• « …il faut rendre la honte plus

    Honteuse  en la livrant à la publicité »

    Karl Marx, Contribution à la critique

    de la philosophie du droit de Hegel

      Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline

    Il se murmure que les écrits pro-nazis de Céline vont être republiés par Gallimard. La veuve de Céline qui va avoir 105 ans vient de donner son accord, et c’est François Gibault, ancien avocat d’extrême-droite, mais aussi exécuteur testamentaire de Céline, qui s’en occupe. C’est presqu’un non-événement parce qu’en réalité ces textes sont depuis longtemps disponibles sur Internet, et même en version papier. Se sont souvent des éditions pirates, les originales se vendant au prix de l’or, mais depuis peu, depuis 2012, il existe une édition canadienne dite « critique », parue aux Editions 8. Il est donc un peu tard pour s’en indigner. Tous ceux qui s’intéressent à cet écrivain, y compris comme moi en le considérant comme un ennemi du genre humain, ont lu ces textes.  On prétend que ces textes ne sont pas interdits à la publication, ce serait seulement la volonté de Lucette de ne pas les publier pour ne pas faire de polémique – en vérité pour ne pas gêner le statut de grand-homme de lettre de son mari. Pour quiconque les a lus, il est évident pourtant que ces textes orduriers, racistes et nazis tombent directement sous la loi Gayssot. Et donc s’ils n’ont pas été interdits, c’est parce que personne n’avait ouvertement manifester la volonté de les interdire.  Il se pourrait d’ailleurs qu’une telle republication tombe sous le coup de la loi, si quelqu’un s’avisait de porter plainte. Essayez d’écrire ce genre de truc aujourd’hui, et vous irez en taule.

    Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline  

    Il y a les imbéciles de profession comme Sollers qui considèrent que si l’on excepte le sujet développé dans les « pamphlets » de Céline – la haine des Juifs et la demande de leur éradication – ces textes sont les plus beaux qu’il ait écrit. L’imbécilité décadente de cet histrion des lettres modernes va tellement loin qu’il avance que Céline n’aurait pas été un propagandiste de l’Allemagne nazie[1]. C’est pourtant un secret de Polichinelle : Céline était comme on dit cul et chemise avec l’Occupant, il faisait tout pour leur plaire ainsi que l’ont montré Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff dans Céline, la race, le Juif, et de cette position il en tirait des avantages importants[2]. Mais déjà en 1937 dans Bagatelles pour un massacre, il se rangeait sous la bannière hitlérienne et demandait ouvertement l’extermination des Juifs[3]. Il faut savoir avant d’aller plus loin, que de son vivant, c’est bien Bagatelles pour un massacre qui est l’ouvrage qui s’est le mieux vendu, très loin devant Voyage au bout de la nuit. Cet ouvrage lui a rapporté une petite fortune qu’il a convertie en pièces d’or qu’il a planqué au Danemark. Et c’est ce succès de librairie qui l’a encouragé à continuer dans cette voie. Car Céline écrivait d’abord pour faire de l’argent, c’est lui-même qui le disait, et quoi qu’il soit aussi menteur qu’avare, on n’a aucune raison de ne pas le croire. Or dans cette époque troublée, c’était l’écrit antisémite et pronazi qui rapportait[4]. Céline savait pertinemment qu’il avait été un agent de propagande nazi, c’est pourquoi il est parti en courant, « la merde au cul » pour se réfugier au Danemark, là où il avait planqué son or. Sans cette fuite éperdue, facilitée d’ailleurs par les Allemands qui le connaissaient comme un éminent collaborateur, un idiot utile de leur sombre cause, il aurait été fusillé, et sans doute qu’on n’en causerait pas aujourd’hui.

    Un texte vient d’être publié sur les conditions qui devraient présider à une réédition des « pamphlets », texte signé entre autres par Pierre-André Taguieff, Annick Durrafour et Serge Karsfeld[5]. Je me sens en désaccord cependant avec ce texte sur plusieurs points :

    - d’abord parce que s’il est bon de publier une édition critique, ce n’est pas ça qui fera changer d’avis les imbéciles. On n’a pas à protéger les lecteurs de leur interprétation malsaine de textes idiots à tendance criminelle. Il faut rappeler un peu plus souvent que cela n’est fait que Céline s’est inscrit dans cette mouvance intellectuelle qui visait d’abord à justifier le génocide des Juifs.

    - ensuite parce que dans ce texte il est dit que Céline a un grand talent, un style si vous voulez, et donc qu’il se sert de ce merveilleux outil pour faire passer des idées répugnantes et condamnables par les tribunaux. Cette fable du talent de Céline qu’on se traîne depuis cinquante ans, c’est le même Céline qui l’a mise en scène depuis son retour d’exil. A travers ses gémissements, bien orchestrés par les pétainistes recyclés, il est arrivé à faire croire qu’il était un grand écrivain persécuté. Il n’a jamais été persécuté et pour son élargissement à son retour du Danemark, il le doit bel et bien à des réseaux d’extrême droite qui se sont mis en quatre pour lui sauver la peau. Mais il n’a jamais été non plus un grand écrivain. Quand on lit les ordures qu’on appelle pudiquement pamphlets, c’est du Dieudonné en pire.

     Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline 

    Extraits de Bagatelles pour un massacre, pris au hasard : 

    « Je dois dire qu’avec le Popol on est tout de même tombé d’accord, on a conclu : C’est des vampires ! Des saloperies phénoménales, faut les renvoyer chez Hitler ! En Palestine ! En Pologne ! Ils nous font un tort immense ! On ne peut plus les garder ici !... Surtout que Popol, en parenthèses, il venait de subir un dur échec, son chef-d’œuvre refusé tout net par la Ville, un magnifique paysage, pour l’Exposition, tous les Juifs avaient fait florès, lui seul restant sur le sable... »

     

    « Mais si Hitler me disait : " Ferdinand ! C’est le grand partage ! On partage tout ! " Il serait mon pote ! Les Juifs ont promis de partager, ils ont menti comme toujours... Hitler il me ment pas comme les Juifs, il me dit pas je suis ton frère, il me dit " le droit c’est la force " : Voilà qui est net, je sais où je vais mettre les pieds, Je me fais miser, ou je me tire... Avec les Juifs c’est tout sirop... tout manigances...insinuances... gonzesseries... cancans, frotti-frotta... boomerang, harach-loucoums... On sait plus ce qu’on prend dans la bouche, si c’est une bite ou une chandelle... » 

    « Il aime pas les Juifs Hitler, moi non plus !... Y a pas de quoi se frapper pour si peu... C’est pas un crime qu’ils vous répugnent... Je les répugne bien moi, intouchable !... Les Juifs à Jérusalem, un peu plus bas sur le Niger, ils ne me gênent pas ! Ils me gênent pas du tout !... Je leur rends moi tout leur Congo ! Toute leur Afrique !... »

     

    Comme on le voit c’est d’une médiocrité affligeante, geignard et sans style. C’est une offre de service honteuse à l’Allemagne hitlérienne, obséquieux à vomir. Mais laisser croire qu’il y a du talent là-dedans, c’est faire une double erreur, d’abord en justifiant par le talent littéraire la publication de n’importe quelle ordure graffitée par le clochard de Meudon, et ce d’autant que personne ne peut définir réellement ce qu’est le talent. Ensuite c’est consolider l’idée convenue que Céline soit un écrivain de grand talent. Sur ce dernier point je suis en désaccord total avec ceux qui comme Taguieff montrent que dans sa vie réelle Céline était une crapule, veule et lâche, mais que malgré tout il avait du talent. Il est temps de se débarrasser de cette idée reçue et de remettre Céline à sa place, dans les poubelles de l’histoire.

    Personnellement je ne pense pas qu’il faille interdire quoi que ce soit en matière de publication, sauf qu’en laissant passer des écrits de Céline qui tombent pourtant sous le coup de la loi, on établit une sorte de jurisprudence qui ouvre la porte à une réhabilitation de Dieudonné et autres. Il est clair qu’une réédition des ordures céliniens qui font rire ce crétin de Sollers sera l’occasion de s’en prendre encore plus aux Juifs, à un moment où de partout en Europe dans les manifestations pour la Palestine ou pour l’implantation de coutumes musulmanes on entend de plus en plus souvent des « Mort aux Juifs »[6]. Ce que j’aimerais en revanche c’est que des soi-disant intellectuels s’interrogent un peu sur ce qui les fait jouir à la lecture des gémissements de l’avare Céline. En quoi se sentent-ils proches de cette forme particulière de victimisation ? Pourquoi ce style gémisseur les touche-t-il autant ?  

    Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline

    A l’heure où on fait semblant de voir et de traquer du fascisme un peu de partout, il est étonnant qu’on soit aussi complaisant avec le nazi Céline. Brasillach qui était moins virulent que lui a été fusillé. Car Céline était un vrai raciste, et il se présentait comme d’ailleurs le chef de file de la pensée racialiste en France. Camoufler cela derrière des blagues de garçons de bains, c’est tout simplement déplacé. Céline est le héros de la vraie extrême-droite, pas celle du FN, mais celle de Radio Courtoisie et du ridicule Henry de Lesquen. On pourra d’ailleurs utilement rapprocher les idées de de Lesquen sur la musique de celles de son maître Céline.

     

    « Cela concerne le Jazz, le Blues, le rock'n roll et bien sûr l'immonde rap. La musique nègre s'adresse à notre cerveau reptilien et provoque un ensauvagement de la culture occidentale. »

    « Le lundi, c'est variété française, le mardi c'est Valse, le jeudi c'est la musique militaire etc... Nous passons même de la gigue écossaise ! C'est une programmation variée qui permet de libérer la jeunesse de la musique nègre. »

    Henri de Lesquen[7] 

    « La seule défense, le seul recours du blanc contre le robotisme, et sans doute contre la guerre, la régression à "pire que cavernes" bien pire, c’est le retour à son rythme émotif propre. Les Juifs circoncis sont en train de châtrer l’Aryen de son rythme émotif naturel. Le nègre juif est en train de faire dégringoler l’Aryen dans le communisme et l’art robot, à la mentalité objectiviste de parfaits esclaves pour Juifs. »

    Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pout un massacre

     On espère que si une édition des « pamphlets » a lieu, elle servira à mettre en lumière toutes les facettes de ce répugnant personnage. Reste à savoir comment on doit appeler ces immondices. L’édition canadienne avance le tire d’Ecrits polémiques. Je crois que ce n’est pas approprié parce que le mot « polémique » renvoie à l’idée de débat certes virulent, mais contradictoire. Or dans les écrits orduriers de Céline, il coupe court à tout débat. Il assène des vérités qu’il ne tient que de lui-même et qui ne se discutent pas. La violence de son discours, le type de fausses preuves qu’il apporte ne peuvent être discutées. C’est du niveau du faux et de l’usage de faux. De nombreux passages sont d’ailleurs inspiré du Protocole des sages de Sion.

    Pamphlet semblerait mieux convenir dans la mesure où ces textes sont plutôt de simples brochures de propagande, sauf que Bagatelles pour un massacre fait presque 400 pages. Les beaux draps, bien que manquant un peu de souffle et ressassant les délires de Bagatelles pour un massacre, dépasse encore 200 pages. Dès qu’on parle de pamphlets, cela fait allusion à une liberté d’expression un peu outrancière, mais à une liberté d’expression. Le mieux serait de les publier sous le titre plus juste de Ecrits de propagande racistes et nazis, de cette façon les lecteurs sauraient très précisément ce qu’ils achètent. 

     

     Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline

    « Pour devenir collaborationniste, j’ai pas attendu que la Kommandatur pavoise au Crillon... On n’y pense pas assez à cette protection de la race blanche. C’est maintenant qu’il faut agir, parce que demain il sera trop tard. […] Doriot s’est comporté comme il l’a toujours fait. C’est un homme… il faut travailler, militer avec Doriot. […] Cette légion (la L.V.F.) si calomniée, si critiquée, c'est la preuve de la vie. […] Moi, je vous le dis, la Légion, c'est très bien, c'est tout ce qu'il y a de bien. »

    L'émancipation nationale, 21 novembre 1941

     

    Mais Gallimard a par avance opposé une fin de non-recevoir à ceux qui lui demande de traiter ces textes comme autre chose que de la littérature[8]. C’est peut-être là que se situe le véritable scandale, plutôt que dans la réédition de textes que tous les nazis possèdent déjà.

     

    Pour le reste,  et quoi qu'en ai dit les célinolâtres béats, Céline était bien un agent stipendié des nazis, ainsi que le montre Annick Durrafour dans le reportage suivant. Quand les communistes et Sartre accusaient Céline d'être un agent de propagande nazi, il était de bon ton d'hausser les épaules. On voulait bien admettre qu'il était un peu timbré, quoique génie littéraire, mais pas qu'il était vendu et collaborateur. Des imbéciles comme Henri Godard avançait toujours la même chanson qu'il était aussi anti-juif qu'anti-allemand. C'est totalement faux, il n'a échappé à l'exécution que de justesse et parce qu'on a caché pendant longtemps les preuves de son ignominie, de son avarice et de sa lâcheté.

    Céline en plus d'avoir écrit ce qui certainement fait partie des pires horreurs qui aient été écrites sur les Juifs, a collaboré avec l'ennemi nazi en tant qu'agent du SD, service de sécurité de la SS.

     

    PS : Aux dernières nouvelles Gallimard renoncerait à publier les écrits nazis de Céline : http://www.lemonde.fr/livres/article/2018/01/11/gallimard-suspend-son-projet-de-reedition-des-pamphlets-antisemites-de-celine_5240448_3260.html Sans doute manquaient ils de motivation dans cette triste boutique.

     

     


    [1] http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article1821

    [2] Fayard, 2017. Voir mon compte rendu, http://in-girum-imus.blogg.org/annick-duraffour-et-pierre-andre-taguieff-celine-la-race-le-juif-fayar-a129787492

    [3] Denoël, 1937

    [4] Voir l’ouvrage d’André Rossen-Kirschen, Céline et le grand mensonge, Mille et une nuits, 2004.

    [5] https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20171226.OBS9796/voici-les-conditions-pour-reediter-les-pamphlets-antisemites-de-celine.html

    [6] https://www.dreuz.info/2017/10/25/crier-mort-aux-juifs-lors-dune-manifestation-antisemite-nest-pas-condamnable-dit-la-justice/

    [8] http://www.lemonde.fr/livres/article/2018/01/04/petites-et-grandes-man-uvres-autour-des-pamphlets-de-celine_5237371_3260.html

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  •  Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne

    Il y a quelques semaines, plusieurs journalistes nous expliquaient que l’Iran était redevenu le maitre du jeu au Moyen Orient après la défaite militaire de Daesh, au motif que la Syrie serait très affaiblie[1]. On trouve même ce genre de commentaire hâtif aussi dans des médias proches d’Israël[2]. Je ne vais pas me lancer dans une analyse géo-stratégique de la position des Saoudiens et des Russes dans la région. Mais ce qui est un peu étonnant, c’est que le feu en Iran couvait sous la cendre depuis de nombreuses années. Le peuple est très mécontent, les manifestations sont violentes, elles ont fait plusieurs morts[3]. Et puis les femmes se rebellent contre « le code vestimentaire » et commencent à enlever le voile qu’on les a forcées à porter à la fin des années soixante-dix, et elles viennent de gagner cette bataille[4]. Elles enlèvent le voile et n’ont plus peur de le montrer, au contraire, elles le font savoir, se filment et se font photographier, malgré une répression toujours présente. On remarque qu’elles le font sans même que les féministes européennes daignent s’intéresser à cette lame de fond qui parcourt la société iranienne. Elles préfèrent déconner sur l’écriture inclusive et sur le fait que les mâles les ont privées de viande pendant des siècles et des siècles[5]. Ou encore, elles se battent pour que les femmes musulmanes voilées ne soient pas embêtées par le laïcisme radical. Evidemment la révolte des femmes iraniennes à autrement de l’allure que les singeries opaques de nos féministes européennes. Le déclin de l’Islam au moins dans les pays du Moyen Orient semble annoncé, ainsi que le prétend The Economist[6] dans un article qui a fait sensation. Les manifestations des Iraniens contre le régime ont été massives et violentes, notamment parce qu’ils en ont assez des privations et de la rigueur économique. Il est assez intéressant de voir qu’un journal comme Le monde est incapable de faire le lien entre le mouvement d’enlèvement du voile, et les manifestations de masse contre la vie chère[7]. Dans les deux cas, c’est le même autoritarisme rétrograde qui est condamné. Mais il est vrai que ce journal néo-conservateur avait dans le temps soutenu Khomeini et l’éviction du Shah par les Américains, et ne supporte guère de voir le monde musulman évoluer. C’est une façon comme une autre de nier que l’Iran est en train de changer fondamentalement. Il est encore trop tôt pour dire si ce mouvement sera aussi important que la contre-révolution khomeyniste de la fin des années soixante-dix, mais cela montre que la société iranienne n’a toujours pas accepté l’immobilisme réactionnaire d’une forme religieuse de pouvoir. Quand une forme de pouvoir oppressif cède, elle le fait de plusieurs manières différentes, sur le plan des mœurs aussi bien que de l’économie, c’est ce qui s’était passé en France en 1968.

     Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne 

    Ces phénomènes sociaux et politiques montrent à l’évidence que l’Iran est un pays pour le moins instable et qu’au moins dans un avenir proche, il ne pourra pas jouer le rôle décisif auquel il aspirait. Il n’est pas certain que les Russes soutiennent le régime en place très longtemps, surtout qu’on a commencé à voir un rapprochement de la Russie avec Israël. Mais il n’y a pas qu’en Iran que cela bouge, en Arabie Saoudite les réformes semblent aussi en marche sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane. C’est ainsi qu’on annonce qu’en 2018 les cinémas seront réouverts[8]. Plusieurs réformes vont aussi dans le sens d’un relâchement de l’oppression des femmes dans ce pays. Par exemple, elles pourront voyager, étudier, faire des démarches auprès des services administratifs[9]. Egalement on a vu des femmes se permettre de retirer le niqab dans des lieux publics[10]. La position réformatrice de l’Arabie saoudite va cependant se heurter rapidement aux autres pays du Golfe, notamment le Qatar qui, en difficulté un peu partout, va sûrement être tenté de prendre la tête d’un mouvement islamiste radical dans la région.

    Il existe un mouvement féministe aussi qui se développe en Algérie, pays où les femmes doivent se battre pied à pied pour ne pas disparaître sous le niqab. Cette révolte peut prendre des formes diverses et variées, par exemple en revendiquant sur les plages le port du bikini[11], mais elle peut prendre aussi la forme de la lutte des Kabyles pour leur identité. Ceux-ci se sont ouvertement offusqués de voir que le pouvoir algérien était plus pressé de défendre la Palestine que les intérêts des Kabyles[12]. Au Maroc il y a eu ces dernières années aussi de nombreuses manifestations pour l’égalité entre les hommes et les femmes[13].

     Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne

     

    Manifestation à Rabat en 2015 

    De partout ce qui est remis en question ce sont les formes de pouvoir autoritaires basées sur la religion. Et cela au moment même où la vieille Europe ne sait plus quoi faire par la voix de ses dirigeants pour contenter les islamistes. On a vu par exemple la sombre Allemagne commencer à propos des fêtes de fin d’année de séparer les hommes et les femmes pour éviter les incidents[14].  

    Mais les femmes, les intellectuels, ne peuvent pas compter dans les pays musulmans sur un appui de l’Europe et de leurs intellectuels, ils sont seuls. Il est remarquable que pendant qu’une révolution se développe sous nos yeux dans le monde islamique, la gauche, comme la plupart des grands médias, reste scotchée stupidement sur la question mineure de la Palestine et la défense de Ahed Tamimi et ne trouve pas un seul mot de soutien pour ces femmes et ces hommes qui dans les pays musulmans se battent pour la liberté. Autrement dit, dans un renversement étrange, alors que le monde musulman semble secouer ses chaînes et aller vers le progrès humain, en Europe on prend le chemin inverse au nom d’une conception stupide de la laïcité qui comme le résume Macron ne serait rien d’autre qu’une simple protection pour exercer sa religion en toute liberté, sans que les laïques n’ennuient les curés, les rabbins ou les imans. Au moment où il faudrait enfoncer le clou, et mettre un frein à l’islamisation rampante de la société dans les pays européens, le médiocre président français qui ne semble pas connaître son sujet, annonce scandaleusement qu’il va surveiller de près les laïques intransigeants[15] ! 

    Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne

    Conclusion

    Les journaux dominants essaient d’avancer des raisons à la révolte iranienne qui seraient purement politiques : comme une lutte entre différentes castes du pouvoir, ou encore une manipulation depuis l’étranger, les Américains et les Juifs (en Iran on ne dit pas Israéliens)[16]. Mais on ne fait pas descendre dans la rue des millions de personnes seulement pour des raisons idéologiques : si l’Iran se déchire aujourd’hui, c’est bien parce qu’à la défaillance de l’économie s’ajoute la répression culturelle et sexuelle, et les femmes sont les premières visées comme fauteurs de trouble.

    Pour moi il est évident que les revendications économiques sont du même ordre que cette révolte des femmes qui enlèvent le voile. Un peu comme si le peuple iranien, mais il n'est pas le seul, comprenait intuitivement que la stagnation économique allait de pair avec la régression mentale liée à la religion. Après tous les économistes ont depuis des années lié le développement économique à l'émancipation féminine. C'est pour cela même que Amartya Sen a eu le prix Nobel d'économie. Le PNUD, Programme des Nations Unies pour le Développement (sous-boutique de l’ONU, publie chaque année un rapport où cette question de la soumission des femmes est évoquée régulièrement comme un frein à l'émancipation économique et au développement. Ce rapport est rédigé d'abord par des économistes des pays arabes et en général leurs critiques sont sérieuses et fondées. Certes l’Iran n’est pas un pays arabe, mais comme dans les pays arabes, et peut être encore plus durement, il subit les lamentables dérive de l’Islam politique.

     Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne

     

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/12/28/l-iran-maitre-du-jeu-regional_5235123_3218.html

    [2] http://haguesher.com/2017/11/29/apres-le-sommet-de-sotchi-un-nouvel-ordre-strategique-au-moyen-orient-lorsque-la-russie-liran-et-la-turquie-se-sont-partage-la-syrie/

    [3] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/01/01/iran-deux-nouveaux-manifestants-tues-dimanche-soir_5236454_3218.html

    [4] https://fr.sputniknews.com/international/201712291034557982-teheran-code-vestimentaire-police-femmes/

    [5] http://in-girum-imus.blogg.org/tensions-communautaires-a135283350

    [6] http://www.theworldin.com/article/14440/edition2018roll-over-religion

    [7] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/01/01/iran-la-photo-d-une-femme-devenue-l-icone-des-protestations-n-est-pas-liee-au-mouvement_5236419_4355770.html

    [8] http://www.lepoint.fr/monde/arabie-saoudite-35-ans-apres-les-salles-de-cinema-a-nouveau-autorisees-11-12-2017-2178788_24.php

    [9] http://www.rtl.fr/girls/identites/arabie-saoudite-les-femmes-pourront-desormais-voyager-et-etudier-sans-demander-la-permission-7789075855

    [10] http://www.huffingtonpost.fr/clarence-rodriguez/voile-femme-arabie-saoudite-des-saoudiennes-tombent-le-niqab_a_21612890/

    [11] http://www.bfmtv.com/international/en-algerie-des-milliers-de-femmes-organisent-la-revolte-du-bikini-1224542.html

    [12] http://tamurt.info/revolte-kabyle-se-propage-wali-de-tizi-ouzou-organise-action-de-solidarite-palestine/ Comme on le voit le soutien à la cause palestinienne ne fait pas l’unanimité en Algérie.

    [13] http://www.afrik.com/maroc-manifestation-massive-contre-les-inegalites-hommes-femmes-a-rabat

    [14] http://www.midilibre.fr/2017/12/31/nouvel-an-a-berlin-l-espace-securise-pour-les-femmes-fait-polemique,1608782.php

    [15] http://www.lepoint.fr/politique/attendu-sur-la-laicite-macron-commence-par-rencontrer-les-cultes-21-12-2017-2181659_20.php

    [16] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/01/01/iran-le-president-rohani-sur-la-corde-raide-face-aux-manifestations_5236395_3218.html

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  • A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville

    Un débat important 

    Une pétition a été lancée en ce début de semaine contre la hausse des tarifs de stationnement en centre-ville, à l’adresse suivante https://www.mesopinions.com/petition/social/contre-hausse-tarifs-stationnement-ville/37886. Cette hausse est devenue extravagante et touche directement le porte-monnaie des plus démunis puisque ceux qui ont les moyens possèdent un garage où habitent à l’extérieur de la ville. Un certain nombre de militants dits de gauche ou écologistes ont développés des arguments tout à fait attendus pour refuser de signer cette pétition. Ces arguments bien connus, développés par Hervé Guerrera et Olivier Domenach, ils sont à courte vue et nous allons le montrer ici. C’est un débat important qui dépasse largement la question du prix du stationnement et qui interroge sur ce qu’on appelle la politique de la ville et l’aménagement urbain. Passons sur l’argument stupide selon lequel d’autres villes ont fait pire en la matière qu’Aix-en-Provence.

    Il y a d’abord le fait que l’automobile vampirise en effet l’espace et pollue énormément. C’est un fait et nous ne le nions pas.  Mais en supposant qu’en punissant les automobilistes on les dissuadera de s’en servir en surtaxant le stationnement est une idée inepte qui sort tout droit des manuels d’économie politique orthodoxes : on suppose qu’on peut réguler un système polluant en régulant les prix de marché.  C’est la même logique que la taxe carbone. Dans les deux cas on ne s’attaque pas aux causes du déplacement, mais à ses conséquences. La plupart de ceux qui soutiennent cette très mauvaise idée sont en même temps des soutiens de l’Union européenne, or s’il y a une évidence massive, c’est que la libre circulation des marchandises entre les Etats non seulement allonge les circuits, mais détruit l’espace environnant en imposant la construction de nouvelles infrastructures de transport et de stockage. En outre, c’est ignorer complètement l’usage multiple de l’automobile dans le monde moderne. L’automobile n’est plus un bien de luxe, mais à la fois un instrument de travail et un véhicule pour les loisirs en famille. C’est une idée typiquement libérale de s’attaquer à un problème en l’isolant de son contexte, et la contrepartie de cette idée, c’est la hausse des impôts indirects qui sont la plaie de la démocratie et un levier pour le développement des inégalités sociales. C’est exactement la même logique néo-libérale qui consiste pour éduquer les pauvres à leur surtaxer le prix du tabac[1]. Soit on éduque ceux qui fument pour qu’ils se prennent en charge et qu’ils diminuent ou qu’ils stoppent leur consommation, soit on les fait payer. On pourrait qualifier la première position de « position de gauche » puisqu’elle parie sur le dialogue et la prise de conscience, et la seconde de « position de droite » puisqu’elle suppose que le peuple ne comprend que la trique et la répression. Ajoutons un autre argument évident : en empêchant les automobilistes de traverser le centre-ville, on détourne les flux de circulation sur des axes de plus en plus encombrés et de plus en plus pollués. C’est le cas des boulevards périphériques d’Aix-en-Provence, mais aussi de l’avenue Henri Pontier, de l’avenue du docteur Aurientis, ou encore de la rue Gianotti. Ce détournement de flux, alimenté en permanence par les « visiteurs » rallonge la durée des déplacements et donc par suite augmente la pollution de la zone urbaine. 

    Paresse intellectuelle 

    Si la voiture pollue dans les villes, c’est principalement parce que les populations sont obligées de se déplacer pour leur travail. C’est d’abord l’aménagement urbain qui produit le zonage qui engendre ce besoin de mobilité. Et donc si on veut s’attaquer à la pollution automobile, il ne faut pas songer à accroître les moyens de cette mobilité en faisant semblant que le transport en commun est l’avenir, mais lutter contre les occasions d’accroître la mobilité. Il faut être très paresseux sur le plan intellectuel pour croire que la répression pécuniaire va faire baisser le trafic. Il serait bien plus utile d’interdire le développement des zones commerciales à l’extérieur des villes, d’interdire les hyper-marchés que d’accroître le prix du stationnement. Ajoutons que la hausse des tarifs de stationnement va favoriser au contraire l’utilisation de l’automobile parce que rester garé dans sa rue va devenir plus coûteux que de se déplacer.

    Hervé Guerrera, écologiste et membre du Parti Occitan, membre du conseil municipal aixois, nous dit qu’il est favorable à la hausse du prix du stationnement, mais en même temps il nous dit qu’il faut réserver les parkings du centre-ville aux résidents. N’est-ce pas contradictoire ? Et si ces parkings du centre-ville sont réservés aux résidents, à quel tarif ?

    Olivier Domenach, par ailleurs spécialiste des transports, écologiste de longue date, veut aller encore plus loin dans la répression pécuniaire et la persécution des automobilistes, diminuer toujours plus les places disponibles en centre-ville, ce qui oblige les résidents à chercher une place pendant de longues minutes et donc à faire tourner un peu plus le moteur, et il suppose qu’il faut encore augmenter le coût du stationnement ! En voilà une idée populaire tient ! Il avance également qu’il existe un tarif annuel pour les résidents de 360€. C’est parfaitement faux, ce tarif n’existe plus depuis le 1er janvier 2018. Il faut qu’il aille se renseigner comme je l’ai fait au parking Pasteur où les services compétents lui confirmeront cette disparition. Mais s’il ne s’est pas renseigné, c’est parce que cela ne l’intéresse pas, il possède une maison à l’extérieur de la ville.

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville 

    Distance parcourue en automobile par an en France (en milliards de kilomètres) – source Ministère des transports 

    Il continue encore en arguant de la production de CO2 pour justifier la répression des résidents ! Mais que je sache depuis qu’on surtaxe le stationnement des automobilistes cela n’a pas engendré une baisse satisfaisante de la circulation. En outre s’attaquer à l’automobile c’est ne pas comprendre que les systèmes de circulation sont imbriqués : par exemple la construction de zones commerciales à l’extérieur des villes suscite l’augmentation de la circulation des camions qui viennent de toute l’Europe au détriment des productions locales. Et c’est parce que ces zones commerciales existent que les populations ont besoin de l’automobile, non seulement pour y faire les achats, mais aussi pour y travailler. Il est donc erroné de s’attaquer spécifiquement au trafic automobile sans d’attaquer à la hausse du trafic par camions ou en bus. Il n’y a pas d’alternative sérieuse au développement du transport sans s’attaquer au zonage et à la division internationale du travail, donc sans modification en profondeur du mode de production et de consommation. Les fantaisies qui visent à punir les automobilistes non seulement sont injustes, mais en outre elles ne changent rien sur le fond. 

    Une affaire de démocratie 

    Dans les deux cas Guerrera et Domenach confondent allègrement le coût du stationnement pour les visiteurs qui viennent en centre-ville, et celui qui est réservé aux résidents. Mais en soutenant la         répression pécuniaire, non seulement ils ne s’attaquent pas aux causes de la pollution qui se trouvent dans la mobilité accrue présentée comme un progrès humain, mais ils font l’erreur grossière de s’exclure d’un processus démocratique. En effet la surtaxation du stationnement est anti-démocratique pour plusieurs raisons :

    - d’abord elle est décidée par les élus sous la pression des « expertises » des aménageurs urbains. On ne demande pas son avis au peuple, avis qui serait bien sûr négatif, ce qui s’ajoute à la longue liste des récriminations du peuple contre ses élus dont la « gouvernance » comme on dit est tout, sauf démocratique ;

    - ensuite, il est assez facile de comprendre que cette hausse participe d’une discrimination par l’argent. Comme tout impôt indirect qui n’est pas corrélé avec les revenus, il pénalise d’abord les pauvres et les chômeurs bien entendu ;

    - enfin la défense des zones piétonnes par Domenach qui n’a jamais habité en centre-ville, sauf quand il était jeune étudiant, est une catastrophe définitive. En effet c’est ainsi qu’on détruit les villes : c’est le cas à Aix où le centre-ville est devenu un centre commercial comme un autre, et d’où les habitants aux revenus modestes ont été chassés, ça s’anime que le samedi, et encore plus au moment des soldes, la marchandise à chasser les habitants de la ville. Mais c’est le cas aussi où les centres-villes des petites villes sont complètement morts, c’est le cas d’Avignon, où les belles voies piétonnes qui ont coûté des millions sur l’argent public sont bordées de magasins en lambeaux.

    On peut bien avoir des beaux tramways comme à Marseille, des belles voies piétonnes et accélérer en même temps la croissance d’une France sinistrée et doublement périphérique : d’une part parce que les villes petites et moyennes rejettent leurs forces vives à leur périphérie, et d’autre part parce qu’elles existent dans la périphérie des grandes métropoles.

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville 

    Centre-ville d’Avignon 

    A-t-on réduit la pollution dans les villes comme Avignon, Montélimar, Albi, ou Digne-les-Bains ? Non, on l’a même sans doute augmentée en la rejetant à la périphérie et en multipliant les occasions de se déplacer. Le développement des voies piétonnes à coup de millions d’euros est le plus souvent le cache-misère des politiques d’aménagement urbain qui homogénéisent les villes qui finissent par toutes se ressembler. Mais cette logique a un sens que ne voient pas Guerrera et Domenach : c’est l’apprentissage d’un dressage. Surveiller et punir, c’est la règle aujourd’hui. On surveille et on punit tout le monde : les chômeurs, les fumeurs, ceux qui conduisent sur les routes et qui se font prendre par un radar, ceux qui ne conduisent pas et qui garent leur voiture sur un emplacement payant. Soutenir comme le font Domenach et Guerrera la hausse du stationnement et la restriction de l’espace public à l’usage des automobilistes procède de cette démarche « néo-libérale » où la mécanique de la régulation est, en toute chose, l’argent : en augmentant les prix, on restreint la demande.  Il faut se rendre à l’évidence l’idée saugrenue de chasser l’automobile des villes, politique prônée depuis trente ans, est un échec total qui favorise la périurbanisation et ne permet pas de diminuer la pollution globale : au mieux on a chassé la pollution des centres-villes vers la périphérie. On commence d’ailleurs à envisager le retour de l’automobile en centre-ville[2] dans les villes qui sont particulièrement touchées par le phénomène de désertification, histoire de leur redonner un supplément d’âme.

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville  

    Centre-ville de Montélimar 

    Comme on le comprend, il n’y a pas de solution valable qui ne soit globale, les fantaisies municipales ne sont là que pour augmenter les rentrées fiscales sur le court terme, comme la hausse du prix des cigarettes. Le but étant de discipliner les citoyens, de les dresser à subir et à obéir, soutenir cette démarche antipopulaire c’est directement valider l’approche libérale et individualiste de la vie civile. Plus que jamais il me semble que cette pétition doit être massivement diffusée et signée.

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville 

    Albi, centre-ville 

    A propos d’une pétition contre la hausse des prix du stationnement en ville

    Digne-les-bains

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/la-lutte-contre-le-tabagisme-une-affaire-de-bobos-a130699504

    [2] http://www.lagazettedescommunes.com/467474/le-retour-de-la-voiture-en-centre-ville-un-succes/

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  •  Les fakes news de Macron

    Macron qui voudrait bien qu’on le considère comme le président des Français s’excite dans une débauche d’énergie qui rappelle les débuts du quinquennats sarkozyste. Il ne se passe pas un jour sans qu’il veuille réformer ceci ou réformer cela. Faire une loi pour tout et pour rien, cela semble être son travail principal. La dernière blague qu’il a trouvée, sûrement après un réveillon du Nouvel An trop arrosé, est de faire voter une loi pour empêcher les Fakes News de se diffuser et de polluer les débats. En vérité il semble que cette volonté vise d’abord à contrer le développement des médias russes comme Sputnik ou Russia Today. En effet ces médias ont donné ces derniers temps une vision différente de la politique occidentale en Syrie et surtout ont mis l’accent sur le rôle déterminent de la Russie dans la défaite de Daesh[1].

    Pourtant Macron qui a autant de culture générale que moi de millions sur mon compte en banque, est justement le spécialiste des Fakes News. Ce qui veut dire que s’il arrive à faire une vraie loi contre les Fakes News, il va rapidement être privé de parole un peu partout. Donnons quelques exemples de ce confusionnisme intéressé. 

    Macron et la Fake géographie 

    Lorsqu’il était candidat à l’élection présidentielle, ce cancre en géographie nous disait d’un ton très sentencieux que la Guyane était une île et donc que c’était pour cela qu’elle connaissait des difficultés supplémentaires[2]. C’était le 26 mars 2016. Ses soutiens ont évidemment tenté de justifier cette bourde digne d’un élève d’école primaire des banlieues en arguant qu’il voulait parler de l’île de Cayenne. Mais ce genre d’analyse ne tient pas debout, parce que ce n’est pas à Cayenne qu’il y avait eu des émeutes. 

     

    Plus le temps passe et moins Macron s’améliore. Le voilà qui en novembre 2016 il traite de la question des banlieues et montre quel grand souci il en a. Il dit, « lorsqu’on habite Stains en région parisienne ou Villeurbanne en région lilloise, il est plus simple de créer son entreprise et chercher des clients que d’avoir un entretien d’embauche ».[3] Evidemment avec ce genre de confusions, on ne le voit pas très bien avancer sur la question des banlieues. 

    Mais en réalité il ne connait rien non plus à la géographie et à l’histoire du Moyen Orient, ce qui ne l’empêche pas de jouer les donneurs de leçons à cet autre cancre de Trump. Le voilà qui, dans une de ses envolées lyriques auxquelles il nous a habitué, il parle du Liban. « Le Liban a besoin d’un Etat fort pour faire vivre son modèle de coexistence communautaire et il est essentiel de protéger le Liban des crises régionales »[4]. Macron ne semble pas s’être aperçu que justement, depuis 1975, c’est le communautarisme qui a engendré des guerres civiles au Liban, faisant des dizaines de milliers de morts. Mais comme lui-même est un farouche défenseur du communautarisme, il est incapable de le comprendre.

     

    Les fakes news de Macron 

    Macron essaie d’éviter de parler de l’Islam, car il a compris qu’il s’agissait là d’un sujet qui remet en question son communautarisme militant. Mais il lui arrive de se laisser aller. « Ceux qui veulent faire croire, où que ce soit dans le monde, que l’Islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs et vous trahissent » dit Macron dans son discours à Abou Dhabi en novembre 2017[5]. Voilà un Fake New maintenant sur la religion. Macron a décidé ce jour là de défendre l’Islam, comme si c’était son rôle en tant que président français, et comme s’il était un expert en religion. Mais son manque de connaissances en la matière lui fait oublier que dans tous les pays musulmans – ces pays qui mélangent justement la religion et le politique – les Juifs n’existent plus et les chrétiens sont en voie de disparition et subissent tous les jours des brimades et des vexations qui peuvent aller jusqu’au meurtre de masse. Un menteur traitant les autres de menteurs, cela n’a pas d’explication sérieuse : soit Macron et ses conseillers sont des ignorants, soit ils font preuve de duplicité en affirmant cela. Mais dans les deux cas ils tombent sous le coup de la loi que le président voudrait bien pouvoir faire voter. Dans les deux cas cela augure bien mal des idées nouvelles que Macron prétend mettre en œuvre au Moyen Orient 

    Les fakes news de Macron

     

    On ne doit pas traiter ce sujet des Fakes News à la légère. La pratique récurrente de Fakes News par Macron si elle le disqualifie comme président des Français, nous fait mieux comprendre pourquoi il veut une loi sur les Fakes News : c’est une manière de rendre sa parole vraie, du moins de l’affirmer. Mais à moins de se lancer dans une traque de tout ce que raconte les politiciens et les journaux et qui est faux, on ne voit pas comment les velléités macroniennes vont se traduire par autre chose que des effets d’annonce[6].

     

     


    [1] http://www.huffingtonpost.fr/2018/01/03/dans-la-chasse-aux-fake-news-macron-cible-sans-les-nommer-les-medias-russes-rt-et-sputnik_a_23322955/

    [2] http://www.lepoint.fr/presidentielle/emmanuel-macron-et-l-ile-de-guyane-27-03-2017-2115006_3121.php

    [3] http://www.20minutes.fr/lyon/1971951-20161130-quand-emmanuel-macron-situe-villeurbanne-region-lilloise

    [4] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/11/18/liban-l-ex-premier-ministre-saad-hariri-recu-a-l-elysee-par-emmanuel-macron_5216992_3218.html

    [5] http://www.lepoint.fr/politique/macron-denonce-l-obscurantisme-en-inaugurant-le-louvre-abu-dhabi-08-11-2017-2170870_20.php

    [6] http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2018/01/03/emmanuel-macron-souhaite-une-loi-pour-lutter-contre-la-diffusion-de-fausses-informations-pendant-les-campagnes-electorales_5237279_3236.html

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  •  La vie moderne d’Ahed Tamimi sous les projecteurs

    La famille Tamimi a enfin obtenu ce qu’elle cherchait depuis des années : l’arrestation d’Ahed, cela permet de faire de belles images de « la répression sionniste ». Cela a suffi pour regonfler le moral des troupes pro-palestiniennes en Occident qui ne savent plus trop à quoi se raccrocher depuis que le transfert de l’ambassade US à Jérusalem n’a pas engendré comme ils le souhaitaient les débuts d’une troisième intifada. Cette jeune fille blonde aux yeux bleus est passé devant le tribunal, et il est très probable qu’elle sera libérée de prison bien avant que la campagne des pro-palestiniens se mette en place.

    Ahed Tamimi est bien connue pour ses insultes récurrentes envers les soldats israéliens, et cela depuis son plus un âge. Il existe d’ailleurs plusieurs vidéos qui circulent sur Youtube et qui montre que les parents poussent leurs enfants à aller au contact en espérant l’incident, et en espérant pouvoir en tirer des belles images qui feront les délices des Occidentaux mal dans leur peau pour qui le conflit israélo-palestinien se résume à l’opposition entre les bons, les gentils Palestiniens dépouillés de « leur » terre et martyrisés par une armée israélienne sur-équipée, et les mauvais, les Juifs, colonisateurs de tout temps. On peut voir la manœuvre ici :

     

    Tout le monde sait que ces images sont le début de la manipulation, mais comme on pense que ça sert la cause, on fait semblant de ne pas le voir. Les pro-palestiniens se disent que de toute façon le cirque d’Ahed Tamimi sert à dénoncer un état de fait, la colonisation, et que c’est ça qui est le plus important ; Pour le reste, qu’Ahed Tamimi soit devenue une professionnelle de ce type de faux combat faussement audacieux, on le passera sous silence.  

    La vie moderne d’Ahed Tamimi sous les projecteurs 

    Mais le combat de la famille Tamimi est gâché par de nombreux à-côtés peu clairs. Passons sur le fait que les enfants aient été dressés dès leur plus jeune âge à affronter les soldats. C’est tout à fait discutable que d’envoyer des petits enfants au contact et de rester derrière à se croiser les bras en attendant de pouvoir filmer un incident. C’est coutumier chez les Palestiniens : dans la vidéo suivante, on peut voir un père pousser son très jeune fils qui a peut être 3 ans ou 4 ans à attaquer les soldats. Evidemment les soldats ne réagissent pas.

    La famille Tamimi est aussi impliquée de longue date dans des attentats bien plus meurtriers. Par exemple la tante Alham Tamimi a été condamnée à la prison à perpétuité pour avoir participé à un attentat qui a fait 16 morts dans une pizzeria, seize morts dont 8 enfants, sur lesquels les pro-palestiniens n’ont pas versé une larme[1]. Alham Tamimi a ensuite été libérée en 2011, dans le cadre d’un échange de Gilad Shalit détenu alors par le Hamas. Vous me direz que Ahed n’est pas responsable des crimes de sa tante. Mais ce serait méconnaître l’importance de la famille comme entité sociale pour les Palestiniens[2]. 

    La vie moderne d’Ahed Tamimi sous les projecteurs 

    Ahed Tamimi est aussi cette toute jeune fille qui sert de caution à Recep Erdogan, ce grand démocrate qui purge les bibliothèques, met en prison les fonctionnaires qui pensent mal et qui fait du chantage en permanence à l’Union européenne avec les « réfugiés » syriens qu’il conserve dans des camps. Depuis qu’Erdogan est à la tête de la Turquie d’ailleurs, les perspectives d’une intégration de ce pays à l’Union européenne se sont éloignées, notamment pour la question des droits de l’homme. Ce même Erdogan qui soutient Ahed Tamimi en lui donnant un prix pour son courage, comme quoi la mise en scène finit bien par payer, nous explique que les femmes ne sauraient être les égales des hommes[3]

    Dès que l’on a eu vent de son arrestation le 19 décembre 2017, les réseaux de soutien se sont mis en branle dans le monde entier. Mais sans beaucoup de succès. Les manifestations ont été peu suivies, même au Liban et en Turquie, carrément ignorée à Londres et à New York. Même les pétitions n’ont pas eu de succès. La pétition française sur Change.org n’avait obtenu que 300 signatures en 12 jours, et la pétition internationale sur Avaaz à peine plus de 200 000, ce qui est peu, étant donné qu’elle touche tout le monde musulman. Sans doute parce que même les soutiens à la cause palestinienne ont bien compris qu’Ahed ne risquait pas grand-chose et qu’elle allait être rapidement libérée.  

    La vie moderne d’Ahed Tamimi sous les projecteurs 

    La vie moderne d’Ahed Tamimi sous les projecteurs

    Il y a donc bien un battage médiatique autour d’Ahed Tamimi, mais ce battage ne fonctionne plus. Si Ahed Tamimi est le nouveau symbole de la résistance palestinienne, on peut se demander si cette résistance n’a pas du plomb dans l’aile. En tous les cas il semble que les populations commencent à se lasser de cette dictature de l’émotion par l’image. Le monde, comme d’autres journaux, parle d’une « icône »[4]. Mais puisque nous nous trouvons dans un système où l’émotion véhiculée par l’image est supérieure à la réflexion politique, aucun de ces journalistes ne pose les bonnes questions. Qu’est-ce que c’est qui fait d’elle une icône ? Je rappelle que le mot « icône » renvoie à l’image religieuse. Et d’ailleurs Oumma, site prosélyte musulman, parle d’« icône angélique »[5]. Ce qui veut dire clairement que si Ahed Tamimi est vénérée, c’est parce qu’elle ne ressemble en rien à une jeune femme musulmane. D’abord parce qu’elle est blonde aux yeux bleus, la peau très claire. Elle n’est pas voilée, et se promène le plus souvent avec les bras nus, les cheveux au vent. Elle apparaît comme l’exact contraire du canon féminin musulman – quoiqu’elle soit, pour des raisons opportunistes soutenue par le Hamas. Bref, elle est un objet d’envie pour les Palestiniens et les Palestiniennes eux-mêmes, comme s’ils avaient honte de ce qu’ils sont. Mais surtout elle un côté suffisamment occidental pour que les occidentaux pro-palestiniens l’adoptent[6]. Les antisionistes les plus enragés y reconnaîtront la blondeur et la fraicheur de la race aryenne et la légitimité du combat des blonds aux yeux clairs contre ces noirauds de Juifs israéliens. N’oublions pas que dans cette guerre des images, tout est suffisamment pensé pour qu’on s’interroge sur le sens des images véhiculées. Pour le reste la famille Tamimi est soutenue financièrement par des ONG pro-palestiniennes et cela leur permet de vivre tranquillement et de voyager un peu partout dans le monde pour continue leur propagande anti-israélienne. Ce sont clairement des professionnels. 

    D’autres combats 

    J’ai souvent eu l’occasion de dire que le soutien à la Palestine était mal fondé, à tel point que la gauche qui s’y perd oublie d’autres combats pourtant plus importants. Par exemple, en novembre 2015, l’Egypte a pendu quinze Palestiniens accusés de terrorisme[7]. Les Israéliens ne pendent pas les terroristes palestiniens, et la tante d’Ahed Tamimi, criminelle pourtant, a été élargie après 10 ans de prison. Mais quand les Egyptiens ont exécuté ces Palestiniens, personne n’a bougé en Occident. Autrement dit, si des Etats musulmans pendent des Palestiniens, c’est permis, mais si des Israéliens mettent en prison pour quelques jours une provocatrice de profession, c’est l’horreur absolu.

    En Egypte toujours, il est une coutume de chasser les chrétiens, c’est par centaines que ceux-ci se font tuer par des musulmans[8]. Mais il ne vient pas à l’idée des militants pro-palestiniens de les soutenir, de faire des pétitions en leur faveur. Vendredi 29 décembre 2017, une église copte a été attaquée, une dizaine de personnes – des chrétiens – ont trouvé la mort. Mais là encore rien, peu de chose dans les journaux qui préfèrent faire pleurer Margot sur les misères supposées d’Ahed Tamimi. Car dans les pays musulmans, les chrétiens sont persécutés, l’objectif est de les chasser[9].

     La vie moderne d’Ahed Tamimi sous les projecteurs 

    Mais ces chrétiens n’ont même pas provoqué des soldats en les giflant et en leur donnant des coups de pied. Pourtant on ne voit qu’un Alain Badiou n’écrive un livre de philosophie contre la « christianophobie », sans doute que pour lui les chrétiens représentent le capitalisme et les musulmans le prolétariat – ou qu’un Edwy Plenel dise un mot sur cette chasse éhontée qui peut aller jusqu’à une confiscation des enfants de chrétiens pour en faire des bons musulmans. Pourtant cette guerre aux chrétiens est une colonisation. Dans la plupart des pays musulmans, les Juifs ont été chassé, il n’y en a plus guère, c’est maintenant le tour des chrétiens. Cette intolérance sanglante et mortelle n’est que rarement pointée du doigt par les médias, et surtout pas à gauche. Vous ne verrez guère des intellectuels de gauche faire autre chose que de soutenir dans un réflexe pavlovien Ahed Tamimi dont l’incarcération de quelques jours mérite plus d’attention que les massacres quasi-quotidiens de chrétiens.

     

     


    [1] https://www.lemondejuif.info/2014/04/massacre-pizzeria-sbarro-en-2001-israel-rend-depouille-du-terroriste-famille/

    [2] https://www.thejc.com/news/world/controversy-over-campaign-to-make-teenager-ahed-tamimi-who-slapped-israeli-soldier-a-heroine-1.451203

    [3] http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/11/24/turquie-erdogan-affirme-que-les-femmes-ne-peuvent-naturellement-pas-etre-l-egal-des-hommes_4528427_3214.html

    [4] http://www.lemonde.fr/proche-orient/video/2017/12/20/qui-est-ahed-tamimi-l-adolescente-devenue-une-icone-de-la-cause-palestinienne_5232540_3218.html

    [5] https://oumma.com/ahed-tamimi-licone-angelique-de-resistance-palestinienne/

    [6] http://www.france24.com/fr/20171229-ahed-tamimi-nouvelle-figure-proue-resistance-palestinienne-israel

    [7] http://www.20minutes.fr/monde/2193447-20171226-egypte-pendaison-15-hommes-juges-coupables-terrorisme

    [8] https://www.infochretienne.com/egypte-100-chretiens-tues-8-mois-faut-maintenir-rassemblements-chretiens-de-lete/

    [9] https://www.portesouvertes.fr/persecution-des-chretiens/index-mondial-de-persecution-des-chretiens

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