• La bataille d’Afrin et la presse française 

    Dans mon précédent billet[1] j’ai essayé de dire pourquoi il fallait soutenir le peuple kurde qui se trouve actuellement sous le feu de l’armée turque. Les nouvelles sont évidemment alarmantes : les troupes du dictateur Erdogan menacent de pénétrer dans la ville et de faire un véritable génocide sans même que les occidentaux ne lèvent un sourcil pour tenter d’éviter le massacre. Enfermés dans Afrin dont ils ne peuvent sortir, les combattants kurdes et les civils attendent la mort. Le silence de l’ONU montre à quel point ce « machin » ne sert à rien. Officiellement Afrin se trouve en Syrie, et donc il est clair que la Turquie a violé au moins une frontière et se trouve dans la position de l’agresseur qui contourne le droit international.

    Mais la situation elle-même à Afrin n’est pas tout à fait le sujet de mon billet du jour. C’est plutôt de la position des occidentaux et de la presse à laquelle je m’intéresse. Le 13 mars 2018, il y a eu une manifestation pro-kurde devant l’ambassade américaine. Ce qui est logique puisqu’il n’y a plus qu’une intervention américaine qui peut enrayer le massacre. Or cette manifestation a été durement réprimée par la police française, confirmant ce que je disais dans mon précédent post que Macron avait choisi son camp, et donc de soutenir indirectement le dictateur Erdogan[2]. C’est d’autant plus choquant que la police française n’a jamais reçu l’ordre de réprimer les manifestations pro-palestiniennes dans lesquelles on entend des slogans comme « mort aux juifs ». Les organisations gauchistes qui participent à ce genre de joyeusetés ne font jamais de commentaires sur cette tendance raciste[3] qu’elles couvrent de leur douteuse caution. 

    La bataille d’Afrin et la presse française 

    Les journaux français sont très partagés et en général assez peu enthousiastes pour se porter au secours des kurdes. Par exemple Libération, officiellement le garant des luttes anti-coloniales, sort un article très ambigu dans lequel Hala Kodmani[4] a bien du mal à cacher son antipathie pour les kurdes. Au lieu de partir de l’existence du peuple kurde et des souffrances qu’il endure face à une puissante armée, il s’attarde sur l’alliance de circonstance entre les forces pro-syriennes et les forces kurdes. Comme s’il n’arrivait pas à comprendre que face à un danger mortel, les kurdes n’ont pas le choix, d’autant qu’en se mettant sous le pavillon syrien, ils peuvent obtenir l’aide indirecte des Russes qui peuvent encore retenir le dictateur Erdogan dans son périple sanglant. Libération justifie ainsi sa réputation d’être l’ami de tous les dictateurs, c’est un peu dans son ADN depuis sa naissance où à l’époque ce journal soutenait la dictature chinoise. Si depuis son virage libéral ce journal n’a pas de mots assez durs contre le régime vénézuélien, il ne critique qu’avec beaucoup de circonspection le régime d’Ankara. 

    La bataille d’Afrin et la presse française 

    Le monde semble également très embarrassé. Il ne met pas en tête de son site les articles sur le massacre annoncé des Kurdes. Il faut les chercher pour les trouver. Il se contente de compter les points. Il ne parle pas dans son titre d’ailleurs du peuple kurde, mais plutôt de la Syrie[5]. Sans doute que la locution « peuple kurde » lui écorcherait la bouche. Le ton de leur article est d’essayer de dédouaner Erdogan, en expliquant que celui-ci a des raisons de penser que les Kurdes de YPG qui a joué un rôle décisif dans la lutte contre Daesh, sont liés au PKK et donc comme dirait Macron, sont des terroristes potentiels. On voit que l’analyse du Monde est complètement en phase avec la pensée macronienne. Ce n’est évidemment pas étonnant : Le monde est aujourd’hui le premier organe de propagande du président français. Et en même temps on se rappelle que Le monde, journal furieusement pro-européen, a du mal à faire le grand écart en défendant d’un côté l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, et de l’autre « les droits de l’homme ».

    Même leur article sur les soutiens occidentaux des Kurdes à Afrin est marqué du sceau de la dérision[6], comme si ces courageux combattants étaient juste des soldats perdus et sans cause réelle. Or étant donné les rapports sociaux dans la population kurde, l’engagement de ces soldats rappelle plus les brigades internationales qui se battaient en Espagne contre Franco, que les mercenaires qui se sont engagés pour de l’argent en Afrique ou en Amérique latine. Mais cette nuance semble échapper à Allan Kaval. On chercherait en vain dans les articles du Monde une mise en valeur de cette contradiction majeure : l’YPG qui était reconnu comme un élément essentiel de la lutte contre Daesh, est aujourd’hui combattu par la Turquie comme si Erdogan reprenait à son compte le drapeau de Daesh. Pour ceux qui ont suivi le développement de la guerre contre l’Etat Islamique, ils se souviendront que tandis que les Occidentaux combattaient Daesh, la famille Erdogan faisait du commerce avec l’EI dont elle revendait le pétrole sur le marché noir[7]. Le monde continue encore le 15 mars 2018 son travail de désinformation en tentant de montrer une sorte d’équivalence entre la situation d’Afrin et celle de la Ghouta orientale. Sauf évidemment que Bachar Al-Assad représente le pouvoir syrien et agit dans son pays pour éradiquer les résidus de la sécession, tandis qu’Erdogan envahit un pays dans un but génocidaire[8]. Quoi qu’on pense du régime d’Assad – et je n’en pense pas du bien, il est complètement erroné et malveillant que de représenter la situation dans les deux zones comme équivalentes et s’équilibrant. Les priorités d’un média en disent très long sur ce dont il ne traite pas. Le 16 mars, Le monde fait sa une sur le génocide… rwandais, et lui consacre un très gros dossier, une guerre certes terrible et importante, mais qui date de près d’un quart de siècle ! 

    La bataille d’Afrin et la presse française 

    Mais il y a tout de même des journalistes qui ne se sont pas vautré autant dans la lâcheté. Je dois ici saluer pour une fois la position de L’Humanité. En effet, c’est un des rares organes de presse qui en France a pris fermement la défense des Kurdes avec constance. Je peux d’autant plus me permettre de souligner la position de L’Humanité et donc du parti communiste que le plus souvent je me trouve en désaccord avec leur position internationale, que ce soit sur la question de la Palestine, de la Grèce ou de l’Europe. Mais L’Humanité est un des rares organes de presse à mettre sérieusement et avec constance en garde contre le désastre humanitaire qui s’annonce à travers des articles assez bien documentés[9]. 

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    La presse main stream est plus embarrassée. On l’a vu avec Le monde. C’est également le cas du Point, organe macronien de la première heure qui commence maintenant à s’inquiéter du danger d’un nettoyage ethnique à Afrin[10]. Notez que ce journal pensait il y a quelques années que la Turquie d’Erdogan normaliserait sa position avec les Kurdes vers un apaisement, on notera la perspicacité d’un tel journalisme qui ressortait en vérité du vieux de voir la Turquie se donner enfin les moyens d’être présentable pour pouvoir entrer dans l’Union européenne[11]. Mais ce retournement est en contradiction avec la politique de Macron qui clairement se moque du génocide annoncé des Kurdes au motif que ceux-ci seraient des « terroristes potentiels ». Si l’ensemble de la presse française suivait la voie du retournement et se décidait à soutenir fermement les Kurdes face au dictateur Erdogan, cela mettrait évidemment Macron en porte-à-faux. Les Turcs sont en effet très bien organisés en Europe, et en France, au point de commettre des assassinats en plein Paris en toute impunité[12]. Quand il y a eu des manifestations contre les exactions de la Turquie à Paris, la Turquie a vertement réprimandé la France, sans que les autorités françaises ne répondent sérieusement à cette énième provocation. Le figaro qui décidemment malgré son ancrage à droite apparait comme bien plus objectif que « le journal de référence » a commencé à publier des articles sérieux en défense du peuple kurde, démontrant s’il le fallait encore que le silence des Occidentaux ressemble assez bien à de la corruption[13]. 

    Le fond du problème 

    La question principale au-delà de la colère qu’on peu ressentir envers le régime d’Ankara est de revenir à la réalité du terrain. Car le fond de l’affaire est bien la création d’un Etat kurde. La seule solution de paix durable est d’agir pour que les Kurdes aient enfin leur Etat, indépendant aussi bien de la Turquie, que de la Syrie, ou de l’Iran et de l’Irak. C’est une question qui date d’un siècle environ, et qui aurait dû être traitée sérieusement lorsqu’on a démantelé l’Empire Ottoman, cet Empire Ottoman qu’Erdogan vise de reconstruire comme le phare de l’islamisation du monde. Or pour des raisons complexes, les autorités occidentales ont tracé des mauvaises frontières entre les quatre pays sur lesquels se trouve le peuple kurde. On pourrait dire que c’est là un des legs empoisonnés de l’impérialisme occidental au Moyen-Orient.   

    La bataille d’Afrin et la presse française 

    La presse n’est finalement que le reflet de ce que font et pensent les élites. Pour faire autre chose que de jouer le rôle de caisse de résonnance, il faudrait poser la question clairement, et sortir de la fausse rhétorique survendue par le dictateur Erdogan aux Occidentaux selon laquelle les Kurdes sont comme dirait Macron des « terroristes potentiels ». Il faudrait clairement poser la question de l’Etat kurde et éduquer les pseudo-élites qui nous gouvernent à cette idée selon laquelle le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est inscrit non seulement dans la rhétorique léniniste[14], mais encore plus précisément dans la Charte de l’ONU[15]. Mais le conservatisme de la presse en général fait que les journalistes préfèrent les positions figées, ou alors qui vont dans le sens d’un impérialisme singulier, ce qui est le cas du dictateur Erdogan qui vise clairement le rétablissement de l’Empire Ottoman dans ses prérogatives anciennes. Etant aussi travaillés par l’idéal d’une gouvernance mondiale, ils ne comprennent pas la notion de souveraineté, et partant celle de nation. Notez que dans la rhétorique turque, un éventuel Etat kurde est présenté comme un « nouvel Israël », soit une nation impie, ennemie de l’Islam. 

    La bataille d’Afrin et la presse française 

    Nous avons toutes les raisons de soutenir le peuple kurde et de tenter de prévenir un nouveau génocide, non seulement par souci simplement humanitaire ce qui devrait apparaître assez évident, mais également parce que la paix dans toute la région en dépend, et aussi parce qu’une victoire de l’armée turque contre les Kurdes renforcerait les positions d’Erdogan vis-à-vis de l’Occident, lui permettrait de reprendre la main sur son armée, et de revenir en force pour faire chanter les Européens. Ceux qui se mobilisent volontiers contre l’impérialisme américain ou israélien, devraient aussi se poser la question de l’impérialisme turc, pour l’instant on ne les a guère vu à la pointe de ce combat.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/soutenir-le-peuple-kurde-contre-le-dictateur-erdogan-a138760270

    [2] https://fr.sputniknews.com/france/201803131035488414-Paris-kurdes-gaz/

    [3] http://www.europe-israel.org/2017/12/paris-appel-au-meurtre-juifs-lors-de-la-manifestation-antisemite-des-islamistes-des-antifas-et-de-bds-au-cri-de-mort-aux-juifs-video/

    [4] http://www.liberation.fr/planete/2018/02/22/afrin-le-jeu-de-dupes-turco-kurdo-syrien_1631407

    [5] http://www.lemonde.fr/syrie/article/2018/03/14/syrie-l-etau-se-resserre-sur-la-ville-d-afrin-encore-tenue-par-les-kurdes_5270777_1618247.html

    [6] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/03/14/des-volontaires-occidentaux-comptent-rester-jusqu-au-bout-avec-les-forces-kurdes-a-afrin_5270839_3218.html

    [7] http://www.bfmtv.com/international/erdogan-et-sa-famille-impliques-dans-le-trafic-de-petrole-avec-l-ei-accuse-l-armee-russe-933633.html Les recettes de ce commerce douteux auraient été recyclées via des comptes offshore à Malte.

    [8] http://www.lemonde.fr/syrie/article/2018/03/15/syrie-des-milliers-de-civils-fuient-la-ghouta-orientale-et-afrin_5271613_1618247.html

    [9] https://www.humanite.fr/syrie-afrin-meurt-dans-le-silence-du-monde-652111

    [10] http://www.lepoint.fr/monde/l-appel-au-secours-des-kurdes-d-afrin-cela-s-appelle-du-nettoyage-ethnique-14-03-2018-2202210_24.php

    [11] http://www.lepoint.fr/monde/pourquoi-la-turquie-s-ouvre-aux-kurdes-22-03-2013-1644506_24.php

    [12] http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/07/23/assassinat-de-militantes-kurdes-a-paris-la-justice-pointe-l-implication-des-services-secrets-turcs_4694801_1653578.html

    [13] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/03/13/31002-20180313ARTFIG00158-bataille-d-afrin-silence-on-ne-massacre-que-des-kurdes.php

    [14] Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, janvier-février (1916), Editions sociales et Editions du Progrès, 1973.

    [15] Chapitre 1, article 1, alinéa 2. http://www.un.org/fr/sections/un-charter/chapter-i/

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  • La Turquie bombarde la région kurde au nord de la Syrie et plus précisément la ville d’Afrin. Ce faisant, elle viole un grand nombre de règles de la diplomatie internationale : non seulement elle s’apprête à un véritable génocide au Kurdistan, mais en outre elle viole les frontières de la Syrie avec laquelle elle a par ailleurs des différents frontaliers importants dans la région d’Alexandrette.  

    Soutenir le peuple kurde contre le dictateur Erdogan

    Le conflit au Kurdistan et la position des occidentaux 

    La critique de Macron contre sa politique intérieure qui vise à détruire un modèle social en abaissant toujours plus les droits des travailleurs et leur salaire est maintenant bien documentée. Et j’ai dit ici à de nombreuses reprises pourquoi cette politique non seulement était inégalitaire, mais aussi amènerait à court terme le chaos et sans doute la récession. Bref je n’ai aucune sympathie pour ce petit banquier semi-instruit dont la culture et l’intelligence m’apparaissent finalement assez rudimentaires. Mais Macron n’est guère plus crédible sur le plan de la politique internationale, malgré les louanges que lui tressent les médias. Comme en ce qui concerne les réformes économiques, pour ce qui est dues kurdes, il ne fait que suivre l’air du temps, autrement dit les recommandations de l’OTAN, boutique obscure qui cherche tant bien que mal à justifier de son utilité et son budget.

    C’est ainsi qu’en recevant le dictateur islamiste Erdogan à la fin du mois de janvier dernier, il a, toute honte bue, qualifié les Kurdes de « potentiels terroristes »[1]. A l’ignorance Macron a ajouté la lâcheté. On comprend ainsi ce qu’Erdogan était venu chercher à Paris : la bienveillance de Macron pour pouvoir massacrer les Kurdes en toute impunité. De tout ce que fait et dit Macron, c’est je crois le plus ignoble qui soit arrivé en moins d’un an de présidence. Mais comme je l’ai dit plus haut, Macron qui n’a aucune imagination en rien ne fait que suivre les directives de l’OTAN en la matière : la Turquie est en effet membre de l’OTAN, et à ce titre, elle apparait comme un dispositif décisif dans la lutte contre « le communisme ». Bon, le communisme, même à la manière édulcorée soviétique, n’existe plus depuis la fin des années 80, mais les stratèges occidentaux ne semblent pas le savoir. Donc ils supposent – c’est du moins la version officielle – que la Russie est l’agresseur, et que la Turquie est le tampon nécessaire entre l’Europe et la Russie. Et sans doute que de nombreux caciques européistes songent encore, malgré l’opposition résolue de l’opinion publique, à intégrer la Turquie dans l’Union européenne[2]. Entre parenthèses, il est assez étonnant de voir en permanence que les Occidentaux croient encore à la puissance militaire russe comme une vraie menace militaire. Cette croyance a été réactivée il y a quelques années avec l’idée que l’annexion de la Crimée violait le droit international et que cela méritait sanction. Mais il est assez facile de vérifier que la Crimée est d’abord russophone avant que d’être ukrainienne de hasard. Et comme la très grande majorité des Criméens est très largement attachée à la Russie, et au nom de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, il est très difficile de prétendre faire revenir la Crimée dans le giron de l’Ukraine, un pays qui n’a jamais vraiment existé.

      Soutenir le peuple kurde contre le dictateur Erdogan

    Pour ceux qui ont lu vraiment Marx et Engels[3], la question d’Orient leur est familière. Dans le volume IV des Œuvres politiques publiées par les éditions Costes en français en 1929, plusieurs articles, écrite en 1853 et 1854, dénoncent les atermoiements de l’Europe dans la guerre russo-turque. Que disent ces articles ? D’abord ils dénoncent le panislamisme ottoman, et c’est du reste à ce propos que Marx produira une critique radicale de l’Islam, dénonçant cette religion comme la pire religion qui puisse exister[4]. Il en viendra donc à dénoncer le soutien de l’Europe à la Turquie dans la guerre de celle-ci à la Russie, bien qu’il considère lui aussi la Russie comme une nation impérialiste. Mais pour ce qui concerne la Turquie, il dénonce son expansionnisme continue, que ce soit vers la Grèce ou que ce soit en Palestine. Et il dénonce ce pays comme doublement coupable, à la fois parce qu’il développe une politique expansionniste, mais aussi parce qu’il est le véhicule de l’Islam. Quand on lit ces articles, on a l’impression que rien n’a changé vraiment, du Tsar Nicolas 1er – et donc de la première Guerre de Crimée – à Poutine, en passant bien sûr par le prétexte du communisme.  

    Soutenir le peuple kurde contre le dictateur Erdogan

    Mais justement ce qui a changé, c’est la création de l’Etat d’Israël et l’émergence du peuple kurde qui revendique une nation qui serait à cheval sur quatre Etats assez mal taillé : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Curieusement si les Palestiniens trouvent de nombreux soutiens dans leur quête d’un Etat spécifique, les Kurdes n’en trouvent guère. L’extrême gauche – à quelques exceptions près, notamment celle du PCF – qui a dépensé beaucoup d’énergie dans la défense du peuple palestinien, n’en trouve guère pour défendre le droit du peuple kurde à disposer de lui-même en créant son propre Etat national. Généralement ils trouvent ça très mal de tailler des croupières dans la nation turque.  Mais peut être aussi qu’inconsciemment, s’ils défendent assez mollement les Kurdes, c’est parce qu’ils voient dans leur démarche une sorte de réplique de la fondation d’Israël qui pour eux est l’incarnation du mal absolu. Et d’ailleurs Israël est un des rares Etats au monde à soutenir la création d’un Etat Kurde indépendant[5]. Si Israël soutient les Kurdes, c’est bien sûr parce qu’un Etat kurde améliorerait sa sécurité, mais aussi parce que la création d’un Etat kurde ressemblerait à s’y méprendre à celle d’Israël.

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    Les Américains, comme d’habitude, ont du mal à hiérarchiser les priorités géostratégiques, et donc ils gardent deux fers au feu comme on dit : d’un côté ils soutiennent Erdogan parce que la Turquie est dans l’OTAN et qu’elle leur semble le meilleur rempart à l’expansionnisme russe, mais de l’autre ils ont armé les combattants kurdes dans la lutte contre Daesh, pensant que cela leur éviterait s’y aller eux-mêmes. On comprend assez bien que ce double-jeu ne pourra pas durer bien longtemps. Ce grand écart handicape clairement leur stratégie moyen-orientale. Les Allemands, et donc l’Union européenne, sont aussi les alliés naturels de la Turquie, c’est avec l’Empire Ottoman qu’ils ont d’ailleurs perdu la Première Guerre mondiale ce qui a engendré le dépeçage de l’Empire Ottoman et ultérieurement l’émergence de l’Etat d’Israël et des nationalismes arabes. Les Allemands aussi pensent que l’opposition de la Turquie et de la Russie est un élément de leur propre sécurité. Il y a aujourd’hui un bras de fer engagé entre l’OTAN et la Turquie : d’un côté si l’OTAN expulse la Turquie de son organisation, elle s’affaiblit, de l’autre, en la tolérant, elle va se trouver face à des choix difficiles[6]. Si la Turquie était expulsée de l’OTAN, c’est Erdogan qui perdrait tout, car, quelles que soient ses rodomontades, la Russie ne s’alliera jamais vraiment avec quelqu’un comme lui, non seulement parce que celui-ci est ingérable, mais aussi parce que la Russie est l’ennemi héréditaire de la Turquie comme nous l’avons rappelé plus haut et que ce pays n’est pas près de défendre un Etat islamique.

    Comme on le voit c’est l’Orient compliqué ainsi que disait le général De Gaulle. Mais le plus curieux c’est qu’il semble que depuis la Guerre de Crimée au milieu du XIXème siècle, les positions se soient gelées, liquéfiées – malgré la parenthèse d’Atatürk en Turquie, et aussi celle du Shah en Iran qui tentait de faire avancer son pays sur la voie de la modernité. Et comme d’habitude, les occidentaux ne savent pas se positionner. C’est ce qui explique leurs inconséquences et le fait qu’en croyant enrayer les offensives russes dont ils font une obsession déraisonnable, ils ne font finalement qu’armer encore un peu plus le principal ennemi de l’Occident : l’Islam[7]. Comme si les leçons de l’Iran, l’Afghanistan et de l’Irak n’avaient pas été retenues.  

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    En vérité le jeu est encore un peu plus compliqué. Les Russes auraient empêché probablement les Turcs d’attaquer Afrin, si celle-ci avait fait allégeance à la Syrie. Mais les Kurdes qui rêvent d’un Etat indépendant, ont préféré se ranger sous la bannière américaine, pensant qu’ainsi les Turcs n’oseraient pas intervenir. C’est une erreur d’appréciation : l’administration Trump est complètement en vrac et, contrairement à la Russie qui conduit un plan assez clair au Moyen-Orient, elle n’a pas de vraie doctrine. Ayant soutenu les dissidents islamistes d’Al Nostra contre Assad, et celui-ci ayant survécu à cette offensive, elle sait qu’elle a perdu le contrôle de la région, au point que les Israéliens ont maintenant une politique régionale très différente de celle de Washington. Il est possible cependant que l’administration Trump commence à s’inquiéter de ces dérives et comprenne enfin qu’il est de l’intérêt de l’Occident de construire un vrai Etat kurde. On n’en est pas là cependant, à moins que l’opinion publique fasse le forcing pour venir en aide aux Kurdes. Il serait alors possible que les conseillers de Trump comprennent que par ce biais les Etats-Unis pourraient retrouver une influence réelle au Proche Orient alors qu’Obama s’est désintéressé de la région durant ses deux mandats, laissant le chaos s’établir. 

    Et le peuple kurde ? 

    Mais que devient dans cette salade le peuple kurde ? Car c’est tout de même lui qui, au-delà de ces considérations géostratégiques, est menacé au moins d’un génocide partiel dans le nord de la Syrie. Les habitants fuient la ville, et la communauté internationale ne réagit toujours pas à l’avancée des troupes turques[8]. Il y a quelques mois encore, on saluait le courage des peshmergas dans leur lutte à mort contre Daesh, et plus encore, on admirait les bataillons de femmes qui étaient entrés dans la lutte. Aujourd’hui le peuple kurde doit faire face à l’armée turque, une des armées les plus puissantes de la région après Israël. Cette armée est le fer de lance du pouvoir dictatorial d’Erdogan. Elle est d’ailleurs très présente hors des frontières de la Turquie, elle est à Chypre, en Afghanistan, au Kosovo, et jusqu’en Somalie. L’armée kurde est forcément beaucoup plus faible et ses forces ne sont pas unies, ce sont plutôt un assemblage de milices, même si dans le cadre de la lutte contre Daesh elle a reçu un appui important de la part des Etats-Unis. Les Kurdes d’Afrin ont également reçu le soutien d’une partie de l’armée syrienne, mais c’est très insuffisant[9]. Ce sont plutôt les FDS qui se sont portées à leur secours.

    En France, la presse main stream ne soutient le peuple kurde que du bout des lèvres, se délectant plutôt du lâchage de Macron auprès d’Erdogan. Il faut pourtant choisir son camp : soit celui du peuple kurde, soit celui de la Turquie et de son dictateur qui se rêve en grand leader de l’islamisation du monde. Il faut noter que dans la région, seuls les Kurdes apparaissent différents, plus proche d’un idéal démocratique, le fait que les femmes y paraissent plus libres que dans les pays voisins, en est le signe. Si les Européens se sont gargarisés des sanctions produites à l’encontre de la Russie, ils n’ont même pas évoqué cette possibilité vis-à-vis de la Turquie qui fait exactement ce qu’elle veut en toute impunité.  

    Soutenir le peuple kurde contre le dictateur Erdogan

    Dès lors deux scénarios sont possibles :

    - soit l’Occident soutient clairement la création d’un Etat kurde et lâche la Turquie en la faisant sortir de l’OTAN, et en arrêtant de croire qu’en lui faisant miroiter une entrée dans l’Union européenne, elle rentrera peu à peu dans le rang des démocraties respectables ;

    - soit par peur autant que par lâcheté, elle maintient une sorte d’équilibre verbeux entre les deux parties, en espérant que cela se tassera à la longue. C’est cette piste qui a été suivie depuis de longues années, avec les résultats que l’on sait.

    Tant que l’Occident continuera à délirer entre la défense des droits de l’homme, une tolérance surannée vis-à-vis de l’Islam, et la peur de la Russie, il sera paralysé, et laissera justement la Russie avancer ses pions. La première hypothèse dépendra finalement d’un réveil des Américains qui peuvent y voir une occasion inespérée de reprendre la main dans une région où ils sont absents depuis l’élection d’Obama. Mais avec l’administration Trump, rien n’est certain. Il y a encore quelques mois, la Russie avait clairement montré les limites qu’elle accordait à la Turquie : ne pas toucher à la Syrie[10]. Et Erdogan avait bombé le torse en indiquant qu’il gagnerait la guerre contre la Russie en moins de trois jours. Personne n’y croit. Mais la question qui se pose est la suivante : jusqu’où les Russes toléreront-ils les incursions turques en territoire syrien ? On va le savoir très bientôt. Ce serait pourtant l’intérêt de la Syrie que d’enrayer les incursions de la Turquie sur son territoire, mais la Syrie ne veut pas non plus soutenir la création d’un Etat dissident. Et pourtant il est assez clair que l’avènement d’un Etat kurde permettrait d’apaiser les tensions entre la Turquie et la Syrie, alors même que ce pays aura beaucoup à faire pour se reconstruire.

    On voit donc que la défense du peuple kurde sous les bombes ce n’est pas seulement de l’intérêt des pays occidentaux, mais c’est aussi une nécessité humanitaire pour le coup, et également une avancée importante dans l’endiguement de l’expansionnisme islamiste. En attendant, les attaques turques contre les kurdes de Syrie ont soulagé les débris de l’EI qui sont en train de fuir la reprise en main par l’armée syrienne.



    [1] http://www.rtl.fr/actu/politique/macron-qualifie-de-potentiels-terroristes-les-kurdes-vises-par-la-turquie-en-syrie-7792074967

    [2] Encore qu’un conseiller de Le Drian laissait entendre récemment que si la Turquie faisait un geste, ce serait tout à fait possible à moyen terme. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/01/04/97001-20180104FILWWW00134-relations-avec-l-ue-la-turquie-va-devoir-faire-des-gestes-tres-concrets.php

    [3] On dit Marx et Engels, bien que ces articles aient été publiés sous la plume de Marx, mais en réalité, un grand nombre d’entre eux ont été rédigés par Engels, Marx n’ayant pas toujours le temps de produire ces articles rémunérateurs pour des journaux américains.

    [4] “Declaration of War. – On the History of the Eastern Question”, Tuesday, March 28, 1854, New York Daily Tribune, April 15, 1854. C’est dans ce texte fameux qu’il prend la défense des Juifs de Jérusalem, maltraités par les musulmans en tant que minorité religieuse.

    [5] http://fr.timesofisrael.com/pourquoi-israel-soutient-la-creation-dun-etat-kurde/

    [6] http://www.levif.be/actualite/international/erdogan-s-en-prend-a-l-otan/article-normal-811401.html?utm_campaign=Echobox&utm_medium=social_vif&utm_source=Facebook

    [7] Dans une interview donnée au Monde Hollande déclare que la France doit menacer la Russie pour faire avancer le dossier syrien. http://www.lemonde.fr/international/article/2018/03/12/hollande-quel-est-cet-allie-turc-qui-frappe-nos-propres-allies-avec-le-soutien-de-groupes-djihadistes_5269351_3210.html.

    [8] http://www.france24.com/fr/20180312-syrie-afrin-civils-fuite-ville-armee-turque-kurdes-ypg-turquie http://www.rudaw.net/english/middleeast/syria/120320183

    [9] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180306-syrie-fds-renfort-ypg-afrin-

    [10] https://arretsurinfo.ch/la-russie-ne-veut-pas-faire-la-guerre-a-la-turquie/

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  •  L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français  en général

    La logique des réformes 

    Macron n’est pas le premier président à vouloir forcer le peuple français à disparaître dans le moule indistinct du mondialisme. La France ne lui plaît pas, il ne l’aime pas, et on s’en souvient, il avait eu ce cri du cœur durant la campagne des présidentielles : « il n'y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse »[1]. L’idée que des cultures diverses, comme une mosaïque, construise la France, est non seulement une contre-vérité, mais un aveu. En effet même si la culture française est évidemment diverse, elle possède un socle et des racines communs, ne serait que parce que la langue a construit ce ciment-là. Mais cette imbécilité cachait en réalité un programme que méthodiquement il met en place pour le plus grand profit de ses amis affairistes : détruire la spécificité de la France, que ce soit en s’attaquant aux conquêtes sociales qui avaient après la Seconde guerre mondiale donné un peu de décence à la vie des salariés, ou à la population elle-même en en accélérant le « grand remplacement ».

    Sur ce dernier point il faut lui reconnaitre la constance : par exemple, en septembre 2015, il affirme avec l’arrogance des semi-instruits qui ne savent rien sur rien et encore moins sur le reste, que « l’arrivée des réfugiés est une opportunité pour la France »[2]. C’est une vision commune aux européistes qui ont d’abord une mentalité étriquée de comptable : il ne dit pas il faut aider les réfugiés parce qu’ils sont dans le malheur, non il dit c’est bon pour l’économie, ce qui veut dire, si je traduis en langage un peu plus direct : « c’est bon pour les entreprises car cela fera baisser les salaires ». Une variante de cette imbécilité, sanctionné dimanche dernier par le vote des Italiens, est de dire qu’en faisant travailler les réfugiés pour pas très cher, on pourra continuer à financer les retraites.

    En mars 2017, il ajoutera : « l’immigration n’est pas quelque chose dont nous pourrions nous départir. De surcroît, l’immigration se révèle une chance d’un point économique, culturel, social (...) Les démocraties qui réussissent l’intégration bénéficient d’une croissance supérieure à la nôtre. »[3]. Cette assertion n’est jamais démontrée sur la durée, à supposer encore que la croissance soit un horizon indépassable dans notre monde fini. En effet, il y a un lien inverse entre croissance de la population et amélioration du bien-être, même si on mesure celui-ci grâce au PIB. Autrement dit, plus la croissance de la population est forte, et plus la croissance économique est faible, les inégalités augmentent.

    C’est ce que nous voyons dans les graphiques suivants : la corrélation entre PIB par tête et croissance démographique est clairement négative sur la longue durée. Il est facile de vérifier que les pays où la démographie est très forte ce sont les pays les plus pauvres aussi. La théorie économique orthodoxe explique très bien cela par l’arbitrage qu’on peut faire entre « quantité » et « qualité » des enfants[4]. Malthus avait déjà compris que la croissance de la population était directement une entrave pour le développement économique[5].

    L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français  en général  

    En vérité si Macron avance que l’immigration et les réfugiés sont une chance, c’est essentiellement parce qu’il est obnubilé par la théorie de l’offre qui pourtant – depuis au moins le milieu des années 70 – a fait la preuve de son caractère erroné. En effet il suppose toujours que la croissance économique résulte de trois facteurs :

    - la baisse du salaire réel (direct et indirect) ;

    - la baisse des dépenses de l’Etat ;

    - les privatisations.

    Les faits démontrent pourtant depuis au moins deux siècles et demi que la croissance économique est d’autant plus soutenue que les salaires augmentent, que les dépenses de l’Etat augmentent et que les monopoles passent sous le contrôle de l’Etat. Il faut le répéter encore ici, si les dépenses publiques augmentent de partout sur le long terme, c’est parce que l’économie en a besoin, c’est ce qu’on appelle la loi de Wagner selon laquelle les investissements publics ont des rendements rapidement décroissants, et donc cela oblige à une croissance dépenses publiques plus rapide que la croissance du PIB[6]. Quant aux privatisations elles n’ont guère d’utilité que d’employer un capital surabondant qui trouve de moins en moins de raison de s’investir dans des secteurs productifs de valeur. Parmi les secteurs qui vont être privatisés dans les années qui viennent, il y aura sans doute la SNCF et la Sécurité sociale – du moins en partie.  

    L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français  en général

    En vérité on ne sait pas trop à quoi il croit véritablement, on sait seulement qu’il dirige un gouvernement de lobbyistes (Philippe, Buzyn, Hulot, Pénicaud) qui en même temps qu’ils portent la parole patronale, font aussi plus ou moins discrètement des affaires. Pénicaud a ainsi gagné grâce aux modifications de la fiscalité 62 000 € par an[7]. Et il est probablement que les privatisations à venir vont rapporter beaucoup d’argent à Macron et sa clique.

    Les privatisations annoncées – la Française des Jeux, les Aéroports de Paris – et celles qui sont sous-entendues – la SNCF et la Sécurité sociale, poursuive l’idée d’une vente de la France à la découpe. Les affaires seront juteuses, sinon elles ne trouveraient pas preneur. Mais quand un gouvernement privatise, cela veut dire qu’il vend ce qui n’est pas à lui, il vend notre bien commun sans nous demander notre avis. Et pire encore, il prive l’Etat de futures recettes publiques : le bénéfice opérationnel de Aéroports de Paris est au-dessus du milliard d’euros[8], celui de la SNCF à 1,3 milliards en 2017[9], malgré le statu des cheminots ! L’autre argument contre les privatisations est bien entendu que l’argent qui va servir à racheter à bas prix les biens publics manquera pour investir dans le secteur concurrentiel et donc améliorer la productivité globale de l’économie française. On fait remarquer par parenthèse que si ADP et la SNCF font des bénéfices importants, cela veut dire que ces entreprises publiques sont très rentables et donc que leur privatisation ne serait pas un gage de meilleur fonctionnement de l’ensemble. Mais dans la logique des privatisations, il y a aussi que celles-ci aboutissent à une privatisation continue de l’Etat lui-même. Macron est ouvertement un ennemi de l’Etat, comme il est un ennemi de la nation. L’idée de nation ne lui plait pas, il lui préfère celle de marché, et comme tous les représentants de commerce qui confondent gestion privée et gestion publique, il ne comprend pas la différence entre micro-économie et macro-économie, et donc par suite la notion de service public qui fait qu’une entreprise publique même si elle n’est pas rentable – comme l’éducation par exemple – est non seulement utile, mais elle est nécessaire au bon fonctionnement de l’ensemble.

      L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français  en général

    La doxa libérale et macronienne suppose que le travail n’est pas une nécessité, mais seulement un coût qui plombe la compétitivité mesurée par les profits. L’idée stupide autant que criminelle de faire débarquer en masse des immigrés en Europe où le chômage est très élevé, vise d’abord et avant tout à empêcher la formation d’une classe homogène et solidaire : on sait d’une manière précise que plus le degré d’hétérogénéité ethnique est élevé, et plus cela favorise le communautarisme et donc l’idée que les inégalités sont naturelles et dépendent plus des mauvaises dispositions de telle ou telle ethnie que d’un système économique particulièrement inique[10]. Et si Macron pense que l’immigration est une chance pour l’Europe, en bon petit soldat de la pensée économique orthodoxe, c’est parce qu’il suppose que cela fera baisser le prix du travail et donc permettra aux entreprises de relancer leurs offres pour conquérir de nouveaux marchés. Evidemment si tout le monde met en œuvre cette politique, l’objectif à atteindre devient impossible. Et c’est bien ce qui entretient la crise économique depuis 10 ans. 

    Des réformes tout azimut, l’assaut du « bloc bourgeois »[11] 

    D’un point de vue tactique, Macron qui n’a que peu de goût pour la démocratie et qui sait qu’il est très impopulaire[12] a choisi comme tactique de passer en force, sans dialogue avec ce qu’on appelle les corps intermédiaires. On l’a vu avec la réforme pourrie du droit du travail, on le voit encore avec le statut des cheminots qui est un leurre qui prépare la privatisation de ce qui est rentable dans la SNCF[13].

    Mais il y a autre chose. En s’inspirant de l’agitation sarkozienne, Macron propose des réformes tout azimut. Il ne se passe pas un jour sans qu’il ne veuille réformer quelque chose : un jour c’est l’éducation, un autre jour ce sont les prisons et les tribunaux, comme si la France ne fonctionnait pas du tout avant son élection. Il y a tellement de sujets auxquels il s’attaque que le peuple français n’a plus le temps de réfléchir au contenu véritable de ces réformes, ni à leur hiérarchie. Et encore, je ne parle pas ici des réformes institutionnelles à venir qui visent à entraver le travail d’amendement des parlementaires. C’est Serge Halimi qui faisait dans le dernier numéro du Monde diplomatique le rapprochement de cette tactique avec la stratégie du chaos[14].

    Mais si on regarde l’ensemble des réformes Macron avec un peu de recul, on se rend compte qu’elles sont tout à fait logiques et vont toutes dans le même sens : le but est de détruire la nation française, donc se débarrasser de sa souveraineté en matière de lois, de création monétaire (c’est fait) et d’autonomie budgétaire. Le profit ne connait pas de patrie.

    Cela m’amène à deux réflexions sur les limites de cet assaut du bloc bourgeois :

    1. la première est qu’il n’y a aucune chance pour que ces réformes amènent le plein emploi et la prospérité. Au contraire, on peut prévoir une récession dès le second trimestre de 2018. De nombreux plans de licenciements massifs sont annoncés, comme chez Carrefour où ce sont 10 000 emplois qui sont concernés[15]. On verra évidemment comment le petit peuple réagira à la dégradation continue de ses conditions de vie. Quand je parle de dégradation, je pense à l’aspect économique, mais aussi à l’aspect civilisationnel. L’exemple de l’Italie a montré à quel point le fait d’imposer des migrants en masse qui modifient le caractère profond de ce pays est rejeté[16].

    2. la seconde est que le monde bouge en même temps que Macron avance dans ses réformes pourries. Or, les pays européens ont tellement de problèmes divers et variés que les incantations macroniennes pour faire de l’Europe un Etat fédéraliste qui s’assiérait sur les identités des Etats n’a aucune chance d’aboutir. On l’a vu déjà avec la révolte des Etats de Višegrad, on le perçoit encore avec l’Italie qui récuse aussi bien les migrations massives que l’euro, et bien sûr avec le Brexit, sans parler de la Grèce qui se trouve mise sous tutelle. Déjà sur la question migratoire Macron a reculé sous la pression de l’opinion publique. Malgré l’aspect clownesque de la présidence de Trump, celle-ci pose directement la question du protectionnisme, et donc indirectement de la fin de la mondialisation[17]. Or c’est seulement en poursuivant la mondialisation à outrance, et l’objectif d’une « gouvernance » mondiale par les marchés plutôt que par des hommes, que les réformes de Macron ont un sens.

    Si l’échec de Macron et du bloc bourgeois est quasi certain à terme, en attendant les classes les plus pauvres vont payer un prix exorbitant à ces fantaisies. Ils le payent déjà avec une baisse du pouvoir d’achat radicale, mais aussi avec un nouveau partage de la valeur encore plus favorable aux très riches, même Le monde s’en est aperçu[18]. C’est même cette orientation ultra-droitière qui va amener presque certainement une récession économique rapide en France. Mais inverser le mouvement n’est pas facile. Macron profite en effet d’une situation assez inédite : il n’a pas d’opposition, ni politique, ni syndicale. Et cela malgré la grande colère qui secoue la population. Nous sommes encore en train de le voir avec son attaque perfide contre le statut des cheminots. Les syndicats ont commencé par dénoncer unanimement les attaques de Macron-Philippe. On a même vu la CFDT annoncé une grève reconductible à partir du 14 mars. Et puis rapidement tout s’est délité : FO a fait savoir par la voix du corrompu Jean-Claude Mailly qu’elle ne ferait pas un pas dans ce sens[19]. Et puis la CFDT de Laurent Berger a décidé de ne pas participer à la manifestation du 22 mars, il a été immédiatement contredit par la fédération CFDT des cheminots qui a appelé à la manifestation[20]. Les syndicats vont décider de la grève le 15 mars. Mais ils ont peur : FO et la CFDT ont peur d’être désavoués par leur base, la CGT que le mouvement ne soit pas un succès.

      L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français  en général

    On verra bien ce qui se passera et le mois de mars va se révéler décisif. Macron, comme jadis Sarkozy[21], parie sur le fait que le mouvement se délitera de lui-même et que les cheminots, ravalant leur rancœur, rentreront dans le rang, la division syndicale sera suffisamment démobilisatrice. Macron est sans doute le président le plus détesté de la Vème République, non seulement à cause de son arrogance gesticulatoire, mais aussi parce qu’il s’est attaqué à toutes les catégories sociales en même temps : les retraités, les cheminots, les étudiants, et les travailleurs dans leur ensemble. Mais notre problème est de coaguler ces populations dans un même mouvement. Seule une grève prolongée et massive pourra le réaliser. Exiger l’unité syndicale est un impératif, mais il faut également coordonner les manifestations de façon qu’elles soient massives. C’est le seul moyen de contrecarrer les plans douteux de ce gouvernement borné et sans âme.

    PS : C'est assez rare pour être signalé, un député - François Ruffin - a pris la défense des petites mains qui travaillent à l'Assemblée nationale pour le bien être des députés qui, dans leur ensemble sont des petits bourgeois arrogants.



    [1] https://francais.rt.com/france/33569-il-n-a-pas-culture-francaise-macron-attire-foudres-droite

    [2] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2015/09/07/25002-20150907ARTFIG00063-macron-l-arrivee-de-refugies-est-une-opportunite-economique.php

    [3] http://www.valeursactuelles.com/politique/pour-macron-limmigration-se-revele-une-chance-pour-la-france-70488

    [4] Becker G.S. [1991], A treatise on the family, éd. augmentée, Cambridge, Harvard University Press.

    [5] An Essay on the Principle of Population, as it affects the future improvement of society with remarks on the speculations of Mr. GodwinM. Condorcet, and other writers, la première edition anonyme date de 1798, mais il révisera ensuite largement son propos à partir de 1803.

    [6] Cette loi est attribuée à Adolph Wagner et donne une sorte de caution à l’avènement d’une certaine forme de socialisme par absorption de la propriété privée par des nationalisations.

    [7] http://www.ledauphine.com/france-monde/2018/01/04/reforme-de-l-isf-muriel-penicaud-va-economiser-62-000-euros

    [8] http://www.air-journal.fr/2018-02-23-groupe-adp-resultats-en-hausse-pour-2017-5194997.html

    [9] https://www.lci.fr/economie/les-benefices-de-la-sncf-ont-progresse-en-2017-grace-a-un-rebond-de-la-frequentation-2080030.html

    [10] Alberto Alesina and Edward Glaeser, Fighting Poverty in the US and Europe: A World of Difference, Oxford University Press, 2004. 

    [11] http://lvsl.fr/macron-represente-le-bloc-bourgeois-entretien-avec-romaric-godin

    [12] https://www.huffingtonpost.fr/2018/02/28/la-popularite-de-macron-seffondre-de-11-points-sondage-exclusif_a_23373233/

    [13] http://in-girum-imus.blogg.org/soutenir-la-greve-a-la-sncf-contre-les-mensonges-de-macron-et-de-son-g-a137921882

    [14] https://www.monde-diplomatique.fr/2018/03/HALIMI/58473 

    [15] http://www.syndicat-cgt-csc-saint-gilles.com/2018/01/nouveau-plan-de-licenciement-massif-carrefour-10-000-suppressions-d-emplois-selon-la-cgt.html

    [16] http://in-girum-imus.blogg.org/le-resultat-des-elections-en-italie-l-europe-et-les-migrants-a138322236

    [17] https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301394319360-mario-draghi-tacle-donald-trump-sur-le-protectionnisme-2159541.php

    [18] http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2018/01/15/en-2018-la-politique-de-macron-avantagera-d-abord-les-ultra-riches_5241787_1656968.html

    [19] http://www.sudouest.fr/2018/03/06/jean-claude-mailly-doute-de-la-mobilisation-des-cheminots-4256713-5458.php

    [20] http://portail.free.fr/actualites/monde/7484501_20180306_la-cfdt-participera-a-la-manifestation-des-cheminots-le-22mars.html

    [21] « Quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit » disait l’ancien président aujourd’hui bien oublié. http://www.rtl.fr/actu/nicolas-sarkozy-quand-il-y-a-une-greve-personne-ne-s-en-apercoit-678157

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  •  Le résultat des élections en Italie, l’Europe et les migrants

    Les résultats ont été à peu près conformes aux sondages[1], sauf qu’évidemment les instituts avaient sous-estimé la poussée de la Lega et celle de M5S, partis anti-système si on veut. Le premier point, et le plus important, c’est que M5S et la coalition de droite farouchement antieuropéenne et anti immigrants dépasse les deux tiers des votes. C’est donc bien d’une faillite sans appel du modèle européiste, libéral et mondialiste, dont il faut parler avant de tenter de savoir si les Italiens sont redevenus fascistes ou pas. Si la question migratoire a joué un grand rôle dans les résultats du 4 mars, il ne faudrait pas croire que cela aurait été différent si l’Union européenne avait eu une politique cohérente sur le plan des migrations, au lieu de laisser patauger l’Italie dans la gestion. C’est en effet la trop grande quantité de migrants qui a fait basculer toute l’Italie, pays traditionnellement bienveillant en la matière, dans le rejet. Entre 2002 et 2016, le nombre d’immigrés en Italie est passé, officiellement de 1,3 millions à plus de 5 millions[2]. Et cela dans un pays où le taux de chômage est très élevé, plus de 11% officiellement au début de l’année 2018. Quand les défenseurs des migrants parlent de cette question, le plus souvent ils oublient de partir d’une situation matérielle concrète, même s’ils se revendiquent d’un certain marxisme. Ils n’arrivent pas à comprendre que l’immigration de masse transforme radicalement l’environnement dans lequel les populations ont grandi et vécu. Ils cachent l’indigence de leur pensée derrière des grands principes, il faut soulager la misère, venir en aide aux plus démunis. Ce discours larmoyant est aussi bien dans la lignée du Pape François, que dans celle du libéralisme planétaire qui suppose que l’homme est sans racine, qu’il est forcément mobile, que cela lui plaise ou non.  

    Le résultat des élections en Italie, l’Europe et les migrants

    Dans ce contexte les débris de la gauche italienne sont lourdement sanctionnés. La fausse gauche libérale de Renzi – une sorte de Macron transalpin, quoiqu’un peu moins bouffon et antipathique – tombe en dessous des 20%, son score est divisé par deux para rapport aux élections antérieures. Il a démissionné dans la foulée. Liberi e Uguali qui représenterait une gauche plus généreuse sur le plan économique et social s’écroule à 3% ! Quant au parti +Europa, une sorte de conglomérat libéral et farouchement pro-européen, dont le programme ressemble à celui de Macron, il ne fait qu’un peu plus de 2% ! C’est ce conglomérat très bourgeois qui avait le soutien d’Emma Bonino, ancienne commissaire européenne, qui, à ce titre faisait la promotion de la politique migratoire de l’Europe au motif que nous manquerions de bras. Ce n’est pas peu dire que d’affirmer que les Italiens jadis une des nations les plus europhiles, sont aujourd’hui très près du divorce. A mon sens, si un référendum devait avoir lieu demain sur une sortie de l’Italie de l’Europe, le visa pour le départ l’emporterait au moins des deux tiers.  

    Le résultat des élections en Italie, l’Europe et les migrants

    Mais le camp des vaincus ne concerne pas que la gauche et les pro-européens : le grand perdant de ces élections c’est Berlusconi et Forza Italia. Ce parti, héritier lointain de la DC mafieuse, tombe à moins de 15% et se retrouve assez loin derrière la Lega et bien sûr M5S. cela l’empêche de revendiquer le poste de premier ministre, ce qui aurait été un moindre mal pour Bruxelles. Les deux vainqueurs sont donc d’abord Luigi Di Maio qui porte le M5S à près d’un tiers des votes, et ensuite Matteo Salvini qui a réussi un exploit en faisant de la Lega un parti national, implanté dans toute l’Italie, alors que son ancrage était jusqu’alors très localisé. Si M5S est le premier parti, ce résultat était attendu, même si sa progression est importante. Par contre la percée de la Lega dans le Sud est tout à fait inédite et remarquable. Il faut l’analyser par un refus très fort de l’Europe et des migrants. C’est en effet la Lega qui a le discours le plus clair sur ces deux questions. M5S et Forza Italia tergiversent, ne proposant que des aménagements assez légers. La carte suivante[3] montre que l’Italie reste assez coupée ne deux : au Nord, la coalition de droite, au Sud le parti anti-système M5S. La fausse gauche et la vraie sont laminées et ne survivent qu’un peu en Toscane et dans le Nord.  

    Le résultat des élections en Italie, l’Europe et les migrants

    La plupart des commentateurs, des deux côtés des Alpes, s’accordaient pour dire que de tels résultats rendraient forcément la formation d’un gouvernement très difficile. On peut toutefois rappeler que les résultats de 2013 n’avaient pas amené plus de stabilité. En vérité si on compare avec les élections antérieures, il y a des possibilités au contraire pour amener une majorité relativement stable. La première serait évidemment que M5S se rallie à la coalition de droite qui est arrivée en tête avec 37% des voix. Et par exemple on confierait le poste de président du conseil à Matteo Salvini dont le parti est en tête au sein de la coalition. Cette solution aurait l’avantage d’enterrer définitivement Silvio Berlusconi. Mais justement cette combinaison pourtant logique est assez improbable parce que Berlusconi et son parti sont littéralement haï par M5S.  Une autre combinaison pourrait être entre M5S et la Lega. On confierait alors le poste de premier ministre à Di Maio. Cette seconde combinaison est elle aussi un peu difficile : d’une part parce que la Lega est très proche des résidus des fascistes, et d’autre part parce que M5S a une position fluctuante sur l’Europe. On l’a vu ces derniers temps être plus conciliant avec Bruxelles, cherchant des aménagements plutôt qu’une rupture. Mais on voit que cette deuxième forme de combinaison pourrait – au nom de l’intérêt national – voir le jour, à condition que chacun mette de l’eau dans son vin. Soit que M5S soit plus nettement marqué comme un parti anti-européen, et que la Lega soit dans son discours un peu moins fascisant. Il va de soi que cette dernière combinaison est celle que craignent le plus l’Allemagne et les bureaucrates de Bruxelles.

    Mais il faut tenir compte qu’aujourd’hui ce ne sont pas seulement les partis dits populistes qui prônent la sortie de l’Italie de l’euro, ce sont aussi des économistes d’horizon très divers. Stiglitz pense que depuis longtemps cette sortie est inévitable parce qu’elle plombe la croissance et l’emploi dans la péninsule[4]. Mais maintenant le nouveau patron de l’IFO, le très conservateur think tank du patronat allemand, pense aussi la même chose parce que l’Italie est très endettée et que dans le contexte actuel elle ne peut faire face à sa dette : les pays du Nord ne voulant pas payer pour l’Italie[5]. Cette convergence de vue est surprenante, mais finalement logique.

    Néanmoins il est à prévoir que Macron – s’il compte encore un peu en Europe – et Merkel feront tout pour éviter cette sortie. Parce qu’avec la Brexit, une sortie de l’Italie, ajoutée aux menaces de la Pologne et d e la Finlande de rompre, sonnerait le glas de l’Union européenne qui peu à peu se réduirait à une sorte de zone mark. Ils feront tout, sauf qu’ils sont bien incapables d’engendrer des réformes satisfaisantes pour tous. Mais même si l’Italie ne sort pas tout de suite de l’euro, il est à parier que les réformes institutionnelles de l’euro voulues par Macron et Schultz, attendrons encore.

    Un dernier mot pour rigoler, Angela Merkel presse les Italiens de former rapidement un gouvernement. Les élections ont eu lieu en Allemagne en septembre 2017, et c’est seulement hier que le SPD a donné son feu vert à la formation d’une grande coalition avec la droite, soit plus de cinq mois après ! Pour dire que si l’Italie va certainement entrer dans une zone de turbulence, c’est le lot de presque tous les gouvernements aujourd’hui, sauf en France où les institutions protègent Macron de toute remise en question de son pouvoir exorbitant jusqu’en 2022.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/les-elections-legislatives-en-italie-du-4-mars-2018-a137476482

    [2] http://www.lefigaro.fr/international/2018/03/05/01003-20180305ARTFIG00235-en-vingt-ans-un-million-de-migrants-sont-arrives-sur-les-cotes-d-italie.php

    [3] J’emprunte cette carte à Jacques Sapir https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-seisme-politique-en-italie-par-jacques-sapir/

    [4] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/l-italie-va-quitter-la-zone-euro-predit-joseph-stiglitz-605700.html

    [5] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/01/02/20002-20170102ARTFIG00013-le-president-de-l-ifo-evoque-la-sortie-de-l-italie-de-la-zone-euro.php

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  • Soutenir la grève à la SNCF contre les mensonges de Macron et de son gouvernement

    Se conformer aux directives européennes 

    Macron est un frénétique de la réforme, il ne se passe pas un jour sans qu’il ne trouve une nouvelle réforme à mettre en œuvre. Et toutes ces réformes vont dans le même sens : appliquer les GOPE 2018 pour complaire aussi bien à Bruxelles qu’à ses amis milliardaires et rabaisser les travailleurs. Quand on voit son agitation frénétique, assez désordonnée du reste, on peut la comparer à miniature à celle de Donald Trump, un autre président arrivé là par hasard, en s’infiltrant dans les failles d’un système politique occidental en pleine décomposition[1]. Après avoir détruit à moitié le droit du travail, il s’en est pris à la fiscalité, basculant d’un coup d’un seul 20 milliards d’impôts des plus riches vers les plus pauvres. La sinistre Pénicaud bénéficiant au passage d’un bonus annuel de 62 000 €. Et le voilà maintenant qu’il veut accélérer le bradage de ce qui ne lui appartient pas : les biens de l’Etat. C’est évidemment là que se trouve d’abord le scandale, avant même que de discuter le statut des cheminots. Partout où il y a privatisation, vous pouvez être certains qu’il y a des affaires à faire et donc de la corruption : l’Etat et les usagers sont toujours perdants. Seul l’homme aux écus y gagne quelque chose.

    Le gouvernement justifie comme d’habitude ses réformes pourries par le fait qu’on doit résorber l’endettement de la SNCF qui serait colossal. La dette est en effet très élevée : elle serait de 47 milliards d’euros et pourrait atteindre bientôt 60 milliards d’euros – encore faut-il prendre ces chiffres avec des pincettes – mais surtout cette dette résulte d’abord de l’endettement de RFF, Réseau Ferré de France, qui est lui-même d’abord le résultat des grands projets d’infrastructures décidés par des hommes politiques[2]. Cet endettement colossal n’a pourtant strictement rien à voir avec le statut des cheminots mais il est dû au fait de l’intervention des hommes politiques divers et variés qui en se succédant à la tête de l’Etat ont décidé de développer de nouvelles lignes, notamment celles du TGV. Si ces projets d’infrastructures sont légitimes, alors la dette n’a pas d’importance, par contre, s’ils sont contestables du point de vue économique et environnemental, alors cette endettement est très mauvais et ne révèle que la gabegie des hommes politiques qui ont porté ces projets.

    Soutenir la grève à la SNCF contre les mensonges de Macron et de son gouvernement

    L’annonce de la réforme Macron-Philippe, la doublette infernale de l’exécutif, tombe d’ailleurs en contradiction avec les chiffres qui ont été révélés ces derniers jours : la SNCF fait des bénéfices. En 2017, ce bénéfice a été de 1,3 milliards d’euros, ce qui n’est pas rien. Il est donc mensonger autant que stupide de laisser croire qu’en fermant quelques lignes peu rentables et en détruisant le statut des cheminots on épongera la dette générée par l’incurie des gouvernements successifs dans la démesure des projets développés. Il faut le répéter, il n’y a aucun lien entre l’endettement de RFF et le statut du cheminot. C’est un mensonge, une fake new comme dirait Macron qui fait semblant de comprendre de quoi il parle.  

    Le poids de la dette et le statut des cheminots 

    Dès à présent Bruno Le Maire, ministre de l’économie sans envergure et sans talent, a clairement fait du chantage : l’Etat prendra la dette de 47 milliards d’euros à sa charge à condition que les syndicats n’entravent pas la réforme – donc à condition qu’ils acceptent de se suicider et de détruire leur objet de travail[3]. Le Maire, menteur patenté, veut en réalité reprendre la dette de RFF parce que ses amis qui louchent sur la privatisation de ce bien inestimable, ne le reprendrait pas dans d’autres circonstances. Donc l’idée de reprendre la dette n’est pas un avantage pour les cheminots, mais uniquement pour les futurs repreneurs de la SNCF qui va être vendue à la découpe au nom de l’efficacité, de la compétitivité et autres niaiseries bruxelloises.

    Macron qui est un producteur de fakes news en continu a lancé le jeu contre les cheminots. Il paraitrait que ceux-ci ont des avantages exorbitants et que c’est cela qui ruinerait la SNCF et qui forcerait finalement à la réforme. Ce mensonge, incompatible avec les bénéfices affichés, a été dénoncé immédiatement à la fois par Marianne[4] et même par Le monde qui est pourtant un journal qui soutient la politique de droite extrême de l’exécutif depuis le premier jour. Jamais à court de fantaisies langagières, le petit président a osé en effet comparer la retraite des agriculteurs et celle des cheminots pour justifier son attaque à la hache sur le statut[5].  

    « Je ne peux pas avoir d'un côté des agriculteurs qui n'ont pas de retraite et de l'autre avoir un statut cheminot et ne pas le changer. »

    Evidemment il n’a pas comparé sa propre retraite ou ce que coûte encore aujourd’hui les anciens présidents[6] et les anciens premiers ministres[7], et celle des agriculteurs ou même des cheminots ce qui aurait été plus pertinent. Il s’en est tenu à opposer deux catégories de travailleurs histoire de mieux diviser. Cette manière honteuse de présenter les choses est tout bonnement réactionnaire. Mais ce jour là il ne s’en est pas tenu à ces fariboles, il a évoqué pour faire semblant de se mettre à la hauteur des cheminots, le fait que son grand-père aurait été un « cheminot ». En vérité son grand-père était un bureaucrate de haut rang qui ne se serait pas risqué à conduire les trains ou à s’occuper de la sécurité des lignes. Il appartenait au gratin de cette boutique[8], il était chef de district, la preuve son fils, le père de Macron, a pu faire des études de médecine. Mentant toujours sur le triste sort de son grand-père, il a tenté de faire croire que celui travaillait durement sur le plan physique.

    « Je suis petit-fils de cheminot, allez voir les agriculteurs, ils n'ont pas de statut... faut pas raconter de craques aux gens. Vous avez quel âge ? Vous n'avez pas le même rythme que mon grand-père qui était cheminot", a déclaré le président, tout en assurant ne pas vouloir "tout casser ».  

    Soutenir la grève à la SNCF contre les mensonges de Macron et de son gouvernement

    Source Le monde[9] 

    Le gouvernement tente de faire croire également que les salaires sont très élevés à la SNCF. Le tableau que nous reproduisons ci-dessus, montre que ce n’est pas le cas. Les salaires sont dans la moyenne, pas plus et si les cheminots partent en moyenne à la retraite à 57,2 ans, c’est parce que les conducteurs de machine qui font un travail usant malgré les progrès technologiques, peuvent partir à 52 ans. Je fais remarquer au passage que les policiers qui sont actifs sur le terrain avaient eux aussi la possibilité de partir à la retraite à 52 ans, et que les instituteurs partaient dans le temps à 55 ans. Cela a été remis en question en 2011.  Mais c’est encore trop pour les futurs actionnaires qui vont racheter la SNCF, donc il faut que Macron-Philippe fasse le sale boulot en détruisant le statut du cheminot, au moins les repreneurs n’auront pas à affronter une grève dans le futur ! 

    Privatiser quoi ? 

    Soutenir la grève à la SNCF contre les mensonges de Macron et de son gouvernement 

    Evidemment tout n’est pas rentable pour le secteur privé. Le rail  intéresse les futurs repreneurs, les lignes TGV aussi, mais pas la gestion des gares et les lignes régionales. Ce n’est pas une logique économique valable parce qu’en divisant l’entreprise en une myriade d’entreprise, on crée naturellement des déperditions d’énergie, et cela d’autant qu’il faudra rémunérer les actionnaires, ce qui sera une nouvelle perte pour la collectivité. Le plan est de céder ensuite les lignes régionales justement aux Régions. A elles de décider quelles lignes seront fermées ou non ! On comprend que les Régions devront en fermer le plus possible, essentiellement parce qu’elles vont être de plus en plus privées de moyens financiers avec les réformes Macron. On sait que globalement les Régions vont recevoir 20 milliards de dotations en moins dans les années qui viennent.

    Cette balkanisation d’une entreprise qui fut un des fleurons de la réussite française, laisse augurer de difficultés sans fin : non seulement le réseau sera de moins en moins bien connecté – donc les trains arriveront de moins en moins souvent à l’heure – mais on peut craindre comme en Angleterre (les réformes de l’extrême droite Thatchérienne inspirant visiblement Macron) et en Allemagne une dégradation continue de la qualité des services. 

    La grève pour quoi faire ? 

    Les raisons de soutenir la grève des cheminots sont multiples, et le statut des cheminots n’est pas la plus importante. D’abord je crois que nous devons défendre l’unité de la SNCF et dire clairement que toutes les privatisations de services publics se font au détriment des usagers et de l’économie française, pour le seul profit des actionnaires. Ensuite, je pense que nous devons donner un avertissement sérieux à l’arrogance du coupole Macron-Philippe et leur montrer que c’est assez, que nous ne voulons pas d’un modèle libéral où le marché et le profit font la loi. Enfin il y a l’idée que cela pourrait très bien coaguler d’autres mécontentements qui sont nombreux : des retraités aux étudiants, en passant par le personnel hospitalier et les agriculteurs. Quoi qu’on en dise les Français ont le sentiment que les choses vont en se détériorant depuis que Macron a pris les commandes. Et puis il sera plaisant d’infliger une défaite à cette arrogance bourgeoise qui voudrait faire fi de son impopularité qui commence à ressembler à celle de Hollande : à partir d’un certain niveau d’impopularité la pente ne peut plus se remonter[10]. 

    Soutenir la grève à la SNCF contre les mensonges de Macron et de son gouvernement 

    Il circule beaucoup de sondages sur le soutien ou non de la population aux grèves qui arrivent. En tête de paragraphe nous avons mis un sondage qui donne une majorité de Français derrière les cheminots. Ce chiffre est tiré d’une analyse très pertinente d’Initiative Communiste[11]. Il me semble assez juste. Mais pendant ce temps la presse habituée à produire des fakes news en veux-tu en voilà, commence à casser du sucre sur le dos des syndicats. Ainsi Le monde, le journal habituel de la réaction de tendance louis-philipparde, a commencé à tracer un portrait au vitriol de Philippe Martinez[12] : deux journalistes très libéraux s’y sont collés pour tenter de démontrer que la CGT était un syndicat en perte de vitesse qui allait essayer de se refaire une santé dans la grève et par la grève et que cette fuite ne avant ne lui rapporterait rien. Leur haine de la CGT leur a fait oublier de prendre en considération un autre phénomène pourtant plus inattendu : Laurent Berger et la CFDT se sont prononcé pour une grève dure reconductible à partir du 14 mars[13]. Berger et la CFDT sont pourtant des interlocuteurs très conciliants de la macronie. Et donc s’ils bougent en faisant de la surenchère sur la CGT, c’est que le mouvement va être puissant et s’inscrire dans la durée. Macron aura réussi à obtenir l’unité syndicale contre lui. Mais les journalistes qui n’aiment pas les syndicats et qui adorent leur position de domestique des puissants, parlent de « syndicats qui tentent de s’organiser » : non, ils ne tentent pas, ils s’organisent ! On peut rigoler au passage. Le syndicat des nantis a été sortir de la naphtaline, l’ineffable François de Closets, grand pourfendeur des fonctionnaires et des assistés en tout genre, bien qu’il ait fait toute sa carrière dans le service public télévisuel, ce qui lui a permis d’ailleurs d’amasser pas mal d’argent car il faisait des « ménages » pour le patronat. Aller chercher un tel vieillard à moitié gâteux pour défendre un projet digne du XIXème siècle en dit long sur les difficultés que le pouvoir a pour trouver quelqu’un de crédible qui pourrait vendre ses idées moisies. Ce François Closets s’est encore lancé pour la énième fois depuis 50 ans dans le refrain de « la prise d’otages ». Mais il s’est fait ramasser fort justement par quelqu’un qui avait été sérieusement pris en otage !

      

    Nous qui ne sommes pas cheminots, nous soutiendrons cette grève du mieux que nous pourrons et jusqu’à ce qu’on fasse reculer ce gouvernement au service exclusif de la finance.



    [1] Les journalistes américains qui sont tout de même un peu moins lèche-bottes que leurs confrères français ont fait depuis longtemps le rapprochement entre les deux hommes qui se rejoignent aussi bien dans leur impopularité que dans leur arrogance. http://www.washingtonexaminer.com/emmanuel-macron-more-unpopular-

    in-france-than-trump-in-us/article/2633442

    [2] https://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/sncf-la-spirale-infernale-de-la-dette-du-rail_1797084.html

    [3] http://www.sudouest.fr/2018/02/27/bruno-le-maire-confirme-que-l-etat-pourrait-reprendre-la-dette-de-la-sncf-4235438-705.php

    [4] https://www.marianne.net/economie/reforme-de-la-sncf-les-privileges-du-statut-du-cheminot-sont-surtout-des-fantasmes

    [5] https://www.latribune.fr/economie/france/le-president-macron-compare-les-retraites-des-agriculteurs-a-celle-des-cheminots-769737.html

    [6] https://www.latribune.fr/economie/france/combien-les-trois-anciens-presidents-de-la-republique-coutent-ils-a-l-etat-564526.html

    [7] http://www.planet.fr/politique-combien-coutent-a-letat-nos-anciens-premiers-ministres.1016263.29334.html

    [8] http://www.bfmtv.com/politique/reforme-de-la-sncf-quand-emmanuel-macron-evoque-andre-son-grand-pere-cheminot-1381909.html

    [9] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/06/18/prime-charbon-prime-pour-absence-de-prime-les-legendes-urbaines-de-la-sncf_4439497_4355770.html

    [10] https://www.latribune.fr/economie/france/la-popularite-de-macron-plonge-a-nouveau-en-fevrier-770014.html

    [11] Pour les détails de cette analyse, voir https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/sncf-majorite-de-francais-soutiendra-greve-cheminots-sondage/

    [12] http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2018/02/27/l-hiver-de-la-cgt_5262948_1656968.html

    [13] http://www.europe1.fr/societe/laurent-berger-cfdt-ne-laissera-personne-cracher-a-la-figure-des-cheminots-3585479

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