•  Le destin de l’Europe et les élections en Hongrie

    Dimanche dernier ont eu lieu les élections en Hongrie. Il s’agissait d’élections législatives. Orban a gagné haut la main ces élections, son parti le Fidesz possédera une majorité des deux tiers[1]. Cette victoire écrasante pose de très nombreuses questions. En effet Orban est souverainiste et se présente un peu en leader du groupe de Visegrad qui refuse d’appliquer les directives européennes quand elles ne lui plaisent pas. Notamment en ce qui concerne les migrations. Il est vrai que les Hongrois ont assez mal encaissé l’explosion des demandes d’asile dans leur pays et qu’Orban a freiné largement ce mouvement[2]. Mais ce n’est pas seulement le refus des migrations qui a assuré son succès électoral : la Hongrie présente une santé étonnante sur le plan économique. Le monde qui, comme tout l’establishment européiste déteste Orban parlait d’un bilan économique en trompe l’œil, sans que son analyse soit très convaincante[3]. Jugeons-en par nous-mêmes. La Hongrie selon les prévisions généralement admise devrait connaitre une croissance de 4% en 2018, un chômage inférieur à 4% et un déficit public inférieur à 3% - 2,7% pour l’année 2017. La balance commerciale est également excédentaire. Ce sont des très bonnes performances pour un pays qui avait souffert énormément de la transition vers l’économie de marché. Mais ce qui embarrasse le plus les éditorialistes, ce n’est pas tant qu’Orban soit anti-immigrationniste, c’est que la Hongrie obtienne des résultats probants sans passer par le moule conformiste des recommandations de Bruxelles. Le programme mis en place par Orban est un programme anti-austérité et qui n’a pas craint ici et là à procéder à des nationalisations ! On pourrait donc dire qu’Orban est un nationaliste conséquent qui défend l’intégrité de son territoire. C’est l’anti-Macron si on veut. Non seulement il montre qu’on peut tenir tête aux directives européennes quand elles vont à l’encontre des intérêts nationaux, mais aussi que c’est en tenant tête à ces directives stupides que l’économie s’en sort finalement le mieux. Sans ces succès économiques, la réélection d’Orban aurait été sans doute moins nette.  

    Le destin de l’Europe et les élections en Hongrie

    Quelques jours avant les élections, les éditorialistes français supposaient qu’Orban gagnerait, mais avec moins de marge de manœuvre qu’avant et pariaient sur la nécessité qu’il aurait de s’allier avec d’autres partis[4]. Cette erreur d’analyse s’appuyait sur l’idée qu’Orban avait élu en 2014 suite à une faible participation électorale. Or Dimanche dernier, la participation a été très forte, près de 70%, mais les résultats ont été les mêmes : Orban aura une majorité des deux tiers dans la nouvelle assemblée. La gauche et les partis libéraux sont complètement laminés.

    Parmi les conséquences attendues de cette élection, on pense que le gouvernement hongrois va reprendre en main les organismes de propagande libérale financés par Soros ou d’autres oligarques, ce qui va faire bondir encore un peu plus les eurocrates. Ce sera certainement un prétexte pour ceux-ci qui vont dénoncer une dérive autoritaire et qui vont tenter, via les subventions et les amendes, à faire rentrer ce petit pays dans le rang. Mais la Hongrie est dans un rapport de force très favorable sur le plan international. D’abord parce qu’une sortie de la Hongrie de l’Union européenne, dans le contexte du Brexit, aviverait les tentations d’émancipation, mais aussi parce que la Hongrie se rapprocherait alors de la Russie. Poutine a, en effet, une forte popularité auprès des Hongrois qui manifestent une méfiance très grande envers Bruxelles, Berlin et Paris où Macron a une très mauvaise image.  

    Les conséquences pour l’Europe sont assez prévisibles. L’opposition entre l’Ouest libéral et ouvert et l’Est plus souverainiste et soucieux de son intégrité, va être de plus en plus évidente. Car les pays de l’Est, Pologne, Hongrie, République tchèque vont démontrer qu’en effet on peut complètement contrôler les migrations sans pour autant que cela nuise aux résultats économiques, et qu’en outre, on peut enfreindre les consignes de Bruxelles en ce qui concerne l’austérité et les privatisations avec succès. Le très large succès d’Orban est donc d’abord un camouflet à Bruxelles et à la logique libérale. On peut se demander si à terme elle ne remet pas en question encore plus fondamentalement la construction européenne que le Brexit. Il va être difficile dans ces conditions pour Macron de faire avancer son projet d’une Europe fédérale dont à terme il prendrait la tête. Il nous semble au contraire que l’avenir des relations internationales s’inscrit plutôt dans un retour des Etats souverains que dans la volonté de voir les lois du marché se substituer à une logique politique. Pour l’instant cela est masquer en France parce que les souverainismes sont assez éclatés et n’arrivent pas à présenter un front uni, mais déjà en Italie pointe une autre logique, malgré les circonvolutions de M5S.

    L’autre leçon pour la gauche est évidente : elle n’existe pas ou plus dès lors qu’elle joue le jeu de l’ouverture et de la mondialisation. De partout où la social-démocratie a célébré les vertus de l’ouverture et du marché mondial, elle a disparu. Notez enfin qu’en Hongrie, comme ailleurs, la capitale a voté un peu différemment du reste du pays, son vote a été plus diversifié et plus ouvert, plus libéral si on veut que celui du reste de la Hongrie. Mais cette opposition assez nette ne change rien quant au fond. Dans un contexte de crise économique et de crise migratoire, l’heure est logiquement au repli national.



    [1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/04/08/elections-en-hongrie-orban-donne-vainqueur_5282652_3214.html

    [2] https://hongrieactuelle.wordpress.com/2015/05/16/hongrie-et-immigration-clandestine/

    [3] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/04/06/en-hongrie-un-miracle-economique-en-trompe-l-il_5281625_3234.html

    [4] https://www.ouest-france.fr/europe/hongrie/elections-en-hongrie-le-parti-d-orban-ne-devrait-pas-avoir-la-majorite-qualifiee-5682161

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  •  Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

    Le refrain est bien connu, dès qu’il s’agit d’Israël : il y a d’un côté les bons, les Palestiniens, et de l’autre les mauvais, les Israéliens, présentés comme les nazis du XXIème siècle. Et on a eu droit évidemment au dessin ignoble de Plantu qui devient maintenant le porte-parole officiel et soft de l’antisémitisme. Le 30 mars dernier les Gazaouis ont entrepris une marche symbolique dite Marche du retour. L’idée était de pénétrer en Israël et de revendiquer les terres qui selon eux ont été volées aux Palestiniens depuis 1948, mais aussi de rendre hommage à leurs morts de 1976. Plusieurs milliers de marcheurs, guidés par le Hamas, se sont alors massés à la frontière israélienne et se sont mis à provoquer l’armée israélienne, jusqu’à obtenir ce qu’ils étaient venus chercher, des morts : les femmes et les enfants d’abord. Pour l’instant on compte 16 morts. Mais parmi ces 16 morts, au moins 10 ont été identifiés comme des « terroristes » ou comme faisant partie de la branche armée du Hamas, ce qui vient jeter un doute sur le caractère pacifique de cette marche[1]. Plus basiquement les militaires israéliens ont empêché les marcheurs du Hamas de franchir la frontière. Ce énième épisode a déclenché comme il fallait s’y attendre une polémique féroce.

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 

    10 morts du Hamas identifiés 

    La position du Monde est assez bien représentée par le dessin de l’antisémite Plantu qui ne veut voir dans cette marche organisée par le Hamas qu’une marche pacifique de pauvres gens spoliés de leurs maisons à laquelle ils avaient un droit bien légitime. Vu la récurrence des dessins antisémites de Plantu, il faut bien croire que Le monde partage cette ligne politique. Et d’ailleurs les articles de fond de ce journal

    Personne ne semble vouloir se poser les bonnes questions, il y en a au moins deux :

    - tout d’abord comment se fait il que ce soit d’abord des membres de la branche militaire du Hamas qui ait été tués ?

    - ensuite, pourquoi lors de cette marche on mettait des enfants en avant ?

    Les réponses deviennent pourtant évidentes dès qu’on réfléchit un peu. Le Hamas cherchait à obtenir des morts et si possible des enfants morts, ce qui fait toujours un meilleur effet pour la propagande vers les Occidentaux. On oublie du même coup que cette marche se faisait comme d’habitude aux cris de « Kill the Jews ». On oublie aussi que le Hamas n’a jamais modifié son programme : chasser les Juifs d’Israël[2]. Et puis surtout on oublie que si Israël a fait usage des armes, c’est pour répondre aux attaques des « marcheurs » qui ont lancé des cocktails Molotov, et pour les empêcher de pénétrer en Israël. Contrairement aux pays européens, Israël ne vit pas, ne peut pas vivre quelques heures seulement en laissant ses frontières ouvertes.

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 

    A gauche le dessin de Plantu suite à la marche du 30 mars, à droite un vieux dessin dénonçant la lâcheté des colons israéliens qui protègent le vol des terres derrière l’armée 

    Comme un réflexe pavlovien, la gauche a emboîté tout de suite les positions du Hamas. Médiapart dont on connait bien maintenant les positions pro-islamistes, a entonné le vieux refrain des Juifs qui entameraient un génocide des Palestiniens comme eux ont souffert du génocide nazi[3]. Mélenchon s’y est mis aussi, en twittant sur « l’assassinat des marcheurs palestiniens – sous-entendus pacifiques », mettant en avant « la cruauté sans borne de l’Etat israélien », et demandant l’envoi des Casques bleus dans la région. Sur cette question où il est traditionnellement en position de faiblesse, il s’est un peu plus déconsidéré en avançant qu’Israël était le seul responsable de cette tuerie, dédouanant de fait le Hamas. On l’a trouvé moins attentif au sort des Kurdes dans le nettoyage ethnique en court à Afrin. Du reste la gauche partage exactement la position d’Erdogan sur cette question. Le dictateur Erdogan qui lui franchit les frontières pour faire un vrai génocide de Kurdes, a lui aussi fait la leçon à Israël, avançant que l’usage de la force par Tsahal était disproportionné et qualifiant Netanyahou de terroriste[4]. La gauche est toujours plus prompte à se mobiliser contre Israël qui défend ses frontières que contre les exactions de la Turquie qui les viole.

      

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

    Evidemment mettre l’accent sur les morts interdit tout débat de fond sur la question. S’il y a des morts, c’est bien qu’Israël est coupable, et cela suffit à la gauche, aux fascistes et autres antisionistes de profession. L’ignoble Piotr Smolar, accoutumé à faire la propagande anti-israélienne, parle dans Le monde d’une marche du désespoir, comme si l’idée d’une provocation du Hamas ne lui était pas venue à l’idée. Cet individu, coutumier des articles pro-palestiniens – ça va avec Plantu me direz-vous – considère que ceux qui parlent de provocation sont seulement les Israéliens de l’extrême-droite du type Lieberman[5]. Il suppose que si la colère des Gazaouis est légitime, il est tout autant légitime qu’elle se transforme en une revendication territoriale, un retour sur les terres des ancêtres. Je ne suis pas le seul à souligner la malhonnêteté de ce journaliste. Il s’était fait agrafer à propos de ses comptes rendus sur les portiques qu’Israël voulait installer au Mont du Temple[6]. Sans doute ce journaliste français d’origine polonaise a-t-il tété le lait de l’antisémitisme très jeune, il a appris son métier à Moscou ! Mais enfin personne au Monde ne songerait à y voir un rapport avec l’orientation de ses articles. Le lendemain, il remettait le couvert, et dans un article assez spécieux[7], il tentait de démontrer que la marche organisée par le Hamas ne pouvait être que pacifique. En filigrane cependant, il admettait que le Hamas voulait bien avoir des morts pour faire avancer sa cause. Piotr Smolar évoque aussi sans donner beaucoup de précision le fait qu’un membre de l’organisation militaire du Hamas a tiré à balle réelle vers les militaires israéliens et a ensuite été tué. Egalement il fait état d’une fillette de 7 ans qui aurait été envoyée par le Hamas pour traverser la frontière. Comme on le voit, même dans l’article embrouillé d’un ferme soutien à la cause palestinienne, il semble bien qu’il y ait eu des provocations générées par le Hamas. Mais quoi d’étonnant quand on sait que le Hamas est en perdition à Gaza et qu’il a besoin de reprendre les choses en mains pour montrer que si les Gazaouis vivent dans la misère, cela n’est pas la conséquence de sa gestion, mais uniquement de la faute des autorités israéliennes. Même Piotr Smolar s’en est rendu compte et l’énonce dans un article intitulé Affaibli, le Hamas soutient le mouvement de protestation civile, publié dans Le monde daté du 4 avril 2018, mais non mis en ligne. 

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 

    Lors de la marche du 30 mars, les enfants et les femmes sont en première ligne 

    Piotr Smolar ne dénonce jamais les coups de pub des Palestiniens. C’est ce qu’on voit quand il fait le compte rendu du procès de Ahed Tamimi qu’il regarde uniquement comme un acte de courage[8], comme si de gifler un soldat qui ne peut pas répondre relevait du courage, surtout quand ce geste est mis en scène et filmé[9]. Que la gauche se joigne à cette mascarade et soutienne le panislamisme est confondant, mais explique certainement aussi pourquoi elle perd de plus en plus de crédibilité dans l’opinion publique. La cause palestinienne est un combat qui la dépasse, un terrain sur lequel ses connaissances sont prises en défaut continuellement. On remarquera que ce sont les mêmes qui soutiennent le retour des réfugiés palestiniens – et surtout de leurs descendants – qui dans un même mouvement soutiennent aussi les migrants. On peut penser qu’il s’agit là d’un élan de générosité selon lequel nous sommes tous les enfants d’une même terre, et que les frontières sont absurdes et n’amènent que des conflits. C’est la logique mondialiste si on veut, cette logique qui voudrait que s’il n’y a pas de frontière entre la France et l’Allemagne, et bien il n’y a plus de guerre. C’est le genre de raisonnement plus que simplet que nous vend l’Union européenne. Mais justement dans le cas du conflit israélo-palestinien, les frontières sont plus que nécessaires. Le Hamas est d’ailleurs lui aussi pour abolir les frontières entre les Territoires palestiniens et Israël, en espérant que cela lui permettra à terme d’en finir avec les Juifs. Pour cette raison, et quels que soient les errements des uns et des autres, la seule solution passe par deux Etats séparés, sécurisés et viables. C’est de ça que nous devons nous occuper si nous voulons que la cause de la paix avance un peu. Et qu’on ne vienne pas me dire que seuls les Israéliens sont responsables de ce blocage. Non seulement parce que le Hamas ne veut pas d’une solution à deux Etats, mais aussi parce que l’OLP a reconnu Israël très tardivement, et encore du bout des lèvres. Mais peu importe le passé finalement. Malgré toutes les déconvenues, cette solution est encore possible, parce que c’est la seule raisonnable aussi bien pour les Palestiniens que pour les Israéliens[10]. Je ne vois pas beaucoup d’hommes politiques français qui travaillent sérieusement sur cette idée, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition d’ailleurs. Les déclarations d’intention, il y en a beaucoup, mais elles ne s’appuient guère sur la réalité du terrain et à combattre les idées reçues en la matière. Par exemple ce qu’on oublie le plus souvent, c’est que les Israéliens et les Palestiniens de Cisjordanie travaillent très souvent ensemble, je ne parle même pas des Arabes israéliens. Ce qui veut dire qu’ils se connaissent très bien et que les solutions sont à portée de main. Les Occidentaux feraient un grand pas en avant s’ils cessaient de regarder Israël comme le seul responsable des blocages à la mise en œuvre notamment parce qu’ils colonisent une terre qui ne leur appartiendrait pas. On sait très bien que cette colonisation peut s’achever si un plan de paix global est accepté, par exemple dans un échange de territoires entre Israël et le futur Etat palestinien, même si les extrémistes ne le souhaitent pas. Mais les Palestiniens sont-ils prêts à gérer un Etat moderne, avec tout ce que cela implique ?

    Un mouvement qui doit durer 6 semaines  

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

    Le 6 avril les Palestiniens du Hamas ont recommencé à se masser à la frontière de Gaza. Cette Marche du retour doit durer en tout six semaines. Elle est supposée dénoncer la confiscation des terres par Israël, et donc signifier que les Palestiniens reviennent sur les lieux dont ils ont été chassés en 1948. Evidemment cette idée ne tient pas trop debout parce que ces Palestiniens qui manifestent n’ont pas trop l’âge d’avoir été chassé. Ce n’est pas trop crédible. Mais ce qui est crédible, c’est d’obtenir des morts et des blessés. Le 6 avril donc, il y a eu de nouveau des morts et des blessés. Mais on sent maintenant que l’opinion, si elle n’est pas favorable à Israël, se montre pour le moins septique sur les intentions du Hamas. The times of Israël soulignait comme la plupart des journaux que la mobilisation palestinienne s’essoufflait[11]. Sans doute parce que les buts du Hamas apparaissent assez peu clairs. Au-delà du fait que les morts et les blessés sont là pour démontrer qu’Israël est mauvais, ils veulent aussi pouvoir montrer qu’ils sont capables d’enfoncer les frontières. Et si les frontières n’existent plus, Israël n’existent pas non plus. Tous les blessés et les morts ont été touchés alors qu’ils tentaient de franchir la frontière, toujours en envoyant en avant des enfants. Il y a eu donc 9 morts et 250 blessés, soit deux fois moins que le vendredi précédent. On peut donc supposer que c’est là la preuve d’un certain essoufflement.

    L’apogée de ce mouvement doit intervenir dans un mois pour la célébration du 70ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Les dirigeants du Hamas espéraient à ce moment-là pouvoir mobiliser un million de personnes, un objectif qui parait très difficile à atteindre en regard de la mobilisation du 6 avril. D’autres en Israël ont avancé que le but de ces marches était d’introduire des terroristes de façon à pouvoir commettre par la suite de nouveaux attentats, mais c’est difficile à vérifier. Piotr Smolar reconnait cependant qu’en brulant des pneus, les Palestiniens cherchaient effectivement à pénétrer en Israël en se cachant derrière la fumée ainsi dégagée[12].

    L’opinion internationale est également en train de s’essouffler à soutenir la cause palestinienne, même Piotr Smolar très pro-palestinien semble sceptique sur les buts réels du Hamas. Sans doute comprend-elle, même si c’est tardivement, que le Hamas règle des problèmes politiques en comptant ses martyres. Ce scepticisme est assez visible dans le compte rendu de RFI[13]. Pourquoi cette quête morbide sans que quelque embryon de solution ne soit sérieusement avancé ?  L’Humanité, journal du Parti communiste et soutien récurrent de la cause palestinienne ne donnait le 7 avril strictement aucune information à la une de son site Internet sur les affrontements de la veille. N’est-ce pas une manière indirecte de l’opinion pro-palestinienne de condamner les actions du Hamas ? Les comptes rendus de Libération ont également été plutôt très sobres, assez peu impliqués, alors que ce journal est généralement prompt à appuyer sur la corde sensible. Bref si la semaine dernière le Hamas semblait avec ses morts avoir marqué des points, il semble qu’aujourd’hui ce soit le contraire et que plus personne ne comprenne cette obstination mortifère. 

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 



    [1] https://fr.timesofisrael.com/au-moins-10-des-16-morts-a-gaza-etaient-membres-de-groupes-terroristes/

    [2] https://fr.timesofisrael.com/hamas-le-coran-nous-ordonne-de-renvoyer-les-juifs-de-la-totalite-de-la-palestine/

    [3] Une page du blog d’Abdourahmane a été publiée le 1er avril sur ce thème, puis ensuite enlevée. Son titre était Israël poursuit la Shoah des Palestiniens.

    [4] http://www.rtl.fr/actu/international/tensions-entre-gaza-et-israel-erdogan-accuse-netanyahu-d-etre-un-terroriste-7792862339

    [5] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/03/31/a-la-frontiere-de-la-bande-de-gaza-une-grande-marche-du-retour-pacifique-mais-meurtriere_5278985_3218.html

    [6] https://www.dreuz.info/2017/07/25/piotr-smolar-envoye-du-monde-a-jerusalem-repond-aux-questions-des-lecteurs-et-dreuz-a-fact-checke-ses-reponses/

    [7] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/04/03/autopsie-d-une-marche-du-retour-meurtriere-a-gaza_5279767_3218.html

    [8] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/02/13/le-proces-de-l-adolescente-palestinienne-ahed-tamimi-s-ouvre-a-jerusalem_5256185_3218.html

    [9] http://in-girum-imus.blogg.org/la-vie-moderne-d-ahed-tamimi-sous-les-projecteurs-a135351064

    [10] Shaul Arieli, « La solution à deux États est encore possible », Politique étrangère 2014/3 (Automne), p. 79-93.

    [11] https://www.timesofisrael.com/idf-says-it-thwarted-hamas-prevented-victory-picture-of-breached-border-fence/

    [12] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/04/06/nouvelle-journee-de-sang-a-gaza-le-long-de-la-frontiere-avec-israel_5281948_3218.html

    [13] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180406-marche-retour-nouveaux-heurts-frontiere-gaza-israel

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  •  Les cheminots et le mouvement social

    La mobilisation des cheminots a été très forte. Et même si d’autres secteurs d’activité participent à ce mouvement printanier des plus légitimes, c’est bien la durée de cette contestation qui inquiète sérieusement Macron et son collaborateur Philippe. Evidemment, de nombreux usagers souffrent le martyre à cause de ce blocage. Et naturellement le couple infernal de l’exécutif tente de jouer l’opinion contre les cheminots. Mais même Le monde est en train de se rendre compte comme la une du 5 avril le suggère qu’il s’agit d’un combat douteux. En effet les défenseurs de la SNCF et du service public ont eu le temps de justifier le refus de la réforme rétrograde emmenée par Macron en trois points fondamentaux :

    1. le statut des cheminots n’est pas aussi avantageux qu’on le dit, en tous les cas il n’empêche pas la SNCF de dégager des bénéfices importants, en 2017, ils s’élevaient à 1,3 milliards d’euros ;

    2. la dette ne provient pas de la SNCF elle-même, mais de RFF, Réseau Ferré de France, la filiale chargée de la gestion et de l’entretien du réseau. Cette dette est effectivement très élevée, elle s’élève à 47 milliards d’euros – ce qui représente en réalité à peine 2 ans de CICE, ces cadeaux faits au patronat sous l’impulsion de leur porte-parole Macron lorsqu’il était au gouvernement. Mais la moitié de cette dette date de la Libération et n’a jamais été apurée par l’Etat, contrairement à ce qu’ont fait les Allemands, et l’autre moitié provient du surdimensionnement des projets de lignes, notamment des TGV qui ont été développés avec des contrats douteux qui permettaient des dépassements nombreux et variés. Là encore, le statut des cheminots ne saurait être tenu pour responsable de ces dérives ;

    3. enfin, il apparait très clairement que l’introduction de la concurrence sur le réseau – donc une privatisation larvée du service public – aboutira certainement à une hausse des tarifs et à la fermeture des petites lignes non-rentables. Le cas anglais est catastrophique, et tout le monde le sait, malgré les imperfections de la SNCF qui le plus souvent sont dues à des nécessités comptables qui ont empêché cette entreprise d’investir correctement.

    L’argument selon lequel cette évolution est dictée par l’Union européenne et les traités ne tient pas debout. Il suffit de refuser de s’aligner sur la substitution des marchés à la loi et à l’Etat. La Commission européenne n’a aucun moyen de pression sérieux contre la France. On a vu Philippe et l’abominable Borne, ministre des transports assurer que la réforme était nécessaire, mais pourquoi, on en l’a pas compris.  

    Les cheminots et le mouvement social

    Dans cette situation politique des plus confuses, la bataille de l’opinion devient décisive. Mais voilà, l’opinion publique semble ne pas suivre Macron et Philippe, bien au contraire. Médiapart faisait état d’un sondage de M6 selon lequel 69% des Français pensaient que les cheminots l’emporteraient dans ce bras de fer contre Macron[1]. Je crois que ce sondage est un peu douteux, mais en tous les cas il confirme un retournement de l’opinion, puisque jusqu’à ce que le mouvement de grève s’enclanche, on avait plutôt 60 à 70% des sondés qui disaient souhaiter la fin du statut des cheminots[2]. Mais un autre sondage en direct organisé par Le Point, journal phare de la droite macronienne, allait aussi dans le sens d’un soutien de l’opinion aux grévistes. Au 4 avril 2018, soit au lendemain de la première journée de grève, les résultats étaient les suivants :

     Les cheminots et le mouvement social 

    Les sondages ne sont que des sondages bien sûr, mais en tous les cas il parait de plus en plus difficile au gouvernement, malgré les relais de l’ensemble des médias, de faire croire que la grève est impopulaire. Le réactionnaire Plantu qui devient le vieux con de service de la Macronie, a publié deux dessins abjects pour tenter de discréditer le mouvement. Dans le premier dessin, on voit un Français qui quitte la France pour échapper à la galère des grèves à répétition. On dirait du BFM qui le 3 avril allait sans surprise interviewer un touriste américain pour dénoncer les abus de la grève, et surtout ne pas parler des raisons qui poussent les cheminots à lancer un mouvement qui leur fera perdre nécessairement de l’argent.  

    Les cheminots et le mouvement social

    Le second dessin tout aussi odieux enjoignait au couple macron-Philippe de choisir entre les grévistes et les usagers. C’est tout juste s’il ne demandait pas l’envoi des CRS pour bastonner cette engeance qui doit sans doute perturber son trajet entre la banlieue et Paris. Fort opportunément sur les réseaux sociaux on s’est mis à rappeler la petite phrase de Macron selon laquelle « une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien, parce que c’est un lieu où on passe, un lieu que l’on partage (…) ». Phrase qui l’avait classé directement dans les rangs de la droite la plus réactionnaire.    

    Les cheminots et le mouvement social

    Si on devait mesurer la popularité de la grève, on pourrait prendre comme indice le fait que la cagnotte destinée à venir en aide aux cheminots a déjà rassemblé plus de 200 000 €, chiffre qui a doublé en une journée, chiffre relevé le 4 avril à 15 h 30[3]. C’est un très grand succès, et on s’attend à ce que ce chiffre monte encore bien plus haut dans les heures qui viennent.

    En vérité, si le mouvement des cheminots n’est pas impopulaire, c’est bien la faute du climat social qui règne en France en ce moment. En effet, comme nous l’avons vu, il y a beaucoup de mouvements sociaux durs[4], c’est la conséquence du ressentiment général des salariés envers ce « gouvernement des riches ». Et donc par transfert ceux qui souffrent de la dégradation de leurs conditions de travail comprennent tout à fait les inquiétudes pour ne pas dire plus des cheminots. La suppression de l’ISF, le CICE et bien sûr les réformes arrogantes du droit du travail sont très mal passées. Cela ne veut pas dire pour autant que les conflits vont durer ailleurs et se coaguler. Il est assez plaisant d’ailleurs de voir Richard Ferrand, ancien socialiste en peau de lapin comme on disait et chef du troupeau des députés macroniens qui votent tout ce qu’on leur dit de voter, demander à ceux-ci d’aller parler aux cheminots pour les convaincre que la réforme est dans leur intérêt[5]. Comme ils ne sont pas fous, ils n’iront pas, les crachats virtuels leur suffisent ! Toujours dans le même ordre d’idée voilà le malheureux Gabriel Attal qui s’est fait remarquer en fustigeant « la gréviculture » des Français. Cette imbécilité qui fleure bon son XIXème siècle a été vivement dénoncée pour ce qu’elle est. Et on a eut vite fait de rattacher ce langage à l’extrême-droite anti-dreyfusarde, langage repris par le syndicat jaune, la CFDT[6].

    Macron et son collaborateur se trouvent maintenant devant un choix très difficile, mais c’est le résultat de leur incompétence et de leur arrogance qui vise toujours à rabaisser un peu plus les salariés. Soit ils vont jusqu’au bout au risque non seulement que le conflit se durcisse, mais aussi au risque que cela donne de nouvelles idées à d’autres travailleurs, soit ils reculent, mais dans ce cas on peut dire qu’ils sont politiquement morts tous les deux. Il est donc probable qu’ils vont tenter d’aller jusqu’au bout. Mais qu’ils gagnent ou qu’ils perdent la bataille du rail, ils se sont d’ores et déjà classés comme le pire de la droite affairiste. Ils ne s’en relèveront pas.



    [1] https://blogs.mediapart.fr/brigitte-pascall/blog/040418/69-des-francais-pensent-que-les-cheminots-sortiront-vainqueurs-des-greves-en-cours

    [2] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/sncf-les-francais-plebiscitent-la-fin-du-statut-de-cheminot-sondage-769981.html

    [3] http://www.sudouest.fr/2018/04/04/sncf-une-cagnotte-de-soutien-aux-grevistes-depasse-194-000-euros-4343037-10407.php

    [4] http://in-girum-imus.blogg.org/faire-la-greve-au-printemps-a141007638

    [5] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/04/03/25001-20180403ARTFIG00221-allez-voir-les-cheminots-la-consigne-de-richard-ferrand-aux-deputes-larem.php

    [6] https://www.marianne.net/politique/aux-origines-de-la-greviculture-cherie-par-gabriel-attal-un-contre-revolutionnaire-et-le

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  •  Faire la grève au printemps

    Macron aura au moins réussi une chose dans son quinquennat, redonner aux français le goût de faire grève. Bien que les médias dominants n’en parlent guère, sauf pour casser du sucre sur le dos des cheminots, il y a énormément de grèves en ce printemps 2018. Il y en a de partout. Dans transports, la SNCF, le transilien, ici l’enjeu n’est pas le statut des cheminots, mais bien la privatisation de la SNCF vendue à la découpe sans raison autre que de faire plaisir aux amis de la finance et à la Commission européenne. La grève des cheminots s’annonce dure et longue, et cela malgré la traitrise de FO et de la CFDT.

    Les facteurs de l’Ille-et-Vilaine sont en grève depuis le début de l’année 2018. Ils protestent contre la réorganisation du travail qui vise non seulement à accroître la productivité, mais aussi à supprimer des emplois[1]. Il s’agit là aussi d’une grève dure. Elle vient d’être reconduite. Mais le durcissement de la grève des postiers répond au durcissement de la direction, qui non seulement ne veut rien négocier, mais assigne son personnel en grève en justice pour « entrave à la liberté du travail ». La Poste a été d’ailleurs condamnée pour entrave au droit de grève. C’est une première victoire pour les postiers[2]. Les facteurs de la Gironde ont aussi emboîté le pas. Ils sont en grève depuis pratiquement un mois pour les mêmes motifs que ceux de Rennes[3]. Les postiers des Hauts-de-Seine également.  

    Faire la grève au printemps

    Tous ces mouvements sont la conséquence de la conduite déraisonnable des affaires de l’Etat par Macron qui représente en effet une droite dure, revancharde, crispée sur l’obsession de faire baisser les salaires et de casser toute velléité de rébellion. Depuis presqu’un an que Macron a été élu, il s’est révélé comme le président le plus à droite depuis le Maréchal Pétain, prétendant aligner la France sur un modèle social et économique dont elle ne veut pas. L’anniversaire de son arrivée malheureuse à l’Elysée va coïncider avec le cinquantième anniversaire de Mai 68, mais aussi sûrement avec l’apogée du mouvement de grève. Macron voudrait bien avec son ami Cohn-Bendit nous persuader que Mai 68 se résumait à des revendications de type sociétales, plus de liberté de parole, plus de liberté sexuelle. Mais non, Mai 68 a été aussi et d’abord la plus grande grève ouvrière de toute l’histoire de la France. Pour les plus jeunes, il faut rappeler que quelques mois avant ce mouvement large et peu contrôlé, le gouvernement de Pompidou, un autre banquier qui rêvait d’ailleurs lui aussi de privatiser la Sécurité sociale, avançait qu’on ne pouvait pas augmenter les salaires de 5% parce qu’on risquait de tuer la compétitivité de l’économie française – air connu. Et pourtant après la vaste mobilisation de Mai 68, les salaires augmenteront de 15 à 20 % et le SMIG – qui n’était pas encore le SMIC – augmenta quant à lui de 40%, ce qui par ailleurs donna un formidable coup de fouet à l’économie française. Certes Macron est bien trop jeune pour s’intéresser à tout cela. Avant qu’il n’y renonce, on lui prêtait l’intention de commémorer ce grand mouvement pourtant très à gauche de la gauche[4]. Le simple fait qu’il ait avancé cette idée stupide prouve d’ailleurs son degré de confusion[5]. Mais la jeunesse n’excuse pas l’ignorance. Cet homme pressé est en train de mettre la France à genoux avec ses réformes incessantes et sans but autre que de soutenir les revenus du capital. Les Français sont vraiment très las de l’activisme de Macron qui semble confondre volonté politique et entêtement imbécile[6] et qui croit que la France lui appartient au point qu’il veuille la vendre par morceaux aux Chinois, aux Allemands, aux Italiens, le capitalisme n’ayant pas de frontières. On lui prête des ambitions internationales, notamment celles de réformer l’Union européenne, pourtant c’est bien à l’intérieur de nos frontières qu’il va probablement échouer, parce que les réformes macroniennes ont plombé le pouvoir d’achat et qu’elles laissent les salariés de plus en plus démunis face aux transformations qui s’accélèrent dans le monde de l’entreprise. 

    Faire la grève au printemps  

    Les grève sont multiples dans leurs revendications. Déjà dans plusieurs villes, en Avignon, dans le Val de Marne, les éboueurs font des grèves dures depuis plusieurs mois, mais à partir du 3 avril, la grève des éboueurs va devenir une grève nationale illimitée[7]. Parmi les mouvements les plus spectaculaires il y a la grève chef Carrefour qui a démarrer officiellement le 31 mars et qui est très suivie, même Le monde s’en est aperçu[8]. Les motivations sont encore les questions de l’emploi, Carrefour veut se séparer de 2400 emplois, mais aussi la question des salaires. De très nombreux salariés de Carrefour n’ont pas un travail à plein temps. On voit que dans le cas de la Poste et de Carrefour, la modification du droit du travail voulue par Macron, lorsqu’elle s’ajoute à l’évolution technologique qui accroit la productivité des salariés, produit des déflagrations de grande ampleur. Il est très douteux que le chômage continue à baisser dans ces conditions. Le plus probable est au contraire que les mesures macroniennes vont engendré une récession au second semestre 2018, et donc une remontée du chômage.  

    Faire la grève au printemps

    Les personnels gaziers et électriciens sont aussi appelés à faire grève à partir du 3 avril. Le mouvement est aussi annoncé comme illimité dans le temps. Ici les motifs sont un petit peu différents et ne portent pas sur les salaires, mais plutôt sur la défense du service public, et donc la question de la privatisation graduelle d’EDF. D’autres mouvements de grève sont annoncés : Air France par exemple, à partir du 3 avril, avec une grève reconduite le 7 avril, onze syndicats ont appelé à la mobilisation avec en ligne de mire une augmentation des salaires[9]. France Télévision où la reprise en main par les sbires de Macron est très incomplète, appelle également à la grève à partir du 4 avril.

    A cela s’ajoute l’idée dune grève nationale le 19 avril, avec l’idée de faire converger les luttes comme on dit. Les fonctionnaires qui sont, comme les retraités, les plus maltraités par les gouvernements successifs, se joindraient ainsi au mouvement d’ensemble, ainsi que les personnels du secteur de la santé qui souffrent beaucoup des successions de réformes ininterrompues depuis des années, mais la CGT espère bien aussi que les salariés du privé, notamment dans les banques et le BTP seront aussi présents. Comme c’est la CGT qui lance cette idée, Jean-Claude Mailly qui est devenu l’allié préféré de Macron maintenant, va sans doute décliner l’invitation, et il est très probable que Laurent Berger, habitué à voir son syndicat se coucher, fera de même. 

    Les responsabilités de Macron et de son gouvernement 

    La grève a un coût monétaire très élevé, les salariés qu’ils soient de Carrefour ou de la SNCF, ou encore éboueurs n’y vont pas de gaieté de cœur, il faut comprendre qu’ils se sentent acculés et méprisés par ce gouvernement. Pour l’ensemble de l’économie française ce sera plusieurs milliards de perdus, la faute ne saurait en être imputée aux salariés ou à leurs syndicats. Il faut regarder plutôt du côté de l’oligarchie et de ses représentants.

    Macron s’est lancé dans ses réformes tout azimut sans beaucoup de précautions, pensant assommer d’un seul coup d’un seul la révolte des gueux. Et si le mouvement de grève est aussi important en ce printemps, ce n’est pas seulement parce que celui-ci participe de la déflation salariale réclamée conjointement par le patronat et la Commission européenne, mais aussi parce qu’il est apparu rapidement comme le président des riches dont l’arrogance est aussi forte que son manque total de compassion pour les plus faibles et les plus démunis. Voir les ministres de Philippe, notamment la très riche Pénicaud[10], avancer qu’ils assument leurs réformes iniques renforcent évidemment l’idée d’un gouvernement et d’un président au service exclusif des riches et du patronat. Macron a parlé de « premiers de cordées » pour justifier les cadeaux – on peut parler de transferts de richesse des plus pauvres vers les plus riches – faits au 1% les plus riches, comme si seuls les très riches avaient une utilité véritable dans l’économie[11]. Il s’est même dit très fier de ce vocabulaire. Le cuistre aime à se donner des satisfécits, ça ne lui coûte rien, mais ça crispe un peu plus le peuple contre lui. Pour le ramener à la réalité rappelons lui que Premier de cordée est aussi un film, inspiré de l’œuvre de Frison-Roche, mais réalisée par un communiste, Louis Daquin ; il réalisera pour la CGT un documentaire sur la grande grève des mineurs de 1948[12]. Bien que Macron, Philippe et Pénicaud aiment à répéter jusqu’à la nausée la locution « j’assume », cela ne les rend pas plus sympathiques pour autant, c’est même l’inverse. Ils sont en train de ranimer clairement l’esprit de la lutte des classes dont ils pensent sortir vainqueurs. Leur méchanceté n’a d’égale que leur bêtise. Ils appartiennent déjà au passé comme des figures de cire du XIXème siècle, ils sont morts même s’ils ne le savent pas encore.

    Faire la grève au printemps   

    Mais critiquer Macron et ses sbires ne nous suffit pas, ne peut pas suffire. S’il se sent aussi sûr de lui c’est d’abord parce qu’il n’y a pas, en ce moment, d’opposition réelle à son entreprise de destruction massive de ce qu’il reste de la France et du modèle français. Alors que les trois quarts des Français se disent ouvertement hostile à la politique macronienne[13], il n’y a pas de parti d’opposition, ni même de coordination syndicale, capable de résumer cette colère. Sans doute est-ce la faute des Français qui attendent trop des partis et de leurs leaders pour incarner leurs luttes et qui tardent donc à se mettre en mouvement d’une manière autonome. Cette passivité est d’autant plus dommageable que ces fameux leaders ne savent pas très bien ce qu’ils doivent faire, et sont hésitants sur à peu près tout : par exemple, alors que Macron détruit le modèle social français au nom des directives européennes, les syndicats ne disent rien justement de l’Union européenne et des raisons qui poussent celle-ci à réclamer toujours plus d’austérité. Il faut sortir de ce cercle infernal de la déflation salariale. Mais pour cela il faut reprendre les choses en mains. La première étape est de retrouver une combattivité offensive et non plus seulement défensive. Les grèves doivent durer car c’est dans ces moments que les revendications se transforment et que le lien social se réinvente : la mondialisation est aujourd’hui à bout de souffle et ne produit plus rien d’autre que la misère un peu partout. La grève est le seul moyen de mettre en œuvre le principe de solidarité contre les débordements de l’individualisme. Et puis c’est la seule manière de faire reculer ce gouvernement ultra-droitier. Toutes les grèves doivent être soutenues et se fondre dans un mouvement commun qui puisse dépasser les simples revendications matérialistes et transformer la société dans un sens positif.  

    Faire la grève au printemps

    Les médias soutiens de la politique réactionnaire de Macron mettent, bien naturrellement, le paquet pour tenter de discréditer le mouvement. La une du Journal du dimanche tentait de présenter le mouvement non pas comme une coagulation de grèves diverses et variés dans tout le pays, mais comme répondant aux simples injonctions d’un chef séditieux et irresponsable, Philippe Martinez. C’est pourquoi le Journal du dimanche fait comme si seule la grève de la SNCF existait, le but étant de l’isoler des autres mouvements. Mais il ne pouvait pas cacher que les Français sont de plus en plus nombreux à soutenir une grève que Macron croyait sans doute plus impopulaire qu’elle n’est. Il faut s’attendre dans les jours qui viennent à une offensive très large des médias pour mettre l’accent sur les embarras que les populations rencontreront à cause du mouvement de grève dans les transports, et donc pour tenter de montrer que la grève de la SNCF est un mouvement à part, différent de tout ce qui se passe à La Poste, à Carrefour ou chez les éboueurs. Notre tâche à l’inverse est de montrer que toutes ces grèves sont de même nature, vont dans le même sens et doivent être soutenus sans exception. 

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    [1] https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/greve-des-facteurs-nouveau-rassemblement-prevu-le-20-fevrier-rennes-5561270

    [2] https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/rennes-face-aux-grevistes-poste-condamnee-2500-euros-1435275.html

    [3] http://www.sudouest.fr/2018/03/27/gironde-les-facteurs-en-greve-depuis-trois-semaines-recus-a-la-prefecture-4319111-2780.php

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/danielle-tartakowsky/pourquoi-emmanuel-macron-veut-celebrer-mai-68-et-pourquoi-cela-fait-tant-reagir_a_23264188/

    [5] http://lelab.europe1.fr/finalement-emmanuel-macron-ne-commemora-pas-mai-68-3483626

    [6] https://www.huffingtonpost.fr/isabelle-this-saint-jean/le-soi-disant-volontarisme-de-macron-un-an-apres-les-francais-nen-peuvent-plus_a_23398278/

    [7] https://www.francetvinfo.fr/economie/greve/marseille-les-agents-de-la-collecte-et-du-traitement-des-dechets-appeles-a-la-greve-illimitee-des-le-3-avril-par-la-cgt_2680676.html#xtor=CS2-765-[facebook]-

    [8] http://www.lemonde.fr/emploi/article/2018/03/31/greve-a-carrefour-300-magasins-touches-selon-les-syndicats_5279143_1698637.html

    [9] https://www.francetvinfo.fr/economie/greve/greve-des-transports/greve-a-air-france-de-nombreux-vols-annules_2681962.html

    [10] L’ignoble Pénicaud avançait que l’argent qu’elle allait gagner grâce à la réforme fiscale voulue par Macron, elle le réinvestirait pour le bien de tous. Mais on peut dire aussi que toutes les augmentations de salaires ou de retraite qu’on arrachera à ces gens d’en haut, on le réinvestira dans un fonds d’investissement pour améliorer l’état de l’économie. Et c’est vrai puisqu’en général les gains des petites retraite sou des petits salaires ne partent pas dans les paradis fiscaux, mais vont à la consommation, donc soutiennent l’économie. http://www.ledauphine.com/france-monde/2018/01/04/reforme-de-l-isf-muriel-penicaud-va-economiser-62-000-euros

    [11] https://www.marianne.net/politique/dans-le-vocabulaire-de-macron-riche-se-dit-premier-de-cordee-et-les-chomeurs-sont

    [12] Le documentaire s’intitule La grande lutte des mineurs et peut être vu à cette adresse : https://www.cinearchives.org/Catalogue-d-exploitation-494-149-0-0.html Le film est commenté par Roger Vailland, écrivain communiste et grand ami de Louis Daquin.

    [13] https://www.ouest-france.fr/politique/trois-francais-sur-quatre-jugent-injuste-la-politique-du-gouvernement-5637955

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