• Je ne voulais pas écrire encore un billet sur les pitreries de l’Elysée qui lassent un peu tout le monde, mais l’offensive médiatique de Macron et de ses sbires m’oblige à y revenir et à mettre l’accent sur de nouveaux mensonges. Certes nous savons depuis longtemps que les hommes politiques mentent, mais ici on est en train de battre des records à un train d’enfer. Il y a tellement de mensonges qu’on est incapable de tous les recenser dans un article sans se dire qu’on va lasser nos lecteurs. Mais si ce déferlement de mensonges nous trouble, il a pour contrepartie de détruire un peu plus les postures élyséennes et de rendre la parole du président de la République particulièrement inaudible. Reste évidemment la question la plus importante : pourquoi Macron a-t-il besoin de s’entourer d’une milice formée de racailles de bas quartiers ? Il n’est même pas certain que Macron possède la réponse.  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Ayant subi pendant des jours et des jours les crachats de la presse du monde entier et des internautes, Macron et Benalla sont passés à l’offensive en trois temps. D’abord des déclarations de Macron à la presse et à ses affidés, ensuite en verrouillant la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale, et enfin en faisant parler Benalla dans les médias. La manière dont Macron a remobilisé ses réseaux, allant jusqu'à chercher le vieux Bayrou, reprenant en main Le monde, investissant les télévisions, montre qu'il a toujours derrière lui l'oligarchie contrairement à ce que pensaient certains qui voyaient dans cette sinistre farce un lâchage.

    Macron, comme c’est son habitude maintenant, dès lors qu’il perd la main et qu’il se sent attaqué, crache son venin à qui veut l’entendre, y compris contre la presse qui pourtant l’a soutenu à bout de bras en 2017 quand il n’était encore rien, même pas un anonyme voyageur dans une gare de province. Après un silence assourdissant, il est sorti de sa réserve pour donner le spectacle bouffon d’un homme déstabilisé par une affaire dont manifestement il n’avait pas envisagé les conséquences. Le voilà donc qu’il s’en prend pêle-mêle à la presse et à l’opposition, avec le fameux couplet avançant qu’il est le seul responsable et même qu’il est fier d’avoir embauché cette petite frappe de Benalla : « il assume », ce qui est la marque non pas de la repentance, mais du mépris qu’il nous porte. « Le seul responsable c’est moi » dit-il[1]. Ça on le savait déjà, mais c’est pour ajouter peu après qu’il est très fier d’avoir embauché cette petite frappe de Benalla[2]. Il est donc quelqu’un qui est fier d’avoir embauché une personne qui usurpe la fonction de policier et ses signes distinctifs, fier d’avoir embauché un voyou de quartier. Ce n’est pas étonnant de la part d’un individu qui ne rêve que de privatiser la police. Au passage ce sinistre individu a fait le bouffon en disant devant ses députés-godillots : « Qu’ils viennent me chercher ! ». Cette arrogance a été analysée comme une cuistrerie de première, puisque par définition Macron, en tant que président en fonction, bénéficie d’une immunité très large. Moi je l’analyse plutôt comme une volonté capricieuse de se faire punir… enfin… par le peuple qu’il méprise et qui le méprose. Mais ces simples phrases qui manquent de dignité classent finalement le président comme un homme non pas affaibli, mais comme un homme faible au caractère pusillanime.  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron 

    Ce brassage d’air n’est pas destiné à convaincre les Français qui massivement trouvent que cette affaire est déplorable et révèle le caractère psychotique du président qui semble de plus en plus sous l’emprise de substances stupéfiantes, tant son allure est désordonnée et ses pupilles sont dilatées. Un sondage commandé par BFM, chaîne macronienne par excellence, montre que ce comportement est condamné par plus des trois-quart des Français. C’est encore plus l’attitude du président qui pose problème à l’opinion que sa politique proprement dite. Seule Marlène Schiappa fait semblant de croire que les Français ne s’intéressent pas à cette affaire[3], et elle est apparue à la télévision avec un décolleté provocant de façon à faire naitre les remarques sexistes pour mieux détourner l’attention des critiques qui l’assaillent depuis qu’elle a avancé bêtement qu’il n’y avait pas d’affaire Benalla[4]. C’était évidemment orchestré par la cellule de com plus que défaillante de l’Elysée.  Mais enfin on se dit que si les Français ne s’intéressaient pas à cette affaire, les plus hautes autorités de l’Etat ne prendrait pas la peine de peaufiner leur défense.  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Le deuxième volet de cette offensive médiatique est de mettre en scène Benalla lui-même, de le rendre présentable, de tenter de démontrer qu’il n’est pas le voyou de bas étage qu’on a décrit un peu partout. D’abord c’est une longue interview au Monde[5]. C’est en effet ce journal très macronien qui a lancé l’affaire, au grand dam de ses lecteurs qui ne supportent pas de voir leur idole attaquée. Les commentaires des lecteurs du Monde, le journal de Mathieu Pigasse un ami de Macron, sont à 90% très défavorables non pas à Macron auquel ils restent bêtement fidèles, mais à Ariane Chemin. Ce journal avait, avant de donner la parole à ce petit voyou de Benalla, commencé à faire œuvre de contrition. En effet, dans un éditorial daté du 24 juillet, Françoise Fressoz, lèche-botte en chef de ce canard, maintenant que Gérard Courtois est aux abonnés absents, commençait à mettre les embarras de Macron sur le compte de la méchanceté des parlementaires qui seraient jaloux, et donc d’une certaine manière à dédouaner le locataire de l’Elysée de ses turpitudes[6]. Soit Le monde est divisé et les différents clans de la rédaction sont en guerre, soit ce journal regrette d’avoir ennuyé Macron pour faire la démonstration de son émancipation. Mais revenons à l’interview mensongère de Benalla.

      L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Pour l’occasion Benalla – qui ne s’appelle peut-être pas Benalla – s’était rasé la barbe, histoire de ne pas apparaître comme un vulgaire barbu pro-islamiste de banlieue. Cette interview était conduite par trois journalistes faux-culs Gérard Davet, François Krug et Fabrice Lhomme qui se sont déjà fait remarquer par le passé par leur volonté de couler François Hollande qui avait eu la naïveté de leur faire confiance. Ces trois journalistes sont donc des amis très proches du président. Cette interview n’a pas été donnée à la légère. On l’a confiée à des professionnels de la propagande macronienne, avec poses et photographies destinées à crédibiliser le personnage. Or cet entretien fleuve – du jamais vu dans ce journal pour un modeste clampin comme Benalla – non seulement n’apporte rien de nouveau, mais il amène de nouveaux mensonges, bien sûr en ce qui concerne l’usage de l’article 73 répété ad libitum par Benalla, mais aussi en ce qui concerne les couvertures dont il aurait disposé du côté de la préfecture[7]. Gibelin affirme que personne n’était au courant de la venue de Benalla sur une manifestation, mais on sait aussi que Benalla, Crase et Mizerski avaient l’habitude de ce genre d’opération. Car l’interpellation illégale de la Contrescarpe n’est pas la seule à mettre à l’actif de ces apprentis-barbouzes. Libération a publié également une vidéo qui montre que ce trio était aussi actif du côté du Jardin des Plantes[8]. Ce n’était donc pas une action isolée et irréfléchie, mais plus probablement une opération commando suscitée par l’Elysée. Plus Benalla parle, plus il s’enfonce et plus il ridiculise son patron.  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Et après cette pantomime revoilà Benalla sur TFI, média de masse, représentant les intérêts de la droite affairiste et cosmopolite, et soutien ouvert de Macron. Il était manifestement en mission commandée. Cette fois on a voulu déguiser Benalla en homme responsable et réfléchi. Bien rasé, il a mis des petites lunettes cerclées sur son nez, histoire de faire croire qu’il n’est pas un vrai voyou. Longuement interviewé, il ment une nouvelle fois sur ce qu’il est, sur ce qu’il a fait, et en rajoute sur sa malheureuse mise à pied. On l’a même entendu dire qu’il n’avait pas porté de coup, ce que la vidéo qui passe en boucle sur les réseaux sociaux dément formellement. Le résultat de cette mise en scène est encore plus désastreux que l’interview plus ou moins réelle au Monde. En effet, maintenant tout le monde doute que sa mise à pied ait été effective. On sait par exemple qu’en mai il a touché l’intégralité de son salaire alors qu’il avait été sanctionné[9]. N’est-ce pas le président-menteur qui affirmait que la sanction avait été proportionnée à la faute[10] ? En réalité, cette sanction n’existait pas ainsi que Patrick Strzoda l’a confirmé face à la Commission d’enquête parlementaire, avançant d’une manière des plus alambiquée que cette retenue se ferait plus tard sur les jours de congés en retard[11]. En vérité l’offensive de Benalla sur TF1 est complètement ratée, il aurait dû faire profil bas, se faire oublier. Mais ce n’est pas dans sa nature, ni même dans celle de Macron. Il faut qu’ils aboient, il faut qu’ils mordent, qu’ils montrent qu’ils existent encore un peu avant que de finir dans les poubelles de l’histoire. Or tandis que Benalla fanfaronnait sur TF1, on apprenait qu’il avait le même jour retiré une voiture de l’Elysée de la fourrière ! Normalement ce personnage douteux est licencié, il ne devrait plus apparaître dans l’entourage du président, or il se comporte très exactement comme s’il avait encore des fonctions officielles[12]. Il apparait clairement que Macron ne l’a pas laissé tomber et qu’il se sert encore de lui. Cet épisode de la fourrière jette le doute sur la mise à pied de Benalla. Le point qui est passé d’un macronisme éhonté à l’offensive contre le petit président, met en doute lui aussi l’effectivité de ce licenciement ou de cette mise à pied, on ne sait plus très bien[13].  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    La dernière offensive de la Macronie a été de faire capoter la Commission d’enquête. En effet, la présidente de cette commission, l’ineffable Yaël Braun-Pivet, anciennement socialiste et porte-flingue de Macron à l’Assemblée nationale, a refusé un certain nombre d’auditions ce qui a entraîné la démission du vice-président, Guillaume Larrivé qui a dénoncé une mascarade et un déni de démocratie[14]. Les députés LR, mais aussi FI et le RN se sont retirés de ce carnaval. C’était le but recherché par la Macronie, car chaque fois qu’il y avait une audition, de nouvelles contradictions apparaissaient dans la défense de Benalla et de Macron : le nombre de faux témoins disant ne pas connaître Benalla devenant impressionnant, alors même qu’ils avaient été photographiés avec lui. Mais c’est une victoire à la Pyrrhus car en procédant ainsi, c’est-à-dire en sabotant la démocratie parlementaire, le clan Macron est en train de souder l’opposition, et il est probable que comme l’a annoncé Obono, ils voteront tous ensemble la motion de censure, qu’elle vienne de la droite, de l’extrême-droite ou de la gauche. Le slogan « Tout sauf Macron » pour 2022 est en marche !!  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Mais quoi qu’il en soit, la manière malheureuse dont Macron gère cette affaire, la façon dont Benalla se présente la bouche en cœur pour retirer une voiture de l’Elysée de la fourrière comme si de rien n’était et aussi le misérable comportement des députés macroniens, montre à quel degré d’amateurisme on en est arrivé à l’Elysée où plus rien ne semble fonctionner. Comme on le voit, loin de clore le débat l’offensive désordonnée de Macron et de ses sbires sur le plan médiatique la relance un peu plus. Le fait du reste qu’on n’arrive plus à dissocier Macron de Benalla qui forment maintenant un couple scandaleux, en dit long sur ce que le président a perdu dans cette affaire.

    Pour ne pas rester sur une note négative, regardons une nouvelle fois le but de Benjamin Pavard qui montre combien le football peut-être aussi magique.



    [1] https://www.lejdd.fr/politique/emmanuel-macron-devant-les-deputes-en-marche-le-seul-responsable-cest-moi-3718694

    [2] https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/25/fier-d-avoir-embauche-benalla-a-l-elysee-macron-estime-que-la-sanction-etait-proportionnee_a_23489544/

    [3] https://www.lesinrocks.com/2018/07/27/actualite/affaire-benalla-marlene-schiappa-detourne-les-conclusions-dun-article-le-journal-lui-repond-111109508/

    [4] https://www.neonmag.fr/en-pleine-affaire-benalla-marlene-schiappa-choque-avec-un-decollete-513279.html

    [5] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/26/entretien-exclusif-alexandre-benalla-livre-ses-verites_5336090_823448.html

    [6] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/24/les-parlementaires-font-payer-a-macron-son-insolente-audace-ils-ne-le-lacheront-plus_5335152_823448.html

    [7] https://www.20minutes.fr/politique/2313843-20180726-affaire-benalla-face-deputes-haut-grade-dement-version-alexandre-benalla-publiee-monde

    [8] http://www.liberation.fr/france/2018/07/27/1er-mai-benalla-et-crase-impliques-dans-une-autre-interpellation_1669273

    [9] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/07/25/97001-20180725FILWWW00226-benalla-a-touche-en-mai-l-integralite-de-son-salaire.php

    [10] https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/25/fier-d-avoir-embauche-benalla-a-l-elysee-macron-estime-que-la-sanction-etait-proportionnee_a_23489544/

    [11] https://www.lci.fr/politique/pourquoi-alexandre-benalla-a-bien-touche-l-integralite-de-son-salaire-du-mois-de-mai-malgre-sa-mise-a-pied-2094216.html

    [12] http://www.liberation.fr/direct/element/normalement-mis-a-pied-benalla-a-retire-une-voiture-presidentielle-a-la-fourriere_85433/

    [13] http://www.lepoint.fr/politique/exclusif-alexandre-benalla-a-t-il-vraiment-ete-mis-a-pied-27-07-2018-2239696_20.php

    [14] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/27/affaire-benalla-a-l-assemblee-nationale-la-commission-d-enquete-implose_5336588_823448.html

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  •  L’amateurisme de Monsieur Macron

    Tout est dit dans la couverture du Point : Macron n’est pas sérieux. On assiste avec l’affaire Benalla à quelque chose de nouveau qu’on pressentait en fait depuis quelques semaines et qui m’avait sauté aux yeux quand j’ai vu que l’obséquieux Gérard Courtois journaliste au Monde arrêtait ses chroniques quotidiennes dithyrambiques sur le président de la République. Les journalistes qui l’avaient porté à bout de bras, lâchent Macron et sont en train de lui faire payer leur propre veulerie. Il n’y a plus au Monde que l’ignoble Françoise Fressoz pour le soutenir encore. Dans une chronique qui sent la commande de dernière heure, elle nous explique que les parlementaires se vengent de Macron et de « son audace ». Sous entendant qu’il est pourchassé non pas pour ce qu’il a fait mais plutôt pour avoir bousculé le confort des élus. Comme d’habitude, Françoise Fressoz a tort[1], c’est assez commun d’ailleurs chez les éditorialistes qui commentent la politique intérieure. Mais là, cette femme dont la ligne de conduite oscille entre obséquiosité et paresse intellectuelle, elle rame à contrecourant. La tendance du jour est au contraire de taper à bras raccourcis sur Macron. Et c’est ce retournement qui est intéressant.

    Les fautes commises par Macron sont très nombreuses. La première est sans doute que l’ivresse du pouvoir lui ait monté à la tête et l’a amené à croire qu’il pouvait privatiser la sécurité à l’Elysée en montant sa propre milice avec des éléments importés directement des bas quartiers. Mais une fois qu’il a été démontré que Benalla – qui sans doute ne s’appelle pas Benalla – a lui aussi sombré à l’ivresse du pouvoir en allant taper sur les passants dans les rues, Macron a incité les détenteurs d’autorité à mentir, que ce soit Collomb, Patrick Strzoda qui a fini par avouer que Benalla n’a pas été suspendu de traitement, ou même le préfet de police. Egalement on a appris que le dénommé Benalla disposait de privilèges exorbitants : non seulement il était logé gratuitement quai de Branly, mais que son appartement devait être refait pour un devis estimé de 180 000 €[2]. Son salaire tournait autour de 10 000 € par mois, et il disposait d’un chauffeur et d’une voiture de fonction. Bref d’une manière ou d’une autre Benalla nous « coûtait un pognon de dingue ». Mais le pire était à venir. On a appris que Macron avait décidé de lui confier la refonte de la sécurité de l’Elysée. On n’est plus dans la gabegie financière, mais dans l’incompétence définitivve, en effet, Benalla n’avait aucune qualification pour s’occuper de ce travail très épineux. Un spécialiste sérieux de la sécurité à l’Elysée irait-il perdre un temps précieux à frapper des passants aux abords d’une manifestation ? La liste des manquements à la déontologie la plus élémentaire est longue, et elle a été faite par la plupart des journaux.  

    L’amateurisme de Monsieur Macron

    Qu’un tel personnage ait pu s’imposer au président de la République pose la question du manque de discernement de celui-ci. C’est à ce même Benalla qu’il confiait les clés de sa villa du Touquet. Il semble en effet que depuis son élection miraculeuse, Macron ait perdu totalement le sens des réalités. Cela se voit à l’arrogance avec laquelle il crache ne permanence sur les Français, mais cela se voit aussi dans la manière de gérer cette histoire de Benalla qui peut-être ne s’appelle ni Benalla, ni même Alexandre. Il a en effet commencé par mettre une sourdine, pensant que celle-ci ne serait qu’un feu de paille. Et lorsque l’article du Monde qui a déclenché cette salade est paru, il a envoyé l’ex-journaliste, mais vrai cireur de pompe, Bruno Roger-Petit mentir en direct à la télévision en avançant que Benalla avait été beaucoup puni d’une suspension de salaire de 15 jours !! Cette suspension de salaire en fait n’a même pas eu lieu, alors qu’elle était présentée par l’ineffable Bruno Roger-Tout-Petit comme une sanction éminemment féroce[3].

    Il faut être vraiment stupide comme l’est Macron pour croire que cela allait calmer la meute. La ficelle était bien grossière. Pendant plusieurs semaines le petit président s’est muré dans un silence hautain – enfin qu’il aurait voulu hautain – ce qui a incité les journalistes qui lui en veulent à mort de les avoir entrainés dans son sillage, à poursuivre leurs investigations. Finalement en voulant protéger Benalla, Macron a dû s’en séparer et se séparer aussi de son acolyte, le louche Vincent Crase, ex-gendarme, plus ou moins employé par le parti En Marche, mais qui avait une position officieuse à l’Elysée et qui lui aussi allait casser du manifestant le 1er mai.

    Cette difficulté de Macron à reculer quand il est pris en tort est sans doute son pire défaut, confondant volonté politique et entêtement imbécile, il court au-devant des ennuis comme s’il cherchait inconsciemment à être sanctionné par une France qui l’a si mal élu. Si les larges appuis qu’il avait dans la presse mainstream laissaient entendre qu’il maitrisait la communication, l’exercice du pouvoir et sa liberté de parole montre qu’il n’en est rien. Il est difficile en effet de faire plus amateur que lui dans la fonction présidentielle. Il s’est sarkozysé très rapidement et encore plus profondément que son prédécesseur : il semble que les déconvenues de l’ancien président ne lui aient pas servi de leçon. Au moins Sarkozy ne se faisait pas balancé par les flics, car ce sont bien eux qui ont donné les informations au Monde, agacés qu’ils étaient de la bouffonnerie de Benalla qui prétendait leur imposer sa loi au nom de sa proximité avec le président de la République[4] !

      L’amateurisme de Monsieur Macron

    Macron a toujours été arrogant, c’était déjà le cas quand il était ministre de l’économie du malheureux Hollande, mais son arrogance vire aujourd’hui à la bouffonnerie. Il ne semble plus rien maitriser. Déjà on a constaté à travers les sondages qu’il n’y avait pas eu d’effet Coupe du Monde en sa faveur. Au contraire, il a dégouté tous les Français par cette maniaquerie de se mettre en avant. Son manque de discrétion a été très critiqué, alors que les Français dans leur ensemble sont très fiers de leur équipe nationale de football. Mais l’affaire Benalla – qui ne s’appelle peut-être pas Benalla – l’a ramené à la triste réalité. Son comportement d’amateur le fait plonger en dessous du tiers des soutiens[5]. L’affaire Benalla lui aurait fait perdre 4 points entre juin et juillet 2018. Ce manque de retenue dans sa conduite personnelle est sans doute son plus grave défaut. N’ayant jamais eu à fréquenter l’opinion publique, il croit qu’il peut la mépriser et lui pisser contre. Ses prédécesseurs n’avaient pas tout à fait ce genre d’écart de conduite : président hors-sol, il ne comprend rien au peuple qu’il prétend gouverner. C’est pourquoi nous parlons d’amateurisme.

      L’amateurisme de Monsieur Macron

    La démonstration de cette cuistrerie nous a été donnée encore avec son intervention devant les misérables députés LREM qui s’étaient réunis pour fêter la fin d’une longue session parlementaire[6]. Son caractère a repris le dessus, il s’est mis à bouffonner comme jamais, balançant des blagues de garçon de bains sur Benalla son supposé amant (ah ! ah ! ah !). En gros il a dit deux choses : qu’il assumait l’affaire Benalla, se désignant comme le coupable – on s’en était douté – mais ensuite pour avancer qu’il allait se battre contre la presse qui est selon lui son ennemie. « Qu’ils viennent me chercher ! » a-t-il lancé. Ça nous rappelle une fois de plus Sarkozy qui lançait à un pêcheur qui le critiquait « Descend ici qu’on s’explique ». Conseil que le pêcheur n’avait sagement pas suivi arguant des gros bras qui entouraient le président de l’époque[7]. Lorsque Macron apostrophe ainsi ses contradicteurs, il commet de nouvelles fautes ainsi que le résume Jacques Sapir[8]. D’abord il se comporte en chef de parti alors qu’il est sensé être le président de tous les Français et donc aussi le premier magistrat. Ensuite il sait pertinemment que son statut de chef de l’Etat lui octroie une immunité très large, et donc que Quand il revendique la responsabilité des dérives de l’Elysée, c’est complètement gratuit. Mais sans doute le plus dangereux sur le long terme est qu’il s’oppose complètement au peuple sachant très bien que les deux tiers des Français ont une opinion très négative de cette affaire dite Benalla et qui devient une affaire Macron.

    L’amateurisme de Macron se reconnait au fait que :

    - s’il se tait son silence l’enfonce,

    - et s’il parle sa parole le condamne encore un peu plus. 

    Un amateurisme politiquement ruineux 

    La presse étrangère qui il y a un an avait suivi le mouvement en saluant l’élection de Macron comme celle du futur leader de l’Union européenne, se rend compte que l’agitation du président français est plutôt factice et que des résultats, il n’en obtient pas. Il est vrai qu’entre temps les déconvenues en matière de politique étrangère se sont accumulés sur lui, le montrant comme complètement isolé aussi bien en Europe qu’ailleurs en Russie ou aux Etats-Unis. Elle le fait apparaître aujourd’hui comme ce qu’il est : un amateur, impréparé à la conduite d’un pays comme la France, complètement déconnecté de la réalité du pays qu’il prétend gouverner[9]. Mais surtout la presse étrangère souligne que l’image de marque de Macron va rester durablement « écornée ». Arrogant, menteur et bouffon, dépensier aussi, il n’est pas sérieux de penser qu’il s’en remettra. En outre, cette affaire a montré que lorsque l’opposition était unie, Macron reculait : il a été ainsi obligé de licencier Benalla et Vincent Crase, et sans doute va-t-il devoir encore se séparer de Strzoda, et donc pendant quelques semaines l’Elysée va être encore un peu plus désorganisé que d’ordinaire. Et qu’on ne vienne pas m’opposer les fascistes du FN et leurs bandes armées comme des dangers imminents, on a vu qu’avec l’affaire Benalla ce n’était pas l’extrême-droite qui utilisait des milices, mais plutôt la droite extrême façon MEDEF. Il est en effet très significatif que ce soit le jour même de la fête du travail, le 1er mai, que Macron ait envoyé ses gros bras casser des manifestants dans la rue, comme au bon vieux temps des milices patronales. Il est exclu de penser que les gros bras de Macron aient décidés par eux-mêmes d’aller taper sur les manifestants : ils étaient là forcément en service commandé. Pour quelle raison obscure ? On ne le saura pas.

      L’amateurisme de Monsieur Macron

    Avec Macron plus aucun service de l’Etat ne fonctionne correctement : ni la police, ni les hôpitaux, encore moins l’école, et bien sûr l’Assemblée nationale. Cette affaire aux ramifications nombreuses a déjà eu comme conséquence de repousser l’examen de la loi sur la révision de la Constitution à l’automne… si tout va bien. Mais il semble que maintenant cette réforme qui nécessite au moins l’approbation du Congrès ou un référendum, ait du plomb dans l’aile, tout le monde pensant que Macron tente de produire une réforme qui lui permettrait de mieux gouverner, de gouverner à sa guise[10]. Qu’un personnage aussi nocif qu’insignifiant tel que Benalla oblige le gouvernement à repousser une réforme de la plus haute importance en dit long sur la fragilité du pouvoir de Macron et des députés-godillots à son service. La commission d’enquête dirigée par Yael Braun-Pivet, s’est du même coup couverte d’indignité en tentant d’évacuer les témoignages gênants et contradictoires, même Le monde s’en rend compte[11]. En même temps que le président se discrédite, sans doute définitivement, ses soutiens à l’Assemblée sombrent dans la honte la plus totale. Quelques députés macroniens ont commencé à prendre des distances avec les pratiques de leur chef, il s’agit de Sonia Krimi et Paul Molac. Est-ce qu’ils vont faire école ? On n’en sait rien. Pour prévenir toute idée d’émancipation, Macron les a menacés lourdement : « Les tireurs couchés d'un jour finissent abattus avec les autres quand ils décident de tirer sur les camarades », a-t-il dit[12]. Peut être va-t-il leur envoyé Benalla qui n’a plus rien à faire officiellement ? On verra bien, mais ceux qui comptaient passer de LR à En Marche risquent d’en être dissuadés et au contraire pour mieux exister vont renforcer leur critique à l’instar de Christian Jacob qui parait comme le plus déterminé. Les députés LR ont déposé une motion de censure qui, si elle n’aura aucun effet concret direct, va sans doute démontrer qu’une opposition unie peut avoir la peau de Macron et de son parti croupion.[13]

    Mais cette affaire a aussi semé la zizanie au sommet de l’Etat, ni Collomb, ni Michel Delpuech, le préfet de police de Paris, ne sont près à endosser les retombées de l’affaire Benalla, ils se sont tous les deux défaussés sur l’Elysée – ce qui explique pour partie la diatribe aigre de Macron affirmant qu’il était le seul responsable. Il va donc y avoir assez rapidement un remaniement ministériel, Collomb a fait son temps, mais aussi un difficile remplacement de Michel Delpuech. On ne voit pas comment celui-ci pourrait rester après avoir contredit la version officielle de l’Elysée. N’a-t-il pas parlé à propos du rôle de Benalla de « copinage malsain » ?

    Cette affaire qui aurait été relativement mineure si elle avait été bien gérée : par exemple en écartant dès le 2 mai 2018 Benalla et Crase, est devenu un boulet par ce qu’elle démontre d’incompétence en Macronie en ce qui concerne les affaires de l’Etat en général. A l’évidence Macron n’est pas à sa place, il est à peine un gestionnaire de portefeuille sans envergure et sans qualité autre que d’embobeliner les naïfs par sa faconde de marchand de voitures d’occasion. Il y a un peu plus d’un an, certains justifiaient d’avoir voté pour Macron au motif que Marine Le Pen n’avait pas les compétences requises pour gérer un pays comme la France, c’est peut-être vrai. Mais Macron a démontré quant à lui qu’il était « vraiment » incompétent au poste qu’il prétend occuper. Comment en effet un homme qui fait confiance à une crapule de bas étage comme Benalla pour sa propre sécurité peut-il avoir le discernement suffisant pour le reste des affaires de la France ?



    [1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/24/les-parlementaires-font-payer-a-macron-son-insolente-audace-ils-ne-le-lacheront-plus_5335152_823448.html Françoise Fressoz qui se dispute au Monde le premier rôle de lèche-cul avec Gérard Courtois, est la fille de Roger Fressoz, l’ancien directeur du Canard enchainé. Elle ne semble avoir rien appris du parcours de son père te représente très bien la dégénérescence d’un métier qui n’en est pas un

    [2] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/alexandre-benalla-les-secrets-du-m-securite-du-president_2027183.html?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter&Echobox=1532357448#xtor=CS3-5083

    [3] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/07/25/25001-20180725ARTFIG00290-malgre-sa-suspension-de-15-jours-benalla-a-percu-l-integralite-de-son-salaire-en-mai.php

    [4] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-au-senat-les-syndicats-policiers-denoncent-la-confusion-des-roles_2865213.html

    [5] http://www.europe1.fr/politique/la-popularite-de-macron-au-plus-bas-apres-laffaire-benalla-3718142

    [6] http://www.lepoint.fr/politique/affaire-benalla-buzyn-juge-normal-que-macron-s-exprime-devant-les-deputes-lrem-25-07-2018-2238915_20.php

    [7] http://www.liberation.fr/france/2007/11/06/video-sarkozy-a-un-pecheur-toi-si-tu-as-quelque-chose-a-dire-tu-as-qu-a-venir-ici_8809

    [8] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/les-trois-fautes-demmanuel-macron/1338889326240982/

    [9] https://www.lesinrocks.com/2018/07/25/actualite/laffaire-benalla-emmanuel-macron-etrille-par-la-presse-etrangere-111108883/

    [10] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/07/23/97001-20180723FILWWW00125-la-fin-de-l-examen-de-la-reforme-constitutionnelle-reportee-a-la-rentree-a-cause-de-l-affaire-benalla.php

    [11] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/25/la-commission-d-enquete-sur-l-affaire-benalla-se-dechire-a-l-assemblee-nationale_5335948_823448.html

    [12] https://www.marianne.net/politique/affaire-benalla-il-reste-deux-deputes-lrem-courageux-et-macron-les-menace

    [13] http://www.europe1.fr/politique/affaire-benalla-les-deputes-lr-vont-deposer-une-motion-de-censure-annonce-christian-jacob-3718124

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  •  Croissance économique, vers l’effondrement ?

    La Commission européenne vient une fois de plus de réviser à la baisse ses prévisions en matière de croissance[1], l’INSEE aussi[2]. Pour une fois l’opinion des marchés nous rejoint et s’inquiète. J’avais avancé il y a quelques mois, et malgré l’optimisme ambiant, que l’essentiel du ralentissement tenait à deux raisons principales :

    - les excès d’offre engendrés par la crise de 2008 n’ont pas été résorbés, la production croissant plus vite que la demande à travers un transfert de valeur des plus pauvres vers les plus riches : les salaires stagnent dans le monde entier tandis que les profits s’envolent. Ce déséquilibre jouant comme une confiscation des gains de productivité du travail par les détenteurs de capital ;

    - le coût des matières premières, notamment le pétrole et le gaz sont repartis à la hausse, malgré la décision de l’OPEP d’augmenter les quantités produites[3]. Mais il y a également une pénurie de produits agro-alimentaires qui pèse sur l’ensemble depuis quelques années maintenant[4].

    Pour ce qui concerne la France, j’ai également signalé que la politique de Macron allait encore un peu plus aggraver ce phénomène : la politique de déflation plombant la demande, il n’y a aucune raison pour que les entrepreneurs investissent, même si les taux d’intérêt restent bas, même si depuis un an, ils ont tendance à remonter, ne serait-ce qu’à cause des difficultés des banques du monde entier.

      Croissance économique, vers l’effondrement ?

    Dans un communiqué récent, le commissaire européen Pierre Moscovici a déclaré que :

    "La croissance en Europe devrait rester résiliente, étant donné que les politiques monétaires restent accommodantes et que le chômage continue de baisser. La légère révision à la baisse par rapport au printemps traduit l'impact des tensions commerciales et de l'incertitude politique sur la confiance et la hausse des prix de l'énergie. Nos prévisions tablent sur une poursuite de l'expansion en 2018 et 2019, bien qu'il existe clairement un risque baissier, en cas de nouvelle escalade de mesures protectionnistes.[5]"

    La façon ahurissante dont Moscovici présente la situation, montre que s’il est commissaire aux affaires économiques, il y entend bien moins que n’importe quel analyste. Passons sur le fait qu’il considère que le protectionnisme est une cause de la crise, et non une conséquence de celle-ci. C’est assez courant chez les économistes classiques. J’ai déjà dit ce qu’il fallait en penser[6]. Confondre cause et conséquence c’est justement ce qui leur permet de persister avec méthode dans l’erreur. Dans la mesure où la crise intervient avant la mise en œuvre de mesures protectionnistes, il est aberrant de considérer que celles-ci sont une cause de la crise. On remarque que Moscovici fait comme si l’Europe n’avait pas ses propres problèmes et que ceux-ci ne provenaient que de la politique de l’abominable Trump. Par exemple, il ne dit pas un mot sur les possibilités d’éclatement d’une crise bancaire de première grandeur, et sur le fait que le système monétaire européen est extrêmement fragile[7]. Et encore je ne viens même pas sur le terrain de l’idée selon laquelle la croissance économique se heurte au simple fait que les ressources de la planète sont limitées[8].

    J’ai déjà détaillé les raisons d’une politique protectionniste de Trump. Mais on le voit aujourd’hui à l’offensive sur un autre terrain : au dernier sommet de l’OTAN, il a fait l’objet d’un splendide isolement. Son message était assez clair, les Etats-Unis ne veulent plus payer pour l’OTAN[9]. Cette nouvelle considérable a plusieurs buts, tout d’abord diminuer les dépenses des Etats-Unis, ce pays est en effet le premier contributeur du budget de l’OTAN, ils assurent 70% de celui-ci, pour une somme de plus de 700 milliards de dollars[10].  C’est très important, surtout vu l’état des finances publiques américaines. Mais ces dépenses, sans entrez dans le détail apparaissent d’un point de vue économique comme une fonction de demande pour l’économie mondiale, et donc si elle devait disparaître ou fondre radicalement, cela créerait très certainement un trou d’air important.

      Croissance économique, vers l’effondrement ?

    En vérité les Américains, au risque de lasser le monde entier, se livrent encore une fois à un chantage éhonté : la menace de diminuer leur participation au budget de l’OTAN est aussi une manière d’empêcher que les Européens, et plus particulièrement les Allemands ne reprennent l’achat de gaz à la Russie et donc qu’ils laissent tomber leur projet de gazoduc Nord Stream 2[11]. Etant dans la situation de produire un gaz excédentaire, les Etats-Unis voudraient bien remplacer les Russes comme fournisseurs de l’Europe. C’est sans doute là une des raisons qui font que l’ineffable Trump a attaqué Merkel en avançant qu’elle était complètement inféodée – pour ne pas dire vendue – à la Russie. Bien évidemment Trump profite à la fois de la faiblesse de Merkel sur le plan intérieur, mais aussi de la division de plus en plus évidente des pays européens. Il parie sur l’impossibilité de ces pays à construire un front commun contre ses agressions répétées.

    Cette politique a sa logique propre : il s’agit pour les Etats-Unis de restaurer leur puissance économique et politique en sortant du multilatéralisme, que ce soit en contestant l’OMC, ou au contraire en contestant l’OTAN. Très souvent on considère que l’OTAN est une très mauvaise chose parce qu’elle est dominée par les Américains, c’est de moins en moins vrai. L’OTAN est un appareil bureaucratique qui a acquis sa propre détermination, au-delà de l’intérêt de ses membres. Elle cherche à justifier aussi bien ses fonctions que ses budgets, c’est pourquoi périodiquement elle allume les feux du côté de la Russie pour tenter de faire croire que celle-ci est une. On peut reprocher beaucoup de choses à Poutine, mais une chose est certaine, il n’est pas fou. Il est clair que non seulement ce n’est pas dans ses intentions d’attaquer l’Europe occidentale, mais qu’en outre, il n’en a pas les moyens militaires.

      Croissance économique, vers l’effondrement ?

    L’Union européenne, étant donné qu’il n’y aucune chance qu’elle mette ne place une défense militaire commune sérieuse, se trouve devant un choix :

    - soit elle cède à Trump pour avoir la paix et continuer à commercer avec lui, mais alors elle se ferme un peu plus le marché de la Russie ;

    - soit elle assure elle-même sa défense en augmentant les sommes allouées aux différents appareils militaires dans l’Union. Dans ce dernier cas, cela a un coût important en matière de croissance, les dépenses militaires étant particulièrement improductives, même si on peut reconnaître qu’elles engendrent des retombées technologiques importantes[12]. C’est d’ailleurs au fait que pendant longtemps les pays comme le Japon et l’Allemagne n’ont pas engagé des dépenses militaires, qu’ils doivent une grosse partie de leur prospérité et de leurs excédents.

    Dans les deux cas les Européens sont perdants. Cette guerre tous azimuts, lancée par Trump, est la conséquence logique de l’impasse dans laquelle se trouve la mondialisation. Comme on le voit les considérations militaires sont principalement, pour les occidentaux, dictées par la conduite des affaires économiques, elles doivent s’y adapter, c’est ce que fait Trump.  Les Européens n’ont pas vraiment d’idée en ce qui concerne la défense, et pour cause, l’Union européenne n’est pas une nation ! Les revirements incessants de Trump vont les forcer à prendre des mesures coûteuses qui sans doute pourront compenser à court terme le manque de dynamisme de leur marché intérieur, mais cela va probablement accélérer un peu plus la division entre eux. On peut douter que cela soit bon pour l’économie et l’emploi, à court et moyen terme. Ce ralentissement durable de la croissance va obliger les nations à recentrer leur modèle de développement sur leur propre marché intérieur. C’est sans doute ce que Trump ne comprend pas très bien : il ne peut pas à la fois martyriser ses alliés et en même temps se servir de leurs marchés pour ses propres intérêts. Quoi qu’on en dise, le libre-échange ne peut fonctionner – même mal – que sur le mode de la réciprocité. Les turbulences sont devant nous : les pays qui s’en sortiront le mieux, sont ceux qui auront compris avant les autres qu’une nation doit avoir d’abord une économie équilibrée et autosuffisante. C’est ce qu’annonçait Keynes dans un texte de 1933, “National Self-Sufficiency”, The Yale Review, vol.22, n˚ 4, june 1933), p. 755-769[13]. Ce que dénonce Keynes dans ce texte c’est l’idée fausse selon laquelle le libre-échange amènerait la prospérité et la paix. Il en revient ainsi à l’idée des mercantilistes français du début du XVIIème siècle, et il annonce en réalité ce qui va se mettre en place d’abord avec le New Deal aux Etats-Unis et en Europe après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce que cette crise économique impose, c’est un changement de modèle économique, et signale la fin du modèle dit de la mondialisation.

      Croissance économique, vers l’effondrement ?

    Ce changement de modèle, ce basculement nécessaire, peut déjà se lire dans la stagnation du commerce international qui ne s’est pas relevé justement de la crise de 2008, on n’a pas insisté assez suffisamment sur ce point le recul du commerce international date de 2018, donc avant de la prise de mesures protectionnistes. Mais comme en même temps cet affaiblissement des échanges internationaux est compensé par une hausse globale du PIB, cela signifie bien que doucement mais sûrement, le monde change de modèle économique. Ce changement se traduit dans un premier temps par des ajustements douloureux. Plus le changement tarde à apparaître, et plus la situation sera difficile. Le Royaume Uni et les Etats-Unis ont pris les devants en s’émancipant de la tutelle des accords multilatéraux, la France est complètement en retard dans ce sens : en élisant malencontreusement Macron à contre-courant, elle va probablement s’enfoncer dans la crise économique. Les Italiens sont encore un peu hésitants, ils ne le seront plus s’ils sortent de l’euro. Dans ces conditions, on voit bien que l’Union européenne, et plus encore l’euro, est un handicap. En effet, comme le démontre le Brexit, ce n’est pas une partie de plaisir que de sortir de ce « machin », même si on reconnait de plus en plus ouvertement que c’est une nécessité. Cela demande beaucoup de courage de la part des hommes politiques, et on se doute que les bureaucrates de la Commission européenne, comme ceux de la BCE ne vont pas se laisser déposséder de leur pouvoir sans se battre.



    [1] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/guerre-commerciale-bruxelles-abaisse-ses-previsions-de-croissance-785041.html

    [2] https://www.insee.fr/fr/statistiques/2107840

    [3] https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0301725956173-lopep-et-la-russie-pretes-a-augmenter-leur-production-de-petrole-2178984.php

    [4] http://www.economiematin.fr/news-des-experts-alertent-sur-un-risque-accru-de-penurie-alimentaire-mondiale

    [5] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/guerre-commerciale-bruxelles-abaisse-ses-previsions-de-croissance-785041.html

    [6] http://in-girum-imus.blogg.org/l-europe-face-au-protectionnisme-de-trump-a146161564

    [7] http://www.liberation.fr/planete/2018/02/28/crise-financiere-dettes-credits-opacite-les-foyers-de-la-deflagration-sont-connus_1633013

    [8] https://www.les-crises.fr/recommande-leffondrement-global-est-il-imminent-par-graham-turner/

    [9] https://francais.rt.com/international/52362-sommet-otan-trump-se-felicite-avoir-pousse-allies-payer-plus-plusrapidement

    [10] https://www.franceinter.fr/monde/non-les-etats-unis-ne-financent-pas-l-otan-a-90-mais-ils-sont-bien-le-plus-gros-contributeur

    [11] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/07/12/pourquoi-trump-attaque-merkel-sur-le-gaz-russe_5330608_3234.html

    [12] Geneviève Schméder, « Le casse-tête économique des dépenses militaires. Le cas des États-Unis », Innovations, 2013/3 (n° 42), p. 17-38.

    [13] https://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2006-3-page-7.htm en propose une traduction en français.

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  •  L’affaire Benalla est extrêmement grave

    A peine la coupe du monde s’est achevée que le quinquennat de Macron retombe dans l’infamie. Si le président croyait se refaire une santé sur le compte de Deschamps et de sa bande, c’est complètement raté. Voilà que le journal Le monde, pourtant journal macronien de la première heure nous rapporte qu’un proche de Macron, un dénommé Alexandre Benalla, plus ou moins préposé aux basses besognes de l’Elysée, mi-garde du corps, mi-fournisseur sans doute de produits difficiles à se procurer ailleurs que sur le marché parallèle a été identifié dans une vidéo tournée le 1er mai dernier, en train de tabasser en règle un manifestant hostile à son maître[1]. Le problème n’est pas qu’il ait frappé un manifestant, mais qu’il se soit couvert le dessus de la tête d’un casque des forces de sécurité. Ce qui caractérise un abus de fonction puisqu’il n’est, ni de près, ni de loin un membre des forces de police ou de sécurité. Mais on ne sait pas pourquoi un conseiller de l’Elysée se trouvait à traîner dans la rue avec pour but de frapper ceux qui protestent contre la politique macronienne. Etait-il en service commandé ? Sans doute. Cette affaire est d’autant plus troublante que le dénommé Benalla a été photographié au cours d’une autre manifestation avec un brassard marqué police. Ce qui caractérise un nouvel abus de fonction. C’est donc une vraie habitude que ce demi-délinquant avait prise que d’usurper l’identité d’un policier[2]. Il ne s’agit donc pas de policiers qui ont une attitude condamnable, mais d’un vulgaire clampin qui usurpe une fonction pour laquelle il n’a aucune qualité. La vidéo est plutôt choquante car on y voit Benalla en train, en toute impunité, de frapper une personne à terre. On pourrait dire que toute la lâcheté de la Macronie est résumée ainsi.

      L’affaire Benalla est extrêmement grave

    L’affaire révèle beaucoup de disfonctionnements de l’Etat de droit. D’abord que dans les couloirs de l’Elysée traînent des semi-délinquants comme Benalla. Montebourg révèle qu’il avait eu affaire à ce garçon, mais qu’il avait dû s’en débarrasser lorsqu’il avait eu affaire à lui en tant que membre du SPHP pour une affaire de droit commun : Benalla avait provoqué un accident de voiture et avait voulu prendre la fuite[3]. Le second point est que l’Elysée a avancé qu’il avait déjà pris des sanctions extrêmement vagues en réalité contre Benalla, mais que ce dernier était maintenu dans ses fonctions. Il fallait donc que Macron y soit particulièrement attaché, même changé qu’il avait enfreint plus d’une fois la loi. On apprend également que Benalla n’était pas le seul visé dans cette histoire, mais également un certain Vincent Crase[4]. Celui-ci naviguait avec Benalla dans les eaux très troubles de la sécurité privée. Le retour des barbouzes n’est pas très éloigné. L’Elysée a tenté de faire croire qu’il se dissociait des pratiques de Benalla par ces mesurettes qui n’en sont pas vraiment, histoire d’éteindre le feu. Mais devant la gravité des faits, le parquet de Paris vient d’ouvrir une enquête et celle-ci débouchera non seulement sur les violences de Benalla, mais aussi sur l’usurpation de fonction. Car c’est bien cela qui pose le plus de problèmes : comment Benalla pouvait il avoir un brassard marqué police, ou un casque des forces de sécurité ? L'usurpation de fonction est passible de trois ans
    d'emprisonnement et 45000 euros d'amende, celle de signes réservés à l’autorité publique peut donner lieu à un an d’emprisonnement et à 15000 € d’amende.

    Toute la chaine de commandement va être touchée par cette salade. En effet, pourquoi les policiers – les CRS en l’espèce – ont-ils toléré un étranger, un homme de rien dans leurs rangs ? Il n’avait rien à faire là. Les CRS ne pouvaient pas l’ignorer. A quelles directives ont-ils obéi ? il semble qu’on assiste doucement mais sûrement avec la bande à Macron, à une forme de privatisation de la violence régalienne. Que les sbires de Macron se substituent à l’autorité de la police ordinaire, semble vouloir dire que le locataire de l’Elysée se moque de la séparation des pouvoirs.

    Evidemment la classe politique s’est emparée du sujet. On trouve même certains députés LREM désireux de cette manière de faire de la politique. Mais le plus spectaculaire est sans doute que ce soit le journal Le monde qui ait lancé la battue, les autres enchaînant pour ne pas être dépassés. En dehors des suites judiciaires qui vont démontrer que la moralisation de la vie politique se fera sans Macron et sa bande mafieuse, cela dénote un lâchage spectaculaire des médiacrates. Cette affaire n’en restera pas là, en plus elle tombe au milieu de l’été, à un moment où on n’a pas grand-chose pour exprimer toute notre défiance à l’égard de Macron. Au fur et à mesure que le temps passe, on va s’apercevoir que ce petit voyou de Benalla était aussi très proche de Macron qu’il accompagnait de partout même avant sa prise de fonction. Macron a avancé, bien imprudemment, que cette affaire « ne touchait pas la République qui est inaltérable ». Peut-être a-t-il raison, mais elle le touche lui, et de plein fouet ! Tôt ou tard la façon dont Macron choisit ses collaborateurs va être interrogée et son amateurisme va se trouver mis en question.

      L’affaire Benalla est extrêmement grave

    L’affaire pourrait prendre un tour d’autant plus inattendu que la presse étrangère s’en est emparée. The gardian parle des sbires de Macron qui frappe les manifestants[5]. Toute l’organisation du pouvoir à l’Elysée pourrait en être bouleversée.



    [1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/18/le-monde-identifie-sur-une-video-un-collaborateur-de-m-macron-frappant-un-manifestant-le-1er-mai-a-paris_5333330_823448.html

    [2] http://www.liberation.fr/france/2018/07/19/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-macron-il-l-etrangle-et-lui-met-plusieurs-coups-d_1667457

    [3] https://www.nouvelobs.com/politique/20180719.OBS9913/un-collaborateur-de-macron-frappe-un-manifestant-une-affaire-tres-grave.html

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/19/vincent-crase-un-deuxieme-collaborateur-de-lelysee-vise-dans-laffaire-benalla_a_23485208/

    [5] https://www.theguardian.com/world/2018/jul/19/emmanuel-macron-security-official-alexandre-benalla-filmed-hitting-protester?CMP=share_btn_tw

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  •  L’Europe face au protectionnisme de Trump

    Des balances commerciales qui ne se rééquilibrent pas 

    On peut penser ce qu’on veut de Trump, et même beaucoup de mal, parce qu’il est imprévisible et changeant. Mais il y a une question importante qu’on ne peut pas éviter, c’est celle de la nécessité de son protectionnisme. En effet, année après année, le déficit commercial des Etats-Unis se creuse de plus en plus. Ce qui veut dire que ce pays achète beaucoup plus à l’étranger qu’il ne lui vend. Longtemps ce problème n’est pas apparu comme important, d’une part parce que les Etats-Unis rééquilibraient leur balance des paiements en rapatriant les profits de leurs investissements à l’étranger, et d’autre part parce que la maîtrise du dollar, première monnaie internationale, leur donnait une latitude importante en développant un déficit budgétaire important : on était dans une situation de déficits jumeaux. Egalement pendant très longtemps les Etats-Unis avait un taux d’ouverture relativement faible par rapport à leur PIB, ce qui faisait que la question du déficit commercial pouvait paraître secondaire. En outre, ils pensaient être protégés par la maîtrise des fluctuations monétaires par la possibilité de produire du dollar autant qu’ils le veulent.

    Le graphique ci-dessus nous montre qu’à partir des années soixante-dix, la mondialisation des économies a propulsé le déficit commercial étatsunien très fortement à la hausse. Autrement dit le marché n’a pas fonctionné correctement. Selon la théorie classique, lorsque la balance commerciale est déficitaire, la valeur de la monnaie locale se détériore et ensuite, en provoquant une baisse des prix à l’exportation et une hausse des prix à l’importation, elle fait       ainsi baisser le volume des importations et croître les exportations, et il s’ensuit que la balance commerciale se rééquilibre. Comme nous le voyons sur le graphique ci-dessus, il n’en a rien été. D’une manière symétrique, le Japon, l’Allemagne et maintenant la Chine ont des balances commerciales structurellement excédentaires. Le cas de l’Allemagne est un peu particulier parce que son excédent est protégé par l’euro : tant que ce pays est dans la zone euro, l’excédent ne peut pas tomber très vite, s’il en sort, et si par exemple le mark revient en usage, la hausse de la valeur de sa monnaie explosera et freinera fermement ses exportations. Le Japon par contre voit son excédent commercial fondre, après de longues années fastueuses, probablement parce que les accords internationaux ont forcé de pays à abandonner certaines formes protectionnistes liées à la « qualité ». La Chine poursuit une politique mercantiliste agressive depuis au moins vingt-cinq ans, se servant d’ailleurs des taux de change pour consolider ses avantages comparatifs. Ces trois pays, contrairement aux Etats-Unis, ont choisi un mode de développement dit « mercantiliste », soit ils considèrent que ce sont les échanges qui doivent tirer la croissance. Ils recherchent clairement le déséquilibre commercial en leur faveur. Ce qui à terme a des implications politiques importantes. En règle générale on considère qu’un déficit commercial n’est pas dangereux s’il n’est pas régulier et s’il est faible. Un excédent commercial peut être bon s’il aide un pays à se développer en accumulant du capital. Mais lorsqu’un déséquilibre dure et s’accroît de manière continue, il signifie que le pays considéré rentre dans le cercle vicieux de la dépendance économique : ainsi les Etats-Unis dépendent pour leur consommation ordinaire des produits manufacturés chinois, mais le développement chinois est dépendant du marché américain. Si celui-ci se referme, alors le développement de la Chine va se trouver contrarié.

    L’Europe face au protectionnisme de Trump

    Le déficit commercial se cumule d’année en année, et finalement appauvrit l’ensemble du peuple américain, notamment parce qu’une partie des emplois file à l’étranger. Si les Américains ne se sont pas rendu compte qu’ils s’étaient appauvris, c’est essentiellement parce qu’ils ont emprunté et donc qu’ils se sont endettés auprès du monde entier, tous les secteurs de l’économie américaine sont concernés, et pas seulement le secteur public comme le montre le graphique ci-dessus. Mais l’endettement de l’économie américaine signifie qu’une partie de celle-ci appartient de fait maintenant à l’étranger. Globalement la dette américaine atteint aujourd’hui 350% du PIB.

    D’un certain point de vue, on peut dire que c’est parce que les Américains ont refusé pour des questions idéologiques de redresser leur balance commerciale qu’ils ont provoqué une crise financière de première grandeur qui, en 2008, a bien failli tout emporter. En effet plus la mondialisation s’accélère et plus le déficit américain se creuse. Mais la mondialisation est entre autres choses le résultat de la déréglementation financière voulue elle-même par les grandes banques américaines[1]. Si je regarde sur une période plus récente, entre 1992 et 2017, le déficit commercial étatsunien s’est accru encore en deux temps, et il s’est aggravé fortement à partir de la crise de 2008 sous les deux mandats d’Obama.  Si on peut vivre très longtemps avec des excédents commerciaux importants en espérant que nos partenaires laisseront l’endettement courir, on ne peut pas vivre en permanence en consommant plus que ce qu’on produit. Il n’empêche que malgré cette nécessité évidente de rééquilibrer la balance commerciale beaucoup critiquent Trump. On a vu une sorte de pétition signée par plus de 1000 économistes qui expliquent en gros que dans les années trente ce n’est pas la crise qui a amené le protectionnisme, mais le protectionnisme qui a engendré la crise et donc que Trump a tort de vouloir s’émanciper du cadre merveilleux du libre-échange[2]. Dans le même temps la presse dite « économique » multipliait les articles pour dénoncer la politique de Trump. Evidemment le FMI est partie prenante de cette cabale.  

    L’Europe face au protectionnisme de Trump

    Ce n’est pas le protectionnisme qui engendre la crise, mais c’est la crise qui engendre le protectionnisme. 

    Il est donc dans la logique des choses que les Etats-Unis, Trump ou pas Trump réagissent à cet appauvrissement programmé. Contrairement à ce que disent les libéraux, ce n’est pas le protectionnisme qui engendre la crise, mais c’est la crise qui engendre le protectionnisme, puisqu’en effet, la crise de 2008 a aggravé les déficits commerciaux des pays qui en avaient un. C’est le cas des Etats-Unis, mais aussi de la France comme on le voit dans le graphique ci-après. Si l’entrée dans l’euro a bel et bien plombé le commerce extérieur français, il est clair que la crise de 2008 l’a aggravé. Néanmoins sous les injonctions de l’OMC, du FMI et d’autres boutiques spécialisées dans la propagande pour la mondialisation, ni la France, ni les Etats-Unis n’ont pris des mesures pour résorber leur déficit commercial : les libéraux pensant que les mesures de protection seraient encore pires que le mal[3], mais en réalité ils n’ont rien d’autre à proposer pour combler les déficits commerciaux que de continuer comme avant. Ils n’arrivent pas à comprendre que c’est le modèle du libre-échange qui a engendré les problèmes, et que c’est donc bien celui-ci qui par l’évolution économique réelle remis en question. Dans un article récent Pascal Lamy, ancien directeur de l’OMC, faisait comme si le retour au protectionnisme n’était qu’un caprice irrésolu de Donald Trump[4]. La crise économique et financière de 2008 venant avant les mesures protectionnistes que Trump développe, et que certainement d’autres pays vont adopter ensuite[5], il parait difficile d’imputer à ces mesures l’origine de la crise. C’est exactement le même schéma qui a été développé en 1930. Les mesures protectionnistes sont clairement venues après le déclenchement de la crise. En vérité, la séquence est la suivante, en 1929, comme en 2018 : l’ouverture emballe les marchés, engendre des déséquilibres commerciaux, et pour résorber ces déséquilibres, on en vient au protectionnisme. Le protectionnisme apparaît quand un Etat n’a plus les moyens de continuer d’accroître son déficit commercial et que le recours à des réformes structurelles qui apporterait un supplément de compétitivité apparaissent comme dérisoire. Trump n’a-t-il pas été élu aussi pour que les Etats-Unis rapatrient leur industrie ? Hillary Clinton lui avait emboîté le pas durant la campagne présidentielle, et l’opinion américaine est vent debout contre les productions importées de l’étranger.

    L’Europe face au protectionnisme de Trump

    L’excédent commercial de la zone euro avec les Etats-Unis, masque sans doute le principal, plusieurs pays européens ont un commerce déficitaire structurel : la Grèce, l’Espagne, la France et le Portugal. C’est le résultat des trajectoires divergentes des économies de la zone euro. La France connait un peu les mêmes problèmes que les Etats-Unis, et principalement depuis l’entrée en vigueur de l’euro. Ce déficit commercial, face à l’excédent commercial allemand, a été un des prétextes pour mettre en place ces fameuses réformes structurelles qui tuent peu à peu l’économie. L’idée étant que pour redresser la balance commerciale il fallait retrouver de la compétitivité et que celle-ci passait à la fois par une baisse des salaires et une baisse des impôts des entreprises. Cette politique, menée au moins depuis 2007 et qu’aggrave en ce moment même Macron, n’a eu aucun succès, bien au contraire. Il y a de nombreuses raisons à cela, mais la principale est sans doute que la France utilise pour son commerce international une monnaie forte – l’euro – qui la pénalise sur les marchés internationaux.  

    L’Europe face au protectionnisme de Trump

    Les Etats-Unis ont clairement deux pays dans le collimateur : la Chine qui pourtant détient 40% de la dette américaine et qui a commencé à en vendre à titre de représailles[6], et l’Allemagne avec qui le déficit se creuse de plus en plus, et particulièrement dans le domaine de l’automobile, de la sidérurgie. Pour la Chine, les représailles risquent d’être telles, que cela fasse plonger le commerce international. Mais pour l’Europe, il y a une autre menace : c’est que si le marché américain se ferme aux produits chinois, ceux-ci vont tenter de trouver de nouveaux débouchés en Europe qui est bien plus facile à pénétrer que les Etats-Unis. Si la Chine continuait à vendre de la dette américaine, cela contribuerait certainement aussi à dévaloriser le dollar, or une baisse de la valeur du dollar n’est pas bonne pour les produits européens qui vont se renchérir sur le marché américain, mais contribuera à rééquilibrer la balance commerciale américaine.  

    L’Europe face au protectionnisme de Trump

    Le plan d’ensemble de Trump pour rétablir la balance commerciale et affaiblir la concurrence 

    Malgré les cris d’orfraie des libre-échangistes, on se rend compte qu’ils n’y croient pas. Dans un article récent l’ancien « socialiste » Pascal Lamy, toujours à côté de son sujet déclarait que Trump ne pourrait rien contre la mondialisation en marche vers un avenir radieux. Son idée, bien peu originale il est vrai dans ces milieux, est que les capitalismes du monde entier sont tellement imbriqués qu’on ne peut pas remettre cette imbrication en question[7]. C’était au mois d’avril 2018. On ne peut guère se tromper plus.  Lamy décrète que le coût de la démondialisation est trop élevé pour qu’on s’y risque. Mais en réalité, et comme on vient de le dire, ce coût hypothétique doit être mis en balance avec justement le déficit du commerce extérieur qui coûte bon an mal an, 60 milliards de dollars aux Etats-Unis depuis une douzaine d’années. Autrement dit le coût à court terme de la démondialisation doit être mis en balance avec le gain à long terme que cette démondialisation peut engendrer. On sait que les taux de croissance sont beaucoup plus forts dans les périodes de relative fermeture des échanges que dans les périodes d’ouverture débridées. C’est ce qu’on montre dans le graphique ci-dessous : quand l’ouverture est trop rapide, la croissance s’effondre.

     L’Europe face au protectionnisme de Trump 

    Dans les pays développés, ouverture et croissance évoluent en sens inverse 

    Le plan de Trump et de ses conseillers est assez simple, il compte d’abord et principalement sur l’impossibilité des Européens de présenter un front uni. Et on va voir un peu plus bas qu’il ne se trompe pas sur ce point. Trump a trois atouts dans sa manche : le racket des banques et des multinationales étrangères, le marché iranien que les Etats-Unis comptent s’approprier après le renversement du régime des mollahs et enfin de l’arsenal traditionnel des taxes diverses et variées destinées aussi bien à renflouer les caisses de l’Etat qu’à faciliter la vie aux industries américaines. On aurait tort de dissocier ces trois types d’actions. Parlons d’abord du racket qui consiste à faire en sorte que la justice américaine distribue des amendes aux banques et aux multinationales qui ont selon elle transgresser les règles. Ces règles peuvent avoir été transgressées au moment du développement de la crise des subprimes, par exemple, la Deutsch Bank, banque allemande quasiment en faillite, a récolté de 14 milliards de dollars d’amende[8]. En tout, et en s’arrêtant à l’année dernière, les Etats-Unis auraient ainsi engrangé plus d’une centaine de milliards de dollars. Les amendes peuvent pleuvoir si par exemple une firme commerce avec la Russie, alors que les Etats-Unis sont pour les sanctions contre ce pays. Ils se comportent en réalité comme juge et partie. Le Crédit Agricole et la BNP se sont fait ainsi racketter respectivement de 700 millions et de 9 milliards. Les banques suisses ou anglaises ne sont d’ailleurs pas en reste[9]. Cette pratique plus que déloyale s’appuie sur le fameux FCPA (Foreign Corrupt Practices Act) voté en 1977 et qui au début devait en principe combattre les pratiques déloyales des entreprises américaines en dehors du territoire. Mais avec Obama, cette pratique s’est étendue à toute entreprise utilisant le dollar pour ses transactions. Elles seront d’autant plus vulnérables au chantage qu’elles travaillent aussi sur le territoire américain[10]. En 2016, un rapport parlementaire rédigé par Karine Berger et Pierre Lellouche sur cette question[11] avait signalé ce problème, mais il s’est avéré que le gouvernement français a baissé les bras sur cette question. Les Américains ont principalement visé des entreprises européennes et aucune chinoise, sans doute parce que la Chine a des possibilités de rétorsion que les Européens n’ont pas. 

    L’Europe face au protectionnisme de Trump 

    Trump signant le décret promettant des sanctions économiques aux entreprises européennes qui commerceraient avec l’Iran 

    Récemment c’est la question du nucléaire iranien qui a servi ces noirs desseins. Trump a décidé que toutes les entreprises européennes qui travaillent en Iran seront durement sanctionnées par les tribunaux américains[12]. On peut parler de désastre, et plus particulièrement pour l’industrie française qui s’était bien implantées en Iran suite justement à l’accord sur le nucléaire que Trump a déchiré. Il a donné 3 à 6 mois aux entreprises européennes pour débarrasser le plancher. Le but est assez simple à comprendre : on chasse les entreprises européennes du marché iranien, on attend que le gouvernement des mollahs tombe sous la pression populaire, ce qui ne devrait pas tarder[13], et on s’y installe comme on l’a fait en Irak pour piller le marché du pétrole et de la reconstruction. Pour l’Europe c’est un marché de 21 milliards d’euros qui disparait[14]. Macron a bien roulé un peu des épaules, mais finalement on a laissé faire, et Peugeot qui avait beaucoup investi sur ce marché vient de le quitter en courbant la tête. La plupart des groupes européens ont décidé de suivre le même chemin. La liste des entreprises françaises qui ont quitté l’Iran est déjà très longue, Total, la CMA CGM, BMP, Airbus, etc.[15] Les entreprises suisses ont aussi pris le même chemin de la reddition[16].

    L’Europe face au protectionnisme de Trump

    Le reste du plan de Trump est plus traditionnel, il consiste à mettre des taxes sur les productions étrangères en espérant qu’ainsi l’industrie américaine va récupérer des marchés. Les produits européens tels que l’acier seront taxés à 25%, l’aluminium à 10%[17]. Ce n’est pas encore très clair, mais il semblerait que Trump qui a horreur du multilatéralisme se serve de cette politique protectionniste pour s’orienter vers des accords bilatéraux et donc contourner les règles de l’OMC qui est sans doute promise à une mort à moyen terme. C’est probablement cela la grande nouveauté de la présidence Trump. Il est vrai que l’OMC avait condamné plusieurs fois les Etats-Unis pour des pratiques non-concurrentielles et protectionnistes, aussi bien dans le textile que l’agro-alimentaire et surtout dans le marché de l’aviation[18]. 

    La traitrise de Merkel 

    Manifestement les Européens, intoxiqués par leur propre philosophie libérale, persuadés que le protectionnisme c’est la mort, n’ont pas anticipé les rétorsions des Etats-Unis et ne savent pas comment se comporter vis-à-vis de cette agression. Ils n’ont pas de plan de secours. Et puis surtout ils sont complétement divisés. En mars dernier Juncker annonçait que l’UE allait se lancer dans une escalade protectionniste en mettant en place des taxes sur les produits américains à une hauteur de 2,8 milliards d’euros par an[19]. Ces 2,8 milliards seraient selon les services de la Commission la compensation des pertes européennes sur le marché américain. Egalement Juncker avait envisagé que la Chine et l’Europe puissent porter plainte contre les USA auprès de l’OMC. Mais cela pourrait finalement accélérer l’éloignement de Trump du multilatéralisme. En tous les cas, pour l’instant, rien ne s’est passé. Les Européens possèdent cet art suave de l’immobilisme verbeux. Et les mesures de rétorsions sont restées à l’état de vœux pieux. Les Européens croyaient-ils vraiment qu’ils allaient impressionner Trump avec ces rodomontades ? Les Américains savent très bien à quel point l’Europe est divisée et empêtrée dans ses contradictions, d’autant que l’Union européenne est beaucoup plus liée au commerce international que les Etats-Unis, son taux d’ouverture est bien plus élevé, et encore plus pour l’Allemagne dont l’économie est tré dépendante de de la dynamique du commerce international. C’est évidemment la faiblesse des politiques économiques dites « mercantilistes ».

     L’Europe face au protectionnisme de Trump 

    Taux d’ouverture en 2004 

    Lors du dernier G7 qui s’est si mal passé, Macron s’est également posé en chef de file de la campagne anti-Trump. Il a menacé « sérieusement » les Etats-Unis d’isolement avec son « ami » Trudeau, le président transformiste[20]. Bêtement en ce mois de mai 2018, il avait avancé « Je suis convaincu que l’Europe tiendra son unité et la tiendra dans la durée sur ces sujets ». La suite va lui montrer combien il a eu tort de parler à tort et à travers. Si au mois de mars 2018 Merkel prétendait faire face à Trump sur la question du protectionnisme[21], elle est devenue aujourd’hui bien plus raisonnable. On vient d’apprendre en effet qu’elle est en train de négocier directement avec l’administration américaine pour obtenir des aménagements sur les taxes que celle-ci prétendaient instaurer sur les automobiles allemandes[22]. Trump a donc gagné la première manche : en amenant Merkel à négocier directement avec lui, sans passer par les instances de l’Union européenne qui sont censées définir une politique commerciale commune, il a encore divisé un peu plus l’Union européenne, il montre que celle-ci n’existe pas sur le plan politique – c’est seulement un regroupement d’intérêts disparates, passagers et égoïstes – et que nous entrons maintenant dans une nouvelle ère, celle des accords bilatéraux. Certains organes de presse ont une propension effarante à s’aveugler, par exemple Le point qui pensait encore il y a quelques jours que cette guerre commerciale enclenchée par Trump allait forcément souder l’Europe, ou L’obs, journal macronien de « gauche », qui se fiait à ce que lui disait un conseiller de l’Elysée[23]. Les échos suivait bêtement le même mouvement moutonnier, comme s’il suffisait d’énoncer un souhait pour que celui-ci se réalise[24]. L’ensemble de cette presse bien peu sérieuse, incapable d’anticiper quoi que ce soit, n’en démordait pas, elle tenait pour établi une fois pour toute qu’il n’y avait pas d’avenir en dehors d’un libre-échange débridé, et donc que les politiques finiraient bien par s’en rendre compte et redeviendraient raisonnables. Mais il ne suffit pas de condamner, il faut encore comprendre pourquoi de telles décisions politiques en apparence contradictoires avec la logique sont prises.  

    L’Europe face au protectionnisme de Trump

    Alors pourquoi Merkel endosse-t-elle aujourd’hui la figure de la trahison et de la division en Europe ? En vérité elle n’a guère le choix, compte tenu de la fronde des députés de son propre parti contre elle : au moindre faux pas, elle risque de prendre la porte – c’est ce qui était arrivé à Margaret Thatcher, mais pour d’autres raisons, qui avait été limogée par son propre parti. Elle ne peut pas affronter Trump, sachant que la bonne santé de l’économie allemande dépend d’abord comme nous l’avons dit de ses excédents commerciaux. C’est là d’ailleurs qu’on voit se pointer clairement les limites du modèle mercantiliste : car si des excédents commerciaux permettent de piller la richesse de ses partenaires, ils deviennent aussi une forme de dépendance sur le plan politique, c’est le cas pour l’Allemagne, et c’est aussi le cas pour la Chine. Il suffit que les échanges commerciaux diminuent, ou que la zone euro éclate pour mettre complètement l’économie allemande à genoux. Contestée en Allemagne pour sa politique migratoire déraisonnable, Merkel ne peut pas se permettre de perdre le marché américain comme le montre le tableau ci-dessous. Elle ne pourrait pas non plus perdre le marché français. Mais ce dernier marché est tenu bien en laisse par la monnaie unique dont on ne peut échapper… pour l’instant. Et il est vrai que tant que Macron se trouve au pouvoir en France, la monnaie unique n’a que peu de chance d’être remise en question. Mais cela pourrait changer dans les mois qui viennent si une nouvelle crise bancaire – sans doute provoquée par la faillite de la Deutsch Bank[25] – devait advenir. Rappelons que la Deutsch Bank a un endettement, à cause des produits dérivés, compris entre 42 000 et 60 000 milliards de dollars, soit entre 3 et 4 fois le PIB de toute l’Union européenne, ou entre 12 et 17 fois le PIB de la vertueuse Allemagne[26] !  

    L’Europe face au protectionnisme de Trump 

    Si on comprend bien que Merkel défende d’abord les intérêts de l’Allemagne, on comprend aussi que ceux-ci se sont dissociés des intérêts de l’Union européenne depuis au moins une bonne dizaine d’années. Elle doit donc choisir entre deux voies : soit elle défend le modèle européen, ce que lui propose inconsidérément Macron, et elle guerroie avec Trump ce qui risque de coûter très cher à son pays, soit elle défend les intérêts de ses multinationales, et elle entraîne l’Union européenne dans la division. Elle suppose qu’en l’état l’Europe peut attendre et qu’elle n’est pas en danger sur ce terrain, et donc que la priorité est bel et bien de trouver un terrain d’entente avec les Etats-Unis pour que le commerce puisse continuer. 

    L’avenir de la démondialisation[27] 

    Ce que pointent les foucades de l’imprévisible Trump, se sont d’abord les échecs de la mondialisation. Contrairement à ce que pense l’obscur chercheur du CEPII Sébastien Jean qui n’a pas beaucoup étudié l’histoire économique, nous sommes dans une phase difficile de démondialisation. Sébastien Jean pense que la mondialisation a été tellement loin qu’il est impossible de revenir en arrière[28]. Si je le cite, ce n’est pas tellement que son point de vue soit intéressant et fondé, mais c’est plutôt parce qu’il représente l’immobilisme, pour ne pas dire la paresse, de la réflexion des économistes mainstream. C’est comme si on avait dit dans le temps que la puissance de l’Empire romain était telle qu’il était impossible que celui-ci s’effondre, ou encore que la solidité du IIIème Reich suffisait en 1941 à lui assurait une pérennité. Bien évidemment la démondialisation a un coût, mais la mondialisation aussi en termes de pouvoir d’achat, de chômage, de dégradation de l’environnement et de chaos politique. Si notre collègue Sébastien Jean avait étudié un peu l’histoire de la pensée économique, il se serait rendu compte que James Steuart[29] – cet économiste sur lequel Adam Smith a copié une grande partie de son œuvre majeure, connue sous le titre d’Enquête sur les causes de la richesse des nations – envisageait l’évolution historique des économies en remarquant que l’espace économique parfois s’ouvrait et parfois se fermait. Mais surtout que les phases d’ouverture fatiguaient les peuples et que ceux-ci avaient besoin de se reposer un peu, de souffler, de jouir des choses de la vie plutôt que d’être en permanence accablés par la concurrence internationale[30]. A mon sens nous en sommes là. Le repli des peuples sur la souveraineté nationale, qu’on trouve aux Etats-Unis, mais aussi au Mexique, ou encore en Europe, s’explique par cet harassement physique et moral. Mais sans doute le principal qui échappe à Sébastien Jean comme à ses collègues mondialistes, c’est que cette nécessité de fermeture vient compenser les dégâts engendrés par la mondialisation accélérée depuis la fin des années soixante-dix. Cette démondialisation apparait maintenant d’autant plus urgente que la mondialisation ne profite qu’aux plus riches[31]. Non seulement la croissance économique est confisquée par le fameux 0,1%, ce qui ôte ses soutiens à l’idée même de mondialisation, mais le fait d’enrichir de plus en plus les plus riches au détriment des plus pauvres la condamne à la crise de surproduction et à l’effondrement des profits.



    [1] Esther Jeffers et Jean-Paul Pollin, « Déréglementation bancaire des années 1980 et crise financière », Revue d'économie financière,  Année 2012,  105  pp. 103-112 

    [2] https://www.courrierinternational.com/article/plus-de-1-000-economistes-rappellent-trump-les-dangers-du-protectionnisme

    [3] https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/faut-il-craindre-le-retour-du-protectionnisme-632931.html

    [4] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/04/14/pascal-lamy-donald-trump-croit-en-economie-comme-ailleurs-a-la-loi-du-plus-fort_5285486_3232.html

    [5] https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301909907977-guerre-commerciale-la-contre-attaque-de-leurope-sur-les-exportations-americaines-2188975.php

    [6] https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0301844694432-la-chine-se-met-a-vendre-de-la-dette-americaine-2185326.php

    [7] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/06/12/pascal-lamy-trump-ne-pourra-pas-mettre-fin-a-la-globalisation_5313454_3232.html

    [8] https://www.monfinancier.com/le-racket-americain-24455.html

    [9] https://www.capital.fr/entreprises-marches/comment-les-etats-unis-s-enrichissent-sur-le-dos-des-banques-europeennes-1195826

    [10] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/le-racket-geant-des-amendes-economiques-infligees-par-les-etats-unis_1848745.html

    [11] http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/i4082.pdf

    [12] https://www.latribune.fr/economie/international/iran-les-sanctions-americaines-mettent-a-mal-les-entreprises-francaises-778011.html

    [13] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/01/mort-au-hezbollah-pahlavi-comprendre-les-slogans-iraniens_5236507_3232.html

    [14] https://www.latribune.fr/economie/international/iran-les-sanctions-americaines-mettent-a-mal-les-entreprises-francaises-778011.html

    [15] https://www.latribune.fr/economie/international/iran-les-etats-unis-font-plier-un-par-un-les-groupes-europeens-784426.html

    [16] https://www.rts.ch/info/economie/9684368-des-entreprises-suisses-quittent-l-iran-apres-la-volte-face-americaine.html

    [17] https://www.nouvelobs.com/monde/20180301.OBS2962/protectionnisme-trump-va-fortement-taxer-les-importations-d-acier-et-d-aluminium.html

    [18] https://www.capital.fr/entreprises-marches/l-omc-condamne-les-etats-unis-pour-les-subventions-accordees-a-boeing-la-france-s-en-felicite-1189855

    [19] http://www.lepoint.fr/europe/comment-l-ue-veut-repondre-au-protectionnisme-de-donald-trump-07-03-2018-2200472_2626.php

    [20] https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/06/07/trudeau-et-macron-unis-contre-la-decision-de-trump-d-imposer-des-taxes-douanieres-a-ses-allies_5311358_3222.html

    [21] https://www.challenges.fr/monde/europe/acier-l-allemagne-attaque-le-protectionisme-de-trump_572580

    [22] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/07/06/automobile-angela-merkel-divise-l-europe-face-a-donald-trump_5327009_3234.html

    [23] https://www.nouvelobs.com/monde/20180511.OBS6471/iran-humiliee-par-trump-l-europe-a-l-heure-du-choix.html

    [24] https://www.lesechos.fr/amp/67/2090867.php

    [25] https://www.cbanque.com/actu/rss/score-advisor/809515-deutsche-bank-ou-la-faillite-en-direct-dune-banque-systemique

    [26] http://www.alterinfo.net/Crise-financiere-La-Deutsche-Bank-sur-le-point-de-sauter_a125612.html

    [27] Jacques Sapir, La démondialisation, Le seuil, 2011.

    [28] https://www.latribune.fr/economie/international/le-cout-d-une-demondialisation-serait-immense-sebastien-jean-cepii-784237.html

    [29] http://in-girum-imus.blogg.org/james-steuart-1712-1780-a117198166

    [30] An Inquiry into the Principles of Political Oeconomy: Being an Essay on the Science of Domestic Policy in Free Nations, in Which Are Particularly Considered Population, Agriculture, Trade, Industry, Money, Coin, Interest, Circulation, Banks, Exchange, Public Credit, and Taxes, 1767

    [31] https://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2017-01-16/huit-hommes-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-population

     

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