•  Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Raphaël Liogier fait partie de toute une clique d’intellectuels qui ont construit leur carrière sur la négation de la réalité. Officiellement ces personnages semi-instruits sont des « scientifiques », c’est eux-mêmes qui le prétendent, mettant en avant leurs titres universitaires comme une preuve, et donc ils sont sensés appuyer leurs dires sur des chiffres vérifiables et sur des faits avérés. Mais il n’en est rien, ils sont véritablement la pointe avancée de la justification du développement d’un islam agressif qui transforme peu à peu l’environnement sociale et politique au point de redéfinir la république, la laïcité et l’ensemble des liens sociaux. Ils sont toute une cohorte comme cela, payés souvent par l’Etat dans des officines où ils peuvent à l’abri des regards propager leur savoir. Ils sont très bien implantés dans ces lieux curieux que sont les IEP où la propagande bat son plein d’autant plus facilement qu’elle s’exerce sur des cerveaux jeunes et assez peu critiques. Il y en a toute une kyrielle, les frères Fassin, François Burgat, Raphaêl Liogier, et quelques autres encore qui ont accès aux médias et aux grandes maisons d’édition. Ils rejoignent souvent la cause palestinienne comme Pascal Boniface, à l’occasion ils sont antisémites et assez peu concernés par Charlie, au fil des années ils en sont même venus à dénoncer les hommages rendus à ces malheureux journalistes assassinés. En vérité le niveau de leur recherche est celui d’un Plenel par exemple qui avait écrit Pour les musulmans, un essai sur la nécessaire allégeance de l’Occident aux valeurs de l’Islam[1]. Ces personnages caricaturaux semblent sortir tout droit de l’ouvrage d’Houellebecq, Soumission[2].  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Ainsi on peut voir François Burgat aux côtés de Tariq Ramadan, le faux professeur en islamologie, ou encore Raphaël Liogier au congrès de l’UOIF. Les mêmes vont se retrouver ensemble pour faire soutenir la thèse de Nabil Ennasri à la gloire des Frères musulmans, thèse très controversée et jugée indigne d’un travail universitaire, mais agréée à l’aide d’un jury bricolé[3]. François Burgat s’est fait connaitre par ses posts antisémites sur les réseaux sociaux et son acharnement à vouloir démontrer que la violence islamiste n’avait aucun rapport avec l’islam, mais n’était que la conséquence de l’irrésolution des pays occidentaux[4]. L’ensemble de cette mouvance considère évidemment, comme Macron, que la laïcité appliquée en France est bien trop radicale et qu’elle vise à empêcher les musulmans d’exister dans leur foi. Ils signent volontiers des pétitions parce que leur titre de professeur dans les universités ou de chercheurs au CNRS donne un peu du lustre à cette démarche. Vous les verrez fanfaronner à coups de tribunes dans Le monde, Libération ou cet ubuesque hebdomadaire qui s’appelle Les inrockuptibles. Bien évidemment ils sont très souvent invités sur les plateaux de télévision et passent leur temps à donner des conférences. S’ils sont si nombreux, c’est parce qu’ils se reproduisent entre eux par le système bien connu de la cooptation universitaire qui fait de certaines universités ou IEP des bastions inexpugnables dans lesquels ne s’exprime qu’une seule voix – on a le même phénomène en « sciences » économiques, en sociologie et dans toutes ces disciplines assez mal définies qui oscillent entre la rigueur d’analyse et l’engagement politique. Ils sont tous fascinés par l’islam, certains comme François Burgat, un peu plus que d’autres. Ils ressemblent dans leur positionnement à ces anciens universitaires qui à la fin des années soixante étaient fascinés par la Chine et faisaient la promotion de cet exotisme. Cet attrait d’une réalité étrangère mythifiée est une constante dans l’université. On se souvient que Michel Foucault soutenait la révolution des ayatollahs qui en Iran soumettaient les femmes au port du voile d’une manière plus que violente[5]. De même aujourd’hui, on ne verra jamais Liogier, Burgat ou les frères Fassin, et bien sûr le journaliste Plenel, se porter au secours des femmes qui se dévoilent en Iran, ils préfèrent au contraire défendre le port du voile en France et en Occident comme une sorte de combat d’avant-garde dans la lutte pour l’égalité.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Voilà dans quel contexte le livre de Liogier est écrit et publié par Le seuil. Liogier qui n’a jamais eu le début d’une idée à lui, s’inscrit dans une mouvance finalement assez structurée dont il représente un condensé de lâcheté et de désinformation. Dès le début de cet ouvrage, Raphaël Liogier nous explique son but, démontrer que l’Islam n’est pas un problème, que la crainte de l’islamisation de l’Europe est seulement un fantasme et pas du tout à l’ordre du jour. C’est évidemment une tendance bien portée dans les milieux médiatiques et universitaires de tenter de démontrer que l’islamophobie ressort plutôt de la paranoïa que d’une réalité bien comprise. Le ton général de l’ouvrage va donc être que le peuple, tenté par le populisme de l’extrême droite à tort et qu’il faut l’éduquer, lui montrer grâce à une expertise certifiée qu’il se trompe. Liogier va donc s’autoqualifier d’expert en islamisme, ce titre ne lui sert à rien, sauf à disqualifier la parole d’autrui et à épater les gogos. C’est toujours un peu la même chanson qu’on entend depuis trente ans : le peuple n’aime pas l’Europe, n’aime pas l’Islam, n’aime pas la mondialisation, n’aime pas les réformes, non pas parce que l’Europe, l’Islam, la mondialisation et les réformes produisent un monde mortifère qui ne lui convient pas, mais parce que le peuple est un peu con. Liogier, lui, n’est pas con, ni paranoïaque, donc il sait que l’islamisation de l’Europe ça n’existe pas. Le discours dans son ensemble est toujours celui de l’élite autoproclamée contre le peuple ignorant et manipulé par les hordes fascistes. Il ne viendra jamais à l’idée de Liogier dont les capacités de réflexion nous apparaissent très limitées, que si les peuples se tournent vers les partis « populistes » - populiste est un gros mot dans la bouche de l’élite - c’est peut-être aussi parce que les autres partis sont sans réponse face aux problèmes que pose l’islam, la mondialisation, l’Europe ou les réformes libérales.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Liogier va donc tenter de démontrer par les faits que sa thèse est juste et que ceux qui parlent d’islamisation se trompent lourdement. Il va donc discuter des chiffres, non seulement en les tronquant, mais aussi en les choisissant de façon à faire tenir debout son discours. Par exemple, quand il essaie de montrer que le nombre de musulmans n’augmente pas en France et plus généralement en Europe, il va utiliser des chiffres d’avant 2015, soit avant la grande crise migratoire en Méditerranée. Or c’est bien sûr à partir de cette date que tous les pays européens se sont mis à avoir peur, disqualifiant les discours lénifiants des élites. Liogier ne discutera pas des affrontements quotidiens entre les migrants et les autochtones qui ont eu lieu en Italie ou en Allemagne. Pour lui la nuit de Cologne, ça ne lui dit rien du tout. Je ferais remarquer aussi que ce sont les attentats de novembre 2015 en France qui ont ravivé les peurs. Mais Liogier dissocie les événements, les saucissonne sans donner les raisons méthodologiques de cette attitude. Par exemple, il est incapable de comprendre le lien qu’il y a entre islamisation, immigration et mondialisation de l’économie. Il utilise donc des chiffres hâtivement bricolés, mais ne discute pas du rapport du Pew Research Center qui produit une analyse dynamique des conséquences des migrations sur la forme même de la société et donc sur le poids de l’islam en Europe[6]. Or ces chiffres sont considérés comme la référence la plus fiable, et ils sont à l’inverse plutôt alarmistes sur le plan démographique. Liogier tente donc de démontrer que non seulement les musulmans sont peu nombreux en choisissant les chiffres toujours les plus bas qu’il peut trouver, mais il va faire de curieux amalgames. Par exemple ils considèrent le nombre de musulmans par rapport aux Français, alors qu’il faut bien entendu considérer le nombre de musulmans par rapport au nombre de non musulmans en France, puisqu’un certain nombre de musulmans sont forcément français. Il fait la même chose pour les migrations. Donc il nous dira que le nombre des immigrés est stable depuis des années – ce qui était assez vrai avant la crise de 2015 qui a vu exploser le nombre de migrants illégaux – sans tenir compte du fait que le processus de naturalisation masque une grande partie de ce phénomène. Par exemple, si je dis qu’il a 250 000 migrants par an en France et que je rapporte ce chiffre aux 67 millions de la population française, je peux avancer que c’est assez peu. Mais si j’avance que ces 250 000 migrants arrivent toutes les années, il tombe sous le sens qu’en 10 ans c’est 2,5 millions et en 20 ans 5 millions. Et qu’en outre la croissance démographique étant plus forte pour les migrants et leurs descendants que pour les autochtones, il est clair que le déséquilibre se fait en défaveur des Français de souche de façon graduelle. En confondant sournoisement stock et flux Liogier montre soit qu’il est un manipulateur, ce que je pense, soit qu’il ne sait pas faire des additions.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Un des aspects de son discours est de parier, comme beaucoup du reste sur la transition démographique. Il est vrai que dans les pays musulmans il y a eu finalement une sorte de transition démographique, mais elle est encore insuffisante, et probablement ne concerne pas tout à fait les musulmans qui s’installent en Europe. Pour Liogier le fait que certaines personnalités aient appelé ou appelle encore à la guerre des ventres n’a pas beaucoup de sens, et il va avancer qu’en Iran, malgré la chape de plomb imposée par les ayatollahs, le taux de fécondité est maintenant insuffisant. Mais le cas de l’Iran est très particulier parce que ce pays est au bord de la rupture, justement à cause d’un rejet de plus en plus massif de l’islam par les femmes qui ont le courage d’enlever leur voile. Il n’y a donc selon Liogier aucun lien entre islam et islamisme, et donc entre islam et terrorisme. Il passe sur le fait que plus de 90% des attentats dans le monde sont perpétrés au nom d’Allah. Sachant mieux que tous les autres, il va non seulement nier ce phénomène, mais montrer qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer. Il arguera donc que l’islam est une nébuleuse très éclatée, ce qui est vrai, et que l’islam en Indonésie est très différent de l’islam au Pakistan ou en France. Et donc qu’on ne saurait amalgamer les attentats qui ont lieu dans ces différents pays en un tout. Il n’empêche, il reste que ces attentats sont revendiqués au nom de l’islam. Là encore Liogier saucissonne : et donc les terroristes islamistes en France par exemple sont d’abord des pauvres jeunes gens qui manquant de perspectives d’avenir se jettent dans l’action violente. Il avait comparé les jeunes qui rejoignent Daech à des punks ou à des skinheads, voire à des terroristes d’extrême-gauche. La comparaison est sans valeur parce que ces catégories énoncées n’ont jamais pratiqué l’attentat terroriste sur la longue durée – en France les attentats au nom de l’islam ont lieu depuis une trentaine d’années sans discontinuer – il n’y a jamais eu d’attentats au nom du punk, et les attentats d’extrême gauche outre que la plupart ont été manipulés comme en Italie, sont restés concentrés sur une toute petite période et sur un tout petit nombre de pays, l’Italie et l’Allemagne. On en revient donc au même point les terroristes musulmans ne représentent pas l’islam et ils sont les victimes d’une société qui les stigmatise.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Sur le plan de la stigmatisation des musulmans, il va traficoter les chiffres pour tenter de faire ressortir que ceux-ci sont plus souvent mal traités que les juifs par exemples. Il prend des chiffres qui l’arrangent et qui montre que sur une année particulière le nombre d’actes antisémites est inférieur au nombre d’actes islamophobes. En vérité Liogier fait semblant d’oublier deux choses, d’abord qu’en prenant une année de référence particulière comme 2012, on peut avoir une présentation inverse[7]. Mais surtout que pour comparer les actes entre eux il faut le reporter à la taille de la population : la population musulmane est dix fois plus importante que la population juive. Et donc pour comparer les actes antisémites et islamophobes, il faut diviser ces derniers par 10. Liogier n’étant pas très fort en calcul comme on l’a vu précédemment, il se garde bien de relativiser. Le second point est qu’évidemment il n’y a pas eu d’attentat meurtrier, de la part des juifs contre les musulmans, l’inverse n’est pas vrai. Mireille Knoll et Sarah Halimi ont été assassinées par ce que juives, et c’est au nom de l’islam que Coulibaly a tué dans l’hyper cacher, l’enquête révélera que Coulibaly évoluait dans un entourage « radicalisé »[8]. Si on voit des Juifs fuir la France et la Seine Saint-Denis, à l’inverse on ne voit pas beaucoup de musulmans quitter la France autrement que pour s’engager du côté de Daech.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Liogier va s’entraîner avec beaucoup de difficulté à excuser l’antisémitisme musulman. Il atteint ici de sommet de la mauvaise foi. Il va construire un raisonnement scabreux pour tenter de démontrer que l’antisémitisme des musulmans n’a rien à voir avec l’islam lui-même, mais soit il est la conséquence de faits internationaux extérieurs – sous-entendu c’est la faute d’Israël – soit la conséquence d’une manipulation des vrais antisémites. Ses références en la matière sont Badiou et Hazan, deux antisémites notoires. Voici ce qu’il écrit :  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Liogier fait donc comme s’il n’avait jamais entendu parler de la dhimmitude dans les pays musulmans, comme s’il ne savait pas que les musulmans ont toujours considéré les Juifs comme « moins qu’un chien », et qu’à ce titre, ils ne les toléraient qu’à condition qu’ils se soumettent comme des sujets de second ordre. Il ne se posera d’ailleurs jamais la question de savoir pourquoi il n’y a plus de juifs dans les pays musulmans depuis que ceux-ci ont conquis leur indépendance. S’il avait été un peu sérieux, Liogier aurait lu justement ce qu’en disait Marx déjà au milieu du XIXème siècle[9]. A cette époque là on ne peut pas dire que les musulmans étaient particulièrement maltraités par les occidentaux, et donc que leur antisémitisme était réactif. Désigner l’antisémitisme des musulmans comme seulement réactif serait assez cocasse, s’il ne servait pas à couvrir d’un regard compatissant des crimes de sang. Mais de toute façon cette « analyse » est tout sauf scientifique et ressort uniquement du ressenti de Liogier. Elle est sans fondement et témoigne d’une méconnaissance complète du sujet. Elle embraye sur le fait que les musulmans comme ils ont été victimes eux-mêmes du racisme ne sauraient être racistes ! On a vu récemment Rokhaya Diallo ou le PIR développer clairement un racisme antiblanc, racisme souvent rattaché à une valorisation de l’islam[10].

    Si sur le plan des faits le discours de Liogier est plus que défaillant, dans la manière dont le texte est construit il est peut-être encore plus médiocre et plus malhonnête. Non seulement l’ouvrage est mal écrit et désordonné, mais en outre il pêche par la personnalisation extrême des analyses. Prenons deux cas. Liogier est un grand défenseur de la liberté des femmes de se soumettre au port du voile. On connait la chanson, c’est mon choix. Il suffit pourtant de voir les photos d’hommes politiques comme Fillon ou ci-dessous Cazeneuve pour comprendre que le voile n’est pas un choix, mais est imposé dès les plus jeune âge comme une norme au mieux, et avec violence au pire. Liogier ne veut pas voir qu’il s’agit là d’une forme sécessioniste d’avec l’ensemble des Français. Il ne s’interroge même pas sur ce point pour le réfuter. Il s’en fout. De manière ignominieuse, il va au contraire s’en prendre à Chahdortt Djavann. Cette jeune femme a écrit un livre marquant intitulé Bas les voiles ![11],  ce qui semble irriter au plus au point Liogier. Ayant été obligée à porter le voile en Iran, elle sait de quoi elle parle, mais Liogier avance que son témoignage à charge contre le voile n’a pas de valeur – elle n’est pas une experte comme lui – et donc qu’on n’aurait pas dû l’autoriser à faire état de son sentiment devant la commission Stasi. Il juge que cet ouvrage est mal documenté, et trop court, lui qui n’a jamais mis les pieds en Iran. Bref il s’acharne à faire passer Chahdortt Djavann pour une affabulatrice. Il va jusqu’à invoquer le fait que ses origines ne sont pas tout à fait iraniennes, que son père était azerbaidjanais, et probablement riche, ces deux dernières raisons suffisant à la discréditer en ce qui concerne le regard qu’elle porte sur son vécu sous le voile. S’il n’a pas de mots assez durs avec elle, c’est probablement parce qu’elle met en cause les intellectuels français (et donc lui indirectement) qui ont soutenu la révolution des mollahs contre les femmes elles-mêmes. Il oublie de dire qu’elle a été emprisonnée à l’âge de 13 ans, tabassée par les gardiens de la révolution, pour avoir refuser de porter le voile[12]. C’est tout juste s’il ne nous dit pas que Chahdortt Djawaan a bien mérité ce qui lui était arrivé. Son long dénigrement de cette femme courageuse est un modèle de lâcheté qui met mal à l’aise.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    A l’inverse Liogier se fait tout miel dès qu’il s’agit de parler de Tariq Ramadan. Et là encore il manie le mensonge avec une grande habileté. Pour lui Tariq Ramadan est stigmatisé comme un islamiste radical, alors que c’est seulement un islamologue réputé et compétent. Liogier accrédite la fable selon laquelle Ramadan serait un universitaire. Or il n’en est rien, non seulement sa thèse a été soutenue difficilement, dans des conditions peu claires, mais en outre il n’a jamais obtenu un poste à l’université de Genève[13]. Il y donnait quelques rares heures de cours bénévolement, ce qui ensuite lui a permis de se faire embaucher à Oxford pour y donner quelques conférences. Liogier fait partie de ceux qui défendent Tariq Ramadan bec et ongles. Que lui reprocherait-on ? Ses propos antisémites ? Liogier n’en dit mot. Il fait comme si sa stigmatisation ne provenait que du fait que son grand-père était un des fondateurs des Frères musulmans. Liogier le présente comme un musulman tolérant et antiraciste. Il va d’ailleurs faire de curieuses contorsions pour faire tenir debout le discours de Tariq Ramadan sur l’excision qui selon ce faux professeur fait partie des traditions musulmanes[14]. Mais pour Liogier reprocher cela à Ramadan c’est lui faire un faux procès. Derrière le discours de Ramadan sur l’excision, Liogier croit y voir au contraire une volonté réformatrice ! Cette présentation délibérément fausse des propos de Ramadan devrait suffire à disqualifier l’ensemble du livre de Liogier, surtout quand on met ces propos lénifiants en regard de ce qu’il dit sur Chahdortt Djawaan. Il s’en prend ainsi à ceux qui dénigrent Ramadan, mais il ne parle pas du fait que Ramadan est maintenant incarcéré pour de multiples affaires de viols, et aussi du fait qu’Oxford a résilié tous les liens que cette université entretenait avec lui. Ce sont pourtant des faits qu’on ne peut ignorer, la justice a décidé de le garder en prison, sans doute que les charges qu’il y a contre lui sont nombreuses et concordantes[15]. Ces affaires avec la justice, comme son parcours sinueux au sein des universités, trace de lui le portrait en creux d’une sorte d’escroc intellectuel qui a réussi à séduire des intellectuels vieillissants – pour ne pas dire gâteux – comme Edgar Morin, et qui surtout est un maître dans l’art du business religieux, un gourou quoi. Ce sont toujours les mêmes qui apportent leur caution à Ramadan : Plenel, Burgat, Liogier, Nabil Ennasri, Murwad Muhammad. 

    A quoi sert Liogier ? 

    La médiocrité des travaux de Liogier pose deux questions :

    - la première, est-il seulement un idiot utile de l’islamisation ? Sans doute que non, même si on comprend bien que les islamistes vont s’en servir avec facilité. Il est sans doute également le produit de sa propre histoire, comme beaucoup de gauchistes qui ont abandonné l’idée de lutte des classes – il aime du reste à citer Badiou – il faut bien se trouver une mission à remplir. Ainsi en défendant l’indéfendable, il se fait remarquer, il trouve un petit créneau pour construire une petite carrière pépère. Et sur ce créneau les exigences de qualité ne sont pas fondamentales. Il suffit le plus souvent d’affirmer. Je passe sur cette condescendance qui fait que des cuistres comme Liogier se croient obligés de soutenir ceux qu’ils croient être des faibles ;

    - ensuite quel est le sens de tous ses travaux à la gloire de l’islam ? Ce sens échappe sans doute à Liogier, mais il est pourtant clair, cette défense des musulmans s’inscrit d’abord dans un processus latent de mondialisation et d’effacement des frontières. L’islamisation du monde est l’autre face de la mondialisation. Il n’est donc pas étonnant que la sphère médiatique soit plutôt complaisante avec ses représentants. Je veux bien que Ramadan séduise des imbéciles par sa faconde, mais cela n’explique pas pourquoi il est invité en permanence dans les émissions télévisées. On pourra dire la même chose de Liogier qui manifestement préfère rechercher la lumière plutôt que la vérité. Ce n’est pas un hasard si la définition de la laïcité selon Liogier est non seulement compatible avec le communautarisme musulman, mais aussi avec la vision multiculturalisme de Macron.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/edwy-plenel-pour-les-musulmans-la-decouverte-2015-a126617890

    [2] Quand cet ouvrage est sorti, j’en en avait fait une recension assez négative, à la fois parce que l’écriture me paraissait bâclée, et parce que je pensais qu’Houellebecq exagérait le portrait de ces intellectuels veules et sans vergogne passant sous la bannière de l’Islam. Depuis j’ai révisé mon jugement et je reconnais la pertinence de son analyse. http://in-girum-imus.blogg.org/michel-houellebecq-soumission-flammarion-2014-a117198346

    [3] http://www.tribunejuive.info/islamisme/entrisme-a-sciences-po-aix-la-these-de-nabil-ennasri-par-sarah-cattan

    [4] Idem.

    [5] https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20180207.OBS1864/michel-foucault-l-iran-et-le-pouvoir-du-spirituel-l-entretien-inedit-de-1979.html

    [6] http://www.pewforum.org/2017/11/29/europes-growing-muslim-population/pf_11-29-17_muslims-update-20/

    [7] https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Les-actes-antimusulmans-et-antisemites-font-l-objet-d-un-comptage-regulier-_NP_-2012-12-11-886542

    [8] http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/07/05/attentat-de-l-hyper-cacher-trois-personnes-en-garde-a-vue-dans-l-enquete-sur-les-armes-fournies-a-coulibaly_5156337_1653578.html

    [9] The Outbreak of the Crimean War, New York Daily Tribune, April 15, 1854

    [10] https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/261117/thomas-guenole-denonce-le-racisme-de-houria-bouteldja-et-du-pir

    [11] Gallimard, 2003.

    [12] https://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Chahdortt-Djavann-ou-le-difficile-exil-2015-08-05-1341587

    [13] http://www.lepoint.fr/societe/tariq-ramadan-aurait-usurpe-ses-titres-universitaires-05-03-2018-2199771_23.php

    [14] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/06/23/31003-20170623ARTFIG00381-ce-que-revele-le-discours-de-tariq-ramadan-sur-l-excision.php

    [15] http://www.lepoint.fr/societe/la-justice-decide-si-elle-maintient-en-detention-tariq-ramadan-22-02-2018-2197121_23.php

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  •  Macron en guerre avec le monde entier

    Sur le front intérieur, Macron qui défend ouvertement les intérêts des très-riches est en guerre avec :

    - les cheminots qu’il accuse de tout et de n’importe quoi, alors même que tout le monde sait que la dette de la SNCF n’est imputable en rien au statut des cheminots. Même Le monde l’a corrigé sur ce point[1]  ;

    - les étudiants à qui il a enlevé une partie des APL et qui sont torturés et déboussolés par la énième réforme de l’Université sans idée, sans moyens et sans avenir ;

    - les retraités à qui il pique une partie de leur retraite en se moquant d’eux ouvertement. Les remercier comme il l’a fait à la télévision est d’une grossièreté insoutenable[2] ;

    - les syndiqués, il est tellement nul qu’il s’est mis à dos le pourtant très complaisant Laurent Berger en jouant de l’opposition entre FO et la CFDT ;

    - les infirmières à qui il prétend apprendre à travailler, lui qui ne sait pas ce que ce mot veut dire[3] ;

    - les zadistes, avec qui il avance à coups de matraques pour masquer le fait qu’il a reculé sur toute la ligne. L’évacuation d’une grande brutalité a, à l’inverse, ramener du monde sur les lieux pour organiser la défense de la ZAD[4] ;

    - les écologistes (les vrais) ceux qui sont outrés des reculades sur le round up à Bruxelles[5] ;

    - les associations anti-chasse-à-courre face auxquelles il défend un modèle de société non seulement encourageant la fainéantise, mais aussi ancré dans un passé révolu depuis au moins la Révolution française[6] ;

    - les associations anti-corrida qui dénonce une autre maniaquerie barbare[7] ;

    - la France Insoumise qu’il assimile au Front national ;

    - le Front national qu’il assimile à la France Insoumise ;

    - le Parti communiste moribond, et j’en passe.

    Sur le front extérieur, faute d’une véritable politique étrangère, il est en guerre avec les Hongrois, les Polonais, les Italiens qui votent mal, les Catalans qui ont le culot de vouloir leur indépendance, les Etats-Unis de Trump a qui il serre la main comme s’il s’agissait d’un concours. Il soutient les Turcs contre les Kurdes, dénonçant au passage les Kurdes comme de « potentiels terroristes » et puis il est contre les Russes à qui il veut aller reprendre la Crimée. Il se présente volontiers comme un guerrier un peu à la manière de George W. Bush qui lui non plus n’avait pas fait son service militaire. Il est très fier d’avoir bombarder la Syrie. Cette agitation tout azimut dans sa fureur hystérique rappelle toutes proportions gardées Nicolas Sarkozy. Comme lui, ivre d’un destin aussi inattendu qu’incongru, il manifeste des caprices continus pour se donner l’image d’un homme qui agit sur tous les fronts. Tout cela masque très mal le fait qu’en Europe il est très isolé, et que les caciques de l’Union européenne le regardent s’agiter d’un air vraiment goguenard. Plus personne ne soutient ses idées de fédéralisme européen.  

    Macron en guerre avec le monde entier

    Il n’y a jamais eu autant de grèves qu’aujourd’hui depuis 1995. Il a mis le bordel comme jamais dans le pays. Il fait semblant de croire que cela amènera un surplus de croissance à terme. Pour l’instant ses mesures amènent clairement une contraction de la demande, et probablement une récession au second semestre de l’année 2018. Mais il est cynique et continue imperturbablement de transférer des ressources des plus pauvres (CSG, baisse de l’APL, etc.) vers les ultra-riches. Il se comporte comme si avant lui rien ne marchait en France et qu’il lui faille tout remettre en ordre. Il ment comme il respire – ce qui n’est pas nouveau – pour tenter de justifier ses mesures de privatisation de la SNCF. Même Le monde, un des journaux les plus complaisants pourtant, s’est rendu compte que la SNCF n’avait pas besoin d’un tel remède de cheval[8]. Il ment parce qu’il cache ses véritables objectifs, et aussi parce que sans doute c’est sa nature, pour ce qui concerne la SNCF, il ne dit pas que son but est la privatisation, or tout le monde sait que de nombreux opérateurs attendent le changement de statut pour s’engouffrer dans la brèche. Alors que tout le monde considère aujourd’hui que le creusement des inégalités entrave la reprise économique et l’emploi[9], il continue pourtant dans cette voie, confondant volonté politique et entêtement imbécile.

    Dans l’interview surréaliste qu’il a réalisée récemment avec la complicité de Bourdin et de Plenel – l’homme à tout faire de l’islamisation en France – il a répété d’une façon caricaturale qu’il était bien président de la France quand on l’appelait Emmanuel Macron, sans doute n’en est il pas encore convaincu tout à fait. Et nous non plus du reste. Mais c’est peut-être parce qu’on croit bêtement que la fonction est respectable et réservée à des hommes intelligents et pondérés, avec une vision claire de l’avenir. On sait pourtant au moins depuis Sarkozy que c’est plutôt l’exception qui infirme au contraire cette règle. Cette intervention télévisée laissera sans doute des traces car il est apparu faible, agité, arrogant et très peu sûr de lui.

      Macron en guerre avec le monde entier

    Voilà donc Macron déguisé en chef de guerre. Des frappes ont été décidées en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad, le prétexte a été des supposées attaques chimiques contre les rebelles. Les preuves sont assez peu claires, un peu comme quand on a voulu justifier la guerre en Irak, ici aussi il faut se contenter des affirmations de Le Drian[10]. Evidemment je ne suis pas assez naïf pour croire que l’armée syrienne est innocente dans cette nouvelle guerre contre des civils et que les bires de al-Assad ne font que des guerres propres. Cependant il est assez facile de voir que cette attaque contre la Syrie est non seulement peu justifiée dans un cadre légal, mais en outre qu’elle se solde par un fiasco de grande ampleur[11].

    En effet, quel est le but de ces frappes ? On ne le sait pas. Non seulement elles n’ont touché que des sites non stratégiques, évitant précautionneusement les Russes, mais elles semblent avoir au contraire renforcé el-Assad. Sur les 103 missiles lancés par cette coalition – USA, France, Royaume-Uni – 71 ont été interceptés. Le coût de l’opération pour la France s’élève à 30 millions d’euros, dont 16 millions rien que pour les missiles[12]. Cette gesticulation ne semble n’avoir atteint aucun but stratégique. L’incongruité de ces frappes qui plaisent tant au petit président est qu’elles interviennent au moment où Trump annonce le départ des troupes américaines de Syrie[13]. Depuis au moins les deux mandats d’Obama, les Etats-Unis n’ont plus de doctrine au Moyen-Orient, et la France non plus d’ailleurs. On remarquera que les Allemands se sont tenus, comme à leur habitude, en retrait, laissant la France supporter le coût d’une intervention militaire européenne. Plus encore la manière dont cette opération a été justifiée apparait assez douteuse comme le montre Sapir en reprenant le justificatif du gouvernement qui utilise des sources de seconde main saisies dans des conditions incertaines[14]. Nous ne sommes pas loin du mensonge d’Etat, très semblable à celui qui avait été utilisé pour justifier la guerre en Irak.  

    Macron en guerre avec le monde entier

    On notera que le débat à l’assemblée nationale sur l’intervention militaire en Syrie a été organisé une fois le fait accompli[15]. Cela peut paraitre étrange, mais c’est bien dans la manière de Macron qui méprise cordialement les élus et jusqu’aux parlementaires issus de son parti croupion. Déjà isolé des électeurs eut égard la désaffection du peuple, le gouvernement est maintenant isolé de ses propres parlementaires. On a même vu le sinistre Laurent Wauquiez se permettre de faire la leçon[16]. Seul LREM soutient le gouvernement dans cette affaire, et encore du bout des lèvres.  Pour faire rigolo, voilà le gouvernement Philippe qui propose d’enlever la légion d’honneur donnée à Bachar el-Assad par Jacques Chirac en 2001. Gageons que cela ramènera le président syrien à la raison[17]. Au passage Macron a fait un nouveau mensonge, arguant qu’il avait convaincu Trump et Ankara de se rallier à ses humeurs guerrières, ces assertions stupides ont été rapidement démenties par les intéressés eux-mêmes : Trump a bien fait savoir que ses troupes ne resteraient pas en Syrie. Pour Ankara, Macron s’est flatté un peu vite d’avoir détaché la Turquie de son allié russe, ce qui lui a valu une réplique cinglante de la part du ministre turc des affaires étrangères[18]. Ces gesticulations montrent tout à fait l’amateurisme et les improvisations constantes de Macron : en matière de politique étrangère, cela ne pardonnera pas et renforceront son isolement comme l’a montré son passage raté devant le parlement européen le 17 avril 2018[19].

      Macron en guerre avec le monde entier

    Mais cette position du « seul contre tous » convient tout à fait à Macron qui non seulement divise les Français sur à peu près tous les sujets, mais qui en outre les déteste. C’est un de ses traits singuliers de caractère de haïr le peuple et de vénérer les puissants. C’est un comportement un peu enfantin. Ce garçon au destin incertain, peu sûr de lui, est manifestement à la recherche d’un père qui le protégerait d’un monde hostile. Il essaie donc de se faire bien voir des gens puissants et très riches pour s’attacher leurs faveurs. C’est sans doute ce qui explique ses emportements, ses caprices, son attachement au décorum, tout ces biens matériels qui le rassurent et qui lui donnent l’illusion qu’il existe encore. Il est en train de devenir une sorte de clone de Sarkozy, en pire. Son immaturité le rend dangereux. On attend encore les réformes sur les retraites, mais aussi cette idée aussi loufoque que mortifère qui consisterait à faire travailler gratuitement les salariés pour financer les soins des vieillards[20]. Il est évidemment remarquable qu’il n’ait pas demandé une journée de profit aux patrons du CAC40. Il y a donc bien un traitement de faveur envers le capital, et une déconsidération du travail et des travailleurs. Souvenez-vous qu’il a déjà fait un pas pour que les heures supplémentaires soient payées sans supplément, pour les « désocialiser » [21]. Mais il se pourrait que cela soit une nouvelle méthode pour nous habituer à un retour de la corvée médiévale. N’est-ce pas Macron qui se déclarait naguère nostalgique de la Monarchie[22] ? Je prends les paris aujourd’hui qu’une des prochaines réformes de Macron sera de supprimer la cinquième semaine de congés payés, Barbier a vendu la mèche[23]. C’est donc bien d’une guerre, d’une offensive générale et sans relâche contre les travailleurs dont il s’agit.



    [1] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/04/16/face-aux-compagnies-ferroviaires-europeennes-la-sncf-soutient-la-comparaison_5285912_3234.html

    [2] https://www.mieuxvivre-votreargent.fr/retraite-2/2018/04/12/sur-tf1-macron-remercie-les-retraites-pour-leur-effort/

    [3] https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/05/emmanuel-macron-accuse-davoir-fait-du-fillon-face-aux-infirmieres_a_23403793/

    [4] https://www.francetvinfo.fr/politique/notre-dame-des-landes/notre-dame-des-landes-des-affrontements-sont-en-cours-entre-zadistes-et-forces-de-l-ordre-sur-un-rond-point-strategique_2709814.html

    [5] https://www.latribune.fr/economie/france/en-plein-salon-de-l-agriculture-hulot-evoque-des-exceptions-a-la-sortie-du-glyphosate-en-3-ans-769808.html

    [6] https://www.capital.fr/polemik/faut-il-interdire-la-chasse-a-courre-1273133

    [7] https://www.marianne.net/politique/mort-du-torero-ivan-fandino-nicolas-hulot-est-contre-la-corrida-mais-macron-est-pour

    [8] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/04/16/face-aux-compagnies-ferroviaires-europeennes-la-sncf-soutient-la-comparaison_5285912_3234.html

    [9] Era Dabla-Norris ; Kalpana Kochhar ; Nujin Suphaphiphat ; Frantisek Ricka ; Evridiki Tsounta, Causes and Consequences of Income Inequality : A Global Perspective, June 15, 2015, IMF et l’OCDE n’est pas en reste : https://www.oecd.org/fr/els/soc/Focus-Inegalites-et-croissance-2014.pdf 

    [10] https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/14/apres-les-frappes-en-syrie-la-france-publie-son-rapport-mais-pas-encore-de-preuves-sur-lattaque-chimique-a-douma_a_23411144/

    [11] Jacques Sapir a qualifié ces frappes de stupides aussi bien sur le plan stratégique que sur le plan tactique. https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-stupidite-et-irresponsabilite-par-jacques-sapir/

    [12] http://www.cnewsmatin.fr/monde/2018-04-16/syrie-combien-ont-coute-les-frappes-francaises-778825

    [13] http://www.lefigaro.fr/international/2018/04/04/01003-20180404ARTFIG00315-trump-ordonne-de-preparer-le-retrait-des-troupes-americaines-en-syrie.php

    [14] https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-syrie-les-inconsistances-du-discours-gouvernemental-par-jacques-sapir/

    [15] https://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/frappes-occidentales-en-syrie/syrie-l-intervention-francaise-fait-debat-a-l-assemblee-nationale_2709174.html

    [16] https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/14/syrie-wauquiez-ne-croit-pas-a-l-utilite-de-frappes-punitives_a_23411423/

    [17] http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/04/16/la-france-engage-la-procedure-pour-retirer-sa-legion-d-honneur-a-bachar-al-assad_5286264_823448.html

    [18] https://www.marianne.net/monde/frappes-en-syrie-les-fanfaronnades-de-macron-dementies-par-washington-et-la-turquie

    [19] https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/17/en-direct-emmanuel-macron-devant-le-parlement-europeen-a-strasbourg_a_23412975/

    [20] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/04/15/97001-20180415FILWWW00205-deuxieme-journee-travaillee-non-payee-une-piste-interessante-pour-macron.php

    [21] https://www.lesechos.fr/politique-societe/gouvernement/0301264259706-heures-sup-matignon-nexclut-pas-des-exonerations-de-cotisations-des-2019-2151567.php

    [22] http://lelab.europe1.fr/pour-emmanuel-macron-il-manque-un-roi-a-la-france-1365792

    [23] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/les-francais-doivent-renoncer-a-leur-cinquieme-semaine-de-conges-l-edito-de-christophe-barbier_1931360.html

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    Macron n’aime pas la France, et c’est sans doute pour ça aussi que les Français ne l’aiment pas. L’idée de nation ne lui plait pas, il préfère l’Europe comme une sorte de patchwork de communautés centrées sur leur appartenance à la religion. C’est sans doute le sens de son discours qui nous ramène à avant 1905[1]. Son discours du 9 avril à la Conférence des Evêques a choqué, et pas seulement chez les athées convaincus, mais chez tous ceux qui se font une idée précise des relations entre la souveraineté nationale et la laïcité[2]. Car sous couvert de se rabibocher avec l’Eglise catholique, ce sont toutes les religions qui vont s’engouffrer dans cette brèche, et c’est l’Islam qui en sortira gagnant. Au fond ce serait une transposition du modèle américain, ce qui est finalement logique pour un Young leader formé à la politique aux Etats-Unis. On sait aussi que Macron est un fieffé réactionnaire, nostalgique de la monarchie, le voilà qu’il souhaite réparer le lien entre l’Eglise catholique et l’Etat. Il ne précisera pas qui a abimé ce lien, mais à demi-mot on comprendra que ce sont « les laïcistes » qui sont visés ici. Cette approche a au moins le mérite de nous éclairer sur les intentions contre-révolutionnaires de Macron. Il ne lui reste plus qu’à dissoudre la République dans le grand-tout européiste. C’est sans doute son ambition. 

    Des compromissions islamophiles 

    Contrairement à ce qu’on pense, il n’est pas seulement un communautariste affirmé. Il est aussi le véhicule d’une islamisation rampante de la société française. Ses raisons de défendre l’Islam sont multiples et variées : d’abord lorsque le peuple se sépare en une myriade de communautés plus ou moins antagoniques, il est plus facile de le gouverner ; ensuite il est très probable que Macron, personnage autoritaire autant que capricieux, aime les sociétés musulmanes dans lesquelles la hiérarchie entre les riches et les pauvres n’est pas contestée. Ce n’est pas un hasard si Macron a appelé à lutter contre la radicalisation de la laïcité : c’est une autre manière de redéfinir la laïcité comme quelque chose de dangereux avec l’idée stupide selon laquelle un radicalisme en vaut un autre[3]. Evidemment dans cette affirmation idiote, il s’est fait reprendre vertement simplement parce qu’on n’a jamais vu de tuerie au Bataclan ou ailleurs au nom de la laïcité radicale. C’est pourquoi les autres religions, en dehors de l’Islam, auraient tort de se réjouir de cette reconnaissance de la religion par l’Etat car cette allégeance aux principes religieux – indigne d’un président moderne – cache en réalité un adoubement de l’Islam comme institution structurante de la vie sociale en France. Tous ses discours lénifiants sur sa volonté d’organiser lui-même un Islam français vont dans ce sens[4]. On fera deux remarques à ce sujet :

    - d’abord il n’est pas le premier président à vouloir se présenter comme le défenseur de la religion en tant que seul principe de spiritualité. Nicolas Sarkozy avait fait la même chose dans son discours de Latran[5]. Cette position anti-laïque l’avait finalement amené à créer le Conseil du Culte Musulman de France. Les islamistes radicaux eurent vite fait de s’emparer de cette structure et d’en faire une boutique de chantage contre les institutions françaises. Macron qui a sans doute guère plus de mémoire qu’un poisson rouge ne voit pas l’impasse dans laquelle il s’engouffre. On pourrait dire d’ailleurs qu’en tout il copie assez bien les gesticulations de Sarkozy, même désordre dans l’action, même arrogance, même confusion entre entêtement imbécile et volonté politique ;

    - ensuite cette volonté de créer un islam aux couleurs de la France est stupide tant elle nie le fait que pour les musulmans leur foi est sans frontière et au-dessus des lois de la république, et donc qu’ils ne l’accepteront pas, sauf passagèrement pour avancer leurs pions ; 

     

    Mais Macron est coupable de bien d’autres positions islamophiles. C’est ainsi que le 30 janvier dernier, en recevant le dictateur Erdogan, le président turc qui veut entreprendre une croisade à l’envers, il a qualifié les Kurdes de « potentiels terroristes » [6], justifiant par avance ce qui s’est passé ensuite à Afrin où les Turcs ont pris possession d’une partie du territoire syrien et procèdent en ce moment même à un nettoyage ethnique de grande ampleur[7]. On ne sait pas si pour Macron il s’agit d’une pure et simple imbécilité, ou d’un plan délibéré pour aider la Turquie à devenir une puissance incontournable dans ses négociations avec l’OTAN et l’Union européenne, car personne n’ignore les visées panislamistes d’Erdogan. 

    Les conseillers de Macron

    On observe que Macron s’entoure assez facilement de conseillers qui sont aussi des militants d’un Islam politique offensif, bien plus que des acteurs politiques de confession musulmane. C’est assez inédit dans la conduite des affaires de la République française. On va donner seulement trois exemples qui ont défrayé la chronique : 

     

    Il y a d’abord une sorte de comique plutôt sinistre, Yassine Bellatar qui, on ne sait pas en vertu de quelles qualifications a été nommé au Conseil présidentiel des villes. Passons sur la définition de ce qui semble bien être une coquille vide. Ce sinistre Yassine Bellatar s’est fait remarquer à plusieurs reprises pour ses prises de position : d’abord il s’est démarqué des Français qui en général rendaient hommage aux journalistes de Charlie. Et il s’est démarqué d’une façon des plus grossières, avançant qu’il avait bien le droit de choisir ses deuils, et donc sous-entendant par là que des journalistes de Charlie, il n’en avait rien à foutre[8]. Il est également un « comique » un peu dans la veine de Dieudonné, n’hésitant pas à stigmatiser les Juifs pour le plus grand plaisir de son public[9]. Tout cela Macron qui prétend tout contrôler, ne peut pas ne pas le savoir quand il l’engage dans ce Conseil présidentiel des villes. Mais il y a bien plus encore, Yassine Bellatar a directement menacé d’un procès pour islamophobie le père d’un soldat tué par Mohammed Merah[10]. Je passe évidemment sur le fait que le délit d’islamophobie n’existe pas dans le droit français. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi Macron embauche un tel guignol. Certes il peut paraître utile de le voir faire la réclame du libéralisme macronien débridé dans les banlieues[11], le clientélisme est cependant une illusion, un objectif à courte vue. Il semble bien que par ce biais Macron commence à poser ses pions en vue de sa réélection en 2022 dans une alliance avec l’Islam « modéré », une sorte de schéma un peu semblable à celui décrit par Michel Houellebecq dans Soumission, schéma dont Macron penserait conserver la maîtrise. Le cas de Yassine Bellatar n’est cependant pas isolé, au contraire il se répète de telle façon qu’on peut y voir une sorte de ligne politique. 

     

    Voici maintenant la sulfureuse Rokhaya Diallo. Cette jeune femme s’est faite remarquer par une défense du racisme anti-blanc et conjointement une défense de l’Islam dans ses formes les plus turpides. Elle a par exemple défendu le port du voile en le comparant stupide à la mini-jupe, ce qui est étrange puisque la mini-jupe n’est pas un signe religieux ostentatoire, à moins que ce soit cela pour Rokhaya Diallo, elle a fait semblant de voir dans le voile un symbole particulier de la féminité et non la marque d’un patriarcat d’un autre âge[12]. Car elle est féministe comme elle est anti-raciste, à sa sauce, en faisant le grand écart idéologique. On l’a dit proche du PIR et de Houria Bouteldja. En tous les cas elle est le véhicule d’un discours des plus confus qui mélange facilement racisme anti-blanc, racialisme, défense de l’Islam et même de Ben Laden[13]. Elle aussi a refusé de soutenir Charlie, elle a même signé une pétition initiée sur ce sujet par le PIR[14]. Certes c’était avant 2015, mais tout de même, le texte de cette pétition dénonçait les journalistes de Charlie comme des fauteurs de trouble qui n’avaient pas à pleurnicher puisque les assurances couvraient les dégâts matériels. On sait que la suite fut hélas plus dramatique. Soutenue par Dieudonné et Soral, on l’a vue également aux côtés de Michel Collon, antisémite notoire et complotiste avéré. Elle s’est trouvée aussi défendre Ennhadha, le parti islamiste tunisien ultra-conservateur dont le projet est d’assurer en priorité la soumission de la gent féminine[15]. Bref son parcours des plus chaotiques, mais très islamophile, aurait dû inciter l’Elysée à un peu plus de prudence. Soit le président est très mal entouré et choisit lui-même très mal ses conseillers, soit il est complice d’une telle dérive.

    Macron l’avait faite nommer dans une autre structure vide de sens : le Conseil National du Numérique. La bonne question est de se demander pourquoi. Et puis on trouve la réponse en se rappelant que comme Macron, elle est le produit particulier de cette formation qui s’appelle les Young leaders, une sorte d’institution qui repère et forme les futures élites en les sélectionnant et en les envoyant aux Etats-Unis pour les formater à la défense du communautarisme et de la mondialisation heureuse, une officine très libérale donc. Et si Rokhaya Diallo a été sélectionnée, ce n’est pas à cause de ses capacités intellectuelles qui semblent un peu limitées tout de même, mais justement à cause de la couleur de sa peau. En la mettant en valeur, on casse ainsi les codes sociaux et les traditions, on crée une rupture dans le cours de l’histoire. La France n’est plus un pays blanc et chrétien comme le dit Diallo, mais un pays sans racine et sans culture comme le dit Macron[16]. Mais les prises de position outrancières de Diallo ont amené finalement Macron à s’en séparer. Cette séparation a entraîné d’ailleurs des démissions en chaîne qui ont vidé ce Conseil Nationale du Numérique[17]. En vérité ce montage compliqué avait été décidé par Mounir Majhoubi, un autre curieux personnage, titulaire d’un CAP de cuisine puis promu par Macron au rang de secrétaire d’Etat au numérique. Sur le plan politique, il est passé de Ségolène Royal au soutien de Hollande qui le nomme président du Conseil National du Numérique, puis ensuite en bon opportuniste, il s’est rangé sous la bannière de Macron. 

     

    Hakim El Karoui est un conseiller professionnel des hommes politiques, son créneau est la réforme de l’Islam. Il a tour à tour conseiller Raffarin, puis Delanoë, et enfin Macron qui apparait le plus réceptif. Il a publié un ouvrage intitulé, L’islam une religion française[18]. Evidemment ce titre fait un peu drôle si on se souvient que cette religion est née dans le désert. El Karoui est d’abord comme Macron un banquier, et un banquier de chez Rothschild – comme quoi chez Rothschild on est très ouvert – il est aussi membre de nombreuses think tanks, notamment le fameux Institut Montaigne qui a accueilli à leurs débuts de campagne à la fois Fillon et macron. L’Institut Montaigne est ultra libéral et représente d’abord le capitalisme financier, mondialiste et cosmopolite de la banque et de l’assurance. Mais cela est très compatible avec l’Islam qui ne déteste pas l’idée de mondialisation, bien au contraire, ni celle d’inégalité sociale. Ce parangon de l’Islam a produit également un rapport sous la couverture de l’Institut Montaigne qui est en réalité la matrice des idées de Macron sur l’Islam. Il va dans le sens d’un communautarisme renforcé. Bien évidemment il n’est pas compatible avec une laïcité un peu stricte qui demande à ce que l’Etat ne s’occupe pas des religions et que les religions ne s’occupent pas de l’Etat. C’est donc ce même El Karoui qui a la charge de redéfinir ce que serait un Islam de France. On retrouve dans son rapport les mêmes inepties que dans toutes les analyses qui veulent forcer les Français à accepter la différence musulmane, y compris dans les rapports sociaux. Donc évidemment, il est pour le voile, les repas hallal dans les cantines, il est lui aussi pour une laïcité restreinte au minimum. Toutes ces propositions sont exactement à l’opposé des désirs des Français qui critiquent dans tous les sondages qu’on connait cette volonté de sécession. L’ensemble de ces propositions visent d’abord à faire admettre que l’Islam soit visible, à travers ses mosquées, comme à travers ses vêtements ou ses pratiques ostentatoires de la religion. Ne comptez pas sur lui pour condamner les prières de rue. Si celles-ci existent, c’est bien parce qu’il n’y a pas assez de mosquées, et non pas pour marquer le territoire. On retrouvera l’ensemble de ces propositions rétrogrades, mais finalement compatible avec le travail de la banque, dans un livre au titre explicite, L’islam, une religion française[19]. L’idée générale est encore une fois de forcer les Français à accepter l’idée que ce ne sont pas les immigrés et leurs descendants à s’adapter à la France, mais au contraire d’adapter la France à leurs exigences. Pour l’instant ce discours est rejeté par les trois quarts des Français qui voient là un bouleversement de leur environnement social et traditionnel dont ils ne veulent pas[20]. Je ferais remarquer toutefois qu’El Karoui est assez peu critiqué à gauche, comme si celle-ci avait la trouille de se voir accusée d’islamophobie. Les critiques les mieux formulées et les plus claires viennent souvent de la droite, voire d’une partie de l’extrême-droite. Il faut s’y faire, la gauche est bien en retard d’une bataille et c’est sans doute cela qui la rend inaudible dans la bataille de la laïcité. 

     Source Riposte laïque[21] 

    Un peu plus loin l’Observatoire de la laïcité…  

     

    Le très décrié Jean-Louis Bianco a été renouvelé à la tête de l’Observatoire de la laïcité par le nouveau président élu en mai dernier[22]. Mais s’il est tant décrié, notamment attaqué par Manuel Valls[23], c’est parce que Bianco a une définition de la laïcité extrêmement réductrice, limitée pour tout à la défense des croyants à pratiquer leur religion comme ils le veulent. En clair cela veut dire qu’on va offrir des repas alternatifs dans les cantines scolaires, on va tolérer le port du voile, de la burqa et du burkini, ôter le plus possible de signes chrétiens comme les croix et les sapins de Noël qui choquent les musulmans, et encore on va tolérer la séparation des filles et des garçons dans les piscines ou alors les horaires réserver à chaque genre.

    Ces positions bien connues sont aggravées par le fait que Bianco a engagé un avocat, Asif Arif, musulman prosélyte, pour redéfinir la laïcité, en quelque sorte la moderniser comme dirait Macron qui ne voit le moderne qu’en regardant en arrière le monde du début du XIXème siècle. Ce dénommé Asif Arif a commis un ouvrage préfacé par Jean-Luc Bianco et Nicolas Cadène, intitulé Outils pour maitriser la laïcité[24]. Rien que le titre est évocateur d’un projet : la laïcité ne doit pas être appliquée, mais maîtrisée comme une sorte de bête sauvage qu’il faut discipliner. Cet ouvrage a été très violemment critiqué, et à juste titre comme une forme régressive et communautariste[25]. Parmi les critiques qui lui sont tombées dessus, il y a le fait que la laïcité n’est vue que comme ressortant du droit, et non comme un projet politique. 

     

    Asif Arif tient d’ailleurs des conférences communes sur ce thème avec Madjid Messaoudene, un autre combattant de la lutte contre l’islamophobie. Et bien sûr un autre musulman qui s’est désolidarisé de longue date de Charlie, bien avant les événements de novembre 2015. Arif est un militant musulman, l’engager dans la redéfinition d’une laïcité moderne à la sauce Bianco, c’est un peu comme si on demandait à un criminel de réécrire le code pénal. Et d’ailleurs les prises de position d’Arif vont dans le sens d’une laïcité favorable à la démonstration des musulmans dans la cité. Il s’en est pris par exemple à Marlène Schiappa qui, en tant que secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les hommes et les femmes, avait défendu une limitation du port du voile. Il avait prétendu à cet égard que la laïcité n’avait strictement rien à voir avec la question de l’égalité entre les hommes et les femmes ! Arif, on le voit, à sa propre lecture de la loi de 1905, et il veut que cette lecture soit celle qui fasse jurisprudence[26]. Il est très intéressant d’ailleurs de voir que ce « conseiller » adoubé par Bianco et qui a ses entrées à l’Elysée s’abrite derrière des interprétations douteuses du droit, c’est assez bien joué, puisque c’est là que se trouve la faille. Si son interprétation du droit arrive à faire jurisprudence, alors plus rien n’entravera le développement du communautarisme. ce point de vue, démarqué de l’approche du droit américain, convient tout à fait à Macron. Et c’est bien cette idée d’un communautarisme assumé qui est la vraie motivation du discours de Macron à la conférence des évêques. La république française n’est plus une et indivisible, mais un patchwork de communautés qui cohabitent dans un ensemble plus vaste : l’Union européenne. On peut facilement rapprocher cela de ses déclarations intempestives, mais si révélatrice de son projet, selon lesquelles la culture française n’existe pas. 

       



    [1] http://www.lemonde.fr/religions/article/2018/04/10/macron-veut-reparer-le-lien-entre-l-eglise-catholique-et-l-etat_5283135_1653130.html

    [2] Jacques Sapir, Souveraineté, Laïcité et démocratie, Michalon, 2016.

    [3] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/laicite-manuel-valls-fait-la-lecon-a-emmanuel-macron_1974479.html

    [4] http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/02/11/macron-veut-poser-les-jalons-de-l-organisation-de-l-islam-de-france-au-premier-semestre-2018_5254980_823448.html

    [5] http://www.lemonde.fr/politique/article/2007/12/21/nicolas-sarkozy-veut-remettre-la-religion-au-c-ur-de-la-vie-de-la-cite_992142_823448.html

    [6] http://www.rtl.fr/actu/politique/macron-qualifie-de-potentiels-terroristes-les-kurdes-vises-par-la-turquie-en-syrie-7792074967

    [7] http://www.lepoint.fr/monde/l-appel-au-secours-des-kurdes-d-afrin-cela-s-appelle-du-nettoyage-ethnique-14-03-2018-2202210_24.php

    [8] https://www.marianne.net/societe/quelques-precisions-apres-notre-article-sur-yassine-belattar

    [9] https://www.marianne.net/societe/yassine-belattar-faux-clown-et-vrai-danger

    [10] https://francais.rt.com/france/49501-pere-soldat-tue-par-mohamed-merah-menace-humoriste-belattar

    [11] https://www.lopinion.fr/edition/politique/yassine-belattar-liberalisme-en-banlieue-ca-marche-146573

    [12] https://www.marianne.net/politique/le-gouvernement-se-prend-les-pieds-dans-le-tapis-racialiste-de-rokhaya-diallo

    [13] https://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/rokhaya-diallo-ce-que-dit-ben-28170

    [14] http://lmsi.net/Pour-la-defense-de-la-liberte-d

    [15] http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/10946

    [16] https://francais.rt.com/france/33569-il-n-a-pas-culture-francaise-macron-attire-foudres-droite

    [17] http://www.liberation.fr/france/2017/12/19/demissions-en-serie-au-conseil-national-du-numerique-apres-la-polemique-autour-de-rokhaya-diallo_1617681

    [18] Gallimard, 2017.

    [19] Gallimard, 2018.

    [20] https://www.dreuz.info/2018/02/17/hakim-al-karoui-charge-par-le-president-macron-de-vous-faire-accepter-lislam/

    [21] http://resistancerepublicaine.eu/2018/02/13/les-9-terrifiantes-propositions-de-hakim-el-karoui-conseiller-de-macron-pour-lislam-de-france/

    [22] https://www.la-croix.com/Religion/Laicite/presidence-dEmmanuel-Macron-conforte-lObservatoire-laicite-2017-05-15-1200847278

    [23] http://www.liberation.fr/france/2016/01/19/laicite-manuel-valls-crucifie-la-ligne-bianco_1427597

    [24] La boîte de Pandore, 2017.

    [25] http://www.ufal.org/laicite/revelation-sur-asif-arif-letrange-filleul-de-jean-louis-bianco-qui-prone-les-petites-filles-voilees-des-7-ans/

    [26] http://www.lejsd.com/content/la-la%C3%AFcit%C3%A9-%C3%A0-l%E2%80%99%C3%A9preuve-du-droit

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  •  Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018

    C’est un ouvrage général qui s’inscrit dans le courant contestataire du discours libéral dominant. Il est un proche parent de celui de Thomas Guénolé[1], un peu sans doute dans cette mouvance néo-keynésienne qu’on peut retrouver dans les manuels de Bernard Maris par exemple. Le point de départ est que l’économie n’est pas une science et ne peut l’être et donc que les discours sur ce sujet ne sont que des points de vue dans un débat plus vaste. Il va donc partir fort justement des questions de méthode et montrer dès le début que la méthodologie de l’économie dominante repose sur des principes erronés : elle part des choix individuels comme s’ils existaient indépendamment d’une logique collective. Cette agrégation des préférences individuelles est le fondement même de la logique du marché. Or les marchés n’existent pas tous seuls à l’Etat de nature, ils sont une construction sociale qui doit beaucoup à l’histoire.

    Thomas Porcher va donc s’efforcer de démontrer que les principes de l’économie dominante non seulement sont erronés dans leurs fondements, mais sont aussi inefficaces en ce qui concerne le progrès économique et social. Dès lors le discours libéral va apparaître d’abord que la justification dans la défense des intérêts particuliers, ceux de la finance et des multinationales. Les solutions inlassablement avancées depuis une quarantaine d’années et qui s’appuient sur la théorie de l’offre sont les suivantes :

    - privatiser tout ce qui peut être privatiser et rapporter des profits aux entreprises choisies par les hommes politiques corrompus ;

    - faire baisser la dépense publique et donc les dépenses sociales, dans la santé et dans l’éducation, malgré les discours lénifiants sur la nécessité d’investir dans le capital humain ;

    - baisser les impôts sur les plus riches – les premiers de cordée – et sur les entreprises, le fameux théorème de Schmit selon lequel les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ;

    - détruire le droit du travail jusqu’à ce qu’il n’en reste rien – flexibiliser le marché du travail, favoriser les licenciements pour créer des emplois ;

    - favoriser les traités de libre-échange, et donc détruire les normes concoctées par les Etats nationaux pour le plus grand profit des multinationales.

    Cela a beau paraitre simpliste et même contrefactuel, cela marche assez bien, il suffit de voir comment on dévalorise l’action des cheminots par exemple en invoquant la dette de la SNCF. Ce sont les fameuses réformes structurelles qu’on impose aussi bien à la France qu’à la Grèce ou au Gabon, comme panacée universelle, comme si la « science économique » avait mis au point une formule unique qu’il suffisait seulement d’appliquer, quelle que soit l’époque et quel que soit le pays. Dès lors, les économistes n’ayant plus rien à dire sur rien, et encore moins sur le reste, ne sont plus que des agents de propagande qui répètent tous la même chose de manière très prévisible.

    Force est de constater que ces recettes tout-terrain n’ont pas du tout les résultats annoncés en termes de croissance et d’emploi, c’est même l’inverse. Et donc que le moindre effort devrait consister à s’interroger sur les raisons de cette absence d’efficacité. Certes on peut toujours avancer comme le font certains cuistres que les réformes n’ont pas été assez loin, et que c’est pour ça qu’on n’a pas eu les « bons » résultats attendus. Dans les deux graphiques suivants, on voit clairement que depuis les débuts de la contre-révolution libérale la croissance s’est effondrée et que le chômage a explosé. Ces deux graphiques représentent le cas français, mais l’allure générale des courbes est à peu près similaire dans l’ensemble des pays de l’OCDE.  

    Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018 

    Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018 

    L’ouvrage de Thomas Porcher s’adresse à un public très large, non spécialiste de ces questions. Incontestablement il apporte un éclairage bienvenu sur les mensonges de l’économie libérale. Il passera donc de la question des dépenses publiques aux traités de libre-échange, ou à la déréglementation du marché du travail, ou encore même à la question de l’exploitation du gaz de schiste. Evidemment il n’est pas le premier à dénoncer cette idéologie sans fondement. Et comme la plupart des ouvrages de ce type, il manque d’un éclairage sur les raisons des dérives de ce système. Ce qui l’empêche évidemment de défendre un autre modèle que celui dans lequel nous nous trouvons. De là vient sans doute cette timidité pour contester les fondements de l’Union européenne dont il voit les défauts seulement dans une extension des principes d’une mondialisation excessive, et non pas dans l’idée même de la création de celle-ci. Or le ver était dans le fruit, et cette institution n’a pas été créée comme un idéal politique à atteindre, mais plutôt comme un outil au service des multinationales et des banques pour détruire les acquis sociaux.

    Son ouvrage, même si son intérêt nous parait évident, est donc avant tout défensif face aux assauts renouvelés du grand capital. On comprend bien qu’il est mâtiné de keynésianisme de gauche. Mais est-ce suffisant ? Qu’en est-il de la propriété privée des moyens de production ? Quelles sont les racines de la crise actuelle ?

      Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018

    Le flottement se trouve à ce niveau : on ne sait pas si la crise est profonde parce que les « puissants » ont modifié les règles institutionnelles de l’activité économique à leur profit, ou si au contraire comme le prétendent certains marxistes – Lohoff et Trenkle par exemple[2]  – ces réformes ont été nécessitées parce que la profitabilité des entreprises s’était effondrée et donc comme une conséquence de la crise latente. C’est un sujet évidemment compliqué mais pourtant nécessaire à discuter si on pense que le modèle économique doit être transformé en profondeur. Autrement dit est-il possible de restaurer le modèle keynésien ancien, celui des Trente glorieuses ? Bien que Thomas Porcher soit très sensible à la question écologique, il semble vouloir dire que oui. Il met très bien en évidence la brutalité du nouveau capitalisme qui se met en place, mais il ne dit rien sur la viabilité d’un tel système à supposer que les populations l’acceptent avec toujours plus de passivité.

    Je crois qu’il y a deux questions auxquelles Thomas Porcher aurait dû répondre : d’abord sur les raisons qui font que les économistes se rangent généralement du côté du manche et donc dans le camp bourgeois. On ne le dit pas assez, mais économiste est un métier qui rapporte… à condition d’être du bon côté de l’idéologie. Les institutions, les grandes entreprises, offrent des contrats juteux à ceux qui pensent bien, Jean Tirole en est l’exemple le plus flagrant, un homme d’une intelligence très limité, d’une culture assez faible, mais d’une grande capacité à faire rentrer de l’argent ce qui lui assure son pouvoir au sein de la Toulouse School of Economics. Déjà donner un nom à consonance anglophone à une institution française, financée sur fonds publics, est un signe de soumission assumée. 

    Thomas Porcher, Traité d’économie hérétique, Fayard, 2018 

    Le second point est évidemment le manque de culture générale de la plupart des économistes. Ils ne savent rien ou très peu de choses de l’histoire des faits économiques ou de l’histoire de la pensée économique. Or quand on connait un peu l’histoire de la pensée économique, disons depuis 1615[3], on se rend compte que ce sont toujours les mêmes controverses qui reviennent, sur la monnaie, sur le travail ou sur le rôle de l’Etat et du protectionnisme. Cette persistance valide d’ailleurs le fait, souligné par Thomas Porcher, selon lequel l’économie politique ne saurait être une science. Joseph Stiglitz avançait d’ailleurs, dans Quand le capitalisme perd la tête[4], que la priorité dans la formation intellectuelle des économistes devrait être d’abord l’histoire des crises et aussi l’histoire de la pensée économique, ça nous éviterait de redécouvrir Ricardo ou Smith au détour d’équations plus ou moins bien fondées.

    Toujours dans le même ordre d’idées, il y a le fait que les économistes du main stream fonctionnent en réseau et bénéficie d’un appui logistique important, via les grands médias détenus par de grands financiers. C’est Naomi Klein qui dans La stratégie du choc[5] qui montrait avec beaucoup de conviction comment justement la révolution libérale avait commencé par la reprise en main des économistes, notamment en finançant des think tanks richement dotés, des centres de recherches et des chercheurs pour appuyer leur volonté politique de reprise en main. 

     

    PS : Je me suis abstenu ici volontairement de discuter des errements de Thomas Porcher en ce qui concerne ses prises de positions politiques. Il soutint en effet d’abord Cécile Duflot, ensuite Benoît Hamon et appela à voter Emmanuel Macron au deuxième tour des élections présidentielles.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/thomas-guenole-antisocial-la-guerre-sociale-est-declaree-plon-2018-a139701698

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/la-grande-devalorisation-ernst-lohoff-norbert-trenkle-post-editions-20-a117198238

    [3] C’est la date du premier Traité de l’oeconomie politique d’Antoyne de Montchrestien.

    [4] Fayard, 2003

    [5] Léméac/Actes Sud, 2008.

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  • Note sur la grève de Carrefour

    La course au profit 

    Evidemment face à la grande grève de la SNCF, la grève chez Carrefour peut apparaître comme petite. Elle mérite pourtant qu’on s’y intéresse. Le 31 mars 2018, ce sont l’ensemble des hypermarchés qui ont été touchés par la grève, et pour une fois, l’ensemble des syndicats avaient appelé à l’action, y compris le syndicat jaune de la CFDT et FO. Cette grève est importante pourtant à plus d’un titre. D’abord par ses raisons. Le mouvement de grève vient de ce que le groupe Carrefour vient de réduire la prime de participation qui est passée de 617 € en moyenne à 57 € ! Elle a été divisée par 11 ! Evidemment cela se comprendrait si dans le même temps la rémunération des actionnaires – qui représentent l’argent qui dort comme disait Mitterrand – baissait également. Mais ce n’est pas le cas ils toucheront ensemble 356 millions €, sans avoir eu à travailler[1]. En outre on peut dire que ces actionnaires sont de vrais assistés, car non seulement ils ne travaillent pas, mais en outre ils profitent de façon indirecte du CICE, cette mesure idiote voulue par Macron quand il était ministre de l’économie, puisque Carrefour a touché entre 110 et 134 millions € par an depuis 2014, soit environ 700 millions d’euros sur la période 2014-2018[2]. Mais que deviennent ces 700 millions ? Le CICE veut dire Crédit Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi.  Ce qui est certain c’est que le CICE n’a servi qu’à transférer des ressources fiscales vers les entreprises pour accroître leurs marges et leurs profits, mais que cela n’a eu strictement aucune incidence sur l’emploi – ce qui suffit à prouver à mon sens la fausseté de la théorie de l’offre. Cet échec est consigné dans le rapport de Jean Pisani-Ferry lui-même, l’artisan de cette gabegie et proche conseiller de Macron[3]

    Note sur la grève de Carrefour 

    L’avenir des emplois et les bénéfices de Carrefour 

    La grève chez Carrefour est donc une forme de révolte contre ces pratiques prédatrices du capital sur le travail. D’un côté Carrefour encaisse les superprofits du CICE, et de l’autre il diminue les primes jusqu’à les rendre misérables, une aumône à peine. Mais il n’y a pas que cette question des primes qui ont été diminuées qui suscite la colère des salariés de Carrefour : il y a aussi la question de l’emploi. Il y a aussi le fait que Carrefour pour être plus compétitif désire supprimer plusieurs milliers d’emplois. On parle de 2400 départs volontaires[4], mais certains parlent de 9000 suppressions à terme. L’Humanité cite le chiffre de 5000 postes[5]. C’est la rançon de la modernisation des hypermarchés qui vont automatiser le travail aux caisses en supprimant justement des caissières. Ce n’est pas propre à Carrefour, tous les hypermarchés suivent cette évolution mortifère pour l’emploi. Il faut bien comprendre que les travailleurs de Carrefour ont très souvent des horaires très difficiles, notamment en ce qui concerne les caissières, mobilisées aux heures d’affluence et laissées au repos le reste du temps. Pour ces raisons de rythme, elles n’ont pas toutes un temps complet – le personnel de Carrefour est à environ 60% féminin, et les femmes étant plus flexibles dans leurs horaires sont présentes aux caisses à au moins 90%. Les conditions de travail ne sont pas bonnes et les salaires non plus, encore que Carrefour apparaisse plus généreux que ses concurrents comme Auchan ou Géant Casino qui traitent leurs employés comme des moins que rien et qui en termes d’offres sont un cran en dessous du point de vue de la qualité – ce n’est pas peu dire !

    Les bénéfices de Carrefour peuvent être augmenter de trois manières :

    - soit en élargissant la clientèle, mais cela semble révolu maintenant depuis 2011 quand la firme a atteint les 90 milliards d’euros de chiffre d’affaire, aujourd’hui on en est plutôt à 75 milliards ;

    - soit en faisant pression sur les fournisseurs pour augmenter leurs marges. Mais là encore c’est difficile parce que ce mouvement a déjà mis en péril de nombreuses entreprises qui travaillent avec Carrefour ;

    - la guerre des prix entre les hypers étant ce qu’elle est, il ne reste plus qu’à rogner le plus que l’on peut sur les frais de personnel. C’est là que les lois Macron sont les bienvenues, notamment en ce qui concerne les possibilités de ne pas surpayer les heures supplémentaires ou les heures travaillées le dimanche. Mais en tous les cas, la possibilité d’automatiser les tâches est une piste très prometteuse. Et bien sûr la possibilité de licencier les travailleurs comme on l’entend, même quand l’entreprise fait des bénéfices, est une autre possibilité de dégonfler la masse salariale. 

    Note sur la grève de Carrefour 

    Tout ceci explique pourquoi les employés de Carrefour sont furieux. En vérité ce n’est pas d’aujourd’hui qu’ils manifestent leur mécontentement. Mais ils le faisaient jusqu’alors d’une manière assez désordonnée, on a eu des grèves depuis au moins six mois un peu partout en France. C’est seulement le 31 mars que le mouvement a pris un caractère national. Et comme ce mouvement a été très suivi, il a effrayé un peu les patrons de Carrefour. Ils en sont aujourd’hui à négocier : les salariés ont déjà obtenu un relèvement de la prime de 57 € à 407 euros, mais comme il manque encore presque 200 €, la direction a avancé qu’elle pouvait concéder une prime additionnelle en bons d’achat pour 150 €. 

    Les leçons d’un mouvement social 

    Les leçons de ce mouvement social assez peu médiatisé par rapport aux cheminots qu’il est plus facile de présenter comme des nantis, sont nombreuses. D’abord c’est une grève assez dure et largement suivie et une grève dans le secteur privé. Or on sait que dans le privé c’est plus difficile de mobiliser. Mais à Carrefour cela s’est fait assez facilement finalement, ce qui veut dire que les salariés sont plutôt remontés contre leur direction, mais aussi que la tension a été aggravée par les réformes de Macron et de son gouvernement. Macron a beau dire que ceux qui râlent contre sa politique sont seulement des jaloux et des aigris, il n’arrivera pas à masquer que toutes les mesures qu’il a prises renforcent les inégalités sociales qui sont déjà à un niveau élevé. Il n’arrive pas à se défaire de son image de président des riches. Cela pèse sur l’ensemble des conflits sociaux car les travailleurs ne comprennent pas très bien pourquoi leurs salaires stagnent, voire régressent, tandis que les revenus des plus riches augmentent de manière indécente : par exemple Bernard Arnault a vu sa fortune augmenter de 22% en 2016[6] et encore de 73% en 2017[7]. Ces chiffres sont connus et circulent tous les jours sur les réseaux sociaux. Les salariés comprennent intuitivement que les patrons ne veulent pas partager et se débrouillent pour accaparer tous les gains de productivité du travail. Or Macron appuie cette politique extravagante qui consiste à privilégier les oligarques : non seulement il offre de nouvelles baissent d’impôts aux plus riches, mais il augmente les taxes pour les plus pauvres et supprime les APL.

    Note sur la grève de Carrefour

     

    L’autre enseignement c’est que lorsque les syndicats sont unis et déterminés dans la grève, c’est mathématique, le patronat recule. C’est ce qui s’est passé avec Carrefour, la direction sans rétablir pour l’instant les avantages supprimés a considérablement reculé. Mais contrairement à la logique du syndicat jaune, la CFDT, il ne faut pas morceler les luttes, au contraire les agglomérer. Tant que les employés de Carrefour faisaient des grèves ponctuelles et discontinues, la direction n’a pas bougé, dès que la grève est devenue nationale, ils ont changé d’attitude. Les pertes de recettes sur un samedi comme celui du 31 mars sont en effet considérable.

    Que ce soit le mouvement des cheminots ou les autres mouvements sociaux, ils se tiennent tous l’un l’autre, en ce sens que c’est bien l’exaspération générale des salariés dans les autres secteurs qui fait que le soutien au cheminot s’est renversé ces derniers jours. Il suffit de voir la confrontation de Macron avec les infirmières de l’hôpital de Rouen pour comprendre que tout se tient. Non seulement Macron a été hué à son arrivée à l’hôpital, mais il a été pris à partie par les infirmières qui lui ont dit que leurs services explosaient face aux coupes budgétaires, pour ne pas perdre complètement la face, il s’est emporté, s’est montré grossier et leur a tourné le dos. Cette morgue d’enfant gâté qui prétend expliquer aux infirmières comment elles doivent travailler le rend encore plus antipathique qu’il ne l’est naturellement. Les infirmières ont une bonne image dans l’opinion, elles au moins sont utiles, ce qui ne semble pas le cas des hommes politiques et du président. La mauvaise image du petit président dans l’opinion renforce facilement la détermination des autres secteurs à résister à cette offensive de l’oligarchie contre les petits salariés. De même il est probable que si Macron ne s’en était pas pris aux retraités à travers la hausse de la CSG, ceux-ci auraient été moins enclins à soutenir les cheminots.



    [1] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/04/05/greves-a-carrefour-pour-apaiser-les-tensions-la-direction-propose-un-bon-d-achat-de-150-euros-a-ses-salaries_5281268_3234.html

    [2] http://www.liberation.fr/checknews/2018/01/25/combien-carrefour-a-touche-grace-au-cice-en-2017_1625109

    [3] http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/rapport_cice2016_28095016_ok.pdf

    [4] https://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKBN1H70D2-OFRBS

    [5] https://www.humanite.fr/selon-la-cgt-carrefour-sapprete-supprimer-jusqua-5-000-postes-646921

    [6] https://www.latribune.fr/economie/france/la-fortune-de-bernard-arnault-a-grimpe-de-22-en-un-an-666927.html

    [7] https://liberation.checknews.fr/question/45461/bernard-arnault-gagne-t-il-vraiment-800e-par-seconde

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