•  Les sondages révèlent l’échec d’Emmanuel Macron et le rejet de sa personnalité « clivante »

    Les sondages ne sont pas rassurants pour Macron et Philippe. Certes on savait que leur politique rétrograde n’était pas appréciée par le peuple. Inexorablement le mécontentement augmente. Il faut dire que ce gouvernement poursuit de sa hargne à peu près toutes les catégories de la population française, sauf évidemment les premiers de cordée dont les revenus ont explosé depuis un an. Des cheminots aux automobilistes (catégorie très floue au demeurant, mais catégorie tout de même), en passant par les retraités, les salaries et les étudiants, tout électeur potentiel se trouve martyrisé par Macron et son « collaborateur » barbu. Et maintenant le voilà qui s’attaque aussi aux fonctionnaires, catégorie qui pourtant connait un recul brutal de son pouvoir d’achat depuis au moins dix ans. Mais peut-être plus encore que cette politique qui semble daté d’un autre siècle, je crois que ce que les Français ne leur pardonnent pas, c’est leur arrogance et leur suffisance.

    Le point, journal macronien presqu’officiel, publie un sondage alarmant[1]. Il tente cependant de montrer que les Français sont très inconstants, et donc que les sondages font le yoyo. C’est en vérité une vue de l’esprit. Les sondages sont franchement mauvais depuis novembre dernier, et mois après mois, avec des hauts et des bas, ils sont très clairement orientés à la baisse. Il est possible également que son échec sur la scène internationale qu’on ne peut plus masquer, soit un facteur de défiance aggravant. En effet, au moment où les Britanniques finalisent la sortie de l’Union européenne, où les Italiens mettent en place un gouvernement ouvertement anti-européen, les Allemands viennent de publier une sorte de manifeste incitant :

    1. à se méfier de Macron et à rejeter ses idées lugubres de réforme de l’Europe – mais Merkel les avait déjà rejetées il y a plus d’un an ;

    2. à se préparer à l’éventualité d’une sortie de l’euro[2]. 

    Les sondages révèlent l’échec d’Emmanuel Macron et le rejet de sa personnalité « clivante » 

    Même Le monde, qui est devenu une sorte de Pravda française[3], commence à publier des articles qui mettent en doute la pertinence de l’agitation macronienne sur la scène diplomatique[4]. Après avoir mendier un peu de soutien à Berlin et à Washington, il se retrouve complètement isolé et inefficace, encore moins que Hollande.

    Ce qu’il en résulte c’est que Macron et ses troupes de lobbyistes se sont appliqués à monter les Français les uns contre les autres, et ça commence à se savoir : stigmatiser en permanence les cheminots et les fonctionnaires, c’est flatter le goût immédiat du peuple, mais ça ne fait pas une politique. La droite le trouve un peu trop mou avec les étudiants et les migrants, mais applaudit comme il se doit les privatisations, les remises en cause du droit du travail, la baisse des APL, mais la gauche ne supporte pas sa politique économique réactionnaire et regrette sa dureté face aux migrants et aux étudiants. Si les institutions le protègent encore un peu, il ne peut pas se faire virer avant 2022, il est possible que pour les prochaines présidentielles on assiste à une sorte de nouveau dégagisme, tout sauf Macron.    

    Les sondages révèlent l’échec d’Emmanuel Macron et le rejet de sa personnalité « clivante » 

    Puisqu’on en est aux sondages, terminons pas celui-ci : 94% des cheminots ont voté contre la réforme. De quoi encourager les syndicats à tenir bon dans leur bras de fer avec le gouvernement. Evidemment ce résultat ne plait pas à Macron[5]. Guillaume Pépy a fait savoir que la SNCF n’appartenait pas aux travailleurs, mais aux Français, et donc qu’il ne comptait pas. Cela devient une habitude de rejeter les résultats des référendums. Sauf que le gouvernement avait encouragé à faire un référendum du même genre à Air France, pensant le gagner haut la main[6]. Et sauf aussi que quand Macron ne veut rien faire, il suppose qu’il ne doit pas parler à la place des autres : c’est ainsi qu’il a rejeté le plan Borloo affirmant : « Que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent l’un, un rapport, l’autre disant On m’a remis un plan… Cela ne marche plus comme ça ! ». Ce qui voulait dire clairement qu’il prônait une concertation et une plus large écoute pour les premiers intéressés par ce plan[7]. Dire tout et son contraire ne le dérange pas, et dans le genre politicien menteur, il est en train de battre ses prédécesseurs.

    La personnalisation excessive du pouvoir par Macron, si elle sert à masquer le peu d’originalité de sa politique, entraîne presque mécaniquement un rejet épidermique de sa personne. On la beaucoup vu, ainsi que sa femme au mois d’avril, au point de saturer l’espace communicationnel et de lasser les électeurs même les plus patients par cette mise en scène permanente.



    [1] http://www.lepoint.fr/politique/barometre-ipsos-le-point-l-inquietant-yoyo-presidentiel-23-05-2018-2220634_20.php#

    [2] https://francais.rt.com/economie/50925-154-economistes-allemands-disent-nein-reforme-euro-macron

    [3] Dans ce journal Gérard Courtois publie un article par jour à la gloire de Macron. Ça fait beaucoup, même pour les lecteurs du Monde.

    [4] https://www.lemonde.fr/international/article/2018/05/18/macron-les-limites-d-une-diplomatie-jupiterienne_5301010_3210.html

    [5] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/05/22/20002-20180522ARTFIG00312-les-cheminots-votent-contre-la-reforme-ferroviaire.php

    [6] http://www.liberation.fr/france/2018/05/06/camouflet-subi-par-la-direction-d-air-france-l-histoire-d-un-retour-de-manivelle_1648277

    [7] http://www.leparisien.fr/politique/plan-borloo-operation-enfouissement-23-05-2018-7730457.php

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  • Coup d’Etat en Italie, les européistes relèvent la tête

    Les européistes ont beaucoup de mal avec la démocratie. Nous l’avons répété ici plusieurs fois : alors que nos journaux passent leur temps à stigmatiser Poutine, Maduro ou Erdogan comme des dictateurs dangereux, nous, nous sommes passés dans une forme de dictature soft et hypocrite dans laquelle les électeurs n’ont même plus le droit de choisir leurs représentants en dehors de ceux que l’oligarchie leur a désignés. Nous sommes dans un état de post-démocratie[1]. C’est sans doute la preuve la plus sûre de la décomposition du modèle occidental. On voudrait pousser les peuples à prendre les armes qu’on ne s’y prendrait pas autrement. En effet, si les électeurs n’ont même plus le droit de choisir, on ne voit pas trop ce qui leur reste à faire d’autre que de descendre dans la rue. Il ne s’agit plus aujourd’hui de dire si on est ou non d’accord avec la coalition M5S-Lega. Pour ma part je ne suis pas certain que cette coalition soit apte à sortir de l’Europe et de l’euro. Même les propos de Paolo Savone ne sont pas très clairs, alors qu’il passe pour un eurosceptique forcené. Mais il s’agit en premier lieu de savoir si le peuple italien est souverain ou s’il vit sous tutelle[2].

    Le sinistre Mattarella a donc plongé volontairement l’Italie dans une crise inédite. Faut-il donc que l’oligarchie ait la trouille pour en arriver à de telles extrémités ! En effet, plus la crise politique durera et plus les difficultés économiques s’accumuleront en Italie, et moins les Italiens pardonneront cette cuistrerie à Mattarella. Déjà les taux italiens ont fortement remonté, et cette instabilité politque voulue par l’oligarchie a fait également plonger l’euro. Mattarella l’avait annoncé, il ferait tout pour empêcher les parlementaires élus d’appliquer leur programme. Rappelons deux choses : d’abord qu’en Italie le président n’est pas élu au suffrage universel direct, ensuite que le pouvoir de Mattarella dépend des élections anciennes, pas des dernières élections. C’est donc un double déni de réalité, dans un pays où les derniers sondages soulignent que 60% des Italiens soutiennent la coalition M5S-Lega.  

    Coup d’Etat en Italie, les européistes relèvent la tête

    Pour mieux cracher à la figure du peuple italien, le sinistre Mattarella vient même de nommer Carlo Cottarelli premier ministre. Ce dernier est un ancien du FMI, partisan de la logique libérale et austéritaire. Dans le gouvernement Letta, il était chargé de surveiller la dépense publique, avec le peu de succès en la matière, mais il y a gagné le surnom de Monsieur ciseaux pour ses coupes sombres dans les budgets. Mattarella essaye donc de vendre l’idée d’un gouvernement neutre, qui prépare et fasse voter un budget pour 2019, avec l’idée de le faire adopter par le parlement. L’inconséquence de Mattarella qui semble vouloir donner des gages de bonne servitude à Bruxelles, n’est pas seulement dans le déni démocratique. On commence en Europe à y être habitué depuis au moins 2005. Elle se trouve aussi dans cette façon désinvolte de prolonger la crise. Cottarelli a annoncé d’ailleurs que si le budget n’était pas voté par le parlement – et franchement on ne voit pas comment il pourrait être voté dans de telles conditions – alors des élections auraient lieu en août. Dans trois mois donc.  

    Coup d’Etat en Italie, les européistes relèvent la tête

    Qu’espère Mattarella ? Obliger les Italiens à « bien » voter ? De telles pratiquent semblent indiquer que la coalition M5S-Lega va se renforcer au contraire. Di Maio, le leader de M5S demande à ce que Mattarella soit démis de ses fonctions[3]. C’est en effet une piste, mais il n’est pas certain qu’elle aboutira. L’idée cachée – pas très bien cependant – est de resusciter les morts, autrement dit de trouver le temps pour montrer qu’une coalition Partito Democratico et Forza Italia serait compatible avec les traités. Car Mattarella s’abrite derrière cette idée selon laquelle on doit respecter les traités, même au prix de la démocratie la plus élémentaire. C’était déjà ce que disait Juncker à propos des tentatives de Tsipras de modifier les conditions draconiennes dans laquelle la Troïka avait piégé la Grèce pour mieux la piller[4]. Cela signifie clairmeent que la souveraineté de l’Italie n’est plus à Rome, mais à Bruxelles, ou tout simplement qu’elle n’existe plus. Après la mise sous tutelle de la Grèce, voilà qu’on essaie de faire de même avec l’Italie. En attendant la coalition a programmé une manifestation pour le 2 juin, soit à la fin de la semaine. Une mobilisation monstre pourrait peut-être pousser Mattarella à la démission, quoiqu’il semble déterminé à faire capoter toute tentative de véritable alternance politique dans son propre pays.

    Di Maio a dit réfléchir aussi aux prochaines élections et renforcer la coalition en y allant ensemble, peut être même avec un programme commun de gouvernement. L’attaque désespérée de l’oligarchie contre le nouveau gouvernement semble viser à plus long terme à ce que le gouvernement M5S-Lega ne prépare pas la sortie de l’euro. En mettant son véto à Paolo Savone, Mattarella pense pouvoir empêcher que la coalition n’aille pas plus loin que des intentions, qu’ils abandonnent clairement l’idée de sortir de l’euro et qu’ils s’embourbent comme s’est embourbé Tsipras dans la funeste idée de réformer les traités – voie que Mélenchon avait choisie, avec le peu de succès qu’on sait. Tant que le fétiche d’une Europe « nécessaire mais plus sociale et plus juste » résiste au moins au niveau de ceux qui prétendent à diriger le pays, l’oligarchie est tranquille. 

    Leçons de politique 

    La première leçon de cette crise politique, c’est qu’on ne peut pas aujourd’hui se présenter aux élections comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon l’ont fait sans savoir précisément comment on combattra Bruxelles une fois arrivé au pouvoir. Par exemple concrètement très peu savent comment on fait pour se sortir du piège de l’euro. La sortie de la monnaie unique présente de gros avantages pour l’Italie et la France, mais cela a aussi un coût qu’il faut connaitre. C’est d’ailleurs pour ça que Macron a été élu par défaut. Il est évident que la Commission européenne et le BCE ne lâcheront pas leur os : déjà que le Brexit et la rébellion des pays de Visegrad leur pose des problèmes sans fin, une sortie de l’Italie n’arrangeraient pas leur pouvoir bureaucratique. Il est à peu près certain et quoi qu’en dise le quotidien patronal Les Echos que la BCE a les moyens d’ennuyer un peu plus les Italiens s’ils persistent dans l’idée de mal voter à nouveau[5]. Les Italiens ont pour eux un capitalisme moins concentré et moins financier que la France, ce qui veut dire que leurs entrepreneurs sont bien plus conscients du coût de l’euro qui pèse sur l’économie.

    La seconde leçon est que seule une coalition souverainiste solide a un avenir. Beaucoup ont insister sur le fait que la coalition M5S-Lega ne ressemble en rien à une coalition France Insoumise-Front National. Et pourtant, alors même que Mattarella vient de démontrer que les fascistes n’étaient pas où on pense, une grande partie de ceux qui votent pour le FI ou pour le FN sont assez proches dans leurs idées souverainistes. Seuls les appareils bureaucratiques de ces deux boutiques empêchent pour l’instant un rapprochement, et tant que ce rapprochement ne se fera pas, Macron pourra dormir tranquille. Alors que Mélenchon ne laisse rien passer en ce qui concerne le Venezuela, il ne semble rien avoir à dire en ce qui concerne l’Italie. Seule Marine Le Pen a dénoncé un coup d’Etat[6]. Cela ne peut pas suffire. A l’heure actuelle il semble que les dirigeants du FN parient sur un rapprochement avec la droite de Wauquiez, plutôt que de tenter un vaste rassemblement des souverainistes. Evidemment on est aujourd’hui en France très loin d’une coalition de tous les souverainistes. Mais parfois le temps s’accélère, deux éléments sont contre Macron : d’abord il est probable que sa politique économique aura des effets dévastateurs sur l’emploi et le pouvoir d’achat, ensuite justement la crise politique italienne risque d’accélérer le recul de la croissance dans la zone euro. Ajouter à cela que les réformes de Macron en ce qui concerne l’Union européenne, ne sont pas en odeur de sainteté dans le reste de l’Europe[7]. De nouvelles déconvenues économiques dans un climat très tendu dans toute l’Europe pourrait accélérer le délitement de l’Union européenne.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/approfondissements-de-la-post-democratie-a126219140 et http://in-girum-imus.blogg.org/post-democratie-colin-crouch-diaphanes-2013-a117703596

    [2] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/05/28/31002-20180528ARTFIG00272-italie-la-coalition-legam5s-avait-pour-elle-une-legitimite-democratique-indeniable.php

    [3] http://www.lesoir.be/159136/article/2018-05-27/italie-luigi-di-maio-le-chef-de-file-du-m5s-veut-la-destitution-du-president

    [4] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/02/31001-20150202ARTFIG00405-du-traite-constitutionnel-a-syriza-l-europe-contre-les-peuples.php

    [5] https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0301721735496-herve-goulletquer-la-bce-ne-peut-ni-prendre-des-mesures-de-retorsion-contre-litalie-ni-etre-dans-une-logique-daide-2178804.php

    [6] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/fn/italie-marine-le-pen-denonce-un-coup-d-etat-de-l-ue_2012056.html

    [7] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/05/04/l-allemagne-lache-t-elle-la-france-sur-l-europe_5294223_3234.html

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  •   La situation au Proche-Orient évolue à grande vitesse       

    Le Proche-Orient est une poudrière, c’est du moins ce que l’on dit. Et il est assez difficile de comprendre vers quoi on se dirige. Plusieurs événements donnent des indications très contradictoires. J’en dénombre pour ma part deux importants, et un troisième plus symbolique : tout d’abord il s’agit du retrait des Etats-Unis sur la dénucléarisation de l’Iran, ensuite de l’échec de la marche du retour du vendredi et enfin du déménagement de l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem. L’ensemble de ces événements changent considérablement la donne au Proche-Orient, non seulement parce qu’ils entérinent l’isolement du Hamas qui se voudrait le représentant des Palestiniens, mais aussi parce qu’ils consolident de fait une alliance entre l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Egypte, Israël et les Etats-Unis contre la menace iranienne. La Russie devenant alors le médiateur incontournable entre l’Iran menacé d’encerclement et cette nouvelle coalition. Aussi bien en même temps que les risques de guerre augmentent, les possibilités d’évolution pacifique augmentent aussi. Il apparaît également que l’Europe, l’Union européenne et aussi la France sont complètement hors-jeu, se contentant de commentaires lénifiants pour distribuer des mauvais points à Trump et à Netanyahu, dans l’incapacité de se projeter vers l’avenir, et même de proposer des pistes de réflexion pour les différents protagonistes de ce jeu.  

    Les Etats-Unis se retirent de l’accord sur le nucléaire iranien 

    La situation au Proche-Orient évolue à grande vitesse        

    Trump, avec la mise en scène habituelle et grotesque, a donc dénoncé l’accord que son pays avait signé en 2015. Les conséquences de ce renoncement sont très difficiles à évaluer. Il y a d’abord le fait qu’en détruisant toute l’œuvre diplomatique de son prédécesseur, il montre non seulement que la parole des Etats-Unis ne vaut rien, qu’elle change au gré du vent, mais aussi que les traités, quels qu’ils soient peuvent être déchirés. Dans le même mouvement Trump a annoncé de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran, pays déjà en proie à des difficultés importantes. Le retrait des Etats-Unis est également accompagné d’un chantage éhonté dont les Américains ont appris à se servir pour faire les poches des autres pays occidentaux : tous les pays qui continueront à travailler avec l’Iran ne pourront plus travailler aux Etats-Unis sans payer une amende. Depuis 2008 elles ont, sous couvert de faire respecter leurs propres règles qui sont complètement indépendantes des règles du droit international, récupérés des centaines de milliards de dollars[1]. C’est une question qui est encore assez mal analysée, et pourtant c’est devenu une arme à la fois diplomatique et économique au service d’une politique le plus souvent erratique. Tous les prétextes sont bons pour limiter la souveraineté des autres pays occidentaux, c’est parfois celui des malversations des banques, un flirt top poussé avec la Russie, et maintenant voilà qu’il s’agit de dissuader les entreprises occidentales de travailler avec l’Iran. La menace est mise directement à exécution. Les entreprises concernées sont sommées de quitter le pays où elles ont parfois investi de lourdes sommes dans les 90 ou les 180 jours qui suivent la promulgation de ce nouveau décret. Cet oukase est un désastre pour les entreprises européennes et françaises qui avaient beaucoup investi depuis 3 ans dans ce pays[2]. 

    La situation au Proche-Orient évolue à grande vitesse        

    Officiellement il s’agit d’amener l’Iran à renégocier un autre traité qui soit moins laxiste avec ce pays dont la dangerosité est bien connue. On peut penser que ces sanctions c’est aussi un moyen de faire la guerre sans le dire, sans troupe et sans bombe : en visant un renversement du régime. Il est bien possible d’ailleurs qu’en coupant les iraniens des autres pays occidentaux, cela contribue à paralyser le régime. Mais il est aussi facile de comprendre que derrière cette brutalité fort peu diplomatique, il y a d’autres enjeux : les Américains confortés par la passivité naturelle des autres pays occidentaux ont décidé de les contrôler indirectement par ce biais, tout en les rackettant. Ils compensent en quelque sorte leur perte d’influence politique et militaire par une politique économique agressive qui s’appuie sur un droit très aléatoire. En vérité cette politique est très incertaine et ne semble pas avoir été pensée complètement. Ces sanctions peuvent avoir d’autres effets inattendus. D’abord mettre directement les Iraniens dans la main des Russes et donc donner à ceux-ci la possibilité de mieux contrôler la région. Ensuite rapprocher un peu plus la Chine de la Russie qui sur ce plan là ont des intérêts communs et qui le manifestent maintenant depuis plusieurs années[3]. Les Etats-Unis peuvent toujours tenter de faire pression sur la Chine en leur fermant leur marché intérieur, il est assez douteux que cela marche dans la mesure où les Chinois détiennent un tel stock de dette américaine – plus de 1200 milliards de $ – qu’ils pourraient très bien menacer les Etats-Unis de la balancer sur les marchés internationaux et ferait ipso facto plonger le dollar[4]. 

    Reste à savoir comment les Européens vont réagir. Ils ont deux options : soit ils restent dans le rang et acceptent une mise sous tutelle de leur souveraineté en devenant des simples vassaux de l’Amérique, soit ils se rebellent et se mettent à leur tour à infliger des sanctions contre les Etats-Unis par exemple si ce pays ne respecte pas ses engagements en matière d’environnement, ou si ce pays commerce avec des nations dont les régimes peuvent être qualifiés de criminels. La deuxième option signifierait à terme la fin de l’hégémonie américaine en isolant les Etats-Unis du reste du monde. Mais pour cela il faudrait que les Européens soient unis et abandonnent leurs idées sur les sanctions avec la Russie. Seulement un rapprochement avec la Russie pourrait vraiment contrarier les plans de Trump, en même temps que cela compenserait la relative fermeture des marchés américains. Mais il ne faut pas rêver. Au sein de l’Union européenne les Etats-Unis peuvent compter sur le soutien indéfectible de l’Irlande, de la Pologne, de la Hongrie, de la Roumanie et des petits pays de la mer Baltique et les autres nations, la France et l’Allemagne, ne sont pas prêtes à se lancer dans une guerre commerciale de longue haleine.  

    Echec de la marche du retour 

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    Un champ de blé du kibboutz de Nahhal Oz incendié par les manifestants pacifiques du Hamas le 14 mai 2018  

    Contrairement à ce qui a pu s’écrire ici ou là, la marche du retour n’est pas vraiment une manifestation spontanée, elle a été lancée par le Hamas pour les soixante-dix ans de la création d’Israël. Tous les vendredis depuis le 30 mars 2018, les Gazaouis affirment leur droit au retour sur « leur » terre en marchant plus ou moins pacifiquement vers la frontière israélienne. Ils savent très bien parce qu’Israël les en a averti, qu’ils ne pourront pas franchir cette frontière. Alors ils lancent des cerfs-volants enflammés, brulent des pneus à la fois pour se cacher derrière et progresser, et en même temps pour intoxiquer les soldats israéliens. Ils avancent directement avec l’objectif d’avoir suffisamment de morts et de blessés pour que l’opinion internationale s’en émeuve et ne regarde pas trop au-delà de ces morts et de ses blessés. Sans plus analyser la question Macron qui n’en rate décidément pas une, « condamne les violences des forces israéliennes »[5]. On a même vu le très inconstant François de Rugy, président de l’Assemblée nationale, en rajouter une couche en parlant de « tirs indiscriminés »[6]. Cette position mesure bien les inconséquences des Européens qui ne comprennent même pas qu’on défende ses frontières, eux qui sont habitués à les avoir défaites. Il ne viendrait pas à l’idée de Macron d’interroger les dirigeants du Hamas qui poussent à cet action démente. Mais le principal n’est pas là. Il est plutôt dans le fait qu’au fil des semaines cette marche rassemble de moins en moins de monde. Si au début elle pouvait se targuer de 30 000 participants, le 11 mai ils n’étaient plus que 5 000 à répondre à l’appel. Il semble qu’il y ait un regain de manifestants le 14 mai à la fois pour la célébration de la Nakba et la protestation de l’implantation de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Mais le 15 mai, les manifestants étaient encore moins nombreux alors qu’on craignait des dérapages violents et des morts[7]. Le 18 mai, c’est à peine un millier de Gazaouis qui se sont rassemblés le long de la frontière avec Israël[8]. 

    Bien que le Hamas continue à vouloir mobiliser les Palestiniens et maintienne les dates prévues, on ne voit plus très bien quelle est la stratégie qui sous-tend ce mouvement. Sans doute que le principe même de cette marche n’a pas de sens puisqu’en effet les Palestiniens qui ont été chassés de « leurs » terres en 1948 sont tous aujourd’hui morts ou tellement âgés qu’ils ne peuvent pas revendiquer quoi que ce soit. Le Hamas en appelle donc aux descendants des descendants pour entrer en guerre contre Israël. Derrière cette démarche il y a l’idée du refus d’une solution à deux Etats, donc évidemment une négation de l’Etat d’Israël. Mais l’échec le plus retentissant de cette marche est qu’elle a été organisée dans l’indifférence générale des pays arabes. Les médias européens n’ont pas hésité à mentir à propos de la manifestation sanglante du 14 mai. Ils ont accusé Israël de tuer des femmes et des enfants, dénonçant un rapport disproportionné de la force, Israël répondant que c’était de terroristes qui avaient été tués. Mais peu après c’est le Hamas lui-même qui revendiquait que la très grande majorité des tués étaient bien des membres de la section militaire du Hamas[9]. Il n’y a pas vraiment de débat sur le fait de savoir quelle autre tactique aurait dû employer Israël pour conserver sa frontière inviolée, s’il est facile d’avancer que la violence israélienne fut excessive, il est plus difficile de dire par quoi on aurait pu la remplacer[10]. On voit ici l’asymétrie : les occidentaux et leurs médias raisonnent comme si le coût individuel de la vie était décisif, mais il ne semble pas que ce soit le cas des Palestiniens en particulier et des musulmans en général. On reporte sur les Palestiniens nos propres critères de sanctification de la vie humaine. C’est un peu le pendant de cette idée qui ravage l’Occident selon laquelle il n’y a aucune raison de défendre des frontières. 

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    A Gaza on enterre les morts 

    Même après la sanglante manifestation du 14 mai qui coïncidait avec l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, c’est à peine du bout des lèvres qu’ils ont condamnés les violences supposées des soldats israéliens[11]. Ajoutons que les Palestiniens de Cisjordanie n’ont pas encouragé ces manifestations, c’est le moins qu’on puisse dire, même si à Hébron et à Ramallah il y a eu quelques manifestants. En effet la Cisjordanie est contrôlée plus ou moins bien par le Fatha, l’ennemi juré et premier du Hamas. On pourrait même dire que l’action désespérée du Hamas à Gaza éloigne encore un peu plus le moment de la réconciliation entre les Palestiniens[12]. C’est sans doute parce que le Hamas perd de son influence aussi bien en Cisjordanie qu’à Gaza – l’effritement graduel du nombre des manifestants de la marche du retour le montre – qu’il s’est lancé dans ce baroud d’honneur. De la même manière, les Arabes israéliens n’ont pas bougé. Des morts pour rien, c’est bien ce qui ressort de cette furieuse agitation du Hamas, mais au-delà il s’agit bel et bien de l’échec d’une tactique visant à harceler Israël pour tenter de déclencher une nouvelle Intifada et se présenter comme un interlocuteur incontournable. Certes il y a eu quelques manifestations, un appel à la grève des travailleurs arabes-israéliens, mais pour l’instant il ne semble pas que ce mouvement soit massif. Evidemment si le mouvement de soutien aux Gazaouis s’effondre, cela annoncera l’effondrement du Hamas qui n’aura plus aucune perspective sérieuse à offrir à Gaza pour sortir de la misère où cette bande de terre s’est enfoncé. Le Hamas en effet détourne l’aide internationale pour construire des tunnels, pour accroître son stock d’armes, plutôt que de venir en aide aux Gazaouis. C’est comme ça depuis des années[13]. Mais pour le présent, il va de soi que l’échec de la stratégie de la tension proposée par le Hamas, pourrait obliger les Palestiniens à changer de stratégie et à revoir les possibilités de négociations qu’il leur reste s’ils veulent voir la création d’un Etat palestinien un jour, ou simplement que le sort des Gazaouis s’améliore un peu. Je n’ignore pas en écrivant cela que le gouvernement israélien doit aussi faire des efforts pour arriver à une négociation sérieuse, cependant, il y a une différence importante entre les deux partis : le Hamas n’a jamais reconnu le droit à l’existence d’Israël, et c’est d’ailleurs pour cela que l’entrée dans l’OLP lui est interdite[14], tandis que Netanyahu, même s’il ne fait guère d’efforts, n’a jamais dit qu’il fallait renoncer à la solution de deux Etats. Cette solution peut être reprise sans problème par le gouvernement qui succèdera à celui de Netanyahu… si le contexte change radicalement. En dix années d’exercice du pouvoir dans la bande de Gaza, le Hamas n’a rien obtenu de solide et se trouve isolé des autres Palestiniens, lâché par les pays arabes qui comptent, et en bisbille avec l’Iran qui est sensé le soutenir, mais qui mise aujourd’hui plutôt sur le Hezbollah au Liban et qui a ses propres problèmes comme on le sait. Pour être complet, il faut souligner que les Gazaouis sont très partagés, sans même parler d’une réticence de plus en plus grande à jouer les martyrs, il semble que le Hamas soit débordé par sa branche armée les brigades Ezzedine al-Kassem qui refusent la relative modération de Yahya Sinouar qui parait parfois près à transiger avec Israël. Personne ne sait de quel côté ce rapport de force bancal va pencher[15]. Toutes les hypothèses sont permises. 

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    A Kerem Shalom le Hamas a fait bruler des canalisations de gaz empêchant des convois humanitaires de passer  

    Un autre conflit enflamme les rapports entre le Hamas et l’Autorité Palestinienne, c’est-à-cire le Fatha. Cette dernière perçoit des droits à l’entrée des convois qui franchissent la frontière entre Gaza et Israël. Or, le Hamas a refusé l’entrée de convois transportant des vivres et des médicaments par Kerem Shalom. Ce point avait été bloqué par les Israéliens parce que les manifestants gazaouis avaient provoqué de graves dommages matériels évalués à plusieurs millions de dollars. Ce qui par parenthèse démontre que les manifestations de la marche du retour n’étaient pas seulement pacifiques. Mais ils l’avaient réouvert pour ces convois humanitaires : on peut se demander ce qui se serait passé si quelques membres de commandos du Hamas avaient pu pénétrer en Israël. Le monde qui ne comprend pas grand-chose à la situation au Proche-Orient, faisait semblant de ne pas comprendre cette attitude. Evidemment se poser la question c’est y répondre, puisque dès lors qu’on sait que les Gazaouis refusent de payer les taxes à l’Autorité Palestinienne, ils de privent de l’usage possible de ces biens de première nécessité qui manquent cruellement[16].  

    L’ambassade des Etats-Unis inaugurée à Jérusalem 

    La situation au Proche-Orient évolue à grande vitesse       

    En implantant leur ambassade à Jérusalem les Etats-Unis font deux gestes en même temps : tout d’abord ils officialisent le fait que Jérusalem soit devenu la capitale d’Israël. On le savait déjà, mais c’est une reconnaissance internationale. Mais ensuite, il va mettre en scène une alliance privilégiée entre les Etats-Unis et Israël. En vérité c’est aussi une manière d’empêcher qu’Israël développe trop ses relations avec la Russie. Et puis à l’heure actuelle les deux Etats n’ont plus trop d’alliés fiables. On peut penser que l’idée générale qui se cache derrière ce geste tapageur et provocateur cache aussi autre chose. En effet, on sait que Trump n’est pas favorable à une solution à deux Etats[17]. Ce qui veut dire en clair un seul Etat mais avec un apartheid. Notez que certains Palestiniens militent aussi pour un seul Etat, mais c’est dans un but différent : une première étape pour ensuite, grâce à la croissance démographique, en prendre le contrôle. Que l’ambassade des Etats-Unis soit à Tel Aviv ou à Jérusalem, cela ne change rien du tout au fond du problème, par contre envisager une situation avec un seul Etat est une option très dangereuse. Ne serait-ce que pour des raisons de sécurité. Je ne crois pas que les Israéliens soient prêts à cela, et pas seulement parce qu’ils ne veulent pas être accusés de mettre en place un apartheid. Cependant, il faut aussi tenir compte qu’il s’agit là d’un signal fort envers les Palestiniens qui se trouvent au pied du mur. S’ils ne veulent pas que s’éloigne encore un peu plus l’option des deux Etats, la seule qui a un avenir sur le long terme, il va bien falloir qu’ils sortent de leur léthargie et qu’ils fassent preuve d’imagination. En attendant le Paraguay, après le Guatemala, a emboîté le pas aux Etats-Unis, et il risque d’être suivi par d’autres pays encore. 

    Parmi les résultats de l’inauguration en grande pompe de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, on retiendra aussi qu’il s’agit là d’une nouvelle pomme de discorde pour les Européens qui décidément ne s’entendent sur rien[18]. En effet certains pays, comme la République tchèque, la Hongrie ou la Roumanie ont participé à cette inauguration en quelque sorte ils forcent la main aux autres pays européens en se présentant comme les alliés modèles des Etats-Unis.

     



    [1] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/le-racket-geant-des-amendes-economiques-infligees-par-les-etats-unis_1848745.html

    [2] https://www.latribune.fr/economie/international/iran-les-sanctions-americaines-mettent-a-mal-les-entreprises-francaises-778011.html

    [3] http://french.china.org.cn/china/txt/2018-04/03/content_50805421.htm

    [4] http://www.economiematin.fr/news-dette-americaine-bonds-tresor-argent-chine-pays-japon-sannat

    [5] http://www.leparisien.fr/international/direct-ambassade-americaine-inauguree-a-jerusalem-des-dizaines-de-morts-a-gaza-14-05-2018-7715148.php

    [6] https://fr.timesofisrael.com/la-france-accuse-israel-de-tirs-indiscrimines/

    [7] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/05/16/a-gaza-les-manifestations-se-poursuivront-sans-strategie-claire_5299544_3218.html

    [8] http://www.lepoint.fr/monde/manifestations-limitees-a-la-frontiere-entre-israel-et-la-bande-de-gaza-18-05-2018-2219680_24.php

    [9] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/05/16/97001-20180516FILWWW00263-gaza-50-palestiniens-tues-appartenaient-au-hamas.php

    [10] https://www.marianne.net/monde/gaza-mais-que-font-les-diplomates

    [11] http://www.leparisien.fr/international/direct-ambassade-americaine-inauguree-a-jerusalem-des-dizaines-de-morts-a-gaza-14-05-2018-7715148.php

    [12] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180320-palestiniens-fatah-hamas-abbas-reconciliation-conflit

    [13] https://www.tsahal.fr/minisites/hamas/des-photos-a%C3%A9riennes-montrent-une-base-du-hamas-construite-gr%C3%A2ce-%C3%A0-laide-humanitaire-britannique/

    [14] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180308-palestine-olp-conseil-national-reunion-yasser-arafat-parlement

    [15] http://www.slate.fr/story/161689/piege-gaza-israel-manifestation-morts

    [16] https://fr.timesofisrael.com/lautorite-palestinienne-refoule-des-camions-daide-a-la-frontiere-avec-gaza/

    [17] https://www.nouvelobs.com/chroniques/20180115.OBS0623/israel-palestine-et-s-il-n-y-avait-qu-un-seul-etat.html

    [18] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/15/l-ue-desunie-sur-la-reconnaissance-de-jerusalem_5299181_3214.html

     

     

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  •  Cannes recycle les gauchistes comme elle le peut et les habille en smoking

    On n’a pas trop fait attention, mais la dernière édition du Festival de Cannes vient de démontrer qu’entre la promotion commerciale de films de qualité plus ou moins douteuse, cette manifestation est devenue profondément politique. Cela n’étonnera pas Jean-Luc Godard qui a souvent dit et répété que les images n’étaient jamais politiquement neutres. On lui donnera raison pour une fois. Mais quel message politique défend le Festival de Cannes ? En réalité, il défend plusieurs causes à la fois. Alors que tout le monde estime que l’œuvre de Godard est depuis des décennies derrière lui, voilà ce cinéaste récompensé d’une Palme d’or spéciale. On peut se demander ce que cette Palme d’or a de spécial, mais en se souvenant en même temps que Godard est un antisémite déclaré[1], ça semble évident. De la même manière, le médiocre Ken Loach, il y a quelques années, avait obtenu une deuxième Palme d’or alors qu’il est un antisémite déclaré et un champion des BDS, militant ouvertement pour la discrimination des artistes et universitaires israéliens, même s’ils sont critiques vis-à-vis de la politique de leur pays[2]. On peut se demander de quoi le Festival de Cannes est le nom.  

    Cannes recycle les gauchistes comme elle le peut et les habille en smoking 

    Mais cela ne suffit pas au Festival de Cannes qui est une manifestation de plus en plus sans contenu et qui pourtant prétend donner la leçon au monde entier. Voilà que le Festival, sans doute pour célébrer le cinquantenaire lugubre de Mai 68 a invité des vieux cons comme Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil, anciens soixante-huitards, prétendus révolutionnaires, recyclés dans la macronnerie. A quel titre les inviter ? Ces deux cuistres qui faisaient profession de foi révolutionnaire et voulaient interdire en Mai 68 ce même Festival de Cannes qu’ils trouvaient trop bourgeois, apprécient qu’on leur déroule le tapis rouge pour monter les marches du Palais des Festivals. Les deux compères auraient ainsi réalisé un film, La traversée, à leur propre gloire en invitant Macron à y faire une apparition. On comprend sans même avoir assisté à la projection de ce film « documentaire » qu’il s’agit de promouvoir la pensée mondialiste et libérale en action comme le dernier horizon du mouvement de l’histoire.

    Le Festival de Cannes prétend à nous éduquer, et donc il nous intime l’ordre de considérer Cédric Herrou, soi-disant paysan – je dis soi-disant, parce qu’un vrai paysan n’a pas les loisirs de parader à Cannes et de s’occuper des migrants, comme une sorte de héros des temps modernes. Et voilà donc le sinistre Herrou revêtu d’un smoking, sans doute payé par le Festival, narguant les autorités françaises en leur faisant un doigt d’honneur. Certes on comprend bien que dans une démocratie véritable Herrou a le droit d’exprimer tout l’amour paternaliste qu’il peut porter aux migrants – je ne lui enlèverais pas ce droit. Mais outre qu’il ne respecte pas la loi et qu’il a été condamné pour cela par les tribunaux, il ne viendrait pas aux responsables du Festival de Cannes d’y inviter les identitaires qui au contraire défendent la frontière française au col de l’Echelle. Le message est donc clair, le mondialisme a pignon sur rue à Cannes, mais pas (encore) le souverainisme. Cannes combat pour un monde sans frontières comme des vulgaires no borders.  

    Cannes recycle les gauchistes comme elle le peut et les habille en smoking

    Le Festival de Cannes est une manifestation très bourgeoise qui coûte très cher, son entre-soi est du reste la négation d’un cinéma populaire, et il s’accentue d’année en année. Ici se met en scène un spectacle au-delà des images qui sont projetées, qui met en scène des soi-disant prises de conscience politique. Cet infantilisme teinté de narcissisme explique que cette manifestation a de moins en moins d’importance sur le plan culturel, mais elle s’explique aussi par un effondrement général de la qualité cinématographique des œuvres présentées. A vouloir éduquer le peuple à penser comme l’oligarchie, on ne peut s’attirer que des retours de flamme virulents.



    [1] http://www.lemonde.fr/cinema/article/2009/11/10/godard-et-la-question-juive_1265204_3476.html

    [2] https://www.nouvelobs.com/societe/20180427.OBS5843/ken-loach-accuse-d-antisemitisme-vive-polemique-en-belgique.html

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  •  La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

    La panique s’est emparée de la presse française du mardi 22 mai 2018. Bien que les choses ne soient pas encore tout à fait claires, on se dirige vers un gouvernement Lega-M5S[1]. L’oligarchie européenne et la presse qui la soutient sont furieuses. En effet, et quoi qu’on dise des incohérences relevées ici ou là, la mise en œuvre de ce gouvernement menace directement ce qui reste de la cohésion européenne. Ajoutons que ce futur gouvernement va fonctionner à plein au même moment où la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne sera actée. Ce nouveau gouvernement s’est mis d’accord sur plusieurs points : d’abord le refus de subir le diktat européiste sur l’accueil des réfugiés, sur ce point ils vont rejoindre les pays de l’Est, ensuite sur une possible sortie de l’euro et la fin de l’austérité. Sur le premier point ils auront l’appui du peuple italien, et très largement. Sur le second aussi d’ailleurs, mais c’est un peu plus compliqué et il faut avoir un grand courage pour sauter le pas – en France ni Marine le Pen, ni Mélenchon ne le possèdent – parce qu’on rentre nécessairement dans une période d’incertitude où il faut avec patience ne compter que sur ses propres forces. Le futur gouvernement peut compter sur le président Sergio Matarrella, un farouche européiste héritier de la défunte Démocratie chrétienne, pour lui mettre le maximum de bâtons dans les roues. La France macronienne s’est faite menaçante par la voix de Bruno Le Maire qui a lancé une sorte d’interdiction au futur gouvernement d’appliquer les mesures pour lesquelles les Italiens ont voté[2]. Ces tensions annoncées avec le gouvernement français n’augurent rien de bon car elles anticipent la démarche de l’Union européenne qui fera tout pour faire revenir l’Italie à la normale. En effet soit l’Union européenne se réforme, soit l’Italie renie ses engagements auprès de ses électeurs pour rester dans l’Europe. Le premier terme est impossible, le second très discutable.  

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

    En attendant, c’est Guiseppe Conte qui va sans doute être chargé de la formation du gouvernement dans lequel Salvini serait ministre de l’intérieur et Di Maio ministre de l’économie. Guiseppe Conte semble être une charnière assez bien choisie entre les deux hommes, et puis il est très présentable, alors qu’il doit présenter un programme très sulfureux : d’une part parce que l’Italie veut tourner la page de l’austérité européiste, et d’autre part parce que ce nouvel attelage s’est donné pour mission de stopper les migrations massives et d’en limiter les ravages. En fait personne ne sait jusqu’où le nouveau gouvernement italien sera capable d’aller dans la révolte contre Bruxelles. On sait qu’il peut compter sur un appui du peuple pour mettre en place son programme, mais c’était déjà le cas de Tsipras en Grèce, et on sait comment cela s’est fini, par une reddition totale et une humiliation définitive. 

    Conséquences incertaines 

    La première conséquence est que pour la première fois peut-être l’Italie va obtenir un gouvernement stable… à condition qu’il mette en route de manière intelligente un programme qui satisfasse la fibre souverainiste des Italiens. En effet ceux-ci, en très peu de temps finalement sont passés d’un sentiment proeuropéen très fort, à un euroscepticisme virulent. C’est un des pays les plus anti-européen de l’Union, derrière la Grèce bien entendu. Sondage après sondage la défiance des Italiens face à l’Union européenne ne fait que s’aggraver. Les causes de ce désamour sont bien connues :

    - d’abord l’appartenance à l’euro dont la crise de 2008 a montré quels ravages cela pouvait engendrer. La croissance est stagnante, le chômage reste élevé et les politiques d’austérité mises en œuvre pour résorber la dette sont décriées ;

    - ensuite l’immigration massive des africains vers l’Europe qui passe maintenant prioritairement par l’Italie et engendre des désordres nombreux sur tout le territoire.

    Ces deux points expliquent pourquoi la gauche qui est restée braquée sur ses dogmes internationalistes, n’existe quasiment plus en Italie sauf sous une forme résiduelle. Les partis « populistes », la Lega et le M5S, sont les seuls à avoir tenté de répondre à cette double interrogation et à remettre en cause la mondialisation. C’est une nouvelle leçon pour la gauche, en abandonnant l’idée de souveraineté, la gauche, qu’elle soit française, italienne ou allemande s’est perdue et se trouve en opposition avec le peuple au nom de qui elle prétend parler. Cela fait des années maintenant que le discours sur l’autre Europe, sur la modification des traités tourne à vide et s’y engluer confine à l’impuissance. Les Italiens semblent progresser parce que justement ils sont en passe d’abandonner ces vieilles lunes. Il ne sert à rien de dénoncer les tendances fascistes de la Lega quand on n’est pas capable de proposer des réponses sérieuses aux problèmes qui se posent aux Italiens. 

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie 

    La diatribe de Bruno Le Maire qu’on a signalée ci-dessus indique clairement que les européistes, Macron en tête, ont dans l’idée de faire jouer au nouveau gouvernement le rôle que Tsípras a joué en devenant le fossoyeur des possibilités de changement en Grèce. Le but serait de discréditer le nouveau gouvernement en le faisant renoncer à ses ambitions sur la dette, sur l’euro ou sur l’austérité par exemple. On suppose que cette ligne dure sera appuyée par le président Sergio Mattarella qui a tout du traître de comédie. L’idée sera d’enfoncer un coin entre la Lega et M5S qui parait moins ferme sur les principes anti-européens[3]. M5S est le maillon faible de l’attelage, essentiellement parce qu’il n’est pas tout à fait souverainiste. Il semble déjà que les autorités européennes vont faire remonter les taux sur la dette de façon à asphyxier l’Italie en la privant de liquidités. Dès lors l’Italie se retrouvera face à un choix : soit répudier la dette et sortir de l’euro, soit rentrer dans le rang à la manière de Tsipras avec les punitions qui iront avec pour avoir fait trembler les bureaucrates de Bruxelles. L’issue de ce combat est incertaine : si l’Union européenne gagne, elle prolongera encore son agonie d’une dizaine d’années, si l’Italie gagne, cela accélérera sa fin et on se retrouvera dans une phase de démondialisation accélérée.  

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie 

    La gestion des migrants est également le point qui risque de faire des dégâts, en Italie comme dans le reste de l’Europe. Depuis un an maintenant les flux migratoires vers l’Italie ont très fortement baissé. Ce qui prouve bien qu’on peut tout à fait les maitriser[4]. Mais le nouveau gouvernement se propose d’aller un peu plus loin et de renvoyer 500 à 600 000 de ceux-ci d’où ils viennent. Ça ne plait pas à L’Obs qui voit dans cette volonté l’Italie rejoindre les pays de Visegrad[5], et donc une nouvelle division qui va s’installer dans l’Union européenne.

    Le choix est une fois de plus assez simple : comme en Grèce en 2015, soit les dirigeants élus suivent le mandat qui leur a été donné par le peuple, soit ils se plient aux exigences de l’oligarchie européiste.

    En vérité toutes ces spéculations risquent de ne pas avoir beaucoup de sens si une nouvelle crise financière se déclenche dans les mois qui viennent[6], ou encore si la guerre commerciale que les Américains ont déclenchée avec l’Europe prend de l’ampleur en rognant les excédents commerciaux de l’Allemagne par exemple[7].

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

    Il est assez réjouissant cependant de voir des représentants du bloc bourgeois comme Raffaele Simone s’enrager de la coalition entre M5S et la Lega. Il juge cette coalition contre nature, le MS5 étant plutôt populiste de gauche, et la Lega plutôt populiste de droite, mais il en rajoute bêtement en tentant d’expliquer que son programme de gouvernement est anticonstitutionnel[8]. Il ferait mieux de se demander pourquoi le peuple a voté massivement pour ces partis. Mais il est vrai que Simone est cet « intellectuel » qui s’est taillé un petit succès dans le temps en annonçant à grands coups de trompette que l’Europe virait à droite, alors que c’était plutôt les représentants de la gauche qui viraient à droite et non le peuple. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si la France Insoumise se rapprochait du Front national à travers un programme de gouvernement. On s’ait qu’en France de nombreux commentateurs – dont Jacques Sapir – appellent à une coalition souverainiste pour renverser Macron et sa politique européiste[9]. Mais après tout, on peut considérer que les Italiens montrent le chemin : sans une remise en question de l’Union européenne, il n’y a plus de politique alternative possible. Autrement dit avant de se disputer, il faut rétablir un cadre institutionnel dans lequel la dispute politique ait un sens. Dans le dépit de Simone, inaudible de l’autre côté des Alpes, mais qui fait les délices du journal Le monde, il y a la conscience que le mouvement politique est en train d’échapper non seulement à sa compréhension, mais aussi aux partis bourgeois qui jouent depuis trente ans en France comme en Italie, comme en Allemagne, le jeu de la fausse alternance. Ce moment appartient maintenant au passé.  



    [1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/16/italie-la-presse-publie-une-version-provisoire-du-contrat-entre-la-ligue-et-le-m5s_5299511_3214.html

    [2] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-stabilite-de-la-zone-euro-menacee-si-l-italie-ne-tient-pas-ses-engagements-sur-la-dette-779014.html

    [3] https://www.euractiv.fr/section/elections/news/en-italie-les-populistes-sentendent-sur-un-programme-de-gouvernement/

    [4] http://www.lepoint.fr/monde/comment-l-italie-a-tari-le-flux-des-migrants-13-09-2017-2156548_24.php

    [5] https://www.nouvelobs.com/monde/20180517.OBS6816/italie-le-tres-inquietant-programme-de-gouvernement-de-salvini-et-di-maio.html

    [6] https://www.euractiv.fr/section/elections/news/en-italie-les-populistes-sentendent-sur-un-programme-de-gouvernement/

    [7] http://www.rtl.fr/actu/international/acier-la-guerre-commerciale-entre-les-etats-unis-et-l-europe-aura-t-elle-lieu-7793224906

    [8] http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/21/italie-un-contrat-de-coalition-a-l-encontre-de-la-constitution-italienne_5302323_3232.html

    [9] http://www.lepoint.fr/politique/sapir-le-souverainisme-est-une-force-dominante-18-05-2017-2128275_20.php

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