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    Fiasco des méthodes dites modernes

     

    François Fillon qui finit sa triste carrière couvert de crachats par son propre parti[1] avait fanfaronné en disant que les sondages n’étaient pas fiables et ses partisans claironnaient que les big datas utilisés par des boutiques comme Filteris le donnaient qualifié pour le deuxième tour. On ne peut pas se tromper plus complètement. L’idée est de se passer de l’avis biaisé des potentiels électeurs, et de s’intéresser à l’activité des réseaux sociaux sur Internet. 

    Des sondages et des règlements de comptes 

    FIlteris n’est pas la seule boutique qui s’est plantée dans les grandes largeurs, il y a aussi Vigiglobe et Predict my president. C’est que c’est un marché nouveau que le traitement des big datas, et en être peut amener pas mal d’argent[2]. Le tout est couvert par des formules absconses qui prétendent à la scientificité. Vigiglobe laissait entendre que Marine Le Pen serait disqualifiée et que Fillon serait au deuxième tour, le deuxième homme étant soit Macron, soit Mélenchon. L’ordre d’arrivée effectif montre à quel point ces soi-disant nouvelles techniques se sont ridiculisées. Predict my president voyait un deuxième tour entre François Fillon et Marine Le Pen.

    Des sondages et des règlements de comptes 

    Comme le montre le graphique ci-dessus, on voit que les sondages traditionnels fondés au contraire sur la technique des quotas n’étaient pas très loin du compte[3]. L’idée stupide que faisaient courir les partisans de Fillon ou d’Hamon était que les sondages se trompaient du tout au tout, que leur technique était dépassée. C’était en réalité seulement une manière de conserver mobilisées les troupes. Le fiasco des meetings de Fillon et d’Hamon qui peinaient à remplir les salles à Marseille, à Lille ou à Toulouse, confortait au contraire l’idée que les sondages traditionnels ne se trompaient pas de beaucoup au fur et à mesure que l’échéance avançait. François Fillon savait sans doute cela quoi qu’il en dise, parce qu’en même temps qu’il perdait pied dans les sondages traditionnels, il recherchait des appuis à la droite de Marine Le Pen en allant draguer les fonds de poubelle de l’extrême droite pétainiste, Rivarol, Bruno Mégret, Rivarol, ou encore Sens commun et De Lesquen. Sans doute n’avait-il guère de conviction puisque rapidement après avoir reconnu sa défaite, il s’empressait d’appeler à voter pour Macron pour faire barrage au FN ! Ses soutiens d’extrême droite apprécieront sans doute comme il se doit ses revirements. Cet épisode risible montre que les sondages traditionnels utilisent des techniques somme toute assez fiables, encore faut-il savoir les lire. En tous les cas, cela met fin à cette légende selon laquelle les sondages se trompent tout le temps.

     

    Haro sur Fillon et Hamon 

    Rachida Dati, Eric Woerth et quelques autres ont entrepris de casser du sucre sur le dos de François Fillon. Ils considèrent que vu le fiasco du quinquennat de Hollande, cette élection était imperdable pour leur parti. Ils se trompent consciencieusement, tout occupés qu’ils sont à régler leurs comptes avec l’improbable candidat issu des primaires. En vérité Fillon n’avait pas un programme enthousiasmant, il avait d’ailleurs commencé à baisser dans les sondages dès qu’il a commencé à étaler sa brutalité dans les réformes. Certes sa cupidité et son arrogance ont enfoncé le clou, mais le fond de l’affaire est qu’il ne pouvait pas être élu uniquement par des rentiers et des pensionnaires des maisons de retraite. A cet égard l’épisode filmé de Fillon expliquant aux infirmières qu’elles devaient travailler plus sans être payé plus est édifiant… sachant que lui n’a jamais travaillé une minute de sa vie[4]. Déconnecté de la réalité de terrain, son arrogance choque, et choque d’autant plus que cela s’est passé au moment où les affaires de costumes, de montre, de bandes et de prébendes commençaient à s’étaler dans la presse. Les critiques contre Fillon émanant de son propre camp restent au simple niveau du comportement frisant la délinquance (de la part de Woerth de telles critiques sont risibles, lui qui n’a échappé à la condamnation que pour cause d’un manque de preuves). Les Républicains auraient de croire qu’ils vont pouvoir se refaire la cerise en reprenant le programme porté par le candidat déchu. 

    Des sondages et des règlements de comptes

     

    Fillon expliquant aux infirmières qu’elles doivent travailler plus pour gagner moins 

    Ce serait oublié que LR, anciennement UMP est né de la volonté de fondre un grand parti de droite en abandonnant le gaullisme ancien du RPR et en adoptant finalement le programme de Giscard d’Estaing : le libéralisme économique et l’Europe. Mais comme cette ambition est concurrencée sur le terrain par Macron, ce parti doit disparaitre ou se fondre dans le nouveau parti du futur président de la République… sauf à rejoindre Marine Le Pen. Il est donc très probable que LR va se fracturer au moins en deux : un pôle plutôt nationaliste et peut être un peu plus social, comme le laisse entendre Henri Guaino qui du même coup ne veut pas soutenir Macron pour le deuxième tour[5], et un pôle plus libéral qui pourrait se reformer autour des débris de l’UDI et des juppéistes. Cette instabilité latente qui va certainement marquer la prochaine législature laissera peu de place pour qu’En marche devienne un vrai parti. Le marché de la droite est maintenant très encombré, de Macron et des caciques du P « S », jusqu’aux restes des gaullistes. Christian Estrosi s’est d’ailleurs tout de suite positionné pour soutenir Macron en s’abritant derrière la parole du général De Gaulle[6] !!

    Ce qu’on voit se dessiner c’est une sorte de coalition semblable à ce qui s’est mis en place en Allemagne entre le SPD et la CDU, rejetant une droite plus classique et une gauche réelle vers les marges du système politique. Manuel Valls qui appelle depuis longtemps à l’abandon des idées de gauche au P « S » et même qui ne veut plus du nom de « socialiste », lui qui a pu mesurer sa popularité au sein de la gauche, critique le score de Hamon. Il lui reproche d’avoir mené une campagne d’extrême gauche ! Il ne dit rien de ses propres trahisons, il avait pourtant signé un papier disant qu’il soutiendrait le vainqueur de la primaire socialiste, puis, comme un vulgaire Fillon, il a bafoué sa parole, et voilà qu’il en fait reproche à Hamon[7]. Valls qui n’a pas très bien réussi en tant que premier ministre se donne comme horizon une gauche qui n’en est pas une, voulant persister dans une sorte de blairisme qui a échoué de partout. Mais il ne comprend pas les ressorts d’une élection. Deux choses motivent les électeurs : les succès économiques, donc si par exemple les salaires augmentent, le chômage diminue, et le positionnement de classe. C’est pourquoi la gauche conserve un avenir très fort en France. Les intérêts des travailleurs ne peuvent se confondre avec les intérêts des marchés financiers. C’est pour ignorer cela que la droite, qu’elle soit représentée par Macron, Valls ou Fillon est vouée à l’échec. Cette inculture de Valls et de ses semblables qui en sont maintenant réduits à jouer les supplétifs d’un banquier qui a prêté allégeance à l’Allemagne, augure très mal de la possibilité de survie du P « S ». En effet pour ce qu’il reste de la gauche dans ce parti, la position des gens comme Valls, Collomb ou Ferrand est une trahison pure et simple. Ils ne sont donc pas prêts à soutenir fondamentalement Macron donc à laisser le parti    aux mains de l’aile droite. Mais d’un autre côté, Mélenchon et les Insoumis occupent fermement le terrain de la gauche social-démocrate. La seule question qui compte est de savoir quand émergera un parti de gauche large et musclé sur le plan intellectuel qui réponde aux aspirations des populations et qui renverra aux poubelles de l’histoires les vieux partis décomposés, le PS et le PCF.

     

    La recomposition du paysage politique risque d’être longue, cependant les nécessités de la crise économique et financière qui se profile peuvent hâter le mouvement. Macron n’est pas un candidat antisystème, c’est la dernière chance du système.

     

     


    [1] http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/04/23/35003-20170423ARTFIG00232-la-droite-regle-deja-ses-comptes-avec-francois-fillon.php

    [2] http://www.latribune.fr/economie/presidentielle-2017/presidentielle-2017-le-big-data-donne-fillon-au-second-tour-pas-les-sondages-qui-aura-raison-693731.html

    [3] https://fr.news.yahoo.com/derniers-sondages-pr%C3%A9sidentielle-2017-avant-215200977.html

    [4] http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/23/francois-fillon-choque-par-sa-froideur-face-aux-soignants-epuise_a_22009377/

    [5] https://www.marianne.net/politique/pour-henri-guaino-ce-sera-ni-macron-ni-le-pen

    [6] http://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/video-le-general-de-gaulle-etait-un-homme-en-marche-lance-christian-estrosi-rallie-a-emmanuel-macron_2159664.html

    [7] http://www.atlantico.fr/pepites/manuel-valls-on-ne-recolte-que-qu-on-seme-3028393.html

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    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ?

    Défaite amère de François Fillon symbole de l’immoralité en politique 

    La première leçon à retenir est d’abord la défaite du pire des candidats : François Fillon. On ne le dit pas assez, mais il a fait une excellente campagne, compte tenu de ses handicaps. Il a ramassé les voix un peu partout et surtout à la droite de Marine Le Pen ! C’est grâce à la bouée de sauvetage de l’extrême droite de Sens commun, de Mégret, de Rivarol ou encore de De Lesquen qu’il arrive à un score aussi élevé. Avec moins de 20% des voix, c’est une défaite sanglante qui lui est infligée, même si on peut se poser des questions sur l’idée que ses électeurs se font de la morale en politique. Sa carrière politique est finie, alors même que tous les espoirs étaient permis pour lui à la sortie des primaires. Il y a donc eu une saine réaction des Français pour refuser la qualification à un candidat prévaricateur, menteur et renégat. Ayant cumulé sur lui toutes les tares que peuvent possédé les hommes politiques, son propre parti lui fera sûrement payer très cher cette défaite et va l’éjecter comme le symbole de l’immoralité en politique. Fillon a rapidement reconnu sa défaite et appelé à voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage au Front National. L’idée est de reconstruire le front dit républicain, en gros revenir au système UMPS. Jean-Pierre Raffarin, Luc Chatel qui semblaient avoir intégré la défaite depuis un bon bout de temps, ont montré combien ils étaient en phase avec Macron, que ce soit sur la question de l’Europe ou la question de l’austérité et de la dette. Fillon décevra sans doute l’extrême-droite de Sens commun, de Rivarol ou de Mégret par son ralliement, et une partie de cet électorat se reportera sans doute sur Marine Le Pen. 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    François Fillon pleurnichant sur les raisons de sa défaite

     

    Le très bon score de Mélenchon reste insuffisant 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    Il a fait une bonne campagne, créant une vraie dynamique à gauche. Et il va de soi que Mélenchon aurait pu être qualifié pour le second tour sans la candidature d’Hamon. Dans ce cas il est probable même que Macron ne bénéficiant plus du vote utile pour faire soi-disant barrage à Marine Le Pen, il se serait retrouvé face à la candidate du FN et l’aurait emporté facilement. On voit tout de même qu’il n’était pas si loin de se qualifier. On peut également souligner le rôle des médias, notamment d’un journal comme Le monde, qui ont pris un malin plaisir à gauchir et à transformer tout ce que Mélenchon pouvait dire pour le transformer en une sorte de bolchevique assoiffé de sang. Mais il n’est plus temps de pleurnicher, il faut comprendre cet échec. Il lui a manqué quelques éléments pour donner un peu plus de cohérence à son programme : que ce soit sur l’immigration, l’islam ou sur l’Union européenne, il n’a pas été assez offensif, il avait manifestement peur de se présenter comme le candidat de la rupture. C’est une leçon fondamentale à retenir : la gauche n’a pas d’avenir en jouant les supplétifs de la logique européiste, un vrai programme de gauche visant à plus de justice sociale, à une meilleure protection de l’environnement, à une réduction des inégalités ne peut pas s’appliquer dans le cadre contraignant des traités européens. C’est donc une faute stratégique et tactique de ne pas l’avoir compris. C’est seulement en siphonnant les voix ouvrières de Marine Le Pen qu’il aurait eu quelque chance d’apparaître comme un candidat nouveau et courageux. Ajoutons que son positionnement sur la scène internationale n’est pas très clair non plus. En voulant jouer la partition de la responsabilité et de la rupture il s’est trouvé sur les positions presque gauchistes. C’est sans doute comme pour Fillon sa dernière campagne. Saluons tout de même le courage de Mélenchon de ne pas appeler à voter pour Macron au second tour et donc de refuser le conformisme.

     

    Le score mitigé de Marine Le Pen 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    En se qualifiant pour le second tour Marine Le Pen sauve sans doute sa tête à la direction du Front National. Une élimination aurait en effet remis en question la légitimité de sa tentative de dédiabolisation de son parti. Elle n’a cependant aucune chance de l’emporter le 7 mai 2017 contre Macron qui, candidat du système oblige, et on peut faire confiance à la presse dans son ensemble pour faire rouler le tambour sur le thème du barrage au fascisme, en répercutant les consignes de vote de Fillon, d’Hamon, de Pierre Laurent ou encore de Mélenchon lui-même. Faisons plusieurs remarques sur le score finalement étriqué par rapport à ce qui lui était promis l’automne dernier.  Trois éléments peuvent être avancés :

    - le premier ne lui incombe pas, mais il est le résultat d’un boycott acharné de la presse à son endroit ;

    - le second est qu’elle a fait une mauvaise campagne, se révélant dans l’incapacité de hiérarchiser les problèmes. Elle a perdu bien trop de temps sur les questions de l’islam et de l’immigration plutôt que de traiter de la question principale qui intéresse les Français, la question du chômage ;

    - enfin il est probable que ses remarques sur la rafle du Vel’ d’hiv lui ont coûté des points. Ce qui veut dire que dès qu’elle s’écarte de son programme de dédiabolisation, elle se retrouve en danger. Mais il faut reconnaître aussi qu’elle a été poussée à la faute par Fillon lui-même qui en se positionnant de plus en plus à droite tentait de siphonner les suffrages de la partie pétainiste de son électorat.

     

    Hamon s’effondre 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    Ce n’est pas une surprise. Hamon était illisible dans son positionnement aussi bien que dans son programme. Des gros candidats il fut le plus lamentable et il finit en cinquième position. Mais les rancœurs à son endroit sont nombreuses. D’abord les mélenchonistes qui considèrent à juste titre que s’il avait soutenu Mélenchon, celui-ci aurait été qualifié pour le second tour. Cela augure mal des désistements en faveur des candidats du P « S ». Par ailleurs le très faible résultat d’Hamon, le plus faible de l’histoire du P « S » va l’empêcher de prendre en main ce parti et d’en refaire un parti de gauche. On ne voit plus très bien l’avenir pour ce parti : d’un côté une base de gauche qui s’effrite de plus en plus, de l’autre un encadrement qui ne se retient plus de rouler ouvertement pour Macron. Valls a d’ailleurs appelé rapidement à voter Macron pour le deuxième tour. Hamon n’aura finalement servi à rien, seulement à confirmer l’effondrement de son parti et à empêcher la gauche d’être présente au second tour. On pourrait ajouter que la défaite cinglante d’Hamon est aussi la défaite du président de la République encore pour quelques jours en activité : en 5 ans, il aura détruit de fond en comble le parti qui pourtant l’avait amené à l’Elysée. 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ?

     

    Macron tire les marrons du feu 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    Arrivé légèrement en tête, Macron est cependant certain de devenir président. Ce sera pourtant un président mal élu, avec une majorité instable. Mal élu parce qu’en effet il ne suscite l’enthousiasme que de la part des électeurs qui ne se sont pas encore aperçu qu’il était un banquier, donc le candidat du « système ». Pire encore, il ne pourra être élu qu’avec la reconstitution de l’UMPS. Il ne faudrait pas oublier que la grande majorité des Français le déteste pour tout ce qu’il représente, et seule la peur irraisonnée du FN va lui permettre de l’emporter. Quel que soit son score au second tour, sans doute autour de 60%, il l’obtiendra avec un niveau élevé d’abstention, mais aussi avec des gens qui voteront pour lui sachant qu’il faudrait le combattre tout au long de son mandat. Le second point a été maintes fois souligné, il aura une majorité en recomposition, du type de celle sur laquelle Giscard s’appuyait. Rien que la difficulté de nommer un premier ministre promet de belles discussions. Mais comme cette future majorité se construira sur la recomposition d’un système de partis écroulé, les tensions vont être nombreuses. La droite du P « S », les juppéistes vont se rallier, mais quid des sarkozystes et des ultras comme Wauquiez ? L’inexpérience parlementaire de Macron va être flagrante et cela d’autant plus qu’il va vouloir engager des réformes brutales et antisociales pour donner des gages à l’Allemagne. L’abominable Jean-Claude Juncker, le fidèle serviteur de Merkel, s’est d’ailleurs empressé de le féliciter. Il est très probable qu’une fois l’effet de griserie passé, disons à l’automne, la cote de popularité de Macron suive la même tendance que celle de Hollande. Cet amalgame autour de Macron d’une partie de la gauche dite de gouvernement, de la droite parlementaire et du centre ressemble à la victoire de ceux qui rêvent de ne plus gouverner par la politique mais par des traités.

     

    Conclusion 

    La première est qu’évidemment je ne voterais pas le 7 mai 2017. La seconde est que le système politique ayant horreur du vide, les partis vont se recomposer dans la douleur. Ce qui n’est pas une mince satisfaction. On peut également trouver tout de même agréable que François Fillon soit mis à la retraite politique avant de se retrouver rapidement devant ses juges, cela nous aura éviter la honte à l’étranger. N’oublions pas aussi que la participation est en baisse sensible ce qui n’est pas fait pour accroître la crédibilité des hommes politiques.

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  • Misère de la caricature 

    Tant que Mélenchon n’apparaissait pas comme potentiellement au second tour de l’élection présidentielle, les attaques se faisaient feutrées. Mais voilà que Macron est en train de perdre du terrain et risque de ne pas se retrouver qualifié. Alors il faut dissuader les électeurs de voter pour Mélenchon car une partie de ceux-ci viennent de Macron. Les « humoristes » ne sont pas que des humoristes, comme Plantu nous l’a déjà montré par le passé, ils peuvent être aussi des petits bourgeois étriqués qui mettent leur coup de plume au service de l’oligarchie. 

    Attaques répétées sur Mélenchon 

    Le monde monte ainsi en épingle le conflit entre Johan Sfar et les troupes de Mélenchon. Il donne ainsi de l’importance à un type qu’on qualifiera d’un degré d’importance nulle, une sorte de semi-idiot utile que personne ne connaissait avant cette fausse polémique[1]. L’idée simplette de Sfar, présentée comme une loi de la nature, est la suivante : les extrêmes se rejoignent donc Marine Le Pen est d’extrême-droite, Mélenchon est d’extrême-gauche, donc ils sont pareils et nous mènent vers l’abîme. Ne discutons pas du talent de dessinateur de Sfar, tous les goûts sont dans la nature après tout, mais plutôt de ses positions politiques. En effet dans ses dessins il accuse Mélenchon de complicité criminelle avec Assad et la Russie, et en même temps de vouloir être une sorte de Robespierre des temps nouveaux, et donc de vouloir guillotiner à tour de bras. 

    Attaques répétées sur Mélenchon 

    Je passe sur le fait que l’image que Sfar renvoie de Robespierre est aussi fausse que convenue et que quand on fait ce dangereux parallèle on ne démontre que l’étendue de son ignorance. Ce qui pose problème c’est que Sfar pratique l’amalgame à haute dose et que c’est repris par les médias qui soutiennent Macron plus ou moins ouvertement. Sfar, alors même qu’il range dans un même sac Marine Le Pen et Mélenchon, alors qu’il fait de ce dernier un révolutionnaire sanguinaire, se plaint que les soutiens de Mélenchon s’en offusquent : c’est qu’en effet quand on désigne Mélenchon comme un criminel, ses soutiens se sentent désignés comme complices. Le problème c’est que les simplifications abusives de Sfar empêchent tout débat politique sérieux. Sfar a même le culot de revendiquer à la fois sa liberté de penser et donc d’attaquer Mélenchon, tout en s’élevant contre la liberté de penser de ceux qui l’attaquent ! Balançant ses conneries sur les réseaux sociaux, il s’étonne que les mélenchonistes – qu’ils désignent comme trolls[2] – répondent vertement à ses attaques.

     

    Amalgames de fin de campagne 

    Attaques répétées sur Mélenchon 

    Mélenchon est aussi assimilé à ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela. Ce pays est en effet dans un grand chaos suite à l’effondrement du prix des matières premières, et donc le président au pouvoir, Maduro, est contesté violemment dans la rue. Or comme Maduro est le successeur de Chavez, et que dans le temps Mélenchon a soutenu Chavez dans son projet d’indépendance vis-à-vis des Etats-Unis, on tire l’équation suivante ! Maduro = Chavez, Mélenchon soutenait dans le temps Chavez, donc Mélenchon soutient Maduro et donc il veut faire de la France un pays semblable au Venezuela ! Par ce genre de raccourci, on coupe court à toute analyse sérieuse de la situation dans ce pays d’Amérique latine. Mélenchon a dû donc se défendre de vouloir construire un nouveau Cuba en France[3]. C’est pourtant un sujet qu’il aurait fallu approfondir sérieusement car si le Venezuela est aujourd’hui au bord de la guerre civile, c’est bien parce que ce pays n’a pas su faire les réformes qu’il fallait au moment qu’il le fallait. En effet, lorsque le prix du baril de pétrole était au plus haut, il fallait investir dans l’indépendance de la nation, c’est-à-dire ne pas se contenter de vivre sur les revenus pétroliers. Tous les économistes savent que lorsqu’on se laisse aller au dutch disease on finit par le payer très cher lorsque la conjoncture se retourne. Tous les pays émergents qui ont vécu ces dernières années sur le commerce des matières premières – Brésil, Russie, Venezuela – le payent aujourd’hui très cher. Si on approfondit le raisonnement cela signifie que l’économie d’une nation ne doit pas dépendre de la demande externe, c’est donc une remise en cause directe de la division internationale du travail : contrainte et forcée il semble que la Russie ait admis maintenant cette nécessité absolue de ne pas dépendre de l’étranger[4]. Voilà un débat important mais qui n’est pas abordé, y compris d’ailleurs par les mélenchonistes, au moment où la mondialisation bat de l’aile.

     Attaques répétées sur Mélenchon
     

    Dans le même genre on a l’article du Monde de Thierry Wolton qui opère un amalgame douteux entre Marine Le Pen et Mélenchon sur la question de l’Europe[5]. Il nous met en garde contre les candidats anti-européistes qui rassemblent maintenant plus de la moitié de l’électorat. Il écrit ceci :

    « Il ne reste que trois « grands » candidats pour défendre, chacun à leur façon, les valeurs qui font de cette terre d’Europe un havre de paix et de bien-être, assailli il est vrai mais encore ouvert, par les voix de Hamon, Macron et Fillon. Aujourd’hui, à la vue des sondages, les extrêmes frôlent les 50 % de l’électorat, ce qui est déjà une défaite pour le camp de la démocratie. »

    Le sous-entendu est évident, il y a trois bons candidats – y compris le candidat mis en examen – les autres sont mauvais. L’Europe y est désignée comme un havre de paix car ouvert : l’attentat en plein Champs Elysées semble pourtant démontrer l’inverse[6]. Mais cela ne fait rien, que la zone euro soit la région de la plus faible croissance au monde, que le chômage structurel y soit aussi plus haut qu’ailleurs, l’Union européenne est ce qu’il y a de mieux et la critiquer c’est un péché qui vous range dans le camp des extrémistes. Wolton qui est par ailleurs assez ignorant, ne semble pas savoir que les nazis aussi voulaient construire l’Europe et que cela a très mal tourné. Pour lui les anti-européens sont des fascistes ou des néo-nazis. L’histoire nous enseigne pourtant que c’est l’inverse exactement : en 1940 les anti-européens représentaient la Résistance contre l’ordre nouveaux et dénonçaient la soumission à l’Allemagne. Ils construisirent par la suite un Conseil National de la Résistance pour au contraire avancer vers plus de bien-être – les lois sociales – et plus de liberté !

    En vérité si on devait faire un reproche à Mélenchon c’est de ne pas être assez clair sur l’Europe. Il prétend ne pas vouloir sortir ni de l’euro, ni de l’Europe[7], mais qu’il renégociera les traités. J’ai dit ici plusieurs fois que c’était une entreprise hasardeuse comme Tsipras l’a démontré. Si en effet on constate, comme la majorité des Français semble aujourd’hui le comprendre, que l’Europe et l’euro ont été de mauvaises choses pour la France, on doit revenir en arrière, et non pas considéré que l’Europe serait un acquis valable. Wolton sait bien tout cela, mais il fait comme si Mélenchon travaillait à la fin de l’Europe. Il est donc un menteur qui dévoile ainsi son programme : défendre l’oligarchie européenne.

     

    Conclusion 

    Mélenchon n’est pas un révolutionnaire, c’est au mieux un social-démocrate à l’ancienne, en tous les cas son programme est bien plus modeste que celui de Mitterrand en 1981. Mais les attaques contre lui montre combien l’oligarchie est à l’offensive et sans complexe. Les électeurs de gauche peuvent voter tranquillement dimanche pour Mélenchon, sans craindre de révolution… du moins dans l’immédiat.

     



    [1] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/20/mis-en-cause-par-les-partisans-de-melenchon-le-dessinateur-joann-sfar-replique_5114476_4854003.html

    [2] « Troller » Sfar serait une sorte de crime contre la liberté d’expression, tandis que critiquer Mélenchon serait normal : http://www.ouest-france.fr/elections/presidentielle/joann-sfar-denonce-les-pratiques-d-une-armee-de-trolls-pro-melenchon-4935057

    [3] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/15/cuba-chavez-alliance-bolivarienne-jean-luc-melenchon-repond-a-ses-adversaires_5111817_4854003.html

    [4] http://russeurope.hypotheses.org/5682

    [5] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/15/thierry-wolton-les-deux-extremes-rouge-et-brun-nous-menacent_5111640_3232.html

    [6] http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/04/20/fusillade-sur-les-champs-elysees-a-paris-un-policier-abattu-et-un-assaillant-tue_5114533_3224.html

    [7] http://www.latribune.fr/economie/france/sortir-de-l-ue-et-de-l-euro-un-peu-de-serieux-dit-melenchon-691335.html

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  • Présidentielles, dernière ligne droite

    Dans quelques jours, le premier tour désignera les deux candidats qualifiés pour le second tour, et il sera possible de dire quel sera le prochain président. Normalement à quelques jours du scrutin, on devrait déjà le savoir. Mais l’effondrement du système électoral, et donc des partis traditionnels qui le représentent, est tel qu’on ne sait plus très bien ce qui se passe. La première conséquence de cette explosion est que les partis dits de gouvernement, P « S » et LR sont en voie de disparition. En effet, à eux deux ils ne représentent même pas un tiers des intentions de vote. D’une manière ou d’une autre, ce sont les candidats « hors système » qui font la course en tête. Même si bien évidemment Macron est un candidat du système, il profite de cette tendance qui le fait apparaître comme au-dessus des partis. C’est la nouvelle blague de ces élections.

     

    A droite toute ! 

    Le resserrement des sondages radicalise maintenant les positions. François Fillon candidat en perdition radicalise ses positions en avançant que Sens commun, la boutique néo-pétainiste issue de la Manif pour tous, pourrait très bien participer à son gouvernement[1]. L’idée est bien sûr d’attirer le ban et l’arrière ban de la réaction pour piquer quelques voix à Marine Le Pen. Mais cette arme est à double tranchant. En effet, ce que Fillon va gagner d’un côté, on a vu le fantomatique mouvement du néo-pétainiste Bruno Mégret rejoindre Fillon[2], il risque de le perdre de l’autre. La réaction d’Alain Juppé ne s’est pas faite attendre : si Fillon fait rentrer des membres de Sens commun dans son gouvernement, il se rangera dans l’opposition[3]. Cette annonce n’est pas anodine, cela signifie que tout en soutenant officielle Fillon, il autorise ses sympathisants à se déplacer vers Macron !

     Présidentielles, dernière ligne droite 

    Fillon ici avec Madeleine de Jessey 

    La bourde de Marine Le Pen sur la rafle des Juifs en 1942[4] doit être rangée dans le même genre de tactique. Malgré les précisions laborieuses sur le fait que Vichy ne représentait pas la France, donc en se référant à De Gaulle, c’est une manière pour elle de rappeler qu’elle est la fille de son père et que la repentance doit être oubliée. C’est une manière de rappeler que l’extrême-droite c’est elle, et non Fillon, la pâle copie affairiste. Il n’est pas sûr que cette tactique destinée à retenir les voix soit payante pour elle. Mais avait-elle le choix, sentant se dérober son électorat au fur et à mesure que Fillon développait une vision pétainiste du monde soutenant le grand capital.

    Il apparaît ainsi que quand les écarts sondagiers sont faibles, le débat électoral s’enlise dans des combines peu ragoutantes. Cette droitisation du discours se retrouve aussi chez les deux autres candidats, Macron, mais aussi Mélenchon.

     Présidentielles, dernière ligne droite 

    Le premier diffuse sur les réseaux sociaux des billets tendant à montrer que Mélenchon est un sacré dictateur dans la lignée de Staline, pas moins ! Evidemment cela lui permet aussi d’apparaître comme un candidat anticommuniste ce que la droite aime bien, même si le péril communiste n’existe plus depuis une bonne trentaine d’années. Cette débilité destinée à ramener vers Macron un vote utile des socialistes en manque de repères est relayée d’une manière plus subtile par Le monde qui devient de plus en plus un simple journal de propagande de l’oligarchie européiste. C’est ainsi que Thierry Wolton dont le fonds de commerce est l’anticommunisme soft, s’est lancé dans une comparaison oiseuse en mettant sur le même pied le nazisme et le communisme mais en plus en élaborant une filiation pénible entre Staline et Mélenchon d’un côté et entre Hitler et Marine Le Pen de l’autre[5]. Et tout ça pour quoi ? Pour nous inciter à voter pour le candidat le plus européiste qui soit, c’est-à-dire Macron.

    Mélenchon sait qu’il a une carte à jouer, fort de sa très bonne campagne, il peut se qualifier pour le deuxième tour, et l’emporter même face à Marine Le Pen ou François Fillon. Contre Macron ce sera plus difficile. Aussi il a adouci son discours sur l’Europe[6]. Il assure qu’il ne veut pas en sortir. Ce qu’il va gagner d’un côté, en récupérant quelques socialistes tentés par le vote utile du prremier tour, il va le perdre en cohérence : déjà que sa position sur l’Europe était assez ambigüe, il va se faire taxer de Tsipras, on sait en effet ce que les négociations avec l’Eurogroupe veulent dire. Autrement dit soit nous sortons de l’Union européenne et de l’euro pour nous retrouver dans la situation du Royaume Uni, soit nous y restons, et là il apparait clairement que la renégociation des traités est une simple chimère. Certes il reste la possibilité que Mélenchon se rebelle rapidement et ne cède pas au chantage de l’Eurogroupe, mais ses possibilités seront ténues.

     

    Les économistes au secours des candidats 

    Dans cette conjuration des imbéciles, et faute d’arguments sérieux, voici qu’on ressort de la naphtaline des économistes sensés venir à la rescousse des candidats en difficultés. Le monde, confirmant ainsi son rôle de journal de propagande, publie une tribune de 25 prix Nobel d’économie qui dénoncent Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon comme mauvais sujets anti-européens[7]. Ils signent un libelle à la gloire des bienfaits de l’Union européenne et de l’euro, en sortir serait une catastrophe, etc… Mais le pire est sans doute que cette diatribe soit signée par Joseph Stiglitz qui lui-même à publié il y a quelques mois un gros ouvrage pour nous dire tout le mal qu’il pensait de l’euro et de la nécessité d’en sortir[8] ! A croire que ceux qui signent ne lisent pas ce qu’ils cautionnent. Evidemment Tout le monde ne peut pas avoir des prix Nobel. On murmure que ce serait ce vieux cuistre de Jean Tirole qui se serait occupé de soutenir ainsi indirectement Macron en rameutant les signatures de ces collègues.

    Mélenchon n’est pas en reste. Lui aussi a trouve des économistes pour soutenir la politique qu’il préconise[9]. Mais ce ne sont pas le dessus du panier, ils se retrouvent dans la hiérarchie un cran au-dessous. En fait c’est une question de classe : si tu veux être soutenu par des prix Nobel d’économie, il faut que tu sois proche de l’oligarchie. Sinon tu n’as droit qu’au deuxième choix, des économistes pas vraiment arrivés du point de vue financier ! Il est curieux que l’on n’ait pas souligné chez les économistes qui se piquent de politique :

    1. qu’une politique de relance par la demande comme la propose Mélenchon n’est pas compatible avec le libre-échange, et donc avec l’Union européenne et sa monnaie unique ;

    2. qu’une politique de renforcement de l’intégration européenne telle que la proposent Macron et Fillon n’est compatible qu’avec toujours plus de déflation salariale au nom d’une compétitivité améliorée.

    C’est une faute professionnelle qui montre que les économistes connaissent très mal l’histoire de l’économie, et encore moins les théories économiques.

    Mais que pèsera la voix de cette profession sans scrupule habituée à rouler pour l’oligarchie ?

     

    Sondages 

    Les sondages cependant indiquent une tendance. Or il est assez peu probable maintenant que les tous derniers jours de la campagne la modifient en profondeur. D’autant que le système des vases communicants est tel que la remontée d’un côté risque de se payer d’une descente de l’autre comme n ous venons de le dire. Il n’y a plus guère de temps pour renverser les tendances. La synthèse des derniers sondages semble indiquer qu’à quelques jours du scrutin, il y a quelques incertitudes, mais sauf coup de théâtre de dernière minute, les jeux sont faits. 

    Présidentielles, dernière ligne droite

    Les soutiens de Fillon, ou encore Hollande crient au loup en affirmant que Marine Le Pen est le plus grand danger, le but est de rabattre quelques poignées de voix prisent ici et là sur les petits candidats pour consolider (Macron) ou atteindre (Fillon) une deuxième place pour le second tour. Ce chantage éhonté au FN, identifié aux nazis, ne tient pas debout, parce que n’importe qui peut battre Marine Le Pen au second tour, et même Fillon, c’est dire ! Les chiffres en ce sens sont stables depuis des mois, et cela malgré les affaires crasseuses du représentant de LR. En outre, les récentes démêlées de Marine Le Pen avec la justice à propos d’emplois fictifs et ses propos sur la rafle du Vel ’d’hiv, la tiennent encore très loin du pouvoir et pour longtemps, quel que soit le degré de décomposition du reste de la classe politique. Mais du même coup, il apparaît un curieux paradoxe, alors que les Français sont de plus en plus hostiles à l’Union européenne et à l’euro, et qu’un référendum en France amènerait le Frexit, l’heure n’est pas encore venue d’en sortir.  Il s’ensuit que quelle que soit l’issue des élections, non seulement les Français seront frustrés dans leur grande majorité, mais qu’en outre nous rentrerons dans une grande période d’instabilité politique.

     Présidentielles, dernière ligne droite 

     


    [1] http://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/sens-commun-pourrait-etre-present-dans-un-gouvernement-fillon_2147497.html

    [2] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/presidentielle-le-mnr-fonde-par-megret-appelle-a-qualifier-fillon-face-a-le-pen_1899892.html

    [3] http://www.bfmtv.com/politique/juppe-ne-soutiendra-pas-un-gouvernement-fillon-avec-sens-commun-1145463.html

    [4] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/10/rafle-du-vel-d-hiv-la-faute-de-le-pen_5108861_3232.html

    [5] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/15/thierry-wolton-les-deux-extremes-rouge-et-brun-nous-menacent_5111640_3232.html

    [6] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/18/jean-luc-melenchon-assure-qu-il-ne-veut-pas-sortir-de-l-europe_5113230_4854003.html

    [7] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/18/25-nobel-d-economie-denoncent-les-programmes-anti-europeens_5112711_3232.html

    [8] L'Euro : comment la monnaie unique menace l'avenir de l'Europe, LLL, 2016

    [9] http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/04/18/pour-une-politique-economique-serieuse-et-a-la-hauteur-des-enjeux-votons-melenchon_1563456

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  •  La campagne présidentielle est en train de s’achever et les scénarios pour le second tour ont de la peine à s’écrire. Quatre candidats seraient assez proches pour être qualifiés pour le second tour : Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon. Tous les quatre semblent pouvoir participer au second tour dans des duels assez inédits qui pourraient même exclure les partis de gouvernement traditionnel, par exemple si on avait un second tour Marine Le Pen contre Mélenchon.  

    Fin de campagne et incertitudes 

    Mélenchon à Toulouse le 16 avril 2017 

    Il y a encore quelques semaines personnes ne voyait Mélenchon au second tour, et maintenant on sent comme un affolement. On a vu rapidement refleurir les vieux thèmes de la Guerre froide. Le monde s’est fendu d’un article de l’incroyable Thierry Wolton pour construire des parallèles douteux entre les années trente et aujourd’hui, mélangeant à la va comme je te pousse le péril rouge et le péril brun qui ne seraient au fond qu’une seule et même chose. Ce malheureux folliculaire n’a pas encore intégré que les temps avaient changé et que quoi qu’on puisse en penser Mélenchon et Marine Le Pen sont des produits de notre temps[1].  Mais ce n’est pas tout dans cette campagne de dénigrement systématique, Hollande est sorti de sa soi-disant réserve pour jouer les sages et nous mettre en garde contre Mélenchon dont il fustige « le simplisme » [2]. Sur les réseaux sociaux on voit fleurir les caricatures qui peignent Mélenchon comme une sorte de nouveau Staline. Est-ce que cela peut avoir un impact ? Sans doute cela vise-t-il à faire passer les autres candidats pour plus à gauche qu’ils ne sont et donc laisser croire que Macron allierait lui une sorte de rigueur économique – respecter les lois du marché – à des idées de solidarité de gauche.

     Fin de campagne et incertitudes 

    Image de propagande anti-Mélenchon 

    La campagne de Mélenchon est un vrai succès populaire, et c’est un des rares candidat à développer un programme audible. Certes on peut lui reprocher ici et là des bévues sur l’analyse qu’il fait de la situation en Amérique latine, ou sur les marges de manœuvre qu’il posséderait, s’il était élu, face à la bureaucratie européenne. Son programme ne manque pas d’ambiguïté. Mais n’est-ce pas le lot de tous les candidats à ce genre d’élection ?

     Fin de campagne et incertitudes 

    Fillon à Toulouse devant une salle à moitié vide 

    Fillon tente de faire croire qu’il remonte dans les sondages et qu’il pourrait être lui aussi au second tour, bien que les sondages le donnent maintenant avec régularité à la quatrième place. Sa campagne est en effet désastreuse. Et contrairement à ce que laissent voir les images diffusées par les agences de presse, il n’arrive pas à remplir les salles. Ainsi alors que Mélenchon rassemblait en plein air 70 000 personnes à Toulouse[3], Fillon tentait de remplir une salle de 5000 places, mais elle n’était remplie qu’à moitié. Le même genre de déconvenue l’attendait aussi à Marseille le 11 avril. Les fillonnistes avaient – selon leurs affirmations mêmes – loué 3000 chaises pour remplir le Parc Chanot. Mais seulement la moitié étaient occupées.

    Cette désaffection du public montre que malgré les rodomontades, il ne remonte pas vraiment dans l’opinion. Sans doute est-ce cela qui explique sa nouvelle tentative de mobilisation de l’extrême-droite non FN. Alors qu’il n’a rien du soutien des gens très douteux comme Henry de Lesquen ou Charles Millon, le voilà qu’il nous annonce qu’il ferait rentrer au gouvernement – s’il était élu – des gens de Sens commun dans son gouvernement[4]. Commencée sous l’égide du général De Gaulle, la campagne de Fillon s’achève sous celle du maréchal Pétain. Je rappelle que de Lesquen ou Millon sont des gens qui trouvent que le programme de Marine Le Pen est un peu trop à gauche. Fillon est de tous les candidats celui qui a été le plus loin dans la voie du déshonneur, se révélant à la fois cupide, menteur et renégat, il s’accroche à un noyau dur d’inconditionnels qui ne veulent pas admettre s’être trompés dans leur choix au moment des primaires de la droite. Mais il semble bien qu’il ne sera pas présent au second tour.  

    Fin de campagne et incertitudes

    On croyait Marine Le Pen plus solide nerveusement, forte qu’elle était d’un noyau dur très fort. Mais sa campagne n’est pas très bonne, elle perd du terrain et n’est plus certaine de se retrouver au second tour, même pour perdre ! Elle est donc venue se faire remarquer sur le thème de l’antisémitisme en affirmant que la France n’était pas responsable de la rafle du Vel’ d’hiv[5]. Evidemment ce genre de propos rappelle ceux de son père qui se laissait aller à un négationnisme pépère et perlé. On ne sait pas vraiment pourquoi elle est entrée dans ce genre de polémique. Pour certains commentateurs hâtifs, ce serait l’ADN du FN qui parle. Pour d’autres elle aurait voulu critiquer la tendance française à la repentance. C’est ainsi qu’elle se justifiera en avançant que le régime de Vichy étant illégal, il ne représentait pas la France – une sorte de vision gaulliste. Plus raisonnablement, il semble plutôt qu’elle ait droitisé son discours si je puis dire sentant que la droite de tendance plutôt pétainiste était très fortement attirée par François Fillon. Dans une sorte de vases communicants, le candidat de LR empêtré dans des affaires crasseuses doit recharger ses accus sur la droite la plus radicale, clientèle jusqu’alors captive de Marine Le Pen. C’est sans doute ce qui l’a poussé à la faute et qui peut-être la privera du second tour. 

    Fin de campagne et incertitudes 

    A la Réunion Macron ne remplit pas la salle (25 mars 2017) 

    Si Macron avait bien réussi contre toute attente la première partie de sa campagne, il peine clairement sur la fin. Les salles ne se remplissent plus et il a dû annuler plusieurs de ses meetings, à Amiens, mais aussi dans les Ardennes[6]. Cela s’est traduit dans une baisse remarquable et remarquée dans les sondages. Peut-être que le soutien tonitruant des caciques du P « S » à sa candidature, Valls, Le Drian, voire indirectement Hollande, ne lui rend pas service, car immédiatement ce soutien le rattache directement au quinquennat raté de Hollande dont il a conduit la politique économique depuis le début. Or cette politique économique qu’il se propose de prolonger a eu de tellement mauvais résultats en tout et sur tout, que le pusillanime Hollande n’a même pas osé venir le défendre devant les électeurs.

    Mais il y a autre chose, Macron s’est présenté comme le candidat de l’Allemagne. D’abord en allant à Berlin faire allégeance à Merkeln avançant qu’il ferait les réformes nécessaires pour se faire adouber par la chancelière[7]. Et plus récemment, Wolfgang Schaüble a annoncé qu’il soutient Macron[8]. Ce qui devait passer pour un gage de sérieux dans cette campagne allemande, est devenu un boulet, tout le monde moque Macron sur les réseaux sociaux pour ses tendances collaborationnistes, ses tendances à la soumission. En recherchant la caution allemande Macron a montré que non seulement il ne connaissait rien en économie, rien en géographie, mais qu’il ne connaissait rien non plus à l’histoire. L’Europe comme l’Allemagne ont mauvaise presse en France. Et pas seulement à cause des vieilles rancœurs liées au pillage de notre pays, mais aussi parce que nous sommes au courant que l’Allemagne a pris un malin plaisir à torturer la Grèce, mais qu’elle impose aussi une sorte de dictature sur l’Union européenne. Il faut intégrer cette nouveauté : en 2017 le corps électoral est largement anti-européiste. Et si on n’est pas encore sorti de l’Europe, c’est seulement parce que les institutions nous empêchent de procéder à un référendum sur ce sujet. Beaucoup ont reproché à Macron de n’avoir pas de programme, d’être creux. Ce n’est pas mon cas. Macron a un programme : libéral et européiste, il vise à une intégration plus rapide de la zone euro notamment en détruisant le droit du travail et une partie de la protection sociale. Et sans doute s’il baisse dans les intentions de vote, c’est que cela commence à se savoir.

     

    Conclusion

     

    Jacques Sapir a rédigé il y a quelques jours un billet sur la sortie de l’euro et ses conditions[9]. Manifestement aucun candidat, hormis sans doute François Asselineau qui n’a aucune chance de passer la barre du premier tour, n’est prêt pour ce grand saut. Or il va de soi que la sortie de l’euro et donc de l’Union européenne est la condition nécessaire mais non suffisante pour que les choses changent dans un sens un peu positif. En effet, une politique de relance de la demande telle que la propose Mélenchon n’est pas possible dans un univers concurrentiel, elle se doit d’être accompagnée d’un minimum de protectionnisme. Dès lors il nous reste seulement deux options : soit on reste chez soi et on ne vote pas, soit on vote pour Mélenchon malgré les réserves qu’on peut faire sur son programme[10], en espérant que cela l’encouragera à aller dans le bon sens puisqu’après tout depuis 2012 il a beaucoup progressé sur la question.

     


    [1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/15/thierry-wolton-les-deux-extremes-rouge-et-brun-nous-menacent_5111640_3232.html

    [2] http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/04/16/35003-20170416ARTFIG00194-francois-hollande-critique-le-simplisme-de-melenchon.php

    [3] http://www.ladepeche.fr/article/2017/04/17/2557766-devant-70-000-personnes-toulouse-melenchon-pose-candidat-liberte.html

    [4] http://www.latribune.fr/economie/presidentielle-2017/fillon-pret-a-faire-entrer-des-membres-de-la-manif-pour-tous-dans-son-gouvernement-688434.html

    [5] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/10/rafle-du-vel-d-hiv-la-faute-de-le-pen_5108861_3232.html

    [6] http://www.radio8fm.com/infos/article/7983

    [7] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/15/emmanuel-macron-recu-a-berlin-par-angela-merkel_5094689_4854003.html

    [8] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/13/en-allemagne-le-conservateur-schauble-lache-fillon-pour-macron_5110589_4854003.html

    [9] http://russeurope.hypotheses.org/5906

    [10] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-jean-luc-melenchon-a127810542

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