• Je ne sais pas s’il y a un marché pour les ouvrages qui critiquent les fondements de l’économie politique dominante, celle qu’on enseigne, et celle qui sert de justification à des politiques économiques anti-sociales, en tous les cas, ils sont très nombreux, hésitant entre vulgarisation et approfondissement des soubassements épistémologiques.  

    Eric Berr, L’intégrisme économique, Les Liens qui libèrent, 2017

    Savoir et pouvoir 

    Eric Berr, économiste spécialiste du développement, s’attaque à son tour à l’arrogance de ceux qui qualifient leur discipline de « science économique ». Il y a un débat incessant chez les économistes entre les orthodoxes comme Jean Tirole ou Cahuc et Zilberberg[1] et une frange de plus en plus étroite des universitaires qui, en France, essaient de combattre ces dogmes. Ce combat est perdu d’avance, non pas parce  que ceux qui critiquent les dogmes libéraux ne sont pas capables de construire un discours cohérent et valable, mais parce qu’ils ne peuvent atteindre à la visibilité. Le nerf de cette guerre terrible est l’argent bien sûr, soit sous la forme de postes et de promotions, soit sous la forme de contrats qu’on peut décrocher ici ou là auprès des entreprises et des bureaucrates de l’Union européenne. Et pour ceux qui pensent bien, l’argent coule à flots.

    Il faut partir de cette idée première que Berr hésite à développeer : la quasi-totalité des économistes sont corrompus. Ils sont corrompus en ce sens qu’ils produisent très exactement les résultats qu’on leur demande de produire et pour lesquels ils sont payés. L’exemple le plus tristement célèbre est celui des deux guignols Reinhart et Rogoff. Ceux-ci avaient sorti une étude économétrique, financée grassement par la Commission européenne, pour démontrer combien la dette publique entraînait la récession dès lors que celle-ci dépassait les 90% du PIB[2]. Ce document a été cité et repris par les députés en France, les « socialistes » en tête, justement pour justifier les politiques d’austérité. Mais on s’est aperçu que les résultats économétriques obtenus avaient été truqués. On s’en est aperçu quand trois jeunes apprentis économistes ont tenté de suivre le protocole utilisé par Reinhart et Rogoff[3] : l’échantillon utilisé avait été sélectionné pour obtenir exactement le résultat attendu pour lequel ils étaient payés. Ils avaient exclu de leur test des pays tellement important que quand on les réintégraient dans l’analyse, on obtenait le résultat exactement  inverse de celui qui avait été annoncé à grands coups de trompette. Ils avaient fini par admettre que tout cela était de la faute d’Excel ! Puis ils avaient construit un discours alambiqué et assez hermétique pour dire que tout de même, ils maintenaient leurs conclusions ! 

    Eric Berr, L’intégrisme économique, Les Liens qui libèrent, 2017 

    C’est un point sur lequel on ne s’attarde pas assez : les économistes qui développent les idées néo-libérales, toujours les mêmes d’ailleurs – abaisser les dépenses étatiques, diminuer les règles qui entravent l’activité, ouvrir les frontière, laisser le marché agir même pour ce qui concerne les dons d’organes[4] – depuis le XVIIIème siècle, ne le font pas par vraiment conviction, mais par intérêt. Or quand on est économiste, on peut très bien gagner sa vie, avoir un train de vie princier, à condition de ne pas faire de vagues. La Commission européenne a presqu’acheté tous les économistes sur le marché en les faisant profiter de contrats de recherche richement dotés : comment voulez vous que ceux-ci, s’ils veulent continuer à profiter de la manne financière, contredisent la doctrine en vigueur ? C’est pour cette raison essentiellement qu’on trouve plus d’économistes américains qui critiquent l’euro et qui en prônent la fin, que d’économistes européens dont la timidité sur cette question étonne. Jean Pisani-Ferry doit à cette attitude de soumission à Bruxelles sa fortune personnelle[5]. La contre-révolution conservatrice a été financée aux Etats-Unis par des puissantes think tanks qui se sont introduites dans les universités pour les corrompre. Jean Tirole qui a une faible connaissance de l’histoire économique et de l’histoire de la pensée économique, qui n’a  même pas les lu les auteurs fondamentaux de sa discipline, s’est hissé jusqu’au prix Nobel en frappant aux bonnes portes, celles qui pouvaient lui procurer de l’argent. A Toulouse il est connu pour ses capacités à remonter des fonds et pour en profiter. C’est pourtant un individu sans grande dimension intellectuelle. Il faut également dire que le cadre de la pensée néo-classique est extrêmement confortable, suffisamment simple pour qu’on comprenne ses prémisses et ses conclusions, et suffisamment compliqué dans sa présentation matheuse pour qu’on conserve dans l’idée que l’économiste est un expert. 

    Eric Berr, L’intégrisme économique, Les Liens qui libèrent, 2017 

    L’ingénieur Tirole faisant semblant de faire des mathématiques 

    En outre comme les économistes orthodoxes ont les honneurs de la presse, il est facile pour eux de se faire prendre au sérieux par le public. Ceux qui ont un point de vue critique – et comment dans un monde comme le notre faire autrement que d’avoir un point de vue critique en économie – sont considérés comme des fous furieux. Il faut voir comment la profession parle de Serge Latouche et de ses thèses sur la décroissance, comme s’il était plus stupide de s’intéresser à la décroissance qu’à la croissance dans un monde fini dans lequel les ressources en matières premières sont en voie d’épuisement. Latouche est ainsi marginalisé, et les jeunes apprentis économistes hésitent à se lancer sur ce terrain. Or il faut le dire, et Berr ne le dit pas assez selon moi, la théorie orthodoxe, non seulement est simpliste et erronée dans ses fondements, bâtie à partir d’une culture générale défaillante, mais elle est contre-factuelle. Ce qu’elle prédit n’arrive jamais, alors qu’elle prétend s’appuyer sur une démarche hypothético-déductive où les tests doivent valider les résultats du modèle et éventuellement le modifier. Les dogmes de l’économie libérale n’obtiennent jamais les résultats promis. Par exemple elle avance que l’ouverture des frontières aux échanges de capitaux, d’hommes et de marchandises amène croissance et prospérité : c’est exactement l’inverse qui se produit, l’ouverture amène la récession et le chômage. Evidemment comme ils ont réponse à tout, ils vont vous dire qu’en réalité si la mondialisation ne marche pas, c’est parce qu’on n’a pas fait les réformes nécessaires. On en est aujourd’hui, avec la réforme de Macron, à la dix-huitième réforme visant à flexibiliser le marché du travail, sans résultats, ou plutôt avec des résultats qui ont fait empirer la situation. Et bien ils vous diront qu’on n’en a pas fait assez et voilà tout, plutôt que de remettre en question le dogme. De même on vous dira que l’inégalité est nécessaire pour l’investissement et la croissance : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain », ce qu’on appelle le théorème de Schmit[6].  En vérité les profits d’aujourd’hui font la spéculation de demain et la crise d’après-demain. La crise de 2008 est venu le vérifier. 

    De la méthode dans la critique 

    Comment s’attaquer à ce corps de doctrine qui possède une puissance de feu incroyable : des universitaires par milliers, des think tanks richement dotées, des contrats juteux avec les gouvernments et les organisations internationales ? On peut l’attaquer du point de vue de ses résultats qui sont à l’opposé presque de ce qui était promis. C’est ce que fait Eric Berr. Il développe le décalogue de la théorie libérale, et montre point par point que chacun de ses principes produit l’effet contraire à celui qui est attendu. Il est en effet évident que le recul de l’Etat n’a pas engendré des gains de croissance, au contraire. Comme la déréglementation financière n’a pas permis un meilleur financement de l’économie, mais au contraire une captation de la valeur par la classe supérieure et pire encore une instabilité de plus en plus grande, avec les crises financières que l’on sait.

    Berr va donc critiquer aussi bien l’idée d’une diminution des dépenses publiques, que l’indépendance de la banque centrale ou encore l’efficacité des privatisations. Evidemment il a raison de le faire. Ou encore que les marchés sont généralement défaillants lorsqu’ils ne sont pas encadrés. L’idée est de montrer que l’économie politique ne peut pas être une science, c’est au mieux un discours politique, dont les fondements sont mal assurés. Il le prouve d’ailleurs en montrant comment les tenants de la pensée économique dominante se battent pour éliminer le débat et monopoliser la représentation de cette discipline aussi bien dans les universités que dans les médias. Berr met fort justement en lumière les impasses de l’individualisme méthodologique sur lequel repose « la science économique ». C’est en effet lui qui explique ce désir de compétition qui mène les sociétés à la ruine.

    On peu reprocher à Berr de ne pas avoir approfondi ce point. Car si en effet l’économie orthodoxe est erronée c’est parce que ses fondements méthodologiques sont erronés. Sur le plan de la méthode, elle fait comme si le marché était une réalité spontanée et naturelle, et que l’Etat ensuite venait la polluer. C’est d’ailleurs comme cela que les modèles sont construits : on présente le marché dans sa pureté, et ensuite on rajoute l’Etat sous telle ou telle forme. L’histoire économique montre que l’Etat est nécessaire à la formation et au développement des marchés, et donc qu’on ne peut penser le développement du marché sans penser le développement de l’Etat. C’est ce qu’avait d’ailleurs compris Marx, mais avant lui Hegel qui développait cette idée contre Smith[7]. Mais plus encore, l’économie orthodoxe n’a jamais compris pourquoi, malgré toutes ses mises en garde, l’Etat a augmenté son poids d’une manière continue dans l’économie : c’est essentiellement parce que sans la progression des dépenses publiques, la croissance ne peut pas se poursuivre. Adolph Wagner l’expliquait à cause du rendement fortement décroissant des investissements publics – c’est ce qu’on appelle la loi de Wagner[8]. Le seul pays au monde où le ratio dépenses publiques sur PIB a baissé, c’est le Royaume Uni lorsque Margaret Thatcher était aux affaires, mais cela n’a pas duré, et c’est pour cela qu’on l’a mise dehors car plus rien ne fonctionnait ! 

    Eric Berr, L’intégrisme économique, Les Liens qui libèrent, 2017 

    Des insuffisances 

    L’ouvrage de Berr, quoique fort intéressant, recèle cependant des insuffisances importantes. Peut être parce qu’il ne sait pas trop à quel public il s’adresse. Si on se place du point de vue épistémologique, et donc si on s’adresse à des univeristaires, c’est peu sophistiqué. Si on veut s’adresser à un public plus large de bonne volonté, alors il y manque des exemples clairs qui soutiendraient son point de vue. Je reconnais qu’il n’est pas facile de penser et d’écrire un tel ouvrage. Ce sont donc des insuffisances de forme bien compréhensibles et sans doute ceux qui liront ce livre sont déjà des militants convaincus. Cependant il y a autre chose.

    Berr critique fort justement le libre-échange, mais reste très timide sur la question européenne : or l’Union européenne est d’abord et avant tout un traité de libre-échange. Certes il pointe bien que l’Union européenne est aussi un outil de propagande politique qui travaille pour la déréglementation et donc pour les marchés. Mais il fait, comme beaucoup de gens à gauche, l’erreur de croire que l’Union européenne qu’on connait aujourd’hui, cet espace politiquee antidémocratique, était un dévoiement d’une belle et bonne idée. Non, l’Union européenne a toujours été dès le début ce qu’elle est aujourd’hui, sa logique étant dévoilée par son résultat. Berr parle ainsi des « dérives intégristes » (p. 126) de cette boutique pour ce qui n’est au fond que l’achèvement de ce projet mortifère qui vise à travers la disparition des nations le remplacement du politique par les règles du marché. Cette timidité plombe pour longtemps les projets politiques de gauche visant à réduire les inégalités puisqu’en effet non seulement dans le cadre des traités européens, une politique de gauche est impossible, mais une réforme des traités n’est pas possible non plus. Ce manque de clarté générale explique les mauvais résultats finalement de Mélenchon aux élections présidentielles de 2017.

    Terminons sur un point particulier : à la page 83, en note de bas de page, pour illustrer les difficultés de la « science économique » avec la réalité, Berr cite George Stigler, prix Nobel 1982, « ce n’est pas la science économique qui se trompe, mais la réalité ». C’est une citation qu’il reprend de Bernard Maris. Mais c’est un point décisif. En effet cette idée avancée par Stigler a été d’abord énoncée par Antoine-Augustin Cournot dans Recherches sur les principes mathématiques de la richesse sociale en 1838.  C’est là qu’il avance clairement cette idée selon laquelle si l’empiricité contredit le modèle, elle a tort et cela pour deux raisons :

    - la première est que l’empiricité est changeante et n’a pas la rigueur des mathématiques qui par définition sont vraies et invariantes ;

    - la seconde c’est que si le modèle est juste mathématiquement parlant, alors il annonce ce que sera la société future : la réalité rejoindra son concept !

    Cette approche « positive » permet d’esquiver tout débat sur l’histoire et sur le rôlee qu’elle peut jouer pour une meilleure théorisation . Par exemple on sait que, historiquement, jamais une crise de la demande n’a été résolue en relançant l’offre ! Et pourtant on fait comme si. Les capitalistes le font parce que cela leur rapporte des profits, mais les économistes parce qu’ils ne tiennent aucune leçon de l’hitoire. Stiglitz expliquait qu’une des grande misère de l’économie contemporaine était qu’elle ne connaissait rien de l’histoire des crises économiques et qu’il fallait commencer l’enseignement de l’économie d’abord par là[9]. Au moins sur ce point il rejoignait Marx. En réalité le but ultime des « intégristes » du marché comme les appelle Berr, c’est d’abord d’évacuer l’histoire de la discipline. Les universitaires qui enseignent l’économie apparraissent ainsi comme des semi-idiots, non seulement ils sont finalement assez faibles sur le plan des connaissances mathématiques, à une ou deux exceptions près ils ne font que rabâcher les mêmes modèles, mais en outre ils sont très peu cultivés à l’instar de Tirole par exemple. Ils ne savent rien de la philosophie, rien de l’épistémologie, et encore moins de l’histoire des faits économiques. Ils sont tellement ignares, qu’ils ne savent pas que les débats que nous avons sur presue tous les sujets qui touchent à l’analyse économique ont déjà eu lieu dans les siècles précédents, et donc ils habillent des théories anciennes avec l’apparence de la nouveauté. Je pense par exemple à la théorie du commerce international. Quelle que soit la sophistication de sa présentation, on en est resté à la théorie de Ricardo qui déjà était fausse au début du XIXème siècle !! La même chose peut être dite sur l’idée selon laquelle en déréglementant le marché du travail on va créer des emplois, par le biais d’une déflation salariale. Cette idée remonte au moins à Bastiat, donc au début du XIXème siècle encore et sa fausseté a été largement démontrée. Et pourtant on trouve encore des imbéciles comme Cahuc et Zilberberg pour la reprendre à leur compte[10] !

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/pierre-cahuc-et-andre-zylberberg-le-negationnisme-economique-et-commen-a126951256

    [2] http://www.nber.org/papers/w15639.pdf?new_window=1

    [3] http://www.peri.umass.edu/fileadmin/pdf/working_papers/working_papers_301-350/WP322.pdf

    [4] Sambuc, Cléa. « L'efficacité du marché des organes. Une discussion critique », Revue économique, vol. vol. 63, no. 1, 2012, pp. 51-67.

    [5] A quelques exceptions notables comme Jacques Sapir par exemple.

    [6] Voir par exemple sur ce point la démonstration de Joseph Stiglitz, The price of inequality, W.W. Norton & Company, 2012.

    [7] G.W.F. Hegel, Principes de la philosophie du droit (1820), Vrin, 1975. Hegel connaissait les travaux de Smith par l’intermédiaire de James Steuart, sur lequel Smith avait honteusement pompé.

    [8] Les fondements de l’économie politique (1872), traduction française en quatre volumes chez Giard et Brière, 1904-1914.

    [9] The Roaring Nineties: A New History of the World's Most Prosperous Decade, W. W. Norton & Company, 2004.

    [10] Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le chômage, fatalité ou nécessité ? Flammarion, 2004

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  •  La rentrée râtée de monsieur Macron

    Travailleurs détachés et diplomatie 

    Le président de la République est parti en tournée en Europe de l’Est. Officiellement il s’agissait de s’assurer le soutien des petits pays, anciennement membres du pacte de Varsovie et maintenant plus ou moins bien intégré dans l’Union européenne. Dans un premier temps, les journalistes, et Le monde en particulier, trouvaient que Macron avait réussi son baptême diplomatique en recevant Trump, puis Poutine, puis encore Trump. Nous avions souligné que le président était plutôt dans la représentation permanente vis-à-vis des Français que dans le cadre d’une diplomatie à long terme construite et bien menée dans la recherche de relations stables avec le reste du monde. Cette fois Macron, après des vacances très médiatisées à Marseille, est parti en tournée, apparemment sans avoir trop préparé son voyage. Le but affiché était de rediscuter des conditions d’emploi des travailleurs détachés.  Bien qu’il soit très difficile d’avoir un décompte exact, ils doivent être aujourd’hui aux alentours de 300 000. Il est évident que dans un pays qui compte plus de 5 millions de chômeurs, c’est presqu’une insulte au peuple français. Notez que ce chiffre évolue très vite et qu’il est très probable que les 300 000 travailleurs détachés soient bien plus nombreux. En outre, selon un rapport du Sénat, il y aurait deux fois plus de travailleurs détachés que ce que disent les statistiques officielles[1].

    Les Français sont massivement contre ce système imposé par Bruxelles, aussi bien parce qu’il y a pénurie d’emploi, malgré la petite reprise qu’on connait depuis 1 an et demi, que parce que les travailleurs détachés ne sont pas payés comme des travailleurs français, que ce soit pour les salaires ou pour les cotisations sociales. 

    La rentrée râtée de monsieur Macron 

    Sachant cela Macron nous dit qu’il va essayer de faire en sorte que les conditions d’emploi de ces travailleurs étrangers ressemblent moins à un dumping social. Evidemment pour que quelque chose bouge en la matière, il faudrait que la plupart des pays de l’Union européenne s’alignent sur les positions de la France. On retrouve ici les difficultés récurrentes de l’Union européenne de faire bouger les lignes pour peu que les points de vue soient divergents. Or ils le sont parce que les salaires sont tellement faibles dans les pays de l’Est, et les cotisations salariales aussi, qu’il est très avantageux d’employer des salariés étrangers venant de ces pays, et ce d’autant que ces travailleurs étrangers ne connaissant ni la langue, ni les mœurs, ni la loi des pays dans lesquels ils travaillent, ils sont plus facilement exploitables.

    Il est donc évident que de poser cette question est légitime. En réalité dans cette affaire c’est la méthode de Monsieur Macron qui est problématique. D’abord on ne sait pas très bien ce qu’il veut obtenir – une révision, mais en quel sens ? Ensuite il démarche quelques pays de l’Est et l’Autriche en supposant qu’ainsi il va contourner les oppositions de l’Allemagne, de la Pologne ou encore de l’Espagne. La démarche est déjà scabreuse et mal assurée, d’ailleurs la Roumanie a déjà répondu par la négative aux sollicitations du président français[2]. Mais ne connaissant manifestement aucun des principes élémentaires de la diplomatie, voilà Macron qui depuis Bucarest se met à injurier les Polonais et leur gouvernement[3] ! C’est quelque chose d’inédit dans l’histoire récente de la diplomatie. On avait déjà remarqué que le président français avait traité avec beaucoup de désinvolture Poutine, mais là il nous explique que la Pologne c’est rien, et qu’elle ferait bien de se ranger à ses idées. Supposant qu’il est lui-même le garant de l’orthodoxie européiste, il avance que la Pologne s’est mise en marge de l’Union européenne ! Ce qui est extravagant, quoiqu’on pense par ailleurs du gouvernement polonais. Macron agit comme s’il était le président non pas de la France, mais de l’Union européenne. Evidemment les Polonais ont répliqué par la voix de leur premier ministre, en mettant ironiquement sur le compte de l’inexpérience la cuistrerie et l’arrogance de Monsieur Macron[4].

    Mais ce n’est pas tout, l’inintelligence du présidence français qui n’a pas compris qu’on ne critiquait pas un pays étranger dans un autre pays étranger, s’est encore plus révélée quand il a commencé d’avancer dans la foulée, non seulement les Polonais étaient de mauvais européens, mais que les Français étaient allergiques aux réformes et donc que la France était irréformable[5] ! Critiquer les Français surtout à l’étranger est déjà la preuve non seulement d’un mépris impardonnable, mais aussi l’aveu d’une défaite anticipée quant à ces dites réformes. Il était déjà malvenu d’insulter le peuple qu’on représente à l’étranger, mais on ne comprend pas le sens de cette diatribe. Si les Français ne veulent pas des réformes c’est que peut-être elles sont vues comme néfastes. Mais en outre cela veut dire aussi que Macron s’apprête bel et bien à gouverner contre le peuple ! Certes il suggère qu’il va nous expliquer, mais comme on est un peu limité sa « pensée complexe » risque de nous rester hermétique. Il suppose évidemment qu’il est plus intelligent que nous et qu’il sait ce qui est bon pour nous, quitte à nous l’imposer par la force.

    Même Le monde qui pourtant trouvait jusqu’ici la diplomatie macronienne très efficace, s’en est aperçu, la tournée diplomatique du président français tourne à la débandade. Le journal parle même de crise diplomatique. D’une pierre deux coups : non seulement il a créé un nouveau facteur de division en Europe, mais en outre il a augmenté la détestation des Français à son endroit. La médiocrité et l’amateurisme de sa gestion nous paraissent encore plus fortes que celles de ses deux prédécesseurs. 

    De l’art de se refaire une beauté 

    La rentrée râtée de monsieur Macron

    Décidemment la rentrée de Macron est ratée. En dehors de cette crise diplomatique qu’il a engendré par son comportement irresponsable, le voilà mis au centre d’une histoire ubuesque. Il se maquille beaucoup trop !! Il a dépensé 26 000 € en trois mois[6]. Cette gabegie est révélée au moment où le gouvernement du sinistre Philippe annonce qu’il va falloir qu’on redresse les comptes de la nation notamment en diminuant le montant des APL, en augmentant la CSG sur les retraites ou encore en diminuant de 300 millions d’euros les sommes que l’Etat central alloue aux collectivités locales[7].  

    Rien n’est trop beau pour le président Macron quia ime comme on le sait se transformer en se déguisant en joueur de l’OM, en sous-marinier ou encore en pilote de chasse. Déjà que la rumeur publique lui prête des mœurs « antiphysiques » comme on disait dans le temps, le voilà qui apparaît comme une grande coquette. L’Elysée a justifié ces dépenses d’une façon encore plus ubuesque : ces dépenses extravagantes auraient été le résultat d’une urgence, mais qu’il allait finalement dépenser un peu moins[8]. Ces excès de maquillage ne lui suffiront pas cependant à se refaire une santé dans les sondages. Bien au contraire, sa position est décrite comme autoritaire en même temps qu’aventureuse et fleurant l’amateurisme. Les réseaux sociaux se sont déchainés, multipliant les caricatures, dénonçant en creux un personnage sans envergure qui multiplie les impairs et braque tout le monde contre lui, à la fois tenté par l’autoritarisme et l’irrésolution. 

    La rentrée râtée de monsieur Macron

    Des records d’impopularité à venir 

    Le couple de l’Elysée est très impopulaire, et surtout il atteint ces records à peine trois après leur arrivée, alors même que les réformes antisociale n’ont pas encore été votées. Brigitte Macron est très souvent moquée, aussi bien pour ses relations antérieurement pédophiles avec Emmanuel que ses tenues extravagantes. Il est en effet difficile de se donner l’allure d’unee adolescente de 14 ans quand on a 64 ans. La dernière nouvelle sur ce point est que probablement cette femme porte une perruque pour masquer la perte de densité de sa chevelure. Il est en effet improbable qu’une femme blonde à trente ans sze retrouve avec des racines brunes à 64 ans[9] ! Mais tout cela ne serait rien, si son mari ne voulait pas à tout prix lui donner un statut. Or ce projet de statut a été très attaqué aussitôt qu’il a été dévoilé, d’abord parce qu’elle n’a pas été élue etd onc on ne voit pas pourquoi elle aurait droit à un statut spécial, on sait combien les Français détestent ces amalgames, Fillon a été bien payé pour le savoir, mais ensuite parce que sous le couvert d’une non-rémunération de ses activités, première dame de la République serait donc un travail ?, elle sera défrayée sur la caisse de la présidence d’une manière très hypocrite pour un volume financier qui avoisinerait 200 000 € dans l’année[10]. En vérité ce statut très vague au demeurant loin d’éclaircir les choses, les rend encore plus opaques. Il est vrai qu’entre temps il y a eu une pétition qui a eu un vrai succès puisqu’en plein milieu de l’été elle a recueilli plus de 300 000 signatures[11], ce qui est la manifestation d’une détestation très large, alors que les médias continuent de faire la promotion de Brigittee Macron d’une manière éhontée.

    Plus encore que la politique du président Macron, en elle-même, ce qui est très critiqué c’est cette forme d’hypocrisie qui confine au mépris du peuple. La présidence de Macron confirme s’il en était besoin le divorce entre le peuple et ses dirigeants. Ce n’est pas la France et les Français qui sont irréformables, mais leurs élites qui ne retiennent jamais aucune leçon.

     



    [1] https://www.publicsenat.fr/article/politique/check-point-les-travailleurs-detaches-volent-ils-nos-emplois-54040

    [2] https://www.challenges.fr/monde/europe/la-roumanie-resiste-a-macron-sur-le-travail-detache_494815

    [3] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/08/25/emmanuel-macron-condamne-les-choix-de-la-pologne-qui-se-met-en-marge-de-l-ue_5176498_3214.html

    [4] http://www.europe1.fr/international/la-premiere-ministre-polonaise-qualifie-darrogants-les-propos-demmanuel-macron-3418979

    [5] http://www.lepoint.fr/politique/macron-les-francais-detestent-les-reformes-24-08-2017-2152007_20.php

    [6] https://francais.rt.com/france/42442-frais-maquillage-macron-sont-dus-urgence-moment-elysee

    [7] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/08/04/20002-20170804ARTFIG00193-baisse-de-dotations-aux-collectivites-a-quoi-devait-servir-l-argent.php

    [8] https://francais.rt.com/france/42442-frais-maquillage-macron-sont-dus-urgence-moment-elysee

    [9] https://www.delitdimages.org/puisque-brigitte-aurait-perruque-veux-meme/

    [10] http://www.ouest-france.fr/politique/emmanuel-macron/tribune-brigitte-macron-la-charte-de-la-premiere-dame-une-regression-5203212

    [11] https://www.change.org/p/contre-le-statut-de-premi%C3%A8re-dame-%C3%A0-brigitte-macron

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    Amer savoir, celui qu'on tire du voyage !
    Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
    Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image
    Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui !

    Charles Baudelaire, Le voyage

     

    La révolte contre le tourisme 

    Les Vénitiens manifestent contre la destruction de leur ville par le tourisme

     

    Les raisons de la colère 

    Cet été on a assisté à un mouvement de révolte inédit : les habitants des régions concernés commencent à se révolter contre le tourisme[1]. Certes des mouvements de ce type existaient depuis longtemps, mais ils prennent un tour nouveau parce qu’ils se développent presque simultanément de partout tout autour de la Méditerranée, et surtout ils sont massifs. Evidemment on peut toujours se rassurer en pensant que ce mouvement est juste un mouvement contre le tourisme de masse. Mais non, c’est le tourisme en lui-même qui est dénoncé et critiqué dans ses fondements. Pour comprendre ce mouvement de colère, il faut partir de l’idée simple selon laquelle le tourisme est un des aspects les plus néfastes de la mondialisation. Il est mauvais en soi et pour soi. Des milliers d’études le montrent, le tourisme pollue et détruit l’environnement :

    - il augmente les émissions de CO2 parce que les touristes se déplacent et n’existent qu’en couvrant des espaces de plus en plus importants, en avion, en bus, en train ou en voiture. L’Organisation Mondiale du Tourisme estime que cette activité est responsable de 5% des émissions de CO2 dans le monde[2]. Evidemment cette évaluation est variable. Si Paris est la première destination touristique du monde, c’est aussi la ville qui voit son niveau de pollution atteindre des sommets à cause justement du tourisme, c’est en effet toutes les années plus de 30 millions de touristes qui passent par la capitale[3] ; 

    La révolte contre le tourisme 

    Les Grecs qui subissent déjà la politique de pillage de l’Union européenne sont en plus condamnés à subir les hordes de touristes qui déferlent sur Athènes 

    - il détruit même l’objet de ses désirs. Que ce soit Venise ou Athènes, le tourisme menace ces sites classés comme des merveilles de l’humanité de destruction massive par l’excès du nombre de leurs visiteurs. Sur la Côte d’Azur le tourisme a engendré un bétonnage du littoral qui a défiguré une région magnifique et qui par capillarité a détruit aussi la Provence qui dans le temps était aussi une région agricole ;

    - le tourisme induit un aménagement du territoire qui le plus souvent fait grimper les prix des logements et chasse les autochtones de leurs lieux d’origine, alors qu’ils sont évidemment partie prenante de la culture locale. Dans le même ordre d’idée, le tourisme demande la production d’infrastructures qui consomment une grande quantité d’espace naturel : routes autoroutes, aéroports, mais aussi la mise aux normes de consommation des centres-villes, avec leurs zones piétonnes, leurs faux pavés, leurs faux magasins de souvenirs authentiques, leurs faux cafés et leurs fausses terrasses. 

    La révolte contre le tourisme 

    A Barcelone on dénonce le comportement irrespectueux des touristes 

    Mais les dégâts causés par le tourisme ne s’arrêtent pas là. Il produit aussi un grand remplacement, en Provence non seulement les deux tiers de la population n’en est pas originaire, mais presque plus personne ne parle le provençal, ni même avec un accent prononcé. Il y a une normalisation des comportements dans tous les domaines. A Venise, il n’y a plus de Vénitiens depuis longtemps qui parlent le Vénète. Dans le temps il y avait une économie diversifiée autour de Venise, de l’agriculture, de la pèche, mais aussi de l’industrie. Toutes ces activités ont disparu pour être remplacées par des emplois dans la domesticité, c’est-à-dire pour servir le touriste[4]. En même temps de nouveaux habitants sont venus s’installer et leurs revenus leur ont permis de chasser les plus anciennement installer. La haine s’ajoute à la haine, et il vient que le touriste est méprisé et pris pour ce qu’il est, une simple source de revenus qui compense la disparition des activités traditionnelles. Mais le coût symbolique et culturel d’un tel remplacement est très élevé. 

    La révolte contre le tourisme 

    Invasion touristique à Venise 

    Venise est le symbole de cela. Venise d’existe plus, c’est juste un décor planté là qui justifie que les touristes payent et payent le plus possible. On est évidemment loin de Canaletto. La marchandise s’est emparée de Venise et la détruite. Dans les années cinquante, 150 000 habitants peuplaient la lagune, aujourd’hui ce chiffre est passé à 50 000[5]. La dernière monstruosité ce sont ces bateaux de croisières qui s’approchent dans la lagune et semblent écraser la ville tout entière – non seulement ses bateaux devraient être interdits, mais ils ne devraient même pas avoir le droit de s’approcher de la lagune, on se demande bien ce qu’on peut avoir dans la tête pour prendre un tel moyen de déplacement. Et quand on va sur la place Saint-Marc, ce n’est plus la place elle-même que nous photographions ou que nous voyons, mais une masse informe de touristes. 

    La révolte contre le tourisme 

    Au Pays Basque le Parisien n’est guère aimé 

    Le touriste est sale, s’habille mal, croyant être décontracté, laisse des déchets après son passage, le plus souvent il se conduit en conquérant, supposant que son argent peut tout acheter, y compris sa crasse, son manque de dignité et son imbécilité. Il ne faut pas avoir peur de le dire, le touriste est laid, et rien que son image désolante gâche le paysage. Il est majoritairement vieux, il a le ventre rebondi, l’appareil photo en bandoulière et aime prendre des selfies de lui-même comme si ça pouvait intéresser quelqu’un. Il évolue en troupeau sous la conduite d’un guide qui en général le méprise ardemment aussi. Mais on dira que ce sont des emplois, et que par les temps qui courent le tourisme est nécessaire est incontournable. En France l’emploi généré par le tourisme serait, selon l’INSEE, d’1,3 millions de personnes, soit 4% de l’emploi total[6]. Ce sont des emplois de merde pour reprendre l’expression de David Graeber[7], des emplois de fainéants, mais ils ont émergé justement comme la conséquence de la mondialisation et donc de la division du travail poussée à son extrême. La richesse de ces emplois est complètement nulle, ils ne servent que de prétexte pour faire circuler de la monnaie. Car l’idéal capitaliste, c’est la circulation de l’argent pour faire plus d’argent encore. On appelle cela un idéal de fluidité. Ces emplois ne se seraient pas développés si dans le même temps dans les pays développés on n’avait pas détruit l’agriculture et l’industrie. Mais le pouvoir de l’argent donne momentanément le sentiment au touriste qu’il maîtrise quelque chose et donc qu’il est lui-même supérieur à ceux qui le servent puisqu’il paye. On comprend bien que le mépris fonctionne dans les deux sens, car les domestiques qui les servent n’hésitent pas à montrer leur détestation. Le tourisme engendre presque naturellement une culture de la haine.  

    La révolte contre le tourisme

    C’est évidemment pire encore dans les pays en développement dont les autochtones se voient exclus des emplois et des lieux de villégiature, telle plage, en général la plus jolie, sera réservée uniquement aux touristes. Mais l’impact du tourisme sur l’environnement ne s’arrête pas là. Le touriste consomme également beaucoup d’eau. Il y a quelques décennies, l’ONU encourageait la Tunisie à se reconvertir dans le tourisme, au motif qu’elle n’avait pas assez d’eau pour entretenir une agriculture archaïque et peu productive, mais on s’est aperçu que le tourisme consommait bien plus encore du précieux liquide que l’agriculture[8], puisqu’il faut en effet se laver, construire des piscines et utiliser aussi de l’eau pour accroître la densité d’espaces verts[9]. Autrement dit on a poussé les pays du sud de la Méditerranée à abandonner l’agriculture pour économiser de l’eau, mais le but caché de cette manœuvre était de rendre ces pays dépendant du marché mondial des produits alimentaires. 

    Tourisme et consumérisme

     

    Le spectateur n’est chez lui nulle part,

    car le spectacle est partout

    Guy Debord

     

    Le tourisme est au cœur de la civilisation consumériste. C’est même lui qui lui donne son sens. Cette consommation compulsive du voyage est une compensation à l’ennui d’une vie généralement morne et sans intérêt. L’ennui n’est pas seulement la mère de tous les vices, et plus particulièrement du tourisme, elle est l’autre face de la dépendance à la consommation d’objets et de marchandises. Il en est de cette activité comme de l’immigration de masse, c’est censé nous « enrichir », économiquement et culturellement. C’est évidemment faux, car si le tourisme génère des recettes monétaires, celles-ci sont compensées et au-delà par la destruction de l’économie locale et de l’environnement naturel. En se pliant à la nécessité de consommation des touristes les travailleurs de ce secteur détruisent leur propre culture et la remplace par une culture sans racine, celle de l’argent. En outre les touristes n’ont que très peu de contacts avec les autochtones, sauf des rapports d’argent pour acheter des services ou des marchandises, et dans le cadre de ce qu’on peut appeler le tourisme sexuel qui est une autre forme de la consommation de marchandises et qui se pratique plutôt dans les pays en développement comme une forme renouvelée de colonisation ou d’esclavage. En tous les cas, il s’agit du pouvoir que donne la monnaie sur la vie d’autrui. Si le tourisme sexuel impliquant des enfants est stigmatisé de toutes parts, il existe aussi une diversification de celui-ci. La prostitution est le complément nécessaire du tourisme, et des pays comme la République dominicaine se sont spécialisés dans le tourisme sexuel à destination des femmes, mûres ou âgées[10]. Des campagnes sont menées contre la prostitution des femmes et des enfants destinée aux touristes, et à juste titre. Mais pour autant, dans son principe la prostitution des mâles des pays en voie de développement envers ces vieilles femmes seules qui s’ennuient est tout aussi condamnable. Encore pour s’en apercevoir faut-il avoir conserver un peu de sens moral, ce qui est une denrée hors de prix par les temps qui courent. 

    La révolte contre le tourisme

    « La prostitution n'est qu'une expression particulière de la prostitution générale de l'ouvrier et comme la prostitution est un rapport où entrent non seulement le prostitué mais aussi celui qui prostitue – dont l'abjection est plus grande encore - le capitaliste, etc., tombe aussi dans cette catégorie. »

    Karl Marx, Les manuscrits de 1844. 

    Mais en même temps le tourisme est le produit de la mondialisation, donc de la division internationale du travail. Le tourisme, ce n’est pas une activité, c’est d’abord une marchandise, elle ne pourrait pas exister si dans le même temps on n’avait pas externaliser les fonctions vitales des pays touristiques ; il viendra sûrement un temps, si ce n’est déjà le cas, où les Grecs importeront du fromage de brebis pour satisfaire à la clientèle touristique avec des recettes culinaires à base de feta. En Provence des restaurants font de la cuisine provençale pour les touristes avec une huile d’olive importée d’on ne sait où[11], ou encore avec de l’ail trafiqué produit en Chine à bas prix[12].

    Des pays comme l’Italie ou la France ont fait de cette activité leur première ressource en devises, sabordant au passage leur industrie et leur agriculture. Dans cette logique, le touriste est tout seul, consommateur égoïste de ce qu’il peut se payer en fonction de son budget, il n’inscrit pas son action néfaste dans une logique sociale. Il ne le peut pas. Il compte ses sous et mesure la quantité d’utilité qu’il reçoit en échange. C’est le triomphe de la valeur utilité. Ne créant rien en particulier, aspiré par une logique destructrice, le tourisme est l’emblème d’une civilisation qui est fondée sur la circulation monétaire, c’est-à-dire sur rien. Officiellement, selon les chiffres de l’OMT, le tourisme représenterait 12% du PIB mondial, et 200 millions de personnes (ou de domestiques comme on veut) vivraient des revenus de cette activité prédatrice. Mais comme on le sait, à moins d’être économiste, la monnaie n’est pas forcément la richesse. Elle est seulement une promesse de richesse, en ce sens qu’elle est un droit de tirage sur la richesse à venir. C’est pourquoi elle disparait dans les crises économiques. La richesse générée par l’activité touristique, indépendamment du fait qu’elle dégrade l’environnement et l’être humain, repose sur du sable, c’est le cas de le dire.  

    La révolte contre le tourisme

    D’abord parce qu’elle est tributaire de l’activité économique dans les autres secteurs. La crise de 2008 a en effet ralenti considérablement son développement dans le monde, mais également la France en 2015 a vu ses recettes touristiques diminuer du fait des attentats. Cependant, il faut bien comprendre que du fait du développement rapide de la mondialisation, le tourisme est une calamité, mais lorsque celui-ci ralentit, c’est pire encore parce que les recettes s’effondrent et l’emploi disparait. Ainsi non seulement le touriste est dépendant de ses pulsions consommatrices qui le rendent fou et aliéné au voyage sans but et sans intérêt, mais ceux qui vivent du tourisme sont dépendants maintenant de cette aliénation créée par la mondialisation et la circulation monétaire. 

    La révolte contre le tourisme

    La révolte contre le tourisme

    Eloge de l’immobilité

     

    Les ports c'est con 
    Les gares aussi
    Quant aux Orly 
    N'en parlons pas
    J'aime bien ma taule 
    Et mes bouquins
    Je voyage en douce 
    Ça me coûte rien 

    Léo Ferré, Les gares et les ports

     

    A premier vue, il semblerait que le tourisme soit une chose plus ou moins naturelle. On a le besoin de se déplacer, de connaître autre chose que son chez soi. Mais en réalité c’est juste de l’idéologie. La mobilité c’est le fondement du capitalisme, il faut bouger. Mais cette fuite en avant masque de moins en moins le vide de la vie sociale et économique. Il est temps de revenir à une immobilité relative. Disons à sortir de ces béquilles que sont les moyens de déplacement modernes qui nourrissent aussi l’ambition stupide de la réussite sociale par l’argent. Car la mobilité fabriquée et quasi obligatoire pour travailler, pour consommer et se distraire, se double aussi de la nécessité de mobilité sociale qui renvoie forcément à l’accumulation de capital monétaire ou de capital symbolique. C’est pourquoi l’éradication de ce fléau qu’est devenu le tourisme international, passe par une remise en cause profonde de l’idée de croissance économique, avec l’idée de travailler et de consommer autrement. C’est en effet sur les manières de produire, ainsi que nous l’a appris Marx, qui induisent les formes des relations sociales. Il est donc impossible qu’il puisse exister un tourisme propre et respectueux de l’environnement comme des cultures. C’est la même erreur que de croire que le problème de la pollution se réglera par le développement des énergies « propres »[13]. La question énergétique ne peut se résoudre que dans la décroissance, comme le tourisme prédateur et destructeur ne peut se résoudre qu’en disparaissant. Il ne peut y avoir de tourisme propre sauf pour une petite élite aristocratique qui en a les moyens. Dès lors que la démocratisation pousse vers le tourisme de masse, les effets négatifs sont incontournables. C’est juste une affaire de slogan publicitaire que de parler de tourisme propre ou d’éco-tourisme, c’est un mensonge de plus dans une société qui ne vit que de cela.

     

    C’est ce qu’avait compris Baudelaire qui fut assurément un des meilleurs critiques de la modernité et de ses idées farfelues.

     

    Les hiboux, Charles Baudelaire

     

    Sous les ifs noirs qui les abritent,

    Les hiboux se tiennent rangés,

    Ainsi que des dieux étrangers,

    Dardant leur œil rouge. Ils méditent.

     

    Sans remuer ils se tiendront

    Jusqu'à l'heure mélancolique

    Où, poussant le soleil oblique,

    Les ténèbres s'établiront.


    Leur attitude au sage enseigne

    Qu'il faut en ce monde qu'il craigne

    Le tumulte et le mouvement,


    L'homme ivre d'une ombre qui passe

    Porte toujours le châtiment

    D'avoir voulu changer de place. 

    La révolte contre le tourisme

     


    [1] http://www.liberation.fr/planete/2017/08/07/en-espagne-des-touristes-malmenes-et-un-ras-le-bol-generalise_1588183 et aussi https://www.marianne.net/economie/une-epidemie-anti-touristes-se-propage-en-europe?utm_term=Autofeed&utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#link_time=1502921045

     

    [2] http://www.lechotouristique.com/article/le-tourisme-genere-5-du-co2-dans-le-monde,39522

    [3] https://www.consoglobe.com/vrai-impact-carbone-paris-cg

    [5] http://www.francetvinfo.fr/monde/italie/les-venitiens-etouffes-par-le-tourisme-de-masse_2066457.html

    [6] https://www.insee.fr/fr/statistiques/1283777

    [7] https://libcom.org/library/phenomenon-bullshit-jobs-david-graeber cette idée de boulots de merde a été reprise et étendu dans l’ouvrage de Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde !, La découverte, 2016.

    [8] http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/07/25/le-tourisme-assoiffe-les-pays-mediterraneens_1077211_3244.html

    [9] Voir aussi sur ce thème http://ec.europa.eu/eurostat/documents/3888793/5844533/KS-78-09-699-FR.PDF/fb4a9ccf-034b-49c7-ae3d-de5dba39fbe8

    [10] https://partir-entre-amis.fr/tourisme-sexuel-au-kenya-ou-en-rep-dom/

    [11] http://www.atlantico.fr/decryptage/grosse-arnaque-huile-olive-reglementation-europeenne-influence-lobby-agro-alimentaire-perico-legasse-967539.html

    [12] http://www.curioctopus.fr/read/10757/ail-en-provenance-de-chine:-voici-pourquoi-il-n%E2%80%99est-pas-bon-et-comment-le-reconnaitre

    [13] Voir sur ce thème un article intéressant qui incite à changer de mode de production : http://www.usinenouvelle.com/article/l-energie-propre-ca-n-existe-pas.N29136

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  •  Attentats meurtrier à Barcelone et à Cambrils

    Un nouvel attentat vient d’avoir lieu en Europe, à Barcelone précisément. Le premier bilan est très lourd, au moins 13 morts et 80 blessés. Cet attentat a été revendiqué au nom de l’Etat Islamique et donc au nom de l’Islam. Comme d’habitude on a donné dans le registre compassionnel, Macron ou Hidalgo y allant de leur solidarité avec Barcelone. Mais tout cela reste bien en deçà des problèmes soulevés par une méthode qui se répand de plus en plus en Europe. Quelques heures plus tard on apprenait qu’un autre attentat avait eu lieu au sud de Barcelone, à Cambrils, avec un bilan bien moins lourd, seulement quelques blessés dont un dans un état critique[1]. Plusieurs terroristes ont été tués. Il y a une répétition de ces actions meurtrières un peu partout en Europe depuis l’attentat du 14 juillet 2016 de Nice, dans le même genre il y a aussi Berlin, Londres et Stockholm[2]. Ces deux attentats simultanés en Catalogne font douter que l’attentat font douter d’ailleurs que l’attaque de la pizzeria à Sept-Sorts soit une fois de plus le fait d’un déséquilibré. 

    Attentats meurtrier à Barcelone et à Cambrils 

    Driss Oukabir l’auteur présumé de l’attentat 

    Mais tout cela est bien connu. On peut cependant réfléchir au-delà de la simple compassion nécessaire envers les victimes. Le premier point est que les représentants de l’autorité ne semblent pas avoir les réponses adéquates. Le président de la région Catalogne, Carles Puigdemont, avant même de ne rien connaître des tenants et des aboutissants des deux attentats qui ont endeuillé la région qu’il préside, a avancé que « la Catalogne restera une terre de paix et d’accueil »[3]. Comme ses confrères de la classe politique en Europe, il ne semble pas comprendre qu’il s’agit d’une véritable guerre contre l’Islam radical. Il emploie le mot « paix » là où il devrait employer le mot « guerre ». Il fait comme s’il s’agissait d’un accident inattendu ou d’une sorte de catastrophe naturelle. Il suppose que rien ne sera changé et donc que l’immigration clandestine ou pas continuera comme avant, que l’Islam radical aura encore pignon sur rue, pourra continuer à recruter et à prêcher la guerre contre les mécréants. C’est bien plus qu’une compréhension erronée des événements qui lui éclatent à la figure, c’est une incapacité à protéger ses citoyens. Espérons que cet ultime attentat fasse un peu changer nos politiques et qu’ils prennent la dimension de cette guerre qui est pourtant revendiquée comme telle par l’Etat Islamique. 

    Attentats meurtrier à Barcelone et à Cambrils 

    Cette attitude de déni des hommes politiques est confortée par le discours véhiculé par la presse ordinaire. Je passe sur le fait bien connu de décrire les terroristes comme des désespérés ou des fous. En tous les cas la responsabilité de ces attentats n’est jamais claire. Ainsi le journal Le monde nous signale que c’est « une fourgonnette qui a percuté la foule ». Cela relève du mensonge ordinaire : la fourgonnette n’y est pour rien, c’est la personne qui la conduisait qui est un criminel. Il eut fallu écrire un terroriste massacre la foule sur la place de Catalogne au nom de l’Islam. Voilà qui aurait été plus clair. Il est évident que si on commence par ne pas nommer clairement un événement, il sera impossible d’y faire face correctement.

    On sait par ailleurs que Barcelone est un des foyers de l’islamisme radical. Or cette ville a déjà payé un lourd tribut à la guerre, c’était en 2004, plusieurs bombes avaient explosé dans des trains faisant 191 morts[4]. Déjà à cette époque on avait eu droit aux lamentations compassionnelles des différents chefs d’Etat assurant la Catalogne de son soutien : mais tout cela ce sont des discours mensongers destinés à masquer le fait qu’on ne fera rien. La continuité de ces attentats montre qu’on ne doit pas les traiter à la légère comme des cas isolés, mais au contraire les comprendre comme un tout. C’est sans doute plus qu’une question policière, une question politique.  Mais il est vrai que les Etats ayant été dépossédé de leurs attributions, n’osent plus prendre de décision autre que minimale.

     



    [1] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/terrorisme/20170818.OBS3503/attentat-de-barcelone-une-autre-attaque-dejouee-a-cambrils.html

    [2] http://www.leparisien.fr/faits-divers/attentats-a-la-voiture-belier-nice-berlin-stockholm-et-londres-frappes-par-ce-scenario-meurtrier-04-06-2017-7016559.php

    [3] http://www.lemonde.fr/attentat-a-barcelone/video/2017/08/17/attentat-de-barcelone-la-catalogne-est-et-restera-une-terre-de-paix-et-d-accueil_5173514_5173500.html

    [4] http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/40877-barcelone-terrorisme-attentat-barcelone-espagne-avait.html

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  •  La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Avec la multiplication des sources d’information, les fake news se sont démultipliées, si bien qu’on ne distingue plus trop les fausses nouvelles déversées par les organes officiels de propagande comme Le monde ou Le Figaro, des imbécillités balancées jour après jour sur la toile par les sites complotistes. Et puis il y a des posts qui tombent sans source aucune sur Facebook ou twitter et la rapidité avec laquelle circule l’information engendre une surconsommation des images, or les images se prêtent très facilement, bien plus facilement que les statistiques par exemple, à la manipulation de l’information. Tout le monde peut du reste se faire prendre, parce qu’il s’agit d’une gymnastique constante à laquelle nous devons nous livrer pour ne pas à notre tour faire circuler la désinformation. Le plus souvent il s’agit d’utiliser des enfants, des femmes, âgées si possible, pour démontrer l’innocence face à la barbarie. Donnons quelques exemples.

     

    Dans Guy Debord, son art, son temps, en 1994, l’auteur avait montré comment à partir d’une fillette qui était en train de se noyer, aspirée qu’elle était par une coulée de boue, l’image était devenue l’ultime expression de la vérité, aussi horrible soit elle. Et donc quelle que soit l’horreur qui en ressortait, il fallait passer outre, le débat ne portait plus sur la mort assurée de cette malheureuse petite fille, mais sur l’éthique des journalistes qui se posaient la question de filmer cette horreur puis de la projeter dans le monde entier. Depuis on a été encore plus loin dans ce sens.

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Extrait de Guy Debord, son art, son temps, 1994 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

     

    On voit ci-dessus un post qui circule depuis quelques jours sur la toile et qui tend à demander une intervention musclée de Donald Trump. La situation au Venezuela est très confuse, ce n’est pas mon sujet de l’analyser aujourd’hui, mais nous constatons qu’il y a une propagande effrénée pour tenter de démontrer que Maduro est un sanglant dictateur[1]. Le message ci-dessus représente une petite fille de 7 ans, ce qui veut dire que l’enfance innocente est en danger et donc que Maduro est bien un dictateur. Ce message n’a pas de source, il tombe comme ça sur l’écran de votre ordinateur. Il suscite d’abord l’émotion pour justifier une politique. C’est sans doute le signe avant-coureur presque certain d’une intervention américaine musclée dans ce pays.

    Mais si on cherche un peu sur Internet, on retrouve une autre Bana, dans un message plus ancien elle met en scène sa propre misère dans la guerre. Celui-là : 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Comme on le voit les services de propagande ne font pas preuve d’une grande imagination : c’est presque du copier-coller. C’est encore Bana qu’elle soit syrienne ou venezuelienne ! Elle a toujours 7 ans, mais avant d’être sous la dictature de Maduro, elle souffrait en Syrie et elle appelait le monde entier à son secours ! Ce dernier message a été répété plusieurs fois sur un fond de photos de guerre. Leur grand nombre qui était manifestement des mises en scène, a amené à se poser la question de son existence, en tous les cas ses tweets posaient la question de savoir comment une petite fille de sept ans pouvait écrire dans un anglais de si bonne qualité[2]. Mais il parait qu’elle existait vraiment et qu’elle a fini par être évacuée d’Alep puis récompensée pour son rôle dans la guerre. Bana s’est ainsi retrouvée apparemment en Turquie, et là elle a servi à la propagande d’Erdogan. On avait déjà vu cela avec les boat-people à la fin des années soixante-dix. 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    A partir de l’idée selon laquelle la guerre est une mauvaise chose, surtout pour les enfants, le but est de susciter l’émotion et la culpabilité. C’est notamment le cas avec les migrants. Il est clair que si on ne les aide pas, on est un vrai salaud. Là encore on va servir de photos d’enfants, morts de préférence, pour nous faire admettre que nous petits français au portefeuille un peu plat, on se doit de les accepter, car comme le fait savoir le président Macron l’immigration est une chance pour l’Europe, et donc ne pas vouloir les accueillir est non seulement un antieuropéisme primaire, mais également la preuve d’un manque de compassion. Evidemment si je mets des photos pour illustrer mon article sur la violence des migrants, ou des photos de bagarres entre migrants, comme celle que je colle ci-dessous, je vais susciter la peur chez les Français et donc un rejet, alors qu’on sait que le sentiment anti-migrant est très élevé. Alors je vais choisir de privilégier les photos d’enfants, par exemple celle d’un enfant mort noyé sur une plage. Cette photo a été abondamment commentée, elle a fait le tour du monde. Il s’agit du petite Aylan Kurdi qui n’avait que trois ans au moment des faits.  

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Comment lire cette photo du jeune Aylan ? Elle sert d’abord à prouver l’égoïsme de l’Occident. C’est bien parce que l’Europe n’a pas mis de moyens matériels pour les réfugiés afin qu’ils traversent facilement la Méditerranée que le petit Aylan est mort. Cette photo a été publiée dans Le monde. Cependant rapidement le doute a été entretenu. D’abord parce que manifestement la photo a été recadrée comme le montre la suivante. Pourquoi ? et bien parce que si on la regarde dans son entier, on voit un autre militaire en train de prendre des photos, et un peu plus loin encore, deux autres pêcheurs qui paraissent indifférent à cet incident.  

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

     

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    En conservant l’original sans le tronquer, l’Occident n’apparait plus le seul égoïste en question ! on voit en effet dans le fond de l’image des pêcheurs qui continuent paisiblement leur activité, et puis surtout on voit un second militaire occupé principalement à prendre des photos, lui-même étant photographié par une troisième personne ! Il est donc au moins évident que deux personnes ont saisi l’occasion de la mort d’Aylan pour faire des jolies images qui allaient susciter l’émotion dans le monde entier. 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion 

    Les réactions à ces manipulations de l’image ne se sont pas faites attendre. Evidemment les sites d’extrême-droite ont crié au complot[3]. On a discuté à cette époque du rôle des passeurs, mais assez peu finalement, ou du pourquoi cet enfant n’avait pas de gilet de sauvetage. Le monde qui avait été beaucoup critiqué pour sa complicité dans cette propagande, a tenté de « décoder », mais sans convaincre[4]. On note évidemment que l’apitoiement sur un petit enfant mort a coupé tout de suite la réflexion sur les raisons des migrations et l’analyse sur les causes des guerres qui fabriquent des milliers de réfugiés. C’est sans doute le but de ce genre d’opération, mettre les européens devant le fait accompli : si des petits enfants se noient, alors on ne peut pas faire autrement que d’accueillir les migrants. Une étude des messages instantanés balancés sur les réseaux sociaux montre l’impact de cette propagande par l’image[5]. Cependant cette lecture compassionnelle des réfugiés syriens a été rapidement compensée par les exactions des migrants en Allemagne la fameuse nuit de Cologne qui a vu des centaines de femmes agressées d’une manière systématique et organisée par des migrants[6]. C’est là la preuve que la simple émotion ne suffit pas à enraciner une idée politique. Les sondages montrent que les Français restent opposés largement à l’accueil des migrants[7]. En Italie les migrants sont de moins en moins bien accueillis[8]. Mais c’est la même chose en Allemagne[9], ou encore en Belgique[10]. Ci-dessous, on voit que l’impact de l’image, même s’il est fort sur l’opinion n’est pas durable 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

     

    Source, Sud-Ouest, 3 mars 2016  

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    La propagande par l’enfant a été très souvent utilisée contre Israël par les Palestiniens[11]. En 2000 un enfant, Mohamed Al Doura serait mort dans les bras de son père Jamal Al Doura. Une polémique avait éclaté pour dénoncer une mise en scène[12]. Charles Enderlin et France 2 avaient été accusés de manipulation par l’agence de presse MENA. En effet aucune preuve de la mort par balle avait été avancée par Enderlin, mais on s’était aperçu que les blessures du père étaient plus anciennes et ne pouvaient avoir été faites ce jour-là.    

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    On a également beaucoup vu cette petite adolescente prendre souvent la pose face aux soldats israéliens. C’est sensé démontrer qu’Israël est un Etat fasciste qui s’en prend aux enfant palestiniens sans défense. Ces images ont, elles aussi, fait le tour du monde. Cette adolescente, Ahed Tamimi, sera reçue en grande pompe en Turquie, en Allemagne et même en France. Mais même L’obs qui est pourtant un journal très politiquement correct s’est aperçu de la supercherie et s’est rendu compte qu’il s’agissait chaque fois d’une mise en scène bien rodée edt qu’Ahed Tamami était une excellente actrice[13]. La preuve de ce qu’on avance ici se trouve dans un petit film diffusé sur Youtube à l’adresse suivante :

     

    https://www.youtube.com/watch?v=5sxqsmv0T1A

     

    Que voit-on dans ce film ? La même Tahed Tamami attendre que tout soit mis en place pour jouer sa comédie de la révolte contre Israël devant des caméras. C’est sans doute pour cela qu’on voit les soldats de Tsahal si souriants et si décontractés parce qu’ils ne la prennent pas au sérieux. Donc la jeune adolescente attend que les adultes soient prêts à filmer la scène avant d’aller faire sa provocation habituelle. On verra même un peu plus loin, les parents amener les enfants, les pousser contre les soldats sans doute en espérant un petit dérapage pour la photo. Notez que comme Ahed Tamami est blonde et qu’elle a les yeux clairs, ses photos sont destinées à la propagande extérieure et non pas aux Palestiniens eux-même.  

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Evidemment si j’utilise des photos d’enfants palestiniens formés dès leur plus jeune âge à la haine d’Israël et à la guerre, je n’obtiendrais pas le même résultat. Des films et des photos existent pourtant qui démontrent un endoctrinement dès le plus jeune âge. Mais ces photos circulent bien moins parce que les journalistes occidentaux sont largement pro-palestiniens, et donc montrer ces images reviendrait à dire que les Palestiniens n’œuvrent pas vraiment pour la paix. Il est toujours meilleur de montrer un enfant désarmé et innocent face à la barbarie des armes. Les Palestiniens et leurs soutiens en Occident sont devenus des maîtres en matière de manipulation d’images. Evidemment une telle manipulation demande des complicités, celles-ci se trouvent d’abord dans une condamnation à priori d’Israël quoi que ce pays fasse.

     

    La conclusion de tout ceci est que les enfants servent dans tous les cas à alimenter des images de propagande. C’est une autre forme du proverbe, selon lequel la vérité sort de la bouche des enfants. Leur diffusion vise deux buts : d’abord évidemment légitimer un combat politique, ensuite couper court et systématiquement à la réflexion. Dans le cas présent on se sert des images et des films pour prouver les violences de Maduro au Venezuela. Et bien sûr il est à peu près certain que Maduro n’est pas un saint. Mais au-delà il s’agit de préparer les esprits à une intervention plus active de la part des Etats-Unis dans leur chasse gardée, et donc de trouver une certaine légitimité à partir d’images violentes, en évitant d’analyser les raisons d’une intervention directe ou indirecte des Etats-Unis pour mettre ce pays au pas.  

    En fait la manipulation des images et la manipulation par les images possèdent des limites, et son usage est assez éphémère dans le temps. C’est comme un fusil à un coup. Après la mort d’Aylan Kurdi, d’autres enfants de réfugiés ont connu le même sort tragique, mais leurs images n’ont pas eu le même écho. Non pas parce que les populations sont devenues plus indifférentes, mais sans doute plutôt parce qu’elles se lassent d’être prises en otage en les privant d’une réflexion élémentaire.

     

     


    [1] http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170731.OBS2803/venezuela-la-composante-la-plus-radicale-de-l-opposition-l-a-emporte.html

    [2] http://www.lalibre.be/actu/international/la-petite-bana-7-ans-temoin-d-alep-est-existe-t-elle-vraiment-58526b08cd701e2eb28816d9

    [3] http://www.dreuz.info/2015/09/07/enfant-aylan-kurdi-mort-sur-la-plage-ce-que-la-photo-recadree-vous-a-cache/

    [5] https://www.buzzfeed.com/craigsilverman/photos-aylan-reformule-debat-refugies?utm_term=.qfz6Wr5A5#.mx9Q9yNkN

    [6] http://www.lefigaro.fr/international/2016/07/12/01003-20160712ARTFIG00162-allemagne-1200-femmes-agressees-pendant-la-nuit-du-nouvel-an.php

    [7] http://www.ouest-france.fr/monde/migrants/sondage-dimanche-ouest-france-les-francais-opposes-laccueil-des-migrants-4075823

    [8] http://www.termometropolitico.it/1262426_sondaggi-swg-immigrazione.html

    [9] https://francais.rt.com/international/30437-majorite-allemands-considerent-refugies-principal-probleme-sondage

    [10] http://www.lesoir.be/archive/recup%3A%252F1288503%252Farticle%252Factualite%252Fbelgique%252F2016-08-11%252Fsondage-60-des-belges-pensent-qu-il-y-trop-migrants

    [11] http://www.tribunejuive.info/israel/la-haine-disrael-a-letat-pur

    [12] http://www.debriefing.org/15081.html

    [13] http://tempsreel.nouvelobs.com/l-obs-du-soir/20150923.OBS6394/l-ado-palestinienne-qui-defie-l-armee-israelienne.html

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