• L’amateurisme au pouvoir 

    Les difficultés de Macron et la future loi sur le travail 

    La présidence de Macron ne débute guère sous des bons hospices. Derrière les effets d’une communication tapageuse, c’est l’impression d’amateurisme qui domine. A peine élu, son parlement mis en place, et les difficultés s’accumulent. Contrairement aux journalistes qui laissent entendre que Macron est un homme déterminé qui a des idées sur un peu tout, il apparaît comme un homme assez hésitant, peu structuré sur le plan politique. Bien moins adroit que son prédécesseur en la matière, il multiplie les bourdes en matière diplomatique. Après avoir dit tout le mal possible et imaginable de Poutine et de Assad, le voilà maintenant qu’il revoie sa position et propose de travailler avec Poutine pour faire avancer les choses en Syrie ! Peu de gens y ont fait attention, mais il se révèle comme un président peu fiable[1]. A l’évidence, le Conseil européen qui vient de se terminer est un échec pour Macron : en effet, ses propositions sur les travailleurs détachés ont été balayées d’un revers de main[2], mais également sa volonté affichée d’encadrer et de contrôler les investissements chinois en Europe dans les secteurs sensibles, ont été poliment ignorées, voire moquées[3]. Le manque de préparation de Macron sur les dossiers européens est manifeste et sa volonté de réformer l’Union européenne de l’intérieur dans son fonctionnement parait aussi lointaine que nébuleuse. Malgré la bienveillance, pour ne pas dire plus du journal Le monde, celui-ci n’a pas pu cacher à ses lecteurs qu’à part un numéro de communication, Macron n’avait strictement rien obtenu[4]. 

    Les difficultés de Macron et la future loi sur le travail 

    Entre les deux tours des législatives, la désaffection de l’électorat pour les votes a été tel que le parlement de Macron non seulement a déçu les attentes : les sondages lui donnaient entre 400 et 450 députés, son mouvement n’en a eu à peine 300, mais tout le monde a remarqué que seulement 16% des électeurs inscrits avaient votés pour ses représentants, et que pourtant il obtenait une majorité confortable. On a pu qualifier cette saison électorale de hold-up du siècle[5]. Et Jacques Sapir soulignait que Macron était le président le plus mal élu de la Vème république[6], et qu’il y avait un divorce qui commençait à se voir entre le pays réel et ses représentants. La méfiance s’est manifestement installée. Si on additionne les abstentionnistes et les bulletins blancs ou nul on arrive au chiffre effarant de 61,5% ! C’est d’une grève massive des électeurs dont il s’agit, ce qui rend la légitimité des élections présidentielles et législatives problématique. En tout cas une grande méfiance du peuple vis-à-vis d’un banquier qui est vu à juste titre comme le représentant du grand capital s’installe. Malgré sa très large majorité parlementaire et l’appui inconditionnel et sans précédent des médias, Macron n’est pas et ne sera pas un président populaire, sa cote de confiance comme celle de son ministre Edouard Philippe est en train de baisser assez rapidement[7]. Il profite seulement d’une période très délicate de recomposition de la vie politique en France. En outre il ne se passe pas un jour sans qu’un député LREM ne se fasse remarquer par son incompétence ou son imbécilité[8]. C’est même tout le groupe LREM qui apparaît comme une absurdité en se donnant comme président Richard Ferrand, mis en cause dans une affaire immobilière qui fleure bon la prise illégale d’intérêt[9]  et qui semble suivre le même chemin que François Fillon vers la mise en examen. Ces péripéties montrent à quel point LREM est un parti corrompu comme un autre, sauf que ses membres sont complètement inexpérimentés. Pour la moralisation de la vie politique on repassera. Du reste François Bayrou qui devait présenter la loi sur la moralisation de la vie politique, a été écarté du gouvernement pour ses affaires d’emplois fictifs[10] et fait l’objet de poursuites judiciaires ! 

    Les difficultés de Macron et la future loi sur le travail 

    Les affaires, puis l’éviction des ministres du MODEM, ont montré que le gouvernement Philippe avait manifestement été construit dans la précipitation. Ferrand, Bayrou puis Goulard et de Sarnez ont employé globalement les mêmes arguments que Fillon : ce sont des campagnes de calomnies et on va porter plainte contre ceux qui diffusent ces calomnies. Evidemment les plaintes ne sont pas là et les révélations continuent. Mais voilà que le président fraîchement élu fait lui aussi l’objet d’une enquête sur son déplacement à Las Vegas, ce qui est assez inédit dans un laps de temps aussi court[11]. Même si Michel Sapin avait affirmé que Macron était hors de cause dans cette affaire (on n’est pas obligé de le croire), on se souvient que non seulement l’organisation de ce voyage avait coûté très cher, on parle d’une somme avoisinant 400 000 €, mais qu’elle n’avait pas été l’objet d’un appel d’offre. On soupçonnait aussi Macron d’avoir utilisé les fonds de Bercy pour sa promotion en tant que candidat à l’Elysée et non dans le cadre de ses fonctions de ministre de l’économie, pour un montant de 120 000 €[12]. La justice enquête donc sur la dispendieuse soirée de Macron à Las Vegas. Mais voilà que celle qui se retrouve au cœur de tous les soupçons est Muriel Pénicaud qui était alors la présidente de Business France, boutique dépendante de l’Etat qui est chargée de la promotion de la France à l’étranger[13] ! Cela ne manque pas de sel puisque c’est elle qui est chargée de mener au pas de charge la réforme par ordonnances du droit du travail dans le sens demandé par le MEDEF. On se demande si elle va pouvoir faire cette sinistre besogne étant donné qu’elle risque de se retrouver face aux juges, peut-être même mise en examen elle aussi. Sera-t-elle démissionnée dans quelques semaines ? En tous les cas, une telle avalange d’affaires judiciaires dans les tous premiers jours d’un président et d’un parlement nouvellement élus, est quelque chose d’inédit. Sarkozy et Hollande avaient attendu quelques mois pour connaitre leur première tourmente judiciaire. 

    Les difficultés de Macron et la future loi sur le travail 

    Les ordonnances sur le droit du travail 

    Cette question sera certainement au cœur du débat dès l’automne, et c’est par rapport à elle que les syndicats vont devoir se positionner pour exister, montrer qu’ils servent à quelque chose. On n’en connait pas encore le contenu exact, mais des fuites ont été organisées, provoquant un tollé[14]. Pénicaud a beau dire qu’elle ne connait pas cette note de la DGT qui est pourtant sous sa tutelle, qu’elle portera plainte pour vol de documents, personne ne la croit, les journaux ont cependant pris cette note au sérieux, preuve qu’ils pensent, comme tous les Français, que Pénicaud est une menteuse.

    Ici il faut s’arrêter et distinguer deux choses et se poser les bonnes questions : est-ce que cette loi est nécessaire ? Autrement dit est-ce que la flexibilité du marché du travail est un obstacle à l’embauche comme le serinent la droite et le patronat depuis le début du XIXème siècle ? Quelles seraient ces modalités de flexibilisation accrue du marché du travail ?

    Dans un précédent billet[15] j’avais signalé que la plupart des économistes sérieux savent qu’il n’y a pas de lien entre chômage et flexibilité du marché du travail, et qu’en outre, les possibilités de CDD suffisent largement à donner de la souplesse à l’embauche. Un simple graphique suffit à montrer que s’il y a un lien évident entre croissance et emploi, il n’y en a pas entre flexibilité du marché du travail et chômage. On voit que dans la période 1997-2002, la croissance est très soutenue, et le taux de chômage baisse nettement, alors que le droit du travail est resté inchangé et que le système des allocations chômage n’a pas bougé. On note qu’à cette époque le gouvernement de Lionel Jospin avait suivi les recommandations de l’OCDE qui considérait que les salaires avaient trop peu évolué par rapport à l’évolution de la production, et donc qu’il fallait relancer la demande des ménages par le biais de la hausse du SMIC et des minimas sociaux. Ce qui avait été fait et qui avait provoqué une baisse forte du chômage. Il est facile de voir également que le caractère erratique du taux de chômage n’a aucun lien avec les modifications du droit du travail : ce qui ruine complètement l’idée que les allocations chômage incitent les travailleurs à ne pas chercher du travail. En effet il n’y a pas de raison que le taux de fainéants chez les salariés fluctue en fonction de la conjoncture économique ! 

    Les difficultés de Macron et la future loi sur le travail 

    Deux publications viennent contredire la logique précipitée de Macron de faire passer en force des ordonnances pour aller encore plus loin dans le sens de ce qui a été fait par la loi El Khomri selon les souhaits de Bruxelles et du Grand Patronat. On se souvient que cette loi, Macron voulait en réclamer la paternité, la présenter lui-même devant le parlement, mais cela lui avait été refusé par le premier ministre de l’époque Manuel Valls. La première publication est la Note de conjonctures de l’INSEE du mois de juin 2017. L’INSEE est une boutique on ne peut plus sérieuse et qui ne peut en aucun cas être assimilée à une organisation de propagande gauchiste. Or dans ce numéro, elle donne les résultats d’une enquête auprès des chefs d’entreprises : il s’agit de voir ce qui selon ceux-ci empêche d’embaucher. Le premier résultat est que ces difficultés sont liées d’abord à la reprise économique : quand la reprise de l’activité se fait jour, il est plus difficile d’embaucher, le marché se tend. Ainsi les chefs d’entreprise mettent d’abord en avant l’incertitude économique et la main d’œuvre compétente disponible. Les questions de droit et de réglementation ne viennent que bien après. Or c’est sur ce seul point que le gouvernement Macron prétend agir. 

    Les difficultés de Macron et la future loi sur le travail 

    La deuxième publication qui contredit les hypothèses de la réforme du droit du travail est celle de Philippe Askenazy et Christine Erhel, Qualité de l’emploi et productivité[16]. Si la Note de conjoncture de l’INSEE se situe dans le court terme, les travaux d’Askenazy et Erhel traitent du moyen et long terme. Ils s’attaquent à ce qui constitue le cœur même de la politique économique de l’Union européenne et donc de Macron : les ajustements s’opèrent par les coûts du travail et par la dégradation concomitante des conditions d’emploi. Tout le monde sait cela : pour augmenter les profits, on a appuyé sur les salaires et les conditions de travail, développant une précarisation sans précédent, et des relations sociales dans l’entreprise très dégradées[17]. Et bien sûr Macron veut aller encore plus loin dans ce sens, en donnant plus de pouvoir aux entrepreneurs pour licencier, pour fixer les conditions d’emploi et même les heures travaillées. Or cette détérioration des conditions d’emploi pèse finalement sur la productivité du travail, et par suite sur la croissance. En vérité cela n’est pas nouveau, c’est déjà les idées qui ont présidé à la mise en place de normes sociales dans les entreprises sous l’égide de l’OIT (Organisation Internationale du Travail). Lorsque les entreprises sécurisent leurs travailleurs, lorsqu’elles versent des salaires décents, alors cela engendre plus de croissance et les travailleurs travaillent mieux. En outre des bons salaires entretiennent la demande globale[18].

    Askenay et Erhel montrent que depuis 2008, c’est-à-dire depuis la crise qui a permis de resserrer les boulons sur les conditions d’emploi et les salaires, la productivité en France qui reste à un niveau très élevée, commence maintenant à baisser, ce qui augure mal de l’avenir pour la croissance et pour la compétitivité ! On peut ajouter par exemple dans ce contexte, que la baisse de la durée du travail augmente bel et bien la productivité par tête parce qu’elle permet au salarié un meilleur épanouissement. En effet une baisse de la durée du travail améliore aussi la santé globale des travailleurs et il est très clair que l’amélioration de l’état sanitaire des populations est aussi un facteur de hausse de la productivité du travail, et donc de la croissance. Les Suédois ont testé récemment la semaine de 32 heures – vieille revendication de Roosevelt dans les années trente – et tout le monde s’accorde pour dire que c’est un succès[19]. Mais Macron et Pénicaud, la future mise en examen, pensent, comme les plus réactionnaires des patrons, qu’au contraire il faut donner plus de liberté aux chefs d’entreprises pour déterminer la longueur des horaires. Ils pensent à rebours du progrès général des sociétés. Je fais remarquer que la droite et le patronat ont toujours été contre les lois de baisse de la durée du travail, au motif que cela ruinait la compétitivité du pays. C’était déjà le cas en 1841[20], ce fut le cas sur les 39 heures en 1982, et ce fut évidemment encore le cas pour la loi sur les 35 heures que Macron voudrait bien abolir sans le dire. Ils n’admettent pas qu’une partie des progrès de la productivité puisse être reconvertie en baisse des durées travaillées, mais en outre, ils ne comprennent pas que la baisse de la durée du travail accroît plus que proportionnellement la productivité du travail au moins à moyen et long terme[21].  

    Les difficultés de Macron et la future loi sur le travail

    Conclusion 

    On ne connait pas exactement encore le contenu des ordonnances qui seront proposées au vote des députés et on ne connait pas le détail de ce qui sera discuté avec les syndicats. Un texte assez flou circule depuis quelques jours, certes il est inquiétant, mais comme il ne contient pas trop de détails pratiques, on a du mal à le critiquer précisément, les termes juridiques ne facilitent pas la lecture pour le salarié de base[22]. Cependant on connait l’esprit qui anime ces gens : reprendre le pouvoir dans les entreprises, détruire le peu de démocratie sociale qu’il subsiste, avec comme point de mire le modèle social décomposé des Etats-Unis. Etant donné qu’il n’y a pas d’opposition dans l’hémicycle, la bataille se jouera forcément dans la rue. La loi El Khomri avait mobilisé les millions de travailleurs contre elle, il semble que la faible adhésion à Macron été ses sbires, appuyée par un taux d’abstention record, délie le peuple de toute forme d’allégeance à la légitimité de ce président et de son gouvernement. Et en effet si le peuple a été privé de s’exprimer dans les urnes, on ne voit pas trop ce qui l’empêcherait de s’exprimer dans la rue ! D’autant que tous les Français savent que cette loi à venir est déjà impopulaire : les deux tiers des Français la trouvent inutile[23]. C’est bien plus que les misérables 11,5% des électeurs inscrits qui ont voté pour Macron au premier tour de l’élection présidentielle. 

    Les difficultés de Macron et la future loi sur le travail 

    Manifestation contre la loi El Khomri au printemps dernier 

     


    [1] https://www.marianne.net/monde/syrie-poutine-bachar-el-assad-daech-le-virage-diplomatique-180deg-d-emmanuel-macron

    [2] http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20170623.OBS1123/macron-sur-les-travailleurs-detaches-ce-qu-il-propose-pourquoi-ca-coince.html

    [3] http://www.euractiv.fr/section/economie/news/eu-mechanism-to-veto-foreign-investment-not-on-the-cards/

    [4] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/06/24/le-discours-de-la-methode-d-emmanuel-macron-sur-l-europe_5150387_3214.html

    [5] http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/macron-ou-le-hold-up-politique-du-193803

    [6] https://russeurope.hypotheses.org/6102

    [7] http://www.latribune.fr/economie/france/la-popularite-de-macron-et-philippe-s-effrite-un-peu-741004.html

    [8] Par exemple Joachim Son-Forget qui, à propos de l’affaire Ferrand, souligne que le retour de la morale en politique est équivalent à la charia ! http://www.lefigaro.fr/politique/2017/06/22/01002-20170622ARTFIG00082-un-depute-lrem-oppose-au-retour-de-la-morale-car-c-est-le-debut-de-la-charia.php

    [9] http://www.lemonde.fr/la-republique-en-marche/article/2017/06/24/l-ex-ministre-richard-ferrand-elu-president-du-groupe-lrm-a-l-assemblee-nationale_5150559_5126036.html

    [10] https://www.marianne.net/politique/affaire-modem-un-ex-assistant-parlementaire-accuse-francois-bayrou-de-mentir

    [11] http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/06/20/deplacement-de-macron-a-las-vegas-perquisitions-chez-havas-et-business-france_5148116_1653578.html

    [12] http://www.20minutes.fr/politique/2001999-20170124-macron-utilise-fonds-bercy-lancer-campagne

    [13] Antérieurement elle avait été DRH chez Dassault systèmes et chez Danone. Ce qui monte bien la souplesse d’échine de ce serviteur du grand capital.

    [14] http://www.lejdd.fr/politique/reforme-du-code-du-travail-les-ordonnances-que-pourrait-retenir-macron-3351518

    [15] http://in-girum-imus.blogg.org/l-impasse-du-quinquennat-macron-a130475266

    [16] Editions rue d’Ulm, CEPREMAP, 2017

    [17] http://www.latribune.fr/economie/france/climat-social-jusqu-ou-ira-la-tension-francaise-519145.html

    [18] http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/newsroom/news/WCMS_537947/lang--fr/index.htm

    [19] https://francais.rt.com/economie/7657-suede-passe-journee-travail-6-heures-efficace-bien-etre-employes

    [20] http://will.pagesperso-orange.fr/docu/travail/duree/dureedt.htm

    [21] http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/06/24/l-impact-de-la-reduction-du-temps-de-travail-sur-l-economie-a-la-loupe_665693_3224.html

    [22] http://revuefiduciaire.grouperf.com/plussurlenet/complements/PJL_ordo.pdf

    [23] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/code-du-travail-les-francais-reserves-sur-un-renforcement-de-la-loi-el-khomri_1911133.html

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  •  Les partis n’ayant plus de militants, il faut réinventer une nouvelle manière de faire de la politique : c’est le rôle des think tanks qui se présentent d’ailleurs comme transpartisanes, même si cela ne veut rien dite. Ces think tanks ont beaucoup d’argent, que ce soit Terra Nova, L’Institut Montaigne ou Europa Nova et la French-American foundation. Je me rends compte qu’on a beaucoup de retard sur la compréhension de ce mouvement qui travaille avec beaucoup de moyens et de façon continue à la promotion du libéralisme et de la mondialisation heureuse. Les partis ne sont plus que des lieux secondaires dont ces think tanks se servent pour faire avancer leurs idées, et qu’ils jettent une fois qu’ils ne servent plus à rien. Ce qu’ils ont fait avec Le P « S ». J’avais discuté de l’influence de l’Institut Montaigne, autre think tank friquée représentant les intérêts du capitalisme financier – banques et assurances – et de son implication dans l’élection présidentielle[1]. Mais une think tank en cache souvent une autre ou plusieurs autres, c’est le cas avec Cédric Villani.  

    Les nouveaux chemins de l’ascension politique, les think tanks : le cas Villani 

    Cédric Villani est considéré comme un mathématicien qui a été élu dans la 5ème circonscription de l’Essonne, rejoint Macron au nom de « la société civile » dénomination autant stupide que creuse. Les journalistes se laissent volontairement impressionner par le fait qu’il ait gagné dans le passé une médaille Fields qui est une très noble distinction pour un matheux. Et donc cela ouvre un certain nombre de portes pour des scientifiques qui ont envie d’abandonner la recherche au profit de la représentation spectaculaire, car la recherche en mathématiques est quelque chose d’ardu et de prenant pour qui se passionne pour ce métier. Mais en réalité c’est l’inverse : Cédric Villani est un militant politique qui a fait une incursion par les mathématiques ! Depuis sa distinction il fait pas mal de fric en donnant des conférences ici et là, en représentant Paris en tant que porte-parole de la candidature de à l’organisation de l’Exposition universelle. Evidemment je n’ai pas les compétences nécessaires pour juger de l’importance de ses travaux, mais ayant côtoyé dans ma vie bon nombre de mathématiciens et de scientifiques, je sais parfaitement qu’on peut être un brillant matheux tout en étant par ailleurs un imbécile ou une fieffée canaille. La médaille Fields ne protège en rien des compromissions, ni de se comporter comme une coquette en prenant la pose à tout bout de champ.  

    Les nouveaux chemins de l’ascension politique, les think tanks : le cas Villani  

    En dehors de son statut de scientifique prétentieux dont il use et abuse à tout propos, Villani est un pitre qui aime se déguiser, une sorte d’Edouard Philippe avec un peu plus de cheveux et des tenues vestimentaires grotesques. En tant qu’homme public c’est un européiste forcené, fédéraliste de surcroît. Il est devenu membre d’Europa Nova, une boutique libérale et européiste fondée par le louche Guillaume Klossa qui naturellement a soutenu Macron en 2017. Europa Nova dont le nom sembla calqué sur celui de Terra Nova qui a été pour beaucoup dans la destruction du « parti socialiste » – a ensuite promotionné Villani qui a intégré le programme des « Jeunes leaders pour l’Europe », pendant du programme des Young leaders de la French-American foundation.  Ce programme consiste dans des séminaires de formation de trois jours, avec des forums d’échange. Ces réunions qui coûtent cher, mais l’argent n’est pas un problème pour Europa Nova, permettent de travailler des éléments de langage et des stratégies de conquêtes du pouvoir. Il rejoint le bureau exécutif de cette think tank dont Mathieu Pigasse est au conseil d’administration. Parmi les jeunes leaders d’opinion estampillés Europa Nova, on retrouve Sylvie Goulard qui après un bref passage au gouvernement, empêtrée dans les affaires, a dû démissionner : celle-ci se présente comme Européenne et refuse le qualificatif de Française.

    Après ce passage, Cédric Villani va rejoindre le programme des Youngs leaders de la French-American foundation, une autre boutique qui promotionne la mondialisation heureuse. C’est encore le même système : des séminaires payés aux Etats-Unis pour être formé à la stratégie et à la tactique politique. La French-American foundation repère et forme des « hommes d’influence ». C’est ainsi qu’elle avait sélectionné Alain Juppé, François Hollande, Emmanuel Macron, mais aussi Edouard Philippe, Nathalie Kosciusko-Morisset, ou encore des journalistes comme Bernard Guetta et Jean-Marie Colombani. S’y ajoute encore des individus un peu glauques comme Alain Minc ou Pierre Moscovici. La liste est très longue, mais elle parle d’elle-même : c’est une famille, une phalange ambitieuse qui se retrouve toujours pour défendre le modèle libéral de la mondialisation heureuse. C’est le noyau dur de l’UMPS. Les réseaux richement dotés ont la vie dure, été plus encore, ils sont devenus une sorte de franc-maçonnerie sans conscience aqutre que celle d’arriver.

    Le parcours de Villani incarne une nouvelle manière hors-sol de faire de la politique : on se met au service de lobbies puissamment argentés pour être leur porte-parole. Les lobbies qui disposent des relais dans la presse et les médias qu’ils possèdent font le reste. Cette mise en spectacle, vide de sens, permet de s’affranchir de tout discussion et justification d’un programme politique. Villani sert à quelque chose, la preuve, il permet à Macron d’organiser une pseudo table ronde avec des scientifiques de haut niveau, et l’aide de la revue Sciences et Avenir, revue de vulgarisation bas de gamme qui appartient au groupe Perdriel, groupe auquel appartient L’Obs qui fut un des premiers soutiens de Macron. Cela donne plusieurs pages de généralités plutôt creuses pour dire combien Macron croit en l’avenir de la science comme solution aux problèmes économiques, sociaux et spirituels de notre planète. Même si cela ne veut rien dire, ça fait toujours moderne et ça fait des jolies photos pour la propagande : le but c'est Macron avec l'air pénétré et sérieux. 

    Les nouveaux chemins de l’ascension politique, les think tanks : le cas Villani 

    Evidemment on peut juger que la ficelle est grossière, du reste plusieurs abonnés à cette triste revue ont vivement protesté contre ce genre d’intrusion. L’article sera repris avec une photo dans Challenges, un autre journal du groupe Perdriel. Challenges est un journal pour cadre moyen destiné à faire la propagande pour les thèmes préférés des libéraux : la compétitivité, le progrès technique, l’Europe. D’une pierre deux coups donc, et les cadres seront bien contents de voter pour un personnage qui semble avoir de l’attention pour des scientifiques. On voit que dans cette galère l’huluberlu Hubert Reeves s’est fait embarqué sans trop de précaution pour se porter garant de l’importance de la candidature Macron… indirectement. On peut être un scientifique de haut niveau et être complètement stupide en ce qui concerne la vie sociale et politique. Je ne suis pas le seul à m’être aperçu de ce genre de montage spectaculaire foireux[2]. Cet opportunisme honteux a atteint des sommets de cynisme avec Macron été ses sbires. 

    Les nouveaux chemins de l’ascension politique, les think tanks : le cas Villani 

    Si dans les années à venir on ne se préoccupe pas de combattre directement cette nouvelle forme de propagande on aura encore les mêmes désillusions, et n’importe qui, pourvu qu’il soit soutenu par les médias de l’oligarchie, pourra devenir président. Il faut donc apprendre à combattre cette mise en spectacle, lui opposer des contre-feux. Cela demande de l’imagination et de s’appuyer sur un programme sérieux qui puisse vraiment stimuler l’enthousiasme des classes populaires qui subissent la désagrégation permanent de leur vie quotidienne. Mais tout ça n’intéresse pas Villani qui joue les dandys à la petite semaine.

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    [2] http://www.acrimed.org/Sciences-et-Avenir-se-met-en-quatre-pour-Emmanuel

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    L’impasse du quinquennat Macron

    La situation est inédite sous la cinquième république. D’un côté Macron et son mouvement croupion vont avoir un pouvoir large à l’Assemblée nationale, ce qui permettra sans doute toutes les infamies contre les travailleurs, mais de l’autre, Macron est le président le plus mal élu de la cinquième république et son assemblée ne représente rien du tout. Tout le monde a remarqué, même le journal Le monde, que seulement 15% des électeurs adhéraient à LREM, et que l’abstention avait atteint de tels records, que les élus de cette curieuse assemblée n’auront guère de légitimité. Les résultats de dimanche soir mettent en lumière le simulacre de démocratie dans lequel nous vivons.

    La première évidence est que Macron, candidat européiste et de la banque, a réussi à se faire élire par défaut, sans adhésion à son programme rétrograde – les sondages donnent tous entre 75% et 80% d’hostilité des Français aux mesures envisagées par Macron, que ce soit en ce qui concerne le droit du travail, la fiscalité ou les salaires. Les résultats nous donnent l’image d’une démocratie confisquée, réduite à un spectacle, comme Macron est le roi de l’image. L’Assemblée nationale va être confisquée par les représentants des « élites » autoproclamées et de leurs serviteurs. Certes c’était le cas avant, avec cette fausse gauche du P « S » qui n’avait plus aucun enracinement dans les classes populaires ou assimilées et qui ne faisait, quand elle était au pouvoir, que la politique dictée directement par Bruxelles. La vertu des élections de 2017 est de faire tomber les masques. La fausse gauche – celle qui gîtait dans les redents du P « S » – a rejoint massivement la droite extrême de type Macron, mais le nouveau parti de Macron, sponsorisé par tous les milliardaires de la place, ressemble à s’y méprendre à LR, jusque dans l’intitulé de ce rassemblement qui est LREM, les deux dernières lettres étant là pour bien mettre en place le culte de la personnalité du nouveau président. Pire encore les candidats de ce parti représentent d’abord une classe de nantis[1]. 

    L’échec de la gauche

     

    L’impasse du quinquennat Macron 

    Evidemment il est facile de souligner l’appui éhonté de tous les médias à l’entreprise de Macron. Le matraquage quotidien des journaux les plus importants a forcément joué un rôle, de même que les attaques symétriques contre la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Mais cela ne saurait absoudre la gauche de ses errements. La gauche paye clairement son impréparation. En effet, tant la France insoumise que le PCF n’ont pas su se positionner correctement, alors même que le programme de Macron est un programme clairement antisocial. Ces errements qui se sont traduits par des querelles d’épicier et des disputes picrocholines, masquent en réalité un flottement programmatique important : la division n’est que le cache misère de ce vide[2]. Le succès très relatif de Macron c’est d’abord celui de l’immobilisme. Il nous propose seulement de reconduire et d’approfondir les dérives européistes de ces trente dernières années. Or c’est là que se trouve la véritable alternative. Compte tenu des institutions et de leur fonctionnement, présenter un programme de rupture à gauche ne peut se réaliser qu’en sortant de l’Union européenne et de l’euro. La gauche n’est pas crédible si elle prétend exercer le pouvoir en faveur des classes les plus défavorisées tout en renégociant les traités européens – ce qui prendrait au moins dix ans – ou en désobéissant aux traités européens. Seule la droite de type macronienne est compatible avec ces traités : son programme représente la continuité. Mais voilà, les représentants de la gauche n’ont pas eu suffisamment d’audace sur ce point. De même ils n’auraient jamais dû appeler à voter pour Macron pour le second tour des élections présidentielles : non seulement parce qu’il n’y avait aucun danger que Marine Le Pen soit élue, mais aussi parce que choisir la droite extrême contre l’extrême droite est un non-sens absolu. Avoir donné du corps à la fable d’un danger fasciste imminent c’est se laisser intimider par le discours de l’ennemi de classe : les gesticulations du journal L’humanité le montrent clairement[3]. Alors que la bataille va s’avérer très difficile contre les ordonnances Macron visant à détruire le droit du travail, à rabaisser les salaires et les retraites, l’appel de Philippe Martinez à voter Macron était très malvenu. Ce n’est pas comme ça qu’on se prépare à mobiliser ses troupes[4]. 

    L’impasse du quinquennat Macron 

    Décomposition-recomposition 

    Le triomphe aux élections législatives de Macron est, au-delà du jeu particulier des institutions, le résultat d’une décomposition des anciens partis. Autrement dit, LREM qui va être une assemblée de godillots, est la synthèse de tout ce que la classe politique représente de plus moisi dans le système politique français, c’est clairement la synthèse UMPS avec de nouvelles têtes et un coup de peinture par-dessus. Ce parti présidentiel n’existe que parce que l’alternance traditionnelle depuis 1983 arrive à bout de souffle. Plus personne n’y croit, et donc LR et le P « S » sont en voie de décomposition rapide.  Mais le clivage, même s’il ne se voit pas encore, reste la gauche contre la droite. L’effondrement du P « S » explique pour partie pourquoi LREM est si haut : il s’agit d’un transfert de voix de la droite du P « S » vers la droite traditionnelle et archaïque. LR dans ce contexte doit disparaître d’abord, parce que son programme est aujourd’hui représenté par les hommes de Macron, il ne reste que la frange nationaliste. Mais la recomposition à gauche prendra forcément du temps, elle doit se structurer pour faire face à une droite arrogante et décomplexée, et en même temps renouveler son programme pour être crédible. Après tout, étant donné que 85% des électeurs n’ont pas voté pour les sbires de Macron et que l’abstention est si haute, il y a de quoi faire. Il va cependant être très difficile de transformer la France Insoumise en un véritable parti capable de gagner les élections qui vont venir et qui représenterait l’intérêt des classes populaires particulièrement maltraitées. 

    L’échec programmé de Macron 

    L’impasse du quinquennat Macron

    Beaucoup d’ennemis de classe de Macron sont aujourd’hui découragés. Il ne faut pas, on a survécu à Sarkozy et à Hollande on survivra aussi à la politique de droite extrême de Macron. Il n’est pas bien difficile de prévoir l’échec de Macron, non seulement parce qu’il est autoritaire et trop sûr de lui, mais parce qu’il va appliquer un programme anti-social[5]. En effet sa politique dite de l’offre qui n’a jamais marché nulle part, a déjà échoué, sous Hollande, comme sous Sarkozy. Du reste les recettes que lui-même à mises en route en tant que conseiller pour la politique économique de Hollande, puis en tant que ministre de l’économie, brillent clairement par leur absence de résultats. Cette politique ne sort pas de la réflexion et de l’imagination de Macron, mais des directives de Bruxelles. Dans le jargon de la Commission européenne, ce ne sont pas des directives, mais des « recommandations ». Ces directives mortifères sont le programme de Macron, et c’est ce qu’il se propose d’appliquer[6] : le cœur de ce programme est l’austérité budgétaire, et la déflation salariale en diminuant la protection sociale et en accélérant le creusement des inégalités. Or les organisations internationales, notamment le FMI, considèrent que ce programme est néfaste aussi bien pour l’emploi que pour la croissance[7]. Autrement dit, Macron est à contre-temps[8]. L’OCDE elle-même qui n’est pas une boutique particulièrement gauchiste, considère que l’élargissement des inégalités est un frein à la croissance et à l’emploi[9]. Mais de nombreuses autres études notamment émanant du FMI vont dans le même sens[10]. Macron va mettre en chantier la dix-huitième réforme du marché du travail depuis 1983, ces réformes ont toutes été dans le même sens : la flexibilité du marché du travail devait faire baisser le coût du travail et créer de l’emploi. Or si le coût du travail a bien baissé et les profits ont bien augmenté, le chômage n’est pas redescendu d’une manière significative, c’est même l’inverse, ainsi que le montre le graphique ci-après. Et puis, si la flexibilité du marché du travail été la baisse des salaires devaient créer de l’emploi et de la croissance, la Grèce et l’Espagne qui ont fait beaucoup dans ce sens devraient avoir des résultats resplendissants.

    La mondialisation et l’Union européenne plus la monnaie unique engendrent du chômage et des baisses de salaires. Ces formes institutionnalisées, figées de plus en plus dans des réformes du droit de partout dans le monde, sont même construites pour cela : augmenter les profits, soumettre les travailleurs au pouvoir du capital. 

    L’impasse du quinquennat Macron 

    Macron va donc faire passer ses réformes pourries à la hussarde malgré l’hostilité des Français[11]. Puis il va prier pour qu’un peu de croissance revienne vers la fin de son quinquennat de façon à pouvoir se représenter. Mais de nombreux éléments montrent que les résultats économiques du programme Macron vont être mauvais et que les électeurs ne le lui pardonneront pas. D’abord parce que la conjoncture européenne va inévitablement se retourner : en effet, il est maintenu artificiellement bas parce que l’extraction tourne à plein régime et que nous sommes en surproduction[12]. Mais ce n’est pas le seul facteur. Mais il y a une crise bancaire qui se profile à l’horizon[13].  Je ne vais pas détailler les raisons de cette crise bancaire à venir, disons que les taux d’intérêt négatifs plombent la rentabilité des banques et que celles-ci ne survivent que grâce à l’injection massive des liquidités[14]. 

    Conclusion 

    Les trois chantiers auxquels un gouvernement français digne de ce nom devrait s’attaquer en priorité sont les suivants :

    - le chômage et le resserrement des inégalités de revenus ;

    - le changement de modèle de production vers un système qui serait plus respectueux de l’environnement ;

    - l’indépendance de la France sur le plan international.

    Or sur ces trois points Macron, comme la Commission européenne n’a strictement rien à dire de positif. Je passe évidemment sur la question lancinante du terrorisme et de l’immigration qui est vue très clairement comme un facteur d’abaissement des salaires via la concurrence des travailleurs étrangers. Ce ne sont pas les singeries de sa femme dans la presse people qui remplaceront des résultats sur le chômage. Mais la gauche ne devrait pas seulement attendre la chute programmée de Macron et de son gouvernement réactionnaire, elle doit aussi faire l’effort d’imaginer le futur. 

    L’impasse du quinquennat Macron 

    Jean-Luc Mélenchon n’a fait que la moitié du chemin, il lui reste à articuler son discours de gauche sur la nécessité de sortir de l’Europe. Il faut commencer par assumer une sortie de l’euro unilatérale et sans discussion, sinon aucun programme de gauche ne sera possible. Mais il faut aussi savoir comme l’assurer, et que cela paraisse crédible aux yeux des Français. En attendant, il faut se préparer à descendre dans la rue et à pousser au cul les syndicalistes frileux !

     

     


    [2] La division est une défaillance tactique, mais dans le cas des élections, législatives, elle est le reflet d’un mauvais positionnement stratégique. Sur ce point on ne suivra pas les analyses de Sapir qui au contraire la surestime http://russeurope.hypotheses.org/6081.

    [3] http://www.humanite.fr/pourquoi-finalement-il-faut-voter-macron-635658

    [4] http://www.leparisien.fr/economie/philippe-martinez-la-cgt-demande-de-voter-contre-le-front-national-30-04-2017-6902889.php

    [5] https://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article154301

    [6] http://ec.europa.eu/europe2020/pdf/csr2016/csr2016_france_fr.pdf

    [7] http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2016/06/pdf/ostry.pdf

    [8] https://www.challenges.fr/economie/quand-deux-economistes-etrillent-la-vision-et-le-bilan-economique-de-macron_424743

    [9] https://www.oecd.org/fr/els/soc/Focus-Inegalites-et-croissance-2014.pdf

    [10] http://www.imf.org/external/pubs/ft/sdn/2015/sdn1513.pdf

    [11] http://www.lejdd.fr/Politique/SONDAGE-46-des-Francais-veulent-le-retrait-de-la-loi-Travail-787959

    [12] https://fr.sputniknews.com/economie/201610231028335569-petrole-prix-baisse/

    [13] http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/09/30/faut-il-craindre-une-crise-bancaire-en-europe_5006245_3234.html

    [14] http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/09/30/faut-il-craindre-une-crise-bancaire-en-europe_5006245_3234.html

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  • Voter contre Macron est une nécessité absolue

    L’inutile loi sur la flexibilité du marché du travail 

    Le sinistre Edouard Philippe, lobbyiste du nucléaire et accessoirement premier ministre vient de dévoiler entre mensonge et projet ce qu’il entend promouvoir à travers les nouvelles réformes du marché du travail. Il t a été un peu poussé par la publication de notes de travail de la DGT[1]. Résumons rapidement, dans ces notes préparatoires, il est prévu de laisser au patronat lui-même de déterminer les causes de licenciement au moment de la signature du contrat de travail. C’est aller encore plus loin que le renversement des normes hiérarchiques déjà mises en œuvre dans la loi El Khomri. Le patronat rêve de cette régression terrible depuis des décennies, Macron se promet de le faire. Cela veut dire qu’il n’y a plus de règles générales, donc plus de droit, ce sont des règles à la carte qui se négocieront au gré des rapports de force. Cette volonté stupide présente plusieurs défauts importants. Le premier est que cela va établir une inégalité de droits entre les salariés, donc va renforcer la dualité du marché du travail. Le second est aussi d’affaiblir la démocratie dans l’entreprise, on rétablit ainsi la toute-puissance du capital sur le travail, comme si le travail était juste une variable d’ajustement et que celui-ci n’avait qu’un rôle mineur dans la production de valeurs.

    L’ignoble Pénicaud a déclaré que l’inversion des normes était une nécessité pour s’adapter aux nouvelles formes du travail – qui pour elle semblent être tombées du ciel – et donc que les partenaires sociaux peuvent librement négocier au niveau de l’entreprise. Le mensonge est grossier. Dans les petites entreprises, la représentation syndicale est inexistante. Et c’est justement pour protéger les salariés des petites entreprises que les négociations de branches et d’entreprises ne pouvaient aboutir à des accords qui seraient inférieurs à la loi ou aux conventions nationales.

    Le menteur Macron avance que c’est nécessaire : selon lui il vaut mieux avoir des travailleurs pauvres et ubérisés que des chômeurs et des travailleurs « trop » protégés. C’est un mensonge pour deux raisons. La première est qu’il n’y a aucun lien entre protection des travailleurs et chômage. Sinon, vous pensez bien, l’Espagne ou la Grèce qui ont détruit systématiquement leur protection sociale et le droit du travail, seraient au plein emploi. Or ces deux pays connaissent un chômage 2,5 fois plus élevé qu’en France.

    Regardons le graphique ci-dessous qui met en relation le taux de chômage et la flexibilité du marché du travail. La dispersion des points interdit d’y voir une relation positive ou négative d’ailleurs. En effet, les économistes savent depuis très longtemps qu’on n’a jamais pu exhiber une relation empirique entre flexibilité du marché du travail et chômage. Si la réforme du droit du travail était nécessaire à la création d’emplois, alors il devrait y avoir – nonobstant les circonstances locales particulières – une relation fortement négative entre les deux variables. 

    Voter contre Macron est une nécessité absolue 

    Le but de Macron et de son gouvernement qui représente la droite extrême et archaïque est de produire de la déflation salariale. Sur ce thème il n’a d’ailleurs strictement aucune imagination, car ses projets de réforme qui vont tous dans ce sens sont exactement ceux préconisés par la Commission européenne : diminuer les salaires (le coût du travail) taxer la consommation en augmentant la TVA et la CSG[2]. Rien d’étonnant, Macron est le porte-parole de Bruxelles. Mais par contre ce qui est plus étonnant c’est qu’on mente ouvertement sur la relation entre déflation salariale et augmentation de la compétitivité économique. En effet la réalité empirique montre que plus le salaire est bas et plus la productivité du travail est faible !  C’est ce que nous voyons dans le graphique suivant, produit pourtant par les statisticiens de l’Union européenne.

    On peut dire les choses d’une manière triviale : plus les travailleurs sont bien payés et bien traités, protégés par des droits solides, et plus ils sont productifs. De nombreuses études émanant d’organismes internationaux le montrent[3]. 

    Voter contre Macron est une nécessité absolue 

    Le temps de la restauration 

    Je passe sur les autres mensonges de Pénicaud. Elle propose de plafonner les indemnités de licenciement, ainsi que le demande depuis des années le MEDEF. N’ayant pas d’argument rationnel et moral pour soutenir cette ineptie, elle se retranche derrière l’Europe : « Tous les pays européens ont une barémisation, c’est-à-dire [qu’] il y a un plancher et un plafond qui est lié à l’ancienneté et à certains nombres de critères de ce type-là. ». Mais malheureusement pour cette menteuse qui a été longtemps au service du patronat comme DRH, ce n’est pas vrai et même Le monde s’est aperçu qu’elle mentait[4].

    Un rapport assez récent de Philippe Askénazy et Christine Erhel montre que les transformations du marché du travail qui vont dans le sens d’une plus grande précarisation de l’emploi peuvent à moyen terme entraver la croissance et l’emploi suite à une chute de la productivité du travail[5]. Cela va dans le sens des études de l’OIT qui tendent à montrer que des bons salaires, une bonne protection sociale et une réduction des inégalités est bonne pour l’économie[6].

    Alors me direz-vous, si ces réformes ne servent à rien, pourquoi Macron veut il les faire passer à la hussarde ? Je rappelle au passage que ce sera la 18ème réforme du droit du travail pour flexibiliser le marché du travail. Et que chacune de ces 18 réformes a été dans le même sens d’une déflation salariale et d’une précarisation accrue des travailleurs.

    La réponse semble résider d’abord dans une volonté de restaurer la prééminence du capital sur le travail. Donc de construire une république des propriétaires qui exclurait le peuple des décisions qui le concerne. En effet substituer les règles de fonctionnement du marché aux décisions politiques – ce qui est l’unique ambition de l’Union européenne – aboutit de fait au renforcement du capital sur le travail. On voit qu’ici se rejoignent le recul de la démocratie dans l’entreprise et la mise en place d’une post-démocratie[7] qui se moque du vote des électeurs et de la représentation populaire.

     

    C’est pourquoi, afin de préparer les luttes de cet automne contre les ignominies de Macron, il faut voter contre les candidats d’En Marche. Vous votez pour qui vous voulez, mais d’abord et surtout contre les soutiens de Macron.

     



    [1] http://www.liberation.fr/france/2017/06/06/code-du-travail-ce-que-prepare-vraiment-le-gouvernement_1574980

    [2] https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/2017-european-semester-country-report-france-fr.pdf

    [3] http://alencontre.org/europe/flexibilite-du-travail-arnaque-neo-liberale-i.html

    [4] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/06/07/la-fausse-affirmation-de-muriel-penicaud-ministre-du-travail-sur-les-indemnites-de-licenciement_5140122_4355770.html

    [5] http://www.lorpm.eu/upload/135-productivite-travail-en-declin-liens-avec-transformations-marche-du-travail.pdf

    [6] World Social Protection Report 2014/15, ILO, 2014.

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/post-democratie-colin-crouch-diaphanes-2013-a117703596

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