•  Les tensions communautaires se traduisent par une montée radicale des discours de plus en plus loufoques et contrefactuels. Le but n’étant pas de défendre et de produire une vérité, mais plutôt d’occuper le terrain médiatique et de disqualifier ceux qui sont moins extravagants, tout en resserrant les rangs de ce qu’on suppose être son camp. Cette tendance est évidemment l’inverse de l’idéal républicain, bien malmené ces temps-ci, qui suppose qu’un discours doit d’abord rassembler autour des valeurs relativement simples avant que d’opposer les différences absurdes autour d’analyses aussi hâtivement construites que mal fondées 

    Macron et la laïcité  

     Tensions communautaires

    Macron est le champion toute catégorie du discours clivant aussi bien que contrefactuel. Pire président que la France ait connu depuis les débuts de la cinquième République, il s’amuse à opposer toutes les catégories sociales au nom d’un communautarisme éclairé qui s’élèverait au-dessus de la forme nationale des institutions. Homme sans culture lui-même, semi-ignorant diplômé de l’ENA, le voilà qu’il multiplie les encouragements aux communautés religieuses pour se structurer et s’opposer à la République et à la laïcité. Il y a quelques jours il recevait en ce qu’il croit être son palais des représentants des communautés religieuses. Pour faire semblant qu’il respecte la neutralité de l’Etat, il aura donc convié des représentants de la religion catholique, protestante, orthodoxe, musulmane, juive et bouddhiste.

    Selon François Clavairoly, "Il a dit : +C'est bien la République qui est laïque et non la société, les cultes peuvent s'exprimer dans l'espace public+"[1]. Dans une phrase qui, comme à son ordinaire est obscure, Macron fait donc le pari que la République et la société sont deux choses bien différentes. Cette affirmation n’est pas seulement stupide, elle est d’abord un encouragement au communautarisme. Mais ce jeune cuistre ne s’en est pas tenu là. Il a également ajouté qu’il serait vigilant quant à « une radicalisation de la laïcité ». On suppose que le représentant des musulmans sera rassuré : ce n’est pas demain la veille que Macron s’attaquera à l’Islam radical. C’est un discours propre à encourager les revendications des musulmans dans la vie civile. Cela encouragera aussi des personnages douteux comme Jean-Louis Bianco ou Asif Arif qui supposent que la laïcité se borne à garantir les droits des différentes communautés religieuses à exercer leur religion comme elles l’entendent, même si cela est en contradiction avec l’intérêt général. Mais la grossièreté de Macron ne s’arrête pas là : en parlant d’une laïcité radicale – on ne sait trop où il l’a rencontrée – il désigne l’ennemi commun des religions, l’ennemi à combattre en priorité[2]. A quelques jours de la Noël, il envoie un message très clair. La France du futur sera fondée sur le communautarisme religieux. L’insulte est d’autant plus insupportable que les laïques n’ont jamais tué au nom de leurs idées, ils n’ont pas non plus bravé les libertés individuelles comme peuvent le faire tous les jours les musulmans qui voilent leurs fillettes en bas âge. On n’a jamais vu depuis longtemps des laïques déposer des bombes dans des journaux qui ne leur plaisaient pas. 

    Diplôme de laïcité  

    Tensions communautaires

    Comme on le voit avec la position réactionnaire de Macron, la laïcité est en train de se refermer sur les religions. Les athées n’ont plus le droit à la parole. Ils sont pourtant les plus nombreux en France. Convoquer des représentants des religions comme le fait Macron est plus qu’une faute, c’est une manière de gouverner une fois de plus contre le peuple. Les Français qui se disent religieux ne représentent qu’un gros tiers de la population[3]. Or les politiciens aiment, pour montrer leur ouverture d’esprit, se faire voir dans des diners ou des réunions en compagnies de représentants des religions.

    Voilà que le niveau d’imbécilité s’est élevé encore un peu plus ces jours derniers. L’université de Rennes a eu l’idée loufoque de mettre en place un diplôme de laïcité[4]. Les candidats à ce diplôme reçoivent une formation de 125 heures, puis ils doivent rédiger un mémoire et ensuite passer un oral pour montrer qu’ils ont bien compris. Ces candidats sont choisis parmi des religieux, histoire de leur expliquer ce qu’ils ont le droit de faire et ce qu’ils ne doivent pas ni faire, ni enseigner. L’idée de base est qu’il vaut mieux les convaincre par l’enseignement, que de les réprimer pour leurs débordements.  

    Tensions communautaires

    La responsable de ce programme, Brigitte Feuille, nous dit qu’il s’appuie sur une vision particulière de la laïcité : ce serait selon elle, la neutralité de l’Etat par rapport à l’exercice de la religion. C’est la même idée stupide que celle de Macron qui suppose que les problèmes se règlent par le droit et son application, soit par une judiciarisation de la vie civile. Mais ce programme donne droit à un diplôme, et ce diplôme donne droit à des avantages. On sait que dans les prisons, à l’armée, ou encore dans les hôpitaux, l’Etat entretient des « aumôniers », or ceux-ci ne pourront plus être recrutés que s’ils sont en possession de ce diplôme controversé.   

    Tensions communautaires

    La polémique a éclaté quand on s’est rendu compte que Rachid Abou Houdeyfa venait d’obtenir son diplôme[5] de cette formation. Or cet imam salafiste s’est fait remarquer par ses prises de positions radicales pour le coup : selon lui l’écoute de la musique pourrait vous amener à devenir comme des cochons – avec le chien, le cochon est l’animal le plus détesté des islamistes. Il a inondé la toile de vidéos toutes plus débiles les unes que les autres, mais qui vont toutes dans le sens d’un islam rigoriste et intransigeant, par exemple en déclarant qu’il était normal de violer les femmes non voilées car elles n’ont pas d’honneur[6]. Cependant, certains font semblant de croire à sa conversion républicaine parce que Daesh a lancé une fatwa sur lui parce qu’il aurait trahi le salafisme. Mais la virulence de ses prêches qui aurait dû l’amener à être expulsé puisqu’il est marocain, laisse planer un doute sur la sincérité de cette conversion à l’idéal laïciste, d’autant que les imams ont parfaitement compris l’avantage qu’ils pouvaient retirer de ce diplôme pour pénétrer des associations pour obtenir des subventions ou d’autres postes honorifiques. Rien ne les empêchera une fois ce diplôme obtenu de reprendre leur litanie mortifère dans leurs sermons. 

    Antoine Griezmann  

    Tensions communautaires

    La mode est aujourd’hui au mélange des genres, et voici que c’est le footballeur Antoine Griezmann qui est la cible d’attaques d’une violence inouïe pour avoir eu l’audace de se déguiser en noir et en basketteur. Il a tout de suite été accusé d’être raciste par le CRAN qui tente d’exister par tous les moyens en s’inspirant de la posture victimaire des musulmans[7]. Ils parleront de négrophobie dans un parallèle des plus douteux. Mais en quoi se déguiser en noir serait-il raciste ? Beaucoup de noirs se sont d’ailleurs posé la question et se sont faits en retour traité de « nègre de maison ». La polémique est obscure et ses bases sont floues puisque cela voudrait dire que Griezmann est mauvais petit blanc qui dévalorise les noirs en les comparant avec des basketteurs ! La querelle est stupide, comme toutes les querelles que déclenchent le CRAN qui a bien du mal à exister dans un pays où la négrophobie n’est pas affirmée. Mais l’indignation feinte du CRAN a déjà débouché sur une victoire, Griezmann a reculé et s’est excusé. Le CRAN porte en bandoulière sa susceptibilité maladive et rêve sans doute d’une France semblable aux Etats-Unis où le racisme pourrait justifier son ressentiment et ses prétentions à défendre une communauté singulière. Loui-Georges Tin, indigné de profession, s’est même appuyé sur cet imbécile de Jacques Toubon qui a avancé que « nul n’ignore que le fait de se grimer en noir renvoie à une vision péjorative et humiliante des personnes noires ». Autrement dit se grimer en blanc en meunier, ou en basketteur, n’est pas humiliant pour les blancs et les basketteurs, mais se grimer en noir, le serait, Toubon n’explique pas pourquoi.  

    Tensions communautaires

    Mais cette affaire a donné des idées revendicatives. Voici que la brigade anti négrophobie se mobilise contre la nuit des noirs du carnaval de Dunkerque[8]. Ils demandent purement et simplement l’interdiction de la nuit des noirs qui a une cinquantaine d’années et qui doit avoir lieu en mars 2018 pour le Carnaval. Là encore il s’agit de se déguiser en noir, La brigade anti négrophobie suppose et affirme que de se déguiser en noir est une manière de prolonger l’esclavage. Le maire de Dunkerque a refusé d’interdire cette manifestation. A quand l’interdiction du Carnaval tout court ? Mais au-delà des indignations feintes, il faut comprendre la logique de ces mouvements ultra-minoritaires et communautaristes. La Brigade anti négrophobie est une boutique concurrente du CRAN pour obtenir une part de marché communautariste. C’est la même logique que le PIR, leur radicalisme supposé qui les fait s’habiller avec des uniformes, les apparente à une sorte de milice hargneuse dans la lignée de Louis Farakhan[9] ou des Black panthers, les amène à se disputer avec le CRAN les membres d’une communauté qui n’existe pas vraiment. C’est ce contexte concurrentiel sur un marché étroit qui pousse à l’extravagance des prises de position. On a vu récemment Louis-Georges Tin, bateleur d’estrade semi-instruit, réclamer l’éradication des noms de rue portant un patronyme plus ou moins lié à l’esclavage. Libération, un journal qui ne s’améliore pas vraiment, lui a offert une tribune[10], alors qu’il ne représente rien. C’est une aubaine pour lui car cela lui permet de se présenter face à l’Etat comme un interlocuteur, encore lui faudra-t-il trouver un sujet sur lequel négocier ! 

    Féminisme et communautarisme 

    Les féministes médiatisées donnent une image médiocre et risible de leur combat. Elles sont la preuve vivante que le féminisme n’est pas en soit un combat, mais un repli sur leur communauté. Evidemment on peut souligner qu’il existe encore, malgré les avancées, des inégalités choquantes entre les genres, et que dans certains cas il y a bien une discrimination. Mais ce combat doit être portée non pas au nom des femmes, mais plutôt au nom de la liberté et de l’égalité qui sont des principes universels qui fondent le combat politique. On a vu récemment des féministes estampillées par elles-mêmes féministes d’avant-garde, se lancer dans des combats douteux qui les mènent sur des terrains douteux. D’abord cette idée de modifier l’écriture et donc de forcer le bon peuple – même s’il ne le veut pas – d’écrire en écriture inclusive. Non seulement les féministes communautaristes dénoncent la neutralité du masculin lorsqu’il représente un ensemble regroupant des éléments masculins et féminins, mais ils veulent modifier la graphie en insérant un point qui allonge inutilement la phrase. Par exemples on pourrait lire dans une circulaire : Mesdames les directrices et messieurs les directeurs ce qui s’appelle en jargon l’écriture épicène, ou encore utiliser le point pour séparer le masculin et le féminin, ce qu’on appelle le point milieu. Ce qui pourrait donner cela : « Les instituteur·rice·s conseillent à leurs nouveau·elle·x·s élèves d’être travailleur·euse·s »[11]. On se demande ce que voudrait dire cette cuistrerie à l’oral ! Essayez de lire cela à haute voix, ça va vous filer des démangeaisons ! L’histoire du point est intéressante, parce que grammaticalement le point c’est celui de la séparation. En réalité cette position asociale des féministes qui défendent ce type d’idiotie, vise à la séparation et non à la réunification de la société. C’est une forme de communautarisme de genre.

    Cette tentative d’intimidation, ce terrorisme grammatical, tournera rapidement court, non seulement parce cela rend la langue utilisée laide – imaginez Les misérables en écriture inclusive ! – et difficile à manier, mais encore parce que cela correspond à une négation de l’histoire, cette histoire que porte la langue française. Certes, il va de soi que la langue a toujours évolué, mais là ce n’est plus une évolution, c’est un massacre à la tronçonneuse. D’un autre côté on ne peut pas se plaindre que les enfants ne sachent plus lire, ni écrire, et leur rajouter des règles absconses en décalage avec le quotidien. Si une telle démarche aboutissait, elle renforcerait les clivages de classe par le biais du langage. Mais je ne pense pas que cette imbécile soit autre chose qu’un effet de mode pour des gens qui s’ennuient. 314 enseignants ont lancé une pétition pour imposer cette maniaquerie. Cette pétition n’a recueilli malgré le battage qu’un peu plus de 32 000 signatures[12], ce qui est évidemment très peu. Et ce qui veut dire que même les féministes militantes ne croient pas à l’avenir de cette fantaisie. 

    Tensions communautaires 

    Mais les féministes de profession ont trouvé un nouveau combat supplémentaire pour se ridiculiser. Depuis quelques mois, elles ont infiltré les médias et développent un argument spécieux sur la taille des femmes par rapport aux hommes. En s’appuyant sur une thèse de Priscille Touraille, considérée comme fumeuse par les spécialistes, elles avancent que la différence de taille entre les genres n’est pas naturelle mais construite, et que ce serait parce que les hommes leur ont confisqué la viande dans les temps les plus reculés, que les femmes sont plus petites[13]. Cette thèse est triplement idiote :

    - parce que cela voudrait dire que du temps du paléolithique les mâles avaient un degré d’instruction suffisant pour savoir comment construire leur pouvoir sur les femmes en les privant de viande ;

    - que lorsque les femmes qui auraient été aussi fortes si ce n’est plus que les hommes en ce début des âges, n’auraient pas réagi face à cette spoliation. On se demande bien pourquoi.

    - que seule une alimentation carnée donne force et santé ! Les végans apprécieront cette assertion ubuesque sans fondement.

    On pourrait construire en réalité une thèse machiste symétrique tout aussi stupide : les femmes vivent plus longtemps que les hommes, c’est un fait. Pourquoi ? On pourrait avancer avec la même inconscience, la même cuistrerie que Priscilla Touraille que c’est parce qu’avec leurs querelles incessantes au sein du couple, elles fatiguent les mâles au-delà du possible, ou encore que c’est parce qu’elles obligent les hommes à travailler plus qu’elles ne le font elles-mêmes, elles les usent plus rapidement en les exploitant.

     

    Il y a pourtant des différences dans l’espérance de vie qu’il faut bien expliquer. Par exemple dans les pays musulmans les femmes vivent plus longtemps que les hommes de deux ou trois années. L’Algérie est un cas particulier où cette différence est régulièrement inférieure à 2 ans. Or dans un pays comme la France cette différence monte au-dessus de 6 ans. Il semble assez évident que cette différence est d’autant plus faible que les femmes sont maltraitées. Mais sur ce genre de question qui interroge directement une religion rétrograde et mortifère, les féministes sont le plus généralement aux abonnées absentes. Même chose pour les femmes battues, c’est une règle répandue par l’Islam, et les imams ne s’en cachent pas qui donnent des conseils pour battre sa femme ou ses femmes[14]. Il est donc un fait que les féministes de profession ne se battent pas contre une religion qui asservie les femmes et leur accorde un statut inférieur. Elles préfèrent déconner avec des hypothèses fumeuses et invérifiables selon lesquelles l’homme est fondamentalement mauvais et incapable d’être éduqué. Cette misère intellectuelle, si elle permet de souder un lobby, n’a évidemment aucune efficacité pratique.

     

    [1] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/12/21/97001-20171221FILWWW00309-macron-vigilant-face-au-risque-de-radicalisation-de-la-laicite-cultes-religieux.php

    [2] https://www.marianne.net/politique/face-aux-representants-des-religions-emmanuel-macron-s-inquiete-d-une-radicalisation-de-la 

    [3] http://revolutionetlibertes.fr/2016/10/16/latheisme-france-63-de-non-religieux/

    [4] http://www.letelegramme.fr/bretagne/rennes-premiers-diplomes-de-laicite-05-09-2017-11650754.php

    [5] https://francais.rt.com/france/46764-accuse-pour-ses-preches-radicaux-imam-brest-recoit-diplome-universitaire

    [6] https://la-voie-de-la-raison.blogspot.com/2016/04/Rachid.Abou.Houdeyfa.html

    [7] http://www.leparisien.fr/societe/pourquoi-le-blackface-d-antoine-griezmann-fait-polemique-18-12-2017-7460670.php

    [9] Leader de Nation Of Islam. Raciste et antisémite il était arrivé à réunir des foules énormes, la fameuse million march, en 1995, puis son organisation avait périclité. Elle existe encore, mais en mode mineur, et seulement comme une source de revenus pour Louis Farakhan.

    [10] http://www.liberation.fr/debats/2017/08/28/vos-heros-sont-parfois-nos-bourreaux_1592510

    [11] Exemple emprunté à Causeur https://www.causeur.fr/ecriture-inclusive-orthographe-sexisme-147305

    [12] https://www.change.org/p/nous-ne-voulons-plus-que-le-masculin-l-emporte-sur-le-f%C3%A9minin

    [13] http://m.slate.fr/story/155300/patriarcat-steak-existe-pas 

    [14] https://www.yabiladi.com/forum/est-il-autorise-frapper-femme-islam-80-3043911.html ou encore https://francais.rt.com/international/21328-battre-femme-autorise-conseil-islamique

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  • Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel  

    Combattre les inégalités économiques est historiquement le programme de la gauche et la raison d’être du socialisme. C’est un sujet extrêmement sensible, notamment en France où on considère généralement que l’évolution historique doit permettre de diminuer les inégalités. Bien évidemment cela suppose de poser comme préalable que les inégalités ne sont pas naturelles et le résultat de la seule différence des talents individuels. Autrement dit, cela signifie que les inégalités de revenus sont d’abord une construction sociale. C’est aussi sur ce point précis que se situe la différence entre les économistes hétérodoxes et les économistes orthodoxes. 

    « Pourquoi y a-t-il des gens riches et des gens pauvres », sans se démonter, l’illustre professeur [Daniel Cohen] répond : « Si on avait posé la question il y a un siècle… la réponse aurait été simple, il y a des riches parce que les parents des riches étaient très riches… Aujourd’hui ce n’est plus exactement comme ça, les gens sont riches parce qu’ils gagnent beaucoup d’argent en travaillant »[1]

    Pour ces derniers, les lois naturelles du marché expriment justement le fait que ces inégalités sont parfaitement naturelles et le résultat du travail. Il est pourtant assez facile de montrer que ce postulat est complètement erroné :

     

    - d’une part parce que le poids de l’héritage s’est renforcé avec la baisse des droits de succession de partout dans le monde depuis une trentaine d’années, donc il est parfaitement odieux de dire comme Daniel Cohen que l’héritage compte moins ;

    - parce que de grosses fortunes se sont constituées par le biais des privatisations qui n’ont pu être réalisées avantageusement que par la corruption des Etats qui ont procédé à celles-ci, que ce soit en Russie, en France ou ailleurs ;

    - enfin parce qu’on sait bien que la hiérarchie des classes conditionne la reproduction sociale : un enfant d’une famille de la haute bourgeoisie a beaucoup plus de chance d’accéder à des hauts revenus qu’un enfant des classes pauvres. Non seulement parce que les enfants de la bourgeoisie peuvent accéder aux meilleures écoles, mais aussi parce qu’ils ont à leur portée un réseau de relations sociales qui fait qu’à niveau de diplôme égal un enfant de la bourgeoisie accède plus facilement à des bons emplois qu’un enfant de la classe ouvrière.

    Pour les économistes hétérodoxes, l’économie, fut-elle de marché ne peut pas fonctionner sans des institutions. Or ces institutions ne sont pas stables dans le temps. Elles dépendent d’un rapport de forces entre les classes sociales. Si celui-ci est favorable au capital, l’extraction de la plus-value sera facilitée, dans le cas contraire, elle sera plus difficile. Les institutions ce sont pour l’essentiel des lois qui déterminent ce qu’il est possible de faire en la matière : par exemple le montant des impôts sur le revenu ou sur le capital, de qu’il est interdit de produire ou d’importer, le droit du travail, bref le cadre dans lequel le marché peut exercer ses activités. C’est l’Etat qui va plus ou moins brider la rapacité de « l’homme aux écus » pour reprendre le vocabulaire de Marx[2]. 

    Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel 

    Sondage Louis Harris pour l’Humanité-dimanche, avril 2015 

    Les organisations internationales comme l’OCDE ou le FMI ont commencé à mettre en évidence les conséquences néfastes de la montée des inégalités. Voici ce qu’écrivent par exemple Prakash Loungani et Jonathan D. Ostry : 

    En résumé, les travaux du FMI ont beaucoup apporté à l’étude des inégalités.

    • Concernant les causes, la conclusion selon laquelle les politiques économiques sont un facteur important d’inégalités signifie que les autorités peuvent prendre des mesures pour réduire les inégalités lorsqu’elles sont jugées excessives ;

    • S’agissant des conséquences, il apparaît que les inégalités ont un coût économique direct en termes de croissance moins durable ; les travaux sur les inégalités appartiennent donc à la mission principale du FMI ;

    • Pour ce qui est des remèdes, l’élaboration des politiques devrait tenir compte des effets sur la répartition des revenus. Cela est de plus en plus le cas dans les conseils que le FMI prodigue à ses membres.

    Lire aussi la récente déclaration du FMI sur l’intégration des inégalités dans les activités du FMI.[3]

     Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel 

    Une équipe de chercheurs, Thomas Piketty, Gabriel Zucman, Lucas Chancel, Emmanuel Saez et Facundo Alvaredo, vient de sortir un rapport qui fait grand bruit, mais qui pourtant s’inscrit maintenant dans la lignée d’un grand nombre de travaux qui pointent les inconvénients majeurs de cette montée radicale des inégalités. Tous les journaux en ont parlé, du Monde à Challenges, en passant par Libération. Ce rapport est accessible sur le site dédié suivant : http://wir2018.wid.world/, mais pour une version papier vous pouvez aussi l’acheter pour 25€. Il faut évidemment lire ce rapport et ne pas se contenter des raccourcis que la presse en donne. Sur le site on trouve deux versions, l’une en français qui est un résumé de 20 pages et l’autre en anglais qui est le rapport complet de 300 pages. Ce travail très important est dans la continuité des travaux de Piketty sur les inégalités et donc de son livre Le capital au XXIème siècle[4]. J’avais rendu compte de cet ouvrage pour en souligner l’intérêt mais pour aussi en pointer les limites[5]. Les remarques à propos du Rapport sur les inégalités mondiales 2018, suivront la même voie : si le travail de collecte et d’analyse est sérieux et solide, l’approche théorique est plutôt lacunaire et manque de colonne vertébrale. Or c’est bien des causes de la montée des inégalités que dépendent les solutions avancées, et comme toujours c’est sur ce point que Piketty pèche. 

    Les avancées du rapport 

    Tout d’abord le grand intérêt de ce rapport est de mettre en perspective le développement des inégalités dans le monde entier : ce n’est pas une spécificité des Etats-Unis, ou de l’Europe, c’est le monde entier qui est entrée dans cette spirale infernale qui entraine le système à sa perte. Il faut s’interroger sur la convergence d’un modèle qui fonctionne à l’inverse de ce qui avait été construit entre 1932 et 1975. Cette hausse continue de la part de la richesse prélevée année après année sur la production en général, alors que dans la période précédente cette part avait été stabilisée, voire même avait baissé, montre que nous ne sommes plus dans le même système. Il y a une véritable rupture. Evidemment cette rupture n’a pu être réalisée que parce que les règles du jeu ont été modifiées par le personnel politique qui est passé avec armes et bagages dans le camp du capital. Il a donc bien fallu que quelque chose se passe pour qu’on en arrive là. Le rapport ne fournit pas d’explication, mais nous on peut se rapporter à ce que disait Naomi Klein dans La stratégie du choc : les forces de l’argent on investit massivement le secteur de la culture au sens large du terme. Notamment les universités qui enseignent l’économie[6]. Ce sont en effet « ces intellectuels organiques », vendus au capital, qui ont été les vecteurs de cette transformation mentale. 

    Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel 

    Le second intérêt est de monter que la montée des inégalités s’accompagne naturellement de l’abaissement du patrimoine public dans tous les pays du monde. Ce déséquilibre – ou se pillage si on veut – a été réalisé à coups de privatisations, le plus souvent à très bon compte pour les amis des hommes politiques qui renvoient ainsi l’ascenseur à ceux qui les ont aidés. Ce déclin continue du capital public prive l’Etat de ses moyens d’intervention dans tous les domaines, mais cela signifie aussi qu’on assiste à une privatisation rampante de l’Etat, il ne faut plus parler de recul de l’Etat, mais de privatisation de l’Etat[7], c’est-à-dire que tous les leviers de la puissance publique, passent peu à peu aux mains d’intérêts privés. L’endettement des Etats est aussi une arme redoutable pour déposséder les citoyens de ce qui est leur bien. La privatisation des monopoles naturels en est le résultat, que soit celui de la monnaie, de l’eau, de l’énergie ou des réseaux, cette privatisation contribue à l’accroissement des inégalités, c’est en effet sur ces monopoles que les profits sont les plus élevés, sur les réseaux autoroutiers, ou dans le secteur bancaire.

    Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel 

    Le troisième point important est que si les inégalités de revenus ont augmenté de partout, et si elles convergent, on constate qu’elles ne sont pas de même intensité de partout. Le facteur culturel joue un rôle important. Ainsi, au Moyen-Orient elles sont très élevées parce que la religion islamique encourage et justifie ces inégalités. De même aux Etats-Unis, société multiculturelle, c’est la religion du profit qui justifie ces inégalités. Quand on voit le triste état des pays comme le Brésil ou l’Inde, où les inégalités sont très élevées, on comprend que les inégalités renforcent le caractère peu démocratique de ces pays. La Russie et la Chine s’en tirent mieux, non parce que ce sont des pays démocratiques, mais parce qu’ils sont partis dans la course aux inégalités, un peu plus tard, après avoir détruit les formes collectives de la propriété.

     Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel 

    Le rapport butte sur la mondialisation qu’il ne comprend pas 

    L’insatisfaction de ce rapport tient d’abord au fait qu’il ne prend pas compte de la mondialisation, ou plutôt qu’il minimise l’importance de ce phénomène. Voici ce que dit Gabriel Zucman qui a participé à l’élaboration du rapport, dans une réponse à des internaute sur le site du Monde : 

    Gabriel Zucman : La mondialisation et l’explosion du commerce international ont sans doute joué un rôle dans la hausse des inégalités, mais sans doute secondaire. Ce qui compte bien plus, c’est l’évolution des politiques publiques — en particulier fiscales. Aux Etats-Unis, où les inégalités ont le plus augmenté, il y a eu une forte baisse de la progressivité du système fiscal, du pouvoir des syndicats, du salaire minimum ; l’accès à l’enseignement supérieur y est très inégalitaire. Les pays européens, qui sont tout autant que les Etats-Unis (voire même plus) exposés à la mondialisation, ont connu une augmentation bien moindre des inégalités, car les changements de politiques publiques y ont été moins extrêmes.

    C’est une erreur décisive et un aveuglement complet qui provient sans doute d’un blocage mental qui fait refuser aux économistes l’idée de récuser la mondialisation et ne la regarder que comme une sorte de phénomène naturel. Expliquons pourquoi. La mondialisation est en effet l’unification du marché mondial. Or cet outil puissant met en concurrence à la fois les travailleurs entre eux, ce qui mécaniquement fait baisser la part des salaires dans la valeur ajoutée, et c’est bien là que se trouve la mécanique de l’accroissement des inégalités de revenus. Ce mouvement permet principalement de faire baisser les salaires au nom de la sacro-sainte concurrence, et de faire exploser les profits. C’est ce qu’on voit dans le graphique ci-dessous qui résume le cas français, mais qui pourrait s’appliquer à tous les autres pays du monde. 

    Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel 

    On ne peut pas dire d’un côté que la montée des inégalités est le résultat d’une modification du partage de la valeur ajoutée en faveur du capital, et de l’autre nier que la mondialisation joue un rôle décisif dans ce processus. La mondialisation ce sont concrètement des délocalisations, une grande modération salariale, des réformes continues du droit du travail toujours revisité à la baisse. Dans le graphique ci-dessous qui concerne la France, mais qui est semblable dans tous les pays développés, nous voyons que tandis que la productivité du travail continue d’augmenter, les salaires évoluent moins vite que celle-ci dans les pays développés. Ce qui veut dire que la mécanique qui fait que les inégalités augmente se trouve d’abord dans la capture des gains de productivité du travail par le capital. Il n’y a aucune raison théorique pour que le capital s’accapare la majeure partie des gains de productivité du travail En vérité ce mouvement est visible à partir du milieu des années soixante-dix. Ce sont les politiques d’austérité – suivant les bons vieux préceptes erronés de la théorie monétariste – qui ont provoqué manu militari ce renversement[8]. La spoliation a été organisée de façon violente, en s’appuyant à la fois sur la police et l’armée, sur les institutions internationales, mais aussi sur une armée d’économistes qui étaient payés pour fournir le discours adéquat à cette spoliation.

    Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel 

    Pendant un temps des économistes semi-critiques comme Joseph Stiglitz, se sont appliqués à nous dire que si les salaires baissaient dans les pays développés, la mondialisation permettait tout de même de stimuler la croissance dans les pays en voie de développement. Mais cette idée est erronée. Comme le montre le graphique ci-dessous la Chine voit maintenant les salaires de ses ouvriers diminuer relativement. Cet effondrement de la part relative des salaires dans la valeur ajoutée, si elle permet l’émergence d’une classe importante de milliardaires, entraîne forcément le blocage de la croissance selon le bon vieux cercle vicieux selon lequel : 

    Les profits extravagants d’aujourd’hui font la folle spéculation de demain et les crises financières d’après-demain[9].

    Tout simplement parce que l’explosion des inégalités entraîne parallèlement la stagnation ou la baisse de la demande et donc dissuade les riches d’investir ailleurs que dans la spéculation.

    Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel 

    L’autre aspect de la mondialisation qui pèse sur les inégalités est l’immigration massive. Non seulement l’immigration massive amène sur le marché du travail des pays développés une main d’œuvre surabondante qui augmente le volant de main d’œuvre excédentaire qui pèse sur les salaires[10], mais elle accroit aussi l’hétérogénéité des populations. Or cette hétérogénéité ethnique bloque le développement d’un Etat-Providence, et donc l’augmentation des transferts sociaux en faveur des plus démunis. C’est ce qu’ont montré les travaux d’Alberto Alesina et Edward Glaeser et c’est qui explique pourquoi les Etats-Unis sont tendanciellement moins généreux avec leurs pauvres[11]. Il y a aux Etats-Unis une préférence pour un système d’entraide centré sur sa communauté. 

    Les solutions avancées et leur critique 

    Les solutions avancées par ce rapport sont impropres et insipides, elles ne nous plaisent pas, mais elles ressortent d’un mauvais diagnostic. Les auteurs sont partisans d’un impôt progressif sur le revenu. C’est en effet une excellente solution puisque les taux marginaux ont fortement baissé et que cette baisse a été compensé par une montée en puissance des impôts indirects qui sont d’abord des impôts sur les pauvres et les classes moyennes inférieures. Cette mesure intervenant après les prises de bénéfices, elle peut être appliquée tout de suite. Sauf que l’oligarchie n’est pas d’accord et qu’elle met en avant pour justifier son désaccord le fait que les systèmes fiscaux des différentes nations sont en concurrence, et donc que cette mesure ne peut être efficace que si on en revient à un contrôle effectif des mouvements de capitaux, autrement dit qu’on sort de la mondialisation. Dans un système relativement fermé, il serait même possible de mettre en place un impôt unique sur le capital comme le préconisaient Quesnay, Walras ou Maurice Allais. 

    Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel

    Le rapport suggère ensuite la création d’un registre mondial des titres financiers car cela permettrait de tracer l’évasion fiscale et donc de lutter contre. On sait en effet que l’évasion fiscale plombe les finances des Etats et par suite accroit les inégalités : plus on est riche plus on peut jouer sur les possibilités de l’évasion fiscale. Cette solution nous parait doublement compliquée : d’une part parce qu’on ne voit pas quelle agence, quelle bureaucratie ferait ce travail, sous quel contrôle ? Et d’autre part parce que cela ne s’attaquerait pas aux causes des inégalités, mais seulement à une partie de ses conséquences.

    La troisième piste nous parait encore plus à côté du sujet. Il s’agirait d’augmenter l’égalité des chances dans l’accès à l’éducation. C’est ce qu’on avance quand on ne sait pas quoi dire. La croissance est faible ? Augmentons l’accès au savoir ! les inégalités explosent ? Démocratisons l’école ! C’est de la paresse intellectuelle, on dirait du Macron dans le texte. C’est faux parce qu’on suppose comme il y a des inégalités évidentes de revenu entre les moins diplômés et les plus diplômés, alors si tout le monde était diplômé, tout le monde aurait le même salaire ! C’est confondre l’analyse micro-économique et l’analyse macro-économique, puisqu’il tombe sous le sens que l’économie ne pourrait pas créer suffisamment d’emplois pour cette masse de diplômés. Et d’ailleurs on voit bien aujourd’hui que les diplômes élevés se décottent aussi justement à cause de la loi de l’offre et de la demande. En outre il est évident que dans la quête d’un emploi bien rémunéré, à diplôme égal, c’est le réseau social qui est déterminant, et en particulier celui de la famille.

     

    A côté de ces timides résolutions qui sont bien faites pour ne fâcher personne, on peut en suggérer d’autres plus pertinentes et plus radicales :

    - d’abord sortir de la mondialisation et restaurer la puissance de l’Etat national sous un contrôle démocratique. Cela permettrait de mener à bien un contrôle des mouvements de capitaux et par suite une réforme fiscale de grande ampleur qui diminuerait radicalement l’impôt indirect et augmenterait l’impôt sur le revenu ;

    - ensuite nationaliser les monopoles naturels qui sont une source de captation de la valeur qui alimente les inégalités, on voit cela dans le domaine des réseaux, l’eau, l’énergie et les autoroutes, mais aussi dans le domaine de la monnaie, il faut renationaliser la Banque de France et le crédit ;

    - mettre en place une politique industrielle et agricole qui favorise les produits locaux et la préservation de l’environnement. Par exemple si l’agriculture passait intégralement en bio, on créerait entre 600 000 et 2 millions d’emplois en très peu de temps[12]. Et nous savons bien que le plein emploi est la meilleure arme pour lutter contre les inégalités.

    - enfin on pourrait dans un premier temps augmenter le SMIC. C’est un aspect que ne discute pas le rapport. Il est pourtant amplement démontré que les augmentations du salaire minimum contribuent à faire baisser les inégalités de revenus, d’une part parce qu’il empêche les salaires des moins qualifiés en dessous d’un certain seuil, et d’autre part parce que les conventions collectives sont très souvent indexées sur le salaire minimum, ce qui tire globalement les bas salaires vers le haut. En vérité bien que seulement 12% des salariés soient payés au SMIC, une hausse du SMIC concerne un pourcentage bien plus élevé[13]. Cette mesure est d’autant plus justifiée que les salaires ont lourdement dérivés par rapport aux gains de productivité du travail. 


    [1] Cité par Bernard Rothé et Gérard Mordillat dans Il n’y a pas d’alternative, trente ans de propagande économique, Le seuil, 2011.

    [2] C’est Marx qui a montré le premier d’une manière approfondi pourquoi le marché n’était pas une réalité naturelle. Avant lui d’autres économistes avaient énoncé ce phénomène, par exemple les mercantilistes français, ou James Steuart qui considéraient que l’économie devait se comprendre dans son changement, c’est-à-dire d’un point de vue historique. Ce sont les économistes anglais, et plus particulièrement Ricardo qui ont essayé de donner du corps à l’idée des lois naturelles en la matière.

    [3] http://www.imf.org/external/french/np/blog/2017/022217f.htm

    [4] Le seuil, 2013

    [5] http://in-girum-imus.blogg.org/thomas-piketty-le-capital-au-xxie-siecle-le-seuil-2013-a117198148

    [6] Actes Sud, 2007.

    [7] James Galbraith, L’Etat prédateur, Le seuil, 2009.

    [8] Il faut rappeler que cette grande modération a été imposé de force, de façon bien peu démocratique dans des pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne.

    [9] Ce qui est l’inverse du théorème de Schmit selon lequel les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain, et les emplois d’après-demain. L’histoire de ces quarante dernières années a montré que ce théorème était contrefactuel.

    [10] Pour Marx le système capitaliste ne peut se perpétuer qu’en s’élargissant, et pour cela il a besoin d’une main d’œuvre qu’il fait venir des campagnes ou de l’étranger pour faire remonter le taux de profit. Les auteurs du rapport ne semblent pas avoir lu cet auteur. Cf. Le capital, Livre III, in, Economie tome 2, La Pléiade, Gallimard, 1968, p. 1020.

    [11] Fighting poverty in the US and Europe, Oxford University Press, 2006. Alesina et Glaeser ont annoncé il y a plus de dix ans maintenant la fin du modèle français d’Etat-providence, justement au motif que la population immigrée est la première à en profiter et donc que les classes moyennes refusent cela, préférant voir le système détruit. C’est ce qui semble se passer avec l’élection de Macron.

    [12] https://reporterre.net/Chomage-On-peut-creer-600-000-emplois-dans-l-agriculture Dans cet article, les auteurs raisonnent en économie ouverte dans un cadre européen non réformé. Mais on peu facilement tripler ce chiffre si parallèlement on bannit des importations tout ce que nous pouvons produire nous même.

    [13] https://www.inegalites.fr/Salaries-au-Smic-portrait-d-une-France-populaire

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  •   L’homme moderne est sans racine

    Le processus d’islamisation de l’Europe est maintenant visible, presque quantifiable, il ne se concentre pas sur quelques quartiers. Il engendre un conflit larvé, parfois violent, entre les autochtones et les immigrés. Mais pour les deux parties, le problème est le même : c’est le déracinement. Par nature les immigrés sont coupés de leurs racines, de leur histoire. La conséquence est qu’ils reconstruisent une histoire mythique et imaginaire. C’est pourquoi il est important pour les Algériens de revenir sans cesse sur la colonisation française. La volonté de recréer une histoire pour les immigrés est de renier le drapeau de leur pays d’accueil, en le brulant ou en exhibant de manière arrogante le drapeau de leur pays d’origine. Ils refusent d’insérer leur propre histoire dans celle du pays dont ils aspirent à la nationalité. Dans ce contexte l’Islam est un marqueur qui justement remplace l’histoire et comble le manque de culture de ces populations nomades. Il sert de référent culturel plus ou moins diffus, un référent qui ne demande aucune connaissance et aucun approfondissement. C’est bien pourquoi les énoncés des préceptes de l’Islam par des imams plus ou moins analphabètes ont du succès auprès d’une jeunesse sans mémoire et sans instruction. Une des manières de reconstruire une identité pour ces peuples en déshérence, c’est à travers une glorification de l’Islam de rejeter le système éducatif occidental. D’une manière agressive on critiquera l’histoire – au point qu’on se demande aujourd’hui si cette matière va pouvoir continuer à être enseignée dans les collèges de banlieue, mais aussi on exigera que les cantines offrent des repas compatibles avec une religion plus ou moins fantasmée. Alors qu’il y a encore quelques décennies, les immigrés calquaient leur trajectoire sociale sur celles des Français, ils sont aujourd’hui dans la situation de faire sécession d’avec la France. C’est un tournant historique qui a été jusqu’ici négligé et qui modifie les perspectives politiques, économiques et sociales à moyen et long terme.  Cette réinvention d’une histoire importée en France – ou dans n’importe quel pays européen – est la conséquence du déracinement. Elle est de fait la conséquence de la négation d’une conception holiste du lien social par la marchandise.

    Mais le déracinement ne touche pas les seuls immigrés. Les autochtones le subissent aussi et il ébranle la réalité française multiséculaire en faisant dévier le pays de sa trajectoire historique. Les ouvriers, les paysans, les petits employés, sentent bien que cette islamisation rapide de l’Europe détruit leurs racines et leur passé tout aussi bien que les raisons de leurs luttes. Le développement du communautarisme c’est aussi cela : éradiquer l’histoire des peuples en les empêchant de s’en réapproprier le contenu. Et c’est bien en cela que l’immigration est le complément naturel et indispensable du développement de la marchandisation du monde, l’islam n’en est qu’un aspect particulier et peut-être passager. Il est la conséquence de l’individualisation exacerbée produite par ce mouvement. On peut le voir aussi comme un refus de l’isolement. Mais cette forme de négation ne conduit pas à l’émancipation, elle en est l’exact inverse. Elle est donc d’emblée le refus de l’histoire pour les immigrés comme pour les autochtones qui connaissent un peu la leur et s’en sentent dépouillé. Car en se repliant sur une religion rétrograde, ils reproduisent à une échelle élargie la séparation. 

    « Ainsi la bourgeoisie a fait connaître et a imposé à la société un temps historique irréversible, mais lui en refuse l’usage. « Il y a eu de l’histoire, mais il n’y en a plus », parce que la classe des possesseurs de l’économie, qui ne peut pas rompre avec l’histoire économique, doit aussi refouler comme une menace immédiate tout autre emploi irrév

    ersible du temps ». Guy Debord, La société du spectacle, thèse 143. 

     

     L’homme moderne est sans racine 

    Mantes-la-Jolie, 1966, photo Robert Doisneau

     L’homme moderne est sans racine 

    Mantes-la-Jolie aujourd’hui 

    Ainsi si l’islamisation de l’Europe répond partiellement à l’attente des immigrés de produire des racines imaginaires dans une fausse conscience historique, elle produit aussi le déracinement matériel autant que spirituel des autochtones en même temps que leur colère. Le lieu de vie de leurs parents, celui où ils sont nés et où ils ont grandi, a été transformé au point de ne plus reconnaître des repères et des limites à l’espace social. Le PIR (Parti des Indigènes de la République) a très bien compris cette fonction d’éradication des mémoires et en joue parfaitement rejoignant les lubies de Jacques Attali sur le nomadisme sans fin comme morne critère de modernité. En ce désignant comme des indigènes, les membres de cette mouvance s’arrogent le droit de mettre à la porte de leur propre pays les autochtones dans un futur qu’ils pensent plus ou moins proche. Le tout étant couvert d’une vague logorrhée culpabilisante pour les crimes que les occidentaux auraient commis il y a des siècles.  

    Il fut un temps, vers la fin des années soixante, et jusqu’au milieu des années soixante-dix, où l’on marquait notre volonté de révolte par une réappropriation de l’histoire, en la regardant du côté populaire, de la Révolution française aux révolutions socialistes du XXème siècle en passant par la Commune de Paris. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La mondialisation a aussi réussi à détruire la mémoire des peuples, et la place qui est faite à la susceptibilité musulmane en Europe dans les institutions, comme dans les nouvelles formes d’enseigner l’histoire, contribue à cette éradication. L’acceptation du communautarisme et donc essentiellement de l’islamisation de la France, c’est aussi la destruction de la culture populaire. Cette dimension est peut-être encore plus importante pour comprendre pourquoi les ouvriers votent aujourd’hui massivement pour le Front National et se sont écartés du PCF. Car il faut bien le dire, contrairement à ce qu’affirme des penseurs petit-bourgeois comme Alain Badiou ou les frères Fassin et quelques autres, le développement communautariste qui passe par la lutte contre une islamophobie imaginaire autant que fantasmée, empêche la jonction des prolétaires d’origine immigrée et ceux d’origine autochtones. Tous les sondages le montrent, les peuples européens sont opposés à l’immigration massive, mais le bloc bourgeois qui va des bureaucrates de Bruxelles aux faux révolutionnaires du NPA, du PIR ou à la Badiou qui en font forcément partie, en ce sens qu’ils militent pour la séparation et l’individualisme portés par le système de la marchandise. Et plus encore ils dénient au peuple le droit de penser et de refuser son propre déracinement. Au niveau électoral, c’est la séparation des « intellectuels organiques » des classes populaires empêche l’émergence d’une gauche de gouvernement. 

    « C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. » Guy Debord, La société du specta

    cle, thèse 30. 

     

    L’homme moderne est sans racine

    Commerces en centre-ville dans la France périphérique 

    Christophe Guilluy a montré de manière assez convaincante par quelle mécanique les classes populaires, appauvries et sans appui sont rejetées à la périphérie, son ouvrage a été applaudi[1]. On a moins fait attention qu’il montrait aussi comment les immigrés, plus proches des grandes métropoles arrivaient à se saisir des opportunités d’une discrimination positive de laquelle les prolétaires autochtones sont exclus. Mais le pire n’est pas dans ce constat amer, car dans la logique mondialiste et l’exacerbation de la division internationale du travail, ce résultat est attendu. En vérité ce qui est nouveau c’est que ces prolétaires autochtones sont aussi privés de la parole. Aucun parti, aucun intellectuel – à quelques exceptions près – ne parle pour eux. Le bloc bourgeois préfère mettre en avant la lutte contre l’islamophobie, alors même que les actes anti-musulmans sont bien moins nombreux et moins sanglants que les actes antisémites, et que le principal des actes antisémites provient directement de la communauté musulmane. Considérés comme une population sans avenir, le bloc bourgeois préfère encourager l’immigration d’une manière ou d’une autre. Cet aveuglement est très bien représenté par les dérives et le lent suicide du P « S ». Cornaqué par Terra nova, ce parti s’est cru assez malin pour appuyer et revendiquer une islamisation rampante de la société. Il est aujourd’hui en voie de disparition[2]. En privant les pauvres autochtones de la parole, ces intellectuels en croisade contre la chimère d’une islamophobie ont posé que ce qu’ils disent de la société a plus de valeur que ce que les pauvres peuvent en dire. Georges Marchais qui venait de la classe ouvrière, avait bien compris cela il y a plus de trente ans. Mais la sphère médiatique s’est empressée de le dénigrer. Les gauchistes ont pris prétexte de son côté stalinien pour rejoindre le bloc bourgeois dans la promotion de l’immigration massive et de la mondialisation accélérée. Notons que la décomposition du PCF n’est pas une loi de la nature incontournable, mais c’est plutôt la conséquence d’une gentrification du parti qui a éloigné de ses instances dirigeantes les représentants de la classe ouvrière. Ce parti a pris le mauvais tournant à la suite de l’évolution du P « S », il est devenu en effet européiste – mettant en avant la fable d’une autre Europe, vieille rengaine de trente ans d’âge – et immigrationniste, avec son complément pro-palestinien. Peut être croyait il que ce virage lui ramènerait des troupes nouvelles, notamment les enfants de l’immigration. Mais comme le P « S », il s’est trompé lourdement, car plus il s’est porté au secours de l’Islam, et plus il a fait fuir les classes populaires sans rattraper de nouveaux électeurs. Car, comme on l’a dit, plus les formes de la vie sociale donne des droits au communautarisme, et plus celui-ci s’émancipe et se coupe des formes antérieures.  

    L’homme moderne est sans racine

     

     


    [1] La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014. La thèse de Guilluy a été critiquée évidemment par le think tank Telos, boutique pro-européenne proche de la sphère Macron et qui ne supporte pas qu’on mette en doute les bienfaits de la mondialisation et de l’Union européenne. https://www.telos-eu.com/fr/societe/christophe-guilluy-et-la-france-peripherique.html

    [2] https://www.marianne.net/politique/quand-la-gauche-dit-adieu-aux-ouvriers-et-employes

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  •  L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ?

    Avec un titre pareil, je suis à peu près certain de me faire critiquer par une partie de la gauche qui va m’identifier avec l’extrême-droite. En effet la gauche et l’extrême-gauche se refusent généralement de se saisir de ce genre de questionnement[1], elles ne veulent pas s’interroger sur les conséquences de l’immigration massive sur l’Europe et sur la France. Ça la gêne. Mais c’est aussi parce qu’elle refuse de voir que l’immigration pose un certain nombre de problèmes qu’elle reste et restera pour longtemps à l’écart du pouvoir : la gauche immigrationniste n’est pas populaire, elle est encore moins populaire que le Front national ! Mais que les intellectuels dits de gauche le veuillent ou non, des études de plus en plus sérieuses mettent en cause ce type de déni et incitent à la réflexion. Les faits sont têtus, on va le voir. Je ne suis pas le seul à gauche à me rendre compte de cette colonisation rampante. Par exemple, en 2016 Didier Daeninckx, auteur de romans policiers très engagés à l’extrême-gauche, s’inquiétait de ce qui se passait an Seine Saint-Denis[2]. Il ne faisait que reprendre en le précisant ce qu’avançait Thierry Jonquet, un autre auteur de polars très engagé à l’extrême-gauche, dans son excellent ouvrage Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte[3]. Ce dernier ouvrage avait engendré un beau tollé à l’époque parce qu’il parlait de l’antisémitisme ordinaire et intolérant des populations musulmanes qui vivent dans ce département. Thierry Jonquet avait été accusé par ses anciens camarades trotskistes de franchir la ligne et s’en aller vers les terres arides de la pensée lepéniste. 

     

    L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ? 

    Avoir pour but la vérité pratique 

    Ces jours derniers vient d’être publiée une étude du Pew Research Center sur la progression de la population musulmane en Europe[4]. L’idée est de partir d’une estimation de la population musulmane aujourd’hui, en fait 2016, et de construire des projections pour le futur en fonction justement des politiques que les Etats européens mettront en place ou non. Le Pew Research Center est un organisme américain très sérieux qui étudie non seulement la démographie, mais aussi l’évolution des opinions à l’aide de sondages. Ses travaux sont une référence internationale. Par exemple, un an et demi avant le Brexit, ce centre avait prévu à peu près exactement le résultat du vote, alors même que les instituts de sondage britanniques se laissaient aller à anticiper une victoire du Remain. Ses chercheurs se sont intéressés de longue date aux rapports entre les populations autochtones et les populations musulmanes en Europe, pointant avec constance les difficultés d’intégrations de celles-ci et leur rejet par l’opinion. Si cette analyse fait autant parler d’elle aujourd’hui, tous les journaux l’ont commentée, c’est parce que les organisations musulmanes apparaissent de plus en plus fortes et de plus en plus revendicatives, on l’a vu récemment avec l’affaire des prières de rue qui a secoué Clichy-la-Garenne[5]. Si de telles enquêtes se développent c’est bien parce que l’intégration des populations musulmanes pose des problèmes et que l’assimilation ne s’est pas réalisée. Je rappelle que dès 1981, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, avait déjà pointé cette question. On a beau tourner la question dans le sens qu’on veut, dans une lettre au recteur de la Mosquée de Paris, il avançait qu’il fallait stopper les migrations sans plus attendre[6]. C’était il y a plus de trente ans.  

    L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ?

    Pour bien comprendre ce qui va suivre, il faut partir du fait que le Pew Research Center se fonde sur une estimation plutôt basse en 2016 de l’importance des musulmans en Europe. Par exemple en 2010, soit 5 ans avant la grande vague migratoire de 2015, ses chercheurs estimaient le poids de la population musulmane en Allemagne à 4,1 millions, et aujourd’hui ils l’évaluent à un peu moins de 5 millions. Or depuis la grande vague de migration de 2015, il est assez clair que la population musulmane en Allemagne a augmenté d’au moins 1 million[7], et donc devrait être supérieure à 5 millions puisque cette population grossit non pas seulement avec l’immigration, mais aussi avec son taux de fécondité qui est beaucoup plus élevé que celui des autochtones[8]. 

     

    L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ? 

    Même remarque pour la France, le chiffre retenu de 5,7 millions semble sous-évalué. Il faut se souvenir que cette évaluation est un enjeu politique très important. Azouz Begag, ancien ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances, peu suspect de racisme ou d’islamophobie, estimait le nombre de musulmans entre 15 millions et 20 millions en France[9]. On trouve par ailleurs  un chiffre faible produit par l’Institut Montaigne, boutique ultra-libérale, émanation du capitalisme financier, qui a soutenu Fillon puis Macron pour la campagne présidentielle et qui considère que l’Europe et la France ont besoin de migrants pour à la fois faire baisser les salaires et financer les retraites. Michèle Tribalat, démographe spécialisée sur ces questions de migration a expliqué pourquoi le chiffre de l’Institut Montaigne ne tenait pas debout[10]. Mais l’Institut Montaigne a pour but de vendre le communautarisme aux Français et à ses représentants, sachant très bien que la poursuite de l’immigration divise, affaiblit le pouvoir des travailleurs et permet de consolider le pouvoir du patronat[11]. C’est encore l’Institut Turgot, autre boutique libérale qui minimise l’importance quantitative de la population musulmane, et donc les problèmes qu’elle peut engendrer, considérant que la population musulmane ne serait que de 20 millions dans toute l’Union européenne[12]. D’un autre côté, les chiffres les plus extravagants circulent aussi. Le site Résistance républicaine, site d’extrême-droite identitaire, estime que les musulmans représentent au moins 20 millions d’individus en France[13]. Ce qui ne nous parait pas plus sérieux. Evidemment si ces divergences alimentent les fantasmes et les discussions, c’est bien parce que la France est un des rares pays à refuser des enquêtes sur les origines ethniques de ses citoyens. Et donc ces sur-évaluations ou sous-évaluations ont des origines forcément partisanes. Dès lors que les bases de données sont disparates et multiples, les chercheurs se saisissent des chiffres qui les arrangent selon leur conviction. Aucun chercheur dans les sciences sociales n’échappe à ce tropisme.

    Sachant pertinemment que le sujet est sensible, il nous semble que les chiffres avancés par le Pew Research Center sont non seulement raisonnables, mais plutôt prudents et bien construits, ne cherchant pas à nier les difficultés qu’il peut y a         voir dans une telle entreprise. A partir de ces chiffres, les chercheurs de ce centre de recherches vont construire trois scénarios, chacun de ces scénarios étant conditionné par les réactions politiques des pays considérés. Le but est de tenter d’anticiper les transformations sociales que ces trajectoires démographiques engendreront nécessairement. Il est ridicule que le nier, l’accroissement du poids de la population musulmane dans la population totale en France comme dans toute l’Union européenne va transformer la société en profondeur, qu’on s’en réjouisse comme Macron, ou qu’on s’en effraye comme Renaud Camus. 

    Scénarios 

    Le premier scénario est celui d’une immigration basse. C’est-à-dire d’une immigration zéro en Europe. Même dans ces conditions qui ne sont pas aujourd’hui réunies, la population musulmane continuerait à croître, la France serait le pays où la proportion des musulmans deviendrait la plus forte. La raison essentielle est que le système des allocations familiales qui a été pensée en un temps pour que la France soit une nation forte, jeune et peuplée, est en train de se retourner conte elle. Le différentiel de taux de fécondité fait que les immigrés profitent beaucoup plus de celles-ci que les autochtones. Ce n’est un secret pour personne que les immigrants maghrébins sont passés par l’Espagne à une époque où il était facile d’obtenir la nationalité espagnole – sous Zapatero pour être plus précis – et qu’ensuite ils ont migré vers la France où ils savaient trouver un système social plus accueillant[14].  

    L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ?

    Le second scénario suppose que les migrations vont se poursuivre à un rythme élevé, celui qu’on a connu entre 2014 et 2016, jusqu’en 2050. Dans ce cas précis les pays les plus transformés seront les pays qui aujourd’hui semblent offrir pour les immigrés les meilleures perspectives d’emploi à moyen et long terme. Dans ce cas de figure, la population musulmane en Suède serait de 30,6% et de près de 20% en Allemagne. Evidemment une telle orientation démographique ne pourrait que donner raison à ceux qui parlent depuis des années de « grand remplacement ». Cette thèse du grand remplacement a été développée d’abord par Jean Raspail à travers un roman, Le camp des Saints[15], puis reprise par l’écrivain d’extrême droite le sulfureux Renaud Camus[16]. C’est également cette thèse qui explique les peurs des autochtones et la montée régulière du Front National élection après élection, mais aussi des partis dits « populistes » un peu partout en Europe. On sait que si Merkel se trouve dans une situation difficile pour former son futur gouvernement, c’est largement pour partie parce qu’elle a justifié une politique très libérale d’accueil des migrants.

    Le troisième scénario est un scénario intermédiaire. C’est sans doute le scénario le plus probable, non pas parce qu’il est moyen mais parce qu’il est le résultat de deux tendances contradictoires. D’un côté de plus en plus d’Etats européens restreignent les migrations parce que cette question est sensible électoralement, mais de l’autre les élites de Bruxelles et certaines ONG qui nient que l’immigration massive puisse poser des problèmes veulent poursuivre l’immigration massive. On a vu récemment Catherine Wollard, la présidente du CERE, fustiger les Européens qui ont l’outrecuidance de penser différemment d’elle[17]. Son discours tend à obliger les Etats nationaux à accepter l’obligation d’accueillir et de financer l’installation de nombreux migrants qu’elle assimile de manière malhonnête à des réfugiés. Son discours est intéressant parce qu’il est typique de la post-démocratie, elle suppose que les populations qui refusent les migrants sont composées d’imbéciles et qu’elle-même en tant qu’experte sait bien mieux que les autres ce qui est bon pour eux, consacrant une fois de plus la rupture entre le peuple et les élites autoproclamées. Ce serait comique si cette ONG n’avait pas autant de soutiens financiers, et si le discours de Catherine Wollard ne visait pas d’abord à renforcer son pouvoir et ses finances en s’imposant au-dessus du pouvoir politique élu.  

    L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ?

    Le plus généralement, la gauche et la droite affairiste et cosmopolite nient cette question et tendent à faire passer ceux qui parlent de grand remplacement pour des complotistes, des demeurés ou des fascistes. Mais les chiffres sont là, car il est évident qu’avoir une population musulmane dans le pays de 4% ou de 20% ce n’est pas la même chose et que le taux de fécondité plus élevé des musulmans transforme les équilibres entre les populations. Dans toute l’Europe les autochtones sont malheureusement inquiets de leur propre disparition programmée, disparition qui commence avec le rabaissement des cultures nationales. Les immigrés ne seraient qu’un simple problème économique que si ceux-ci s’intégraient et s’assimilaient. Ce qui n’est pas le cas. Michèle Tribalat a formalisé cela dans un ouvrage qui a débouché sur une polémique avec d’autres démographes comme Hervé Le Bras qui veulent à toute force croire que les immigrés de la seconde et de la troisième génération sont des Français ou des Européens comme les autres[18]. Mais c’est l’inverse qui se passe : au fur et à mesure que la population d’origine musulmane gonfle, elle a tendance à renforcer son communautarisme et à se séparer de la majorité.  

    L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ?

    L’islam fait peur, inquiète, c’est une réalité. Les faits divers sont suffisamment nombreux pour alimenter cette peur. On tente de masquer ce problème en s’interdisant par exemple de donner les noms des délinquants dans les journaux. Ou quand on parle des révoltes dans les banlieues, on fait comme si le caractère ethnique ne comptait pas. Dans le Déni des cultures, un ouvrage publié en 2010, le sociologue Hugues Lagrange (Le Seuil), se fondant sur une enquête menée dans des zones sensibles, pointait « la diversité des cultures » comme une cause majeure de cette surreprésentation des immigrés dans la délinquance, et notait sans ambages : « Les adolescents éduqués dans les familles du Sahel sont trois à quatre fois plus souvent impliqués comme auteurs de délits que les adolescents élevés dans des familles autochtones ; et ceux qui sont éduqués dans des familles maghrébines, deux fois plus. ». C’est sans doute aussi pour cela que l’immigration n’est pas très bien acceptée. Dans toute l’Europe c’est environ les deux tiers des citoyens qui veulent réduire les flux migratoires et qui considèrent que les musulmans ne veulent pas s’assimiler et qu’au contraire ils visent à modifier notre mode de vie en imposant des contraintes dont nous ne voulons pas. Par ailleurs, de nombreux intellectuels musulmans annoncent ouvertement que leur but est de coloniser l’Europe et de faire des pays qui la composent des pays musulmans à l’horizon de 2070. On peut lire sur le site forumislam.com de très nombreuses analyses qui parient que le taux de fécondité des femmes musulmanes va mécaniquement faire basculer l’Europe entière dans l’islamisation[19]. Ce projet n’est donc pas inconscient, il est réfléchi, même si tous les musulmans ne le partagent pas nécessairement. Il se présente clairement comme une stratégie de conquête et de colonisation, comme si la sur-délinquance des populations immigrées était un moyen d’intimidation pour obtenir des avantages qui feront avancer la cause de l’islamisation de l’Europe. 

    L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ? 

    Sondage Ipsos-Le Figaro, 15 septembre 2017 

    Il y a donc un double rejet et de l’immigration et de l’Islam. Les sondages montrent que les Français – mais c’est vrai aussi dans tout le reste de l’Europe – sont de plus en plus hostiles à l’Islam qu’ils voient comme une religion intolérante et destructrice. C’est du reste pour partie cette montée en puissance d’un sentiment anti-islamiste qui explique pourquoi la gauche est incapable d’avancer, alors même que la droite échoue sur toute la ligne. Pour autant la France n’est pas fasciste, ni même raciste. On voit bien que si Macron a été malencontreusement élu, il le doit d’abord à la crainte des Français de voir de nouveau le fascisme s’installer. Il existe sûrement des fascistes en France, mais ils sont très peu nombreux et sans doute en voie de disparition. La preuve ? Ils sont dans l’incapacité de faire des attentats contre des mosquées ou des ratonnades comme dans les années soixante-dix par exemple. S’il y a des attentats meurtriers en Europe, c’est d’abord au nom d’Allah qu’ils sont commis et certainement pas du Christ Roi. L’antisémitisme existe bel et bien, et en priorité l’antisémitisme musulman, mais l’islamophobie est un phénomène marginal. En faisant une péréquation avec la population – les Français d’origine juive, sont dix fois moins nombreux que les musulmans – les actes antisémites apparaissent comme 20 fois plus importants que les actes islamophobes.

    L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ? 

    Source ministère de l’intérieur 

    L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ?

    On constate aisément qu’entre l’opinion publique et les dirigeants européens il y a un divorce assez complet en ce qui concerne l’immigration et l’islamisation. C’est ce qui rend d’ailleurs les solutions très difficiles à appliquer. En effet, les populations autochtones ne se tournent pas massivement vers les partis politiques qui prônent des solutions radicales. Alors même que la théorie du Grand remplacement est validée dans les faits[20], il n’existe pas de force politique capable de contrer ce mouvement. L’immigration massive va être d’autant plus mal acceptée que l’offre d’emplois se restreint et se restreindra de plus en plus, à la fois sous l’effet de la désindustrialisation de la France comme des autres pays d’Europe, et de l’évolution technologique[21]. Il n’est donc pas certain que les peuples autochtones restent toujours aussi passifs.  

    Conséquences 

    Les conséquences de cette évolution démographique sont nombreuses :

    - d’abord on constate que les politiques d’intégration des immigrants ont échoué de partout en Europe. Il y a quelques années encore, on pouvait penser que les immigrés de seconde et de troisième génération deviendraient des Européens comme les autres. Ce n’est pas le cas. Au contraire, au fur et à mesure de leur installation en Europe, ils se replient sur leur communauté[22]. En vérité ce repli s’explique parce qu’à partir de lui, ils peuvent s’organiser et pour les plus dynamiques obtenir des avantages matériels importants, des places sur des listes électorales, des emplois municipaux, des financements pour leurs associations. Ils ont donc un intérêt bien réel, immédiat et matériel à mettre en avant leurs différences. Que seraient en effet la députée Danièle Obono ou Houria Boutelja, porte-parole du Parti des indigènes de la République (PIR) sans leurs revendications extravagantes, tout simplement elles n’existeraient pas dans l’espace médiatique. Les immigrés étant par nature des déracinés, il est naturel qu’ils essaient de se réinventer des racines, et l’Islam est une manière de s’affirmer dans un univers qui apparait comme incertain ; 

    - ensuite la politique européenne d’immigration n’existe pas. Et c’est logique puisque cette institution libérale croit que les lois du marché peuvent tout régler. Les institutions européennes font en permanence le grand écart entre leur volonté affichées de susciter encore plus de migrations vers l’Europe, et son inaction quant à la gestion pratiques des flux. Au mieux elle sermonne et menace[23], au pire elle laisse les pays comme l’Italie ou la Grèce se débrouiller face au chaos qu’entraîne les flux migratoires[24]. Cette politique de gribouille accroit la méfiance des peuples européens face aux institutions européennes, et cela pourrait accélérer la dislocation en marche de l’Union européenne, encore plus que les questions monétaires et économiques ;

    - enfin il semblerait que les Etats européens, en tant que nations, aient maintenant pris la mesure des désordres créés par l’immigration massive. Par exemple l’Allemagne, après la Suède, a commencé à changer de politique et à réduire ses capacités d’accueils des migrants[25]. La plupart des pays européens y viennent, sans se préoccuper de ce que pense et de ce qu’exige la Commission européenne. C’est cela qui nous fait dire que le scénario médian du Pew Research Center est le plus probable. Mais cela ne suffira pas à endiguer le chaos. Il faudra bien comprendre que l’immigration, et par suite l’islamisation de l’Europe, est juste une autre face de la mondialisation. Et donc il faudra bien poser un jour la question de la nation et de la laïcité. 

     


    [1] Il y a cependant un gauche et même une extrême gauche qui, à l’opposé de Badiou et consort, a pris conscience des problèmes engendrés par l’Islam sur notre territoire. http://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/

    [2] https://www.marianne.net/societe/didier-daeninckx-lislamisme-saint-denis-une-realite-niee-et-evitee-du-regard

    [3] Le seuil, 2006.

    [4] http://www.pewforum.org/2017/11/29/europes-growing-muslim-population/pf_11-29-17_muslims-update-20/

    [5] http://in-girum-imus.blogg.org/prieres-de-rue-a-clichy-et-ailleurs-a132661642

    [6] http://www.reveilcommuniste.fr/2016/05/la-vraie-lettre-de-georges-marchais-au-recteur-de-la-mosquee-de-paris-en-1981.html

    [7] Pour 2015, on parlait même de 1,5 millions. https://www.courrierinternational.com/article/migrants-15-million-de-refugies-en-2015-lallemagne-depasse-les-limites

    [8] Nous utilisons ce terme pour marquer l’opposition qu’il peut y avoir entre les Européens ayant acquis une nationalité européenne alors que leurs ancêtres sont d’origine immigrée, et les Européens dont les ancêtres sont nés en Europe. En vérité cette distinction oppose les blancs aux « minorités visibles ».

    [9] https://lesobservateurs.ch/2016/08/03/15-a-20-millions-de-musulmans-france/

    [10] http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-estimation-nombre-musulmans-en-france-realisee-institut-montaigne-est-tres-eloignee-realite-michele-tribalat-2825198.html/page/0/1

    [11] http://www.institutmontaigne.org/publications/un-islam-francais-est-possible

    [12] http://blog.turgot.org/index.php?post/Fantasmes-sur-la-f%C3%A9condit%C3%A9-musulmane

    [13] http://resistancerepublicaine.eu/2016/08/12/il-y-a-en-france-environ-20-millions-de-musulmans-un-tiers-de-notre-population/

    [14] Christopher Caldwell, Une révolution sous nos yeux - Comment l'Islam va transformer la France et l'Europe, Du Toucan, 2011.

    [15] Robert Laffont, 1973.

    [16] Le grand remplacement, chez l’auteur, 2011.

    [17] https://www.euractiv.fr/section/migrations/interview/ecre-head-asylum-management-needs-compliance-not-new-laws/

    [18] Assimilation : la fin du modèle français, Le Toucan, 2013

    [19] https://forumislam.com/forum_musulman_mariage/archive/index.php/t-58124.html

    [20] https://www.causeur.fr/insee-immigration-grand-remplacement-140347

    [21] Automatisation, numérisation et emploi, Rapport du COE, janvier 2017.

    [22] Christopher Caldwell, op. cit.

    [23] https://www.euractiv.fr/section/migrations/news/hungary-we-face-a-delicate-mix-of-witch-hunt-and-short-trial/

    [24] http://www.lemonde.fr/europe/video/2017/09/26/migrants-l-europe-n-a-pas-ete-solidaire-de-l-italie-et-de-la-grece_5191851_3214.html

    [25] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/elections-en-allemagne/l-allemagne-baisse-drastiquement-le-nombre-de-migrants-accueillis_2412453.html

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  •  La Caligula de Washington a encore frappé

    Pour un non-événement, c’est un non-événement ! Donald Trump l’ubuesque président des Etats-Unis – j’aurais pu dire le Père Ubu de Washington – vient de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël. Comme cela ne change rien dans les faits, puisque c’est déjà le cas, on peut se poser deux questions :

    - Pourquoi fait-il cela ?

    - Pourquoi les musulmans du monde entier font semblant de s’offusquer de cette décision qui ne change strictement rien à la situation concrète des Palestiniens ?

    Il n’est pas très simple de répondre à la première question[1]. Pour les commentateurs hâtifs, il sera de bon ton de souligner un axe du mal représenté par Israël et les Etats-Unis. Soit en disant que Trump et donc l’Amérique se trouvent sous l’influence du lobby sioniste, ce qui contentera les gauchistes et les néo-nazis, soit en disant que Trump veut contrôler le Moyen Orient en contrôlant Israël et les pays pétroliers alentours. Certains ont aussi émis l’hypothèse que Trump était lui-même sous l’influence des Evangélistes qui soutiennent Israël et qui sont encore plus sionistes que les Juifs. Mais cette hypothèse semble ténue, tant il apparait que les Evangélistes se sont éloignés de Trump depuis son élection[2]. Mais sa cote de confiance est presqu’aussi basse que celle de Macron dans toutes les fractions de l’électorat américain. En tous les cas, il est à peu près certain que ce geste désordonné n’a pas été demandé par Israël, ni par le lobby juif américain.

    On pourrait dire que Trump est fou et puis s’arrêter là et dire qu’il fait n’importe quoi, sans trop savoir. Mais, bien que de nombreux spécialistes cautionnent cette idée[3], cela ne me parait pas suffisant. Trump est entouré de conseillers, notamment de conseillers militaires. Il n’a pas pris cette décision à la légère. Cette posture de Trump qui ne change absolument rien sur le fond est une tentative pour les Etats-Unis de revenir dans le jeu au Moyen-Orient. En effet la guerre en Syrie, puis l’éradication de Daech s’est réalisée en dehors de l’intervention américaine. Autrement dit, il s’est mis en place au Moyen-Orient un axe puissant : Arabie Saoudite-Israël-Russie qui est en train de mettre en place un nouvel ordre. En intervenant bruyamment Trump rappelle qu’il peut mettre la merde à tout moment et qu’il faut encore compter avec les Etats-Unis.

    Tout le monde sait bien que les musulmans vont démarrer au quart de tour. Ils ne vont pas manifester seulement en Israël et dans les Territoire palestiniens, ils vont le faire dans le monde entier. Ainsi dans un pays très sensible comme la Suède, les musulmans ont commencé à s’attaquer à la synagogue de Göteborg et à Malmö les manifestants ont scandé des slogans antisémites et des menaces de mort contre les Juifs[4]. On n’est plus dans la distinction entre l’antisionisme et l’antisémitisme comme veulent le faire croire les bien-pensants, on est clairement dans l’idée de chasser les juifs de partout où ils se trouvent.

    Ces réactions étaient très prévisibles. Et l’administration américaine le savait très bien. Curieusement c’est dans les Territoires palestiniens que la mobilisation reste assez faible, sans doute parce que pour les Palestiniens, que l’ambassade des Etats-Unis soit à Tel Aviv ou à Jérusalem, cela ne change rien. Cependant, Trump en agissant ainsi met l’Europe dans l’embarras, comme il met dans l’embarras l’Arabie saoudite qui tente de se rapprocher depuis plusieurs années d’Israël pour contrer l’expansionnisme iranien. Or on sait que l’Arabie saoudite n’est pas seulement en opposition frontale avec l’Iran ; elle l’est aussi avec le Qatar. Au sein de la Ligue arabe, Trump torpille sa position. Il est en effet impossible dans cette situation pour l’Arabie saoudite de continuer à se rapprocher d’Israël. 

    La Caligula de Washington a encore frappé 

    Tout va dépendre maintenant de la mobilisation des Palestiniens, mais aussi des musulmans dans le monde. Pour l’instant les Territoires palestiniens sont relativement calmes, malgré quelques heurts violents à Jérusalem et en Cisjordanie[5]. Le Hamas a appelé à une nouvelle Intifada, mais la population n’a pour l’instant pas suivi. La situation est plus confuse en Europe, où les dirigeants craignent des démonstrations de force des musulmans. Ils pourraient profiter de l’aubaine pour continuer à se rassembler dans leur hostilité à l’Occident, n’importe quel prétexte leur sert en ce sens, notamment celui de la cause palestinienne qui permet d’obtenir le soutien des organisations gauchistes. Mais en intervenant Trump va se couper un peu plus des Européens dont la frilosité sur ces questions moyen-orientales n’est plus à démontrer. Dimanche Macron a reçu Netanyahou à Paris. Il a répété les sempiternels propos lénifiants, sur la nécessité d’arrêter la colonisation, de faire « un geste généreux » vers les Palestiniens, bref il n’avait rien à dire. Netanyahou prétend que se sont les Palestiniens qui ne veulent pas négocier[6]. Il est possible que dans cette situation Macron pense qu’il peut supplanter les Etats-Unis comme médiateur dans le conflit israélo-palestinien, si c’est le cas, il se trompe lourdement. En effet, les Européens n’ont plus aucun crédit auprès d’Israël, et si les Américains depuis les frasques de Trump sont détestés par les Palestiniens, il est clair que ce sont encore eux qui ont les clés des négociations, tout simplement parce que si la solution des deux Etats devait avancer – ce à quoi plus personne ne semble croire – cela aurait un coût que seuls les Américains pourraient soutenir. Macron s’est par ailleurs rapproché d’Erdogan, le dictateur turc, en avançant que cette doublette improbable allait mettre la pression pour faire renoncer Trump à son projet[7]. Vu le crédit d’Erdogan au Moyen-Orient, en Europe et aux Etats-Unis, il semble que la démarche macronienne n’ait peu de chance de passer l’année.

    Plus préoccupante est la situation au Liban. Suite à l’annonce de Trump, des manifestants ont attaqué l’ambassade des Etats-Unis dans ce pays[8]. Or on sait que le Liban est maintenant la base avancée de l’Iran dans une guerre potentielle avec Israël. Tout le monde pense qu’il va y avoir une guerre entre l’Iran et Israël via le Liban. D’autant que dans ce pays il y a un grand nombre de réfugiés palestiniens qui entretiennent l’idée qu’un jour on mettra les Juifs à la mer.  

    La Caligula de Washington a encore frappé

    Ce rapide tour d’horizon montre que l’annonce de Trump était inappropriée d’autant que dans les faits elle ne modifie en rien la situation sur le terrain. La solution à deux Etats viables et sécurisés est la seule alternative raisonnable, avec Jérusalem comme capitale des deux entités. Mais elle paraît avoir du plomb dans l’aile. C’est pourtant celle qui serait privilégiée aussi bien par les Palestiniens que par les Israéliens. Mais depuis l’échec des négociations de 2000, les dirigeants palestiniens comme les dirigeants israéliens ne semblent plus vouloir faire d’effort en ce sens. Trump en intervenant brutalement veut rompre avec la passivité de la présidence d’Obama. Mais est-ce la bonne méthode ? Ne confond-il pas les intérêts des Américains dans la région avec ceux des intéressés ? Il est trop tôt pour le dire. Il y a peut-être une possibilité pour que son attitude grotesque mette les dirigeants palestiniens et israéliens face à leur responsabilité. Après tout, Netanyahou vient de dire à Paris qu’il était ouvert à une réouverture des discussions avec ses partenaires palestiniens.

     


    [1] http://www.huffingtonpost.fr/jean-eric-branaa/les-8-raisons-qui-ont-pousse-donald-trump-a-reconnaitre-jerusalem-comme-capitale-disrael_a_23301204/

    [2] http://www.people-press.org/2017/11/02/declining-confidence-in-trump-lower-job-ratings-for-congressional-leaders/

    [3] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/09/ces-specialistes-de-la-sante-mentale-qui-diagnostiquent-donald-trump_5227041_3232.html

    [4] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/12/10/jerusalem-des-debordements-antisemites-en-suede_5227366_3214.html

    [5] http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/08/cisjordanie-les-images-des-violents-affrontements-entre-police-israelienne-et-palestiniens_a_23301408/?utm_hp_ref=fr-palestine

    [6] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/12/10/macron-exhorte-netanyahou-a-des-gestes-courageux-envers-les-palestiniens_5227562_3218.html

    [7] http://www.europe1.fr/international/jerusalem-erdogan-et-macron-vont-pousser-trump-a-renoncer-3516104

    [8] http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/10/trump-reconnait-jerusalem-comme-capitale-disrael-des-manifestants-anti-trump-sen-prennent-a-lambassade-au-liban_a_23302818/?utm_hp_ref=fr-homepage

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