• L’industrie et le multiplicateur d’emploi 

    Sous Macron la braderie de l’industrie française continue

    L’industrie, d’une manière ou d’une autre est importante du point de vue de la souveraineté d’un pays. Mais depuis quelques années, les capitalistes français obsédés par la finance ont décidé de s’en débarrasser. Ce mouvement tout à fait conscient a été encouragé par les hommes politiques français. L’industrie représente aujourd’hui environ 12% du PIB français quand elle est de plus de 21% en Allemagne. Or le développement industriel est important dans la création d’emplois. Dans le graphique ci-dessous, on voit que la France perd d’une manière continue dans emploi dans ce secteur d’activité. C’est d’autant plus dramatique que cela a un effet direct sur la balance commerciale. Moins un pays est industrialisé dans une économie mondialisée, et plus il aura une balance commerciale déficitaire. Ajoutons qu’un emploi créé dans l’industrie a plus d’importance pour lutter contre le chômage qu’un emploi dans le secteur des services. C’est ce qu’on appelle le multiplicateur d’emploi. Le multiplicateur d’emplois se calcule par branche à partir du fait qu’un emploi créé dans une industrie génère des emplois en amont et en aval de la filière, mais aussi des emplois indirects par le fait qu’un emploi crée un salaire qui sera ensuite dépensé. Pour obtenir le multiplicateur d’emploi, on additionne ensuite les emplois créés directement par l’activité de la filière et ceux qui sont générés indirectement par les revenus distribués[1]. Par exemple dans les services informatiques, 1 emploi créé engendre 1,1 emplois. Mais dans les chantiers navals ou la sidérurgie, 1 emploi créé peut engendrer jusqu’à 8 ou 9 emplois ! C’est d’ailleurs l’importance de la valeur de ce multiplicateur qui pendant longtemps justifiait que l’Etat subventionne des activités comme les chantiers navals ou la sidérurgie, jusqu’à ce que Laurent Fabius en tant que ministre de l’industrie, puis en tant que premier ministre commence à lâcher l’industrie lourde de la France au début des années quatre-vingt. Les autres suivront cette malencontreuse initiative qui fut prise au nom de l’Europe et de la logique du marché. 

    Deux affaires en cours qui en disent long 

    Sous Macron la braderie de l’industrie française continue 

    Le gouvernement Macron-Philippe n’aime pas l’industrie et le fait savoir, il n’aime pas non plus les prolétaires qui vont avec. Avant même que ne s’engage les grandes soldes des privatisations, le voilà qu’il vient de décider de l’avenir de deux entreprises importantes de l’industrie française. Le premier projet est celui de la vente des chantiers navals STX au groupe italien Fincantieri. L’idée que le journal Le monde qui a toujours le mot pour rire est ce qu’on appelle un montage subtil[2]. L’italien Fincantieri possédera 50% du capital. Mais comme il veut avoir la mainmise sur l’ensemble de l’entreprise, l’Etat français, c’est-à-dire le couple infernal Macron-Philippe, va lui prêter 1% du capital ! Comme on sait que l’opinion publique française n’appréciera guère, on a trouvé cette astuce qui n’abusera que les imbéciles. En effet, c’est une première étape, mais si Ficantieri prend la maitrise des chantiers navals STX, il va vite les couler pour ne plus avoir de concurrent, au passage il est probable qu’il pillera le savoir-faire et aussi le fond de roulement. On connaît ce genre de montage. 

    Sous Macron la braderie de l’industrie française continue 

    Plus dramatique est la vente annoncée d’Alstom, disons sa partie ferroviaire, celle qui permettait de fabriquer les TGV et qui longtemps a été un fleuron de l’industrie française. Le dépeçage d’Alstom ne date pas d’aujourd’hui. On sait qu’une partie, celle qui concerne la fabrique des turbines pour les centrales nucléaires, a été vendue dans des conditions douteuses en 2015 à l’américain General Electric[3]. Sans doute Macron en tant que ministre de l’économie a joué un rôle là-dedans. Mais il y avait en France même tout un groupe de personnes représentant le capitalisme financier qui poussait dans ce sens. On peut lire sur ce sujet l’article ignoble de l’ignoble Edouard Tétreau[4] qui se félicite de ce qui devait arriver.

    Aujourd’hui Macron et le lobbyiste Philippe qui à mi-temps est aussi premier ministre, vendent par l’intermédiaire du groupe Bouygues Alstom ferroviaire à Siemens. Le motif invoqué est d’augmenter le poids de l’entreprise européenne pour concurrencer les Chinois par exemple[5]. C’est toujours un peu la même chanson on fait semblant de croire qu’on sera plus fort alors même que la France va perdre un peu plus de son autonomie.

    En échange Siemens s’est engagé à maintenir l’emploi et les sites français…  sur 4 ans. Mais 4 ans c’est vite passé. Ensuite tout le monde aura oublié, et nous irons acheter nos rames de TGV à l’Allemagne qui rapatriera les unités de production chez elle. Ce qui alourdira un peu plus le déficit commercial et qui engendrera une nouvelle hémorragie d’emplois qualifiés. En vendant Alstom aux Allemands, on renforce la puissance industrielle de l’Allemagne, et on s’affaiblit. 

    La France sous la tutelle du capitalisme financier 

    Le couple Macron-Philippe apparaît ainsi comme les porte-parole du capitalisme financier français. Je ne suis pas le premier à avoir remarqué que dans la division internationale du travail, l’Allemagne tend à devenir un capitalisme industriel haut de gamme, tandis que la France devient un capitalisme financier, affairiste et cosmopolite. On trouve une analyse de ce type chez Duménil et Lévy[6] ou encore chez Cédric Durand[7]. C’est la recherche de l’accumulation du profit en dehors de l’industrie et donc de la production de valeur qui fait que la France en perdant son industrie perd aussi ses capacités à créer des emplois en quantité suffisante.

    Le capitalisme à la sauce Macron-Philippe nous inflige une double peine, non seulement il détruit les possibilités d’emploi et prend appui sur le chômage de masse pour défaire le droit du travail au profit des riches, mais en outre, il rend la France de plus en plus dépendante des marchés extérieurs et plus particulièrement vassale de la puissance allemande. Mais comme ils sont d’abord européistes avant que d’être français comme l’a bien précisé le discours de la Sorbonne[8] c’est le cadet de leur souci. C et inflexion du capitalisme français vers la finance se traduit dans l’évolution de la fiscalité. En effet la prochaine loi des finances va avantager particulièrement les gros contribuables, sauf ceux qui ont des placements dans l’immobilier, et donc les détenteurs d’actions, ceux qui tirent leurs revenus de la finance justement[9]. Malgré le caractère amateur du gouvernement et ses foucades, il y a bien un but qui est assumé : détruire l’industrie et favoriser le capitalisme financier.

     

    Ces deux affaires en tous les cas montrent que le gouvernement actuel s’il met en place une politique orientée vers la défense du capitalisme financier n’a strictement aucune idée en ce qui concerne la politique industrielle. Jeudi soir, dans l'émission politique de France 2, la prestation du premier ministre Edouard Philippe masquait derrière l'obsession de défendre les riches et de réduire les déficits un vide abyssal en la matière.

     

     


    [1] Voir Wasilly Leontief & F aye Duchin, The future impact of automation workers, Oxford University Press, 1986.

    [2] http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/27/stx-macron-invente-la-privatisation-a-l-elastique_5192124_3234.html

    [3] https://www.la-croix.com/Culture/TV-Radio/dessous-vente-dAlstom-General-Electric-2017-09-25-1200879439

    [4] https://www.lesechos.fr/30/04/2014/LesEchos/21679-043-ECH_pourquoi-vendre-alstom-serait-une-double-bonne-nouvelle.htm

    [5] https://www.lesechos.fr/30/04/2014/LesEchos/21679-043-ECH_pourquoi-vendre-alstom-serait-une-double-bonne-nouvelle.htm

    [6] Gérard Duménil et Dominique Lévy, La grande bifurcation. En finir avec le néolibéralisme, Paris, Éditions La Découverte, 2014

    [7] Le capital fictif, Les prairies ordinaires, 2014.

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/les-propositions-de-macron-pour-relancer-l-europe-a131937298

    [9] http://mobile.francetvinfo.fr/economie/impots/reforme-fiscale/reforme-fiscale-les-plus-riches-beneficieront-d-une-hausse-de-revenus-18-fois-plus-importante-que-les-plus-pauvres-note-oxfam_2388414.html#xtref=acc_dir

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  •  Les propositions de Macron pour relancer l’Europe

    Macron a présenté un important discours le 26 septembre 2017. Les propositions qu’il a avancées étaient déjà connues depuis un moment. S’il est important d’en discuter, c’est qu’il met en lumière la vacuité du projet européen et ses incohérences, mais aussi parce que les propositions de Macron sont inadaptées tactiquement par rapport à la position des différents pays qui composent l’Union européenne aujourd’hui. Comme on va le voir, c’est un projet dangereux qui vise à la désintégration des nations et de leur culture nationale.  

    Le projet européen de Macron et sa critique 

    Macron s’est présenté dans la grand amphithéâtre de la Sorbonne comme le défenseur d’une Europe intégrée. Le discours qu’il a infligé à ceux qui l’ont écouté révèle quelques intentions et beaucoup d’incohérence. Parlons des propositions. Il y en a assez peu. D’abord constatant que l’Union européenne ne fonctionne pas et se trouve en désamour, il propose une « refondation ». Ce qui signifie déjà un aveu d’échec. Voici ce qu’il propose.

    1. D’abord une Commission européenne à 15 membres. Outre qu’il assume l’idée que l’Europe fonctionne déjà à deux vitesses, il avoue que l’élargissement mène à l’impasse. Ici il fait preuve de cécité et ne semble pas comprendre que si les caciques de l’Union européenne ont choisi l’élargissement plutôt que l’approfondissement, c’est sciemment, pour rendre l’Europe uniquement gouvernable par le marché. En effet l’Europe, avant que le Royaume Uni ne la rejoigne, aurait pu choisir de renforcer sa cohésion juridique dans les domaines qui posent problème aujourd’hui, la fiscalité et la législation sociale, demandant ensuite aux pays qui la rejoindraient d’adopter ces règles et de s’y conformer. Cependant, il tombe sous le sens que si l’Europe se fait à deux vitesses, alors elle ne peut pas être une Europe fédérale, à moins de dire qu’on va mettre à la porte de la zone euro et de l’Union européenne un certain nombre de pays d’une manière unilatérale.

    2. Dans le même ordre d’idées il propose des listes européennes transnationales. On voit ici le projet de faire éclater un peu plus le cadre national. Il est très probable que sur ce point il obtiendra le consentement de tous, étant donné que le parlement n’ayant aucun pouvoir, ça ne changera pas grand-chose. On ne sait pas cependant dans quelle langue ces listes transnationales permettront de communiquer. Mais le simple fait d’avancer cette idée est une menace directe sur la nation et ses contours.

    3. Il est également revenu sur une Europe de la défense. Il propose d’avancer par petits pas, et de commencer à mettre en place une force commune d’intervention en 2020. Aussi petite que celle-ci soit, elle va poser de nombreux problèmes. Mais nous doutons fortement de la capacité d’une défense croupion à enthousiasmer les foules. On peut compter sur les militaires français pour saborder ce genre de fantaisie. Plus problématique encore est la proposition d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir. On voit mal que les intérêts des Polonais ou des Lettons soient les mêmes en la matière que ceux des Français ou des Italiens par exemple. On sait que les premiers poussent plutôt, sous l’égide de l’OTAN, à une politique d’affrontement avec la Russie, tandis que les Italiens ou les Français sont bien plus réticent à s’engager dans cette voie. Je passe sur le projet comique de fonder une académie européenne du renseignement. On peut très bien aussi discuter de la logique d’un parquet européen contre le terrorisme. 

    Les propositions de Macron pour relancer l’Europe 

    3. Alors même que la politique migratoire nourrit d’une manière continue le « populisme d’extrême droite », on notera que Macron suggère de sanctifier cette politique à l’échelle européenne. On sait que de nombreux pays comme les pays de Visegrad sont hostiles à ce genre d’obligations. Les propositions de Macron signifient clairement une volonté d’accroître l’hétérogénéité ethnique en Europe et que ceux qui s’y refusent seront exclus ! Le but est double, d’une part détruire un peu plus les cultures nationales et d’autre part procurer au patronat une main d’œuvre moins chère et plus docile. Donc de créer rapidement un marché du travail à deux vitesses. Il est en effet bien connu que la montée de l’hétérogénéité ethnique est le meilleur levier de destruction de l’Etat providence et un facteur d’accroissement et de tolérance des inégalités[1].

    4. Le dernier volet des propositions de Macron concerne essentiellement l’économie. Là encore il propose une Europe plus intégrée, et plus particulièrement une zone euro qui serait dotée d’un super-ministre de l’économie. Le but est officiellement de renforcer la convergence des politiques économiques. Mais en réalité c’est une volonté de soustraire le budget à la souveraineté nationale. On sait déjà que la monnaie et sa gestion échappe complètement au gouvernement national, et que les règles du déficit et de la dette publique corsettent les politiques économiques nationales. Mais Macron veut aller plus loin, et faire en sorte que ce soit la totalité du budget qui échappe à la souveraineté nationale. Un Etat sans monnaie et sans budget n’est plus un Etat évidemment, en tous les cas il n’est plus souverain. Il va de soi que si on veut développer des actions communes dans le cadre fédéral il faut augmenter le budget de l’Europe. Macron propose de généraliser une taxe sur les transactions financière à l’ensemble des pays de l’UE. Mais Merkel a déjà répondu qu’il n’était pas question de mutualiser les dettes à venir et d’accroître la pression fiscale, fusse-t-elle sur les transactions financières[2]. Et comme en la matière il faudra à Macron l’appui de la totalité des pays, on ne voit pas comment il pourrait avancer dans ce sens

    5. Le discours était accompagné de considérations autoritaires sans trop d’intérêt. Par exemple il dit « je veux que les étudiants parlent tous deux langues européennes » et qu’ils fassent tous un stage d’au moins six mois dans un autre pays européen. Ne vaudrait-il pas mieux qu’un étudiant connaisse d’abord sa langue natale ? Mais Macron considère que le bougisme est un idéal. « L’Europe du multilinguisme est une chance », a-t-il déclaré. Cela rappelle l’idée tout aussi stupide selon laquelle l’immigration serait une chance pour le pays d’accueil. Derrière ce genre de lieu commun, point toujours la même idée d’une dissolution de la culture française. 

    L’impasse du projet macronien 

    Les propositions de Macron pour relancer l’Europe 

    Il était très significatif que Macron fasse son discours à la gloire de la jeunesse sous protection policière, tandis que les étudiants manifestaient à l’extérieur. On peut regretter également que ce pensum nous ait été délivré depuis la Sorbonne, haut lieu du savoir, et pilier de l’histoire intellectuelle de la France. La faculté ayant le privilège d’une sorte d’extra-territorialité, on peut trouver inconvenant que ce président-là s’arroge le droit d’intervenir ici. Mais laissons là ces petites querelles. Il y a plus important.

    Les européistes sont très contents, ils ont salué un président qui montre la voie pour une Europe rénovée, comme si la construction européenne pouvait être une fin en soi ! les propos de Macron sur l’Europe dévoile ce qu’il est vraiment. Je l’avais désigné comme le président de l’anti-France, cela se confirme[3]. Il est donc tout à fait cohérent, partisan d’une Europe intégrée dont peut-être il voudrait prendre la tête, il décline à tous les détours de son discours la nécessité de faire disparaître la France, son histoire et sa culture. Il est donc très cohérent aussi bien quand il dit que la culture française n’existe pas ou quand il insulte les Français depuis l’étranger[4]. Lui-même ne se sent manifestement pas Français, car en attaquant la culture française, il s’attaque aussi à l’histoire de la France, mais s’il est important pour comprendre le présent de connaître son histoire, encore faut-il comprendre que cette histoire s’inscrit dans un temps long qui est aussi comme dit Fernand Braudel « l’identité de la France ». 

    Les propositions de Macron pour relancer l’Europe 

    Les propositions de Macron qui vont dans le sens d’une disparition programmée de la France sur le plan politique, économique et culturel, s’apparentent à un viol de conscience. Un coup de force ! C’est le complément de l’utopie libérale qui rêve à l’unification d’un grand marché dans lequel le politique serait dissous. C’est évidemment inacceptable, et ce ne sera pas accepté parce qu’un monde sans frontières cela n’existe que dans l’imaginaire des libéraux, mais aussi parce que ces frontières, même si elles ont été mobiles au cours des siècles passées, et même si elles changeront encore dans le futur – voir par exemple la volonté d’indépendance de la Catalogne, de l’Ecosse, du Kurdistan et j’en passe – reposent forcément sur l’histoire, la langue et la culture.

    Cependant à côté de ces obstacles intrinsèques au projet macronien, obstacle sur lesquels on ne peut passer sans risque, il y en a de plus pratiques et immédiats. D’abord les Français ne sont pas prêts à admettre ce genre de fantaisie, mais surtout de nombreux pays en Europe n’admettront pas d’abandonner leur souveraineté. On l’a dit les pays du groupe de Višegrad, mais ceux-là peuvent être exclus au motif d’un Europe à deux vitesses – encore que pour les virer il faut leur consentement ! – et puis des pays comme l’Allemagne qui ont toujours considéré que les traités européens sont inférieurs à leur constitution, et donc qui ont toutes les raisons de refuser d’adhérer au projet macronien.

     

    Fragile sur le plan stratégique, il semble que sur le plan tactique, Macron n’ait pas les moyens de ses ambitions européistes, heureusement pourrait-on dire. On a souligné ici plusieurs fois les limites intellectuelles du jeune président, il ne semble pas sortir de l’incantation et de l’invective. Son discours de la Sorbonne ressemblait plutôt à un discours électoral qu’à de propositions raisonnables d’un chef d’Etat en exercice.

     



    [1] Alberto Alesina & Edward Glaeser, Combattre les inégalités et la pauvreté, les Etats Unis et l’Europe, Flammarion 2006.

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/madame-merkel-et-l-impasse-de-la-cooperation-franco-allemande-a131707962

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/emmanuel-macron-president-de-l-anti-france-insulte-les-francais-a131573396

    [4] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/02/06/31001-20170206ARTFIG00209-emmanuel-macron-et-le-reniement-de-la-culture-francaise.php

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  •  La censure de Jacques Sapir par le gouvernement

    Jacques Sapir tient depuis de nombreuses années un blog à l’adresse suivante. http://russeurope.hypotheses.org/ . C’est un blog qui est très suivi et souvent repris dans les médias. Dans ses billets, Sapir argumente d’une manière systématique contre l’Europe et contre le libéralisme. Ses analyses sont toujours arguments aussi bien sur le plan théorique que sur le plan empirique. Ce ne sont donc pas des billets d’humeur. Mais voilà qu’un minuscule bureaucrate a décidé de supprimer ce blog d’une manière unilatérale. Comme ce Marin Dacos qui par parenthèse est aussi laid intellectuellement que physiquement, est aussi un conseiller ministériel, on voit qu’il y a une continuité dans la logique macronienne d’étouffer toute velléité critique en ce qui concerne l’Europe. On rapprochera cela de l’éviction de Natacha Polony ou d’Éric Zemmour et de quelques autres des chaînes de télévision ou de radio.

    L’obséquieux cireur de godasses Marin Dacos se justifie en disant que Sapir a dépassé les bornes et qu’il ne respecte pas la neutralité que se doivent les universitaires. Voici ce qu’il écrit :

    « À de nombreuses reprises, l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses et constituant une condition indispensable pour publier sur la plateforme. »  

    La censure de Jacques Sapir par le gouvernement

    Cela appelle deux remarques. La première est que le sinistre Marin Dacos fait lui de la politique, d’abord parce qu’il n’a aucune qualification pour juger de ce qu’écrit ou pas Sapir. Dans sa rubrique Wikipédia, il est dit que Ses travaux portent sur l'histoire de la photographie, la sociologie des innovations et l’édition électronique ce qui le disqualifie définitivement pour juger un économiste renommé. La seconde c’est que l’économie est forcément politique. Lorsque Jean Tirole vient défendre les réformes du marché du travail il fait nécessairement de la politique puisqu’il suppose que le système libéral est plus performant qu’un système encadré par l’Etat. Personne ne l’empêche de s’exprimer, au contraire, toutes les chaînes de radio et de télévision lui sont dévouées. Depuis sa naissance l’économie est faite de controverses qui ne se sont jamais soldées. Mais voilà que ce petit machin dénommé Marin Dacos se fait juge et partie dans un domaine où manifestement il ne comprend rien. Quand on lit son CV, on se rend compte qu’il est seulement agrégé du secondaire, puis par des magouilles diverses et variées, il s’est fait nommer PRAG à l’EHESS. Là il est devenu Ingénieur de recherche.

    C’est-à-dire rien du tout. Ce garçon qui n’a même pas fait de thèse et qui n’a rien publier prétend pourtant juger quelqu’un qui opère dans un domaine qui n’est pas le sien. Cette arrogante prétention masque à peine le fait qu’il est en service commandé. Car ne comprenant nécessairement rien à ce qu’écrit Sapir, il fait semblant d’attaquer celui-ci sur ses positions politiques. Le but est moins d’empêcher Sapir d’écrire et de penser, mais plutôt de tenter de le disqualifier pour montrer finalement que toute analyse qui critique l’Union européenne ou la politique gouvernementale n’est pas scientifique. 

    La censure de Jacques Sapir par le gouvernement

    Nous devons réagir. Voici comment. Nous pouvons d’abord envoyer des messages privés à Marin Dacos qui possède une page sur Facebook. Je pense que s’il reçoit des dizaines de messages sur sa page, il ne reviendra pas sur sa décision – on sent le bonhomme trop obtus pour cela – mais il saura combien nous le méprisons lui et ses maîtres. On pourrait d’ailleurs au passage lui rappeler qu’il ne doit pas faire de politique lui-même en censurant qui lui déplait. Ce sera aussi une occasion de lui rappeler combien il est laid extérieurement et intérieurement et que le larbinat ne peut mener à terme qu’au dégoût de soi-même.

    La censure de Jacques Sapir par le gouvernement

    Hier au soir des message comme celui-ci circulaient dans sa boîte. On peut lui en envoyer autant qu’on veut selon son humeur Plus que la défense de Sapir il s’agit de combattre une intolérance qui n’a pas lieu d’être dans l’université ou au CNRS. Il n'est évidemment pas besoin d'être d'accord avec les analyses de Sapir pour le soutenir.

      

    Ces messages ne sont pas les seules manifestations de solidarité envers Jacques Sapir. Voici toute une série de lien qui se sont manifestés en ce sens :

    http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article155567

    https://yetiblog.org/censure-jacques-sapir-vire-de-blog-russeurope-org/

    https://francais.rt.com/france/43837-blog-jacques-sapir-ferme-conseiller-ministeriel

    http://www.communcommune.com/2017/09/jacques-sapir-censure-son-blog-bloque-sur-le-portail-universitaire-openedition.html

    https://seenthis.net/messages/632715

     

    etc…

     

     

    Faites circuler ce billet et protestez directement auprès de Marin Dacos en condamnant son inconduite !

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  •  Les leçons des élections en Allemagne

    Débacle des partis traditionnels de gouvernement : le retour des nations 

    Les résultats des élections en Allemagne vont donner un nouveau mandat, sans doute le dernier, à madame Merkel pour conduire la politique de ce pays. La triste mine qu’affichaient les caciques de la CDU en disait long sur leur déconvenue. On peut dire que c’est en effet un échec, non seulement pour Merkel et son parti, mais aussi un échec pour le SPD et du même coup pour l’Union européenne. Le paysage après la bataille se présente comme une balkanisation des forces en présence avec une difficulté accrue pour gouverner. La percée de l’AfD était attendue, mais pas à ce niveau, les sondages l’avaient mal anticipée. Ce parti de droite souverainiste pose en effet un certain nombre de questions par son attitude anti-européenne notamment. Mais le premier enseignement qu’on peut tirer de ces élections, est que l’Allemagne va devenir un pays difficilement gouvernable à cause de cet émiettement des votes qui rend les coalitions à venir très difficiles à former et donc la position de l’Allemagne sur la scène internationale va être fortement affaiblie.  C’est cependant un signe de la crise des pays occidentaux qui fait que presque tous se trouvent dans des conditions difficiles pour continuer à gouverner. L’Allemagne est à son tour rattrapée par la défiance des citoyens vis-à-vis de leurs élites. Dimanche l’abstention a été forte, autour de 30%, ce qui est élevé dans ce pays. Si on fait le tour du monde des pays développés, on voit partout le même phénomène : aux Etats-Unis et en France le président est atteint d’une impopularité record, le Royaume Uni et l’Espagne se déchirent et menacent d’exploser. L’Italie est aussi frappé par cette crise d’inefficacité dans la « gouvernance ». La plupart de ces pays sont maintenant frappé par une logique de renationalisation de leur politique économique et sociale. De partout la montée des partis dits populistes – mais qu’il est plus convenable de nommer souverainistes – indiquent que la mondialisation est fortement touchée. Ce que paye Merkel et ce qu’a masqué l’élection de Macron en France c’est le retour des nations.  

    Les leçons des élections en Allemagne

    Le fait que le SPD et la CDU enregistrent leurs plus mauvais résultats depuis 1949 en dit long sur la décomposition des partis politiques. La CDU paye le prix de la politique migratoire, et aussi sa politique sociale qui a vu se multiplier le nombre de travailleurs pauvres dans un pays pourtant riche. Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour Merkel et son parti affairiste. En effet, le SPD qui lui aussi a subi un revers historique semble avoir tirer les leçons de son long sommeil. Il passe dans l’opposition parce qu’en s’alignant sur la droite conservatrice il est voué à la disparition, comme pour le Parti socialiste en France d’ailleurs, le Pasok en Grèce ou encore le PSOE en Espagne. Il devient en effet de plus en plus évident que l’ouverture à l’international, le libre-échange, est un instrument de destruction massive de l’harmonie sociale et un facteur de remontée brutale des inégalités. 

    La question de l’avenir de l’Union européenne  

    Les leçons des élections en Allemagne

    Mais, on l’a souligné, le grand vainqueur est l’AfD. Beaucoup fantasment sur le caractère d’extrême droite de ce parti. Il est même parfois dénoncé comme nazi. Mais ce n’est pas le cas. C’est un parti ultra-conservateur et affairiste qui masque tout cela derrière un souverainisme qui semble devenir une nécessité en Allemagne, non seulement comme une conséquence de la politique migratoire inconsidérée de Merkel, mais aussi comme une critique directe de l’Union européenne et même de l’euro. Avant que les résultats ne soient connus, nous avons souligné le refus de Merkel de souscrire au plan de relance de l’Union européenne de Macron[1]. Il va de soi qu’avec un parti anti-européen à sa droite, elle ne peut plus se permettre de brader une once de souverainisme allemand, même si objectivement l’intérêt économique de l’Allemagne est de maintenir en vie l’euro le plus longtemps possible.  

    Les leçons des élections en Allemagne

    La coalition à venir la plus probable est celle que la CDU et le CSU pourraient former avec les verts et le FDP. Elle est présentée comme la seule possible, même si tout le monde la trouve compliquée à gérer[2]. Beaucoup pensent que les difficultés viendront de la mauvaise entente entre les Verts et les libéraux du FDP. C’est possible, mais il se pourrait aussi qu’une partie de la CDU et de la CSU rendent les choses encore plus difficiles en reprenant à son compte l’idée nationaliste qui les rapprocherait alors de l’AfD. Sur le très court terme, Macron perd toute possibilité de négocier quoi que ce soit avec Merkel. Mais en avait-il une ? Il présente le 26 septembre un projet de rénovation de l’Europe qui, outre qu’il a déjà été rejeté clairement par Merkel, n’a plus aucune chance d’être autre chose qu’une coquille vide, dès lors que la plupart des membres de cet attelage hétéroclite qu’on appelle l’Union européenne ne veulent pas de plus de fédéralisme[3]. Compte tenu de la situation explosive en Allemagne, à jouer les bons élèves de l’intégration européenne, non seulement il va se mettre à dos les Français – c’est déjà fait – mais aussi l’opinion internationale qui risque de peu goûter cette maniaquerie consistant à vouloir mener le monde. 

    Les leçons des élections en Allemagne

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/madame-merkel-et-l-impasse-de-la-cooperation-franco-allemande-a131707962

    [2] http://www.lemonde.fr/europe/live/2017/09/25/quels-enseignements-tirer-des-elections-legislatives-allemandes-posez-vos-questions_5190845_3214.html

    [3] http://www.lemonde.fr/europe/live/2017/09/26/suivez-en-direct-les-annonces-d-emmanuel-macron-sur-l-europe_5191685_3214.html

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  •  Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande

    Merkel rejette les propositions de réforme de Macron 

    En pleine campagne électorale, Madame Merkel vient de donner une longue interview au journal Ouest France[1]. Après avoir énoncé qu’elle s’entendait bien avec Emmanuel Macron qui selon elle a été plébiscité par le peuple français, elle en est venue à évaluer les réformes nécessaires afin de renforcer l’Union européenne et plus particulièrement la zone euro. A demi-mot elle reconnaît que la divergence de trajectoire économique entre les pays de la zone pose un problème de fonds. C’est ce que dit aussi ici et là Macron. Le fait que ces deux personnages se posent presque simultanément la même question est en soi l’aveu que l’Union européenne a complètementéchoué, et que la monnaie unique est dans une impasse. Mais son interview est aussi un désaveu pour Macron, elle ne veut pas de ses idées de réforme.

    Macron a avancé des idées pour réformer l’Union européenne. Ces idées sont clairement en phase avec le développement d’une Europe fédérale qui à terme se substituerait aux nations : il souhaite un budget européen plus important, un super ministre de l’économie pour la zone euro qui coordonnerait la politique économique de l’ensemble de la zone, également il voudrait qu’une procédure nouvelle permette de mutualiser les dettes publiques. Pour partie Macron justifie les douloureuses réformes libérales du marché du travail et la recherche de l’équilibre budgétaire par le biais de l’austérité comme autant de gages de bonne volonté pour amener Merkel à le suivre sur cette voie. Contrairement à ce que dit Le Point de cette semaine, Merkel n'approuve aucune des idées de Macron sur l'Europe, et elle le fait savoir.

    Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande 

    Macron échoue en Europe

    Les réponses de Merkel à Macron sont très claires. Non elle ne souhaite pas un impôt accru pour alimenter un budget européen pourtant faible. « Non, je ne vois pas pour l’instant de projet convaincant d’impôt européen. » dit-elle. Ce qui peut se traduire aussi par : « L’Allemagne ne veut pas d’une Europe fédérale ». La réponse est la même sur la mutualisation des dettes : « Nous travaillons à une union bancaire et à un fonds monétaire européen afin de pouvoir agir, dans des conditions rigoureuses, dans les situations de crise. Il y a là une différence avec une mutualisation des dettes, chose que nous refusons. Ce principe ne change pas. ». C’est encore plus clair.

    La seule chose qu’elle concède, c’est l’idée d’un superviseur des politiques économiques en Europe qui mettrait en œuvre les principes qui sont appliqués en Allemagne, autrement dit celui-ci serait le porte-parole directement de Berlin : « Des règles phares, par exemple, qui fonctionnent dans certains États membres, pourraient être transposées dans d’autres pays. Cela peut s’appliquer à la législation du travail au même titre qu’à des administrations publiques efficaces, à de bonnes conditions cadre pour les entrepreneurs ou à la politique de recherche. »

    Comme on le voit elle n’entend céder sur aucun point qui remettrait en question une parcelle de la souveraineté de l’Allemagne et son hégémonie en Europe. Macron a d’ores et déjà échoué en ce qui concerne son idée de faire avancer une Europe fédérale. Mais ce qu’on voit, c’est surtout que le rapport de forces Merkel pense qu’il est en faveur de l’Allemagne, et donc qu’elle n’a aucune raison de changer un système institutionnel qui lui est favorable. Macron, après Hollande et Sarkozy fait l’expérience douloureuse de l’immobilisme de l’Allemagne. 

    L’Europe à deux vitesses 

    Il y a donc une Europe à deux vitesses, non pas parce qu’il y a des pays pauvres et des pays riches, mais parce qu’il y a un pays, l’Allemagne, qui se sert des institutions européennes pour consolider son  hégémonie et pour préserver sa souveraineté – le simple fait que le tribunal constitutionnel qui siège à Karlsruhe soit au-dessus des instances européennes, tandis que pour les autres pays c’est l’inverse en est le signe – et puis les autres pays, dont la France qui doivent se plier aux consignes et directives émanant de Bruxelles. Toutes les tentatives de réduire les pouvoirs exorbitants de l’Allemagne en Europe se sont soldés par des échecs cuisants. On se souvient que Mitterrand croyait en acceptant l’euro contraindre l’Allemagne à se fondre et à disparaître. Ce fut sans doute sa plus grande erreur. On pourrait dire que l’interview de Merkel, dans toute son arrogance, renvoie Macron à sa position de supplétif.

    Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Merkel a bien plus de différents avec Macron qu’elle n’en avait avec Hollande. En effet ce dernier ne revendiquait pas pour lui-même un rôle de leader en Europe pour la réorienter. Mais sa position est protégée par le fait que Macron, par sa diplomatie désordonnée, est incapable d’entraîner à sa suite d’autres pays européens. On l’a vu lors de sa tournée en Europe de l’Est. Merkel et Macron reconnaissent que tout va mal en Europe, ils ne sont pas les seuls. Mais en même temps la première indique qu’il n’est pas question de changer une politique perdante… du moment qu’elle profite à l’Allemagne, tandis que le second pense qu’on peut briser l’hégémonie allemande en Europe en noyant les Etats-nationaux dans « plus d’Europe ». 

    La dissolution de l’Europe en devenir 

    Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande 

    L’élection de Macron a été un soulagement pour les européistes qui pensaient ainsi pouvoir en finir avec les velléités de sortie de l’Europe. Ce soulagement sera pourtant de courte durée. En effet la poursuite du projet européiste se heurte à trois obstacles majeurs :

    - tout d’abord les divergences de trajectoire entre les pays membres et plus encore entre les pays de la zone euro. Ces divergences contraignent dans le cadre des traités à accroître la pression austéritaire qui à son tour entretient la récession et le chômage ;

    - ensuite la question de l’immigration de masse. De nombreux pays refusent l’injonction de Bruxelles d’accueillir leur quota. Cet acte de désobéissance annonce une crise institutionnelle majeure. Par exemple Prague indique qu’elle veut bien aider les migrants en aidant les pays émetteurs à améliorer leur système économique, mais pas en les accueillant chez elle[2]. La position de Prague est d’ailleurs conforme aux analyses de l’OCDE qui considère que plutôt que d’accueillir des migrants il vaut mieux aider les pays à se développer, car ce sont les éléments les plus dynamiques qui quittent le pays ;

    - enfin il y a l’intransigeance de l’Allemagne qui sait qu’une Europe plus fédérale l’amènerait à remettre en question ses propres institutions, et qu’en outre elle n’a rien à gagner à se fondre dans ce grand ensemble. Cette intransigeance va rapidement démontrer que l’approche de Macron est erronée, et il va bien devoir en changer, ce qui ouvrira probablement une crise diplomatique entre la France et l’Allemagne.

     

    Pour peu qu’une crise financière se manifeste, et le processus de dissolution de l’Union européenne qui a commencé avec le Brexit, va s’accélérer. La France est la première candidate à la sortie, aussi bien parce que le sentiment anti-européen y est très fort que parce que Macron est un président très impopulaire.

     

     


    [1] http://www.ouest-france.fr/europe/allemagne/angela-merkel/entretien-exclusif-merkel-aider-les-citoyens-retrouver-le-gout-de-l-europe-5250808

    [2] http://www.euractiv.fr/section/migrations/news/czech-interior-minister-nobody-has-to-call-us-for-solidarity/

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