•  Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot

    Les turpitudes de Macron et de son gouvernement nous prennent un temps de dingue à les commenter. Il ne se passe pas un jour maintenant pour qu’ils commettent des bourdes et des bévues en série, démontrant par là et contrairement à ceux qui les ont précédés leur amateurisme qui est en train de paralyser l’Etat au moins depuis l’affaire Benalla. Les réformes soi-disant essentielles sont repoussées – ce dont on ne se plaindra pas – les ministres sont aux abonnés absents, et Macron comme Philippe doivent communiquer sur des faits finalement dérisoires mais ruineux pour ce qui est de leur crédibilité. Cet amateurisme sans précédent a déjà au moins le mérite de dévoiler ce que sont les hommes politiques de profession, ce sont des gens sans boussole qui gouverne avec de vagues idées le plus souvent confiées par des experts ou des conseillers et pour le reste ils font confiance à leur flair pour tenir jusqu’aux prochaines élections. C’est typique de Macron et de son gouvernement : ils appliquent bêtement les consignes de Bruxelles – les GOPE2017 en fait – que ce soit pour l’austérité la libéralisation des marchés ou la réforme des retraites. A bien y chercher, depuis 2017 Macron et sa bande n’ont jamais eu le début d’une idée personnelle fût-elle funeste. Le vide sidéral de la pensée politique macronienne s’exprime dans la réactivation de l’idée sarkozyste du « travailler plus pour gagner plus » par le biais d’une défiscalisation d’une partie des heures supplémentaires. Cette misère politique qui a toujours existé depuis des décennies, est cependant beaucoup plus visible chez les inexpérimentés politiciens qui soutiennent le président de la République, et même chez Macron. Ils sont en effet là par hasard, sans avoir eu à mouiller la chemise pour se confronter au peuple dont les intérêts sont évidemment à l’oppose des leurs. 

    Désaveu de Macron et de son équipe  

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot 

    La gestion du cas Nicolas Hulot par Macron est exemplaire. En 2017, il avait réussi un joli coup marketing en faisant de l’écologiste de profession « une prise de guerre », c’est-à-dire en le convaincant de participer au gouvernement, alors que celui se tenait éloigné de la sphère politique volontairement. On dit même qu’au premier tour des élections, il aurait voté pour Benoît Hamon. Mais très rapidement sur la plupart des dossiers importants, les arbitrages ont été rendus contre lui[1]. Son bilan est des plus maigres, bien que Macron qui apparait maintenant comme un menteur de profession, dise le contraire. Jouant les bouffons comme à son habitude alors qu’il se trouvait en voyage au Danemark, il a avancé qu’en quinze mois aucun gouvernement n’avait fait autant que le sien pour la défense de l’écologie[2]. C’est manifestement faux, un mensonge éhonté puisque son prédécesseur a obtenu des résultats bien meilleurs avec l’organisation de la COP21 en 2015, événement qui a eu un écho planétaire, même si ses résultats sont très insuffisants et même si Trump a remis en question l’accord de Paris[3].

    Nicolas Hulot dont la passivité était soulignée depuis ses débuts de ministre par les écologistes un peu sérieux, a dû avaler des couleuvres de grande taille en grand nombre tout au long de ces quinze mois[4]. Sur la plupart des dossiers importants c’est soit Stéphane Travert qui l’a emporté, sur le glyphosate, soit Edouard Philippe, sur le nucléaire, soit Macron lui-même qui s’est transformé en un défenseur acharné du lobby des chasseurs en avançant qu’on pourrait diviser par deux le prix du permis de chasse, histoire de démocratiser un hobby en perte de vitesse et complétement déconnecté de la vie rurale d’aujourd’hui[5]. Il semblerait que c’est sur cette dernière question qu’Hulot a décidé de démissionner. Lundi dernier, c’est-à-dire la veille de la démission d’Hulot, il y avait à l’Elysée une réunion sur la chasse à laquelle Thierry Coste[6], le lobbyiste de ce secteur archaïque, n’était pas invité, mais qui se trouvait pourtant là. Hulot en a demandé la raison à Macron et celui-ci, toujours dans son rôle de bouffon du cirque politique, lui a dit qu’il n’était pas au courant. Ce nouveau mensonge ahurissant digne d’un enfant de 4 ans pris les doigts dans le pot de confiture a mis le feu aux poudres[7].

    Bouffon pour bouffon, on a vu Thierry Coste apparaitre au grand jour et se féliciter à demi-mots d’avoir poussé Hulot à la démission. Le simple fait d’ailleurs que la démission du ministre de l’écologie ait fait sortir Thierry Coste du bois, est une forme de désaveu des engagements de Macron en matière d’écologie[8]. Il est clair que l’image de Macron qui souffre déjà d’un grand discrédit, va encore en prendre un coup. L’onde de choc n’est pas terminée. 

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot 

    Macron aime le lobbyiste Thierry Coste 

    Sur la forme Hulot a réussi son coup. Il a en effet annoncé sa démission directement à la radio, sur France Inter, avant même que d’en avoir averti le premier ministre et le président de la République. Certes on savait qu’Hulot quitterait le gouvernement à la rentrée, mais il semblait qu’il laisserait la maîtrise de cette démission à Macron. Et s’il l’a pris de court, c’est bien parce qu’il lui en veut énormément. C’est une manière de se venger. Sachant que Nicolas Hulot est le ministre de Macron le plus populaire, et de très loin, sa démission va renforcer l’image de technocrate sans cœur et sans conscience de ce gouvernement. Hulot laissait encore planer un doute pour certain, ce doute n’est plus permis. Dans la forme la déclaration d’Hulot est d’autant plus ravageuse qu’il a avancé que c’était plutôt mes lobbies qui gouvernaient la France que le président de la République. Ce qui est assez juste puisque les GOPE2017 qui sont la feuille de route du quinquennat Macron sont élaborés par la Commission européenne qui elle ne se cache pas de travailler la main dans la main avec ces fameux lobbies. 

    L’écologie et le pouvoir des lobbies  

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot 

    Cette affaire de la démission de Hulot a une grande vertu : elle démontre donc que le pouvoir des lobbies est supérieur à celui d’un ministre. Mais on peut le dire autrement : dans une société libérale, ce sont les marchés qui font la loi, et éventuellement les lobbies qui en sont une forme plus organisée. Parmi ces lobbies, il y a bien sûr les ONG qui par exemple travaille à détruire les nations européennes en important des migrants depuis l’Afrique. L’écologie politique a montré son incapacité à faire bouger les choses, qu’elle s’additionne à des parties de gouvernement comme Hulot, ou qu’elle tente de créer son propre parti. Cette écologie politique débute réelle en 1974 avec la présentation de René Dumont aux élections présidentielle. Puis elle se développera à travers des partis comme Génération écologie, Europe Ecologie les Verts, plus quelques autres sous-boutiques souvent suscité par des partis de gouvernements pour grapiller de ci de là des voix bien utiles pour les seconds tours. Nul ne contestera que la défense de l’environnement et de la nature face aux prédations du capital est un sujet de premier ordre, peut-être le plus important. Mais l’écologie politique souffre d’un double défaut :

    - d’abord elle est portée par des résidus des classes moyennes plus ou moins instruites qui consomment des idées écologiques comme le reste, bêtement et sans réfléchir très loin, elle est donc très à la mode, elle se veut européenne et ni de droite ni de gauche puisqu’elle renie le modèle productiviste. Evidemment on voit déjà la contradiction c’est qu’il est difficile sinon impossible d’être à la fois européiste et écologiste, puisque l’Europe a été construite pour la perpétuation – avant liquidation générale – de ce même modèle productiviste, multipliant les transports et les infrastructures qui les permettent. On ne peut pas en même temps critiquer le rôle des lobbies et tolérer l’économie de marché. Les lobbies sont l’émanation du fonctionnement de l’économie de marché, l’un ne va pas sans l’autre ;

    - ensuite c’est qu’elle prétend avancer généralement avec des modèles de transition qui suppose qu’on peut conserver le même modèle de production et de consommation axé sur l’accumulation du capital en substituant des technologies propres à des technologies polluantes. Il est maintenant clairement prouvé que cette idée de substitution repousse seulement le problème sans le régler : par exemple, l’énergie nucléaire fournit une énergie propre dans son usage, mais elle pose le problème du stockage des déchets[9] ou encore le problème du stockage de l’énergie à l’aide de piles électriques pour faire avancer par exemple une voiture électrique[10]. J’aurais pu donner l’exemple des éoliennes ou des panneaux solaires. Là aussi on prétend utiliser de l’énergie gratuite et naturelle, le vent ou le soleil, mais en réalité la récupération de cette énergie pose des problèmes difficiles à résoudre : elle dégrade le paysage et la nature, on voit par exemple des terres anciennement agricoles qui sont aujourd’hui reconverties dans la captation de l’énergie solaire. Jusqu’à présent on a reculé le moment des choix, supposant que les avancées scientifiques permettront un miracle qui sauve le vieux modèle consumériste. Mais même une transition énergétique, fort contestable comme on l’a vu, qui apporterait croissance et emplois[11] n’est pas à la portée de la classe politique. 

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot 

    C’est cette erreur de perspective qui fait que l’écologie politique s’allie périodiquement avec des partis de gouvernement, jadis avec le PS, puis aujourd’hui avec Macron. Il est remarquable que Hulot avance qu’il ait cru que Macron changerait quelque chose à l’approche des problèmes écologiques. Soit il est stupide, soit il se fie à des slogans ou des arguments de campagne. Dans les deux cas Hulot est évidemment coupable. Si l’idée d’une défense et d’une protection de l’environnement est populaire sauf chez des gens complètement bornés, l’écologie politique n’a eu aucun succès nulle part. En Allemagne où leur parti paraissait être le mieux structuré et le plus influent, les Verts sont tombés en dessous des 10%, loin maintenant derrière le nouveau parti AfD. De partout ils apparaissent comme prétentieux, arrogants et inefficaces. D’ailleurs les Verts en France n’avaient ils pas appelé à voter pour Macron au second tour des élections présidentielles ?

    En réalité, il ne peut y avoir d’efficacité en matière d’écologie que si on remet en question le vieux modèle consumériste et capitaliste, autrement dit si on cesse de courir après la croissance et l’accumulation des biens matériels. Mais cela signifie très précisément en finir avec le capitalisme et le marché, donc avec l’Union européenne et la mondialisation qui en sont l’expression moderne, car cette logique de décroissance n’est pas compatible avec la poursuite du profit, et probablement aussi qu’elle n’est compatible qu’avec un vrai retour en arrière en ce qui concerne l’importance de l’agriculture[12]. Ajoutons que la réorientation du modèle économique vers un mode de vie moins enclin au gaspillage ne peut pas s’épanouir dans une société où les inégalités explosent, car on ne peut pas demander aux plus pauvres et seulement à eux de faire des efforts sur leur consommation, pendant que l’oligarchie se livre à une véritable gabegie. Evidemment c’est très difficile de changer de modèle de société, c’est pourtant un impératif catégorique : il faut beaucoup d’imagination et d’enthousiasme, ce qui manque à la quasi-totalité des hommes politiques de profession. C’est sans doute le moment de réinventer une démocratie directe plutôt que de subir l’incompétence de ces gens. 

    Conclusion

    En attendant que le débat avance un peu, Macron et son gouvernement sont un peu plus discrédité par la démission de Hulot. Dans cette rentrée difficile, ils n’avaient pas besoin de ça pour être massivement rejetés par la population. Il est à prévoir que dans les mois qui viennent Ils battront des records d’impopularité que personne n’imaginait jusqu’ici, surtout que les mesures austéritaires visant à ponctionner les salaires et les retraites vont battre leur plein en 2019, en même temps que le gouvernement va continuer sa politique inefficace de cadeaux au patronat, ce qui aura inévitablement des effets négatifs et sur la croissance et sur l’emploi[13]. 

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot



    [1] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/08/28/glyphosate-nucleaire-nddl-quel-bilan-ecologique-pour-nicolas-hulot_5347054_4355770.html

    [2] https://www.lemonde.fr/politique/video/2018/08/28/demission-de-nicolas-hulot-la-reaction-d-emmanuel-macron_5347138_823448.html

    [3] http://www.liberation.fr/planete/2015/12/12/la-cop-21-s-acheve-sur-un-accord-historique_1420306

    [4] Un site comme Reporterre a dressé un bilan très négatif de l’action de Nicolas Hulot en juillet dernier https://reporterre.net/Nicolas-Hulot-vu-par-le-HulotScope-un-tres-leger-mieux mais c’est ce que pensent à peu près tous ceux qui se préoccupent de cette question.

    [5] https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/08/27/chasse-le-prix-du-permis-diminue-de-moitie_5346804_1652692.html

    [6] Beaucoup ont dénoncé l’amoralisme de Thierry Coste, mais ce n’est pas pertinent. Quel que soit la cuistrerie de ce bonhomme, il ne fait que ce qu’on lui permet de faire, et il dépend en dernier ressort que Macron le tienne ou non à l’écart.

    [7] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/08/28/25001-20180828ARTFIG00121-qui-est-thierry-coste-le-lobbyiste-des-chasseurs-qui-a-fait-craquer-hulot.php

    [8] https://www.huffingtonpost.fr/2018/08/28/thierry-coste-sur-le-depart-de-nicolas-hulot-cest-pas-tres-glorieux-pour-le-n03-du-gouvernement_a_23511049/

    [9] http://www.sortirdunucleaire.org/Dechets-radioactifs-plusieurs

    [10] https://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/14/la-voiture-electrique-ne-resout-pas-les-problemes-de-pollution-elle-les-deplace_5229854_3232.html

    [11] http://www2.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/03-30.pdf

    [12] Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Le seuil, 2009.

    [13] https://www.mediapart.fr/journal/france/270818/budget-2019-le-gouvernement-s-entete-dans-sa-politique-de-classe

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  •  La rentrée agitée du gouvernement

    La rentrée pour Macron et son collaborateur Philippe s’annonce plutôt mal. Non pas parce qu’il risque de se faire renverser à l’Assemblée, il possède une majorité de godillots qui le protège, ou parce que la rue risque de flamber, il ne semble pas que les syndicats et les partis de gauche soient en mesure de mobiliser, mais plutôt parce qu’il est en voie d’hollandisation.

    Le dernier sondage Elabe qui date du 22 août montre que le soutien réel de Macron est maintenant réduit à 14% de la population, 54% de celle-ci juge son action très négativement et les autres, soit un petit tiers, disent qu’il faut voir, attendre encore un peu. Cette approbation de 14% seulement des réformes en rafale correspond assez bien à cette classe qui a fait sécession du reste de la société et qui ne veut pas voir les problèmes à venir, ni remettre en question ses propres privilèges. On voit que si l’image de Macron se dégrade dans tous les segments de la société, même chez les électeurs centristes – sauf chez les lecteurs du Monde – elle reste encore assez bonne chez les électeurs de la droite traditionnelle, celle de LR. Cette évolution de l’opinion remet en quelque sorte les pendules à l’heure : Macron est bien un représentant de la droite. Certes il ne recouvre pas toute la droite, mais il est le porte-parole de la droite affairiste, pro-business et mondialiste. Les journalistes ont suivi bêtement les indications de Macron en évitant autant qu’ils le pouvaient de le qualifier d’homme de droite. Mais le fait que maintenant ce soit cette classe privilégiée qui reste son seul et unique soutien, montre que la réalité a rejoint son concept. Pour ma part, ayant lu son programme avant qu’il ne soit élu, je l’avais qualifié de droite-extrême. Son autoritarisme compulsif et narcissique le dévoile enfin aux yeux de l’opinion. Il y a en effet deux droites en France en gros : une droite nationaliste, anti-européenne et anti-immigration et qui est représentée par le RN (anciennement FN). Et puis il y a la droite cosmopolite qui a abandonné le combat des valeurs morales et culturelles et qui ne pense qu’à accumuler de l’argent. C’est celle-là que représente Macron et ses ministres, Philippe, Le Maire et Darmanin qui viennent d’ailleurs tous les trois de LR.  

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    Mais plus encore que le jugement très négatif que les Français portent sur l’action de l’histrion de l’Elysée, c’est le manque de confiance qu’il y a pour l’avenir. Après la réforme du prélèvement à la source qui n’est pas une réforme de l’équipe Macron-Philippe, mais qui a été organisée sous le quinquennat Hollande, ils se méfient des réformes qui vont être engagée. 

    Lâchages en série 

    La rentrée agitée du gouvernement

    Les lâchages ont commencé au printemps dernier quand trois économistes libéraux, Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry et Philippe Martin ont publié une tribune dans laquelle ils commençaient à prendre leur distance avec Macron dont ils avaient pourtant rédigé le programme[1]. Dénuées d’ambition autant que d’intelligence, ces trois marionnettes se sont rendues compte qu’elles n’avaient servi que de faire valoir pour moderniser dans les faits le vieux programme du capitalisme sauvage : tout pour le profit, baisse générale des salaires et démantèlement de l’Etat.

    Ce que nous apprend le sondage Elabe précédemment cité, c’est que maintenant ce sont les électeurs du MODEM qui sont en train de lâcher Macron[2]. Certes Bayrou et le MODEM ce n’est pas grand-chose, juste une droite un peu honteuse qui voudrait bien faire un peu de social pour qu’on ne l’embête pas. Mais ce lâchage confirme en réalité que Macron et sa bande ne peuvent même plus se réclamer du centre. D’autant que les informations qui filtrent ici et là montrent que le tassement de la croissance depuis l’arrivée de Macron pâtit de la baisse générale du pouvoir d’achat des Français[3]. Il est donc probable que contrairement à ce que fait semblant de croire le gouvernement le chômage recule d’ici à la fin de l’année. 

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    Et le budget ? 

    La première année du quinquennat Macron a été conforme aux attentes, en effet il était prévisible qu’une telle politique engendre une récession. Or lorsque les résultats ne suivent pas il est très difficile de poursuivre des réformes qui vont toutes dans le même sens : tassement de la part des salaires dans la valeur ajoutée, démantèlement de la protection sociale, privatisation des services publics et baisse de la fiscalité sur les plus riches. Les Français n’en voient pas l’utilité. Mais le pire est à venir. En effet, le gouvernement Philippe va devoir présenter un budget à l’automne. Or le budget antérieur reposait sur des prévisions de croissance erronées, aux alentours de 2%. Dans un sentiment d’euphorie inconsidéré, Macron pensait pouvoir ramener le déficit budgétaire à 2,3% en 2018, soit en dessous des fameux fatidiques 3% réclamés bêtement par la bureaucratie bruxelloise. Mais la croissance risque d’être bien plus faible, au mieux 1,7%, et encore. En 2019 il faudra faire des choix budgétaires : soit abandonner l’objectif d’un déficit à 2,3% du PIB, mais alors Macron mangerait son chapeau, soit donner un nouveau tour de vis dans les dépenses sociales, allocations chômages, aide au logement et hôpital public, soit remettre en question les privilèges fiscaux accordés au patronat et à la classe des « très riches ». Dans tous les cas, il est à peu près certain que le gouvernement n’attendra pas les 2,3%, au mieux il arriverait à 2,6%, et encore le dernier trimestre risque d’être mauvais en ce qui concerne les recettes fiscales.

    Il est probable que Macron qui confond volonté politique et entêtement imbécile donnera un nouveau coup de rabot sur les dépenses sociales. Son caractère, outre qu’il a fait allégeance à l’oligarchie financière, le pousse plutôt vers les mesures anti-sociales. C’est un peu ce que vient d’annoncer l’antipathique premier ministre de Macron : baisse des effectifs dans la fonction publique étatique – on parle de 4500 postes nets pour cette année, dégressivité des allocations chômage (sous le couvert de pousser les chômeurs à retrouver rapidement un emploi), ou encore baisse nouvelle baisse des APL[4]. Est-ce que cela sera suffisant ? Il ne semble pas. Mais par contre cela va renforcer la grogne sociale puisqu’en effet ces coupes budgétaires vont intervenir dans le moment même d’une nouvelle réforme des retraites sous couvert de justice sociale, notamment en s’attaquant aux régimes spéciaux et aux pensions de réversion. Macron et Philippe qui ont tous les deux formés à l’école américaine des Young leaders, ne veulent pas tenir compte du fait que toutes ces réformes ont été mises en œuvre depuis au moins trente ans un peu partout dans le monde, sans donner des résultats probants en matière d’emploi et de croissance. Ils croient à une sorte de stratégie du choc : aller le plus loin possible en matraquant le peuple avant qu’il n’ait le temps de se remettre de sa sidération. S’ils avaient étudié d’un peu plus près l’économie, ces deux antipathiques se seraient rendu compte que cette stratégie du choc n’amène sur le moyen et long terme que des déconvenues, non seulement parce qu’elle désorganise durablement l’économie, mais aussi parce que le peuple se détourne avec un grand mépris de ses représentants. 

    Haro sur les retraités 

    Le gouvernement a décidé de geler les transferts sociaux. Parmi les mesures qui semble-t-il ont été déjà décidées, il y a un nouveau coup de rabot sur les retraites. C’est pourtant les retraités qui ont été les plus enclins à voter pour Macron et pour les LREM. Mais Macron et Philippe pensent bêtement que les retraités sont le groupe le plus passif de la société et donc qu’ils continueront de l’être même si on les tond encore un peu. Cette nouvelle ponction sur les retraites va sans doute se faire sans coupure nette. Le menteur Bruno Le Maire s’est fait épinglé par Le monde, il avançait que les retraites ne baisseraient pas. Mais comme celles-ci n’augmenteront que de 0,3% alors que l’inflation est de 2,3% officiellement, la baisse du pouvoir d’acaht des pensions sera bien de 2%, c’est juste une question de mathématiques[5]. L’an dernier le gouvernement avait réalisé une ponction sur les pensions de 1,7% via une hausse de la CSG, avec à nouveau ces 2%, on est en un an à une baisse des retraites de 3,7% ! C’est du jamais vu depuis des décennies, sans doute depuis la Libération. Et cela sans parler de la réforme des retraites à venir et qui rabaisseront encore à terme un peu plus le pouvoir d’achat des retraités. Cet assaut général contre les retraites a de multiples implications. Le premier est une nouvelle baisse programmée de la consommation, et donc encore un tassement de la croissance. Le second est qu’il va apparaitre que les retraités payent une sorte d’impôt supplémentaire pour financer les cadeaux fiscaux faits aux riches et aux entreprises. Pendant ce temps le couple Macron se fait construire une piscine à Brégançon ou change sa vaisselle pour « un pognon de dingue » !

    La rentrée agitée du gouvernement  

    Si en effet le budget va être difficilement bouclé, c’est bien parce que les recettes fiscales sont insuffisantes consécutivement aux réformes initiées par Macron. Il va être très difficile de justifier cette ignominie par la nécessité d’une solidarité intergénérationnelle comme cela avait été le cas l’an dernier. Essentiellement parce que les retraités ont cotisé pour leur retraite, et donc ce qu’ils récoltent à la fin de la vie du travail, c’est le fruit de ces cotisations. En faisant basculer une grande partie des retraités vers la pauvreté, le gouvernement de droite extrême en fait des révoltés. Mais en outre, les retraités sont des consommateurs d’un nouveau genre qui ont fait émerger un secteur particulièrement dynamique, le secteur de la Silver economy[6]. Par exemple les retraités font fonctionner le secteur du tourisme et des loisirs hors-saison, ce qui permet de rentabiliser des investissements dans ce secteur qui ne pourraient pas l’être autrement. S’il y a bien un groupe qui, pour le meilleur et pour le pire, a poussé à la modernisation de la société, c’est bien celui des retraités. Contrairement à ce que pense le gouvernement – s’il pense – les retraités sont en général moins riches que les actifs et donc si leurs pensions baissent, ils commenceront par dépenser moins, ce qui se traduira encore un peu plus par un tassement de la croissance. Si dans les décennies précédentes les retraités apparaissaient comme un groupe plutôt conservateur, il se pourrait qu’ils deviennent le groupe le plus contestataire dans le futur, après tout ils avaient 20 ans en 1968 ! Ils ont donc une culture politique qui est souvent plus importante que les membres de ce gouvernement de technocrates. Ils ont commencé à descendre dans la rue l’an dernier, et ils pourraient devenir à moyen terme le groupe le plus revendicatif : ils ont en effet une cause à défendre, ils sont férocement attaqués, et ils ont le temps de faire de la politique ! Si on les empêche de consommer, il faudra bien qu’ils s’occupent en faisant de la politique ! 

    L’opposition 

    La rentrée agitée du gouvernement

    C’est entendu, maintenant la cote de popularité de Macron ne remontera plus jamais, c’est trop tard et son niveau est beaucoup trop bas. Sa politique et son arrogance l’ont plombé définitivement. Il ne peut plus bénéficier d’un effet de surprise comme l’an dernier.  Un tout récent sondage le montre, au mois d’aout 2018, il chute encore lourdement. A partir d’un certain étiage, on ne peut plus remonter la pente[7]. C’est un tobogan, Hollande et Sarkozy pourrait l’instruire sur ce point.  Evidemment Macron compte sur la division de l’opposition pour survivre, voire même faire un second mandat. Celle-ci se divise en deux aujourd’hui, Mélenchon et la France Insoumise à gauche, et Marine Le Pen et le Rassemblement national à droite. Ce sont en effet les supporters de ces deux partis qui sont aussi les critiques les plus virulents de Macron selon le sondage Elabe. Mais en même temps cette division parait au Français comme insurmontable[8]. Or potentiellement une alliance Mélenchon-Marine Le Pen serait majoritaire en France. Cette vision parait incongrue parce qu’évidemment chacun de ces deux partis veut ménager ses prébendes et voudrait bien devenir le parti d’opposition dominant. Le Rassemblement National traîne une réputation de parti fasciste, tandis que la France Insoumise est souvent vu par les supporters de Marine Le Pen comme un soutien de l’immigration de masse. Mais au-delà de ces postures, le sondage Elabe justement nous renseigne sur le fait qu’il y a beaucoup de proximités entre les deux électorats, par exemple sur l’affranchissement des dictats de Bruxelles, sur la défense de l’hôpital et du service public. Après tout, il y a quelques mois encore en Italie, une alliance entre M5S et la Lega apparaissait comme quelque chose d’incongru[9]. Déjà Mélenchon s’était fait remarquer en 2016 par ses propos assez peu conformistes sur l’immigration[10]. C’est d’ailleurs parce qu’il avait abandonné la posture habituelle de la gauche sur l’immigration et sur l’Europe qu’il avait pu progresser sérieusement dans les sondages en 2017 avant le premier tour de la présidentielle. De même on souvient qu’entre les deux tours des présidentielles, Marine Le Pen en avait appelé sans trop le dire à l’électorat de Mélenchon pour la supporter. Et Mélenchon avait suscité la polémique à gauche en refusant de donner une consigne de vote en faveur de Macron. Quoi qu’on en pense, et malgré les postures des uns et des autres, il y a plus de convergences entre les électorats de Marine Le Pen et de Mélenchon que de divergences. Que ce soit sur l’immigration, l’Europe ou l’idée de défendre le pouvoir d’achat et le service public. Evidemment une frange importante des supporters de ces deux partis n’est pas capable de dépasser l’opposition : au Rassemblement National on fait encore comme si Mélenchon était immigrationniste, et du côté de la France Insoumise on fait semblant de croire que le parti de Marine Le Pen est un parti fasciste. Mais quand on sait que le RN est le premier parti ouvrier en France et que beaucoup de ses supporters viennent directement du Parti communiste, le rapprochement entre les deux blocs n’est pas aussi incongru que cela.

      La rentrée agitée du gouvernement

    La difficulté c’est que la France n’est pas l’Italie. Les institutions donnent une telle prime au parti majoritaire qu’il est difficile de construire une alliance FI-RN car elle risquerait de faire voler en éclat ces mêmes partis. Il est donc plus facile, du fait des institutions de construire une alliance minoritaire autour de Macron. L’autre problème qu’on va rencontrer rapidement, c’est que les difficultés dans lesquelles se trouve empêtré Macron vont sans doute redonner un peu de tonus au parti de Wauquiez et aux débris du PS. Il est probable que Macron ait un peu crié trop tôt à la disparition des partis du vieux monde, ils risquent de se retourner contre lui. Cette résurgence de ces deux partis est à double tranchant : elle peut d’un côté rejouer le film de la fausse alternance, celle qu’on connait de fait depuis 1983. Mais en même temps elle peut tellement affaiblir Macron dont le parti LREM semble complètement hors-sol et sans ancrage, qu’en 2022 le second tour pourrait se jouer entre la FI et le RN, avec un émiettement complet des partis. Cette évolution pourrait précipiter aussi la fin de cette maniaquerie de ne vouloir gouverner qu’avec des technocrates sortant du même moule de la pensée unique. Pour l’ensemble de ces raisons, l’avenir politique de la France est très incertain. 

    Dernière minute  

    La rentrée agitée du gouvernement 

    Nicolas Hulot vient d’en rajouter dans cette rentrée très compliquée pour Macron et son gouvernement. Certes il ne servait pas à grand-chose, et son départ était programmé. En démissionnant cependant, il met à nu le gouvernement qui se présente clairement comme ennemi de la protection de l’environnement et plus précisément le représentant des lobbies[11]. Cette démission renforce le côté amateur de la présidence de Macron. Le gouvernement s’est encore un peu plus ridiculisé en reprochant par la voix de l’ineffable Griveaux a expliqué que c’était une mauvaise manière qu’Hulot leur faisait. Mais cette démission va montrer encore plus clairement que les promesses de Macron en matière d’écologie étaient juste du vent et que son bilan est négatif.


     



    [1] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/06/09/20002-20180609ARTFIG00109-trois-economistes-fideles-de-macron-pronent-un-reequilibrage-social.php

    [2] http://www.atlantico.fr/decryptage/severe-decrochage-electeurs-modem-egard-emmanuel-macron-qui-pourrait-marquer-fin-porosite-entre-droite-et-lrem-3487483.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/06/19/20002-20180619ARTFIG00280-l-insee-confirme-le-ralentissement-de-la-croissance-pour-l-annee-2018.php

    [4] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/08/26/edouard-philippe-annonce-les-grandes-lignes-de-son-projet-de-loi-de-finance-2019_5346258_823448.html

    [5] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/08/27/bruno-le-maire-nie-l-evidence-sur-le-pouvoir-d-achat-des-retraites_5346619_4355770.html

    [6] http://www.lefigaro.fr/conso/2014/01/25/05007-20140125ARTFIG00257-les-retraites-des-consommateurs-de-plus-en-plus-courtises.php

    [7] https://www.lejdd.fr/politique/sondage-la-popularite-de-macron-chute-de-5-points-a-34-3740096

    [8] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/4-francais-sur-10-estiment-qu-aucun-parti-n-incarne-l-opposition-a-macron_1965076.html

    [9] Alors que tout le monde donnait un gouvernement M5S Lega comme impossible, j’en avais évoqué rapidement la possibilité, et au moins sur ce point je ne m’étais pas trompé http://in-girum-imus.blogg.org/le-resultat-des-elections-en-italie-l-europe-et-les-migrants-a138322236

    [10] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/09/09/25002-20160909ARTFIG00170-les-positions-de-melenchon-sur-l-immigration-crispent-a-gauche.php

    [11] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/08/28/nicolas-hulot-annonce-qu-il-quitte-le-gouvernement_5346903_823448.html

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  •  Des catastrophes naturelles ou non

    Cet été on a eu droit à un été meurtrier. Des catastrophes importantes ont eu lieu en Italie et en Grèce, deux pays de l’Europe du Sud en difficulté avec des morts et des dégâts matériels considérables. Ce sont chaque fois des dizaines de victimes et il faudra des années pour panser les plaies. La Grèce a connu des incendies importants qui ont fait près d’une centaine de morts. Cet épisode meurtrier a mis en avant deux choses :

    - d’abord l’incurie du gouvernement Tsipras qui non seulement a réagi avec retard, mais il a ensuite donné un très mauvais diagnostic des raisons de ces incendies, histoire de dédouaner son gouvernement honni de toute responsabilité en la matière. Accusant le vent ou les mauvaises manières des habitants qui auraient construit des habitations un peu n’importe où[1] ;

    - ensuite parce qu’il montre que la politique d’austérité décidée par la Troïka et appliquée brutalement et stupidement par le traitre Tsípras, a abouti à une désorganisation totale de l’Etat, notamment en ce qui concerne les services de sécurité les plus élémentaires. Et ça c’est aussi de la responsabilité de l’Union européenne et de ses sous-boutiques comme la Commission européenne, la BCE qui a gagné beaucoup d’argent dans la destruction systématique de l’Etat grec ou encore l’Eurogroupe[2].

      Des catastrophes naturelles ou non

    La désinvolture du gouvernement grec ressemble à la même désinvolture du gouvernement Macron-Philippe, et plus généralement à cette habitude de démissionner sans le dire dès lors qu’il devient évident que ces hommes et femmes politiques ne maîtrisent plus rien. Il est vrai que les formes nouvelles et post-démocratiques ont encourager les hommes politiques à ne plus prendre aucune responsabilité autre que de gérer les comptes publics au nom d’objectifs louches comme l’équilibre budgétaire ou le remboursement de la dette. Ces incendies ont eu un effet ravageur dans l’opinion grecque qui pourtant en a vu bien d’autres depuis dix ans. Tsipras qui est complétement discrédité en Grèce a en donc profité pour se relancer ailleurs, à l’étranger. C’est maintenant la tactique bien rodée de Macron, de Tsipras ou de Merkel d’aller se faire voir à l’étranger histoire de montrer qu’ils existent encore un petit peu. Dans le cas de Tsipras, il s’agit de tenter d’avoir le soutien de la bureaucratie européiste pour se faire réélire en 2019, par exemple en présentant quelques mesures sociales qui raviveraient l’enthousiasme des Grecs. Il n’est pas dit que cette tactique sera payée de retour, les bureaucrates européens sont en effet prompts à cracher sur ceux qui sont leurs plus ardents défenseurs, avec dans l’idée que d’autres que Tsipras, plus à droite si on veut, seraient encore bien accommodants que lui. Ce qui semble toutefois difficile à trouver.

    Le monde qui est prêt à tout pour défendre l’Europe et la mondialisation a donc donné ces jours derniers une large place à l’autosatisfaction de Tsipras[3]. Voilà cet individu qui se félicite d’avoir bien travaillé, tentant de signifier que la Grèce est en train de sortir de la crise, au motif que dorénavant la Grèce pourrait à nouveau emprunter sur les marchés – donc s’endetter encore un peu – et que la tutelle de Bruxelles serait maintenant moins forte, encore que pour les observateurs il semble bien que la tutelle de Bruxelles restera encore longtemps à la manœuvre du budget grec[4]. Mais cette bouffonnerie ne peut pas masquer la réalité : après 10 ans de crise continue et les multiples mémorandums que l’on sait, le PIB grec n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2003 te le chômage reste toujours officiellement au-dessus des 20%, alors même que des centaines de milliers de Grecs ont fui leur pays, et qu’il s’agit là de la partie la plus dynamique et la mieux éduquée de la nation[5]. De même la dette publique grecque n’a guère évoluée et elle a même encore augmentée en volume[6].

      Des catastrophes naturelles ou non

    Il apparait ainsi que les incendies en Grèce qui ont fait une centaine de morts à Mati, sont une image à peine déformée de la désastreuse politique que la Troïka sous la houlette du sinistre Docteur Schaüble a menée à Athènes. Car il n’existe que peu de cas dans l’histoire économique d’une nation d’une aussi longue récession, ce qui fait apparaitre que la politique européenne en Grèce a prolongé au-delà du nécessaire la récession. Certes dans la foulée de la reprise européenne la Grèce a retrouvé un peu des couleurs, mais pas assez pour parler de retour à la normale. Le PIB grec par tête est de seulement 58% du PIB européen. Tout cela pèsera lors des élections de 2019 qui pourrait très bien voir Tsipras terminer sa triste carrière de traitre de comédie. Et ce d’autant que Bruxelles réclame à nouveau des coupes sombres dans les dépenses publiques pourtant exsangues de la Grèce en exigeant que ce malheureux pays continue pendant les décennies à venir – jusqu’en 2060 ! – de dégager un excédent budgétaire supérieur à 2%[7]. Tsipras ne peut espérer s’en sortir qu’à la condition que les Grecs soient tellement dégoutés qu’ils ne se rendent même plus aux urnes, comme Macron en quelque sorte qui bien que haï par une majorité très large des Français, compte sur la dispersion de l’opposition pour continuer ses turpitudes.

      Des catastrophes naturelles ou non

    Les incendies en Grèce ne sont pas plus naturels dans leur départ et leurs prolongements que la catastrophe qui s’est produite à Gênes. Il s’agit d’un pont branlant qui s’est effondré, entrainant des dégâts matériels colossaux car il s’agissait d’une voie très fréquentée, mais aussi des dizaines de morts. C’était une voir qui était beaucoup empruntée, une sorte d’entonnoir. Ici c’est directement l’Union européenne qui est en cause, d’abord parce qu’elle a poussé et qu’elle pousse encore à la privatisation de tout ce qui peut l’être pourvu que cela affaiblisse l’Etat national et renforce les groupes financiers amateurs de rente. Or la privatisation fait naturellement que les énormes bénéfices qui s’apparentent à un racket des automobilistes, ne servent pas à l’entretien de ces infrastructures, mais d’abord et principalement à enrichir les actionnaires. Dans un récent article, Jacques Sapir avance que le rendement de ce type d’infrastructure est d’au moins 25%[8]. C’est extravagant bien sûr et démontre que la privatisation des monopoles naturels conduit tout naturellement à des abus de position dominante[9]. C’est aussi le cas de nos autoroutes dont Bruxelles a réclamé à cors et à cris la privatisation. Mais dans le cas des autoroutes françaises, pour l’instant il n’y a pas eu de morts liés au manque d’entretien.

    Par la voix du pâle Pierre Moscovici, la Commission européenne, exécutif de l’Union européenne, a commencé à mettre en garde Matteo Salvini, pourquoi ? Parce que ce dernier a émis l’idée d’un vaste plan gouvernemental de 40 milliards d’euros pour rénover et sécuriser les nombreux ponts délabrés de la péninsule. Or Salvini prétend financer ces dépenses par le déficit budgétaire pour ne pas alourdir trop le poids de la fiscalité. Mais Moscovici, qui n’est rien, à peine une marionnette dans ce théâtre d’ombres qu’est devenue l’Union européenne, a fait les gros yeux et menacé le nouveau gouvernement italien qui ne plait pas à la bureaucratie européenne de sanctions[10].

    La catastrophe de Gênes est d’abord le résultat d’un modèle singulier qui vise à tout privatiser et évidemment dès lors qu’on distribue de l’argent pour les actionnaires, il devient clair que cet argent manquera pour l’entretien courant des infrastructures. C’est l’évidence des vases communicants. En vérité la méthode de Salvini n’est pas la bonne parce que si l’Etat met de l’argent pour rénover et sécuriser le réseau routier, il ne peut pas le faire en toute logique en se substituant aux obligations des sociétés privées qui continuent à engranger les bénéfices de leur racket. Autrement dit il n’y a que deux solutions, soit on renationalise le réseau sans indemniser ces entreprises qui ont failli, soit on les met dans l’obligation d’effectuer ses travaux elles-mêmes en piochant dans les bénéfices extravagants qu’elles ont réalisés au cours des dernières années. C’est que l’affaire est importante. Ces cinq dernières années ce ne sont pas moins de 10 ponts qui se sont effondrés en Italie faute d’investissements[11]. 

    Des catastrophes naturelles ou non 

    En 2016 un pont s’était effondré près de Milan 

    Pour autant il ne faudrait pas croire que l’Italie est un cas particulier. La France pourrait connaitre bientôt le même problème. Un rapport récent du ministère des transports avance que 17% du réseau est en très mauvais état, et que 7% des 23 000 ponts sont menacés d’effondrement[12]. C’est la conséquence du retrait de l’Etat, mais aussi de la décentralisation puisqu’en effet en donnant plus de pouvoir aux Régions, tout en diminuant leurs dotations, plus personne n’a les moyens de répondre à la demande minimale de sécurité. Notez qu’une partie de la dégradation des infrastructures de transports provient du fait que la France est aussi un carrefour des destinations européennes, c’est donc là encore le résultat indirect de l’intégration européenne qui a besoin pour se faire d’accroître les flux de marchandises et de personnes, flux qui passent principalement par la route.

    C’est au pied du mur qu’on voit le maçon comme on dit, et on mesurera la volonté de Salvini d’agir sérieusement en la matière que s’il est capable de s’affranchir de la tutelle de Bruxelles. C’est à ce prix qu’il conservera ou non sa forte popularité[13], car la catastrophe de Gênes a beaucoup choqué en Italie et négliger de prendre des mesures fortes entrainerait un ressentiment très élevé chez les électeurs.



    [1] http://www.greekcrisis.fr/2018/08/Fr0681.html#deb

    [2] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/dette-grecque-les-interets-ont-rapporte-8-milliards-d-euros-aux-banques-centrales-753950.html

    [3] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/08/21/pour-alexis-tsipras-l-odyssee-moderne-de-la-grece-a-pris-fin_5344584_3214.html

    [4] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/08/20/la-grece-sort-officiellement-de-sa-mise-sous-tutelle_5344078_3234.html

    [5] Comme l’on sait, la Grèce a été un des pays européens les plus touchés par la crise des migrants en 2015 et 2016. Ce qui fait que c’est comme si ce pays avait remplacé les Grecs par des migrants. Ici la théorie du grand remplacement n’est plus une vue de l’esprit, mais une réalité tangible. Et les Grecs qui pourtant ont démontré une patience exceptionnelle sont complètement dégoutés et de plus en plus hostiles aux migrants.

    [6] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/08/21/dans-quel-etat-est-la-grece-apres-huit-ans-d-aide_5344689_4355770.html Les lecteurs du Monde qui sont maintenant à 99% macroniens, sont furieux de cet article qu’ils disent malveillant car il ne mettrait pas assez en avant les nécessités de l’austérité et ses bienfaits.

    [7] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/06/22/les-grecs-sont-loin-de-voir-le-bout-du-tunnel-de-l-austerite_5319344_3234.html

    [8] https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-la-catastrophe-de-genes-lunion-europeennes-et-la-crise-de-sous-investissement-que-connait-litalie-par-jacques-sapir/

    [9] Le rendement des autoroutes privatisées en France est d’environ 20%, ce qui n’empêche pas les sociétés gestionnaires de réclamer des hausses continues des péages, et de réclamer que l’Etat fasse des travaux d’entretien à leur place. https://www.franceinter.fr/societe/la-tres-rentable-privatisation-des-societes-d-autoroutes Un tel système ne peut exister qu’accompagné d’un haut degré de corruption des parlementaires. Il y a peu d’exemples de rendements aussi élevés dans l’industrie. Nous ne sommes plus dans la juste rémunération de l’actionnaire qui prête son capital, mais dans un système de pillage organisé du bien public.

    [10] https://www.bfmtv.com/politique/moscovici-sur-l-italie-je-deteste-ce-que-dit-monsieur-salvini-mais-je-comprends-d-ou-il-vient-1477609.html

    [11] http://www.europe1.fr/international/italie-dix-ponts-effondres-ces-cinq-dernieres-annees-signe-dun-reseau-routier-en-manque-dinvestissements-3733805

    [12] https://www.lejdd.fr/societe/en-france-7-des-ponts-routiers-presentent-un-risque-deffondrement-3734429 et https://www.lejdd.fr/societe/en-france-7-des-ponts-routiers-presentent-un-risque-deffondrement-3734429

    [13] http://www.lepoint.fr/europe/72-des-italiens-soutiennent-matteo-salvini-19-06-2018-2228606_2626.php

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  •  Le recul programmé de l’espérance de vie

    L’espérance de vie est un critère important pour juger du développement. Généralement il est intégré dans l’IDH (Indicateur de Développement Humain) à côté des critères monétaires comme le PIB par tête pour tenter d’évaluer l’efficacité d’un système économique et social. Et donc on nous expliquait, il n’y a pas si longtemps encore, que le capitalisme est bien une réussite en soi et pour soi puisque l’espérance de vie avait augmenté d’une manière continue. Il y a plusieurs façons de mesurer l’espérance de vie, tirer une moyenne de l’âge des décès – c’est ce qu’on appelle l’espérance de vie à la naissance – calculer l’espérance de vie en bonne santé : par exemple combien d’années en moyenne on peut espérer vivre encore en bonne santé, sans une assistance médicale importante. On aurait pu évidemment rétorquer que ce n’est pas le tout de vivre longtemps, encore faut-il vivre bien. Or on va voir justement que beaucoup meurent aussi d’ennui. 

    Le recul programmé de l’espérance de vie 

    Mais revenons sur les idées reçues en la matière. En vérité il n’est pas très opportun de considérer que le capitalisme est bien un facteur d’allongement de l’espérance de vie, notamment parce que non seulement l’espérance de vie a augmenté après-guerre en Russie, dans un régime socialiste, mais elle a chuté radicalement dans ce même pays quand les docteurs Diafoirus de l’économie de marché ont entrepris une conversion radicale de l’économie soviétique aux canons américains en vigueur. Si l’allongement de l’espérance de vie est un progrès matériel mesurable, il n’est pas certain qu’il s’avance avec la marchandisation du monde.

    Le recul programmé de l’espérance de vie 

    Si dans ces dernières décennies l’espérance de vie a bien augmenté de partout dans le monde, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, il semble que cette tendance soit maintenant en train de s’inverser, au moins dans les pays riches, mais il est probable que les pays pauvres suivront à moyen terme. Plusieurs articles ont commencé à pointer ce revirement spectaculaire, notamment dans Le monde[1]. Plusieurs facteurs expliquent cette transformation :

    – la surconsommation de drogues qui fait que celle-ci est devenue la troisième cause de mortalité derrière les maladies cardio-vasculaires et les cancers[2]. Il ne s’agit pas d’un accident, ou d’un mal qui toucherait les plus désespérés, mais bien d’une nouvelle orientation de la consommation, comme jadis on a eu le tournant du fast food.

    – la dégradation continue de l’alimentation où la quantité a remplacé clairement la quantité. L’obésité est identifiée comme un critère de surmortalité, et cette obésité est liée aussi bien à la surconsommation de produits issus de l’industrie agro-alimentaire, qu’à une alimentation compulsive défendue comme un principe d’existence, soit un surgeon de la société de consommation. Les chiffres qui circulent à ce propos font froid dans le dos, on parle de 400 000 morts par an aux Etats-Unis[3]. Les études de l’OMS montrent que ce mal se répand maintenant de partout dans le monde et touche des dizaines de millions de personnes[4]. Si le tabac et la pollution de l’air font des ravages, la malbouffe en engendre encore bien plus et semble devenir la première cause de mortalité, ce qui affecte évidemment les possibilités d’allongement de l’espérance de vie.

    – enfin comme nous savons, les différences d’espérance de vie sont aussi reliées à la classe sociale[5]. Les ouvriers vivent moins vieux que les cadres. Là encore les raisons sont multiples, non seulement les ouvriers font un métier physiquement plus difficile que les cadres, mais en outre leurs revenus étant plus faibles, ils dépensent bien moins pour leur couverture sociale. On voit donc que la dégradation du système de protection sociale de partout dans le monde sera aussi un des facteurs importants d’inversion de la courbe d’augmentation de l’espérance de vie au moins dans les pays riches. Les plus pauvres ont également accès à une alimentation de plus mauvaise qualité ce qui fait que les deux derniers critères se recoupent pour partie.

     Le recul programmé de l’espérance de vie 

    Cette inversion de la tendance à l’allongement de l’espérance de vie montre une dégradation continue non seulement du système écologique, mais aussi du système économique qui n’est plus capable du moindre progrès visible.



    [1] https://www.lemonde.fr/demographie/article/2018/08/16/les-etats-unis-l-homme-malade-des-pays-du-nord_5342838_1652705.html et aussi https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/05/31/le-recul-de-l-esperance-de-vie-une-nouvelle-tragedie-americaine_5307558_3234.html

    [2] https://www.lemonde.fr/addictions/article/2018/08/16/etats-unis-72-000-personnes-mortes-d-une-overdose-en-2017-un-record_5343199_1655173.html

    [3] https://www.tdg.ch/vivre/malbouffe-tue-400-000-personnes-an/story/11921306

    [4] https://www.mieux-vivre-autrement.com/la-malbouffe-tue-plus-que-le-tabac.html

    [5] https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280972

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     Populisme, la faillite des experts

    L’élite plus ou moins instruite, plus ou moins auto-proclamée suppose que le populisme est en lui-même une erreur, et donc qu’il faut faire confiance aux représentants du peuple, et non au peuple lui-même. On associe très souvent le populisme aux insultes envers le Front national ou envers la Lega en Italie. Et on dénoncera les « dérives populistes » à gauche chez Mélenchon par exemple quand il en appelle au peuple justement contre les élites.

    On voit par exemple des militants de gauche dénoncer sans trêve les « dérives populistes » de Salvini, quand celui-ci bombe le torse et explique qu’il va renvoyer chez eux les migrants clandestins, ou quand il dénonce les familles « homo-parentales » comme une dérive dangereuse pour la civilisation, et donc qu’il veut revenir en arrière pour inscrire dans l’Etat-civil les mentions du père et de la mère[1]. Evidemment on peut discuter de ses propositions. En vérité le problème n’est pas là, mais dans le fait qu’une très large majorité d’Italiens se trouve en phase avec ces idées. Le gouvernement Conte a une approbation très élevée depuis trois mois, autour de 75%[2]. Par les temps qui courent, c’est assez inédit. Macron se retrouve à 27%, Merkel à 29% et Trump à 40%. Même la gauche style PD est en grande partie derrière ce gouvernement et plus particulièrement Salvini. On a un peu le même schéma avec Viktor Orban en Hongrie.

      Populisme, la faillite des experts

    Est-ce à dire comme le croient certains que le peuple italien est redevenu fasciste ? Est-ce que les Hongrois doivent être punis pour avoir mal voté ? c’est en tous les cas ce que pense Macron qui a menacé la Hongrie de ne plus recevoir de subventions européennes parce qu’ « elle ne respecte pas les valeurs »[3]. Autrement dit la Hongrie serait coupable de gouverner dans le sens que désire son peuple, même si cela va à l’encontre des désirs de la Commission européennes, de Macron ou de Merkel. A ce niveau il convient de poser les bonnes questions.

    Il est évident que le peuple peut se tromper : on peut admettre qu’il n’a pas raison sur tel ou tel point, et donc combattre les mesures qui sont prises en son nom. Cependant il est facile de répondre que les « experts » hors-sol peuvent eux-aussi se tromper, et même qu’ils en ont fait largement la preuve. Le jeu de la démocratie est justement que le peuple peut se tromper et donc quand les hommes politiques qui le représentent ont faillis, il convient non seulement de les remplacer, mais aussi de changer de programme. Par exemple, alors qu’il est clair que l’Union européenne est un échec politique, économique et social, dans une démocratie, on pourrait changer cela. Mais comme dit Juncker, et c’est là que se pose un vrai problème, « les traités européens sont supérieurs au choix démocratique ». Ce qui veut dire clairement que l’Union européenne, même si elle marche très mal, même si elle n’a aucun résultat positif et qu’elle engendre déconvenue sur déconvenue, ne peut pas être défaite[4]. Jacques Attali avait développé la même idée en affirmant que les avancées progressistes devaient être « sanctuarisées », il pensait bien sûr à l’Union européenne[5], mais il avançait pour faire passer la pilule « l’abolition de la peine de mort » ou « la démocratie ». Mais n’est-ce pas alors gouverner contre le peuple ? On retrouve ici l’idée que dans la post-démocratie il vaut mieux que ce soient les experts qui gouvernent – parce qu’ils savent, parce qu’ils ont fait des études – que le peuple qui ne sait rien.  

    Populisme, la faillite des experts

    En vérité Juncker et Attali se trompent lourdement. La preuve ? Les accords de Dublin sur la répartition des migrants en Europe ont été balayés aussi bien par l’Italie que par les pays de Visegrad. Formellement ils existent toujours, mais dans les faits, chaque pays fait exactement ce qu’il veut, ce qui veut dire aussi que Schengen est également abandonné. Evidemment ce n’est pas la première fois qu’un traité est abandonné, l’histoire est jalonnée de ce genre de retournement : quand quelque chose ne fonctionne pas, il faut le remettre en question. On peu traîner les pieds, mais tôt ou tard, cela se fera. On ne peut pas indéfiniment gouverner contre le peuple, même si celui-ci est relativement passif.

    La montée des populismes est en réalité une réaction populaire à l’échec de l’Europe institutionnelle. Et si ce « populisme » trouve des échos plutôt à droite qu’à gauche, c’est pour deux raisons :

    - la première est que la gauche a évolué, allant d’échec en échec, d’un modèle national, hérité de la Résistance, vers un modèle mondialiste appuyé sur l’efficacité supposée du marché. En 1981, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, alors que celui-ci avait une influence importante, mettait en garde dans un article qui avait fait sensation contre les effets délétères de l’immigration massive dans un article publié le 6 janvier 1981, article qui faisait l’apologie de la nation comme référence incontournable de l’action politique. Les partis de gauche se sont bureaucratisés, leurs représentants étant de moins en moins issus du peuple, ils ont perdu le contact avec lui. Quoiqu’on en pense, Georges Marchais venait de la classe ouvrière, et son lointain successeur, Pierre Laurent, n’est que le fils de Paul Laurent, autre apparatchik du PCF. Cette gauche qui s’est voulue moderne a emprunté ses habits et son langage à la bourgeoisie qu’elle prétendait combattre : mettant l’accent sur les fausses vérités de l’analyse économique traditionnelle, comme les vertus de l’ouverture sur la croissance et l’emploi, les vertus des privatisations ou encore celles de la flexibilité du marché du travail.  

    Populisme, la faillite des experts

    - la seconde raison est que la gauche a commencé à être représentée par des élus qui avaient fait des études supérieures et qui de ce fait, étant semi-instruits, se sont mis à mépriser le peuple, avant que celui-ci ne se mette à son tour à leur cracher dessus. Les politiques se sont de plus en plus souvent entourés d’experts qui n’en savaient pas plus qu’eux, mais qui étaient capables de rédiger un rapport sur n’importe quel sujet. Evidemment comme ces experts savent où se trouve l’argent qui leur permettra de financer leurs activités – c’est bien la seule chose qu’ils savent d’ailleurs – ils ont adopté et mis en avant le langage de leurs bailleurs de fonds. Avant l’effondrement total du PS, aujourd’hui réduit à l’état de groupuscule, on parlait volontiers d’UMPS. Cela voulait dire que les partis UMP et PS qui mettaient en scène une fausse alternance, abreuvaient leur discours aux mêmes sources et reprenaient les mêmes fausses idées pour se donner l’air d’être sérieux. La confusion est encore plus éclatante avec Macron qui fait semblant, dans un élan démocratique qui ne lui ressemble pas, de donner de la place à « la société civile ». Cette locution aussi peu précise que le mot « populisme » est censée renvoyer à des « gens » qui représenteraient une bonne connaissance de ce qu’ils analysent. En réalité se sont au mieux des « experts », et au pire des députés genre LREM.

    Prenons un exemple : le PS et l’UMP ont admis de conserve, malgré quelques dissidences, que l’immigration est une bonne chose sur le plan économique. Mais outre qu’on pourrait penser que l’immigration n’est pas seulement un problème économique, et que cette immigration massive peut in fine engendrer des catastrophes politiques sans fin, cette connivence était fondée sur « des rapports d’experts » partiels dont la méthodologie ne tenait pas la route[6]. Ce même consensus est apparu en 2005 au moment du référendum sur le TCE : l’UMP et le PS faisaient campagne très exactement avec les mêmes arguments. Cette convergence est intéressante dans la mesure où elle a été battue à plate couture : droite comme gauche, les politiciens ne parlaient plus la même langue que le peuple, ils parlaient la langue fausse de l’expertise. Celle que les gens ordinaires ne peuvent pas comprendre.  

    Populisme, la faillite des experts

    L’échec dans les urnes du référendum sur le TCE n’a pas cependant fait bouger les choses : les politiciens, la fameuse UMPS, ont contourné l’obstacle en faisant passer un Traité – dit Traité de Lisbonne – en douce, avec dans l’idée que les députés et les sénateurs réunis en Congrès à Versailles étaient bien plus malins et instruits que le peuple lui-même. Si la méfiance des Français était grande envers les politiciens avant ce mauvais coup, elle s’est accrue dans des proportions inédites après cette forfaiture, accélérant le divorce entre le peuple et ceux qui prétendent le représenter.

    Dans ce divorce justement il y a une différence de langage terrible :

    - pour l’élite, l’Union européenne est excellente, certes perfectible, mais excellente, tandis que pour le peuple, elle va d’échec en échec. Les représentants les plus zélés de cette Union européenne, faute de pouvoir présenter des résultats probants, soutiennent même sans rire, que sans l’Union européenne les choses seraient pires encore ;  

    Populisme, la faillite des experts

    - pour l’élite, l’immigration est excellente et ne prend pas d’emplois aux autochtones, le peuple pense au contraire que l’immigration de masse engendre des problèmes sans fin de cohabitation, amène une islamisation rampante de la société et un début de guerre civile ;

    - pour l’élite, les accords de type CETA ou TAFTA sont excellents pour l’économie et l’emploi, le peuple manifeste contre cette idée. Evidemment l’élite refuse de voir ces accords passer sous les fourches caudines d’un référendum par exemple, supposant ainsi que le référendum serait bien moins démocratique que le vote des représentants élus qui connaissent mieux les besoins du peuple que le peuple lui-même.

     Populisme, la faillite des experts

     

    Manifestation contre le CETA et TAFTA en Allemagne en 2016 

    On pourrait multiplier les exemples à l’infini : le peuple européen est massivement pour l’interdiction des glyphosates et donc des produits de Monsanto, mais la Commission européenne, complètement corrompue, il ne faut pas l’oublier, continue à imposer ce poison et donc à s’opposer à la volonté populaire. Comme on le voit le problème n’est pas tant que les experts se trompent, mais plutôt qu’ils veuillent nous obliger à adopter leur manière de penser, nous empêcher de proposer des choix alternatifs à leur soupe aigre le plus souvent guidée par les intérêts d’une oligarchie sans frontière. Le populisme c’est avant tout cela : le refus de déléguer sans contrôle le pouvoir à des représentants dont l’efficacité est douteuse et la propension à trahir le peuple est avérée. Il y a une opposition entre deux conceptions de la démocratie, la première, qui est complètement en bout de course, suppose que le peuple vote et ensuite ne pose plus de question sur ce que font ses élus. C’est la conception de Macron qui oublie volontiers qu’il a été élu par défaut pour faire barrage au fascisme, et donc qui ne supporte guère la contestation de ses mesures ineptes et rétrogrades. La seconde qui prend de plus en plus d’importance depuis la fin des années soixante, demande de plus en plus de contrôle sur ce que font les politiques du mandat qu’on leur a accordé.

    Le règne des experts n’est pas seulement la représentation d’un mépris des élites pour le peuple. C’est également l’effondrement de l’éducation des élus qui n’ont plus d’idée sur rien et encore moins sur le reste[7]. Ils se fient donc aux rapports d’experts : Macron se cale directement sur les GOPE2017 parce qu’il n’a aucune idée d’une alternative, parce qu’il est incapable d’en imaginer une. Les gouvernants ne sont plus seulement des gens dont on combat les idées parce que ce sont les idées des classes supérieures, de l’oligarchie, mais ce sont ouvertement aussi des imbéciles. Dans la période récente, on a Trump qui considère que les incendies sont aggravés par les lois de protection de l’environnement te non par la dégradation générale du climat[8]. On a encore l’exemple de Macron engageant pour sa propre sécurité quelqu’un comme Alexandre Benalla qui se prétendait expert en sécurité, mais qui en fait n’était rien qu’un vulgaire garde du corps opportuniste.

    On peut penser ce qu’on veut de Salvini, d’Orban et de quelques autres, et même pourquoi pas du mal, mais leur arrivée au pouvoir est d’abord le résultat de la faillite de l’européisme et de la négation du fait national. La mondialisation des élites a plongé le monde dans une forme d’acculturation que le peuple refuse. C’est une question d’identité. Les peuples souffrent de ce manque de repère, de cette destruction de leurs propres racines. Quand Salvini défend la famille contre l’homoparentalité, il ne s’attaque pas à l’homosexualité, mais il recrée des repères en ce qui concerne la filiation. Il y a une propagande assourdissante en ce qui concerne l’effacement du genre qui n’est pas, qui ne peut pas être, entendue par les peuples. Ces histoires de sexes qui changent, qui ne définissent plus rien, ne concernent qu’une infime minorité. Que ce soit cette négation des sexes ou la PMA, ce ne sont pas ce genre de débats qui va faire passer Macron pour un homme de gauche. Au contraire, s’il aspire avec lui une partie de la gauche bobo, celle-ci se déconsidérera encore plus en se coupant encore plus du peuple qu’elle va prétendre représenter.  

    Populisme, la faillite des experts

    Toute cette propagande pour les mouvements gay et lesbien, LGBT comme on dit, engendre forcément un rejet de la part du peuple. On a vu que la Gay pride n’était pas seulement une demande de reconnaissance des droits des minorités sexuelles, mais c’est aussi forcément une affaire de propagande qui sombre souvent dans le spectacle immonde sous les yeux mêmes des enfants, comme le montre la photo ci-dessous. Il est tout à fait normal qu’un tel mouvement qui s’apparente aussi à un viol des consciences, produise rapidement son effet inverse. Cette image d’une dégénérescence complète de l’Occident est fausse car c’est seulement une minorité qui se met en spectacle et qui prétend imposer de nouvelles normes. C’est en quelque sorte l’image inversée des catholiques intégristes qui ici et là prétendent interdire aux femmes d’avorter. Il faut s’attendre rapidement à un retour de bâton dans le sens inverse. Et il est possible que cela apparaisse comme réappropriation de l’histoire à travers un retour à la tradition. Il est en effet bien possible que la fin de la mondialisation passe par un retour à des formes autoritaires de gouvernement. Mais on ne voit pas en quoi ces systèmes dénoncés par des imbéciles comme illibéraux[9] seraient finalement moins démocratiques que ces systèmes libéraux qui imposent des formes et des normes de vie sociale et économique contre l’approbation des populations. Autrement dit, plus on voudra nous forcer à accepter la mondialisation et ses conséquences culturelles, et plus nous irons vers des gouvernements ouvertement nationalistes et autoritaires.  

    Populisme, la faillite des experts

    Dans le dynamisme des sociétés, il est illusoire de croire qu’on combattra le populisme avec de nouvelles lois, ou avec des sanctions comme le propose bêtement Macron. L’exemple italien est là pour le démontrer : l’Italie fut un temps un des meilleurs modèles pour l’Europe, accueillant pour les migrants, très europhile, le pays semblait accroché définitivement à l’utopie européiste. Mais depuis la crise de 2008 l’Italie est devenue, après la Grèce qui vit sous la dictature de la Troïka, le pays le plus europhobe de l’Union européenne devant la France, sanctionnant ainsi les dérives d’une forme de pouvoir contestable. Ce qui est sans doute le plus curieux c’est que la contestation fondamentale de l’Union européenne ne vient pas de la gauche, malgré la perte des libertés, malgré le chômage et la montée des inégalités, mais de la droite. Même des pays comme l’Allemagne qui ont tiré des grands bénéfices de l’Union européenne, commencent à s’en détacher avec la montée en puissance de l’AfD. Ces partis populistes sont souvent amalgamés avec l’extrême-droite et le fascisme. Certes ils peuvent le devenir, mais pour l’instant ils ne le sont pas, ils n’ont ni troupes paramilitaires, ni programme raciste visant à l’élimination d’une partie de la population. Viktor Oban qui est présenté par les médias mainstream comme un affreux fasciste a par exemple expliquer il n’y a guère qu’en Hongrie il y aurait une tolérance zéro envers l’antisémitisme[10]

    Populisme, la faillite des experts  

    Ce printemps c’est Macron dont le masque de tolérance est tombé très rapidement une fois élu, qui a énormément sollicité les forces policières pour réprimer les manifestations, comme l’affaire Benalla l’a bien mis en lumière. Il n’est donc pas certain que ce soient les partis illibéraux qui représentent finalement le plus grand danger pour la démocratie. Par un curieux retournement de l’histoire, on peut même dire que ce sont les partis qui passent leur temps à dénoncer le fascisme, qui réclament de faire barrage au populisme, qui sont le plus enclins à sortir des clous en ce qui concerne les lois : c’est le PS qui a prolongé la loi sur l’Etat d’urgence, c’est Macron et ses godillots qui pondent des lois ouvertement liberticides sur les possibilités des journalistes d’enquêter sur les malversations du capitalisme ou sur la diffusion des nouvelles. Une étude récente de David Adler qui porte sur l’Amérique du Nord et sur l’Europe révélait que c’était bien le parti du centre[11] qui était le plus hostile à la démocratie, et non pas les partis dits d’extrême-gauche ou d’extrême-gauche[12] !  Et cela va au-delà du fait que les partis dits extrême n’ont pas le pouvoir. Cela révèle que le programme du centre – pour aller vite les tenants de la mondialisation – est d’abord contre le peuple ! Ce sont les mêmes qui se méfient des référendums d’ailleurs. La critique du populisme est donc aussi et d’abord une critique de la démocratie. Et on comprend mieux pourquoi des gens comme Attali veulent cadenasser l’Europe par des traités immuables, parce qu’ils savent qu’ils gouvernent contre la volonté populaire. On pourrait d’ailleurs rapprocher cette passion du centre – Merkel et l’Union européenne en tête – pour un autoritarisme qui ne veut pas dire son nom du soutien que ce parti apporte aux néo-nazis ukrainiens au nom de la lutte contre la dictature russe[13] ! 

    Populisme, la faillite des experts

     

    Tableau extrait de l’étude de David Adler 

    Comme on peut le voir ci-dessus, il faut relier trois choses entre elles : la mondialisation capitaliste (libre circulation des capitaux, des marchandises et des hommes), le démantèlement de l’Etat et le déni de démocratie. Ces trois éléments sont constitutifs, et ne se détaillent, pas de la post-démocratie. C’est pourquoi la première urgence est de revenir à la souveraineté nationale : c’est seulement dans ce cadre là que la démocratie peut enfin d’exprimer, et c’est seulement dans ce cadre là qu’on peut faire enfin de la politique. Les choses ont un peu avancé tout de même : les médias ont fini par lasser à dénoncer un fascisme qui n’existait pas pour couvrir les turpitudes des gouvernants à la botte de l’oligarchie, et aujourd’hui le populisme ne fait plus peur à personne.



    [1] http://www.lepoint.fr/monde/matteo-salvini-contre-les-familles-homoparentales-11-08-2018-2242958_24.php

    [2] http://www.lepoint.fr/europe/72-des-italiens-soutiennent-matteo-salvini-19-06-2018-2228606_2626.php

    [3] https://francais.rt.com/economie/48287-macron-veut-priver-pologne-hongrie-aides-europeennes-valeurs

    [4] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/02/31001-20150202ARTFIG00405-du-traite-constitutionnel-a-syriza-l-europe-contre-les-peuples.php

    [5] http://blogs.lexpress.fr/attali/2016/06/20/sanctuariser-le-progres/

    [6] http://in-girum-imus.blogg.org/note-negative-sur-une-etude-visant-a-justifier-les-migrations-de-masse-a145646398

    [7] http://www.liberation.fr/debats/2017/09/06/emmanuel-todd-la-cretinisation-des-mieux-eduques-est-extraordinaire_1594601

    [8] http://www.leparisien.fr/international/incendies-en-californie-trump-met-en-cause-les-lois-environnementales-sur-l-eau-07-08-2018-7845843.php

    [9] Le terme est évidemment stigmatisant et vise à dénoncer ceux qui ne veulent pas s’aligner sur les canons de la post-démocratie. Il a émergé à la fin des années 90. En France c’est Pierre Rosanvallon, homme de tous les cénacles libéraux après avoir été un tenant de la seconde gauche, qui s’est chargé d’en diffuser la signification. Fareed Zakaria, « The Rise of Illiberal Democracy », Foreign Affairs, no 76,‎ novembre-décembre 1997.

    [10] http://www.lepoint.fr/monde/tolerance-zero-contre-l-antisemitisme-promet-orban-en-israel-19-07-2018-2237516_24.php

    [11] Le centre dont il s’agit ici est en fait la droite affairiste et cosmopolite, mondialiste et européiste, tolérante sur la question des mœurs et dure en ce qui concerne la répartition des richesses et les inégalités.

    [12] https://lemediapresse.fr/politique-fr/les-centristes-sont-les-plus-hostiles-a-la-democratie-pas-les-extremistes/

    [13] https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-ukraine-post-maidan-ou-le-185285

     

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