•  Marx, l’année du bicentenaire

    Rien n’est moins simple que de parler de Marx, même 200 ans après sa naissance. Il y a d’abord ceux qui rejettent Marx, le plus souvent sans l’avoir lu[1] et qui le regardent comme une sorte de militant bolchevique qui aurait tracé la voie qui va jusqu’à Staline et Mao. La première réponse qu’on peut faire, et sans se tromper, c’est que de son vivant, si Marx s’est lancé dans l’action politique, celle-ci n’a eu guère de succès. Contrairement à ce que tente de nous faire croire ce supplément de L’Humanité Marx n’était pas connu de son vivant des masses ouvrières[2], et donc il n’a guère pu influencer les luttes à ce moment-là malgré les efforts qu’il a faits pour impulser le mouvement. En Angleterre c’était les Trade Unions qui donnaient le ton des luttes prolétariennes, en France plutôt les anarchistes proudhoniens, et en Allemagne, c’était Ferdinand Lassalle que Marx détestait et qui entraina le prolétariat plutôt vers la social-démocratie que vers le combat révolutionnaire[3].

    Vers la fin de sa vie par contre il commençait à être respecté en tant que théoricien, voire en tant qu’économiste, sans pour autant être connu des masses prolétariennes. C’est l’économiste allemand Adolph Wagner qui l’introduisit en quelque sorte à l’Université en publiant des éloges sur Le capital, au grand dam de Marx qui n’aimait guère qu’on le traita d’économiste[4] – pour lui c’était quasiment une insulte. Sa renommée commença à grandir et se répandre après sa mort, quand le parti social-démocrate allemand s’en empara comme d’un totem et s’en servit de base pour délivrer des enseignements d’économie à l’intérieur du parti et à travers les écoles des syndicats. On peut rappeler que le métier de Rosa Luxemburg était professeur d’économie dans les écoles des syndicats et qu’à ce titre elle enseignait Marx. Ce sont d’ailleurs les sociaux-démocrates qui se lancèrent en Allemagne dans la publication des œuvres de Marx. Si Engels avait amorcé le tournant social-démocrate – pensant qu’on pouvait arriver au socialisme par les voies parlementaires, c’est Eduard Bernstein, exécuteur testamentaire d’Engels, qui entérina ce virage. Et puis évidemment après la victoire des Bolcheviques, ce seront les communistes russes qui s’empareront de l’œuvre de Marx, et en continueront sa diffusion dans le monde entier. Marx deviendra la caution intellectuelle du bolchevisme. Cela devait entraîner des controverses sans fin. En effet de nombreux communistes, à commencer par Rosa Luxemburg contestaient les orientations autoritaristes et nationalistes de Lénine qui selon elle dévoyaient complètement l’idée même de révolution et de communisme. Le courant anti-léniniste était très fort en Allemagne justement là où la diffusion des analyses de Marx avait touché une large masse[5].

    On a donc en gros trois courants qui se sont réclamés de Marx pour justifier leur action politique :

    - les sociaux-démocrates qui, avec la caution ultérieure d’Engels[6], supposaient que le capitalisme ayant évolué positivement, il était possible d’aller vers le socialisme par la réforme et par la voie parlementaire, il fallait donc développer le parti social-démocrate et les syndicats, et l’évolution suivrait. Je rappelle que jusqu’à une période récente, jusqu’au congrès de 1959 de Bad-Godesberg, la social-démocratie allemande prônait la rupture avec l’économie de marché, et la collectivisation progressive des moyens de production. L’idée était que le prolétariat devenant sociologiquement la force dominante, il aurait nécessairement le plus grand nombre de représentants au parlement, et il pourrait alors modifier les rapports sociaux sans heurt violent ;

    - les bolcheviques qui avançaient que la révolution avait besoin d’un parti fort et centralisé pour s’imposer. On connait les dérives que cela engendra, du parti unique jusqu’aux déportations massives. Ce sont bien entendu eux qui ont donné du corps à l’idée selon laquelle les idées de Marx menaient obligatoirement à une dictature sanglante. Ceux qui défendaient cette vision bolcheviste de l’œuvre de Marx le faisait en arguant de l’état d’arriération de la Russie de 1917. Ce qui est problématique si on pense que la révolution sociale ne peut être menée que par une classe consciente de ses buts. Cette vision de la révolution s’appuie sur l’idée d’une avant-garde éclairée qui conçoit un plan et l’exécute en convaincant les masses du bien-fondé de ses buts. On sait à quelles dérives politiques et intellectuelles cette idée a mené, notamment parce que cette avant-garde se trouve en décalage avec ce que désire le peuple et donc qu’il faut que le parti maintienne la pureté de la doctrine d’une poigne de fer, en excluant si besoin les personnes déviantes. Les trotskistes ont sombré dans la marginalisation complète en croyant représenter le mouvement futur du prolétariat. Mais des hommes bien plus perspicaces comme Guy Debord, grand lecteur de Marx, n’ont pas toujours été très au clair avec cette notion d’avant-garde[7] ;

    - et il y avait enfin ceux qui préconisaient une rupture complète et révolutionnaire avec le capitalisme en s’appuyant sur un pouvoir ouvrier décentralisé s’exerçant par le biais des conseils ouvriers autogérés. Pour eux la révolution sociale doit éradiquer aussi bien l’Etat que le marché, comme le préconisait Marx. Dans ce dernier courant on trouvera aussi bien les spartakistes que les austro-marxistes ou les conseillistes hollandais comme Anton Pannekoek[8]. Ce sont eux qui ont les premiers désigné l’URSS comme une forme particulière de capitalisme, un capitalisme d’Etat[9]. L’œuvre de Paul Mattick va tout à fait dans ce sens[10].

    Comme on le voit ces trois dérives à partir de Marx sont assez peu compatibles entre elles. Ce qui laisse perplexe non seulement sur la difficulté de comprendre Marx, mais aussi sur les contradictions importantes que son œuvre comprend, notamment sur la question de l’Etat.

      Marx, l’année du bicentenaire

    Si on voit que chacun utilise un peu Marx en fonction de sa sensibilité, c’est sans doute parce que celui-ci n’a pas vraiment été très clair sur les questions politiques, c’est-à-dire sur les conditions concrètes de la prise du pouvoir. Disons qu’il a évolué. En effet, il n’a jamais prôné la mise en place d’un parti communiste centralisé – voir par exemple les travaux de Maximien Rubel[11]. Mais surtout il a complètement redéfini ses positions sur la question de la prise du pouvoir après l’expérience de la Commune de Paris en 1871[12]. On se trouve dans ces derniers textes très loin des propositions du Manifeste du parti communiste de 1847 qui développe un programme dans lequel l’Etat est le moteur de la transformation sociale. Voici le programme qu’il proposait dans ce texte qu’il aurait écrit avec Engels. 

    Marx, l’année du bicentenaire

    Nous sommes loin ici de la critique radicale de l’Etat qu’il pouvait faire dans sa jeunesse et qu’il réitérera au moment de la Commune de Paris. Rappelons qu’en 1842-1843, Marx avait développé une critique de Hegel à partir de l’idée selon laquelle l’Etat ne servait en rien le progrès social, mais qu’on contraire il se construisait comme une classe à part – une bureaucratie – contre l’intérêt général[13].

    Ces exemples montrent qu’en sélectionnant telle ou telle fraction de l’œuvre de Marx, on peut en faire tour à tour un penseur libertaire, une sorte de Keynes avant la lettre, voire même un précurseur de Lénine. Il faut s’en accommoder. Il n’y a pas un Marx unique, bien qu’il n’ait jamais souhaité la mise en place d’un parti unique dictatorial, et il est même assez probable que vers la fin de sa vie – il avait à peine 65 ans – il ne croyait plus guère à la révolution socialiste.  

    Marx, l’année du bicentenaire

    Marx à Alger avec et sans barbe à la fin de sa vie 

    Le numéro spécial que publie L’Humanité est assez confondant. En effet, il est fait d’une grande quantité de textes fort disparates, notamment d’anciens pro-chinois comme Balibar, ou encore on cite Alain Badiou comme un penseur marxiste sérieux. On trouvera encore un extrait d’un ouvrage de Daniel Bensaïd, ancien leader de la JCR, trotskiste indécrottable, qui crachait volontiers sur le PCF. On se souvient d’une époque où justement les trotskistes et les prochinois étaient combattus vigoureusement, non seulement parce que c’était des ennemis politiques, mais aussi parce que leur lecture de Marx était considérée comme fausse. Pour les trotskistes, on dénonçait une vision spontanéiste, et pour les prochinois de la tendance Althusser et Badiou, on dénonçait leur vision scientiste et mécaniste de l’œuvre de Marx. Mais par contre, ce petit fascicule n’est pas œcuménique pour autant, on ne trouve pas de texte ou de citations de Maximilien Rubel – l’éditeur des œuvres de Marx dans La Pléiade – ou de Moishe Postone qui est certainement le commentateur le plus original aujourd’hui de l’œuvre de Marx[14]. Bref, on comprendra que le PCF et ses intellectuels penchent de plus en plus vers le gauchisme ordinaire, ce qui finalement n’est pas étonnant pour un parti en voie de disparition qui n’est plus qu’un groupuscule comme un autre, dont la phraséologie est complètement coupée des masses populaires.

    Au fil des pages de ce numéro spécial sur Marx, on voit la volonté des auteurs de dire que Marx, s’il est un phare de la pensée universelle, a fait tout de même son temps, et donc qu’il faut le mettre un peu au goût du jour. Mais qu’est-ce que c’est que mettre Marx au goût du jour ? En fait, si on comprend bien, ce serait de montrer que les luttes parcellaires sont aussi partie prenante de la lutte des classes : le féminisme, la défense de l’environnement ou la lutte contre l’islamophobie par exemple et de faire de la lutte pour la Palestine l’étendard de leur internationalisme, sans même préjuger de l’importance réelle et historique du conflit israélo-palestinien. Bref faire du Badiou avec toutes les dérives que cela entraîne et les contradictions insolubles que cela engendre, comment en effet  croire que l’Islam même réformé puisse être compatible avec la défense des droits des femmes ? On en oublierait presque que Marx, qui haïssait littéralement les religions et qui les voyait fort justement comme un frein à l’émancipation du genre humain, considérait que l’Islam était la pire des religions qui existât. Cette détestation profonde de l’Islam[15], Engels la partageait avec lui, et encore Lénine qui en rajoutait une couche[16].  

    Marx, l’année du bicentenaire

    Mais comme les groupuscules gauchistes, le PCF qui a perdu le contact avec le peuple depuis un bon bout de temps, croit qu’il le retrouvera en caressant la bête islamiste dans le sens du poil. Il ne se rend pas compte que l’Islam et les islamistes ont un autre dessein que celui du socialisme et de l’égalité : si les nations musulmanes sont les plus inégalitaires du monde, ce n’est pas du tout un hasard. D’ailleurs le PCF apparait très peu sûr de la nécessité de défendre aujourd’hui l’idée communiste, c’est à peine si timidement il conteste les privatisations. Quant à la critique de la bureaucratie, et donc du capitalisme d’Etat, il ne l’a faite qu’à moitié que du point de vue spectaculaire, juste pour en dénoncer les crimes les plus abominables.

    La crise économique que l’on subit depuis 2008 et qui ne semble pas prête d’être résolue, a mis à juste titre un nouveau coup de projecteur sur l’œuvre de Marx et plus particulièrement sur sa théorisation des crises économiques, telle qu’on la trouve dans les Gründrisse par exemple[17]. Mais très souvent elle a amené une lecture un peu mécanique : nous avons dénoncé ici ceux qui avancent que nous sommes dans une crise finale, graphiques à l’appui pour parler de la baisse de la productivité du travail ou de la chute de la rentabilité du capital. En vérité si on considère que l’affaire est politique, on peut imaginer qu’il y a d’autres solutions politiques de sortie de crise qui n’amènent pas forcément la fin du capitalisme, même si on le souhaite. C’était bien ce que faisait Marx dans les Grundrisse quand il mettait en avant les causes multiples qui pouvaient faire remonter le taux de profit et donc faire repartir le système pour un nouveau tour de piste. Après tout en 1930 on ne voyait guère de raisons de croire à une restauration du système capitaliste, et pourtant, c’est bien ce qui s’est passé, même s’il a fallu une guerre des plus meurtrières pour laisser apparaître ces solutions.

      Marx, l’année du bicentenaire

    Le numéro hors-série de L’Humanité est donc complètement raté. Je passe sur l’intervention incongrue d’Alain Bergounioux, social-démocrate à la manière d’un Rocard, qui ne semble pas très bien comprendre de quoi il parle, mais le plus grave est sans doute de confondre quand cela les arrange Marx et Engels, et même parfois Lénine. Or même si à l’évidence ces deux hommes étaient proches par la pensée, ils ont connu de très nombreux différents, y compris dans leur vie privée[18], et ce serait faire injure à Engels de ne pas le distinguer de Marx. La seule chose qu’on puisse espérer est que cette publication incite les jeunes générations à se plonger sans a priori dans la lecture de Marx. Car si celle-ci est toujours enrichissante, on ne perd jamais son temps à lire Marx, il va de soi qu’elle doit être aussi une manière d’apprendre à penser par soi-même.

    Quoi qu’on pense de Marx, il reste une question importante : son œuvre est ardue et demande une étude longue et approfondie que peu de personnes ont le loisir de réaliser. Ceci fait que les exégèses et les manuels de présentation hâtive prolifèrent sans forcément démontrer leur pertinence ni leur utilité. Mais les travailleurs évidemment ne peuvent pas attendre d’avoir une lecture particulièrement affinée de l’œuvre de Marx pour agir, d’autant que comme je l’ai dit plus haut, ceux qui se réclament de Marx le font aussi très souvent à partir de leur propre positionnement politique et manquent ainsi de beaucoup d’objectivité.



    [1] Des économistes comme Thomas Piketty ou Patrick Artus (http://in-girum-imus.blogg.org/patrick-artus-les-crises-et-le-retour-de-karl-marx-a136455382) parlent de Marx sans avoir travaillé vraiment ses textes. Mais Keynes disait aussi qu’il trouvait Marx mauvais, et donc que pour cela il ne l’avait pas lu !

    [2] La première édition du Capital en français a été tirée à 1500 exemplaires, et la moitié est partie au pilon.

    [3] Karl MarxCritique du programme du Parti Ouvrier Allemand (1875), in, Œuvres, La Pléiade, tome 1, Gallimard, 1963.

    [4] Notes critiques sur le Traité d'économie politique d'Adolph Wagner (1880), in, Œuvres économiques, Tome 2, La Pléiade, Gallimardd, 1968. 

    [5] Paul Mattick, « Les divergences de principe entre Rosa Luxemburg et Lénine (1935) », in, Intégration capitaliste et rupture ouvrière, EDI, 1972.

    [6] Il assumera clairement le passage à la social-démocratie et l’abandon de la révolution en 1895 dans son introduction à la réédition de La lutte des classes en France, Editions sociales, 1967.

    [7] Voir par exemple la critique qui lui est adressée par les garnaultins : L’unique et sa propriété, 1967.

    [8] Les conseils ouvriers (1936), Bélibaste, 1974.

    [9] Bruno Rizzi, L’URSS : collectivisme bureaucratique, la bureaucratisation du monde, 1er partie, Champ Libre, 1977. Cet ouvrage a été écrit en 1939, seule la première partie a été traduite en français.

    [10] La révolution fut une belle aventure, des rues de Berlin en révolte aux mouvements radicaux américains (1918-1934), Editions L'échappée, 2013. Voir aussi son Marx et Keynes, Gallimard, 1972 qui montre que l’analyse de Marx n’est pas compatible avec celle de Keynes et que c’est cette dernière finalement que les partis communistes d’obédience léniniste ont privilégiée.

    [11] https://www.marxists.org/francais/rubel/works/1962/rubel_19620700.htm

    [12] Karl Marx, La Guerre civile en France, 1871 — édition nou­velle accom­pa­gnée des tra­vaux pré­pa­ra­toires de Marx, éd. sociales, 1968

    [13] Critique de la philosophie de l’Etat de Hegel, in, Œuvres philosophiques, Tome IV, Editions Costes, 1948.

    [14] Il y a au moins deux ouvrages de Postone à lire : Temps, travail et domination sociale, Milles et une nuits, 2009, et Critique du fétiche capital, l’antisémitisme et la gauche, PUF, 2013.

    [15] Karl Marx, « The outbreak of the Crimean War, Moslems, Christians and Jews in Ottoman Empire», New York Daily Tribune, April 15, 1854. 

    [16] Un site sur Internet animé par Michel Aymerich développe longuement une critique marxiste et islamophobique, textes à l’appui : http://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/

    [17] Ces textes, selon moi incontournables si on veut comprendre Marx, ont été traduit en français par Roger Dangeville et publiés chez Anthropos en deux volumes en 1967 et 1968. Ils ont été republiés à la fin des années soixante-dix aux Editions Sociales par Jean-Pierre Lefebvre, puis réédités en 2011 en un seul volume. Cette édition n’est plus disponible, mais sans doute que le bicentenaire va réactiver sa publication. Une partie de ces textes se trouve aussi dans l’édition des œuvres de Marx dans la Pléiade, dans le tome 2 de l’économie sous le titre de « Matériaux pour l’économie ».

    [18] Notamment quand Marx demanda à son ami d’endosser la paternité de l’enfant qu’il avait fait à sa bonne !

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  •  Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    Les élections du 4 mars 2018 en Italie vont très certainement amener une majorité très à droite à la tête de ce pays. Et très curieusement, bien que M5S doive devenir le premier parti de la péninsule, il semble que le sinistre Berlusconi redevienne à cette occasion avec Forza Italia un des hommes clé du scrutin. Le PD, parti européiste, libéral et austéritaire de Renzi est donné à moins de 23% alors que l’an dernier il était encore à 33%. Forza Italia à un peu plus de 16% et surtout la Lega a vu les intentions de votes progresser le plus fortement, passant de 4% à 14%. La gauche de Liberi e Uguali est complètement hors-jeu[1].

     Ces chiffres qui seront sans doute confirmés le 4 mars dans les urnes montrent clairement que les Italiens sont devenus très anti-européens. Bien que Berlusconi et Forza Italia soient très ambigus sur l’idée d’une sortie de l’Union européenne, il est clair qu’au moins la moitié de ses électeurs est pour une sortie directe. La Lega est encore plus clairement en faveur d’un retour à la souveraineté de l’Etat italien et donc aussi à une sortie de l’euro. Et comme M5S est aussi très critique pour ne pas dire plus sur les possibilités de sortir de l’Europe, on voit qu’il y a clairement une majorité anti-européenne qui se dessine dans la péninsule. Si demain devait avoir lieu un référendum pour la sortie ou non de l’Italie de l’Union européenne, il est probable que les deux tiers des Italiens voteraient la sortie. Les partis politiques en compétition pour cette élection majeure se disputent sur des points annexes, par exemple l’inconséquent Berlusconi propose de baisser les impôts et de revenir à une sorte de flat tax, rompre avec la progressivité de l’impôt[2]. Ce qui évidemment serait très défavorable aux plus pauvres. Mais en réalité le vote des Italiens va sans doute se déterminer essentiellement sur les deux points suivants : l’économie est malade, le chômage des jeunes est élevé, et ensuite, ce pays subi plus que les autres les effets de la crise migratoire européenne.

     Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    L’Italie est un des pays de l’Union européenne qui a subi les pires dommages depuis la crise de 2008 si on se place du point de vue de la croissance et donc de l’emploi. Comme on le voit dans le graphique ci-dessus, il y a une cassure nette entre la tendance 2000-2008 et la tendance 2008-2016. Et surtout le niveau du PIB par tête de 2018 n’a toujours pas retrouvé celui d’avant la crise dix ans après. Et pourtant on ne peut pas dire que l’Italie ne soit pas compétitive, comme on le voit dans le graphique ci-dessous, elle a un commerce extérieur excédentaire, contrairement à la France. Autrement dit, les réformes entreprises depuis dix ans si elles ont manifestement rendu l’économie italienne plus compétitive, elles n’ont pas profité ni à l’emploi, ni aux salaires. La droite italienne a souvent tendance à accuser le « coin fiscal » qui empêcherait les entrepreneurs d’embaucher. Mais cet argument ne parait pas valable, parce que justement l’Italie a de bonnes performances sur les marchés extérieurs. Autrement dit, l’Italie, comme le reste de l’Europe, souffre d’un défaut de demande intérieure. Et donc que la solution d’une expansion économique par le biais du développement des échanges extérieurs n’est pas une bonne solution. L’échec de la politique de Renzi, qui sur beaucoup de points ressemble à Macron, en un peu moins arrogant toutefois, nous renseigne très clairement sur les impasses de la politique actuelle de la France : ce n’est pas en allant chercher des parts de marché à l’extérieur qu’on résoudra le problème de l’emploi. Cela n’aboutit en fait qu’à une cassure du pays : les entreprises et les régions bien positionnées sur les marchés extérieurs tirent leur épingle du jeu, et les autres sombrent dans le marasme.

      

    Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    Evidemment une telle situation ne peut entraîner qu’un chômage très élevé et particulièrement celui des jeunes. Celui-ci a pratiquement doublé depuis la crise de 2008, alors même que l’Italie souffre d’une faible croissance démographique. La population italienne a même diminué depuis 2015[3]. Les jeunes sont de moins en moins nombreux, mais ils sont de plus en plus au chômage !!

      Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    Dans ces conditions il est très difficile de ne pas voir une relation entre les grandes vagues d’immigrations qui secouent l’Europe depuis plusieurs années et la détérioration des conditions d’emploi en Italie[4]. En effet l’immigration préoccupe fortement les Italiens. C’était jadis un peuple bienveillant vis-à-vis des migrants, eux-mêmes ayant fourni pendant de longues décennies de forts contingents de migrants qui sont partis chercher fortune en France, aux Etats-Unis, ou ailleurs. Mais aujourd’hui la tendance est de plus en plus à ne plus supporter « cette invasion ». C’est le très « politiquement correct » Corrierre della serra qui emploie ce terme pour tenter de le vider de son sens. Ce journal très européiste, très bien-pensant, tente de démontrer que les migrants ne coûtent pas grand-chose, 0,27% du budget nous disent-ils à travers un numéro d’équilibriste qui rappelle un peu nos décodeurs du Monde[5].  Ils annoncent aussi que le débat sur l’immigration doit être remis dans son contexte : 285 000 Italiens quitteraient l’Italie chaque année ! Sans trop le comprendre, ils illustrent la thèse du grand remplacement qu’ils sont censés pourtant combattre ! Les Italiens s’en vont, des Africains ou des Maghrébins les remplacent et forcément l’Italie change de visage.

    La campagne électorale a vu les journalistes monter au créneau pour dire que les Italiens se faisaient des frayeurs pour rien du tout, la preuve ? Les flux migratoires auraient baissé en 2017[6]. Mais même si c’est vrai que ces flux ont diminué, on ne voit pas en quoi cela résoudrait la question de l’installation continue des migrants en Italie. En règle générale les journalistes du main stream considèrent que si les flux migratoires pèsent sur l’Italie ce n’est pas parce qu’ils sont importants, mais c’est parce que l’Union européenne ne soutient pas assez l’Italie dans sa politique d’accueil !  

    Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    Mais en vérité les conflits des Italiens avec les migrants sont très nombreux et quotidiens, parfois mortels. Ils tiennent particulièrement à la mauvaise conduite des migrants. A Castel Volturno, la mafia nigériane s’est emparée de la ville après que les services publics de cette petite ville aient disparu, même Lobs s’en est aperçu[7]. L’affaire Luca Traini, consécutive au meurtre sauvage d’une jeune italienne par des migrants a mis cette confrontation en lumière[8]. De nombreuses manifestations anti-migrants ont lieu presque quotidiennement, malgré les demandes du Pape d’accueillir toujours plus de migrants. Les sondages d’opinion sont pourtant très clairs et constants, 66% des Italiens sont contre les migrants qu’ils considèrent comme des envahisseurs[9], seulement 29% d’entre eux manifestent une solidarité avec eux. Comme dans toute l’Europe, il y a un rejet qui tient non seulement à la dégradation du marché du travail, il y a le sentiment que les migrants concurrencent dangereusement les autochtones et tirent les salaires vers le bas, mais aussi à l’islamisation rampante de la société. D’une façon plus criante qu’en France, on y retrouve les mêmes problèmes avec les migrants : l’oligarchie européiste – suppléée dans ce travail par les partis de gauche traditionnels et en perdition un peu de partout – veulent imposer une transformation rapide et radicale du peuplement de l’Europe, contre la volonté des peuples eux-mêmes. Mais en Italie le peuple va sans doute se déplacer massivement pour voter, on n’en est pas encore à la situation française où on pense que voter ne concerne plus le peuple.  

    Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    La Lega qui a fait une percée un peu inattendue dans les sondages d’opinion est la plus claire sur cette question, et c’est pour cela qu’elle a le vent en poupre. Matteo Salvini veut tout simplement chasser tous les migrants « rue par rue, quartier par quartier »[10]. C’est cette rhétorique qui lui assure une renommée croissante et qui pourrait faire de lui l’élément incontournable dans la construction de la nouvelle majorité. Il est arrivé en effet à contourner le fait que la Lega est un parti régionaliste qui, il n’y a pas si longtemps, prônait l’autonomie des régions du nord de l’Italie. Il est clairement de droite, sa rhétorique ressemble assez à celle d’AfD en Allemagne, souverainiste et libéral sur le plan économique, anti-migrants virulent, il n’est pas pour un retour à un système de type fasciste pour autant. Il est vrai que quand on voit Romano Prodi partir en guerre contre Matteo Silvani au nom de l’intérêt supérieur de l’Union européenne, on comprend que les Italiens n’aient pas vraiment envie de revoir son élève – Matteo Renzi – revenir au pouvoir.

    Les tenants du statu quo parient sur le fait que le résultat des élections du 4 mars ne donnera aucune majorité stable, et qu’on pourra toujours s’appuyer sur Berlusconi pour rester dans l’Europe et continuer la politique migratoire avec quelques aménagements minimes. La conclusion de tout cela, c’est que si la droite souverainiste monte très fortement, il ne sert à rien de s’alarmer d’un retour hypothétique du fascisme dans ce pays, mais il faut plutôt interroger les politiciens qui depuis des années et des années ont conduit l’Italie, comme les autres pays du reste de l’Europe, dans une impasse économique et sociale par cette volonté de s’inscrire à tout prix dans la voie de la mondialisation qui est un désastre pour tout le monde.

     

     


    [1] http://www.rainews.it/dl/rainews/media/Barometro-Politico-Istituto-Demopolis-Il-consenso-ai-partiti-9954fe3d-5626-475a-9f9b-19e1369f9ecd.html#foto-1

    [2] http://www.ilgiornale.it/news/politica/flat-tax-rimpatri-sicurezza-programma-berlusconi-1496212.html

    [3] https://www.tuttitalia.it/statistiche/popolazione-andamento-demografico/

    [4] https://www.securindex.com/news/leggi/2315/sicurezza-2017-presentata-lindagine-ipsos-sulle-paure-degli-italiani

    [5] http://www.corriere.it/cronache/cards/migranti-2017-come-andata-meno-sbarchi-piu-italiani-la-valigia/reati-si-stranieri-ne-commettono-piu.shtml

    [6] https://www.ilfoglio.it/dati-e-statistiche/2017/09/19/news/tanta-paura-pochi-migranti-ecco-i-numeri-153007/

    [7] https://www.nouvelobs.com/monde/20180214.OBS2225/casel-volturno-petite-ville-fantome-d-italie-tombee-aux-mains-des-gangs-nigerians.html

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/le-crime-de-luca-traini-a136599034

    [9] http://www.ilgiornale.it/news/cronache/66-degli-italiani-contro-immigrati-1450790.html

    [10] https://www.ilfattoquotidiano.it/2017/02/18/migranti-salvini-serve-pulizia-di-massa-via-per-via-quartiere-per-quartiere/3399250/

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  • Raoul Vaneigem, Voyage à Oarystis, Estuaire, 2005  

    Cet ouvrage s’essaie à renouer avec le fil des utopies qui se sont déroulées au fil du temps. A l’évidence les formes de l’utopie, notamment celles de Charles Fourier ont joué un grand rôle dans le développement de la pensée socialiste puisque la révolution prolétarienne est sensée déboucher sur une nouvelle forme sociale qu’il faut tenter d’anticiper et peut-être d’orienter. C’est dans la nature des choses que Vaneigem s’empare de cette idée. En effet, du temps de l’IS, il s’était très engagé dans la réflexion sur l’urbanisme unitaire qui fut la grande affaire de ce groupe au moins jusqu’à l’éviction de la tendance dite artistique. Le terme même d’urbanisme unitaire provenait directement de Fourier qui parlait d’architecture unitaire, et ses principes ont été mis en œuvre – très partiellement cependant – par Jean-Baptiste Godin qui en a aussi théorisé les principes[1]. Cette réhabilitation de l’utopie venait en droite ligne des surréalistes et plus précisément d’André Breton[2], qui célébraient aussi bien Fourier que le Facteur Cheval ou les constructions de Louis II de Bavière.

    L’idée des situationnistes était de critiquer l’urbanisme bourgeois, celui de Le Corbusier pour aller vite qui développait un fonctionnalisme qui cloisonnait les espaces et en restreignait les usages, et ensuite de proposer des solutions alternatives qui donneraient du corps à l’idée de révolution. Le plus avancé sur ce terrain était sans doute le peintre Constant qui proposa des maquettes[3] dont certaines d’ailleurs donnèrent des idées à de jeunes architectes qui les « récupérèrent » dans un but peu révolutionnaire.  

    Raoul Vaneigem, Voyage à Oarystis, Estuaire, 2005

    Les situationnistes s’étaient lancés dans cette aventure de défendre une utopie urbaine, ce qui leur donnait incontestablement un air moderne. Après-guerre et jusqu’à la fin des années soixante-dix, c’était la mode de penser le progrès social à partir des nouvelles formes architecturales[4]. A la fin des années cinquante et au tout début des années soixante, les situationnistes se présentaient comme ayant cette capacité à détourner les techniques de la bourgeoisie pour les mettre au service d’un projet révolutionnaire où le mot d’ordre serait plus précisément Ne travaillez jamais. Et donc les situationnistes pensaient la ville à partir des loisirs, pas le loisir bourgeois et consumériste, mais le loisir créatif et émancipateur. Evidemment pour que le travail disparaisse dans une société socialiste, il faut faire confiance à la technique ou du moins être capable de la maîtriser.

    Depuis cette époque de l’eau a passé sous les ponts. Guy Debord s’est progressivement éloigné de cette utopie urbaine, et il a fait de la question de la négation du travail une action individuelle. Et puis le progrès technique est de plus en plus souvent vécu comme une malédiction, le naufrage écologique est là pour nous le rappeler en permanence. Si le capitalisme a aujourd’hui un goût de cendres et ne peut en rien donner à rêver, les formes utopiques devraient proposer des pistes pour des formes de société nouvelles fondées sur de nouveaux critères.

    Raoul Vaneigem dans cet ouvrage de fiction prolonge les idées de sa jeunesse, tout en les remettant au goût du jour, du fait justement de cette contrainte écologique. A vrai dire, il avait repris ces idées anciennes dans une petit article un peu théorique, si on veut, intitulé Notes préliminaires au projet de construction d'Oarystis, la ville des désirs en 2002[5]. Il essaie ici de donner du corps et une âme en quelque sorte à New Babylon en l’agrémentant de verdure et d’animaux de toutes sortes. Comme Fourier, il tente de construire une communauté sur la base des sentiments. Sauf que tout de même, Fourier se préoccupait d’économie et supposait que le Phalanstère élèverait radicalement la productivité du travail[6]. Loin d’abolir le travail, Fourier voulait au contraire que tout le monde s’y mette, y compris les enfants. Et d’ailleurs dans Voyage à Oarystis, Vaneigem admet finalement la nécessité d’une forme de travail qui serait basée sur une sorte de passion individuelle : c’est la seule modification qu’il fait aux anciennes idées situationnistes de l’abolition du travail, en somme un retour au Marx de L’idéologie allemande.    

    Raoul Vaneigem, Voyage à Oarystis, Estuaire, 2005

    De New Babylon, Vaneigem reprendra les différents niveaux de circulation, et aussi la mobilité des éléments. Et puis de ses propres textes, il tentera de démontrer que la ville doit être fondée sur le principe du plaisir et du désir, d’où le nom de Oarystis. C’est une ville ouverte, placée sous le signe de la dérive. L’idée majeure est que les visiteurs ne peuvent pas rester longtemps, ils doivent ensuite repartir et, si l’expérience leur a plu, ils peuvent créer leur propre ville.

    Evidemment l’écriture de ce conte édifiant est sensée nous convaincre du bien-fondé de la démarche. Les dessins doivent également y contribuer aussi. Passons sur le peu d’élégance de l’ensemble et restons-en au fond. Les rues portent essentiellement les noms des écrivains ou des hommes que Vaneigem vénèrent, ce qui au-delà de ce catalogue un peu laborieux, lui permet de faire étalage de son érudition[7]. Le parcours à travers le labyrinthe de la ville ressemble un peu à la visite d’une sorte de Disneyland de la passion amoureuse. Et justement c’est cela qui nous interpelle. Pourquoi après toutes les critiques fort pertinentes qui sont adressées en permanence au capitalisme et au monde de la marchandise, personne ne marche dans ce genre de projet ? En 1968 et après, dans ce grand mouvement de révolte que nous avons connu, les projets de communautés autonomes étaient très nombreux. Tous ces projets ont échoué lamentablement. Mais bien avant, les projets fouriéristes qui avaient fleuri avant et après la Commune n’ont pas eu beaucoup plus de succès, même quand on a pu y mettre des moyens.

    La question centrale est la suivante : qu’est-ce qui fait qu’un projet de vie collectif n’arrive pas à être attractif ? C’est en effet parce que les projets individuels ne sont pas compatibles entre eux que l’argent existe pour les relier et en faire un tout plus ou moins bancal mais qui bon an, mal an, permet au capitalisme de se perpétuer. C’est cette capacité négative que possède le capital : il n’a pas besoin de plaire, il lui suffit de faire semblant de laisser les individus choisir leur destinée.

    Vaneigem laisse entendre que l’éducation pourrait changer les choses : en découvrant ainsi les possibilités de Oarystis, les visiteurs ne pourraient que se résoudre à en reconnaître la supériorité et donc se décideraient par la suite à suivre ce chemin qui est le bon ! Il reprend la vieille antienne de l’exemplarité qui pourtant n’a pas donné des résultats importants. Ce faisant, mais c’est sans doute le lot de toutes les utopies, il ne part pas des conditions réelles présentes pour transformer le monde, mais plutôt des noyaux de personnes qui se trouvent hors du système et de ce fait peuvent en expérimenter un autre. Existe-t-il un passage plus ou moins secret entre les deux mondes ? Pour Vaneigem, c’est la raison qui fait progresser le monde, même si cette raison s’appuie sur une mathématique des sentiments et des désirs. Mais il suppose que cette raison est finalement extérieure au peuple, qu’elle n’émane pas de lui. C’est sur ce point que portait d’ailleurs une partie de la critique de Friedrich Engels[8]  

    Raoul Vaneigem, Voyage à Oarystis, Estuaire, 2005

    Quand vous lisez sérieusement Charles Fourier, la référence obligée de Vaneigem, vous vous rendez compte qu’il est, dans sa manière de penser le pendant d’Adam Smith : tous les deux en effet s’appuie sur la logique rationnelle de l’attraction qu’ils empruntent à Isaac Newton[9].

     

    Je suis inventeur du calcul mathématique des destinées, calcul sur lequel Newton avait la main et qu’il n’a pas même entrevu ; il a déterminé les lois de l’attraction matérielle, et moi, celle de l’attraction passionnée, dont nul homme avant moi n’avait abordé la théorie. Charles Fourier, Lettre au Grand Juge, 4 nivôse an XI.

     

    Ce n’est plus le calcul utilitaire qui forme rationnellement la société et le marché, mais la logique des passions, ces passions qui pour Fourier comme pour Vaneigem ont une essence naturelle. C’est pour cette raison que le noyau de la société « harmonieuse » doit rester assez restreint. Chez Fourier c’est 1440, un chiffre atteint à partir du chiffre 12 qui est le nombre des signes astrologiques. Chez Vaneigem, le groupe ne doit pas dépasser 7000 personnes et reste assez fermé puisqu’il suppose que les visiteurs ne demeurent jamais bien longtemps. Il s’ensuit donc une sorte de catalogue raisonné des passions et des intérêts, avec sous-jacente, l’idée que l’homme est bon par nature, ou du moins qu’il ne demande qu’à l’être. Il est tout de même curieux qu’en cinquante années Vaneigem n’ait pas un peu plus évolué que cela. Certes on ne lui demande pas d’abandonner ses idées de jeunesse, mais la moindre des choses serait de tenir compte de ses erreurs, faute de quoi on risque de les recommencer.

     



    [1] La Richesse Au Service Du Peuple : Le Familistère De Guise, Bibliothèque démocratique, 1874.

    [2] Ode à Charles Fourier, Fontaine, 1947.

    [3] Constant, New Babylon, Hatje Cantz, 2016.

    [4] Libero Andreotti, Le Grand jeu à venir, textes situationnistes sur la ville, La Villette, 2008.

    [5] http://www.bon-a-tirer.com/volume4/rv.html

    [6] La fausse industrie, morcelée, répugnante, mensongère, et l’antidote, l’industrie naturelle, combinée, attrayante, véridique, donnant quadruple produit et perfection extrême en toute qualité, 1836-1837.

    [7] Dans le numéro 10 de Internationale situationniste, 1966, il avait dressé toute une liste de ses propres études dans De quelques questions théoriques sans questionnement ni problématique.

    [8] Socialisme utopique, socialisme scientifique [1880], Editions sociales, 1950.

    [9] Arnaud Diemer et Hervé Guillemin, « Adam Smith et la physique de Newton », Œconomia, 2-3 | 2012

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  •  Parmi les mauvaises nouvelles qui nous arrivent ces jours-ci il y a l’aggravation du déficit du commerce extérieur. En 2017, il s’est élevé à 63,4 milliards d’euros. Des tas de raisons sont avancées pour expliquer ce résultat médiocre. La France ne possèderait pas assez d’entreprises exportatrices, elle serait en retard d’une robotisation, bref que la France n’est plus compétitive sur les marchés étrangers[1]. Si sur le plan comptable c’est forcément vrai, ce n’est pas une explication suffisante. En vérité le commerce de la France coule à pic depuis l’introduction de la monnaie unique. C’est ce que nous voyons dans le graphique suivant : jusqu’en 2002, date à laquelle l’euro a été introduit, la balance commerciale française était à peu près à l’équilibre, et même sur la période 1990-2002, elle est largement excédentaire. A partir de 2002 c’est une chute sans fin. Seize ans de chute continue, c’est beaucoup et pour tout dire cela ne s’est même jamais vu.

     

      Le déficit commercial extérieur de la France

    La première des choses dont il faut se rendre compte, c’est que cela à un impact direct sur l’emploi. Si nous avons un déficit commercial, c’est que nous achetons plus à l’étranger que nous ne lui vendons. Autrement dit on vit au-dessus de nos moyens, et on s’endette. Il est curieux que les économistes qui le plus souvent nous mettent en garde contre un déficit des comptes publics, ne tiennent guère compte de ce déséquilibre. Une saine gestion de la nation pourrait inscrire dans le marbre de la constitution que le déséquilibre commercial est interdit. On calcule généralement qu’un emploi moyen à plein temps à l’année coûte « environ » 40 000 € par an. Et donc on voit tout de suite que si nous n’avions pas de déficit commercial, nous aurions 1 585 000 emplois de plus ! Ce qui dans le contexte actuel serait un changement qualitatif décisif. Dans le graphique ci-dessous, on voit que bon an, mal an, le chômage augmente régulièrement en France.

      Le déficit commercial extérieur de la France

    Même Le monde s’est rendu compte, en lisant le rapport du COE-Rexecode, un think tank patronal que le CICE n’avait servi à rien pour gagner des points de compétitivité. Si le CICE a bien alléger le « coût » du travail, tandis que celui-ci augmentait outre-Rhin, il n’a pas permis de gagner des parts de marché. La première raison et la seule, c’est l’entrée dans l’euro, c’est une évidence que personne ne veut affirmer. La raison est assez simple. Si entre 1960 et 2002 la France bon an, mal an, affichait une balance commerciale presque à l’équilibre, c’est parce qu’elle avait la possibilité d’ajuster sa monnaie à sa compétitivité. C’est le b-a ba de la théorie classique de la monnaie depuis William Petty. Lorsque la balance commerciale est déficitaire, la monnaie doit nécessairement chuter. La baisse de la valeur de la monnaie permet de faciliter les exportations et restreint le volume des importations, et donc à court et moyen terme, cela permet de résorber le déficit. C’est ce que la France faisait régulièrement lorsque notre monnaie était le franc. Mais avec l’euro ce n’est plus possible : depuis 2002 nous sommes dans un système de parités fixes entre les membres de la zone euro. Ce sont évidemment ces parités fixes qui expliquent les déconvenues des pays du sud de l’Europe et les excédents mirobolants de l’Allemagne.

     Le déficit commercial extérieur de la France 

    Balance commerciale France-Allemagne 

    Il faut dire que l’entrée de la France dans l’euro a été très mal négociée par Dominique Strauss-Kahn qui était à l’époque ministre de l’économie. En effet, tandis que l’Allemagne entrait dans la zone euro en dévaluant fortement sa monnaie, la France faisait exactement l’inverse. Jusqu’à la fin du XXème siècle, la France avait régulièrement un excédent commercial avec l’Allemagne. A partir de 2002, on voit que les courbes se croisent, et que le déficit commercial de la France vis-à-vis de l’Allemagne explose et s’approfondit d’année en année. Aujourd’hui le déficit commercial de la France avec la seule Allemagne atteint 14,1 milliards d’euros. Si nous reprenons notre petit calcul, en termes d’emplois, c’est un déficit de 352 500 emplois ! C’est comme si par notre activité commerciale équivalait à transférer 352 500 emplois par an en Allemagne ! A l’inverse l’Allemagne dégage un solde commercial extérieur positif d’environ 250 milliards d’euros. Ce qui veut dire qu’environ 6 250 000 emplois en Allemagne n’existent que grâce à cet excédent. On comprend que les Allemands soient non seulement pour le libre-échange, mais aussi pour l’euro. C’est le pays qui, avec la Chine, à le plus à craindre d’un retour au protectionnisme.

      Le déficit commercial extérieur de la France

    Dans le graphique ci-dessus, on voit que la France est très liée dans son commerce extérieur à la zone euro, et c’est avec la zone euro que son déficit et le plus important sauf en ce qui concerne les produits énergétiques bien entendu. En règle générale les économistes vont vous dire que si la France dans une économie ouverte aux quatre vents présente un solde commercial déficitaire, c’est bien sûr de sa faute, parce qu’elle n’est pas compétitive. Mais en réalité c’est confondre la cause et la conséquence : elle n’est pas compétitive parce qu’elle n’a plus la souveraineté de sa monnaie. C’est la leçon élémentaire de Friedrich List dans son Système national d’économie politique[2]. Le protectionnisme permet à un Etat de se développer à l’abri de la concurrence plus ou moins loyale des autres pays. Et avec l’introduction de l’euro, il semble bien que la concurrence avec l’Allemagne n’ait pas été loyale puisque ce dernier pays a dévalué le mark pour rentrer dans la monnaie unique.

    La leçon de tout cela est que le contrôle du taux de change, dont l’adhésion à la monnaie unique nous a privé, est le meilleur instrument de protection du marché national. Les Suédois, les Danois, et dans une moindre mesure les Britanniques, l’ont compris bien avant nous. Nous le voyons encore plus clairement dans la déconfiture de l’industrie française. En effet, le cumul des déficit année après année entraîne irrémédiablement l’industrie française vers sa disparition. Alors que la part de l’industrie en Allemagne est de 22% du PIB en 2016, elle n’est plus que de 12% en France. Autrement dit, si la production industrielle baisse relativement de partout dans le monde développé, elle baisse plus vite en France. Or l’industrie et plus particulièrement l’industrie manufacturière et une source d’emplois plus abondante que les services par exemple. Autrement dit plus l’industrie de la France décline, et plus son chômage – importé d’Allemagne ou d’ailleurs – est important.

    Mais ce n’est pas seulement l’industrie qui est touchée. L’agriculture ne génère plus les ressources qu’elle générait par le passé. La France est déficitaire maintenant dans des filières où sa nature ne devrait pas le permettre. Si le déficit en produits de l’agriculture biologique est important, cela tient à au moins trois raisons :

    - d’abord la Politique Agricole Commune qui a privilégié les quantités et pas la qualité des productions, faisant le jeu des grandes exploitations au détriment des plus petites ;

    - ensuite le conservatisme du principal syndicat agricole, la FNSEA, qui a tout fait pour enrayer la croissance du bio ;  

    Le déficit commercial extérieur de la France

    - enfin l’Etat lui-même. Récemment, l’équipe de Macron a décidé de se désengager de son soutien à la filière bio-agricole[3]. Or s’il y a une filière qui doit être impérativement soutenue par l’Etat c’est bien celle-là : en effet, alors que la demande de produits bio augmente plus rapidement que la production, il faut pour mettre les terres en état de produire du bio, les purger en quelque sorte, les laisser pendant plusieurs années sans culture pour les rendre plus propres. D’un point de vue économique comme du point de vue environnemental, l’Etat doit soutenir cette filière. C’est vital. Le ministre de l’agriculture de Macron semble aussi bête que son patron, il a opposé au soutien de l’Etat la possibilité de faire soutenir le développement de l’agriculture bio par des fonds privés[4] ! En clair cela veut dire que les petits paysans qui font du bio devront se soumettre aux impératifs de rentabilité de la finance, avec tous les travers que cela peut engendrer.

    De la même manière, alors que la France a accès à trois mers, sa filière pèche s’est effondrée, laissant un déficit commercial important.

    Le déficit commercial extérieur de la France

    Il faut comprendre une chose importante, c’est que si nous avons une désindustrialisation et un effondrement de la production dans les filières agricoles et industrielle, ce n’est pas tant que le coût du travail serait plus élevé en France qu’en Europe. Comme le montre le graphique suivant, plusieurs pays ont un coût du travail plus élevé que la France, mais en outre la productivité horaire des salariés français est l’une des plus élevée de l’OCDE. Cela justifierait d’ailleurs du point de vue de l’économie classique le fait que le travail soit mieux rémunéré en France qu’en Allemagne. En vérité le patronat français et ses hommes politiques ont préféré favoriser un capitalisme financier plutôt qu’un capitalisme industriel. Cela peut se traduire par exemple dans le fait que les entrepreneurs français sont très en retard en matière de robotisation[5], même s’ils se plaignent de la hauteur des salaires, ils ont fait en la matière des choix qui se sont révélés désastreux. Je rappelle que le Sénat en 1999 avait déjà pointé le retard de la France en termes de robotisation. Mais personne n’en a tenu compte[6], et surtout pas les politiques.  

    Le déficit commercial extérieur de la France 

    Le déficit commercial extérieur de la France 

    Les orientations politique de Macron ne vont pas dans le sens d’une réindustrialisation de la France qui est devenue un peu comme l’Arlésienne dans la bouche des hommes politiques depuis une trentaine d’années.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/07/commerce-exterieur-la-france-n-est-toujours-pas-de-retour_5253092_3232.html

    [2] Traduit en français chez Capelle en 1857, et republié chez Gallimard, collection Tel, en 1998.

    [3] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/09/20/20002-20170920ARTFIG00376-agriculture-bio-l-etat-se-desengage-des-aides-au-maintien.php

    [4] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/08/29/20002-20170829ARTFIG00114-le-ministre-de-l-agriculture-veut-un-fonds-de-soutien-prive-pour-le-bio.php

    [5] http://www.europe1.fr/emissions/le-vrai-faux-de-l-info2/lallemagne-est-elle-beaucoup-plus-robotisee-que-la-france-2970362

    [6] https://www.senat.fr/questions/base/1999/qSEQ991120744.html

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  •  Le crime de Luca Traini

    Aux quatre coins de l’Europe, une fronde s’est levée contre l’arrivée des migrants en provenance des pays africains et des pays musulmans. Les médias français et les hommes politiques mettent volontiers le couvercle sur ces informations, se contentant de rabâcher que l’immigration était une chance pour l’Europe. Luca Traini est un nostalgique du fascisme, proche de la Lega Nord. Il est maintenant mondialement connu pour avoir tiré sur des personnes de couleurs qu’il pensait être des migrants. 6 d’entre elles seront blessées[1]. Cela se passait à Macerata le 3 février dernier. Luca Traini a expliqué que son geste que tout le monde s’est empressé de condamné, était la conséquence, selon Luca Traini lui-même, d’un autre meurtre, celui de Pamela, une jeune fille assassinée et découpée en morceaux par un migrant nigérian Innocent Oseghale[2].  Si les médias français ont repris avec beaucoup de virulence le crime de Luca Traini, ils n’ont pratiquement rien dit du meurtre de Pamela. Comme s’il fallait passer sous silence les exactions des migrants qui, en Italie, sont maintenant quotidiennes. Et s’ils en ont parlé, c’est simplement parce qu’ils avaient décidé de mettre en accusation le fasciste Traini. De plus en plus souvent des villageois, des citoyens, se mobilisent pour faire barrage aux migrants, soit pour les empêcher de s’installer n’importe où, n’importe comment, soit pour pousser les autorités à agir et les refouler. Il faut dire que depuis 2015, l’Italie est devenue la principale porte sur l’Europe pour les Africains qui passent par la Libye. Or l’Italie est un pays en crise, soumis à la dure règle de l’austérité européiste, la croissance est faible, le taux de chômage élevé. On a souligné le fait que l’Union européenne, toujours dévidant son crédo en ce qui concerne les bonnes vieilles lois du marché pour réguler les flux de population, n’avait pas été à la hauteur en ce qui concerne l’accueil des migrants. 

    Le crime de Luca Traini 

    Dans ce contexte, plusieurs études ont insisté sur l’agressivité des migrants et leur volonté de s’imposer par la force aux autorités pour obtenir des avantages matériels[3]. Alors que les partis fascistes et néo-fascistes n’ont plus guère d’audience, le geste de Luca Traini semble pour le moins faire l’objet d’une grande compréhension de la part de la population.  Les partis de droite tout en condamnant les tirs de Luca Traini, ont promis de renvoyer chez eux une grande partie des migrants illégaux s’ils gagnent les élections. Des jeunes italiens se sont empressés de tendre une banderole en l’honneur de Luca Traini. Si pour certains il est considéré comme un héros, alors même qu’on a trouvé chez lui des livres nazis et fascistes, c’est que l’exaspération est à son comble. Et que beaucoup rêvent de suivre son exemple. Le monde du 7 février 2018 avance que Macerata est frappée de sidération[4]. En vérité c’est Le monde qui est frappé de sidération, car ses journalistes ne comprennent pas que les autochtones de toute l’Europe rejettent ce qui est pour eux une forme d’enrichissement pour notre culture. Ce qui est étonnant c’est que ce genre d’action ne se soit pas produit avant, encore qu’il n’y ait eu que des blessés, et qu’à l’inverse il y a eu de nombreux crimes imputés aux migrants dans toute l’Europe, mais les médias n’en parlent guère. En Allemagne une étude commandée par le gouvernement allemand a avancé que 90% de l’accroissement des crimes violents provenaient des migrants, c’est la très sérieuse BBC qui le rapporte[5]. Les médias cachent assez volontiers ce qui ressemble à une révolte contre les migrations massives, ou alors comme c’est le cas pour Les décodeurs, ils font des discours alambiqués pour nous expliquer que cette hausse de 90% quand les migrations ont augmenté de 440% ce n’est pas beaucoup[6].  L’arithmétique est une science qui échappe aux décodeurs ! On se demande quoi se plaignent ces allemands qui se font battre, violer ou assassinés ! je rappelle qu’en 2016, les violences sexuelles attribuées aux migrants en Allemagne ont doublé[7]. En Suède c’est un peu la même chose. A force de mentir et de contraindre les peuples à accepter des choix qu’ils n’ont jamais faits, notamment celui de cohabiter avec une population aux mœurs d’un autre âge, il faut s’attendre à une révolte. En Italie, et plus précisément à Macerata, elle a pris l’allure d’un fasciste tirant sur des migrants. Il est très probable que ce mouvement va s’amplifier dans les mois à venir.

     Le crime de Luca Traini 

    Depuis 2015 on ne compte plus les manifestations d’Italiens contre la présente des migrants que la police doit maintenant protéger. Le fait d’ailleurs que la police réprime plus facilement les manifestations d’autochtones que celles des migrants, augmente forcément le sentiment d’abandon des populations. Dans son éditorial du 6 février, Le monde trouve tout cela inquiétant, surtout que les hommes politiques puissent se ranger du côté du sentiment populaire[8]. Jacques Attali et Bénédicte Peyrole, député de LREM, signait ce même jour une tribune dans Le monde pour répéter les mêmes sempiternelles âneries sur les migrations[9]. Selon eux – je rappelle tout de même qu’Attali s’est toujours trompé sur tout et sur le reste – les Français manquent de pédagogie, il faut leur expliquer ce qu’ils n’ont pas compris, que l’immigration est une chance, et que notre devoir est de bien accueillir les migrants. Ils auraient d’ailleurs pu dire la même chose des Allemands, des Italiens, des Polonais, des Hongrois, des Suédois, etc. La ritournelle est toujours la même : il faut permettre aux migrants de s’insérer sur le marché du travail – ce qui est très facile on l’a compris dans un pays où il y a déjà plus de 6 millions de chômeurs. En réalité ce sont les gens comme Attali et cette malheureuse députée Bénédicte Peyrole qui n’ont strictement rien compris, et donc c’est à eux qu’il faudrait sans doute faire un peu de pédagogie, en commençant par leur expliquer que ce que les gens rejettent ce sont les migrations massives qui bouleversent leur cadre de vie, leur culture et leur histoire. Ces gens, sans doute parce qu’ils croient au marché et à l’imbécile théorie de l’offre, ont du mal à comprendre que le tissu social n’est pas parfaitement élastique et donc qu’il ne peut accepter en un temps record un bouleversement radical de son environnement. 

    Conséquences politiques 

    L’acte de Traini pour spectaculaire qu’il soit doit être remis dans un contexte grandissant de rejet des migrants en Europe qui sont vécus comme des colonisateurs[10]. Les Italiens ne le dissocient pas du meurtre de Pamela. Cela va sans doute avoir des conséquences lourdes pour les prochaines élections législatives qui doivent avoir lieu le 4 mars dans ce pays. On va sans doute vers une majorité qui va être en même temps anti-européenne et anti-migrant – ce qui au fond est un peu la même chose. Qu’on l’approuve ou qu’on le condamne, cela signifiera que probablement l’Italie va se trouver rapidement devant un choix, celui de rester ou de sortir de l’Union européenne.

    On commence à voir que l’Union européenne doit faire face à plusieurs fronts en même temps :

    - tout d’abord la lancinante question du Brexit. Non seulement l’économie britannique ne s’est pas effondrée et fait preuve d’une bonne tenue, mais les Britanniques ne regrettent pas le Brexit et ne veulent pas revenir en arrière[11] ;

    - ensuite les pays du groupe de Visegrád qui sont clairement hostile à la politique immigrationniste de l’Union européenne et qui ne sont pas prêts à se plier aux quotas de répartition des migrants réclamés par Bruxelles[12] ;

    - enfin justement l’Italie qui va sans doute ouvrir un nouveau front sur le terrain des migrations.

     

     


    [1] https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/arme-a-feu-et-mein-kampf-qui-est-luca-traini-le-tireur-presume-de-macerata_1982024.html

    [2] http://www.corriere.it/cronache/18_febbraio_06/pamela-gip-esclude-omicidio-convalida-arresto-innocent-oseghale-835a17cc-0b21-11e8-9333-a02b6d017075.shtml

    [3] http://mattinopadova.gelocal.it/padova/cronaca/2017/10/21/news/profughi-uno-su-2-soffre-di-disturbi-post-traumatici-1.16019814

    [4] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/02/07/apres-la-fusillade-de-macerata-les-blessures-de-l-italie_5253019_3214.html

    [5] http://www.bbc.com/news/world-europe-42557828

    [6] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/02/18/allemagne-migrants-criminalite-comment-detourner-des-statistiques_4868025_4355770.html

    [7] https://francais.rt.com/international/39793-allemagne-crimes-sexuels-migrants-double-2016-rapport

    [8] http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/06/italie-l-inquietante-surenchere-de-la-droite_5252358_3232.html

    [9] http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/06/la-politique-de-la-france-ne-peut-se-resumer-a-la-poursuite-de-jeunes-adolescents-dans-nos-rues_5252280_3232.html

    [10] http://in-girum-imus.blogg.org/l-islamisation-de-l-europe-est-elle-en-marche-a134313500

    [11] http://www.lemonde.fr/referendum-sur-le-brexit/article/2018/02/01/non-les-britanniques-ne-regrettent-pas-le-brexit_5250576_4872498.html

    [12] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/25/migrations-les-pays-de-l-est-se-rebiffent_5190691_3232.html

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