•  Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie

    Le monde s’est donné une mission de première importance, décoder les nouvelles qui tombent quotidiennement pour nous dire ce qu’il faut en penser. Depuis quelques semaines, on trouve des interventions intempestives sur Facebook qui, lorsque vous ouvrez un article publié sur un site pourrave comme Egalité et réconciliation du sinistre Alain Soral, ou d’autres sites complotistes, vous envoie un message en vous disant qu’il faut faire attention, et que rien que de lire cet article, vous êtes un peu dans le rouge. Les décodeurs vont vous expliquer, parce qu’ils vous savent un peu bouché, ce qu’il faut penser de la malveillance d’Alain Soral et des gens comme lui. Ils luttent ainsi contre les Fake news, comme le voudrait le petit président.

    Plusieurs aspects de ce mélange des genres sont choquants :

    - d’abord parce que Le monde est payé pour faire ce travail-là par Facebook. Quand on sait dans quel état financier se trouve la presse, on comprend que c’est une manne qui tombe à pic. Mais on comprend aussi que Le monde n’a pas intérêt à jouer les décodeurs ou même à écrire des articles de fonds trop féroces sur la manière dont Facebook tourne la loi pour payer le moins d’impôts possibles ;

    - ensuite parce que ce journal devenu au fil des années le soutien de la droite extrême libérale, cosmopolite, européiste et affairiste, nous prend pour des imbéciles et suppose que ses journalistes semi-instruits seront mieux à même que nous de démêler le vrai du faux. On va voir que c’est exactement le contraire, les journalistes du Monde ne savent rien sur rien, et encore moins sur le reste ;

    - enfin cette maniaquerie pour une pseudo-vérité que Le monde détiendrait, s’apparente à une police de la pensée, un formatage intellectuel libéral-libertaire. On suppose que dans un second temps, ils pratiqueront la délation de ceux qui n’ont pas suivi leur prescription de ne pas partager un article plus ou moins douteux et qui osent persister. Voici le message qui s’affiche si vous avez le malheur de regarder une nouvelle que Big Brother juge fausse.

    Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie  

    Et les décodeurs ajoutent à tout cela le commentaire menaçant suivant : « Les articles des médias partenaires qui démentent une fausse information seront également mis en avant dans les contenus recommandés visibles en dessous de celle-ci. Par ailleurs, l’entreprise dit empêcher les pages qui publient régulièrement des contenus mensongers d’en faire la promotion avec des publicités sur Facebook. A l’arrivée, la visibilité des articles « démentis » diminuerait de 80 %, affirme la plate-forme. »[1]

    Le monde n’est pas le seul journal qui bénéficie de la manne financière de Facebook. Il y en a au moins huit, Le monde, Libération – journal depuis très longtemps en perdition et sans lecteur – l’Express, 20 Minutes, BFMTV et les agences d’État que sont l’AFP, France médias monde et France Télévisions[2]. Ce sont des médias qui ont été de longue date pris la main dans le sac pour faire de la propagande libérale et pro-européenne, notamment quand il s’est agi de mentir sur les référendums en France, en Grèce et au Royaume Uni. On ne sait pas combien ils sont payés. Libération a écrit un article assez hypocrite pour avouer que ce journal était bien stipendié par Facebook, mais qu’ils assumaient tout en ne disant pas combien ils touchaient[3].  

    Le monde n’a pas attendu Facebook pour « décoder » 

    Cela fait des années que Le monde décode. Cette activité est liée à deux réalités bien établies : le journal est de moins en moins lu dans sa version papier, les abonnements pour la version électronique restent faibles et les critiques sur ses orientations se font de plus en plus présentes au fur et à mesure qu’il a changé de propriétaires, devenant au fil du temps un simple journal de propagande. On se rend compte en lisant les contenus des chats que Le monde ajoute à ses articles, que son public est de plus en plus restreint à celui de la macronie – sociologiquement parlant, c’est les 10% les plus riches et les plus éduqués. Dans le temps tout le monde lisait Le monde pour s’informer, et si on se séparait de ses analyses plutôt droite-modérée, on le citait pour la fiabilité de ses sources. C’est le journal de la bien-pensance que ce soit sur la question de l’islamisation rampante de la société, des migrations – qui est pour eux toujours une bonne chose, et aussi sur la défense du libéralisme et des saintes lois du marché qu’on ne saurait transgresser sans risque. Leur activisme politique rampant les amène régulièrement à publier des fausses informations, notamment sur les sondages en ce qui concerne les référendums. Ainsi Le monde a fait campagne jusqu’au bout en se basant sur des sondages douteux, en ce qui concerne le TCE en 2005, puis après avoir souligné combien les Grecs auraient tort de voter non en 2015 au plan européen de pillage de leur pays, anticipant un désaveu de Tsipras[4] qui n’est pas venu, ils ont remis ça avec le Brexit den 2016, utilisant des sondages manifestement bidonnés pour annoncer la défaite des brexiters. En matière de fausses nouvelles ils s’y connaissent donc, ce sont même des maîtres. Je ne parle pas des articles vermoulus dont ils nous abreuvent depuis le vote du Brexit pour nous démontrer que l’économie britannique est en train de s’écrouler, punie qu’elle est pour avoir voulu quitter ce magnifique navire humaniste et bien portant qui s’appelle l’Union européenne[5].

    Lors de la campagne présidentielle, les décodeurs s’étaient complètement ridiculisés en tentant de montrer que le graphique que Marine Le Pen brandissait pour prouver que l’euro avait été un facteur décisif de la récession et de la désindustrialisation de la France et des pays du Sud s’il n’était pas faux, n’était pas juste non plus[6]. Or ce graphique, Marine Le Pen ne l’avait pas inventé, mais repris des publications de l’OCDE. Il fallait cependant que les décodeurs trouvent quelques choses à dire pour montrer combien cela n’était pas vrai. Alors ils ont inventé une idée loufoque en disant que pour changer notre vision des choses, il suffisait de changer l’année de référence. Comme il a été montré sur le site Les crises, quelle que soit l’année de départ on arrive toujours à une rupture claire et nette aux alentours de 2002[7]. Le monde et ses décodeurs fabriquent donc des fakes news en veux-tu en voilà. Qui décodera les décodeurs sur Facebook ? Je m’y propose si Facebook me paie !  

    Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie

    La défense d’une idéologie détestable 

    Comme on le voit je ne suis pas le seul à avoir remarquer que si Le monde traque les fakes news, il en produit aussi, et plus souvent qu’à son tour. Ce journal de propagande néo-conservateur appuie sans réserve et dans l’ordre,

    - les sanctions contre la Russie, présentant ce pays comme le mal absolu, et donc le média Russia Today comme un site de fausses nouvelles ;

    - minimisant le rôle de la Russie dans la défaite de Daesh, n’ayant jamais eu de recul sur les milices que le gouvernement d’Hollande soutenait comme al-Nosra, soutenant le plan américain de faire partir comme préalable Bachar el Assad ;

    - soutenant évidemment comme ses patrons le candidat du patronat et de l’Institut Montaigne à la dernière présidentielle, se transformant pour l’occasion en un journal anti-Mélenchon.

    Le virage idéologique du Monde ressemble un peu à celui du P « S », peu à peu il s’est converti dans l’ordre à la défense de l’Union européenne quelles que soient ses turpitudes, voir les articles hilarants de Marie Charrel, journaliste semi-instruite, puis à la défense d’une politique atlantise, et enfin à la théorie du ruissellement, théorie du XIXème siècle, si prisée par le MEDEF et le président élu en mai 2017. Je ne dis rien des articles réactionnaires d’Arnaud Leparmentier, ancien employé de KPMG, dénonçant le SMIC, soutenant TAFTA, crachant sur les Grecs au moment où Tsipras n’apparaissait pas encore complètement aligné sur la doctrine allemande. Malgré la crise de la presse, cet individu gagnait en 2003 en tant que directeur des rédactions du Monde 26 000 € par mois ! Ce revenu le classant directement comme un des employés les mieux payés de l’oligarchie médiatique[8].

    Les décodeurs vont donc tenter par tous les moyens de nous faire croire que la théorie du ruissellement doit être suivie dans ses conclusions. Prenons seulement deux exemples qui nous servirons à décoder les décodeurs. Le premier va leur servir à faire l’apologie indirecte du creusement des inégalités, et le second à dénigrer Adrien Quatennens député de la France insoumise qui a été désignée comme l’ennemi de Macron et de ses sbires.

    Aujourd’hui tout le monde parle des inégalités qui se creusent dangereusement. Nous en avons déjà disserté à propos de la publication du rapport Piketty-Chancel[9]. Cette explosion des inégalités est dénoncée maintenant depuis quelques années par le FMI et par l’OCDE non seulement comme indécente du point de vue moral et social, mais aussi comme entravant la croissance[10].

    Plus récemment, c’est même le Forum de Davos qui y a été de son cri d’alarme, en disant que trop c’était trop, et qu’il fallait arrêter d’aller toujours dans ce sens[11]. L’oligarchie s’inquiète maintenant, en effet, du chaos général qui s’installe sur la planète et qui ne semble plus maitrisable. Le Forum de Davos qui se prend pour un gouvernement mondial parallèle, a invité un de ses employés, Macron en l’occurrence, à y aller de son discours pour dire qu’il fallait combattre cette explosion. On a donc assisté presqu’en direct à un discours totalement schizophrène de Macron qui ne semblait pas au courant des dernières orientation de l’oligarchie en la matière, faire un discours à moitié en anglais pour justifier sa politique de creusement des inégalités, et l’autre moitié en français pour montrer combien il était de son devoir d’aider les plus démunis, donc pour expliquer qu’il fallait à la fois faire baisser les impôts des riches et les « charges » sociales et améliorer le sort des pauvres, tout en libéralisant à outrance[12]. Evidemment Le monde ne s’est pas amusé à décoder cette impossibilité manifeste.

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    Le monde est dans le même cas que Macron, ses décodeurs ne sont manifestement pas au courant que les hyper-riches s’alarment maintenant de trop d’inégalités. Aussi ont-ils astiqué leur plume pour nous expliquer que le rapport OXFAM qui avait avancé que 82% de la richesse supplémentaire créée en 2017 avait été captées par le 1% des plus riches[13], n’était pas tout à fait exact et que les chiffres qu’OXFAM utilisait étaient sujet à caution[14]. Après une discussion absconse sur des chiffres qu’ils n’arrivent absolument pas à réfuter sérieusement, ils en concluent que le discours d’OXFAM est plus humaniste que sérieux. La critique des décodeurs ne manque pas de saveur. Bien évidemment un enfant de 5 ans sait que les chiffres d’OXFAM sont des approximations, mais on sait aussi que même si dans le détail ils peuvent être discutés, globalement ils rendent compte d’une réalité que Le monde ne veut pas voir : en s’enrichissant toujours plus, les riches fabriquent des pauvres et des chômeurs en grande quantité. Les décodeurs feraient mieux de prendre un peu de repos et lire l’ouvrage de Joseph Sitglitz, Le prix de l’inégalité[15]. Leur but est donc bien de dénigrer l’étude d’OXFAM, mais sans le dire, parce que OXFAM c’est une ONG, donc respectable pour eux par définition, mais aussi parce que Le monde ne peut pas dire ouvertement qu’il défend un modèle inégalitaire au risque de perdre ses derniers clients.  

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    La France insoumise ne plait pas au Monde et à ses décodeurs. Ils vont se donner pour tâche de montrer que ses porte-parole ne sont pas compétents. Ils ont donc décidé de s’en prendre à celui qu’il juge être, avec François Ruffin, le maillon fort de la chaîne des députés de gauche. Ils ont donc décidé de venir au secours du CICE et de s’en prendre du même coup aux 35 heures comme tous les commentateurs de la droite extrême. Hypocritement, ils avancent que les arguments de Quatennens ne sont pas faux, mais qu’enfin ils sont réducteurs[16]. C’est l’argument massue du Monde quand ils ne savent plus quoi dire pour aider la propagande patronale et macronienne, ils disent que c’est pas faux, mais que c’est plus compliqué – mais après tout cela peut leur apparaître compliqué parce qu’ils ne comprennent pas. Voilà donc le tweet qui a motivé la police des décodeurs à reprendre Quatennens :  

    Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie

    Essayons d’éduquer un peu ces décodeurs de mauvaise foi. Tout d’abord, il faut rappeler que la baisse de la durée du travail est une tendance longue de l’histoire du capitalisme. En quelque sorte, c’est une façon de partager les bénéfices des gains de productivité entre les travailleurs et les propriétaires des moyens de production. On le voit sur le graphique suivant en ce qui concerne le cas de la France. A cette baisse assez régulière, le patronat et la droite réactionnaire a toujours opposé la nécessité de travailler plus pour ne pas faire exploser les coûts et pour rester compétitif. Les journalistes et les patrons étaient déjà comme ça en 1848, ils s’opposaient à la loi de 10 heures que les poussées révolutionnaires avaient imposé[17]. Si on avait écouté la droite, il est clair que les enfants de moins de huit ans en serait encore en train de travailler et que la semaine de travail serait de 80 heures par semaine comme au bon vieux temps. On constate par contre que depuis quelques décennies maintenant, la durée du travail ne baisse plus vraiment. Macron est, comme les décodeurs du Monde, un ennemi de la baisse de la durée du travail. Bien qu’il se soit tu depuis son accession à la présidence, il avait déclaré que 35 heures ce n’était pas beaucoup, surtout quand on est jeune[18]. Une autre manière de reprendre le slogan de Sarkozy, travailler plus pour gagner plus.  

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    En vérité la baisse de la durée du travail est nécessaire de partout dans le monde pour modifier la part des salaires dans la valeur ajoutée. Regardons le graphique ci-dessous. On voit que vers la fin des années soixante-dix, la productivité du travail continue d’augmenter, mais que les salaires qui auparavant augmentaient au rythme des gains de productivité, stagnent maintenant depuis une quarantaine d’années. Les gains de productivité ont été confisqués par les propriétaires des moyens de production. Mais Le monde ne veut pas entendre parler de cette thèse, il a adopté l’idée que les 35 heures étaient mauvaises pour l’économie française. On remarque que les pays les plus inégalitaires ont le moins baissé les durées travaillées. C’est le cas des Etats-Unis. Donc quand Quatennens affirme que pour lutter contre le chômage la baisse de la durée du travail est plus efficace que le CICE, chiffres à l’appui, les décodeurs sont très en colère et le font savoir. Est-ce faux ? Non, ce n’est pas faux, mais c’est plus compliqué que ça. Autrement dit il suggère que Quatennens est un peu juste sur le plan de la comprenette et que, eux, ils vont en faire la démonstration.  

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    Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie

     

    Rappelons à nos amis les décodeurs, que le CICE a coûté 20 milliards d’euros par an depuis 4 ans, ça fait donc 80 milliards qui ont été transférés des ménages – pauvres et moyen-pauvres – vers le patronat et donc vers les hauts revenus. Par exemple Carrefour a touché en trois ans entre 400 et 500 millions d’euros au titre du CICE. Ces 80 milliards n’auraient abouti finalement qu’à une création d’emplois ou au maintien d’emplois qui serait compris entre 10 000 et 200 000 – admirez le flou artistique du chiffrage, un écart de 1 à 20 montre clairement qu’on ne sait pas chiffrer ce phénomène, autant dire qu’on ne sait rien – ça fait cher l’emploi ! L’unité reviendrait aux alentours de 280 000 € par an. Ces chiffres assez aberrants proviennent de France Stratégie, la boutique dirigée à l’époque par Jean Pisani-Ferry[19]. Mais on nous dit que le CICE avait aussi pour but de reconstituer les marges des entreprises – donc les profits – pour être encore plus compétitif. En vérité on a vendu le CICE en disant que cela créerait 1 million d’emplois. On est bien loin du compte. Pour les effets de la loi sur les 35 heures, le chiffrage qu’on a provient d’une étude de l’IGAS[20], un rapport qui avait été mis au placard car il concluait que les 35 heures avaient créer 350 000 emplois entre 1998 et 2002. Ce rapport « secret », sorti en 2016, ne plaisait pas. En effet le ministre de l’économie de l’époque était Emmanuel Macron qui militait pour le CICE et donc pour faire plaisir à ses copains du MEDEF, et qui avait convaincu le malheureux Hollande que le CICE allait enfin inverser cette maudite courbe du chômage. Ce rapport fut donc mis sous le boisseau. Le monde se le procura et en fit des articles à sensation que les décodeurs ne semblent même pas avoir lus ou compris. Dans le même ordre d’idée, Jean-Marie Harribey considérait que les 35 heures avaient sur la période 1997-2009 créé 400 000 emplois, soulignant que si on n’en avait pas créé plus, c’est parce qu’au fil du temps et des dérogations, cette loi avait été vidée de son contenu[21].

    Dans ce rapport « secret », il y avait un graphique intéressant qui montrait que le taux d’emploi était d’autant plus élevé que la durée du travail était faible. C’est très embêtant pour la pensée libérale – la théorie de l’offre – quand on commence à dire qu’il faut finalement travailler moins pour combattre le chômage, et que les faits, ces maudits faits, donnent raison à cette thèse.  

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    Le coût des 35 heures est connu : c’est environ 12 milliards par an. Et donc il vient que pour l’Etat ce coût est de 34000 € environ par emploi, à comparer aux 280 000 € dans le cas du CICE. C’est donc bien Quatennens qui a raison et les décodeurs qui sont dans leur tort. Alors comme il faut qu’ils dénigrent – en l’occurrence c’est la cruche de service Mathilde Damgé qui s’y est collée – nos décodeurs vont tenter d’embrouiller le lecteur. Leur argumentation est en deux temps :

    - d’abord ils vont dire que s’il y a eu des créations d’emplois, c’est parce que la croissance était forte. Mais cet argument tombe et prouve qu’ils n’ont pas lu le rapport. A l’époque la baisse du chômage avait été d’un million, dont 350 000 due aux 35 heures. Pour le comprendre, c’est assez simple, il suffit de savoir faire des divisions. La baisse des heures effectuées étant compensée par une hausse de la productivité et une hausse des emplois ;

    - dans un second temps, ils vont sortir un refrain étrange : si le CICE n’a pas fait la preuve de son efficacité sur l’emploi, il faudra le juger sur le très long terme. Autrement dit Le monde et ses décodeurs jugent les 35 heures sur le court terme, mais le CICE sur le long terme. Allez comprendre ! Ils sont d’autant plus dans l’erreur qu’au bout de quatre années d’exercice si le CICE n’a pas fait ses preuves, c’est qu’il n’était pas bon.

    Leur conclusion c’est qu’on ne peut pas comparer les deux mesures. Ah bon ? Pourquoi ? On ne le saura pas puisque ces deux mesures se sont fixées pour objectif de faire baisser le chômage, il nous semble au contraire qu’il faut les comparer. Le CICE veut bien dire Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi.

      Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie

    Ces deux exemples, mais il y en a d’autres, c’est presque quotidien, montre comment Le monde, sous prétexte de faire la police dans les idées, développe maladroitement des thèses contrefactuelles qui relèvent plus de l’idéologie que de l’analyse sérieuse. En même temps, au fur et à mesure que son électorat se rétrécit et se referme sur une catégorie de population à la fois aisée et semi-instruite, il est presque naturel que ce journal aille se vendre à des milliardaires bornés pour assurer la matérielle de ses journalistes. C’est semble-t-il au début des années quatre-vingt-dix que cette tendance malsaine a conduit ce journal à abandonner peu à peu toutes les règles de la déontologie journalistique, il semble que ce soit avec l’arrivée de Jean-Marie Colombani que ce journal s’est non seulement donneur de leçons, mais aussi guide spirituel pour la pensée libérale. C’est au fond la conclusion à laquelle arrivaient Pierre Péan et Philippe Cohen dans leur ouvrage, La face cachée du Monde en 2003[22]. Ce livre avait fait scandale à l’époque, mais la suite de l’histoire devait amplifier au-delà de ce qu’on imaginait cette dérive misérable.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/12/21/facebook-cherche-encore-la-bonne-formule-dans-sa-chasse-aux-fausses-infos_5233027_4355770.html

    [2] https://www.ojim.fr/grands-journaux-francais-payes-facebook-traquer-fake-news/

    [3] http://www.liberation.fr/checknews/2018/01/08/est-il-vrai-que-facebook-remunere-le-monde-et-liberation-pour-aider-a-trier-les-fake-news_1620972

    [4] A ce moment-là, Tsipras pouvait encore apparaître comme un premier ministre défendant les intérêts des Grecs et non pour ce qu’il est devenu, à savoir une sorte de Pétain d’un nouveau genre.

    [5] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/01/20/au-royaume-uni-la-consommation-patine-l-economie-resiste_5244540_3234.html et http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/12/15/six-questions-pour-comprendre-ou-en-est-le-brexit_5230339_4355770.html

    [6] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/03/21/les-manipulations-graphiques-de-marine-le-pen-sur-l-euro_5098439_4355770.html

    [7] https://www.les-crises.fr/encore-du-grand-decodeurs-sur-leconomie/

    [8] Chiffre cité par Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde, Milles et une nuit, 2003.

    [9] http://in-girum-imus.blogg.org/combattre-les-inegalites-le-rapport-piketty-chancel-a134709246

    [10] http://www.imf.org/external/french/np/blog/2017/022217f.html et http://www.tarki.hu/download/OECD2015-In-It-Together-Chapter1-Overview-Inequality.pdf 

    [11] https://www.euractiv.fr/section/politique/news/watch-out-for-the-next-crisis-gloomy-davos-report-tells-leaders/

    [12] https://francais.rt.com/france/47588-double-discours-davos-social-francais-devient-liberal-anglais

    [13] https://www.oxfamfrance.org/rapports/partager-richesse-avec-celles-et-ceux-qui-creent

    [14] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/01/23/comprendre-l-etude-d-oxfam-sur-les-inegalites-de-richesse_5245843_4355770.html

    [15] Les Liens qui Libèrent, 2012.

    [16] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/01/24/35-heures-contre-cice-les-arguments-reducteurs-de-quatennens_5246543_4355770.html

    [17] Jarrige, François, et Bénédicte Reynaud. « La durée du travail, la norme et ses usages en 1848 », Genèses, vol. 85, no. 4, 2011, pp. 70-92.

    [18] http://www.cnewsmatin.fr/france/2017-06-05/35-heures-la-position-demmanuel-macron-744348

    [19] http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/rapport_cice2017_03102017_0.pdf

    [20] http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/07/18/35-heures-ce-que-dit-le-rapport-secret-de-l-igas_4970978_823448.html  on peut se  procurer le rapport complet ici : http://www.ugict.cgt.fr/images/dossiers/rapport-35h.pdf

    [21] https://www.nouvelobs.com/economie/20100201.OBS5516/bilan-des-dix-ans-des-35-heures-quel-est-le-vrai-du-faux.html

    [22] Fayard, 2003

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  • Annulation du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes  

    Des nouvelles en vrac de la démocratie

    Le projet de l’aéroport de Notre Dame des landes était vieux de cinquante ans, et était présenté par ses tenants comme indispensable au développement de l’Ouest de la France. Le gouvernement a décidé d’abandonner le projet d’un deuxième aéroport dans la région nantaise[1]. C’est une bonne chose pour quelqu’un comme moi qui passe son temps à faire l’éloge de l’immobilité. Cela faisait des mois que le gouvernement était traversé par cette question, il y avait les pour et puis les contre. Emmanuel Macron s’était d’ailleurs prononcé pour ce projet, arguant du fait qu’un référendum avait eu lieu qui confirmait la volonté de le faire[2]. Évidement il s’est fait critiquer pour son inconstance. Ce n’est pas la première fois, et sans doute pas la dernière. Il est assez peureux de caractère. Ce qui nous prouve qu’un mouvement bien organisé pourra le faire céder sur n’importe quel sujet.

    S’il se déjuge sur ce point c’est pour plusieurs raisons, et certainement pas parce qu’il se serait converti à l’écologie. Il y a d’abord le fait que les ¾ des Français étaient contre ce projet destructeur de l’environnement. Il est déjà assez impopulaire avec sa politique pro-riches, pour qu’il n’en rajoute pas. La seconde raison est que le coût de cette fantaisie est très élevé dans un moment où l’Etat rogne sur tous les transferts qui se font de l’Etat central vers les collectivités locales. Cette annulation pose plusieurs problèmes concrets.

    Le premier est celui de l’indemnisation de Vinci[3]. Car dans le contrat de cession il était prévu qu’en cas de rétractation de l’Etat, l’entreprise concessionnaire serait indemnisée. Cela pourrait amener l’Etat à débourser 350 millions d’euros, ce qui serait tout bénéfice pour la firme vautour Vinci qui se gave déjà sur le racket autoroutier et des parkings. On se retrouve dans le même cas que l’abandon de l’écotaxe. Suite au mouvement de révolte contre l’implantation de ces portiques par une entreprise privée – Ecomouv – l’Etat avait dû renoncer et déboursera 800 millions d’euros d’indemnités[4]. Comme dans le cas des Partenariat-Public-Privé, lorsque l’Etat sous-traite le travail qu’il devrait faire lui-même c’est toujours un contrat perdant pour les contribuables. On peut se poser deux questions à ce sujet :

    - le dossier avait été mal étudié par l’Etat et un possible renoncement n’avait pas été envisagé. C’est donc une faute politique ;

    - les contrats ont été mal gérés et les juristes payés par le gouvernement n’auraient jamais dû prévoir des indemnités pareilles.

    Le second problème est celui de la nationalisation des terres qui devaient être dévolues à la construction de l’aéroport. L’Etat va se trouver à la tête d’un problème – un casse-tête à la fois juridique et politique. A quel prix il louera ou revendra ces terres ? Les Zadistes militent pour une communalisation des terres expropriées qui maintenant appartiennent à l’Etat, c’est-à-dire à la collectivité. Mais les zadistes sont maintenant très démobilisés. L’Etat envisage donc de céder progressivement le foncier au privé. De juteuses affaires en perspectives sûrement. 

    Macron et la démocratie  

    Des nouvelles en vrac de la démocratie

    Macron a été faire un tour en Angleterre pour y rencontrer Theresa May. Il a signé avec elle un accord censé améliorer le fonctionnement des relations transfrontalières pour les migrants qui sont stockés à Calais. Concrètement, le Royaume Uni accepte de payer à la France 140 millions d’euros pour contrôler et réguler le flux migratoire[5]. Cet accord est dénoncé des deux côtés de la Manche. Du côté britannique on souligne le coût très élevé de cette mesure, et du côté français on insiste sur le fait que la France va faire le sale boulot de rétention, comme les Turcs le font avec l’Europe en stockant des Syriens. C’est comme si la frontière entre l’Angleterre et la France se trouvait maintenant du côté de Calais. Cet accord montre à l’évidence que les accords de Dublin sont difficiles à appliquer et qu’ils sont dépassés à un moment où l’opinion européenne est lassée par les migrations massives et incontrôlées. Ce nouvel accord qui permet à Theresa May de repousser toujours plus loin le moment où il faudra bien trancher de la question de la protection des frontières est évidemment à l’avantage du Royaume Uni.

    Mais au-delà de cet épisode, il faut retenir ce que Macron dit aux Britanniques. Il en est arrivé évidemment à discuter du Brexit sur la BBC. Et là il nous a fait un aveu étrange qui confirme ce que je dis depuis des années. Si un référendum avait lieu en France pour sortir de l’Union européenne, le Frexit l’emporterait. Ce n’est plus moi qui le dit, ou des eurosceptiques comme François Asselineau, Jacques Sapir, ou Coralie Delaume, mais Macron[6] ! Il a donc conscience que les Français sont massivement contre l’Union européenne. Et il ajoute que lui ne prendrait jamais le risque de faire un tel référendum au risque de le perdre. Cette nouvelle sortie pose deux questions :

    - la première c’est que le projet de Macron pour aller vers toujours plus d’intégration européenne est profondément anti-démocratique, puisqu’on ne demande pas l’avis des populations concernées par la désintégration de leur nation ;

    - la seconde c’est que Macron qui ne connait pas beaucoup la géographie[7] suppose qu’il est plus intelligent que l’ensemble des Français, et donc qu’il doit les guider, même s’ils sont rétifs, sur le chemin de la félicité européiste. Mais il partage ce défaut avec beaucoup de politiciens qui imposent des politiques qui sont jugées néfastes par les citoyens. En fait il y a deux conceptions de la démocratie, soit on considère que le président représente la France, son peuple, et ses aspirations, soit on considère qu’on est élu pour sa gueule et que le peuple ne comprenant rien, il faut le mener comme on l’entend sans tenir compte de son avis. C’est la logique de la bureaucratie européiste, c’est le moment post-démocratique[8], celui qui se retrouve dans la fameuse phrase de Jean-Claude Juncker qui affirme la supériorité des traités signés sur la démocratie. Au moment où l’opposition en France tarde à trouver sa voie, on peut en indiquer une : imposons un référendum sur l’appartenance de la France à l’Union européenne !  

    Des nouvelles en vrac de la démocratie

    Marche des femmes aux Etats-Unis  

    Des nouvelles en vrac de la démocratie

    L’Europe n’est pas le seul territoire perdu pour la démocratie. Les Etatsuniens sont à l’avant-garde de ce mouvement. Dans leur pays ils ont hérité d’un président ubuesque qui non seulement a été élu avec moins de voix que sa concurrente, mais qui en outre exaspère la population. Sa cote de popularité est très basse, sans doute la plus basse de l’histoire de ce malheureux pays, sa légitimité est entamée non seulement à cause de l’étroitesse de sa base électorale, mais aussi à cause de ses affaires judiciaires qui pourraient déboucher sur un impeachment. Le 21 janvier 2018 ce sont des centaines de milliers de femmes qui ont manifester dans toutes les grandes villes. Souvent rejointes par des hommes bien entendu. Officiellement il s’agit de protester contre les propos anti-féminins de Donald Trump, dans un contexte de rébellion contre les pratiques systématiques de violences sexuelles qui ont été dévoilées dans le monde du show-business. En vérité ce mouvement est bien plus large que cela, et il rejoint la montée en puissance d’un mouvement de gauche qui a été représenté en 2016 par Bernie Sanders. Un peu comme si la critique du capitalisme rejoignait la critique des mœurs dans un mode sans foi ni loi. C’est que les Etats-Unis vont très mal : que soit en ce qui concerne l’intérieur avec le nombre de pauvres qui explose, où sur le plan extérieur où ils perdent de leur influence notamment au Proche-Orient.

    La puissance de ce mouvement des femmes étonne, d’autant qu’il est assez désorganisé, et qu’il ne s’appuie par sur des partis institutionnalisés. Ce sera sans doute sa limite, mais il a au moins le mérite de montrer que les politiciens ne font pas leur travail et ne sont plus à l’écoute des revendications des populations. Il semble bien que de nouvelles formes de luttes de masses émergent complètement à l’écart des partis et des syndicats traditionnels. Je pense qu’il faut relier ces manifestations massives avec une contestation du capitalisme flamboyant et dérégulé. 



    [1] http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/01/17/le-gouvernement-annonce-l-abandon-du-projet-d-aeroport-a-notre-dame-des-landes_5243002_3244.html

    [2] http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/12/notre-dame-des-landes-pourquoi-macron-prendra-forcement-une-mauvaise-decision_a_23305221/

    [3] http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/01/17/abandon-de-notre-dame-des-landes-quelle-indemnisation-pour-vinci_5243079_3244.html

    [4] http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/01/02/l-etat-paie-au-prix-fort-son-revirement-sur-l-ecotaxe_4548458_3234.html

    [5] https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301165939465-migrants-macron-et-may-vont-signer-un-nouveau-traite-pour-soulager-calais-2145697.php

    [6] https://www.marianne.net/politique/video-pour-macron-les-francais-auraient-probablement-choisi-de-quitter-l-union-europeenne

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/les-fakes-news-de-macron-a135443960

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/post-democratie-colin-crouch-diaphanes-2013-a117703596 et http://in-girum-imus.blogg.org/approfondissements-de-la-post-democratie-a126219140

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  •  Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010

    L’idéal de fluidité 

    Le transport est un problème majeur dans les sociétés modernes. Le déplacement engendre la pollution de l’air, la destruction de l’espace naturel et de l’espace agricole. Il est une source de dépense de temps et d’argent[1]. Le livre va donc établir un constat de toutes les nuisances possibles et imaginables que nous connaissons un peu tous. Et puis, il va avancer quelques ébauches de solution. L’ensemble de l’ouvrage est d’abord un réquisitoire contre l’automobile. Et c’est sans doute là que se situe son premier défaut. Il ne comprend pas que toute la société moderne est bâtie sur un idéal de fluidité et sur un abaissement des coûts de franchissement de l’espace. Cette baisse est continue depuis des siècles et facilite l’élargissement du marché, ce qui est l’idéal de la société marchande et donc capitaliste. Mais évidemment cet abaissement des coûts ne peut se produire que si d’autres parties de la société les supportent. C’est sur ce point d’ailleurs que l’économie libérale butte, puisque le financement des infrastructures de transports – routes, ports, aéroports – doit être pris en charge par l’Etat pour une grande partie, ne serait-ce que pour externaliser les coûts. De même l’aménagement du territoire fait très souvent supporter les coûts non-monétaires des déplacements pendulaires aux salariés lorsque les entreprises choisissent de s’implanter en dehors des villes, là où les terrains sont moins chers et où les nœuds de communication sont plus nombreux. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010

    Il est pourtant aisé de comprendre que les calamités engendrées par le transport si elles procèdent de l’usage de l’automobile, proviennent aussi de l’usage intempestif de l’avion et des camions. Mais les auteurs ne s’intéressent qu’à l’usage des automobiles et non aux autres systèmes de déplacement. Autrement dit, ils ne s’intéressent pas aux causes et préfèrent s’attaquer aux conséquences. Ils ne remettent pas en question l’idéal de fluidité, ils ne veulent pas limiter la mobilité qu’ils pensent être un droit humain comme un autre, mais ils recherchent une mobilité durable. Cela serait risible si ces gens-là ne se présentaient pas comme des experts qui sont capables de fournir, clés en main, des solutions. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Les transports engendrent trois sortes d’effets négatifs qui ne sont pas pris en charge par les entreprises elles-mêmes, et donc qui sont au contraire d’une manière ou d’une autre à la charge de la collectivité :

    - l’emprise sur l’environnement naturel et agricole, ce qu’on appelle l’artificialisation des sols, avec son corolaire en termes de pollution de l’air[2] ;

    - le coût pour les collectivités publiques de l’entretien des infrastructures. Avec la raréfaction des espaces utilisables, ce coût est forcément croissant ;

    - enfin il y a le coût monétaire et non monétaire pour les usagers de la route, le temps passé dans les déplacements, les dégâts sur la santé, etc… 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Les auteurs de l’ouvrage que nous commentons pensent que la solution est de restreindre l’usage de l’automobile. Or près de 70% de la population utilise ce moyen de déplacement d’abord pour des raisons professionnelles[3], malgré le coût supplémentaire que cela engendre. Evidemment si tous ces individus prennent l’automobile, ce n’est pas forcément par plaisir, c’est parce que la localisation des activités économiques sont éloignées des zones de résidence. Or la logique des solutions avancées par les auteurs de ce livre est de punir les automobilistes ! C’est la même méthode avec les fumeurs : on les punit. C’est un aspect pas assez souligné selon moi des dérives de la société moderne, punir les victimes des dysfonctionnements sociétaux. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Comment punir les automobilistes ? 

    Il y a plusieurs manières, l’une payante et l’autre pas, mais ces deux manières ne règlent en rien les problèmes de fond si les occasions de se déplacer ne changent pas. La manière payante est par exemple d’infliger une hausse généralisée du stationnement, ou encore d’accroître le tarif des amendes. La manière non payante – mais pas gratuite pour autant – c’est de restreindre l’espace dévolue à l’automobile. Par exemple en limitant les possibilités de parking au nom de l’aménagement urbain. On va multiplier les zones piétonnes – en transformant les centres-villes en une sorte d’hypermarché à ciel ouvert, mettre des poteaux pour empêcher le stationnement, ce qui aura comme conséquence partielle de rabattre les automobilistes vers les parkings privatisés qui sont devenus des vraies sources de profit sans trop de contrôle[4]. Et je ne parle pas du stress de la circulation, ni du prix scandaleux des péages autoroutiers[5]. Donc on va faire des pistes cyclables plus ou moins utilisables, sans même penser qu’on ne peut pas utiliser ces pistes cyclables si la longueur du déplacement est trop importante. Disons les choses autrement, ces dernières décennies les distances parcourues dans les déplacements domicile-travail ont augmenté, c’est évidemment en contradiction avec l’idée de privilégier le vélo[6] ! Entendons-nous bien, je ne suis pas hostile à l’usage du vélo, bien au contraire, c’est un moyen peu coûteux et qui favorise l’entretien physique des personnes qui l’utilisent, mais il n’est pas adéquat pour des distances trop longues, par exemple si on travaille à 20 kms de chez soi. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Si on y réfléchit, punir les automobilistes est un aveu d’impuissance. En effet, cela signifie que nous n’avons pas les moyens ni la volonté d’inverser le cours des choses. Or plutôt que de chercher des solutions dans le renouvellement technologique ou dans la police de l’aménagement urbain, il faudrait commencer par diminuer les raisons de se déplacer. Cela on ne veut pas le faire. Cette hypocrisie apparait tout de suite dans l’encouragement des autorités à la production d’automobiles, quand dans le même temps on empêche les automobilistes de l’utiliser ! Une mesure cohérente et radicale serait par exemple d’interdire purement et simplement l’usage privé de l’automobile. Ce qui immanquablement obligerait à une réimplantation des entreprises en fonction de la localisation de la main d’œuvre et de la clientèle. On remarque que les auteurs négligent purement et simplement de parler du transport de marchandise. Or, le transport de marchandise représente environ le tiers des déplacements, et si les flux de marchandises sous pavillon français ont tendance à se tasser depuis une vingtaine d’années, ils augmentent avec le développement des échanges en Europe. Or, le problème de saturation des réseaux fonctionne comme un système de vase communiquant : si le trafic des camions augmente, cela entrave la circulation automobile. Mais les auteurs ne veulent pas discuter de cette question. Or elle est fondamentale puisqu’en effet de nombreuses entreprises se sont installées dans des zones où les nœuds de communication et de logistique sont denses et qui sont de ce fait éloignés des zones de résidence. Les salariés qui doivent les rejoindre doivent utiliser l’automobile ! Mais cela on ne peut le remettre en question que si on récuse à la fois l’organisation de l’espace européen comme un vaste marché unifié, et dons aussi le modèle productiviste. 

    Resserrer l’espace social et économique 

    La question des transports et les solutions alternatives à la punition des automobilistes passent par une refonte des liens économiques. Pour cela il faut resserrer l’espace et favoriser les productions locales. Autrement dit sortir de l’Europe. Mais cela pourrait aussi passer par la fermeture des grands centres commerciaux périurbains qui sont conçus pour le déplacement automobile. Ces zones commerciales qui défigurent le paysage, consomment aussi beaucoup d’espace agricole. Par exemple la zone commerciale de Plan de Campagne dans les Bouches du Rhône, aux portes de Marseille, dont nous donnons deux aperçus ci-après était encore il y a une cinquantaine d’années une zone agricole, et même d’élevage de moutons. C’est aujourd’hui la plus grande zone commerciale d’Europe. Elle concerne 25 millions de visiteurs par an et environ 7 500 emplois. Que ce soit les clients ou les travailleurs, il est presqu’impossible d’utiliser autre chose que l’automobile. A cela s’ajoute la ronde sans fin des camions qui viennent du monde entier pour livrer les marchandises. Cette situation engendre des problèmes sans fin notamment parce ce que l’autoroute entre Marseille et Aix-en-Provence est complètement saturée et qu’il faut faire preuve d’imagination pour améliorer la fluidité du trafic. On a même eu l’idée incongrue de doubles cette autoroute en en construisant une autre au-dessus de la première ! Demander aux clients de Plan de Campagne et à ses employés de prendre le vélo est complètement dénué de sens. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Cet exemple de Plan de Campagne montre que les problèmes de mobilité sont déterminés par un mode de consommation et de production anarchique, et que de vouloir négliger cet aspect ne produit finalement que des solutions bâtardes et sans efficacité réelle. Le besoin de mobilité n’existe pas en soi. Ce n’est pas un besoin comme manger, se loger ou se vêtir. Il est directement dépendant des autres rapports sociaux. C’est en ce sens que cet ouvrage est médiocre parce qu’il postule qu’on peut changer les conditions de la mobilité, sans changer les autres paramètres de la société. L’idéal de fluidité des échanges est le complément du libéralisme individualiste qui fait de l’élargissement des marchés la condition du développement économique et de la croissance. Cette conception est erronée, il est temps de voir qu’elle nous conduit dans une impasse. Le renouveau viendra d’un resserrement des échanges sur des périmètres plus étroits, forcément plus conviviaux, mais aussi plus respectueux de l’environnement. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    On notera que Daniel Cohn-Bendit a écrit une postface pour cet ouvrage, ce qui ne nous étonne pas puisque cet individu aux convictions vacillantes autant que fluctuantes, et qu’il croit que la défense de l’environnement est compatible avec le développement d’un projet européen.

     



    [1] https://www.notre-planete.info/ecologie/transport/placeauto.php

    [2] http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/indicateurs-indices/f/1831/1328/espaces-artificialises.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/conso/2014/01/25/05007-20140125ARTFIG00275-utiliser-un-vehicule-represente-un-cout-de-3300-euros-par-an.php

    [4] http://votreargent.lexpress.fr/immobilier/investir-dans-un-parking-c-est-6-a-12-de-rendement-attendu_1665613.html

    [5] http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20140721.OBS4317/cheres-tres-cheres-autoroutes-le-scandale.html

    [6] https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280781

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  •  Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

    Ce gouvernement d’affairistes et de millionnaires a décidé de faire la chasse aux chômeurs[1]. C’est une vieille lubie de la droite réactionnaire de faire croire qu’en resserrant les conditions d’éligibilité aux allocations chômage, voire en les supprimant, le chômage baissera. Voilà donc cette vieille sorcière mistifrisée de Pénicaud – on dirait cette caricature sortie de la vielle série Les Deschiens – laisse entendre via Le canard enchainé qu’elle prépare une loi pour contrôler un peu plus les chômeurs[2]. Passons sur le fait qu’on ait mis au ministère du travail la personne la plus riche du gouvernement : autant mettre directement Gattaz. Le principal point de ce discours de propagande est en vérité de faire croire que les chômeurs sont des chômeurs volontaires, des personnes particulièrement lascives, peu empressées de retrouver du travail, préférant avec leurs grasses indemnités partir en vacances aux Bahamas. Un jeune député macroniste particulièrement imbécile, Damien Adam pour ne pas le nommer, avait été particulièrement moqué lorsqu’il avait avancé cette idée loufoque[3], mais la façon de travailler de ce gouvernement montre qu’il ne s’agissait pas d’un simple écart de langage. C’est toute la philosophie sociale de ce gouvernement de la droite extrême qui se révélait dans cette incongruité. En vérité toutes les mesures ignobles de ce gouvernement vont dans le même sens, que ce soit la réforme du droit du travail, ou la réforme à venir du contrôle des chômeurs, on suppose que les chômeurs sont responsables du haut niveau du chômage que connait notre pays depuis une bonne trentaine d’années. Donc qu’il y aurait des gisements d’emplois en grande quantité à occuper, où ?, ce n’est jamais dit bien sûr, mais que la mauvaise volonté des chômeurs empêche d’être pourvus. Cette attitude des chômeurs est une perte à la fois pour l’économie en général et pour les finances publiques car un chômeur coûte cher à entretenir. Bien qu’il n’y ait aucune étude convaincante sur le coût du chômage pour la société, on peut l’estimer à environ 100 milliards d’euros par an[4]. La perte est évidente, mais dire que les chômeurs sont les seuls responsables parait appartenir à un âge révolu de la pensée économique : ce qui se disait avant la crise de 1930, avant que Keynes produise sa Théorie générale en 1936 et que Roosevelt et le New Deal changent radicalement la manière de voir cette question[5]. Le retour de la vieille idée réactionnaire de la responsabilité des chômeurs dans la montée du chômage est apparue à la fin des années soixante-et-dix, quand Margaret Thatcher, que Macron admire tant, et Ronald Reagan ont donné du clairon pour annoncer que la lutte des classes allait se faire à l’envers : les riches contre les pauvres. On remarque que le discours contre les chômeurs se durcit au fur et à mesure que le chômage augmente, mais aussi au fur et à mesure que les écarts de richesses s’accroissent. Un peu comme si en attaquant les chômeurs on voulait détourner l’attention sur les origines d’un phénomène structurel. La tendance est claire comme le montre le graphique ci-dessous, le chômage augmente depuis la fin des années soixante, et plus fortement depuis la moitié des années soixante-dix. Cette tendance est la même dans tous les pays du monde développé, elle peut être plus ou moins marquée, cela dépend de la construction statistique – le chômage n’est pas mesuré de la même manière de partout – et aussi bien sûr de la réaction des politiques publiques en la matière

     Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron  

    Taux de chômage en France, Source Insee 

    L’approche macronienne qui se prétend nouvelle, relève uniquement de la pensée magique et n’a aucun fondement empirique, ni même théorique, ce qui veut dire que cette logique répressive ne permettra pas de créer un seul emploi supplémentaire. Mais en outre, on va voir que ces soi-disant mesures de « durcissement du contrôle des chômeurs » vont se révéler rapidement inopérantes pour réduire le chômage. Cette tendance à réduire les droits des chômeurs n’a rien de nouveau, elle est à l’œuvre de partout dans le monde développé depuis la fin des années soixante-et-dix dans le monde, et depuis très précisément 1983 en France, quand le Parti Socialiste s’est converti au standard européen et qu’on a commencé à faire du chômeur le bouc émissaire. Ce qu’on sait de la note qui a circulé après les révélation du Canard enchaïné, c’est qu’elle a été rédigée par Antoine Foucher, directeur du cabinet de Pénicaud, et ancien cadre du MEDEF, pour la neutralité de la fonction publique, on repassera, c’est comme si on demandait au renard de construire un poulailler sécurisé pour la volaille[6]. 

    Les causes de la montée du chômage 

    Evidemment si on veut combattre le chômage, il faut comprendre pourquoi celui-ci augmente, et pour cela s’appuyer sur une observation empirique du phénomène. La première leçon qu’on peut adresser au gouvernement Philippe et à Pénicaud est la suivante. Le chômage augmente quand la croissance est faible, et il diminue lorsque la croissance s’accélère. Les deux courbes sont dans une relation négative comme on le voit sur le graphique ci-dessous. Cela devrait suffire à démontrer que le chômage n’est pas volontaire, puisqu’en effet, quelle que soit l’époque, il n’y a pas de raison que le nombre de fainéants et de mauvais esprits, de profiteurs du système varie en fonction de la conjoncture économique, il devrait au moins être constant dans le temps. Les idées stupides de la droite stupide sont fondées sur les analyses de Pierre Cahuc et André Zylberberg dont j’ai eu l’occasion de dire ici tout le mal que je pensais[7]. Ces deux économistes dont le métier est principalement de produire des arguments politiques pour le MEDEF et le gouvernement, ont écrit un ouvrage il y a presque 15 ans maintenant qui résume tout ce que le patronat aime entendre à propos du chômage, mais qui en fait ne fait que recycler les vieilles idées du XIXème siècle repeinte dans une couleur plus vive et plus attrayante[8].  

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

    Les deux médiocres avancent trois points importants mais malheureusement pour eux contrefactuels :

    - tout d’abord ils considèrent que le chômage est un élément naturel de l’économie de marché. Etant donné qu’il y a à la fois des entrées et des sorties du chômage ces deux cuistres supposent que le chômage stimule la croissance en permettant au marché une réallocation des ressources humaines plus performante. Déjà, invoquer des lois naturelles pour parler d’économie est une erreur des plus grossières, mais cette idée suppose qu’en facilitant les licenciements, on facilite l’émergence de nouveaux emplois dans des nouveaux secteurs, c’est la théorie du déversoir ou du déversement, une autre manière de parler de destruction-créatrice ;

    - ensuite que pour stimuler la croissance, il faut libérer les énergies entrepreneuriales : faciliter la vie des patrons en permettant de licencier comme on le veut, en diminuant les « charges sociales »[9]. Les faits leur donnent tort, depuis 1983, on abaisse les « charges sociales » notamment sur les bas salaires, comme on le voit dans le graphique ci-dessous, et cela sans effet sur le chômage. 

     

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron 

    Source :  Rapport de la commission des comptes de la Sécurité sociale 2009 

    - enfin, en bons petits soldats du MEDEF, ils avancent que le SMIC est bien trop élevé en France, il est d’environ 50% du salaire moyen, alors que dans les autres pays de l’OCDE il est seulement de 38%. Autrement dit le SMIC français est responsable du chômage. Cette assertion fréquente chez les économistes du « bloc bourgeois » n’est pas démontrée par les faits. C’est même le contraire. Il y a d’abord l’ouvrage de Card et Krueger[10] qui montre que c’est exactement l’inverse. Cet ouvrage un peu ancien maintenant est intéressant parce que justement ses auteurs emploient la méthode dite expérimentale que Cahuc et Zylberberg prônent. Ensuite il y a le fait que l’Allemagne a introduit un salaire minimum en 2015, et l’a même augmenté en 2016[11], or contrairement à ce qu’avançaient les économistes du bloc bourgeois, donc Cahuc et Zylberberg, cela n’a eu aucune incidence sur le niveau du chômage[12], par contre cela a permis de sortir une partie des travailleurs de la situation de pauvreté en diminuant les « mini-jobs »[13]. En Espagne où le salaire minimum est de 825,65 € par mois, soit 55% du SMIC français, le chômage est près de deux fois plus élevé qu’en France. Dernier élément qui prouve l’inanité de cette approche, c’est l’expérience du gouvernement Lionel Jospin entre 1997 et 2002. Ce gouvernement a procédé simplement à une hausse des minima sociaux, et donc il a donné un coup de pouce au SMIC : le droit du travail n’a pas été modifié, et les règles des indemnités chômage n’ont pas changé durant cette période : le résultat a été une baisse radicale du chômage – environ un tiers. C’est seulement à la fin de son mandat, c’est-à-dire quand la France est entrée dans l’euro, que le chômage a recommencé à augmenter. 

    Chômage et croissance 

    Comme on le voit, le débat tourne autour de la question de la croissance. Les thèses du bloc bourgeois sont que la croissance n’est jamais stimulée durablement par la demande – donc il ne sert à rien d’augmenter les salaires – mais toujours par l’offre. Stimuler l’offre c’est flexibiliser le marché du travail en diminuant la protection sociale, en abaissant les salaires, et ensuite on prie pour que cette démarche se répercute dans une baisse des prix qui profitera à tout le monde, y compris aux pauvres. L’évolution des trente dernières années montre que la faiblesse de la croissance – et donc l’insuffisance de la création d’emplois – provient d’abord d’une confiscation des gains de productivité du travail par le capital. Cela entraîne forcément une croissance des inégalités, mais aussi un blocage de la croissance. En effet si les salaires augmentent moins vite que la productivité du travail, il se crée naturellement un défaut de demande qui n’incite pas les détenteurs de capitaux à investir autrement que dans des valeurs spéculatives.  

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron 

    C’est pourquoi les organismes internationaux comme l’OCDE[14] ou le FMI[15] ont pris le contrepied des positions défendues par le gouvernement extrêmement à droite de Macron-Philippe. Pour ces deux boutiques, la lutte pour l’emploi passe par une lutte contre les inégalités de revenus qui plombent la croissance. Il faudrait donc à l’inverse relever le salaire minimum pour relancer la croissance et l’emploi. Mais admettre que ce sont les salaires trop bas qui plombent la croissance et l’emploi, ce n’est pas possible pour un gouvernement de millionnaires, cela reviendrait à dire que ce sont les oligarques qui sont responsables du chômage et non les chômeurs eux-mêmes, ce serait revenir à Keynes en quelques sorte qui souhaitait une euthanasie des rentiers. Ce serait remettre en question tout le formatage intellectuel des économistes depuis une quarantaine d’années. Il est donc préférable pour son confort intellectuel de continuer à taper sur les chômeurs, ces assistés. Il est donc postulé que les allocations chômage seraient bien trop élevées et n’inciterait pas au retour à l’emploi. 

    Punir les chômeurs   

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron 

    Pour montrer combien l’idée d’un chômage volontaire est fausse et injurieuse pour les chômeurs, il faut se servir des données que l’on a. Partons de l’étude de l’UNEDIC réalisée en 2016[16]. Tout d’abord il y a le fait que 58% des chômeurs seulement sont indemnisés. Donc 42% ne touche aucune allocation chômage. Ensuite, 1,7 millions de chômeurs touchent une indemnité tout en travaillant. S’ils touchent une indemnité, c’est parce qu’ils sont revenus à l’emploi, mais que leur salaire est insuffisant, par exemple, s’ils n’ont qu’un travail à temps partiel. Il ne reste donc que 1,9 millions de chômeurs qui ne travaillent pas et qui touchent des allocations chômage, soit 30% des chômeurs inscrits à Pôle emploi. Disons les choses autrement : sur les 6,2 millions de chômeurs qu’on comptait à cette époque – fin 2016 – 5,3 millions ne rentraient pas dans la mythique catégorie des chômeurs volontaires, soit 70% environ.

    Mais pour ceux qui ne travaillent pas et qui touchent une allocation, la position de chômeur est-elle enviable comme le suggèrent Cahuc et Zylberberg les économistes du bloc bourgeois ? Autrement dit les allocations chômage permettent elles de se la couler douce ? De partir en vacances aux Bahamas comme le suggère l’idiot de service Damien Adam ? La réponse est non, catégoriquement non. Pourquoi ? D’abord parce que les indemnités chômage ne durent pas. Elles ne peuvent excéder 24 mois. Cette durée est allongée si le chômeur est âgé. Ensuite parce que l’allocation chômage est en moyenne de 72% du salaire. On voit que le manque à gagner pour les salariés les moins qualifiés payés au SMIC est substantiel. Pour que Cahuc et Zylberberg comprennent cela, il faudrait pour qu’ils se rendent compte de ce qu’ils écrivent qu’ils vivent seulement un mois ou deux avec 72% du SMIC. L’avaricieuse Pénicaud devrait aussi suivre cette forme de thérapie, elle dirait moins de bêtises. La moyenne des allocations chômage versée est assez faible, 1000 € par mois pour l’ensemble des chômeurs indemnisés, et seulement 5 % des allocataires touchent plus de 1900 €. Il est donc assez évident que les chômeurs ont peu de chance de devenir aussi riche que la millionnaire Pénicaud en touchant des allocations chômage !

    Mais il y a encore autre chose que des simples calculs monétaires. La situation de chômeur est inconfortable. Il y a une surmortalité importante des chômeurs, ce qui veut dire que cette situation est d’abord une situation de souffrance. A la fin du XXème siècle, plusieurs études ont été produites sur ce thème

    « La mortalité des chômeurs est trois fois supérieure à celle d'un actif occupé au même âge, celle d'une chômeuse, deux fois supérieure »[17] 

     

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron  

    Une étude parue dans The Lancet, a montré également que la crise de 2008 a augmenté le nombre de cancers dans le monde consécutivement à la montée du chômage[18]. Selon le chercheur de l’INSERM, Pierre Meneton, le chômage serait responsable en France de 20 000 à 30 000 décès, soit pratiquement autant que les décès dus au tabac[19]. Tout cela converge vers une même réalité : le statut de chômeur n’est pas une sinécure.

    On voit que le chômage n’est pas une bonne affaire pécuniaire, et qu’en outre c’est une situation horrible sur le plan de la santé. Etre obligé de rappeler cela est assez déprimant et montre combien les politiciens et les économistes aux ordres ignorent ce que c’est que de vivre dans la précarité matérielle et psychologique[20].

    Tout cela est très connu, et même des imbéciles comme Cahuc et Zylberberg ne peuvent l’ignorer. Alors pourquoi vouloir punir les chômeurs ? Les raisons à cette campagne contre les chômeurs sont multiples et variées. D’abord consolider le discours sur la compétitivité et contre l’assistanat. De Laurent Wauquiez à Eric Brunet[21], en passant par les macroniens, ils sont nombreux à dénoncer l’assistanat, « ce cancer français ». Les assistés ce sont tous ces gens qui touchent des allocations, chômage, RSA, etc. et qui donc sont sensés détourner le bon argent durement gagné par les patrons qui plient sous le poids de l’impôt confiscatoire. Ce sont les vieilles idées débiles de Margaret Thatcher. Il est facile de voir que les assistés ne sont pas forcément ceux qu’on croit, vu les sommes affolantes que le CICE détourne vers les détenteurs de capitaux (tout de même 20 milliards d’euros par an).  

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron  

    Le second intérêt de ce discours de classe est de précariser un peu plus les salariés, c’est ce que fait Pénicaud. Il est vrai qu’elle est bien aidée en cela par la passivité et la désorganisation des syndicats trop occupés par la défense de leur pré carré. Les chômeurs sont faibles, encore moins organisés pour défendre leurs droits, c’est une cible facile à atteindre, car la situation de chômeur est honteuse, et la plupart des chômeurs ont intégré cette honte. Et pourtant comme dit Marx, Il faut rendre la honte plus honteuse en la livrant à la publicité. En attaquant les chômeurs Pénicaud montre qu’elle ne craint pas de réactions et défie clairement ce qui reste de la gauche. Elle veut exclure les chômeurs de la société, les montrer comme de mauvais Français indisciplinés et coûteux, les mettre hors la loi.

    Il s’agirait donc d’ajouter des sanctions à la situation des chômeurs, une double peine en quelque sorte[22]. Contrôler les chômeurs, c’est bien beau dans les discours électoraux, mais en clair qu’est ce que ça veut dire ? En effet, vu le nombre de chômeurs à contrôler, environ 2 millions, il faudrait embaucher massivement à Pôle emploi ! Ce qu’on refuse de faire évidemment au nom de la rigueur budgétaire. En vérité l’imagination des conseillers de Pénicaud est assez étriquée voici ce qui sera proposé :

    - d’abord obliger les chômeurs à tenir en quelque sorte un carnet de leurs démarches pour trouver du travail. On suppose que cela se fera par Internet. Mais il est assez facile de voir que cette idée loufoque n’aura aucun impact, en effet, il suffira de répondre à des offres d’emploi de Pôle emploi tout en sachant pertinemment qu’on ne sera pas recruté. Ou encore de démontrer qu’on a déposé un certain nombre de CV, ici et là. 

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron   

    - ensuite sanctionner ceux qui se feront prendre, par exemple, ceux qui manqueront un rendez-vous avec le conseiller d’orientation de Pôle emploi. Cela devient plus sérieux, au bout de deux rendez vous manqués, les allocations chômage seraient abaissées de 20% et si le chômeur persiste, ses allocations baisseraient de 50% ! Mais le tarif serait le même si le chômeur persistait à refuser deux offres successives d’emploi jugées raisonnables par son conseiller[23]. C’est une vieille sarkozyste, obliger les chômeurs à prendre un boulot sous-payé, voire délocalisé. Définir une offre raisonnable d’embauche est assez peu clair et ne le sera sans doute pas plus demain.

    On se doute qu’un tel projet outre le fait d’humilier un peu plus les chômeurs, permettra de nettoyer un peu plus les statistiques et donc de pousser dans le sens d’une baisse artificielle du chômage. Mais cela permettra d’entamer encore plus fort le vieux refrain selon lequel : qui veut travailler trouve du travail, seuls les fainéants n’en trouvent pas. En vérité le contrôle des chômeurs existe déjà, il avait été mis en place par François Rebsamen en 2014, mais les contrôles avaient montré que les chômeurs ne se comportaient pas du tout comme des assistés, et que massivement ils cherchaient à sortir d’une situation de précarité[24]. En outre, il avait été révélé par cette même enquête que 4% des chômeurs n’usaient pas de leurs droits. 

    Retour à la dure réalité  

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

    Ces mesures ont commencé à être critiquées par les syndicats. La France Insoumise par la voix de son député Quatennens est sortie de sa torpeur en avançant que ce projet sournois s’attaquait plutôt aux chômeurs qu’au chômage[25]. Et de fait les chiffres sont cruels : en effet il y a aujourd’hui plus de 6,5 millions de chômeurs, mais seulement entre 250 000 et 300 000 offres d’emplois non pourvues[26]. Cela veut dire que même en forçant les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, même en le formant aux exigences du marché, il resterait au bas mot encore 6,2 millions de chômeurs ! C’est une réalité arithmétique. Autant dire que le chômage de masse perdurerait.

    Le chômage est une question sérieuse qui ne peut se régler par les bricolages macroniens qui ne font que mettre en œuvre les idées du MEDEF. Ces nouvelles agressions contre les chômeurs auxquelles Sarkozy, l’autre homme politique du grand capital, avaient renoncé par crainte de la réaction du peuple de gauche, sont poussées fortement par le petit banquier qui est accessoirement président de la République. Il suppose que la gauche est morte et enterrée, le Parti socialiste a disparu, le PCF et la FI, à quelques exceptions près, restent bien trop préoccupés par la défense des immigrés et des Palestiniens pour avoir des idées nouvelles en matière de soutien aux chômeurs. Quant aux syndicats, ils sont très divisés et dirigés par des bureaucrates qui ne sont pas vraiment intéressés par ces questions. C’est la chance si on peut dire de Macron : l’opposition a provisoirement disparu, et même si les Français n’adhèrent pas à ses idées d’un autre âge, il peut faire passer facilement ses lois mortifères. Bien sûr la sanction tombera un jour parce que le chômage est la première peur des Français, et donc si le chômage ne baisse pas, alors il sera débarqué, comme a été débarqué Sarkozy, et comme a été débarqué Hollande. 

    Conclusion 

    En dehors de ces fantaisies l’avenir de l’emploi est très sombre. McKinsey, un institut de recherche très prisé par les multinationales, vient de publier un gros rapport[27] qui explique qu’à l’horizon 2030 c’est environ 20% des emplois actuels qui sont menacés de disparition du fait de l’évolution technologique. Et parmi ces emplois, une grande partie de ceux-ci sont des emplois très qualifiés qui demandent une formation très poussée. Cette réalité de la mondialisation montre qu’au moins deux pistes de lutte contre le chômage sont sans issue :

    - d’abord l’idée selon laquelle en formant mieux et plus les populations, le taux de chômage baisserait. C’est une assertion qui est fausse sur le plan méthodologique. En effet elle se fonde sur le fait que les personnes qui possèdent le plus de diplômes sont celles qui sont le moins souvent au chômage. Mais cette vérité micro-économique est en contradiction avec l’approche macro-économique qui montre que les diplômes ont de moins en moins de valeur[28], ce qui est logique du point de vue de la loi de l’offre et de la demande. Autrement dit si tous les chômeurs étaient très diplômés, ils ne trouveraient pas plus de travail, car la formation ne crée pas l’emploi, mais permet de disqualifier seulement ceux qui en ont moins. Du reste on voit que le nombre des diplômés s’est accru radicalement depuis trente ans, alors même que le chômage a augmenté.  

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

    - ensuite évidemment que si d’ici à 2030 20% des emplois seront détruits par le progrès technologique, la masse est tellement énorme – on parle de 400 à 800 millions d’emplois détruits au niveau mondial, que la théorie du déversoir ne pourra pas combler ce déficit : la destruction sera forcément plus rapide que la création[29]. C’est ce qu’admet le rapport McKinsey qui signale qu’il faut se préparer à élargir la protection sociale – l’inverse donc de ce que font Macron et sa bande ! On voit facilement pourquoi les capitalistes les plus éclairés sont favorables au Revenu universel, c’est un facteur de paix sociale, et la seule source potentielle de revenu qui permettra de consommer les mauvaises marchandises que le capital continue à produire. Mais dans ce contexte de destruction massive d’emplois il va être de plus en plus malvenu de considérer que l’immigration est une chance pour l’Europe et que celle-ci ne viendra pas gonfler le chômage[30].

    On voit que sur tous les points, et plus encore sur la question des inégalités et du chômage, le gouvernement de Macron-Phillipe-Pénicaud est en retard d’une bataille. Il ne s’agit plus d’adapter le vieux modèle de l’économie de marché, mais de changer de système de production et de consommation. Parmi les pistes raisonnables que nous pouvons avancer pour créer des emplois, il y en a au moins quatre :

    - la première est de diminuer la pression de la concurrence mondiale, et donc de diminuer les flux transfrontaliers de capitaux, de marchandises et d’hommes ;

    - la seconde est de favoriser les activités consommant de la main d’œuvre, par exemple l’agriculture biologique au détriment de l’agriculture conventionnelle, introduire des normes de qualité dans les productions industrielles ;

    - la troisième est la baisse de la durée travaillée ;

    - la quatrième est d’interdire les hypermarchés qui détruisent 5 emplois lorsqu’ils en créent un.

    On voit que toutes ces solutions – mais il y en a sans doute d’autres – sont à la fois créatrices d’emplois, et agissent dans le sens d’un plus grand respect vis-à-vis de l’environnement. Mais pour l’instant la classe politique n’est pas prête à sacrifier l’idée que seule l’accélération du progrès technologique est source de richesse et d’emplois.


    [1] http://www.lemonde.fr/gouvernement-philippe/article/2017/12/16/de-nombreux-millionnaires-parmi-le-gouvernement_5230633_5129180.html

    [2] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/12/27/les-pistes-du-gouvernement-pour-durcir-le-controle-des-chomeurs_5234906_823448.html

    [3] https://www.marianne.net/politique/plein-paradise-papers-depute-lrem-attaque-aux-chomeurs-partent-en-vacances-bahamas

    [4] https://blogs.alternatives-economiques.fr/gadrey/2016/06/19/le-cout-public-du-chomage-plus-de-100-milliards-d%E2%80%99euros-par-an

    [5] William E. Leuchtemburg, Franklin D. Roosevelt and the New Deal, Harper, 2009.

    [6] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/12/26/20002-20171226ARTFIG00196-le-gouvernement-reflechit-a-durcir-le-controle-des-chomeurs.php

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/pierre-cahuc-et-andre-zylberberg-le-negationnisme-economique-et-commen-a126951256

    [8] Le Chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion, 2004.

    [9] Pour nos deux réactionnaires, les cotisations sociales ne sont pas un salaire différé, ni un salaire socialisé, mais seulement un coût supplémentaire.

    [10] David Card & Alan B. Krueger, Myth and measurement. The new economics of the minimum wage, Princeton University Press, 1995.

    [11] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/deux-ans-apres-sa-creation-le-salaire-minimum-allemand-est-augmente_1807091.html

    [12] http://www.slate.fr/story/112195/salaire-minimum-allemagne

    [13] https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/quel-premier-bilan-tirer-du-salaire-minimum-allemand/

    [14] https://www.oecd.org/social/Focus-Inequality-and-Growth-2014.pdf

    [15] https://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2016/06/pdf/ostry.pdf

    [16] file:///C:/Users/jean%20bon/Downloads/EBOOKS/UNEDIC%204%20Chiffres%20cle%CC%81s%20V1909.pdf

    [17] Annie Mesrine, « La surmortalité des chômeurs : un effet catalyseur du chômage ? », in, Economie et statistique, n°334, 2000. pp. 33-48.

    [18] Dr Mahiben Maruthappu, Johnathan Watkins, Aisyah Mohd Noor, Callum Williams, Raghib Ali, Richard Sullivan, Thomas Zeltner, Rifat Atun,  “Economic downturns, universal health coverage, and cancer mortality in high-income and middle-income countries, 1990-2010: A longitudinal analysis”, March 2016.

    [19] https://www.sciencesetavenir.fr/sante/10-000-a-20-000-morts-par-an-dues-au-chomage_28753

    [20] Michel Dubout, Le traumatisme du chômage, Editions de l’Atelier, 2015.

    [21] J’ai déjà dit tout le mal qu’il faut penser de ce cireur de pompes d’Eric Brunet, Journaliste semi-instruit, il passe son temps à déballer des contre-vérités. http://in-girum-imus.blogg.org/de-la-misere-du-journalisme-en-2017-aujourd-hui-eric-brunet-a132347698

    [22] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/12/27/les-pistes-du-gouvernement-pour-durcir-le-controle-des-chomeurs_5234906_823448.html

    [23] http://www.20minutes.fr/economie/2193619-20171226-assurance-chomage-gouvernement-souhaiterait-durcir-controle-chomeurs

    [24] http://www.lepoint.fr/politique/controle-des-chomeurs-le-baton-pour-degonfler-les-statistiques-28-12-2017-2182818_20.php

    [25] http://www.bfmtv.com/politique/selon-adrien-quatennens-le-gouvernement-veut-s-attaquer-aux-chomeurs-et-non-au-chomage-1336804.html

    [26] Sur la difficulté de calculer les offres d’emploi non pourvues, lire https://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/CLOUET/52623. Sur l’évaluation la plus récente, voir http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/12/19/97002-20171219FILWWW00209-entre-200000-et-330000-offres-non-pourvues-faute-de-candidats-pole-emploi.php

    [27] https://www.mckinsey.com/global-themes/future-of-organizations-and-work/what-the-future-of-work-will-mean-for-jobs-skills-and-wages

    [28] https://www.alternatives-economiques.fr/diplomes-ont-perdu/00080183

    [29] La théorie du déversement est due à Alfred Sauvy, La machine et le chômage, Dunod, 1980. Elle visait à démontrer que le progrès technologique au bout du compte finissait toujours par créer des emplois.

    [30] Il y a quelques années deux députées du P « S », Karine Berger et Valérie Rabault s’étaient faites remarquer pour avoir publier un livre béta, Les trente glorieuses sont devant nous, Editions rue Fromentin, 2011. Elles avaient annoncé en bons petits soldats européistes que la France avait besoin de 10 millions d’immigrés en plus. https://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20110321trib000609557/l-economie-francaise-a-besoin-de-10-millions-d-immigres-d-ici-a-2040.html

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  • Voilà plusieurs mois que les médias amis de Macron nous expliquent que sa popularité et celle de l’antipathique barbu de Matignon, ne font que remonter et que cela est incroyable, et que cela est inédit[1] ! Et puis voilà qu’un sondage plus sérieux nous montre que non : Macron est toujours aussi détesté, sa femme aussi et son premier ministre également. On a beau contrôler les médias, la vérité finit par transpirer. Le sondage dont nous parlons aujourd’hui est publié le 15 janvier 2018 dans Le Figaro[2].  

    La popularité de Macron ne décolle pas

    Le premier enseignement qu’on tire et que seul un tiers des Français trouve son action positive. Ça correspond me semble-t-il à sa base sociale, même si celle-ci peut encore se rétrécir au fur et à mesure que les mesures fiscales vont démontrer dans les faits leur inanité, la classe moyenne sera alors en première ligne. On s’aperçoit aussi que la popularité de Macron est du même niveau que celle de Trump aux Etats-Unis, le président qui est détesté dans le monde entier et qui se trouve sous le coup d’une procédure d’impeachment. En dessous des 40% ! Outre qu’ils sont tous les deux sans adhérence dans leur politique erratique, ils se ressemblent par leur incapacité diplomatique à faire autre chose qu’à injurier les peuples du monde entier. Macron surpassant Trump en crachant directement sur les Français chaque fois qu’il se trouve à l’étranger. 

     

     La popularité de Macron ne décolle pas

    L’autre enseignement du sondage du Figaro est le suivant : les Français ont compris que Macron était un politicien de droite. C’est la droite affairiste, cosmopolite et européiste qu’il représente. La fable du ni de gauche, ni de droite est complètement éventée maintenant. Seuls quelques égarés croient encore que Macron est de gauche, sans doute parce qu’ils appartiennent à la droite nationaliste, anti-européenne. Certains qualifie la politique de Macron comme centriste sans doute parce qu’il manifeste une ligne proeuropéenne. Mais on voit que si 39 % des sondés qualifient sa politique de « droitière », seulement 35 % sont satisfaits de celle-ci. Manifestement la majorité des Français n’est pas de droite, sinon elle approuverait plus largement la politique de Macron.  

    La popularité de Macron ne décolle pas

    La seule chance de Macron aujourd’hui est que l’opposition est en miettes et ne fait pas son travail, que ce soit les partis ou les syndicats. Marine le Pen est aux abonnés absents, et passe son temps à régler ses comptes avec Phillipot, et Mélenchon ne semble plus trop savoir comment se positionner. Or en lisant correctement le sondage du Figaro il y a une chose qui saute aux yeux, mais qu’on sait déjà : les Français veulent en finir avec l’immigration massive. Ce n’est pas nouveau, c’est comme ça dans toute l’Europe depuis des années, mais les « décideurs » en décident autrement. Et ce n’est pas une question de racisme. L’immigration de masse est vécue à la fois comme porteuse d’insécurité, et comme un vecteur de transformation culturelle dont les européens ne veulent pas. La conclusion est que tant que l’opposition déconnera sur ce sujet, elle restera inaudible. La gauche ne peut pas en même temps prétendre parler pour le peuple, le représenter, et passer son temps à faire de la lutte contre l’islamophobie, de la défense des migrants et de la cause palestinienne, ses marqueurs privilégiés. D’autant que le sondage du Figaro nous indique que les Français sont aussi très préoccupés par la question du chômage et celle des inégalités croissantes.

     

     


    [1] http://www.huffingtonpost.fr/2018/01/11/fort-rebond-de-la-popularite-demmanuel-macron-en-janvier-sondage-exclusif_a_23330813/

    [2] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/01/15/25001-20180115ARTFIG00314-immigration-les-francais-demandent-a-macron-d-etre-ferme.php?utm_source=app&utm_medium=sms&utm_campaign=fr.playsoft.lefigarov3

     

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