•  Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    Ce livre est un peu la bible des blacks blocs. Son auteur commence à être connu un peu partout dans le monde, et au printemps dernier, il a  donné une série de trois conférences en France. Peter Gelderloos est un activiste américain, anarchiste dont la réflexion plonge ses racines dans l’histoire de la lutte des classes américaine. Il se réfère volontiers aux IWW, au combat des Amérindiens pour leur droits, et aussi aux luttes des afro-américains pour leur émancipation. Sa thèse principale est que la non-violence n’a jamais été nulle part victorieuse. La preuve ? Le capitalisme est toujours là. Et donc face à la violence de l’Etat, bras armé de l’oligarchie, la violence est pleinement justifiée. Si cet ouvrage est assez lu un peu partout dans le monde, c’est parce qu’un peu partout, les mobilisations de masse, en Grèce lorsque le peuple se mobilise contre l’austérité, en France récemment lors de la manifestation du 1er mai, ou lors des grandes messes du G20, on peut voir des individus souvent vêtus de noirs, cagoulés, armés de bâtons, s’attaquer à la police ou à des symboles du capitalisme et de la consommation. Ils cassent les vitrines des banques et des commerces, tentent de mettre le feu, n’hésitent pas à aller à l’affrontement. Avant d’examiner les thèses défendues par Gelderloos, il faut rappeler que la question de la violence est discutée depuis des décennies dans le mouvement social et révolutionnaire. La violence a donc deux buts : le premier est qu’on ne peut pas changer la société sans violence, les positions acquises usant elles-mêmes de la police et de la répression ; le second est de faire entendre une voix dissonante et de débloquer la passivité, de donner l’exemple.

    Les théoriciens de la révolution sociale ont été évidemment confronté à cette question : quand doit-on passer à la violence ? On sait par exemple qu’en 1848 Marx était complètement à contre-temps sur cette question. D’abord il pensait que le moment n’était pas venu, puis lorsque ce mouvement révolutionnaire fut achevé en 1849, il attendait la nouvelle vague en espérant que cette fois la violence balayerait le Vieux Monde. S’il salua la Commune de Paris, il eut d’abord des hésitations à la soutenir. Après le mouvement de 68, des petits groupes anarchistes se sont lancés en Europe dans l’action violente, pose de bombes, enlèvements, assassinats. Si en France ces actions furent assez peu nombreuses, ce ne fut pas le cas en Allemagne et en Italie où la Bande à Baader et les Brigades Rouges entreprirent des actions spectaculaires dont on ne sait pas très bien encore jusqu’où elles ont été manipulées par le pouvoir[1]. Guy Debord condamnait cette violence qu’il identifiait comme une forme de terrorisme coupée des masses. Pas tant parce qu’il était non-violent, mais parce qu’il jugeait que ce n’était pas encore le moment. C’est la première lacune de Peter Gederloos : il fait comme si dans le mouvement social radical les non-violents s’opposaient aux violents, alors que la question de pose plutôt dans les termes de savoir quand et comment appliquer la violence pour renverser l’ordre existant.

    Aujourd’hui la violence des Blacks blocs ou des Antifas peut s’exercer contre des symboles de l’industrie nucléaire, contre la police ou pour détourner le sens des manifestations de masse. Mais un des points qui me semblent devoir être souligné est que si la non-violence n’a en effet jamais encore produit le changement social tant attendu, la violence non plus. Passons rapidement sur la violence d’une révolution comme la Révolution russe de 1917, si elle a bien produit un changement de régime, elle a, à l’évidence, été confisquée par le parti bolchevique qui a reconstruit sur les décombres de la société tsariste une nouvelle forme de société de classes que Bruno Rizzi appelait capitalisme d’Etat[2]. La thèse de Peter Gelderloos semble donc d’emblée assez vaseuse, surtout qu’il prône une révolution sociale non-hiérarchique et anti-autoritaire.

      Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    Il n’est évidemment pas le premier anarchiste à avoir théorisé la violence des masses. Le premier ouvrage sérieux sur cette question est celui de Georges Sorel, Réflexions sur la violence, paru en 1908 qui fut corrigé en 1919 et qui fut ensuite constamment réédité. Celui-ci avait déjà théorisé le fait que le refus de la violence révolutionnaire en venait à nier la lutte des classes. Il dénonçait d’un même mouvement le mythe de la grève générale, autre idée anarchiste qui devait mener à une transformation sociale positive dans le futur. Pour lui la grève générale doit être le prélude d’une révolution sociale qui renverserait l’Etat. C’est exactement dans ces pas que Gelderloos met les siens. Comme Sorel il récuse l’idée somme toute marxiste selon laquelle nous devons attendre que les masses soient suffisamment éduquées pour agir de manière organisée contre le système. On peut dire que dans cette continuité sorélienne, il avance que le refus de la violence est une forme de soumission à la logique du pouvoir. Le refus de la violence est un rapprochement entre les classes, comme la négociation syndicale est déjà une forme de soumission.  

    Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    Mais il avance aussi des idées plus modernes – quoique pas forcément plus pertinentes. Par exemple il soutient que la soumission à une approche pacifique de la lutte des classes est un reflet d’une pensée patriarcale et … blanche, donc forcément raciste ! On voit ici pointer le nez des ravages de la modernité. Il salue au passage les mouvements des afro-américains qui ne se sont pas, selon lui, embarrassés de ces circonvolutions comme les Black Panthers – encore qu’on pourrait objecter que le mouvement des Black Panthers est rapidement tombé dans la déconfiture et que ses succsè ont été des plus limités. De même il cite l’exemple d’Anna Mae Pictou Aquash, une amérindienne qui fut assassinée en 1975 à l’âge de trente ans, probablement avec l’assentiment du FBI. Elle avait comme objectif de reconquérir la terre de ses ancêtres et prônait la même violence que celle qui avait abouti au généocide de son peuple. Mais quelle que soit l’admiration qu’on peut porter au courage de cette femme, il est difficile de ne pas voir que son action non seulement n’a pas été victorieuse, mais qu’en outre elle s’est éteinte avec elle : son propre peuple y a été assez indifférent. La violence révolutionnaire est donc d’abord une manière de mettre au jour la violence de l’Etat comme le complément nécessaire de la violence du capitalisme. Gelderloos cite des exemples essentiellement tirés des luttes aux Etats-Unis. Il rappelle fort justement la violence que le capital a employée pour détruire les syndicats révolutionnaires comme les IWW.  Mais d’un certain point de vue on peut se demander si justement la violence incontrôlée n’est pas une forme de rage impuissante face à la difficulté d’un combat politique construit et organisé qui amènerait un changement positif.  

    Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    On en vient à un autre aspect de l’analyse de Gelderloos : selon lui l’éducation et le savoir ne servent à rien. C’est l’inverse de la position de Marx qui pensait que pour se lancer dans les luttes avec des chances de succès, il fallait bien comprendre les mécanismes économiques et sociaux de son temps. Au contraire, Gelderloos fait l’apologie de l’ignorance et donc de la spontanéité des masses. C’était déjà chez Georges Sorel. C’est une question à double tranchant : en effet cela suppose que c’est dans le mouvement que celui-ci trouve son chemin, mais on peut penser aussi que si on ne sait pas trop ce qu’on veut et où on va on n’arrivera pas à grand-chose. Ce débat est bien plus compliqué qu’on ne croit. On ne peut pas attendre d’avoir compris correctement les œuvres complètes de Marx pour agir, et en même temps si on ne sait pas ce vers quoi on se dirige, le mouvement échoue et se trouve récupéré par des forces contre-révolutionnaires à l’affût. C’est bien ce qui s’est passé en Mai 68, au bout de quelques semaines de grève et de manifestations diverses et variées, allant des barricades à des processions massives, le mouvement social est entré dans une forme de léthargie dont il n’est plus jamais sorti. Les assemblées générales se succédaient les unes après les autres, chaque boutique tentait de vendre sa camelote, mais le changement radical ne s’est pas produit, au mieux cela a accéléré le réformisme, avec des gains salariaux, des meilleures conditions de travail et de consommation. Notez que c’est lorsque le mouvement de Mai 68 n’a plus été massif que certains anarchistes ou maoïstes se sont lancés dans l’action violente. Comme si l’impuissance à changer la société ne trouvait plus comme débouché une violence marginalisée. 

    Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005 

    Le dernier point est évidemment celui du rapport de la violence avec les masses. Gelderloos suppose que tous ceux qui ne sont pas violents dans le mouvement social sont des suppôts du patriarcat et donc du capitalisme. Ce jugement n’engage que lui. Mais d’un autre côté il nous semble difficile de vouloir changer la société contre la volonté populaire. Les anarchistes de la belle Epoque pensait que la violence avait des vertus d’exemplarité, c’est ce qu’on appelait la propagande par le fait. L’idée était de livrer une guerre permanente aux institutions bourgeoise par tous les moyens et notamment en utilisant la violence physique des attentats. Il y a beaucoup de prétention messianique dans ce type de démarche. Cette démarche s’inscrivait déjà dans le cadre de l’essoufflement du mouvement anarchiste. C’était aussi une réponse à la répression policière violente qu’il subissait. Aujourd’hui l’histoire a montré combien ces mouvements violents et marginaux sont facilement utilisés par la police et les médias pour discréditer les mouvements sociaux. On l’a vu encore le 1er mai 2018 à Paris. 1200 blacks blocs ont pu se regrouper facilement avec leur équipement de guerrier sans être inquiétés. Puis quand ils ont commencé à faire des dégâts, la police a attendu encore environ une heure avant d’intervenir[3]. 200 manifestants ont été arrêtés. C’est un scénario vieux comme le mouvement ouvrier. Mais les blacks blocs s’en moquent, ils supposent que ces actions spectaculaires sont plus efficaces que des slogans braillés dans des cortèges. Ils pensent que de toute façon manifester pour célébrer le travail est une aberration quand il faudrait le supprimer. Même s’il est très probable que de nombreux policiers étaient infiltrés parmi les blacks blocs, cela ne veut pas dire pour autant que ceux-ci sont à la solde du pouvoir. On peut aussi penser qu’il s’agit là de jeunes gens encore mal formés à l’action politique et qui ne sont pas capables de mesurer toutes les conséquences de leurs actions. Le 22 mai, à propos de la manifestation des fonctionnaires le même scénario s’est reproduit. L’ouvrage de Gelderloos fait du reste assez souvent appel à la notion d’efficacité : la non-violence n’arrive à rien, soyons efficace, usons de la violence. Le défaut de perspective est évident, car tous les mouvements violents qu’il célèbre dans son livre n’ont guère eu non plus de résultat, à commencer par la lutte des noirs américains qui sont tout autant discriminés aujourd’hui qu’hier. Si l’on se réfère à Marx, l’usage de la violence est nécessaire dans une perspective révolutionnaire car la bourgeoisie n’est pas d’accord pour abandonner ses pouvoirs – sauf évidemment si elle se trouve éliminée dans une crise économique terminale. Mais il va de soi que cette violence s’exerce au nom du plus grand nombre, par le plus grand nombre et non par des petits groupes contre la volonté du plus grand nombre.  

    Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    Manifestation du 1er mai à Paris 

    Finalement il n’est pas étonnant que des jeunes gens soient attirés par ce genre d’action militante, c’est presqu’un effet générationnel quand la lutte sociale est fragmentée et incertaine dans ses buts. Mal insérés dans la société, ils n’ont pas les moyens intellectuels d’imaginer autre chose, et leur isolement fait le reste. C’est par le biais des réseaux sociaux que se forment ces groupes pour des actions ponctuelles, comme la preuve même de leur isolement. L’ouvrage de Gelderloos est extrêmement confus en ce sens qu’il n’arrive pas à articuler sa détestation du modèle de société prédateur et consumériste, et des aspirations claires à une autre société. Il n’arrive pas à comprendre que malgré tout la société change – en bien et en mal – et donc que par-delà ce principe, il faut repenser l’usage de la violence dans une perspective de transformation sociale. On remarque en lisant Gelderloos que la question ouvrière, celle de la fin du capitalisme est à peine évoquée, alors que par ailleurs l’ouvrage s’étend sur la défense des droits des minorités[4]. C’est peut-être cette idée selon laquelle les droits des minorités sont supérieurs à ceux de la majorité pour le combat politique qui fait qu’il admet une violence incontrôlée comme arme de combat principale, car la transformation sociale proposée ne se fonde pas sur l’idée d’une classe sociale qui serait majoritaire. Quand Marx soutenait la nécessité d’une lutte violente pour faire avancer le socialisme, il le faisait au nom de la majorité du peuple : pour lui la classe prolétaire était celle qui était la plus nombreuse et donc qui avait vocation à l’universalité.



    [1] Voir par exemple Alberto Franceschini, Brigades rouges : l’histoire secrète des BR racontée par leur fondateur, Editions du Panama, 2005.

    [2] L'URSS : collectivisme bureaucratique. La bureaucratisation du monde (1939), Champ libre, 1976

    [3] https://www.marianne.net/societe/saccages-du-1er-mai-face-aux-black-blocs-mais-qu-fait-la-police

    [4] C’est ce genre d’idées qui a fait aussi changer de camp des philosophes comme Jünger Habermas : la lutte des classes est remplacée par la lutte contre toutes les formes de discrimination. Patrick Simon, « Comment la lutte contre les discriminations est passée à droite », Mouvements 2007/4 (n° 52), p. 153-163.

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  • De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ? 

    L’aveuglement des économistes 

    L’Espagne devenant la nouvelle porte d’entrée des migrants sur l’Europe, cela relance le débat sur l’immigration de masses et ses effets en Europe. Les images des Africains passant la frontière à Ceuta sont venues conforter l’idée d’une invasion. Comme je l’ai dit souvent ici, les migrations massives sont massivement rejetées par le peuple. Les « intellectuels » semi-instruits qui s’ils ont l’oreille des classes dominantes n’ont pas celle du peuples, ils tiennent en général le discours suivant en deux temps :

    - les migrants fuient la guerre et la misère nous devons les secourir car nous sommes bons et les droits de l’homme nous y obligent ;

    - avec l’aide de quelques économistes dont les travaux sont d’une légèreté surprenante, ils nous disent que l’immigration non seulement nous aide à financer les retraites et à améliorer notre fécondité défaillante, mais en outre ils stimuleraient notre économie languissante[1].

    Ces deux points de vue sont erronés ou du moins ne reposent sur rien de sérieux. D’une part parce que la majorité des migrants – disons au moins 90% d’entre eux – ne fuient pas la guerre, et donc vont manquer pour le développement de leur propre pays en allant chercher fortune dans un pays dit « riche ». et d’autre part parce que les calculs qui supposent que les migrants apportent un surplus de croissance et une baisse du chômage peuvent être assimiler à l’effet d’une hausse des dépenses publiques, donc à un effet ponctuel de demande. En Allemagne le gouvernement distribue 20 milliards d’euros par an pour tenter d’assimiler les migrants à leur propre pays. Cette manne soutient évidemment la consommation et donc la croissance. Mais il va de soi que si cette somme était utilisé par exemple en faveur des travailleurs pauvres allemands, cela aurait à peu près le même effet.

    Le caractère idéologique de l’analyse économique saute aux yeux, quand il s’agit de justifier la mondialisation, on convoque la théorie de l’offre, et quand il s’agit de justifier l’apport des migrations à la croissance, on utilise sans le dire la théorie de la demande. En vérité, derrière ce confusionnisme méthodologique, il y a en arrière-plan à ce discours une sorte de moralisme qui ne veut pas dire son nom : il faut aider les migrants, c’est notre croix que nous devons porter pour le mal que nous avons fait par le passé à ces peuples. Et donc les aider au prix de lourds sacrifices est une nécessité. C’est le discours symétrique, mais en plus moderne, de notre obligation de faire en sorte que les pays pauvres suivent notre modèle de développement occidental. Serge Latouche a dit en son temps ce qu’il fallait en penser dans La planète des naufragés[2]  de cette volonté d’uniformisation du monde du point de vue d’un modèle de développement qui non seulement ne fonctionne pas, mais qui en outre met à mal la planète et la survie de l’espèce. Ce paternalisme diffus qu’on retrouve aussi bien chez le sinistre Herrou que chez le confusionniste Vincent Cespedes qui se dit philosophe au motif qu’il enseigne dans une ZEP, appuie sur ce qu’ils croient être un vieux fond de culture catholique française pour tenter de culpabiliser ceux qui ne marchent pas dans ces combines[3], sans même voir que ce discours de fraternisation – sans parler qu’il n’intéresse guère les migrants autrement que comme un véhicule pour pénétrer en Europe – est directement le produit de la vision libérale du monde. 

    De l’attitude des Français face à l’immigration

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ?  

    Dans un sondage publié en février dernier par L’Obs, on se rend compte à la fois que les Français ne veulent pas d’immigrants supplémentaires, mais qu’ils comprennent le devoir d’humanité selon lequel on doit accueillir des réfugiés de guerre[4]. On en déduit donc que s’ils rejettent les migrations massives c’est pour de nombreuses raisons qui n’ont rien à voir avec le racisme. Le constat est sans appel : pour les Français, mais c’est aussi ce qu’on voit en Italie, il y a trop d’immigrés, et on se méfie de plus en plus des faux réfugiés. Au-delà des raisons strictement économiques, les Européens dans leur ensemble rejettent les migrants. En Italie 72% des Italiens soutiennent la fermeté de Salvani face aux ONG qui tentent d’imposer un débarquement de migrants sur le sol italien[5]. C’est énorme. On  ne peut pas croire qu’en quelques mois les Italiens soient tous redevenus fascistes. A la sortie des élections législatives, 60% des Italiens soutenaient le gouvernement de coalition Lega M5S. Ce pourcentage a donc augmenté, tandis qu’en France et en Allemagne les cotes de popularité de Macron et de Merkel s’effondraient. Rappelons que la gauche européiste et immigrationniste a réalisé un score de 3,4% à ces mêmes législatives[6].

    Il faut se souvenir qu’une partie du succès de Mélenchon aux dernières élections présidentielles provient justement du fait que dans son livre, Le choix de l’insoumission paru en 2016 au Seuil, il défendait une position plutôt raisonnable en énonçant qu’il n’y avait aucune raison pour que tout le monde puisse s’installer en France et en Europe comme il le voudrait. Cette position qu’on peut qualifier de modérée, avait été durement critiquée par les communistes[7]. En vérité ce que Mélenchon a compris c’est :

    - qu’on ne peut pas quand on est de gauche gouverner contre le peuple et sa volonté, lui imposer donc des migrants par centaines de milliers dont il ne veut pas ;

    - que l’immigration incontrôlée est par définition la transcription de la logique néolibérale qui ne supporte pas l’idée de souveraineté nationale, ni non plus les différences de culture entre les peuples.

    Ce qui se joue en effet dans cette volonté de nous faire accepter ce bouleversement démographique à travers les migrations massives, c’est d’abord la négation de ce que nous sommes, de notre culture et de notre histoire. Par exemple remplacer la culture française qui s’est construite à travers les siècles, par une sorte de marchandise qui ne dit pas son nom, mais qui en tous les cas possède comme singularité d’être produite hors-sol comme un véhicule pour un pouvoir fantomatique qui s’inscrit dans le développement des multinationales. C’était bien ce qu’exprimait l’inconséquent Macron lors de sa campagne pour les présidentielles quand il avait affirmé que la culture française n’existait pas : « Il n’y a pas de culture française », disait-il avec le ton du connaisseur, « il y a une culture en France et elle est diverse » [8]. Cette conception de la culture comme marchandise et rien d’autre, avait été vivement critiquée dans l’opinion quand Macron avait saisi le prétexte de la fête de la musique à l’Elysée pour y inviter exclusivement des représentants des minorités visibles, gay et lesbienne. Cette manière de transformer le palais de l’Elyse centre du pouvoir politique national en boîte de nuit gay et lesbienne a choqué l’opinion publique et fait apparaître Macron pour ce qu’il est, le VRP d’une marchandise culturelle hors-sol dont le caractère brutal et peu sophistiqué renforce cette idée de menace.  

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ?

    Cette offense au bon goût le plus élémentaire était une manière de nous mettre face au fait accompli : la culture aujourd’hui, c’est la marchandise produite dans la division du travail par des noirs qui ont évidemment le rythme dans la peau, contrairement à nous pauvres petits blancs. D’une certaine manière le refus des migrations massives est le refus de cette expropriation de notre propre culture forgée difficultueusement dans le fil des siècles, par une marchandise importée qui supplante l’éducation. C’est donc aussi cette négation de l’histoire de leur propre histoire que les peuples européens refusent en refusant l’immigration de masse. Passons aussi sur le fait qu’à l’évidence l’immigration accroit le sentiment d’insécurité. A Paris, Porte de la Chapelle, il ne se passe pas un seul jour sans qu’il y ait des incidents, ce sont parfois des autochtones qui sont pris pour cible, mais ce sont aussi les migrants qui se battent entre eux et qui rendent la vie dans le voisinage difficile à supporter[9]. Les Français ne sont pas encore habitués à cette violence ordinaire, contrairement aux Américains. Ils ne l’admettent pas vraiment. Et je ne parle pas du fait que l’immigration massive est aussi assimilée à une islamisation rampante de la société[10]. 

    Refus de la mobilité 

    La défense de l’immigration de masse est évidemment confuse puisque même ses plus farouches défenseurs ne savent pas combien la France ou l’Europe pourrait en accueillir. Mais elle se déploie, une fois les faibles arguments économiques épuisés sur l’idée de mobilité. La mobilité est un idéal pour les hommes progressistes et modernes. En vérité, et quelles que soient les raisons avancées pour justifier cette mobilité, c’est justement de cela que les peuples ne veulent pas. Car cette mobilité lancinante vécue comme un impératif de l’ordre nouveau produit un homme sans racine. Le migrant est donc l’expression la plus pure de ce déracinement, mais l’arrivée massive de migrants fait également que les autochtones ne sont plus que des étrangers ou des touristes dans leur propre  pays. On n’a même plus besoin de se déplacer très loin pour voir des Togolais, des Afghans, des Syriens, des Turcs, et tout ce que vous voulez d’autre, il suffit de se promener dans Paris. Cette prolifération de nationalités diverses et variées fait qu’on ne sent plus chez soi. Comme disait Debord : « Le spectateur n’est chez lui nulle part car le spectacle est partout ». On pourrait paraphraser cette sainte maxime en disant « L’homme n’est chez lui nulle part, car le migrant est partout ». C’est manifestement une dilution de la nationalité. A Varennes-sur-Allier, petite commune de 3500 habitants on a ainsi vu, le 31 juillet 2018, des manifestations de migrants réclamant une meilleure nourriture et des meilleures conditions de logements[11]. Outre que les migrants considèrent que c’est un dû qu’on prenne bien soin d’eux, on peut se demander au nom de quoi ils ont été quasiment déportés dans le centre de la France, dans un endroit où il n’y a ni activité, ni emploi à pourvoir. C’est certainement le résultat des cogitations d’un bureaucrate surmené qui a dû penser qu’ainsi il ferait œuvre utile en repeuplant les campagnes désertées. Le maire de Varennes-sur-Allier est un banquier qui a battu aux dernières élections municipales le sortant, un communiste qui était là depuis mars 1989 ! Et c’est ce même banquier qui fait que sa ville est devenue un repoussoir dans la région : l’arrivée de plusieurs centaines de migrants, même si elle rapporte provisoirement des recettes nouvelles pour la municipalité ne va pas arranger les choses. 

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ? 

    Manifestation de migrants à Varennes-sur-Allier 

    La paresse intellectuelle pousse les commentateurs à définir  hâtivement ceux qui refusent les migrations de masse comme des racistes invétérés, des mal-éduqués, pour tout dire des fascistes. Ce n’est pas le cas. Ce que ces gens-là refusent, c’est la transformation trop rapide de leur environnement, c’est une forme de dépossession de soi, de son histoire.  La logique sous-jacente est cohérente avec l’idée d’un monde sans frontières, mais aussi sans histoire. Mais ce n’est pas comme cela que s’est construite l’Europe, elle s’est forgée dans l’affirmation des nations, avec comme soubassement une culture nationale particulière dans chaque pays. Dans un article récent, Laurent Ottavi propose une comparaison intéressante dans la façon d’aborder la marchandise « immigrants ». Il considère que c’est une manière de faire entrer le monde dans des pays fermés sur eux-mêmes, sur leur culture et sur leur histoire. Il s’agit d’une sorte de tourisme sans déplacement : les migrants venant représenter cette forme de tourisme à domicile en quelque sorte[12]. L’idée est de travailler à l’uniformisation du monde. Par exemple en construisant des pays multiculturels à l’image des Etats-Unis qui pourtant ne sont pas un exemple de réussite du vivre ensemble entre les différentes communautés. L’immigration outre les avantages immédiats qu’elle peut avoir pour une certaine classe sur le plan économique – baisse des salaires, démantèlement de la protection sociale[13], a comme principale fonction de détruire l’histoire des nations. A coups de traités – libre-échange, Union européenne – et en promouvant l’idée d’un monde fluide et sans racine, l’immigration travaille pour l’idéal du marché comme fin de l’histoire. Cette vision mondialiste de la société est promue par les classes supérieures qui pensent qu’ils ont une vie agréable, comme un modèle pour les classes inférieures qui devraient les imiter. Ils voyagent, voient du pays, s’ébahissent devant la diversité du monde qu’ils parcourent, et ils voudraient que nous partagions cette vision uniformatrice. 

    Bataille de légitimité 

    La contrepartie de cette entreprise de délégitimation des Etats est que les ONG qui aident les migrants à pénétrer sur le sol européens, utilisent leurs moyens comme des investissements qui doivent être rentables, les chiffres doivent le démontrer. Et ces investissement ne sont rentables que si on passe beaucoup d’immigrés d’Afrique en Europe : il y a en effet une compétition féroce entre les ONG. SOS Méditerranée, une ONG dans le collimateur de l’Italie, avançait dans son bilan qu’une journée en mer lui coûtait 11 000 €[14]. De telles dépenses ne peuvent se justifier d’un point de vue comptable que si le nombre de migrants transférés depuis l’Afrique est au rendez-vous. Ainsi que le montre le rapport de l’UNODC, les réseaux de passeurs ne peuvent engranger des bénéfices qu’en liaison directe avec ces mêmes ONG qui elles-mêmes justifient leur existence et le salaire de leurs dirigeants par le grand nombre de migrants qu’ils ont fait passer d’un continent à l’autre[15]. En Italie où ces ONG sont dénoncées avec constance depuis plusieurs années, on assiste depuis la mise en place du nouveau gouvernement anti-migrants à une lutte entre un Etat national et des ONG sans racine autre que leur propre détermination à trouver des ressources et des subventions[16]. Je crois qu’on touche là le véritable enjeu de cette lutte : d’un côté on a un Etat qui se veut responsable et qui du reste est soutenu par la très grande majorité des citoyens, et de l’autre, des organisations apatrides, hors-sol qui n’ont de compte à rendre qu’à leurs sponsors. Dès lors la bataille d’images bat son plein, c’est le prolongement marketing de l’entreprise des ONG. On montrera des migrants en difficulté sur des radeaux qui manifestement ne peuvent tenir la haute mer, et chaque fois qu’on le peut des enfants pour démontrer la nécessité de ce travail humanitaire des ONG : des images de noyés sont les bienvenues. On se souvient de l’usage qui avait été fait de la photo du petit Aylan pour culpabiliser l’Occident. 

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ? 

    L’Etat national, italien ou autre, joue sur son propre terrain. Il s’adresse à ses citoyens en leur rappelant qu’il existe pour défendre l’intégrité de ce qu’ils sont. Au passage on peut signaler que le gouvernement italien est en train de démontrer qu’on peut très bien défendre ses frontières si on le désire vraiment, qu’il s’agit là d’un choix politique. Les ONG sont sans racines et ce n’est pas sans raison que leur domaine principal est la mer. Elles magnifie dans les eaux internationales un idéal de fluidité qui s’oppose à l’enracinement. Lifeline, SOS-Méditerranée, travaillent comme le reste de la marchandise à l’unification du monde, mais à l’unification du monde de la marchandise. C’est peu de dire que les opinions publiques ont une mauvaise image de ces ONG. Des agences comme Frontex ont dénoncé depuis plusieurs années la collusion des ONG avec les réseaux mafieux des passeurs, arguant que les passeurs embarquaient directement leurs clients sur les bateaux affrétés par les ONG[17]. Cette manière de procéder montre que les ONG travaillent par-dessus la tête des gouvernements nationaux à la mondialisation : en ce sens se sont les meilleurs alliés du libéralisme échevelé. Ce n’est donc pas sans raison que le sulfureux George Soros investit 500 millions $ en 2017 pour aider à accélérer l’immigration clandestine[18]. Son but est clairement de faire éclater les nations, de faire en sorte qu’elles n’existent plus que comme un guichet pour financer et éventuellement former des migrants, et dans ce combat qui est sans doute perdu pour Soros, les ONG apparaissent comme ses alliées. Quand il a présenté son fonds d’investissement en faveur des migrants, il a parlé à propos de ces ONG se start-ups. C’est le langage courant des managers. Et s’il s’appuie sur les ONG c’est parce qu’il pense que celles-ci ont malgré tout encore une bonne image humanitaire, si ce n’est dans l’opinion, au moins devant les élites autoproclamées. Mais il se trompe complètement : plus les ONG complices des trafiquants de migrants œuvrent contre l’Etat, et plus elles sont détestées. C’est le cas en Italie, et même en Hongrie où les fondations de Soros ont dû quitter le pays[19]. George Soros est un excellent repoussoir pour l’aide aux migrants clandestins. Tout le monde sait de quelle manière il a fait fortune, en rackettant l’Etat britannique, et son existence même conforte l’idée que l’aide aux migrants clandestins travaille pour le capital. L’illusion qui habite Soros est la même que celle qui motive les bureaucrates de l’Union européenne : l’idée est d’éduquer les masses à accepter la mondialisation et donc les lois du marché plutôt que les lois des gouvernements élus par le suffrage populaire. Et c’est bien ici que cette question des migrations découvre sa raison d’être, en effet, c’est à travers elle que se solidifie la lutte entre l’Etat et le marché. L’Etat représente un ordre plus ou moins démocratique, mais émanent de la Nation. Le marché représente des lois non écrites qui se déploient au-dessus des populations et qui sont présentées par les économistes comme des lois naturelles auxquelles il faut se soumettre. On se souvient de la phrase de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne : « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Il avait dit cela à propos de la Grèce à une époque où Tsipras n’avait pas encore vendu son peuple et son pays à la Troïka. Or les instances européennes ont mis en œuvre un plan de répartition des migrants par-dessus la volonté des nations qui composent l’Union européenne. Ce plan a lamentablement échoué : sur la question de l’immigration, les nations ont fait marche arrière sous la pression justement de leur population. Les ONG ne lâcheront pas leur os comme ça. Au début du mois d’aout, l’Aquarius, propriété de l’ONG franco-allemande controversée SOS Méditerranée, a annoncé qu’il allait reprendre ses rotations entre les côtes libyennes et l’Italie pour y amener des migrants. But est clairement de forcer la main au nouveau gouvernement italien, et en second lieu justifier ses financements[20]. L’idée sous-jacente est clairement de démontrer que l’Etat est une institution inférieure aux lois du marché et de l’humanitarisme triomphant, une forme institutionnelle complètement dépassée. Mais il semble bien que ce combat est en train d’être perdu devant l’opinion publique européenne qui s’est maintenant retournée contre les ONG et contre l’Union européenne qui les a poussées à se développer.  

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ? 

    C’est dans le contexte d’un retour de l’Etat national que tous les pays européens ont réorienté leur politique immigrationniste, y compris les pays comme l’Allemagne ou la Suède qui avaient été en 2015 les plus enthousiastes pour l’accueil des migrants. Ce ne sont pas seulement les pays de Visegrad qui sont hostiles à l’immigration, ou les pays comme l’Italie et l’Autriche qui sont dirigés par des gouvernements dits « populistes », mais ce retournement est sensible aussi en France où Macron a dû modifier son agenda en la matière. Si en 2017 il se présentait encore comme le candidat de l’immigration heureuse[21], il a changé son fusil d’épaule devant la prolifération incontrôlée des migrants sur le sol national. C’est même à ce propos qu’il a engagé une polémique longue et stupide avec le gouvernement italien, justement parce qu’il avait refusé de recevoir les migrants de l’Aquarius tout en reprochant aux Italiens d’en faire autant[22] ! Si un mondialiste comme Macron se trouve dans l’obligation de faire machine arrière sur la question des migrants, c’est qu’il est confronté à une lame de fond. De partout en Europe les dirigeants pro-migration sont désavoués : Angela Merkel qui longtemps surfait sur les sondages de popularité est tombée à la fin du mois de juillet en dessous des 30%, elle fait aussi mal que Macron après l’affaire Benalla, alors qu’elle était citée en exemple de partout dans le monde[23] ! C’est bien sur la question de l’immigration que le divorce est maintenant consommé entre le peuple allemand et Merkel, comme il l’est entre le peuple européen et l’Union européenne.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/discrimination-positive-migrants-et-marche-de-l-emploi-a145973814 et http://in-girum-imus.blogg.org/note-negative-sur-une-etude-visant-a-justifier-les-migrations-de-masse-a145646398

    [2] Editions La découverte, 1991.

    [3] https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20180717.OBS9835/yallah-pourquoi-il-devient-urgent-de-fraterniser-avec-les-migrants.html

    [4] https://www.nouvelobs.com/monde/migrants/20180207.OBS1855/sondage-migrants-seuls-37-des-francais-approuvent-la-politique-d-emmanuel-macron.html

    [5] http://www.lepoint.fr/europe/72-des-italiens-soutiennent-matteo-salvini-19-06-2018-2228606_2626.php

    [6] https://www.la-croix.com/Monde/Elections-Italie-incertitude-raz-maree-forces-antisysteme-2018-03-05-1300918198

    [7] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/09/09/25002-20160909ARTFIG00170-les-positions-de-melenchon-sur-l-immigration-crispent-a-gauche.php

    [8] https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-emmanuel-macron-il-ny-pas-une-culture-francaise-65426

    [9] http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-nouvelles-violences-a-chapelle-le-cri-d-alarme-des-habitants-01-08-2018-7840575.php

    [10] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/07/03/01016-20170703ARTFIG00256-l-immigration-et-l-islam-crispent-de-plus-en-plus-les-francais.php

    [11] https://www.lamontagne.fr/varennes-sur-allier/social/faits-divers/2018/07/31/des-migrants-manifestent-devant-la-gendarmerie-de-varennes-sur-allier-pour-denoncer-leurs-conditions-d-accueil_12939233.html

    [12] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/07/27/31003-20180727ARTFIG00280-christopher-lasch-le-tourisme-de-masse-et-la-revolte-des-elites.php

    [13] A. Alesina & E. Glaeser, Fighting poverty in the US and Europe, a world of difference, Oxford U.P., 2006

    [14] http://www.sosmediterranee.fr/

    [15] http://www.leparisien.fr/societe/en-2016-les-passeurs-de-migrants-ont-touche-7-milliards-de-dollars-10-07-2018-7814781.php

    [16] https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301860286228-migrants-litalie-veut-sequestrer-deux-navires-dune-ong-2186222.php

    [17] https://blogs.mediapart.fr/victorayoli/blog/150217/les-ong-et-le-juteux-trafic-des-migrants-travers-la-mediterranee

    [18] https://www.latribune.fr/economie/international/le-milliardaire-george-soros-investit-500-millions-de-dollars-en-faveur-des-migrants-600534.html

    [19] https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301678943714-les-fondations-de-george-soros-contraintes-de-fuir-la-hongrie-2176057.php

    [20] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/08/02/italie-l-aquarius-reprend-la-mer-et-defie-salvini_5338646_3214.html

    [21] https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-macron-limmigration-se-revele-une-chance-pour-la-france-70488

    [22] https://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/06/12/polemique-autour-du-silence-de-la-france-sur-la-situation-du-bateau-humanitaire-aquarius_5313555_1654200.html

    [23] https://www.breizh-info.com/2018/07/31/100283/immigration-angela-merkel-sondages

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