenu. C’est une sorte de revenu universel à la manière finlandaise, un peu ce que va chercher à mettre en place Macron, encore que celui-ci dans son inconséquence veuille le rattacher à une activité – laquelle ? mystère. Le coût de ce revenu de citoyenneté serait de 10 milliards d’euros en 2019. A ce revenu de citoyenneté, le gouvernement italien va ajouter une pension de citoyenneté en direction des retraités ou des plus âgés qui ne peuvent pas travailler. Une sorte de minimum vieillesse. Le coût de cette mesure serait de 8 milliards d’euros.

    Il y a ensuite un programme plus classique d’investissements publics, dans les infrastructures et dans l’industrie pour un volume de 15 milliards sur trois ans. Auquel il faut ajouter un programme de maintenance du réseau routier, promesse faite au moment de l’écroulement du pont de Gênes.

    On note encore une baisse de l’impôt sur les petites entreprises, et non pas sur les grandes, celles qui réalisent un chiffre d’affaire inférieur à 65 000 €. Cette mesure est étendue aux professions libérales et aux artisans. Il s’agit d’une sorte d’impôt uniforme qui serait égale à 15%. On note que c’est un geste qui, à l’inverse du CICE en France, soutient les petites structures et ne favorisent pas indifféremment les grandes entreprises, c’est sans doute pour cela qu’il est erroné de parler de flat tax comme certains se sont empressés de le dire. Dans ce paquet on retrouve aussi les traditionnelles exemptions fiscales pour les entreprises qui embauchent et qui réinvestissent leurs profits[7]. Evidemment ces mesures ont été critiquées par les partis européistes, les débris de Forza Italia et Partito Democratico, à cet ensemble, on peut ajouter sans surprise le président Mattarella qui a dit tout le mal qu’il pensait de ce projet de budget.

    Si ses mesures font peur à Bruxelles, ce n’est pas tant qu’elles creusent la dette et le déficit, mais plutôt parce qu’elles violent les recommandations de la Commission européenne[8]. En effet celle-ci suppose que la seule solution portée par la logique économique se trouve du côté de l’offre, donc il faut faire des coupes sombres dans les dépenses de l’Etat, surtout les dépenses sociales, faire baisser les salaires et peser ainsi sur la demande. Les Italiens font exactement le contraire, ils favorisent la demande, et la demande des classes les plus défavorisées. Moscovici lui, en tant que commissaire aux affaires économiques, met l’accent sur la dette italienne qui s’élève à plus de 130% du PIB. Et cela plombe la valeur de l’euro sur les marchés.

     Les derniers feux de la mondialisation 

    Les dettes publiques en Europe en 2018 

    Le gouvernement italien prend le contrepied exact de ce qui s’est fait avant dans ce pays : l’austérité ne permet pas de relancer la croissance et donc de réduire la dette, la preuve, la Grèce n’arrive pas à réduire son endettement malgré la braderie de ses actifs publics et les multiples tours de vis qui ont réduit son modèle social à presque rien. Il privilégie clairement une relance par la demande et l’investissement. Mais cela n’ira pas sans mal. Deux obstacles risquent d’entraver ce plan :

    – tout d’abord la réaction des marchés qui risquent de faire monter les taux d’intérêts sur la dette italienne, mais aussi par contrecoup faire monter les taux d’intérêt dans toute l’Europe, et donc d’entraver la reprise[9].  Ces tensions pourraient avoir des répercussions sur l’ensemble du secteur bancaire européen déjà fragilisé : les valeurs bancaires ont fortement chuté à Milan et à Paris pour les banques qui comme le Crédit agricole sont fortement impliquées dans la dette italienne. Cet aspect pourrait du reste pousser les pays européens à demander ou à encourager la sortie de l’Italie de l’euro en supposant que cela renforcerait l’homogénéité de la zone.

    – le second point est de savoir si un plan de relance par la demande de type clairement keynésien peut réussir en Italie sans que cela ne détériore la balance commerciale et relance les importations. La réponse est difficile parce qu’aujourd’hui la balance commerciale italienne est excédentaire, donc on peut se permettre une hausse des importations, mais en même temps, il parait difficile qu’un tel plan de relance puisse réussir si l’Italie reste dans l’euro, voire même si elle reste dans l’Union européenne. Pour des raisons diverses et variées – notamment parce que les appuis du gouvernement dans les milieux patronaux ne le veulent pas – le gouvernement ne semble pas vouloir sortir de l’Union européenne et peut-être pas non plus de l’euro. C’est sans doute sa principale ambiguïté.

    Notez qu’à l’avantage des Italiens, l’explosivité de leur budget pourrait faire chuter l’euro et donc relancer les exportations sur les autres marchés. Mais quoi qu’il en soit le gouvernement italien présente aujourd’hui incontestablement le budget le plus à gauche depuis des décennies en Europe ! Ce qui n’est pas le moindre paradoxe ! 

    Le Brexit arrive et c’est déjà demain 

    Les européistes sont enragés et mènent volontairement la vie dure au gouvernement de Theresa May dans les négociations sur la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne. On dit aussi que si les négociations sont si dures, on demande toujours plus au Royaume Uni, c’est bien sûr pour faire un exemple – dissuader les autres pays de sortir – mais aussi sous la pression de Macron – encore lui ! – qui se rêve en leader de cette Europe nouvelle qui ressemble à un serpent de mer. Sans doute Macron surestime les difficultés de Theresa May face à sa propre opinion publique. Mais est-ce un bon calcul que de saboter les négociations, alors que selon Sapir les négociateurs ont déjà trouvé une entente à peu près sur tous les terrains[10] ? Le comportement de Macron relève encore une fois d’un amateurisme qui fait la part belle à son caractère violent et arrogant. Il est encore plus inquiétant qu’il se trouve des politiciens qui en Europe le suivent ! 

    Les derniers feux de la mondialisation 

    Les européistes qui craignent vraiment la contagion à d’autres pays d’une sortie de l’Union européenne, œuvrent en deux sens, d’une part ils tentent d’empêcher un règlement du divorce à l’amiable, et de l’autre ils essaient de susciter un nouveau référendum au Royaume Uni pour inverser la tendance. Le sinistre Corbyn, leader très contesté du Labour et antisémite convaincu, pousse dans ce sens, arguant du chaos apparent engendré par la longueur des négociations[11]. Mais ceux qui rêvent à ce genre d’issue sont les mêmes qui avaient prédit un effondrement de l’économie britannique après l’annonce du résultat du référendum. Or l’économie britannique se porte plutôt bien si on regarde les indicateurs de la croissance et de l’emploi, même si on constate un ralentissement au second semestre 2018, mais ce ralentissement à lieu aussi en France et dans le reste de l’Europe. Theresa Lay a réaffirmé qu’il n’y aurait pas de nouveau référendum. On a même vu un milliardaire britannique un peu fou qui voulait financer une nouvelle campagne pour un nouveau référendum : on retrouve l’idée bien peu démocratique que quand le peuple vote mal, il faut le faire revoter[12] ! Mais les délais étant ce qu’ils sont, on voit mal comment cela pourrait se faire.

    Il y a donc très peu de chance pour qu’il y ait un second référendum, d’autant qu’une très grande partie de l’opinion ne le souhaite pas, malgré la publication régulière de sondages douteux[13], et qu’il y a une tendance dure chez les Tories autour de Boris Johnson pour un Brexit dur, sans concessions.

    La tension est encore montée d’un cran avec les provocations de la Commission européenne réclamant au Royaume Uni un remboursement obscur de 2,7 milliards d’euros de droits de douane perçus indûment selon elle, et cela dans les deux mois[14] ! On ne voit pas très bien ce que fera la Commission si le Royaume Uni ne paie pas, enverra-t-il ses troupes à l’assaut de Londres ? Mais cette stratégie de la tension qu’aime manifestement Macron n’est pas partagée par tout le monde. En effet que le Brexit soit accommodant ou non, il aura bien lieu. La date est déjà fixée, et il semble maintenant trop tard pour renverser la vapeur : c’est le 30 mars 2019 que la sortie du Royaume Uni aura lieu, avec ou sans accord. Très souvent on présente le Brexit comme un désavantage pour le Royaume Uni, une perte sèche en quelque sorte. Mais s’il est assez clair que le rétablissement des frontières et des droits de douane entre l’Union européenne et le Royaume Uni risque de détourner une partie du trafic commercial, ce désavantage n’est pas seulement au détriment des Britanniques. En effet, ceux-ci ont une balance commerciale déficitaire avec plusieurs pays de l’Union européenne, l’Allemagne, mais aussi la France et même l’Espagne. Par contre leur commerce avec les Etats-Unis et curieusement avec la Suisse est clairement excédentaire. Une sortie de l’Union européenne sans accord pourrait justement obliger les britanniques à rétablir au plus vite leur balance commerciale en réorientant leur industrie. Ce qui veut dire que d’un point de vue commercial, l’Allemagne et la France ont plus à perdre que le Royaume Uni en cas de sortie sans accord : le déficit du commerce avec l’Allemagne est estimé à près de 20 milliards de dollars, et avec la France à environ 10 milliards[15]. C’est bien pourquoi les Allemands commencent à s’alarmer de la tournure que prennent les négociations. On remarque à ce propos que ce sont les politiciens – Merkel et Macron – qui sont le plus en difficulté dans leur propre pays qui freinent autant qu’ils le peuvent un Brexit à l’amiable, comme s’ils pensaient que l’Union européenne les protégerait encore un moment de l’opprobre de leurs propres citoyens. A ceux-là on peut ajouter aussi Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, deux représentants non élus de la bureaucratie européiste. 

    Conclusion 

    Comme on le voit à l’aide de ces quelques exemples, c’est à une sorte de démondialisation que nous assistons aujourd’hui et à une volonté de retrouver la souveraineté des Etats. C’est la construction européenne qui semble la plus touchée essentiellement parce que c’était la forme la plus avancée et la plus complète de la mondialisation, la mieux armée pour gouverner au-delà de la démocratie. Ce mouvement risque de s’accélérer dans les mois à venir à la fois parce que les systèmes bancaires sont mal en point, mais aussi parce que la croissance ralentit fortement, en France, mais aussi dans toute l’Union européenne, annonçant des futurs agités. Ceux qui rêvent d’une autre Europe, plus sociale, ou plus démocratique, se bouchent les yeux et les oreilles pour ne pas voir la réalité en face : ce moment est passé. 

    Les derniers feux de la mondialisation 



    [1] https://www.lemonde.fr/international/article/2018/09/26/donald-trump-isole-au-conseil-de-securite-des-nations-unies_5360729_3210.html

    [2] https://www.franceinter.fr/monde/l-unesco-perd-son-plus-gros-contributeur-les-etats-unis-de-trump

    [3] https://www.huffingtonpost.fr/2018/08/31/les-etats-unis-arretent-de-financer-lagence-de-lonu-qui-aide-les-palestiniens_a_23514137/

    [4] https://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2018/08/30/donald-trump-menace-de-quitter-l-organisation-mondiale-du-commerce_5348272_1656941.html

    [5] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/quand-donald-trump-fait-mieux-que-les-sociaux-d%C3%A9mocrates/1379116782218236/

    [6] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/09/28/97002-20180928FILWWW00076-pour-moscovici-le-projet-de-budget-italien-est-hors-des-clous.php

    [7] https://www.pmi.it/impresa/normativa/279040/ok-a-sforamento-deficit-cosa-cambia-in-legge-di-bilancio.html

    [8] https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/un-projet-de-budget-italien-2019-qui-coince-1794946.php

    [9] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/l-italie-seme-de-nouveau-le-trouble-sur-les-marches-et-les-banques-792098.html

    [10] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/le-sommet-de-salzbourg-ou-lagonie-de-lue/1397667297029851/

    [11] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/09/24/brexit-les-militants-du-labour-pressent-jeremy-corbyn-d-appeler-a-un-second-referendum_5359207_3214.html

    [12] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/08/19/20002-20180819ARTFIG00064-brexit-un-patron-donne-1-million-de-livres-pour-un-nouveau-referendum.php

    [13] https://www.lemonde.fr/referendum-sur-le-brexit/article/2018/02/01/non-les-britanniques-ne-regrettent-pas-le-brexit_5250576_4872498.html

    [14] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/09/24/bruxelles-donne-deux-mois-a-londres-pour-rembourser-2-7-milliards-d-euros-de-droits-de-douane-non-percus_5359392_3214.html

    [15] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEchangesPays?codePays=GBR

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  •  La gauche, l’immigration et les frontières

    S’il y a un sujet qui plombe complètement la gauche à la fois sur le plan stratégique et sur le plan tactique, c’est bien celui de l’immigration. Mais, qu’est-ce que la gauche ? Ça devient de plus en plus difficile de le savoir, tant les partis qui prétendent la représenter ont du mal à la définir. Si on se place sur la très longue période, la gauche vise trois objectifs principalement :

    - la réduction des inégalités de richesse et des inégalités de situation fondées sur la race et le genre ;

    - la transformation du système économique capitaliste qui n’est pas adapté à la satisfaction des besoins parce qu’il vise d’abord le profit et donc pousse autant qu’il le peut à la consommation d’objets inutiles ;

    - et enfin prendre en considération la parole des gens du peuple, autrement dit les représentants de la gauche ne doivent pas éduquer le peuple, mais plutôt être leur porte-parole, être à l’écoute de ce qu’il dit.

    Or sur ces trois points les partis de gauche ont failli, du NPA au PS en passant par le PCF et la France Insoumise. Cela se traduit dans les élections à la fois par une montée de l’abstention et par un transfert des voix vers les partis dits populistes. Et ensuite on se mobilise pour venir au secours du représentant du bloc bourgeois au motif très vague d’un barrage nécessaire au fascisme. Pierre Laurent faisait ainsi la leçon à Mélenchon qui rechignait à soutenir Macron. Le secrétaire général du PCF avançait ainsi qu’il fallait élire Macron pour ensuite le combattre[1] ! Ce genre de tactique n’était pas très audible, même pour des militants communistes habitués pourtant à faire bloc. 

    Une stratégie erronée 

    Ça fait maintenant des mois, voire des années qu’on alerte la gauche pour son absence de clarification sur la question des migrants aussi bien que celle de l’Union européenne. Mais rien n’y fait. C’est une partie des raisons de son effondrement : la gauche « officielle », se présente en deux morceaux, il y a d’un côté la « social-démocratie » vouée à devenir supplétive des partis de droite ordinaire, affairiste et mondialiste, et puis une gauche plus brouillonne qui, à la manière du NPA ou du parti communiste en France camoufle son irrésolution derrière un internationalisme de pacotille en se référant plus ou moins inconsidérément à Marx. Si la social-démocratie est en train de disparaitre un peu partout en Europe, la gauche immigrationniste et pro-islam est carrément en voie de perdition. Partons de ce simple constat : la gauche pro-européenne, anticapitaliste et pro-migrants n’a fait aux dernières élections en Italie que 3,4%. Cette dernière partie de la gauche qu’on appelle parfois à tort gauche radicale est sociologiquement très éloignée du peuple. C’est ce qu’on appelle la gauche bobo qui a remplacé la lutte des classes par une implication de forme caritative et compassionnelle dans la société. Elle est extrêmement tolérante avec le racisme sous-jacent du PIR, ou encore elle accepte assez bien de mettre entre parenthèse son féminisme naturel pour ne pas heurter les musulmans qui sont considérés comme les éternelles victimes. Or évidemment, en considérant qu’il est réactionnaire de s’attaquer à une religion aussi rétrograde que l’Islam, on oublie justement le combat pour l’égalité de genre[2]. On trouvera des « féministes » par ailleurs très virulentes contre les « mâles blancs » qui combattent ainsi l’interdiction du voile ou de la burka[3].  

    La gauche, l’immigration et les frontières 

    Cette engeance semi-instruite se reconnait dans la défense des migrants, ou dans la cause palestinienne, et elle défend volontiers le communautarisme. Des intellectuels comme Alain Badiou ou comme les frères Fassin la représentent. Également les politiques de profession qui la représentent ne sont pas issus du monde du travail. C’est le cas de Mélenchon, de Pierre Laurent, fils d’apparatchik du PCF, de Clémentine Autain, fille d’artistes, ou même de Danièle Obono qui se plaint que ses émoluments de député ne soient pas plus importants[4]. Cette dernière n’est pas une migrante, et malgré la couleur de sa peau n’a jamais appartenu aux classes inférieures de la société. Son père était un cadre supérieur dans la banque Paribas-Gabon.  Les représentants officiels de la gauche considèrent que le peuple n’a pas toujours raison. C’est certainement vrai. Mais il n’y a pas plus de raison de croire que si le peuple se trompe, ses représentants ne se trompent pas non plus. Au-delà de ces considérations sur les représentants de la parole de gauche, il y a généralement un manque de rationalité flagrant. En effet, si on considère que tous les migrants sont les bienvenus en Europe, alors il faut non seulement supprimer les frontières et déclarer que la France, l’Allemagne ou l’Italie n’existent pas. C’est à la fois la position des No borders mais aussi celle de Macron qui a déclaré que la culture française n’existait pas, mais qu’il y avait en France des cultures diverses et variées qui cohabitaient[5]. C’est l’abandon de l’idée même de la République qui suppose que les citoyens sont embarqués dans le même projet[6]. 

    Changements à gauche 

    Jusqu’à présent les voix qui à gauche s’inquiétaient des conséquences économiques, sociales et politiques étaient très rares. Se réfugiant derrière l’idéal de solidarité aussi flou que mal défini, on en restait à une attitude compassionnelle, fustigeant les populismes, sous-entendant par là que le peuple pensait mal et que de mettre ses pas dans les siens était au mieux de la démagogie, au pire faire le lit du fascisme. Il y avait eu le précédent de Georges Marchais qui avait dénoncé dans un article fameux de L’humanité du 6 janvier 1981, les dégâts de l’immigration de masse[7]. Mais outre qu’à cette époque la question de l’immigration paraissait bien moins difficile qu’aujourd’hui – notamment parce qu’on pensait que la gauche arrivée au pouvoir fermerait l’afflux en intégrant ceux qui étaient déjà là – l’intelligentsia s’était empressée de faire bloc pour dénoncer le caractère ranci de cette diatribe. Au fur et à mesure que la gauche s’est installée au gouvernement, les intellectuels de gauche ou réputés tels ont reporté leur attention vers des combats qu’ils pensaient plus modernes et plus attrayants, comme la cause palestinienne ou justement l’immigration, et jusqu’à la défense de l’Islam, pourtant religion encore plus rétrograde que les autres. Les signes d’allégeance se sont multipliés, que ce soit Badiou, Plenel, toute cette canaille anciennement gauchiste qui a ossifié le combat sur un terrain qui n’était rien de moins que naturel à la gauche plus portée antérieurement à dénoncer l’Eglise qu’à faire des courbettes à des bondieuseries surannées. Le point culminant a été sans doute la publication de Soumission de Michel Houellebecq en 2015 qui a précédé de quelques mois la grande vague de migrations massives vers l’Europe, orchestrée et célébrée par Angela Merkel. 

    La gauche, l’immigration et les frontières

    Il aura donc fallu trois ans et des nombreuses défaites électorales un peu partout en Europe, mais aussi les incidents de Cologne pour que la gauche commence à se réveiller un petit peu. Que de temps perdu ! Et ce manque de réaction sérieux et organisé a permis aux partis d’extrême-droite populistes d’incarner bien mieux que la gauche les aspirations des petites gens. Entre temps les cuistres de toute obédience, ceux qui finalement n’aiment pas le peuple se sont dépêcher de faire la leçon, arguant du fait que ceux qui votent pour l’extrême-droite en France par exemple sont les moins instruits, autant dire des imbéciles[8]. Ceux-là ont oublié deux choses : que le niveau de diplôme ne garantit pas contre imbécillité et que dans le niveau d’instruction dépend du niveau de richesse : l’électorat de gauche était traditionnellement moins instruit que l’électorat de droite quand il était largement ouvrier. Ceux qui insultent l’électorat de Marine Le Pen, ont certainement très mal compris les travaux de Bourdieu sur la reproduction sociale.

    La gauche, l’immigration et les frontières 

    Je l’ai dit ici plusieurs fois, il y a plus de proximité entre l’électorat de Marine Le Pen et celui de Jean-Luc Mélenchon qu’entre celui de Mélenchon et de Macron. Il faut réfléchir à ce que cela signifie au lieu de le nier. Le RN est ne l’oublions pas le premier parti ouvrier de France, très loin devant le PCF ou même la France Insoumise. Ça ne veut pas dire pour autant que la FI et le RN doivent se fondre en un seul parti ou qu’on en oublie les différences. Djordje Kuzmanovic membre de la France Insoumise et porte-parole de Mélenchon lorsque celui-ci était candidat à la présidence de la République a mis les pieds dans le plat. Pour lui le discours de Sarah Wagenknecht qui vient de Die Linke et qui a créé le parti Aufstehen est un discours de salubrité publique : la gauche ne peut pas rester plus longtemps dans le déni et camper sur la ligne de crète de la défense des immigrés comme si tous ces immigrés étaient de réfugiés fuyant la guerre[1]. On voit clairement ce qui sépare Kuzmanovic et Wagenknecht de Clémentine Autain[2] : c’est que les premiers s’inscrivent dans une démarche où la voix du peuple compte. En outre en s’abritant derrière un internationalisme de pacotille la gauche pro-migrants renonce à conquérir le pouvoir, et finalement adoube mondialisme à la Macron. Mélenchon devra trancher et il lui sera sans doute difficile d’éviter l’éclatement de son parti. Il ne peut rejoindre la position gauchiste de Ian Brossat ou du NPA sur cette question, sachant combien cette posture a fusillé la gauche, mais peut-il prendre la tête d’une gauche anti-migrants et anti-islam ? S’il ne le fait pas ; il court le risque de voir Marine Le Pen et le Rassemblement National attirer encore un peu plus le peuple, à la manière de Salvini en Italie ou d’Orban en Hongrie. Cela marginaliserait la gauche un peu plus dans le futur. La position de Kuzmanovic me semble raisonnable : on n’aide pas les pays africains à se développer en accueillant toujours plus de leur main d’œuvre, et on peut garder une approche humanitaire sur la question des vrais réfugiés.  

     

     


    [1] https://www.nouvelobs.com/politique/20180906.OBS1909/france-insoumise-et-immigration-le-discours-de-sahra-wagenknecht-est-de-salubrite-publique.html

    [2] On remarquera que Clémentine Autain est maintenant sur la défensive. https://www.nouvelobs.com/politique/20180906.OBS1911/clementine-autain-je-ne-suis-pas-convaincue-par-l-approche-de-sahra-wagenknecht.html


    [1] http://www.liberation.fr/direct/element/le-pcf-appelle-a-voter-macron-puis-a-le-combattre-apres-lelection_62541/

    [2] Bérénice Levet, Libérons-nous du féminisme, Editions de l’Observatoire, 2018.

    [3] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/08/25/01016-20160825ARTFIG00145-les-feministes-francaises-divisees-sur-la-question-du-burkini.php

    [4] https://www.capital.fr/economie-politique/les-deputes-ne-gagnent-pas-assez-dargent-pour-se-loger-selon-daniele-obono-1292388

    [5] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/02/06/31001-20170206ARTFIG00209-emmanuel-macron-et-le-reniement-de-la-culture-francaise.php

    [6] Jacques Sapir, Souveraineté, démocratie, laïcité, Michalon, 2016.

    [7] Georges Marchais répond au recteur de la mosquée de Paris.

    [8] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/moins-on-est-eduque-plus-on-vote-fn_1100733.html

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  •  Ridicule : chronique de la présidence Macron

    Tous les hommes politiques de l'époque contemporaine sont très souvent ridicule. Certains plus que d'autres cependant, à cause de leur amateurisme. Macron est sur le toboggan infernal des mauvais sondages c’était assez prévisible vu l’amateurisme dont il fait preuve dans la conduite de sa fonction. Le voilà tombé à 19% de « satisfaits » dans le dernier sondage disponible[1]. Il est en train de battre le record d’Hollande. Mais plus spectaculaire encore c’est la vitesse à laquelle il s’effondre. Plus encore que sa politique qui pourrait après tout satisfaire la droite moderne, ce qui ne passe pas, c’est sa personnalité. Le malheur pour lui est que chaque fois qu’il parle, il dit une imbécilité que tout le monde relève facilement. Dernièrement le voilà en train de commenter le chômage ! S’adressant à un chômeur dont le métier est l’horticulture, il lui explique qu’en traversant la rue il est facile de trouver du boulot[2]. Et oui, ses prédécesseurs n’y avaient pas pensé ! En Grèce où le chômage est encore de 25% alors que 500 000 jeunes ont émigré, non plus. Il voulait sans doute dire que cet horticulteur devait se reconvertir dans la restauration serveur, cuisinier, ce secteur embauche. C’est stupide en effet. Passons encore sur le fait qu’on doive se reconvertir pour trouver du travail. Mais ne connaissant absolument pas son sujet, Macron fait comme s’il existait des emplois en quantité suffisante. C’est faux, et c’est juste une question d’arithmétique. Il y a environ aujourd’hui 6 millions de chômeurs toutes catégories confondues. Et, selon l’INSEE environ 250 000 à 300 000 emplois à pourvoir. On voit donc que même si ces emplois étaient tous occupés, il resterait encore près de 6 millions de chômeurs sur le carreau.  

    Ridicule : chronique de la présidence Macron

    Macron qui ne connait à rien à rien, et encore moins sur le reste laisse entendre qu’il y aurait des millions d’emplois à occuper dans le secteur de la restauration. C’est faux. Ce secteur emploie à l’heure actuelle environ 1 million de personnes, et encore il faut prendre en compte tout le secteur dit de l’hébergement et de la restauration[3]. Sa croissance étant de 5% par an, il y a probablement un potentiel de créations de 50 000 emplois. Cela ne suffit évidemment pas à absorber les 6 millions de chômeurs. En outre il faut prendre en considération deux éléments importants les arrivées sur le marché du travail des jeunes qui se chiffrent à environ 250 000 par an[4]. Également il y a une arrivée de 250 000 immigrés en France par an, depuis une vingtaine d’années. Beaucoup compte sur les départs en retraite qui devraient être de l’ordre de 600 000 unités par an. Mais ce chiffre a des chances de ne pas être atteint parce que les gouvernements successifs ont procédé à l’allongement de la durée des cotisations pour obtenir le taux le plus élevé. Macron fait donc comme si le chômage était volontaire. Cette idée est fausse et crapuleuse. En effet si cette thèse était juste, il n’y aurait aucune raison pour que le taux de chômage change lorsque le taux de croissance évolue : le nombre de fainéants qui profitent cyniquement du système resterait le même. Or on s’est aperçu qu’entre 1997 et 2001 le nombre de chômeurs avait baissé d’un tiers, sans qu’on ait modifié mes conditions d’accès aux allocations chômage. 

    Ridicule : chronique de la présidence Macron

    Cette phrase malheureuse a été évidemment moquée tout de suite sur les réseaux sociaux pour son arrogance et son absence d’humanité. Car plus encore que sa politique, c’est bien la personne même du président qui exaspère les Français. Macron est ainsi devenu en quelques mois non seulement un personnage dont la politique brouillonne ne satisfait personne, à part les ultra-riches, mais dont le ridicule fait honte. Et quand un homme politique en est là, il est clair qu’il n’a pas d’avenir, même si pour l’instant la solidité des institutions de la cinquième République le protège d’une destitution.    

    Ridicule : chronique de la présidence Macron

    Le chômage est un sujet très sensible pour les Français. Le taux reste très élevé, les emplois de bonne qualité très rare. On est surpris des réactions nombreuses et virulentes sur ce thème. Certes c’est pour le moquer, mais on le moque sur une question que les Français voudraient bien voir pris au sérieux. C’est bien pour cela qu’il est reproché à Macron de traiter ce sujet par-dessus la jambe. Apparemment il est incapable de tirer des leçons de ses propres échecs. Tout le monde le répète depuis des mois, il est arrogant et méprisant avec les pauvres. Mais il se révèle incapable de changer d’attitude, il change de communiquant, mais rien ne change vraiment. C’est plus fort que lui. Il ne se maîtrise pas et multiplie les bévues qui laissent entendre qu’il n’a pas vraiment toute sa tête et que son action relève de l’amateurisme. Certains pensent maintenant que c’est le pouvoir qui l’a rendu fou, moi je pense qu’il l’était avant. Mais après tout c’est un détail. Insulter les Français à longueur de temps relève de la pathologie. Raide et glacial, il vieillit à grande vitesse, au fur et à mesure qu’il perd le contrôle sur sa propre image. 

    Ridicule : chronique de la présidence Macron

    Mais le ridicule de Macron ne s’arrête pas à la question du chômage. Elle s’étend à sa volonté de transformer l’Elysée en une petite boutique de souvenirs. Ce petit commerce a été moqué un peu partout sur le net. Par exemple les mugs à l’effigie du président étaient soi-disant en porcelaine de Limoges, mais outre qu’ils avaient failli être fabrique en Chine, ils venaient tout simplement de Toulouse ! La virulence des réactions des Français face à cette marchandisation est une critique en acte non seulement de la désacralisation de la fonction présidentielle, mais aussi de cette manière de tout étalonner avec de la monnaie. On lui a également reproché de singer les manières de la famille royale d’Angleterre qui elle aussi arrondit ses fins de mois en vendant des objets à son effigie. Macron se prendrait-il pour un monarque ? On sait qu’il considère que la France manque d’un roi. Macron vend de tout, des tee-shirts à son image, des mugs, des affiches de lui faisant semblant d’être président. Evidemment s’il a eu une telle idée, c’est que quelqu’un la lui a soufflée ! Derrière cela il y a des conseillers en communication et quelques affairistes qui vont engranger de la menue monnaie : seuls 12% des recettes reviendront à l’Elysée. On a remarqué que le prix de ces objets était très élevé : le mug est à 25 euros, alors que le mug de la reine d’Angleterre est moitié moins cher. Les tee-shirts sont à 55 euros. De quoi dissuader les pauvres ! L’ensemble de cette démarche qui se voudrait moderne révèle en fait le narcissisme du président, mais aussi son goût immodéré pour l’argent.  Pour justifier de cette démarche mercantile, on a évoqué que l’argent servirait à rénover le palais de l’Elysée. 350 000 € ont été engrangé, ce qui correspond pour la rénovation à 12% x 3500000 = 42 000 €. C’est très peu, et même si on pense que sur un an on peut arriver à 2 millions d’euros, ça ne fera jamais que 240000 € pour l’Elysée. Soit bien moins que les primes des directeurs de cabinet ! En outre, il est à peu près certain que lorsque l’effet de mode se sera tassé, les recettes chuteront bien plus bas encore. Qui en effet souhaite embarrasser son armoire à linge de tee-shirts aussi affreux à l’effigie d’un président honni ? 

    Ridicule : chronique de la présidence Macron

    Mais ce n’est pas tout. Macron et sa garde rapprochée sont montés au créneau pour tenter d’empêcher Alexandre Benalla que de se rendre témoigner devant la commission d’enquête du Sénat. Macron en personne a téléphoné à Larcher pour lui demander de renoncer[5]. Cette tentative d’intimidation a eu l’effet contraire. Larcher s’est régalé de rendre cette intervention intempestive publique. Castaner y est allé lui aussi de sa diatribe, accusant le Sénat de vouloir renverser le président de la République[6]. C’est évidemment ridicule, le Sénat n’a pas les moyens de déboulonner le président de la République. Mais c’est allé encore plus loin. La ministre de la justice la sinistre Belloubet, par ailleurs très molle ministre de la justice, a dénoncé cette audition comme un détournement de la justice[7]. Il y a bien une panique en Macronie à cause de cette affaire Benalla. Ce dernier s’est fait remarquer du reste en insultant le Sénat : comment les sénateurs osent ils le convoquer[8] ? Bouffon comme son chef, il a commencé par dire qu’il n’irait pas. On se demande ce qu’il craint, qu’on lui demande des comptes sur son coffre-fort ? Mais finalement quand Philippe Bas l’a menacé de lui envoyer la police pour l’amener devant la commission d’enquête, il a cédé, il ira bien témoigner. Sans doute c’est l’Elysée qui l’a décidé à y aller. Tout cela sent l’improvisation et l’amateurisme à tous les niveaux. En tous les cas ça marque mal et ridiculise un peu plus Macron et sa bande. La députée LREM a quitté ce parti, indiquant qu’elle avait l’impression de se trouver à bord du Titanic[9] ! Les rats quittent le navire accroissant ainsi un sentiment de panique déjà palpable depuis quelque temps.  

    Ridicule : chronique de la présidence Macron

    Il est facile d’anticiper une nouvelle chute de popularité de Macron dans les sondages du mois d’octobre. Cette déconfiture programmée va sans doute renforcer la droite Les Républicains et les mettre au coude à coude avec LREM. Les Républicains de type Juppé, macroncompatibles sont évidemment distancés. C’est une concurrence favorable à la gauche du type la France insoumise et au Rassemblement national. L’instabilité politique n’est pas près de s’achever en France. Avec tout ça le plan pauvreté qui devait faire la preuve que Macron était aussi de gauche est passé aux oubliettes. Tout le monde s’en moque, au mieux on en critique l’hypocrisie.

    Ridicule : chronique de la présidence Macron 

    Ridicule : chronique de la présidence Macron 



    [1] http://www.atlantico.fr/pepites/seuls-19-francais-satisfaits-action-emmanuel-macron-3506811.html

    [2] http://www.leparisien.fr/politique/macron-a-un-jeune-chomeur-je-traverse-la-rue-et-je-vous-trouve-un-emploi-15-09-2018-7889829.php

    [3] http://www.pole-emploi.org/files/live/sites/peorg/files/documents/Statistiques-et-analyses/E%26S/ES_39_les%20metiers%20de%20l'hotellerie%20et%20de%20la%20restauration.pdf

    [4] Même Le monde conteste ce chiffre, avec des arguments plutôt recevables. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/09/17/conseils-de-macron-a-un-chomeur-derriere-les-chiffres-des-emplois-non-pourvus_5356264_4355770.html

    [5] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/affaire-benalla-macron-bouscule-larcher-au-telephone_2035027.html

    [6] http://www.atlantico.fr/pepites/benalla-castaner-accuse-senat-vouloir-obtenir-destitution-macron-3505412.html

    [7] http://www.leparisien.fr/politique/benalla-auditionne-au-senat-nicole-belloubet-met-en-garde-contre-un-empietement-sur-le-judiciaire-15-09-2018-7889637.php

    [8] https://www.huffingtonpost.fr/2018/09/12/alexandre-benalla-na-aucun-respect-pour-les-senateurs-des-petites-personnes_a_23524635/

    [9] http://www.lefigaro.fr/politique/2018/09/16/01002-20180916ARTFIG00192-la-deputee-frederique-dumas-claque-la-porte-de-larem.php

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  •  Le monde et la propagande européiste

    La prochaine échéance électorale en France seront les élections européennes. Elections qui ne servent à rien puisque l’essentiel du pouvoir dans l’Union européenne est détenu par la BCE, la Cour de Justice Européenne et la Commission européenne qui non seulement décide du budget, mais aussi des grandes orientations. Le parlement européen qui n’a pas le droit de définir les sujets qui seront traités, ne sert qu’au financement de quelques personnes qui ne trouvent pas à se caser ailleurs. Des gens qui ne seraient pas élu dans un scrutin personnalisé, mais qui peuvent y arriver dans un scrutin de liste, pour peu qu’ils aient magouillé pour être en haut de la liste. Ce fut le cas de Dany Cohn-Bendit par exemple, ou encore Rachida Dati, jeune retraitée du sarkozysme, ou encore Jean-Luc Mélenchon qui a démissionné en 2017 pour se faire élire député à l’Assemblée nationale et qui n’a guère brillé dans cette charge à Strasbourg. C’est bien payé et tranquille, 8500€ par mois auxquels s’ajoutent 4300€ de frais : il y a de gros moyens et donc des avantages. Mais il faut faire comme si l’Union européenne était démocratique et donc que les élections de son parlement croupion, encore plus croupion que le parlement français dominé par les députés LREM, étaient un moment important de la vie politique. Généralement ces élections ne mobilisent que très peu de monde. L’abstention atteint plus de 55% en moyenne en Europe, et même 80% ou plus dans les pays de l’Est. Il faut requinquer l’image de cette institution. Donc Le monde tête de pont en France de la propagande européiste s’y colle.

    Si depuis quelques mois Le monde doute de Macron en ce qui concerne la politique intérieure, il n’en est pas de même sur le plan international. Ils se sont mis cette fois près d’une dizaine de journalistes pour expliquer ce qu’il fallait faire pour sauver l’Europe des hordes fascistes amenées par Viktor Orban. Si le poids des mots est fort, celui des images l’est tout autant. Donc ils couronnent leur article d’abord d’une image où nous voyons à gauche Macron souriant, aimable, avec des reflets bleutés sur sa figure, bien peigné et sûr de lui. De l’autre, c’est Orban, autant dire le diable en personne. Il est jaune, mal coiffé, et en plus il fait la gueule. On aurait pu faire autrement. Par exemple mettre à gauche Orban et à droite Macron dans une posture assez enragée. Mais l’Europe européiste et ouverte se doit d’être accueillante et donc souriante. 

    Le monde et la propagande européiste 

    Le fonds du dossier vise à nous montrer et à nous prouver qu’il y a deux camps en Europe. Le premier est celui des « bons », des gens ouverts et accueillants pour les migrants. On y retrouve l’alcoolique Jean-Claude Juncker, ce même Juncker qui est surtout connu pour avoir organisé une fraude fiscale à grande échelle au profit des multinationales quand il était premier ministre du Luxembourg. Mais c’est un personnage sans légitimité. Ensuite il y a Angela Merkel, première ministresse en perdition dont la cote de popularité est en chute libre. Après avoir été l’artisan de l’ouverture généreuse de l’Europe aux migrants, elle a dû, devant les problèmes que cela posait, revenir en arrière. Sa politique migratoire est contestée non seulement à droite par la CSU et par AfD, mais à gauche maintenant par Aufstehen, parti bien plus à gauche que le SPD et Die Linke. On note également dans  ce  camp la présence de Donald Tusk, représentant d’abord des intérêts américains en Europe, puis désigné par l’oligarchie comme président de l’Union européenne, histoire de mimer une sorte d’Etat fédéral. Et puis voilà un peu à bas, mais à gauche tout de même, l’inénarrable Tsipras, premier ministre grec, celui qui bradé la Grèce à la Troïka et dont la popularité est encore plus basse que celle de Macron. Le monde présente Macron comme le chef de file de cet ensemble dont le plus fort dénominateur commun semble être l’impopularité. De l’autre côté, nous n’avons qu’un ensemble de personnalités qui ont pour trait commun d’être populaires dans leur pays. 

    Le monde et la propagande européiste 

    Une fois qu’on a bien catégorisé les bons – en bleu – et les méchants en orange, couleur louche par définition. Il faut présenter les deux camps. C’est ici du niveau des fake news, on fait comme si le camp des bons, Merkel en tête, avait accepté le leadership de Macron. C’est complètement faux. Et cela pour deux raisons : la première est stratégique, Merkel et les Allemands en général ne veulent pas des réformes à la Macron. Ils les jugent coûteuses et dangereuses car selon eux elles remettraient en cause leur autonomie nationale. La seconde est tactique, consacré le leadership de Macron en Europe serait lui permettre de créer en Europe un groupe politique qui absorberait une partie des élus PPE. Merkel n’en veut pas, elle préfère encore garder ce groupe en y incluant Orban. Dans le cas contraire, les soutiens d’Orban renforceraient naturellement le groupe des nationalistes. En outre, la plupart des dirigeants européens sont tout à fait au courant des déboires de Macron en France, et ils ne sont pas près de se ranger derrière un homme politique dont l’amateurisme devient plus évident de jour en jour, alors que sa popularité est aussi médiocre que ses résultats économiques.

    Enfin le couple franco-allemand n’existe plus depuis longtemps : il n’a fait semblant d’exister que le temps que l’Allemagne se refasse une virginité politique. Depuis la réunification, l’Allemagne se sent forte, sûre d’elle et dominatrice. Si elle a besoin de la France, c’est plus comme un vassal que comme un allié dont elle prendrait des leçons[1]. L’élection de 2017 avait laissé croire au Monde et à l’ensemble de la sphère européiste que Macron, à contre-courant des populismes, pouvait incarner un renouveau de l’Europe. Il n’en a rien été, les populismes sont plus forts que jamais et Macron est marginalisé sur à peut près tous les sujets.

    Tout à leur propagande, les journalistes du Monde ne se donnent même pas la peine d’envisager des scénarios un peu différents. Par exemple Jérôme Gauthier nous explique que Salvini est en train de rentrer dans le rang et accepte hypocritement la tutelle de Bruxelles sur le budget de façon à ne pas contrarier les riches hommes d’affaires qui le soutiennent[2]. C’est vrai en apparence. Mais on peut lire les déclarations de Salvini, au-delà d’une volonté de calmer les marchés, comme une manière de mettre la pression sur Bruxelles et donc de préparer une rupture peut être plus importante. C’est ce que pense Jacques Sapir[3]. Peut-être que Sapir se trompe, mais son analyse est intéressante, elle dépasse la fainéantise des journalistes du Monde qui ne font que répéter en boucle les communiqués de Bruxelles. L’analyse de Sapir risque d’être d’autant plus pertinente que dans un horizon pas très éloigné, le spectre d’une nouvelle crise financière est en train de ressurgir.



    [1] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/09/25/31001-20170925ARTFIG00128-coralie-delaume-non-l-europe-n-en-a-pas-fini-avec-les-populismes.php

    [2] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/09/06/en-italie-salvini-attenue-son-discours-anti-europeen-pour-rassurer-les-marches_5351067_3214.html

    [3] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/litalie-face-aux-institutions-europ%C3%A9ennes/1385037794959468/

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  • Mélancolie ouvrière, Gérard Mordillat, 2018 

    Il y a beaucoup de films qui relatent les luttes sociales, certains sont des fictions, d’autres sont des documentaires, et d’autres des sortes de biographies filmées. C’est à ce dernier segment qu’appartient mélancolie ouvrière. Dans l’ensemble ces films ont un côté militant qui parfois déroute et les empêche le plus souvent d’atteindre le grand-public. Basé sur l’excellent ouvrage de Michelle Perrot, Mélancolie ouvrière raconte la vie de Lucie Baud, une ouvrière des soieries qui fut aussi une militante syndicaliste, et une meneuse de grève. Comme l’explique le livre, on ne sait pas grand-chose de ce qu’était et de ce qu’a fait Lucie Baud de sa vie. C’est une anonyme, quelqu’un qui ne cherche pas précisément la lumière mais qui veut agir pour sortir de la misère, et agir collectivement contre les abus de toute sorte d’un patronat de droit divin. Gérard Mordillat quant à lui a toujours eu la fibre ouvriériste : il est, en tant que romancier l’un des derniers représentants de la littérature prolétarienne. Le sujet ne pouvait donc que lui plaire, d’autant qu’il met en scène non seulement les tentatives collectives d’émancipation des femmes, mais aussi les oppositions face aux institutions établies, l’Eglise et l’Armée comme appui nécessaire au pouvoir patronal. Si le sujet est passionnant, le film n’a pas eu de très bonnes critiques. Celle de Télérama est désastreuse, ce qui a priori est un bon point pour Mordillat, tant cet hebdomadaire est conformiste. Le film a été financé par Arte, ce qui lui donne en réalité des moyens assez faibles, mais ces faibles moyens sont compensés par une distribution plutôt riche. D’abord dans le rôle de Lucie Baud Virginie Ledoyen, François Cluzet dans celui, très bref de son mari, le garde-champêtre, ou encore Philippe Torreton dans celui du syndicaliste d’origine italienne Charles Auda, et François Morel dans un tout petit rôle.

     Mélancolie ouvrière, Gérard Mordillat, 2018

    La vie de Lucie Baud, telle qu’on la connait par des témoignages très lacunaires, se confond avec l’histoire des soieries de la région grenobloise. Ouvrière entrée très tôt à l’usine, elle va devenir après la mort de son mari une syndicaliste très entreprenante. Elle laissera un article dans Le mouvement socialiste qui raconte justement son expérience dans les mouvements de grève. C’est donc un témoignage à la fois sur les conditions de la vie ouvrière dans le dernier quart du XIXème siècle et sur les débuts du syndicalisme, avec les luttes intestines qui iront avec : les grévistes contre les jaunes, mais aussi ceux qui voudraient bien que le syndicat soit aussi, au nom de l’efficacité une courroie de transmission pour les partis politiques qui visent à prendre le pouvoir, et ceux qui prônent un syndicalisme autonome et révolutionnaire. L’ouvrage de Michelle Perrot nous dit peu de chose sur les aspirations et les rêves de cette mère de deux enfants, mais veuve, et qui sans doute a trouvé aussi un exutoire à sa solitude dans le combat syndical. De même on ne sait pas trop de quel côté elle a penché en ce qui concerne les querelles internes au syndicat.

      Mélancolie ouvrière, Gérard Mordillat, 2018

    La rude tâche de Mordillat était de rendre compte de cette émotion qui nous prend à la lecture de cet ouvrage. Pour cela il a essayé d’imaginer ce que pouvait être la vie intime de Lucie Baud. Il lui invente ainsi une liaison avec Charles Auda, liaison qui n’est rien de moins qu’assurée. Pourquoi pas, il faut savoir s’éloigner parfois d’une réalité trop pointilleuse pour atteindre une certaine vérité. On a reproché au film de Mordillat d’être un peu trop anticlérical. Mais ce reproche n’est pas fondé, en réalité il n’invente rien du tout, et la collusion qu’il peut y avoir entre l’Eglise et le patronat va même plus loin que ce qu’il montre à l’écran. S’il détaille le rôle des curés dans le recrutement d’une main d’œuvre bon marché, soit à la campagne, soit en Italie, il ne parle pas de tout de ce que décrit Michelle Perrrot, par exemple de la présence de la religion au cœur même de l’usine, avec des plages de temps destinées à la prière. L’usine se parant volontiers à l’époque d’une mission éducative. Il reste en deçà de la réalité ! Mais ce n’est pas gênant. Il se rattrape si je puis dire en montrant l’importance de l’Eglise dans l’éducation des enfants. A l’époque de l’enfance de Lucie, l’école est principalement tenue par les sœurs et les curés. Par contre à vouloir a tout pris faire tenir d’aplomb une histoire d’amour avec Auda, Mordillat en vient à des incongruités. Par exemple c’est Auda qui dans le film trouve in extremis Lucie baignant dans son sang, après avoir fait une tentative de suicide. Cette surdramatisaion n’apporte rien à cette histoire qui sur le plan individuel retrace les déceptions d’une vie de combat et de solitude.

    Mélancolie ouvrière, Gérard Mordillat, 2018

    D’autres incongruités plus factuelles affleurent, notamment au niveau des chants utilisés dans le film. Que La Marseillaise soit absente est un peu choquant dans la mesure où à cette époque, c’est le principal chant révolutionnaire ce que signale incidemment Michelle Perrot dans son ouvrage, bien avant L’internationale qui n’est pas très connu et qui ne prendra de l’importance que dans le XXème siècle. La Marseillaise fut du reste, il faut le répéter, le premier chant révolutionnaire dans le monde, de la France aux Etats-Unis, en passant par l’Italie et la Russie. Il est aussi très incertain que Le temps des cerises que fredonne Lucie dans le film ait été un chant populaire dans ces contrées un peu à l’écart de la vie politique. Le congrès de Reims du syndicat du textile est analysé comme si Lucie Baud était marginalisée et qu’elle s’en soit plaint. Rien n’est moins sûr. Certes à cette époque là les syndicats sont dominés par les hommes, les femmes sont plus que minoritaires, mais on ne sait pas comment Lucie Baud a été accueilli. S’il est certain que Lucie Baud était une femme courageuse, on ne sait pas quel était son caractère. Michelle Perrot suggère qu’elle devait certainement être irascible et emportée. Quelle se soit heurtée aussi à ses deux filles, est très probable, mais jusqu’à quel point on n’en sait rien. Mordillat suppose que lassées des absences répétées de leur mère elles aient quitté le logement familial.  

    Mélancolie ouvrière, Gérard Mordillat, 2018

    Sur le plan cinématographique, il y a beaucoup de difficultés à montrer comment ces ouvrières sont aussi et en même temps des femmes de la campagne avec une vie intime. La conduite du récit est assez didactique : beaucoup de dialogues et d’échanges filmés en plans rapprochés sont là pour nous expliquer les nécessités de la lutte. Plus réussies sont les scènes d’usine, quand on voit les machines en marche et comment elles exercent une contrainte dure sur les femmes. Il y a un jeu d’ombres dans les recoins de l’atelier qui est très intéressant. Le mérite de Mordillat est de mettre d’abord en lumière un personnage « héroïque » si on peut dire, en même temps que d’attirer le regard sur ce que fut la vie martyrisée de ces femmes ouvrières des soieries. Ensuite de regarder notre époque où les luttes sont faibles, les syndicats inexistants, comme un reproche. Comment se peut-il en effet qu’on manque autant de courage pour se mettre à la tâche de changer enfin la société. Mordillat, comme Michelle Perrot au fond, excuse les « jaunes » auxquelles il attribue une dose d’ignorance très grande : elles viennent de la campagne, ou d’Italie, ne connaissant rien ou pas grand-chose de ce qui les attend. Mais aujourd’hui quelles excuses peuvent avoir des syndicalistes comme Laurent Berger pour se conduire en permanence en briseur de grève au motif que cela serait bien moderne ? La confrontation entre Lucie Baud et Duplan est savoureuse si on la met en parallèle de ce qu’on entend aujourd’hui. Quand Lucie expose ses revendications, le patron lui serine toujours la même chanson : il faut serrer les coûts, la concurrence est sévère, etc. Si on avait souscrit à cette antienne, on en serait probablement toujours à la journée de 12 heures et aux salaires de misère. Mais aujourd’hui c’est pourtant bien ce qu’on fait, on tolère le discours complètement rétrograde de Macron, sa tendance à rééquilibrer le partage de la valeur entre salaire et profit toujours plus en faveur des riches. L’histoire de Lucie Baud est aussi l’histoire de la défaite, pas seulement la sienne, mais celle du mouvement ouvrier et la nôtre du même coup.

    En tous les cas le film non seulement met l’accent sur la belle personnalité de Lucie Baud, mais permet aussi de s’intéresser aux travaux de Michelle Perrot, et ce n’est pas son moindre intérêt.

    Mélancolie ouvrière, Gérard Mordillat, 2018

    Unique photo de Lucie Baud, sans qu'on soit certain qu'il s'agisse bien d'elle

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