•  Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession

    Nantes vient de connaître des nuits d’émeutes, avec incendies de voitures et multiples dégradations. Le prétexte à ces actions est le décès d’un « jeune », Aboubakar Fofana. La mort de ce « jeune » survient lors d’un contrôle d’identité par une compagnie de CRS dans le quartier du Breil, un quartier comme on dit difficile[1]. Il semble que ce « jeune » qui était recherché par la police pour divers délits, et qui avait quitté la région parisienne justement parce qu’il était recherché, a tenté de fuir. Ensuite ce qui s’est passé est couvert par deux versions. D’un côté des témoins issus de ces quartiers qui affirment que Aboubakar n’a rien fait de mal et donc que la police a tiré sans raison, et celle de la police qui, s’étant rendu compte que le conducteur de la voiture visée était en infraction, ont voulu l’amener au poste. Aboubakar s’étant rebeller et ayant tenté de fuir en enclanchant la marche arrière, il s’en est suivi un tir mortel. Entre les deux versions, il est difficile de trancher, et une enquête de l’IGPN est en cours. Malgré le flou qui manifestement entoure ce contrôle d’identité, Poutou, le représentant d’un groupuscule moribond, a choisi de mettre tout sur le dos du CRS, légitimant de fait les actes de vandalisme qui ont eu lieu plusieurs nuits dans ce quartier. Son opportuniste natif l’a fait réagir très promptement et de manière inconsidérée. On remarque que dans le tweet suivant, Poutou ne dit rien de la situation d’Aboubakar Fofana qui était recherché par la police, il n’analyse pas ni les causes, ni les conséquences d’un phénomène dramatique, il condamne et ressort le vieux slogan habituel du nécessaire désarmement de la police, ce qui par les temps qui courent relève au minimum de l’imbécilité et au pire de la cuistrerie. Aboubakar Fofana était, semble-t-il, un petit délinquant, spécialisé dans le trafic de stupéfiants[2] et recherché pour cette raison. Il aurait quitté la région parisienne pour se cacher du côté de Nantes. 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Le langage de la guerre civile 

    Tout cela serait relativement banal : un petit délinquant qui tente d’échapper à la justice et qui décède. Mais en réalité ce qui l’est moins, c’est maintenant que ce modèle, inspiré des Etats-Unis où la police a pris l’habitude de tirer sur des noirs, fait tache d’huile et se reproduit avec constance dans les quartiers difficiles. D’une manière claire et nette, les « jeunes » des quartiers, au Breil à Nantes, mais aussi à Garges-Lès Gonesse, se sont mobilisés très rapidement, avant même de savoir clairement ce qui s’était passé. Comme le montrent les deux photos ci-après, ce sont essentiellement les populations d’origine immigrée qui ont participé à ces manifestations, accompagnées de quelques autochtones, avec les slogans maintenant habituels « Police assassin », « pas de justice, pas de paix ». Ce dernier slogan doit être pris très au sérieux. Il ne s’agit pas seulement de dire qu’on conteste la lenteur ou la partialité de la justice, mais d’abord de reconnaitre qu’on est en guerre avec la République française dont on ne reconnait plus ni les lois, ni les institutions qui les représentent. On parle de paix comme d’un objectif à atteindre entre les différentes communautés, c’est donc bien qu’on pense être en guerre : les communautés d’origine immigrée contre les blancs ou les gaulois, ou tout ce qu’on voudrait d’autre comme dénomination pour dénoncer une forme de pouvoir raciste qui s’exercerait à l’endroit des minorité dominées. 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Mobilisation à Sarcelles pour Aboubakar 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Marche blanche à Nantes pour Aboubakar 

    Cette situation rappelle en mineur ce qui se passe depuis des décennies de l’autre côté de l’Atlantique, sauf évidemment qu’aux Etats-Unis, les minorités visibles, les noirs essentiellement, n’ont jamais été des migrants, et que c’est de force et avec beaucoup de violence qu’on les a amenés en Amériques sans leur demander leur avis pour y travailler dans les champs de coton. Pour l’instant on est encore loin de la mobilisation qui avait été conduite en 2005 à partir des événements de Clichy-sous-Bois. A cette époque les émeutes avaient duré un mois entier, s’étaient étendues à toute la France et le bilan avait été désastreux : 10 000 véhicules brûlés, 3000 interpellations, une soixantaine de policiers blessés et 2 morts. Ces émeutes de 2005 ont clairement fondé une logique identitaire qui s’est reproduite ensuite. Je rappelle au passage que ces émeutes avaient renforcé clairement la popularité de Sarkozy qui allait ensuite se présenter aux élections, jouant les hommes forts, capables de juguler ce genre de mouvement de dissidence. Ces émeutes se sont reproduites ensuite avec plus ou moins d’intensité. A Villiers-le-Bel en 2007, en 2009 à Firminy et à Chambon-Feugerolles, jusqu’à l’affaire Théo Luhaka en 2017. La plupart du temps ce sont des « jeunes » délinquants qui sont arrêtés, tués ou maltraités, et cela engendre une forme de solidarité plus ou moins communautariste. L’affaire Théo Luhaka qui a eu lieu à Aulnay-sous-Bois, a par exemple été le prétexte d’une violente manifestation à Marseille[3]. 

    La logique de l’affrontement 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Bobigny février 2017 

    A chaque fois ce sont des petits délinquants qui sont à l’origine de ces émeutes, c’est un fait. Et le plus souvent il y a deux lectures complètement opposées qui se font front : d’un côté les populations issues de l’immigration prennent tout de suite et sans recul fait et cause pour les victimes des violences policières, sans même se poser la question de savoir ce qui s’est passé réellement, et de l’autre côté, d’une manière symétrique la grande majorité des Français qui soutient la police, sans trop savoir non plus ce qui s’est passé vraiment. En vérité ces émeutes sont, pour la population issue de l’immigration, une manière de se démarquer de la population française et de contester le modèle républicain dominant. Il y a donc une vraie lecture politique de ces événements qui peut être faite. Les émeutes sont le contrepoint évident de la volonté des communautés issues de l’immigration en développant une autre manière d’aborder la vie collective : on sait que de nombreux quartiers ont fait sécession d’avec la République. Un grand nombre de cités sont refermées sur elles-mêmes, vivant principalement de l’aide sociale et de différents trafics allant du vol à la prostitution et en passant par le trafic de stupéfiants. Dans ces lieux relativement fermés à la pénétration policière, on note aussi que l’islamisation vient combler un vide, donner du sens à la vie collective, mais en même temps justifier la position victimaire de ces communautés. Evidemment dans ces quartiers le taux de chômage est extrêmement élevé, ce qui ne peut qu’augmenter le niveau de frustration et alimenter une culture victimaire qui n’a guère de fondements réels. 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Chiffres de 2011 

    Récemment on a vu à Trèbes, un quartier proche de Carcassonne, des cités se réjouir de la mort du gendarme Beltrame lors des attentats islamistes. La cité Ozanam s’est montrée à ce propos en sécession d’avec l’ordre républicain, n’hésitant pas à agresser des journalistes qui essayaient de comprendre ce qui se passait ici[4]. L’ensemble de ces faits semble indiquer que la population d’origine immigrée – je ne parle pas des migrants récemment arrivés, mais de ceux qui sont installés en France depuis une, deux ou trois générations – s’installe de plus en plus dans un refus de s’intégrer[5]. Il est très probable que ce refus d’intégration qui conduit inévitablement à l’affrontement avec les institutions quelles qu’elles soient, provient d’abord et principalement de la croissance du poids des communautés issues de la diversité : plus ce poids est important, et plus un modèle sociétal dissident s’installe. La ghettoïsation des banlieues accroit encore ce sentiment d’abandon. La rancœur vient maintenant des deux côtés : les immigrés et leurs descendances n’ont pas accès aux meilleurs emplois, c’est un fait, ils sont massivement au chômage dans un pays qui ne crée pas assez d’emplois – ce simple fait invalide d’ailleurs toutes les thèses stupides consistant à dire que les immigrés ne génèrent pas du chômage, à moins de considérer que ces populations sont nativement fainéantes ou que les patrons sont racistes. Et les autochtones manifestent une rancœur croissante contre ces communautés qui se replient sur elles-mêmes et qui souvent les ont chassés de leur ancien quartier. Un symbole de cette sécession des populations d’origine immigrée se trouve dans l’incendie volontaire de la bibliothèque du quartier Malakoff à Nantes, comme si ces populations refusaient d’accéder à une culture qu’elles ne reconnaissent pas comme leur, qu’elles ne veulent pas s’approprier. Le plus inquiétant est que ce sont les enfants d’immigrés, plus encore que leurs parents qui refusent cette intégration par la culture et l’éducation[6]. On est dans un cercle vicieux qui ressemble de plus en plus à ce qui se passe aux Etats-Unis : une bavure policière entraînant régulièrement des émeutes toujours ruineuses et alimentant sporadiquement une atmosphère de Guerre civile. 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    La bibliothèque du quartier Malakoff à Nantes a été réduite en cendres 

    Il est peu probable que les choses en restent là, puisqu’on a appris que le policier qui avait tiré et donc tué Aboubakar Fofana, avait menti et fini par avoué qu’il avait tiré « par accident », formule qui ne semble vouloir ne rien dire. Voilà de quoi réenflammer Nantes et les banlieues entre deux matches de foot[7]. Bien entendu il ne faut pas le cacher, la police a une appréhension non pas vis-à-vis des « jeunes » comme on l’entend ici et là, mais vis-à-vis principalement d’une population immigrée ou issue de l’immigration qu’elle n’arrive plus à contrôler. Elle perd souvent ses nerfs. Il faut dire que depuis un an les CRS ont été très sollicités : Macron les a utilisés à tort et à travers, contre les zadistes, contre les cheminots, contre les étudiants, et bien sûr la menace terroriste qui demande une attention soutenue. Et évidemment dans ces quartiers ils ne se sentent pas en sécurité, ils sont prompts à la bavure. Un rapport récent souligne ces difficultés que le gouvernement, marqué par son amateurisme, ne semble pas vouloir prendre au sérieux, il préfère traquer les automobilistes qui roulent à plus de 80 km/h parce que ça fait rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat[8]. Malgré ça des imbéciles continuent à trouver que les heures supplémentaires des forces de sécurité ou du personnel soignant coûtent un pognon de dingue, reliant bêtement les difficultés d’un personnel anémique à la loi sur les 35 heures[9]. Il n’est guère probable que le moral de la police augmenterait si on contournait la loi sur les 35 heures, déjà que cette profession attire de moins en moins de candidats, ce serait alors une fuite.

    Comme on le comprend le communautarisme mène rapidement à l’affrontement et à la rancœur, contrairement à ce qu’affirme ou feint de croire Macron. Le vivre ensemble n’est pas pour demain. Les voies du salut sont pourtant assez simples : elles passent à la fois par une intégration qu’on peut aussi bien dénommée assimilation, et aussi par une lutte constante contre les inégalités sociales. Ce n’est pas le chemin que suivent les gouvernements libéraux en Europe, même si on sent ici et là un retournement. Par exemple le Danemark a choisi de durcir la lutte contre le prosélytisme musulman, en interdisant la Burka dans l’espace public[10]. En France il existe une loi qui va dans ce sens, mais elle n’est guère appliquée, surtout dans des départements à l’abandon comme la Seine Saint-Denis. Les tenues en voile intégral s’affichent ouvertement et les prières de rue sont très fréquentes, le plus souvent protégées par la police ! Ce n’est pas du goût de la population autochtone. Ce sentiment d’abandon des territoires à une logique de grand remplacement renforce et consolide la séparation entre deux mondes qui s’ignorent dans une hostilité de plus en plus frappante et sans avenir[11]. 

      Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Seine Saint-Denis, département en sécession



    [1] http://www.leparisien.fr/faits-divers/aboubakar-22-ans-tue-par-la-police-a-nantes-04-07-2018-7807398.php

    [2] https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/nantes-qui-etait-le-jeune-homme-tue-lors-d-un-controle-de-police-1530691662

    [3] https://www.20minutes.fr/societe/2012499-20170211-affaire-theo-quatre-interpellations-marseille-apres-manifestation

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/24/a-carcassonne-des-journalistes-agresses-dans-la-cite-ozanam-ou-vivait-radouane-lakdim_a_23394342/

    [5] Michèle Tribalat, Assimilation. La fin du modèle français, Ed. du Toucan, 354 p, 2013

    [6] https://www.capital.fr/economie-politique/immigration-la-culture-arabo-musulmane-peut-nuire-a-l-integration-1030008

    [7] https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/07/06/jeune-homme-tue-a-nantes-le-parquet-requiert-la-mise-en-examen-du-policier_5327463_1653578.html

    [8] https://www.ladepeche.fr/article/2018/07/03/2829671-rapport-detaille-mal-etre-policiers-gendarmes.html

    [9] https://www.capital.fr/votre-carriere/fonctionnaires-leurs-heures-sup-nous-coutent-une-fortune-1269348

    [10] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/31/le-danemark-interdit-le-voile-integral-dans-l-espace-public_5307573_3214.html

    [11] Les Territoires perdus de la République - antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire, sous la direction de Georges Bensoussan, Editions Mille et une nuits, 2002

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  •   Les économistes à Aix-en-Provence 

    Les 6, 7 et 8 juillet derniers, les économistes étaient très présents et actifs à Aix-en-Provence. En vérité il y avait deux rencontres sur le thème de l’économie. Les rencontres déconnomiques qui se tenaient au Parc Saint-Mitre et qui n’ont strictement aucun sponsor en étaient à leur huitième édition. Ça se passait en plein air, sous la forme de conférences et de débats en plein air, ouverts à tout le monde. Ces rencontres avaient pris pour thème la question de la monnaie, histoire d’en définir les contours, la réalité et ses servitudes. Ouvertement marquées à gauche, mais sans inféodation à un quelconque parti, globalement elles dénonçaient les effets récurrents et délétères d’une monnaie débridée qui accroit les inégalités et entraîne des crises récurrentes sur l’ensemble de la planète. L’euro en a bien sûr pris pour son grade, et a été dénoncé comme une sorte de camisole de force que les peuples européens sont obligés de porter, les intervenants démontrant que la monnaie comme la dette ne sont pas des instruments neutres, mais des constructions politiques destinées à exercer une forme particulière de pouvoir. Les interventions étaient de très bon niveau, et il faut ajouter que ces rencontres ont été organisées sous la forme du bénévolat, sans sponsor particulier. Ce ne sont pas rencontres où il faut être vu, mais des rencontres où on débat en essayant non pas d’asséner une vérité, mais d’avancer dans l’analyse d’une époque compliquée où la crise économique qui a été si violente en 2008 est loin d’être résorbée : 10 après le CAC40 est en retard de 1000 points par rapport à ce qu’il était avant la crise, et le chômage est toujours plus élevé, malgré une légère détente ces derniers mois. Les intervenants ont du reste insisté sur le possible retour d’une crise financière.  

      Les économistes à Aix-en-Provence

    Le contraste avec les rencontres organisées par Le Cercle des économistes est frappant. Celles-ci se sont tenues dans les locaux universitaires, mais surtout elles ont été soutenues par toute la clique de la finance et des multinationales, comme on peut le voir ci-dessous. Du coup ses soutiens se sont mis politiquement en phase avec toute l’idéologie de la droite extrême de la macronie. On a vu l’ineffable Jacques Attali, sorti pour l’occasion de la naphtaline. On y a vu Christine Lagarde, femme à tout faire du libéralisme mondialisé et surtout présidente du FMI. Edouard Philippe et Bruno Lemaire sont venus aussi adouber ces rencontres qui leur conviennent très bien. On y a même vu l’abominable Muriel Pénicaud venir vendre sa soupe aigre. L’ensemble donnait cette impression d’une sorte de marigot UMPS dévolu à la cause de la mondialisation heureuse et de l’Europe et à la promotion du macronisme, avec l’idée que le monde était au fond très bien fait comme il l’était et qu’on ne pourrait mieux faire qu’en renforçant la mondialisation et l’Union européenne. Le simple fait que ces rencontres organisées par Le Cercle des économistes soient l’exact inverse sur le plan des idées des Rencontres déconnomiques montrent au moins une chose : l’économie n’est pas une science, elle est forcément politique. Si les Rencontres du Cercle des économistes sont si richement dotées et si elles ont droit de citer dans la grande presse nationale, c’est bien à cause de sa facilité à se mettre avec une grande constance – dix-huit ans que ça dure tout de même – toujours du côté du manche.

     Les économistes à Aix-en-Provence 

    Les sponsors des Rencontres du Cercle des économistes 

    Si on suit le compte rendu de Libération les rencontres du Cercle des économistes étaient marquées particulièrement par un concours de lèche-cul, concours remporté haut la main par Christian de Boissieu. Mais les autres n’ont pas été en reste, que ce soit Aghion ou Jean-Hervé Lorenzi, caméléon de la gauche dite moderne, mais vrai porte- voix de la droite archaïque et accessoirement banquier – il fait aussi parfois semblant d’être un universitaire, mais on en doute un peu, tant ses circonvolutions idéologiques, si elles lui permettent de se faire bien voir de la finance, ne lui permettent pas de penser quoi que ce soit[1]. C’était une célébration avant l’heure des bienfaits apporter par leur gourou Macron. On a vu ainsi Aghion, semi-instruit qui a décroché un poste au Collège de France – on ne sait pas trop pour quelle raison – se renier complètement : il avait en effet envoyé avec Jean-Pisani-Ferry et Philippe Martin, deux autres économistes de sa catégorie, un avertissement à Macron, lui enjoignant de faire du social. Mais en ce début du mois de juillet, il a souligné (on n’est jamais trop prudent) combien Macron avait bien travaillé en mettant en forme les conseils qu’il lui avait donné.

     Les économistes à Aix-en-Provence 

    Le lèche-bottes de service Jean-Hervé Lorenzi faisant semblant de copiner avec Christine Lagarde 

    Ces rencontres du Cercle des économistes sont devenues tellement grotesques dans leur volonté de propagande, que même Marie Charrel, préposée au Monde à la propagande de l’Union européenne sous toutes ses formes, n’y croit plus[2] ! Il est frappant qu’elle mette l’accent sur le caractère indigent des propositions de Jean-Hervé Lorenzi pour rénover l’Union européenne qui semble prendre eau de toute part. bref quand on compare les deux événements, il est à peu près certain que les plus déconneurs ne sont pas ceux qui ont le plus d’argent derrière eux.



    [1] http://www.liberation.fr/france/2018/07/08/social-que-ce-soit-le-cercle-des-economistes-qui-rappelle-l-executif-a-l-ordre-c-est-risible_1665102

    [2] https://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2018/07/08/a-aix-en-provence-l-europe-est-appelee-a-s-unir-face-aux-risques-mondiaux_5328074_1656941.html

     

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  •  Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi

    Nous avons en France environ 6,255 millions de chômeurs, toutes catégories confondues et 3,5 millions pour la catégorie A. Et les chiffres du mois de mai 2018 ne sont pas bons[1], orientés à la hausse. Il est vrai que la croissance en France ralentit, essentiellement parce que depuis le dernier trimestre 2017, la politique de Macron a des effets négatifs sur le pouvoir d’achat et que la consommation des ménages, comme les investissements, est orientée à la baisse[2]. Ce qui est logiquement la démonstration de l’erreur d’analyse des tenants de la politique de l’offre : si la consommation baisse, et donc si les perspectives du marché ne sont pas bonnes, alors on n’investit pas, même si on a des superprofits devant soi. Les placements se feront sur des valeurs spéculatives, mais pas sur des investissements productifs. Ne rentrons pas trop dans le détail, mais n’importe quel graphique le confirme, il n’y a pas de lien entre la croissance du profit et l’investissement productif, et même ce lien apparait plutôt négatif. Autrement dit, le théorème de Schmidt cher au couple infernal Macron-Philippe est erroné. Une analyse historique même hâtive le confirme, toutes les politiques de l’offre destinée à relancer l’emploi en relançant l’investissement ont complètement échoué[3].

     Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Nous nous trouvons donc dans une situation difficile sur le marché de l’emploi. En effet, non seulement les mesures Macron-Philippe ont fait baisser le pouvoir d’achat des ménages, mais en outre la remontée rapide du cours du pétrole et des matières premières plombe la timide reprise économique qui se faisait jour depuis un an et demi en Europe. C’est dans ce contexte qu’intervient la crise des migrants. Plusieurs initiatives plus ou moins intéressantes ont mis en place un programme d’intégration des migrants par le travail. Ce qui serait logique puisque si migrants il y a, il faut bien qu’ils se nourrissent en travaillant à quelque chose. Un rapport, pondu par Aurélien Taché, député LREM, a été rendu à Gérard Collomb, affirmant qu’il fallait faciliter l’emploi des migrants, en allégeant les contraintes administratives de façon à ce qu’ils puissent intégrer le marché du travail dans les six mois après leur arrivée, le temps en quelque sorte à leur apprendre à parler français[4]. Cette idée est complètement erronée sur deux points au moins :

    1. d’abord parce qu’elle suppose qu’il y aurait des centaines de milliers d’emplois non pourvus que les français dédaignent et qui seraient bons pour les migrants qui eux font moins la fine bouche ;

    2. ensuite parce qu’elle suppose toujours et bêtement que ce sont les règles administratives qui empêchent les créations d’emplois. Autrement dit, c’est le trop d’Etat, le trop de règles, qui empêche le marché de fonctionner, lui qui ne demande qu’à le faire. C’est toujours une manière de dire que s’il y a du chômage c’est la faute soit aux travailleurs qui sont fainéants et se reposent sur les allocations chômage, soit à l’Etat qui produit des règles absurdes. Dans tous les cas le patronat est dédouané de ses responsabilités.

     Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Mais un nouveau problème apparait. On voit qu’il y a de plus en plus d’initiatives, comme à Créteil en faveur des migrants pour les aider à trouver du travail[5]. Certes le projet est louable, mais on se demande pourquoi on ne met pas en place de telles initiatives pour les autochtones. Car s’il est facile de trouver des emplois pour les migrants, on se demande bien pourquoi on ne peut pas en trouver pour des Français de souche, ou même pour des Français issus de l’immigration. En effet le taux de chômage de ces derniers est extrêmement élevé comme le montre le tableau suivant. Soit on continue de dire que c’est la fainéantise qui empêche les Français issus de l’immigration de trouver du travail, et là on tombe dans le racisme de base, soit on est bien obligé d’admettre qu’il n’y a pas d’emplois en quantité suffisante, y compris dans des secteurs qui ne demandent pas de compétence particulière, et si l’emploi manufacturier est en chute libre, les emplois dans le secteur de la domesticité – restauration, hôtellerie, aide à la personne – ne sont pas extensibles à l’infini. Le fort taux de chômage des personnes issues de l’immigration, indique par ailleurs que ce n’est pas qu’une question de formation – autre idée reçue – qui empêche la pénétration du marché du travail : mais qu’à l’inverse c’est la pénurie d’emplois qui empêche leur embauche. Et cette pénurie d’emplois devrait s’aggraver dans les années qui viennent[6]. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Mais au-delà de ces considérations générales, une autre question se pose : est-ce que cette discrimination positive à la formation et à l’embauche s’impose ? Le premier constat que l’on peut faire, c’est que ces effets d’annonce ne sont pas très sérieux, ni suivis d’un plan concret sérieux de financement. C’est une manière de se donner une bonne conscience. Cependant tout ce battage qui est fait à propos de l’intégration des migrants sur le marché du travail est une manière de faire passer un message. Les migrants de bonne volonté vont trouver du travail, mais les descendants des immigrés, ceux de la deuxième ou de la troisième génération, sont d’abord des fainéants qui ont pris les mauvaises habitudes des Français de se laisser vivre. On suppose que les nouveaux migrants vont accepter des conditions de travail et de salaire inférieures à celles qu’accepteraient les autochtones. C’est donc bien là la preuve que les migrants sont souhaités en France, et en Europe, justement parce qu’ils font baisser les coûts du travail ! On s’en doutait un peu, mais ce qui est particulièrement désolant, c’est que les partis et les intellectuels de gauche appuient dans ce sens. 

    Migrants et volant de main d’œuvre 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Les migrants en s’ajoutant aux chômeurs forment ce qu’on appelle le volant de main d’œuvre[7]. C’est-à-dire qu’il existe pour le capital une grande quantité de main d’œuvre surabondante qui permet de faire, en suivant la sacrosainte loi de l’offre et de la demande, baisser le coût du travail. Mais le volant de main d’œuvre au-delà de cette pression à la baisse sur les salaires, agit comme un facteur de division sur la classe des travailleurs qui acceptent difficilement l’idée d’une discrimination positive quand ils se situent eux-mêmes dans le bas de la hiérarchie sociale. Les Français de souche qui ont des revenus bas et des situations précaires, s’inquiètent de la venue massive des migrants. Mais, et c’est un phénomène moins connu, moins souvent mis en avant, les immigrants de seconde ou troisième génération, qui ont obtenu la nationalité française, s’inquiètent eux-aussi de se voir concurrencer par plus pauvres qu’eux encore ! Si les syndiqués ont une attitude méfiante vis-à-vis des migrants, l’inverse est également vrai. Les immigrés ont tendance à moins participer aux institutions défendant la cause des travailleurs. Le simple fait que le FN soit devenu en quelques années le parti qui attire le plus le vote ouvrier devrait être analysé aussi en tenant compte de ce phénomène. Car si les ouvriers votent massivement pour le FN plutôt que pour un autre parti c’est parce que ce parti est d’abord le principal parti anti-immigration et qu’ils pensent que c’est ainsi qu’ils sont mieux représentés contre la concurrence des migrants sur le marché du travail. Je passe ici volontiers sur les autres raisons qui font que les migrants sont rejetés par la population française : plus on est pauvre et plus on vote FN, parce que les migrants sont aussi ceux qui concurrencent directement les petites gens au niveau des aides sociales ou encore pour l’attribution d’un logement HLM[8]. Les anciens quartiers ouvriers de la ceinture de Paris, ou les quartiers Nord à Marseille, sont maintenant des quartiers pratiquement en voie de sécession de la République.  

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi

    Evolution du vote ouvrier en faveur du FN au premier tour des présidentielles (sondage Ifop) 

    La démonstration par l’absurde du fait que les migrants posent plus de problèmes qu’ils ne permettent d’en résoudre est très bien caractérisé par les oppositions politiques violentes qui se font jour en Europe. En Allemagne, Angela Merkel s’est trouvée en opposition frontale avec son ministre de l’intérieur Horst Seehofer justement sur cette question. Et c’est Angela Merkel dont l’aura pâlit rapidement en Allemagne qui a dû céder pour éviter de se faire mettre à la porte du gouvernement qu’elle avait si laborieusement construit[9]. Cet arrangement vient après le renoncement des pays européens de mettre en place une politique migratoire unitaire et cohérente. Le sommet européen sur l’immigration qui s’est tenu à la fin du mois de juin, a accouché principalement de désaccords nombreux et variés que la déclaration finale n’a pas réussi à masquer[10]. Notamment en ce qui concerne la gestion des centres d’accueil que la déclaration finale suggère de pouvoir implanté en dehors de l’Europe mais que les pays maghrébins par exemple ne veulent pas voir fleurir sur leur territoire. En vérité, ce sont les pays européens anti-immigrationniste qui ont emporter le morceau : chaque pays fera comme il veut, c’est-à-dire qu’il décidera tout seul de savoir ce qu’il doit faire des migrants, les accueillir ou pas, construire des postes de recensement – on commence curieusement à parler de camps – ou non. C’est à ce propos que Conte a remis Macron à sa place lorsque ce dernier a suggéré que l’accord obligerait les Italiens à construire des centres d’accueil : « Macron était fatigué », sous entendant par-là que Macron aurait signé n’importe quoi sans s’interroger sur la portée de ce qu’il signait[11]. En vérité l’accord porte finalement sur le fait que chaque pays fera comme il l’entend ! C’est en filigrane un aveu d’impuissance pour les Européens fédéralistes comme Macron, et une reconnaissance implicite de la souveraineté populaire en la matière. Autrement dit ce sont les pays anti-immigrationnistes qui ont gagné : ces pays commencent en effet à être très nombreux, l’Autriche, les pays de Visegrad, l’Italie, sans parler du Royaume-Uni qui est déjà en dehors, et maintenant l’Allemagne les a rejoints[12]. Macron ne peut compter maintenant que sur l’Espagne pour appuyer sa politique immigrationniste. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Cette évolution récente des politiques sur cette question plus que sensible, montre qu’on met au second plan les soi-disant bienfaits de l’immigration sur le chômage et la croissance[13]. Il faut sans doute qu’ils aient compris – mieux vaut tard que jamais – que l’immigration massive était un tel choc qu’il valait mieux la mettre entre parenthèses pour le moment. L’échec du sommet européen sur les migrations est un recul de l’idée fédérale en Europe, puisqu’il s’agit d’enterrer les accords de Dublin qui n’ont du reste jamais été appliqués, mais pire encore il entérine l’impuissance du parlement européen à décider de quoi que ce soit. Or il va de soi que sans un parlement européen doté de pouvoirs législatifs, l’Europe fédérale n’a aucun avenir.

    C’est sans doute en Allemagne que le retournement de l’opinion a été le plus spectaculaire. En 2015 ce pays était présenté comme un modèle d’accueil pour les réfugiés, capable d’accueillir des centaines de milliers de migrants avec générosité. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les Allemands ont fait savoir que c’est cela qu’ils reprochaient d’abord à Angela Merkel : leur avoir imposé une population qui dénature ce qu’est fondamentalement leur pays[14]. Et pourtant dans ce pays on a fait semblant de mettre en place une politique d’intégration par le travail avec des jobs réservés pour eux à 0,80 € de l’heure ! Ce serait plutôt des faux emplois – on parle de 10 000 créés en 3 ans – réservés à des travaux d’utilité publique[15], d’autres textes parlent de 100 000 emplois de ce type sans qu’on sache très bien. Mais le simple fait de créer des emplois aussi peu rémunérés et de qualité indéterminée, avec une utilité sociale peu claire, est en soi l’aveu d’une impossible intégration pour la plupart d’entre eux. En tout cas c’est bien la preuve que l’immigration fait baisser globalement les salaires et que c’est peut-être pour ça qu’elle a été souhaitée.

    Comparaison n’est pas raison : le cas des rapatriés d’Algérie 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Les pied-noirs embarquent sur le Ville d’Oran, direction Marseille 

    Il arrive maintenant que l’on cite l’arrivée des rapatriés d’Algérie pour tenter de démontrer que l’immigration n’est pas un problème, du moins à moyen et long terme[16]. On souligne qu’en 1962 et 1963, ce sont presque un million de rapatriés qu’on est arrivé à réintégrer sur le marché du travail de la métropole. Je ne sais pas trop comment qualifier ce genre de démarche, j’hésite entre la bêtise satisfaite la désinformation. En tous les cas, elle est erronée à tous les points de vue. D’abord ce qu’on appelle les rapatriés ne sont pas des migrants. Ce sont des personnes qui ont été chassées de leur pays de naissance et qui étaient française : je rappelle que le massacre d’Oran le 5 juillet 1962 a précipité les pied-noirs dans l’exode[17]. Ce détail a, semble-t-il, échappé à Anthony Edo qui peine à relier analyse économique et analyse historique, et un grand nombre de rapatriés ont pu malgré, les pertes qu’ils ont subies du fait de l’indépendance de l’Algérie, arrivé avec un petit pécule, certains ont obtenu des dédommagements de la part de l’Etat. Or, on sait qu’aujourd’hui la très large majorité des migrants sont des migrants économiques et non des réfugiés qui fuient la guerre. Comme on le voit sur le graphique ci-dessous, le flux des rapatriés s’est rapidement tari, alors que l’immigration contemporaine vers la France et l’Europe ne s’arrête pas depuis une quinzaine d’années, même s’il semble qu’aujourd’hui le plus dur soit passé. Entre 1962 et 1968, ce sont environ 900 000 rapatriés qu’il a fallu intégrer au marché du travail, entre 2012 et 2018, ce sont 1,5 millions de migrants. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Ensuite, les rapatriés parlaient tous français et avaient reçu une éducation minimale, ce qui n’est pas le cas des migrants d’aujourd’hui dont la moitié au moins n’ont aucune connaissance de la langue du pays qu’ils prétendent intégrer, et qui en plus n’ont pas de qualification. Nombre de rapatriés avaient également de la famille dans la métropole ce qui les a aidés à s’intégrer.  Ils étaient Français. Cependant, les rapatriés ont été globalement très mal accueillis. On se moquait de leur accent, et très souvent on leur reprochait sans le dire d’être des colons, des fauteurs de guerre – ce qu’ils n’étaient pas bien entendu pour la très partie d’entre eux. Voici ce qu’écrivait en 1957 Germaine Tillion, militante communiste et ancienne résistante, donc peu suspecte de sympathie avec les « colons », ou animée de tendances impérialistes :

    « Il y a en Algérie, sur environ 1.200.000 non musulmans, exactement 19.400 colons au sens strict, dont 7.432 possèdent moins de dix hectares et sont de très pauvres gens, à moins qu'ils ne soient des retraités, des commerçants, des fonctionnaires possédant un terrain qui ne les fait pas vivres. Des "vrais colons", il y en a 12.000 environ, dont 300 sont riches et une dizaine excessivement riches. Avec leurs familles, les 12.000 colons constituent une population d'environ 45.000 personnes.
    Les autres "colons", beaucoup plus d'un million d'êtres humains, sont des ouvriers spécialisés, des fonctionnaires, des employés, des chauffeurs de taxi, des garagistes, des chefs de gare, des infirmières, des standardistes, des manœuvres, des ingénieurs, des commerçants, des chefs d'entreprise et leur ensemble représente vraisemblablement plus des trois quarts de l'infrastructure économique »

    Ce qui revient à dire que ces 45.000 personnes représentaient 3,75% de la totalité de la population pied-noirs et donc que plus de 96% des pied-noirs étaient des ouvriers, des employés, des petits artisans, des fonctionnaires, la vérité c'est surtout çà !!! [18]

    Globalement les pied-noirs étaient plus pauvres que la moyenne de la population française et aussi moins qualifiés. Le maire de Marseille, ville où avaient débarqué la plus grande quantité de rapatriés, avait mis en scène cette colère contre eux, en déclarant que les pieds-noirs posaient trop de problèmes et transformaient la ville dans un sens qui n’était pas souhaitable. D’autant que les pieds-noirs avaient massivement soutenu l’OAS et l’idée de l’Algérie française, pas parce qu’ils étaient particulièrement d’extrême-droite, mais principalement parce qu’ils ne voulaient pas quitter le sol sur lequel ils étaient nés. Gaston Defferre était à cette époque une des figures les plus importantes de la gauche non-communiste, mais personne à gauche n’aurait eu l’idée de critiquer son « racisme » envers les rapatriés. Je ne me souviens pas que le Parti communiste de l’époque se soit ému du sort des rapatriés à leur arrivée en métropole, ni que quelque organisation humanitaire ou ONG viennent au secours de cette population qui pourtant était plutôt pauvre. La gauche aime bien les migrants, à condition qu’ils représentent ce qu’elle attend d’eux, une population miséreuse en déshérence qui peut faire admirer, en lui venant à son secours, son sens de l’Humanité souffrante et combien elle est grande en venant en aide aux miséreux. C’est d’ailleurs ce qu’on voit encore aujourd’hui le maigre bataillon de militants qui sont restés au PCF passe plus de temps à défendre les migrants que les simples travailleurs. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Mais revenons à notre sujet. Comment les rapatriés se sont-ils intégrés ? Voilà qui est décisif pour comprendre la différence entre aujourd’hui et cette période lointaine. Si on analyse le processus d’intégration sur le marché du travail des rapatriés, d’abord on se rend compte que dans ce début des années soixante, la croissance est très forte et donc que les entreprises créent énormément d’emplois. On comprend qu’il est plus facile d’intégrer au marché du travail de nouveaux arrivants quand le taux de chômage se trouve à 1,4% comme en 1960, que quand il est de 9% comme aujourd’hui. À cette époque-là, je signale que la balance entre les demandeurs d’emplois et les offres d’emplois était fortement négative : il y avait plus de postes à pourvoir que de candidats. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, même en comptant seulement les demandeurs d’emploi de catégorie A, nous avons 3,5 millions de chômeurs d’un côté et 250 000 à 300 000 offres d’emplois non satisfaites. La balance est donc aujourd’hui très fortement positive entre chômeurs et offres d’emploi. Et encore je ne prends pas en compte l’ensemble des chômeurs dont le nombre est aujourd’hui supérieur à 6 millions de personnes[19].

    Mais apparemment ceux qui comparent bêtement les deux périodes ne se rendent pas compte de ce qu’il y a d’incongru à le faire. En vérité ils sont prisonniers de leur schéma d’analyse : pour eux la croissance de la population suffit à provoquer la croissance économique et l’emploi. Il est pourtant facile de voir que cette position est stupide puisque si c’était le cas, on ne comprend pas pourquoi l’Afrique qui présente le taux de croissance démographique le plus élevé est aussi le continent qui semble le plus bloqué dans son développement : en vérité la démographie enseigne au moins une chose certaine, la transition démographique est la clé du développement. On sait cela depuis Malthus au moins, c’est-à-dire depuis la fin du XVIIIème siècle[20]. Mais en économie, les idées fausses ont la peau dure. En vérité cette cécité vient aussi de la priorité donnée à la théorie de l’offre qui laisse entendre que c’est la faute des chômeurs s’ils sont sans emploi, parce que potentiellement le travail existerait. Sur ce point au moins la « science économique » est en pleine régression par rapport aux avancées de Keynes. Si le travail est abondant au début des années soixante, c’est au contraire parce que la demande pousse la croissance et que la concurrence externe est relativement faible, mais aussi parce que l’Etat est un guide sûr pour le développement du pays. On voit bien justement avec l’exemple des rapatriés que c’est une économie en croissance qui permet de créer massivement des emplois, et non l’arrivée d’une population nouvelle sur le marché du travail. En outre l’Etat a mis en place un système complexe d’aide à la construction du logement qui fait qu’on construit à tour de bras : et comme on sait le secteur du bâtiment absorbe beaucoup de main d’œuvre. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    On pourrait encore contester ce rapprochement stupide dû à des apprentis-économistes en faisant remarquer que quelques années après l’arrivée des rapatriés – en 1968 par exemple – le taux de chômage avait fortement augmenté comme le montre le second graphique ci-après. Et donc que si à court terme l’arrivée des rapatriés n’a pas eu d’impact direct sur le taux de chômage, ce n’est pas vrai à moyen terme. Certains d’ailleurs considèrent que les événements de Mai 68 trouvent leur origine dans cette montée du chômage à la fin des années soixante[22]. Le taux de chômage a en effet triplé entre 1960 et 1968. C’est d’ailleurs à cette époque que le gouvernement de Georges Pompidou, ancien banquier, l’homme qui avait entre autres choses commencé à démanteler la Sécurité sociale[23], a ouvert les vannes de l’immigration clairement pour faire baisser le coût du travail, misant sur une déformation de la fonction de production en faveur du facteur travail, tandis que l’Allemagne modifiait sa fonction de production vers une plus forte intensité en travail pour contrer la pénurie de main d’œuvre qui poussait les salaires à la hausse[24]. Mais cette substitution ne semble pas avoir été suffisante pour se garantir contre la baisse du profit, et l’Allemagne est aussi entrée dans le cercle vicieux de la déflation salariale qui lui a permis de dégager des excédents commerciaux importants, et ce qui a conduit à un accroissement sans précédent du nombre de travailleurs pauvres[25].

     

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi  

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi  

    La difficile intégration des migrants sur le marché du travail 

    Que ce soit en France ou en Allemagne, donc plus généralement en Europe, on a mis en avant sans en mesurer les conséquences, une nécessaire discrimination positive pour les migrants, afin qu’ils rejoignent au plus vite le marché du travail. C’est la doctrine de l’OCDE[26]. Mais cette doctrine qui demande aux gouvernements, dont la France, de faire un effort particulier sur les fonds publics pour accueillir et guider les migrants, se heurte à une autre doctrine de l’OCDE qui demande à ce que les règles sur le marché du travail en France notamment soit de moins en moins rigides[27]. Il y a une incohérence fondamentale entre ces deux positions : on ne peut pas encourager une prise en charge particulière des migrants et en même temps demander à ce qu’on abandonne les autochtones au motif qu’ils peuvent mieux se débrouiller que les migrants. En vérité réclamer une prise en charge des migrants sur fonds publics au motif très hypothétique que ceux-ci rapporteront un jour plus qu’ils n’ont coûté, c’est bien ne pas faire confiance au marché, c’est un renoncement théorique fondé sur une discrimination.

    Dans toute l’Europe cette attention portée aux migrants et à leur accueil par les politiciens de profession, a été pour beaucoup dans le rejet populaire de l’immigration de masse. Au total on voit que toutes les études qui tentent de faire la promotion des migrants sur le marché du travail sont mal fondées théoriquement, et elles s’apparentent plus à un catéchisme idéologique qu’à une étude sérieuse de l’impact des migrations sur l’économie et les rapports sociaux d’un pays. Elles ont encouragé les gouvernements à soutenir l’immigration. On se souvient avec quel enthousiasme les Allemands avaient accueilli les migrants en 2015, et aussi que c’est cette question qu’Angela Merkel se trouve désormais en difficulté, l’obligeant à s’aligner maintenant sur les positions anti-immigrationnistes de son ministre de l’intérieur. Mais si Merkel a plié, ce n’est pas seulement parce qu’elle est en perte de vitesse dans l’opinion publique, c’est aussi parce qu’il apparait que les migrants n’arrivent pas, trois ans après leur arrivée, à s’intégrer globalement sur le marché du travail malgré les efforts financiers du gouvernement. Le site Infomigrants, pourtant très favorable aux migrants reconnaissait qu’en Allemagne les migrants n’arrivaient pas à s’intégrer. En un an, « selon l’Agence fédérale pour l’emploi, environ 3 000 réfugiés seulement ont pu commencer un stage entre janvier 2016 et janvier 2017 »[28]. Ce qui est très maigre quand on sait que ce pays a accueilli 1 million de migrants en 2015. Il n’existe pas de statistiques unifiées en ce qui concerne l’intégration des migrants sur le marché du travail allemand. Il y a deux ans, on parlait de 100 000 migrants qui auraient obtenu un emploi, bien qu’on ne dise pas si cet emploi est pérenne ou non, mais dans le même temps on constatait 400 000 migrants qui avaient leurs papiers en règle et qui touchaient des allocations sociales[29]. Il est probable que les migrants entre maintenant dans des catégories à part : stages, formations diverses et variées, et donc qu’en réalité le chômage en Allemagne est bien plus haut qu’on ne le dit, à moins de laisser croire que les migrants ont trouvé facilement du travail. Dans un article récent publié en Allemagne, on considérait que plus d’un bénéficiaire sur deux de l’allocation prévue par la loi Hartz IV était un chômeur de longue durée[30]. L’an dernier, L’express business signalait que 75 % des migrants étaient encore au bout de 5 ans des chômeurs de longue durée. Le même article signalait qu’en Belgique, seulement 3,5% des 57000 réfugiés avaient trouvé un emploi au bout d’un an[31]. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Migrants accueillis en Allemagne dans des centres dédiés 

    En vérité si les migrants ont boosté l’économie allemande, c’est par un effet de demande, et non par leur implication dans la production : en effet l’Etat fédéral et les collectivités publiques ont mis depuis 2015 environ 20 milliards d’euros par an pour financer l’installation des migrants. On considère que cette manne d’argent public – une curiosité au pays de l’ordolibéralisme – correspond à une croissance du PIB de 0,3%[32]. Evidemment on aurait obtenu le même résultat en donnant cet argent aux Allemands pauvres, mais on aurait enfreint la doctrine qui veut que les salaires des Allemands pauvres doivent rester bas.  



    [1] https://www.lemonde.fr/emploi/article/2018/05/23/le-taux-de-chomage-remonte-de-0-2-point-au-1er-trimestre-2018-a-9-2-selon-les-chiffres-de-l-insee_5303077_1698637.html

    [2] https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/0301739186593-le-ralentissement-economique-se-confirme-2179873.php

    [3] https://www.latribune.fr/economie/france/de-mai-68-a-aujourd-hui-du-quasi-plein-emploi-au-chomage-de-masse-779167.html#awaitingComment1892242

    [4] http://www.leparisien.fr/politique/immigration-les-demandeurs-d-asile-pourront-travailler-plus-facilement-19-02-2018-7567344.php

    [5] http://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/creteil-ils-aident-les-migrants-a-realiser-leurs-projets-professionnels-22-06-2018-7787901.php#xtor=AD-1481423551

    [6] https://www.generation-nt.com/automatisation-robotisation-emploi-humain-disparition-actualite-1948595.html

    [7] Bertrand Bellon, Le volant de main d’œuvre, Le seuil, 1975

    [8] http://www.rtl.fr/actu/politique/presidentielle-2017-ouvriers-jeunes-ruraux-qui-a-vote-quoi-7788279034

    [9] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/07/02/allemagne-apres-avoir-trouve-un-accord-avec-merkel-le-ministre-de-l-interieur-renonce-a-demissionner_5324815_3214.html

    [10] https://fr.blastingnews.com/international/2018/06/migration-les-dirigeants-de-lunion-europeenne-ont-trouve-un-accord-002642733.html

    [11] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/06/30/97001-20180630FILWWW00031-centre-d-accueil-de-migrants-macron-etait-fatigue-dit-conte.php

    [12] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/07/04/de-l-accueil-au-refoulement-des-migrants-la-mue-contrainte-d-angela-merkel_5325642_3214.html

    [13] http://in-girum-imus.blogg.org/note-negative-sur-une-etude-visant-a-justifier-les-migrations-de-masse-a145646398

    [14] https://reinformation.tv/allemagne-antisemitisme-violence-ecoles-migrants-bault-82712-2/

    [15] https://www.ouest-france.fr/europe/allemagne/allemagne-des-emplois-payes-80-centimes-de-lheure-pour-les-refugies-4432669

    [16] A. Edo (2017), « The Impact of Immigration on Wage Dynamics: Evidence from the Algerian Independence War », CEPII Document de Travail, n° 2017-13, juillet.

    [17] http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2012/02/16/23538008.html

    [18] Germaine Tillion, L’Algérie en 1957, Editions de Minuit, 1957. Le commentaire de la citation est emprunté à http://www.algerie-verite.com/colons-et-pieds-noirs.php. Signalons que Germaine Tillon a eu sa place au Panthéon pour son action dans la Résistance.

    [19] https://www.journaldunet.com/management/conjoncture/1038148-chomage-le-taux-de-chomage-en-hausse-au-premier-trimestre-2018/

    [20] Jean-Claude Chesnais, « La transition démographique : étapes, formes, implications économiques. Etude de séries temporelles (1720-1984) relatives à 67 pays », Population Vol. 41, No. 6 (Nov. - Dec., 1986), pp. 1059-1070.

    [22] http://www.liberation.fr/cahier-special/1998/05/05/special-mai-68-le-chiffre-350-000-chomeurs-en-france_237877 et même dans une approche marxiste https://www.marxiste.org/theorie/histoire-materialisme-historique/104-la-revolution-de-mai-68

    [23] https://www.lemonde.fr/politique/article/2017/09/01/reformes-sociales-l-histoire-controversee-des-ordonnances_5179528_823448.html

    [24] Jean-Pierre Mockers, Croissances économiques comparées : Allemagne, France, Royaume-Uni, 1950-1967. Essai d'analyse structurale, Dunod, 1969 

    [25] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/travailleurs-pauvres-en-europe-des-chiffres-alarmants-769827.html

    [26] http://www.oecd.org/fr/migrations/locde-demande-aux-pays-dintensifier-leurs-efforts-en-faveur-de-lintegration-des-immigres-et-des-refugies.htm

    [27] Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2013

    [28] http://www.infomigrants.net/fr/post/5701/comment-les-refugies-peuvent-ils-integrer-le-marche-du-travail-allemand

    [29] http://www.rfi.fr/europe/20160802-allemagne-refugies-arrivent-marche-travail

    [30] https://www.welt.de/politik/deutschland/plus175310322/Sozialsystem-Mehr-als-jeder-zweite-Hartz-IV-Bezieher-hat-Migrationshintergrund.html

    [31] https://fr.express.live/2017/06/29/allemagne-refugies-emploi-chomage-qualifications/

    [32] https://www.monde-diplomatique.fr/2017/03/CYRAN/57230

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  •  Réflexions sur l’effondrement de la popularité de Macron

    On parle depuis maintenant des mois de l’effondrement de la popularité de Macron dans les sondages. Mais on analyse ce phénomène régulier d’une mauvaise manière. C’est-à-dire qu’on l’attribue aux mesures qu’il met en œuvre et qui sont ouvertement contre le peuple et les gens de peu. Ce n’est pas faux, mais c’est insuffisant. En vérité sa popularité s’effrite de plus en plus depuis son élection, il a connu un léger rebond à l’automne dernier, et puis la chute a repris. Généralement la presse tente de masquer ce mouvement en comparant cet effondrement avec celui qu’a connu Hollande. Le message sous-jacent est que la France est un pays irréformable, et donc que dès qu’on tente quelque chose, on tombe sous le fait de la critique.

    Cette baisse a plusieurs raisons qui toutes se cumulent. Il y a d’abord l’idée qui est bien ancrée maintenant selon laquelle Macron n’est que le président des plus riches. On le voit assez clairement dans le fait qu’il n’a plus de soutien sur sa gauche : ce qui reste des électeurs socialistes qui avaient une attirance pour Macron, ont déchanté. C’est Gérard Courtois, éditorialiste du journal Le monde et macronien de la première heure, qui l’exprime peut-être le mieux en faisant clairement état de sa déception[1]. Il est suivi d’assez près par L’Obs. Autrement dit, c’est la deuxième gauche – cette seconde droite avec un faux nez – qui est en train de s’émanciper. Et si Macron ne chute pas encore complètement, c’est parce qu’il recrute ses soutiens maintenant chez les anciens sarkozystes au grand dam de Wauquiez qui ne sait plus très bien se situer sur l’échiquier politique.

    Il faut dire que les mauvaises nouvelles sur le plan économique commencent à arriver. Alors que le chômage avait tendance à baisser sur toute l’année 2017, le voilà repartit à la hausse[2]. Et ce n’est pas près de s’inverser. Il y a plusieurs raisons à cela : la première ne tient pas à la responsabilité de Macron, elle est le résultat d‘un retournement de conjoncture porté par une hausse du prix de l’énergie et des matières premières.

    Réflexions sur l’effondrement de la popularité de Macron 

    La seconde est le résultat prévisible de la baisse du pouvoir d’achat engendré par un transfert massif de revenus des plus pauvres vers les plus riches : c’est la consommation qui s’est effondrée. Quoiqu’en pensent les tenants de la théorie de l’offre, l’économie fonctionne aussi avec la demande. Si la demande s’effondre, l’investissement productif n’a pas de raison de s’effectuer, et donc c’est toute l’économie qui s’enlise. Il n’y a aucune raison à court terme pour que la demande reparte à la hausse en France. C’est même l’inverse, et les choses devraient s’aggraver dans les mois qui viennent, d’autant qu’on va payer en termes de croissance le coût des grèves du printemps dernier à la SNCF, mais aussi à Air France. 

    La personnalité déplaisante de Monsieur Macron 

    Mais dans l’effondrement de la popularité de Macron, sa personnalité joue un grand rôle. Il apparait comme un personnage pusillanime et manipulateur, arrogant et suffisant. Sa com, comme on dit, laisse à désirer. Pour se donner un air jeune, le voilà en train de transformer l’Elysée en boîte de nuit ! Certes les Français sont progressistes, mais de là à profaner un lieu aussi symbolique il y a loin. Des photos assez hideuses grotesques à vrai dire et de cette soirée ont été mises en circulation par le service ce communication de l’Elysée, prenant l’opinion à contrepied, aussi bien sur la question de l’homosexualité que sur celle des migrants en associant des personnes de couleur à une marginalité sexuelle. Cette promotion risque de se payer très cher en termes de popularité le mois prochain, du côté cette fois de la droite européiste et affairiste que Macron avait attirée dans ses filets, mais qui n’est pas prête à renoncer à un certain formalisme hérité du passé. Voir également le couple bizarre de l’Elysée tressauter sur une « musique » tout aussi étrange a quelque chose d’indécent dont la cuistrerie de Macron empêche d’en mesurer les conséquences. Le mot qui revient le plus souvent est la honte que cet individu aux manières vulgaires de petit parvenu nous représente.

    Réflexions sur l’effondrement de la popularité de Macron

    Carnaval à l'Elysée 

    Mais Macron fait aussi profiter à l’international de sa personnalité bipolaire. Il s’est illustré piteuse face aux Italiens, d’abord pour contester la tentative de la Lega et de M5S de former un gouvernement, approuvant bruyamment la pitoyable manœuvre de Mattarella de trouver une alternative « neutre ». Son opposition aux Italiens s’est encore raffermie avec l’épisode de l’Aquarius, jouant les donneurs de leçons à un gouvernement qu’il juge manifestement illibéral. Salvini s’est empressé de recadrer Macron, soulignant son arrogance, et lui demandant de s’occuper plutôt de la France que des affaires internes à l’Italie[3]. Le sujet des migrants a encore renouvelé l’occasion à Macron de se ridiculiser. Il a d’abord reçu Conte, disant que son entente avec lui était parfaite et cordiale[4]. Cette bonne volonté n’a pas résisté à la personnalité particulière de Macron. En effet, lors du sommet européen sur les migrations qui n’a abouti à rien, sauf à dire que chaque gouvernement faisait comme il voulait, Macron a expliqué que les Italiens avaient accepté de retenir chez eux les migrants dans des camps. Le sommet s’est très mal passé, et une fois de plus Macron a tenté de faire la leçon à Conte, mais c’est lui qui finalement a dû plier devant le président du conseil italien[5]. Macron est déjà isolé par rapport à l’Allemagne qui en effet refuse clairement toutes les réformes de l’Europe qu’il a proposé. Mais il s’est mis maintenant à dos le gouvernement italien dans son ensemble qui le regarde comme un ennemi. Si la diplomatie de Hollande n’était pas très performante, il est clair que l’hystérie de Macron aggrave l’isolement de la France. Il a remis ça à Quimper en dénonçant « la lèpre qui monte en Europe »[6]. Cette lèpre désignant tous les pays européens qui votent mal, et notamment bien sûr l’Italie. 

    Réflexions sur l’effondrement de la popularité de Macron 

    Mais le plus ridicule était encore à venir. Voilà que Macron va visiter le Pape pour se faire introniser chanoine de Latran. C’est déjà assez ridicule en soi, mais on peut toujours se protéger derrière le fait que le Vatican est aussi un Etat. Je ne discuterais même pas de sa bêtise lorsque Macron, chef d’un Etat laïque et républicain déconne sur la nécessité de la religion – encore une fois, cela rappelle Sarkozy. Mais le plus singulier est son comportement, non seulement il s’est mis à tripoter le Pape comme si c’était un vieux copain de régiment – on sait que Macron a beaucoup de goût pour les vieux – mais il s’est permis de faire des blagues déplacées autant que stupide. Comme toujours à l’étranger, il a fallu qu’il lâche son fiel contre une partie de la population française. Cette fois, c’est tombé sur les Bretons. Comme il était accompagné de l’ineffable Le Drian, ministre des affaires étrangères, il a parlé au Pape de « mafia bretonne »[7]. C’est tombé évidemment à plat parce que le Pape n’a pas grand-chose à faire des bretons. L’imbécillité de Macron est manifeste, non seulement il apparait qu’il ne sait pas se tenir quand il est reçu chez des voisins, mais en plus de cela il n’a pas idée de la façon dont ce genre de crétinerie sera reçu en Bretagne. C’est en effet en Bretagne, région sans doute la plus catholique de France, que Macron a fait ses scores les plus élevés. 

    Conclusion 

    Au cœur de la dégringolade de Macron dans les sondages, il y a l’antipathie, pour ne pas dire la répulsion, qu’engendre sa personnalité instable et pusillanime. Et ce n’est sans doute pas fini. Pendant de nombreux mois Macron a bénéficié de la mansuétude de la presse mainstream. Cet heureux temps semble être terminé. Avec ses réformes à jet continu et ses foucades, il a gonflé un peu tout le monde, même parmi ceux qui l’ont soutenu. Si les résultats économiques en termes d’emploi et de pouvoir d’achat ne suivent pas – et pourquoi suivraient-ils ? – il va sans doute suivre la même pente savonnée que ses prédécesseurs. Rappelez-vous quand Hollande promettait l’inversion de la courbe du chômage, et pourtant, il était tout compte fait bien moins antipathique que son successeur. Il est également peu probable qu’il ait des résultats sur la scène internationale. Le dossier des migrants le rend fébrile. D’un côté il y a l’idéologie libérale qui nous dit que l’immigration c’est très bon pour l’économie et donc pour tout le reste, et de l’autre il y a la réalité : l’opinion française et européenne est de plus en plus hostile aux migrants. La façon dont il aborde ce dossier le montre très hésitant et sans conviction véritable. Il sait que s’il appuie trop pour l’ouverture des frontières, il ne finira pas son mandat. Ce dossier a d’ailleurs comme signalé plus haut mis à jour de graves dissensions en Europe, et il semble que la tendance anti-immigration soit en passe de l’emporter.



    [1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/06/26/macron-insupporte-ceux-qu-il-ne-faisait-qu-irriter-il-desenchante-ceux-qu-il-avait-emballes_5321253_3232.html?utm_term=Autofeed&utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1530032925

    [3] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/06/23/97001-20180623FILWWW00155-migrants-matteo-salvini-denonce-l-arrogance-du-president-macron.php

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/2018/06/26/emmanuel-macron-et-giuseppe-conte-improvisent-une-rencontre-a-rome-et-debloquent-la-situation-du-lifeline_a_23468470/

    [5] https://www.corriere.it/esteri/18_giugno_29/macron-perde-calmanon-funziona-cosi-ma-la-nottediventa-mediatore-b7b18a40-7b16-11e8-80d9-0ec4c8d0e802.shtml

    [6] http://www.lepoint.fr/politique/migrants-macron-contre-la-lepre-qui-monte-et-les-donneurs-de-lecons-22-06-2018-2229629_20.php

    [7] http://www.liberation.fr/debats/2018/06/29/emmanuel-macron-et-la-mafia-bretonne-pensee-complexe-blagues-simplistes_1662565

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