•  L’élection présidentielle  et le cas Marine Le Pen

    Le monde qui soutient ardemment depuis le début, le candidat de la finance internationale s’alarme du fait qu’il n’y a pas de mobilisation antifasciste contre Marine Le Pen[1]. C’est embêtant pour l’establishment parce que cela veut dire au moins trois choses :

    - que Macron qui apparaît comme le candidat de la finance, fait pour certains au moins autant l’effet d’un repoussoir que Marine Le Pen, notamment pour les électeurs de Mélenchon ;

    - que l’image de Marine Le Pen s’est clairement améliorée par rapport à son père ;

    - enfin que si sa victoire est étriquée pour Macron, et à mon avis elle le sera, alors il n’aura pas beaucoup de légitimité pour travailler par ordonnances à la mise ne place de ses réformes antisociales.

    Il y a donc une pression de la part des médias et de certaines personnes un peu angoissées pour que nous votions tout de même contre Marine Le Pen, même s’il est admis que Macron est un personnage détestable, arrogant et sans dimension intellectuelle. J’ai dit dans mon billet précédent tout le mal que nous devions penser de lui[2]. Mais nous ne devons pas nous dérober et préciser d’une manière sans ambiguïté ce que nous pensons de Marine Le Pen qui sera, nous le savons, le vote majoritaire des ouvriers. 

    L’élection présidentielle  et le cas Marine Le Pen

     

    Les candidats à Whirlpool 

    Par un concours de circonstances plutôt curieux, les deux candidats pour la présidentielle se sont retrouvés à Amiens devant des ouvriers de Whirlpool. Cette usine doit être fermée et délocalisée au nom de la sacro-sainte compétitivité. Marine Le Pen a reçu un accueil très chaleureux qui lui a permis de faire des photos où elle manifestait son soutien aux prolétaires. Une aubaine pour qui veut se présenter comme le candidat du petit peuple. La différence était sidérante avec l’accueil réservé au contraire à Emmanuel Macron qui a été fort justement copieusement sifflé[3]. Sans doute ces salariés se souviennent-ils que Macron a été ministre de l’économie sous la présidence de Hollande et qu’il n’a fait par son action qu’accélérer la désindustrialisation de la France. C’est dans ce genre de contexte qu’on comprend mieux pourquoi l’idée de démondialisation, de sortie de l’Europe est très prisée chez les prolétaires. Dans ce contexte, elle apparaissait comme l’ultime rempart contre la goinfrerie du capital international représenté par Macron. 

     

    Marine Le Pen drague les électeurs de Mélenchon 

    Profitant des hésitations de Jean-Luc Mélenchon à appeler à voter Macron, Marine Le Pen et son parti ont commencé à mettre l’accent sur ce qui peut rapprocher le programme de la France insoumise et celui du FN. Certains s’en sont offusqué, arguant qu’il était honteux de rappeler cette proximité. Mais pourtant, c’est bien une réalité qui explique pourquoi Mélenchon et Marine Le Pen ont recueillis ensemble la quasi-totalité du vote ouvrier. Nier cette proximité est stupide. Evidemment si l’on s’en tenait au seul programme économique et social des uns et des autres, on voterait très facilement pour Marine Le Pen dont le programme est très à gauche par rapport à celui de Macron. Quand elle s’en prend aux traités de libre-échange, quand elle attaque les dégâts de la mondialisation, on ne peut que l’approuver. De même lorsqu’elle dit vouloir défendre la Sécurité Sociale que Macron veut démanteler, ou quand elle veut revaloriser les bas salaires. Mais malheureusement, le FN ce n’est pas que ça.

     L’élection présidentielle  et le cas Marine Le Pen 

     

    Le FN est-il un parti fasciste ? 

    Pour nous faire bien voter pour le jeune blanc bec qui s’appréterait selon la rumeur à nommer Laurence Parisot, ancienne patronne du MEDEF, premier ministre[4], on tente de raviver le danger du fascisme qui vient. Cette assertion simplificatrice revient à prendre les gens pour des cons. Le contexte historique – nous ne sommes pas dans les années trente – et l’état des forces politiques en présence indique clairement que le FN n’a ni la volonté, ni les moyens de mettre en place une dictature sur le territoire français : quelles que soient ses intentions, ce parti n’aura pas la possibilité d’instaurer un régime fasciste. Certains ont rappelé le putsch des généraux d’Alger. Mais le contexte était bien différent, et le FN ne peut compter sur aucune milice, ni sur aucun régiment de parachutiste. J’ajouterais que la majeure parti de l’électorat de Marine Le Pen n’est pas concernée par ces débats et ne la suit que parce qu’elle prétend défendre la France et ses emplois contre la mondialisation et les abus du libéralisme de l’Union européenne. Ce que j’avance peut facilement être vérifié comme l’a fait Jacques Sapir par l’analyse géographique du vote pour Marine Le Pen[5]. Le vote pour la candidate du FN recoupe la carte de la désindustrialisation de la France. C’est d’ailleurs ce vote qui non seulement a fait du FN le premier parti ouvrier, mais aussi qui a amené ce parti à cette hauteur.

    Mais tout cela ne fait pas pour autant du FN un parti respectable, malgré le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan[6]. Il semble bien que non. Nous avons déjà noté la faute de Marine Le Pen sur la question de la rafle du Vel’d’Hiv[7].  Elle vient de se mettre en congé de la présidence de son parti, histoire de montrer qu’elle n’est plus la candidate d’un parti, mais de l’ensemble des Français. La nature ayant horreur du vide, elle a nommé à sa place Jean-François Jalkh[8]. Or celui-ci est un négationniste impénitent, une sorte de compagnon de route de Robert Faurisson[9]. Il va de soi que tant que ce parti n’aura pas été purgé de la frange révisionniste qui recèle encore dans ses flancs, on ne pourra pas voter pour lui, quel que soit par ailleurs la pertinence de son programme économique et social.  Si à l’évidence le FN n’est plus le parti néo-pétainiste du père, une grande partie de ses cadres reste encore attachée à une vraie idéologie d’extrême droite. C’est d’ailleurs pour cette raison que Florian Philippot qui a été l’artisan de la dédiabolisation du FN, est si souvent contesté par les FN historiques. En attendant, devant le tollé que la nomination de Jalkh a engendré, Il a fallu revenir en arrière et remplacé tout de suite ce Jalkh là par Steeve Briois, ce qui fait tout à fait mauvais genre.

     

    Conclusion 

    Elle s’impose d’elle-même, et bien que je considère toujours que la sortie de l’Union européenne est la mère de toutes les batailles, l’abstention est la seule solution moralement acceptable. L’idée qu’il y aurait un risque fasciste en France relève de l’imposture, non seulement parce que la probabilité que Marine Le Pen devienne présidente est égale à zéro, mais ensuite parce que son parti ne peut pas être qualifié de fasciste ou alors les mots n’ont plus aucun sens. Quant à Macron, non merci, il est tout autant antidémocratique que Marine Le Pen, n’a-t-il pas avancé l’idée que gouverner par ordonnances dès cet été pour détruire ce qu’il reste du droit du travail, le CDI et les 35 heures ?[10]

     


    [1] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/27/presidentielle-pourquoi-la-presence-du-fn-au-second-tour-ne-mobilise-pas-comme-en-2002_5118698_4854003.html

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/pourquoi-on-ne-peut-pas-voter-pour-emmanuel-macron-pour-faire-barrage--a130007038

    [3] http://www.europe1.fr/politique/emmanuel-macron-siffle-et-bouscule-a-lusine-whirlpool-damiens-3312338

    [4] https://www.lesechos.fr/elections/emmanuel-macron/0212019761760-laurence-parisot-se-dit-prete-a-etre-le-premier-ministre-de-macron-2083008.php

    [5] http://russeurope.hypotheses.org/5937

    [6] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/29/si-elle-est-elue-presidente-marine-le-pen-annonce-qu-elle-nommera-nicolas-dupont-aignan-premier-ministre_5119973_4854003.html

    [7] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/10/rafle-du-vel-d-hiv-la-faute-de-le-pen_5108861_3232.html

    [8] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/04/27/le-nouveau-president-du-fn-jean-francois-jalkh-rattrape-par-des-declarations-negationnistes_5118476_823448.html

    [9] http://www.ipolitique.fr/archive/2017/04/26/jean-francois-jalkh-negationnisme.html

    [10] http://www.rtl.fr/actu/politique/presidentielle-2017-pourquoi-macron-veut-dorenavant-gouverner-par-ordonnance-7788076139

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  •  Sur les réseaux sociaux, comme dans les médias mainstream, on tente de dramatiser l’enjeu du second tour des présidentielles, et donc pour tenter de rabattre des voix vers Macron, pour lui donner une certaine légitimité, on tente de culpabiliser l’électeur de base, en lui disant qu’il sera complice, s’il ne vote pas comme il faut, de l’installation du fascisme à la tête de l’Etat. La ficelle est grossière, on ne marchera pas.  

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen

    Les raisons de ne pas voter pour le jeune banquier sont très nombreuses, je les ai développées à de nombreuses reprises ici[1]. Nous allons les reprendre et les approfondir dans la perspective du second tour. Elles tiennent d’abord à son programme dont l’échec est programmé car il repose sur une logique pour le moins erronée, ensuite à la tactique insipide de l’oligarchie et ses médias qui nous ressorttent encore le chantage au fascisme, comme en 2002 pour qu’on le soutienne, mais aussi à sa personnalité arrogante et à l’entourage de bric et de broc qu’il a adoubé.

     

    Programme économique et social et théorie de l’offre 

    Faisons un peu d’économie. Le programme économique et social de Macron est dans la continuité directe de la politique qui est mise en place avec plus ou moins de résistance depuis une trentaine d’années dans le sens d’une intégration européenne. Les proximités avec le programme de François Fillon sont d’ailleurs évidentes.

    Il se résume ainsi :

    - déréglementation du marché du travail : flexibilisation accrue, fin du CDI, abaissement du droit du travail, durcissement des conditions d’accès aux allocations chômage, faciliter les licenciements ;

    - baisse de la protection sociale en diminuant les « charges » sociales, pérennisation du CICE de façon à abaisser les coûts du travail et à transférer de la valeur des ménages vers les propriétaires des moyens de production ; il est supposé également que la couverture des dépenses santé se fera de plus en plus par le développement des « complémentaires santé », donc un financement privé, ou par une sorte de TVA « sociale » destinée à compenser la baisse des ressources patronales en la matière  ;

    - baisse des impôts pour les plus riches (suppression de l’ISF) et baisse des impôts sur les entreprises. La baisse des taxes sera compensée par des coupes budgétaires de grande ampleur et une diminution du nombre de fonctionnaires, 120 000 durant el quinquennat.

    Le programme de Macron a été vertement critiqué par des économistes plus ou moins keynésiens qui pense que cela entrainera une récession[2]. La logique est celle de la théorie de l’offre qui est la base même de la vision économique de la droite réactionnaire depuis la fin du XVIIIème siècle, vision qui avait disparue entre 1945 et 1975, et qui a été remise au goût du jour par les conservateurs américains comme Milton Friedman et l’Ecole de Chicago, logique à laquelle s’est progressivement convertie la social-démocratie européenne et qui explique la multiplication des crises financière depuis la fin des années quatre-vingt-dix. L’idée est de faire baisser le coût du travail pour obtenir plus de compétitivité sur les marchés internationaux, et en même temps de faire remonter le taux de profit au nom du fameux théorème de Schmitt qui nous sert de boussole depuis un peu plus de quarante années : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain »[3].

    La théorie de l’offre est fausse dans ses fondements théoriques et son application est très dangereuse parce qu’elle conduit à des crises financières à répétition. Pourquoi ? Parce que quand on augmente les profits (la part des profits dans la valeur ajoutée) on diminue la part des salaires, ce qui plombe la demande. C’est ce que nous voyons dans le graphique ci-dessous. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Dans un premier temps les économistes libéraux et le patronat ont justifié cette baisse de la part des salaires en avançant que le taux de marge avait beaucoup baissé et donc que les détenteurs des moyens de production n’avaient plus la capacité d’investir. La théorie de l’offre qu’on met en avant de partout dans le monde avec plus ou moins de violence serait évidemment justifiée si ces excédents de profit étaient réinvestis dans l’élargissement du capital productif et que la croissance, puis l’emploi, repartaient. C’est exactement l’inverse qui se passe depuis maintenant plus de trente ans. En réalité ces surprofits sont allés d’abord vers la spéculation et la rémunération des actionnaires. L’accroissement de la part des profits dans la valeur ajoutée s’est accompagné d’une baisse de l’investissement ou du taux d’accumulation comme le montre le graphique suivant. Donc il s’ensuit que le premier terme du théorème de Schmitt n’a jamais été réalisé : la hausse des profits n’entraîne pas mécaniquement l’investissement. Tout le monde sait cela, sauf peut-être Emmanuel Macron qui ne peut pas tout faire, puisqu’il ne peut pas étudier et en même temps faire les couloirs, tisser des réseaux pour devenir le représentant préféré de l’oligarchie financière. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Comment expliquer cet apparent paradoxe ? Essentiellement par le fait que ce n’est pas l’offre qui tire les investissements, mais la demande !! Or au niveau macroéconomique la déflation salariale tue la demande, et donc il s’ensuit que dans une situation de déflation salariale les entrepreneurs n’ont pas d’intérêt à investir, sauf pour réduire encore un peu plus les coûts salariaux. On sait cela depuis au moins 1814, cela a été mis en valeur par Malthus, par Sismondi, puis par Marx et puis plus tard par Keynes. Mais les économistes mainstream préfèrent, en bons réactionnaires qu’ils sont, revenir en arrière, c’est-à-dire à Jean-Baptiste Say, quasiment à l’âge de pierre en économie ! On peut pour comprendre l’erreur fondamentale de la théorie de l’offre utiliser la rationalité de l’entrepreneur : en effet un entrepreneur rationnel n’investit que si en face il peut y avoir une demande solvable, donc une espérance de profit. Sinon les excédents de profits vont trouver refuge dans des investissements spéculatifs : des actions ou des investissements immobiliers. Mais comme tous procèdent de la même manière, cela fait gonfler la valeur de ces investissements spéculatifs dont le rendement s’effondre naturellement. « Trop de profit tue le profit » disait Mariner Eccles à propos de la grande crise des années trente. Et c’est ce que nous avons vécu encore en 2008 avec la crise dite des subprimes, crise dont nous ne sommes pas encore sortis.  

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Regardons le graphique ci-dessus qui résume le cas français, mais dont l’allure pourrait très bien aussi refléter les tendances dans les autres pays développés. Il indique clairement que les gains de productivité du travail ont été accaparés par les capitalistes au détriment des travailleurs : les salaires augmentent régulièrement jusqu’en 1975 en suivant à peu près les gains de productivité du travail. Mais après 1975, les deux courbes ne suivent plus la même pente : cet écart indique que nous allons, à partir du milieu des années 70, lentement mais sûrement vers une crise de la demande. Cette crise de la demande a été masquée de plusieurs manières, soit par une hausse des dépenses publiques (en France et dans quelques autres pays européens) soit par une hausse de l’endettement des ménages (USA).

    Au vu de ces résultats on comprend que les personnes les moins riches, les petits salariés votent pour Marine Le Pen et pour Jean-Luc Mélenchon qui ont avancé fort justement qu’une augmentation des salaires, notamment du SMIC était urgente et nécessaire[4]. Il est donc clair que le programme de Macron ne peut en aucun ramener l’emploi et la croissance, et ce d’autant plus que c’est le monde entier qui se trouve aujourd’hui dans une crise de la demande. La croissance de la Chine est quasiment nulle.

    Mais il y a une autre erreur dans la logique de l’offre : c’est que lorsqu’on se lance tous ensemble dans la compétition mondiale en abaissant les coûts, les parts de marché au mieux restent les mêmes, au pire aboutissent à la ruine des pays les plus faibles comme le montrent les pays du Sud de l’Europe, à commencer par la Grèce. Car cette théorie postule sur une idée encore plus fausse, démentie en permanence par les faits : l’ouverture n’entraîne pas la croissance, bien au contraire elle l’affaiblit justement parce ce qu’elle détruit les structures productives des plus faibles, des pays les moins compétitifs. Regardons le graphique suivant qui concerne les pays développés : nous voyons que sur la longue période l’ouverture entraine le déclin de la croissance, la relation entre les deux courbes étant négative. Ce schéma qui est valable en tout lieu et en tout temps invalide complètement les fondements de l’Union européenne. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    L’idée selon laquelle le libre-échange tire la croissance tient plus de la certitude apodictique que de l’examen de la réalité. Le grand historien de l’économie Paul Bairoch était déjà arrivé à ces mêmes conclusions, il y a bien un lien négatif entre ouverture et croissance, lien qu’on peut prouver sur le plan empirique[5]. C’est pourquoi ceux qui tentent de nous faire peur avec le protectionnisme confondent généralement la cause et la conséquence : quand dans l’histoire on rétablit le protectionnisme, c’est parce que nous sommes en crise, ce n’est donc pas le protectionnisme en lui-même qui engendre la crise.

    Macron est européiste avant que d’être patriote, on se souvient d’ailleurs de ses élucubrations sur la culture français qui selon lui n’existerait pas[6]. Et en tant qu’européiste, il est donc naturellement un des derniers défenseurs de l’euro. Il est d’ailleurs cocasse de trouver parmi les soutiens à Macron des gens comme Joseph Stiglitz[7] qui par ailleurs avance que l’euro n’a pas d’avenir[8], comme quoi la cohérence n’est pas du côté du prix Nobel ! Or l’euro est bien ce qui a détruit ce qu’il restait de l’industrie française. C’est ce que nous voyons dans le graphique suivant. Mais c’est également l’euro qui a donné de la puissance à l’Allemagne, ses excédents commerciaux étant grosso modo la somme des déficits commerciaux des autres pays de la zone euro, ce qui équivaut à un transfert systématique de richesse et d’emplois depuis 15 ans vers ce pays qui s’apparente à une sorte de pillage. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Le graphique ci-dessus montre qu’il y a une rupture nette dans l’allure des courbes. Nous voyons clairement que l’euro est responsable de l’expansion de l’industrie allemande et de la déconfiture de ses voisins. Encore faut-il expliquer pourquoi. Essentiellement c’est parce que nous sommes rentrés dans l’euro en réévaluant notre monnaie (le franc) tandis que l’Allemagne dépréciait le mark. Il en est résulté que l’Allemagne a pu se tailler des parts de marché sur le compte de ses voisins, et la fixité des taux de change n’a plus permis ensuite de rétablir les conditions de compétitivité de notre industrie.

     

    L’Europe politique et le transfert de souveraineté 

    Au premier tour des élections présidentielles de 2017, le bloc souverainiste était représenté par Marine Le Pen, Nicolas Dupont Aignan, François Asselineau, Jacques Cheminade et Jean-Luc Mélenchon. Ces candidats étaient souverainistes à des degrés très divers. Ils rassemblent pourtant près de la moitié des suffrages. Il ne faudrait pas trop pousser les Français si un référendum sur la sortie de l’Europe avait lieu pour qu’ils s’y rallient. Mon hypothèse est que potentiellement le courant anti-européen est déjà majoritaire chez nous[9]. Or Macron représente l’oligarchie européiste, les multinationales et les élites mondialisées si on veut, il est donc potentiellement minoritaire car sociologiquement il ne représente rien. C’est d’ailleurs une des raisons qui nous poussent à na pas voter pour lui, signifier qu’il est avant même que d’être élu minoritaire. Un forte abstention marquerait clairement cela. L’opinion publique de partout en Europe est très mobilisée aussi contre les traités de libre échange comme le CETA ou TAFTA, deux traités que le très réactionnaire Macron trouvent fort à son goût et dont il encouragera la mise en place. De TAFTA nous sommes aujourd’hui protégé par le dingo que les Américains ont mis à la tête de leur pays, mais pas de CETA. Autrement dit on ne peut pas être à la fois contre ces traités ignominieux concoctés dans les officines louches des think tanks financées par les multinationales et en même temps voter Macron. C’est tout simplement absurde. Le fait d’ailleurs que la Commission européenne approuve ces deux traités comme le parlement européen, est déjà en soi une raison de sortir de l’Europe[10]. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Mais l’Europe ne fonctionne pas sur le plan économique et social, fort chômage, baisse des salaires et faible croissance : conséquence, Macron nous propose plus d’Europe encore ! Quand on va dans le mur Macron propose d’accélérer. Son « plus d’Europe » irait dans deux sens :

    - d’abord la proposition de la création d’un superministère de l’économie pour la zone euro[11]. Bien que cette proposition n’a strictement aucune chance de se réaliser à cause de l’opposition de Berlin, on voit que ce que Macron propose c’est encore de réduire un peu plus la souveraineté des Etats nationaux en transférant toujours plus de compétences à Bruxelles ou à Berlin. Sur ce point il est tout à fait en phase avec ce que proposait François Fillon, une fois de plus.

    - ensuite il propose, toujours comme le sinistre Fillon, de mettre sur pied une défense européenne[12]. Contre qui cette nouvelle armée serait-elle tournée ? Evidemment contre la Russie. Ce qu’il ne dit pas. Mais on remarque que cette armée européenne non seulement achèverait la souveraineté de la France en transférant ses moyens militaires en dehors de notre territoire, mais en outre, elle nous paralyserait dans nos choix d’intervention à l’étranger. On remarque que quelles que soient les critiques qu’on peut faire à Hollande en la matière, la France est intervenue aussi bien au Moyen Orient qu’en Afrique sans attendre le feu vert de Berlin. Je ne pense pas que la proposition de Macron pourra se réaliser car de nombreux pays en Europe tiennent à garder un peu de souveraineté dans le domaine militaire, se méfiant notamment de l’Allemagne.

    Ce que nous voyons c’est que Macron est devenu – ce qui est cohérent quand on est libéral finalement – un grand défenseur de l’Europe qui fonctionne essentiellement pour le profit de l’Allemagne. C’est ce qui explique qu’à pluisieurs reprises il ait fait allégeance à Merkel et à Schaüble le ministre de l’économie ultra-conservateur qui s’applique à piller la Grèce[13]. Ce dernier le lui rend bien puisqu’il le soutient[14]. Macron propose une collaboration étroite avec l’Allemagne[15], ce qui nous rappelle de curieux souvenirs car on sait qu’Hitler aussi voulait contruire l’Europe de la paix et de la prospérité[16].

    Je passe sur le fait que Macron nous rappelle d’une manière stupide que l’Europe ait permis la paix depuis 70 ans. Cette assertion est tout simplement fausse : en effet de nombreux pays qui n’étaient pas dans l’Union européenne ne se sont pas fait la guerre depuis plus de 70 ans, par exemple le Japon et les Etats Unis, la Russie et les Etats Unis, la Chine et le Japon, la Chine et la Russie, etc. cela veut dire qu’on peut avoir une situation durable de paix sans être dans l’Union européenne ! Pour ce qui est de la France et de l’Allemagne, il est clair que ce qui a empéché le retour de la guerre c’est avant tout une propsérité retrouvée.

     

    Marine Le Pen est plus à gauche que Macron 

    C’est au moins vrai pour ce qui concerne le volet économique et social. Les plus pauvres ne s’y trompent pas puisqu’ils votent soit Marine Le Pen, soit Jean-Luc Mélenchon. Henry De Lesquen, Rivarol, Bruno Mégret ou encore les pétainistes de Sens commun ne s’y sont pas trompés qui se sont rangés derrière l’abominable François Fillon, trouvant Marine Le Pen un peu trop gauchiste. Si on ne vote pas pour elle au second tour des élections, c’est pour d’autres raisons. La première est que les cadres de son parti sont très souvent représentés par des vrais fachos, capables de se tatouer avec des croix gammées. La seconde est qu’elle est encore capable de bourdes grossières et condamnables comme elle l’a rappelé en parlant de la rafle du Vel d’Hiv. C’est évidemment pain béni pour tous ceux qui cherchent à agiter sans complexe l’épouvantail du fascisme qui vient[17]. Quoiqu’il en soit Marine Le Pen n’a pas les moyens de transformer son parti en un parti fasciste ou néo-nazi, ce n’est plus l’époque.

    Mais le fait que son parti grimpe de plus en plus haut ne vient pas de cet aspect fangeux, il vient d’abord du fait qu’elle prend en compte les exclus de la mondialisation heureuse, ceux qui pensent que seule la nation est capable de réunir le corps social au lieu de le diviser. Le gonflement du nombre de ses électeurs fait d’ailleurs que ce parti ne peut plus être considéré comme fasciste, et que s’il revenait à ses vieux démons, par exemple en passant sous la férule de Marion Maréchal-Le Pen, il se dégonflerait très rapidement et retomberait à un étiage de 5 ou 6%... comme Hamon ! Mais contre la mondialisation heureuse des soutiens hétéroclites de Macron, Marine Le Pen représente aux yeux du peuple les intérêts de la France, c’est ainsi qu’elle a refusé fort justement le drapeau européen[18], ce qui est un signe fort de résistance.

    Ce serait insulter gravement le petit peuple qui vote Marine Le Pen que de considérer que c’est un enesmble homogène de fascistes ou de nazis, de racistes et d’intégristes rancis. Du reste ce parti attire la jeunesse bien plus que Macron. Sans doute que Jean-Luc Mélenchon l’a compris puisqu’il n’a pas appelé à voter Macron au motif douteux de faire barrage au fascisme. Il y a en effet parmi ces électeurs une masse qui serait sensible à un programme de gauche fermement anti-européen et qui défendent l’idée de nation souveraine.

    En 2002 Chirac a été réélu avec 80% des suffrages, avec une abstention relativement faible de 20%. Ça ne risque pas d’arriver pour Macron. Si les sondages lui donnent entre 60% et 65%, il est très probable qu’il tombera en dessous dus core de Jacques Chirac :

    - d’abord parce qu’une grande partie de la gauche mélenchoniste va s’abstenir, et ensuite parce que Marine Le Pen ralliera des suffrages hétéroclites qui viendront de cette même gauche (on évalue à 9% des votants de Mélenchon qui se porteraiens sur Marine Le Pen) et aussi de certains électeurs de François Fillon qui considérent que Macron est un dangereux socialiste ;

    - parce que face à Marine Le Pen, notamment sur les questions européennes, Macron ne fera pas le poids dans le débat qui aura lieu le 3 mai prochain. Il ne peut pas en effet inventer des résultats positifs pour l’Europe quand ceux-ci n’existent pas ;

    - enfin parce que l’idée du barrage républicain est maintenant bien éventée et que les électeurs sachant compter, il est évident qu’il n’y a aucun danger fasciste en France en 2017. Non seulement Marine Le Pen n’accédera jamais à la présidence, même si l’abstention était massive, son parti est bien incapable de construire autour de lui une majorité pour gouverner.

    En 1969 l’abstention était au dessus de 30%, cette année là, la gauche avait été éliminée au premier tour, le candidat socialiste Gaston Defferre avait réalisé, en s’alliant avec le père de la deuxième gauche française Pierre Mendes-France, moins de 6% des voix, à peine 5%, tandis que le candidat communiste, le terne Jacques Duclos passait la barre des 20%. Il est à parier que l’abstention sera dans ces eaux là, et plus l’abstention sera élevée et plus la victoire de Macron sera étriquée. C’est ce qu’il y a de mieux pour préparer les luttes à venir. De rapides calculs montrent que pour que Marine Le Pen soit en mesure de l’emporter, il faudrait que l’abstention s’élève à plus 50%, ce qui voudrait dire qu’une très grande partie des électeurs de Macron du premier tour, les « socialistes » et les Républicains restent couchés le 7 mai[19], ce qui est ubuesque.

     

    Les soutiens de Macron 

    Macron nous joue la partition de la jeunesse comme si c’était une excuse ! Très bon bonnimenteur comme un marchand de voitures d’occasion, il passe son temps à recycler de vieilles idées dans son programme qu’il noie dans un simulacre d’enthousiasme. Mais il suffit de voir qui sont les soutiens de Macron pour se rendre à l’évidence : Macron est le candidat de la bourgeoisie mondialiste. On y retrouve Cohn-Bendit, Dominique de Villepin (qui sans doute expliquera à Macron comment faire passer la différenciation du SMIC ou la disparition du CDI), Alain Madelin qui vient carrément de l’extrême-droite (le GUD pour être plus précis). Et les vieux oracles comme Minc ou Attali qui se trompent avec constance depuis quarante années maintenant. Des anciens communistes comme Hue ou Braouezec qui n’ont plus les moyens intellectuels de distinguer la gauche de la droite. La droite honteuse du P « S », Valls, Le Foll le bien nommé,  l’opportuniste Bartolone, l’extrême centre de Bayrou. Bref un ramassis d’incapables et de girouettes, hétéroclites et sans honneur. Mais surtout ce sont des vieux de la vieille, des personnalités qui ont toujours échoué sur le plan politique dont la moyenne d’âge tourne autour des 70 ans. Ajoutons y Bernard Henry-Levy et Dominique Strauss-Khan et c’est complet. Rien que de mêler ma voix aux leurs, j’en tremble ! Toute cette engeance depuis longtemps déconnectée de la réalité profonde et qui n’a strictement aucune idée de ce que sont les conditions de vie du bas peuple qui n’a pas idée de ce que sont les exigences du patronat pour des salariés payés au SMIC. Tous ces gens gagnent en moyenne entre 7 000 et 20 000 € par mois, mais ils ont des idées pour empêcher que le SMIC augmente et ne tue l’économie ! 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Au-delà de cette classe oisive et paresseuse qui voudrait bien qu’on la dise un peu intellectuelle, Macron est le candidat du MEDEF, et des milliardaires comme Drahi, Bergé, Niel, Bolloré qui est passé de Sarkozy à Macron, Bernard Arnaud si justement moqué par Ruffin dans son film Merci patron ! Il y en a encore d’autres, de bons gros capitalistes, ami des marchés et du libre-échange et de ses traités, champions de l’évitement fiscal[20]. On ne peut pas soutenir ce capitalisme dérégulé au nom d’une fumeuse lutte contre le fascisme.

    Et puis on ne peut pas voter pour un nouveau Sarkozy, on savait Macron très arrogant avec le bas peuple, se vantant lui aussi de ses costumes auprès chômeurs[21], stigmatisant les ouvrières illettrées[22], lui qui ne sait rien ni en histoire, ni en géographie, ni en économie. Mais jouant les bouffons de service, mettant la charrue de la victoire avant les bœufs qui voteront pour lui, il est parti fêter sa victoire à la Rotonde, le très vulgaire Sarkozy avait au moins attendu d’être élu pour aller offrir sa tournée au Fouquet’s. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Nous n’irons pas voter le 7 mai 2017, par contre il va falloir affuter nos armes car la lutte des classes va reprendre très vite, sans doute dès l’automne, car cet été Macron va vouloir aller très vite, n’étant lié par aucune promesse de mettre au pas la finance ou de réduire les inégalités, il sait qu’il va être rapidement impopulaire par ses mesures de destruction de la protection sociale. Et nous ferons tout pour qu’il le reste.

     

     


    [2] Par exemple https://www.challenges.fr/economie/quand-deux-economistes-etrillent-la-vision-et-le-bilan-economique-de-macron_424743

    [3] On attribue cette idée stupide à Helmut Schmitt chancelier social-démocrate qui a été chancelier de l’Allemagne entre 1974 et 1982, soit approximativement durant le septennat de Giscard d’Estaing qui, toujours à la recherche d’une soumission à l’Allemagne, parlait de lui comme d’un ami.

    [4] http://russeurope.hypotheses.org/5934

    [5] Paul Bairoch, Mythes et paradoxes de l'histoire économique, La Découverte, 1999

    [6] https://francais.rt.com/france/33569-il-n-a-pas-culture-francaise-macron-attire-foudres-droite

    [7] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/18/25-nobel-d-economie-denoncent-les-programmes-anti-europeens_5112711_3232.html

    [8] https://francais.rt.com/economie/31623-pour-prix-nobel-economie-joseph-stiglitz-fin-euro-question-temps

    [9] Voir les travaux du Pew Research Center sur le thème de l’euroscepticisme. http://www.pewglobal.org/2016/06/07/euroskepticism-beyond-brexit/

    [10] https://blogs.mediapart.fr/raoul-marc-jennar/blog/240914/ceta-tafta-des-traites-jumeaux-pour-detruire-la-souverainete-des-peuples

    [11] https://start.lesechos.fr/actu-entreprises/societe/les-5-points-a-retenir-du-programme-economique-d-emmanuel-macron-7481.php

    [12] http://www.opex360.com/2017/03/02/defense-les-propositions-de-m-macron-sinscrivent-dans-la-continuite-de-la-politique-du-president-hollande/

    [13] Schaüble s’est fait nommer à la tête de la structure de défaisance des biens grecs, les affaires sont les affaires ! http://www.humanite.fr/grece-connivences-bourgeoises-autour-du-magot-579589

    [14] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/13/en-allemagne-le-conservateur-schauble-lache-fillon-pour-macron_5110589_4854003.html

    [15] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/01/10/emmanuel-macron-a-berlin-pour-se-donner-une-stature-europeenne_5060405_4854003.html

    [16] http://in-girum-imus.blogg.org/dix-citations-sur-l-europe-a117198068

    [17] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/10/rafle-du-vel-d-hiv-la-faute-de-le-pen_5108861_3232.html

    [18] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/19/marine-le-pen-exige-le-retrait-du-drapeau-europeen-pour-un-entretien-tf1-accepte_5113911_4854003.html

    [19] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/04/25/presidentielle-2017-la-participation-cle-du-second-tour-macron-le-pen_5117137_4355770.html

    [20] http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/macron-candidat-du-systeme-drahi-189015

    [21] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/05/27/25001-20160527ARTFIG00392-emmanuel-macron-le-meilleur-moyen-de-se-payer-un-costard-c-est-de-travailler.php

    [22] http://www.europe1.fr/economie/macron-et-les-illettres-des-abattoirs-gad-un-vrai-sujet-2234175

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    Fiasco des méthodes dites modernes

     

    François Fillon qui finit sa triste carrière couvert de crachats par son propre parti[1] avait fanfaronné en disant que les sondages n’étaient pas fiables et ses partisans claironnaient que les big datas utilisés par des boutiques comme Filteris le donnaient qualifié pour le deuxième tour. On ne peut pas se tromper plus complètement. L’idée est de se passer de l’avis biaisé des potentiels électeurs, et de s’intéresser à l’activité des réseaux sociaux sur Internet. 

    Des sondages et des règlements de comptes 

    FIlteris n’est pas la seule boutique qui s’est plantée dans les grandes largeurs, il y a aussi Vigiglobe et Predict my president. C’est que c’est un marché nouveau que le traitement des big datas, et en être peut amener pas mal d’argent[2]. Le tout est couvert par des formules absconses qui prétendent à la scientificité. Vigiglobe laissait entendre que Marine Le Pen serait disqualifiée et que Fillon serait au deuxième tour, le deuxième homme étant soit Macron, soit Mélenchon. L’ordre d’arrivée effectif montre à quel point ces soi-disant nouvelles techniques se sont ridiculisées. Predict my president voyait un deuxième tour entre François Fillon et Marine Le Pen.

    Des sondages et des règlements de comptes 

    Comme le montre le graphique ci-dessus, on voit que les sondages traditionnels fondés au contraire sur la technique des quotas n’étaient pas très loin du compte[3]. L’idée stupide que faisaient courir les partisans de Fillon ou d’Hamon était que les sondages se trompaient du tout au tout, que leur technique était dépassée. C’était en réalité seulement une manière de conserver mobilisées les troupes. Le fiasco des meetings de Fillon et d’Hamon qui peinaient à remplir les salles à Marseille, à Lille ou à Toulouse, confortait au contraire l’idée que les sondages traditionnels ne se trompaient pas de beaucoup au fur et à mesure que l’échéance avançait. François Fillon savait sans doute cela quoi qu’il en dise, parce qu’en même temps qu’il perdait pied dans les sondages traditionnels, il recherchait des appuis à la droite de Marine Le Pen en allant draguer les fonds de poubelle de l’extrême droite pétainiste, Rivarol, Bruno Mégret, Rivarol, ou encore Sens commun et De Lesquen. Sans doute n’avait-il guère de conviction puisque rapidement après avoir reconnu sa défaite, il s’empressait d’appeler à voter pour Macron pour faire barrage au FN ! Ses soutiens d’extrême droite apprécieront sans doute comme il se doit ses revirements. Cet épisode risible montre que les sondages traditionnels utilisent des techniques somme toute assez fiables, encore faut-il savoir les lire. En tous les cas, cela met fin à cette légende selon laquelle les sondages se trompent tout le temps.

     

    Haro sur Fillon et Hamon 

    Rachida Dati, Eric Woerth et quelques autres ont entrepris de casser du sucre sur le dos de François Fillon. Ils considèrent que vu le fiasco du quinquennat de Hollande, cette élection était imperdable pour leur parti. Ils se trompent consciencieusement, tout occupés qu’ils sont à régler leurs comptes avec l’improbable candidat issu des primaires. En vérité Fillon n’avait pas un programme enthousiasmant, il avait d’ailleurs commencé à baisser dans les sondages dès qu’il a commencé à étaler sa brutalité dans les réformes. Certes sa cupidité et son arrogance ont enfoncé le clou, mais le fond de l’affaire est qu’il ne pouvait pas être élu uniquement par des rentiers et des pensionnaires des maisons de retraite. A cet égard l’épisode filmé de Fillon expliquant aux infirmières qu’elles devaient travailler plus sans être payé plus est édifiant… sachant que lui n’a jamais travaillé une minute de sa vie[4]. Déconnecté de la réalité de terrain, son arrogance choque, et choque d’autant plus que cela s’est passé au moment où les affaires de costumes, de montre, de bandes et de prébendes commençaient à s’étaler dans la presse. Les critiques contre Fillon émanant de son propre camp restent au simple niveau du comportement frisant la délinquance (de la part de Woerth de telles critiques sont risibles, lui qui n’a échappé à la condamnation que pour cause d’un manque de preuves). Les Républicains auraient de croire qu’ils vont pouvoir se refaire la cerise en reprenant le programme porté par le candidat déchu. 

    Des sondages et des règlements de comptes

     

    Fillon expliquant aux infirmières qu’elles doivent travailler plus pour gagner moins 

    Ce serait oublié que LR, anciennement UMP est né de la volonté de fondre un grand parti de droite en abandonnant le gaullisme ancien du RPR et en adoptant finalement le programme de Giscard d’Estaing : le libéralisme économique et l’Europe. Mais comme cette ambition est concurrencée sur le terrain par Macron, ce parti doit disparaitre ou se fondre dans le nouveau parti du futur président de la République… sauf à rejoindre Marine Le Pen. Il est donc très probable que LR va se fracturer au moins en deux : un pôle plutôt nationaliste et peut être un peu plus social, comme le laisse entendre Henri Guaino qui du même coup ne veut pas soutenir Macron pour le deuxième tour[5], et un pôle plus libéral qui pourrait se reformer autour des débris de l’UDI et des juppéistes. Cette instabilité latente qui va certainement marquer la prochaine législature laissera peu de place pour qu’En marche devienne un vrai parti. Le marché de la droite est maintenant très encombré, de Macron et des caciques du P « S », jusqu’aux restes des gaullistes. Christian Estrosi s’est d’ailleurs tout de suite positionné pour soutenir Macron en s’abritant derrière la parole du général De Gaulle[6] !!

    Ce qu’on voit se dessiner c’est une sorte de coalition semblable à ce qui s’est mis en place en Allemagne entre le SPD et la CDU, rejetant une droite plus classique et une gauche réelle vers les marges du système politique. Manuel Valls qui appelle depuis longtemps à l’abandon des idées de gauche au P « S » et même qui ne veut plus du nom de « socialiste », lui qui a pu mesurer sa popularité au sein de la gauche, critique le score de Hamon. Il lui reproche d’avoir mené une campagne d’extrême gauche ! Il ne dit rien de ses propres trahisons, il avait pourtant signé un papier disant qu’il soutiendrait le vainqueur de la primaire socialiste, puis, comme un vulgaire Fillon, il a bafoué sa parole, et voilà qu’il en fait reproche à Hamon[7]. Valls qui n’a pas très bien réussi en tant que premier ministre se donne comme horizon une gauche qui n’en est pas une, voulant persister dans une sorte de blairisme qui a échoué de partout. Mais il ne comprend pas les ressorts d’une élection. Deux choses motivent les électeurs : les succès économiques, donc si par exemple les salaires augmentent, le chômage diminue, et le positionnement de classe. C’est pourquoi la gauche conserve un avenir très fort en France. Les intérêts des travailleurs ne peuvent se confondre avec les intérêts des marchés financiers. C’est pour ignorer cela que la droite, qu’elle soit représentée par Macron, Valls ou Fillon est vouée à l’échec. Cette inculture de Valls et de ses semblables qui en sont maintenant réduits à jouer les supplétifs d’un banquier qui a prêté allégeance à l’Allemagne, augure très mal de la possibilité de survie du P « S ». En effet pour ce qu’il reste de la gauche dans ce parti, la position des gens comme Valls, Collomb ou Ferrand est une trahison pure et simple. Ils ne sont donc pas prêts à soutenir fondamentalement Macron donc à laisser le parti    aux mains de l’aile droite. Mais d’un autre côté, Mélenchon et les Insoumis occupent fermement le terrain de la gauche social-démocrate. La seule question qui compte est de savoir quand émergera un parti de gauche large et musclé sur le plan intellectuel qui réponde aux aspirations des populations et qui renverra aux poubelles de l’histoires les vieux partis décomposés, le PS et le PCF.

     

    La recomposition du paysage politique risque d’être longue, cependant les nécessités de la crise économique et financière qui se profile peuvent hâter le mouvement. Macron n’est pas un candidat antisystème, c’est la dernière chance du système.

     

     


    [1] http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/04/23/35003-20170423ARTFIG00232-la-droite-regle-deja-ses-comptes-avec-francois-fillon.php

    [2] http://www.latribune.fr/economie/presidentielle-2017/presidentielle-2017-le-big-data-donne-fillon-au-second-tour-pas-les-sondages-qui-aura-raison-693731.html

    [3] https://fr.news.yahoo.com/derniers-sondages-pr%C3%A9sidentielle-2017-avant-215200977.html

    [4] http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/23/francois-fillon-choque-par-sa-froideur-face-aux-soignants-epuise_a_22009377/

    [5] https://www.marianne.net/politique/pour-henri-guaino-ce-sera-ni-macron-ni-le-pen

    [6] http://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/video-le-general-de-gaulle-etait-un-homme-en-marche-lance-christian-estrosi-rallie-a-emmanuel-macron_2159664.html

    [7] http://www.atlantico.fr/pepites/manuel-valls-on-ne-recolte-que-qu-on-seme-3028393.html

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    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ?

    Défaite amère de François Fillon symbole de l’immoralité en politique 

    La première leçon à retenir est d’abord la défaite du pire des candidats : François Fillon. On ne le dit pas assez, mais il a fait une excellente campagne, compte tenu de ses handicaps. Il a ramassé les voix un peu partout et surtout à la droite de Marine Le Pen ! C’est grâce à la bouée de sauvetage de l’extrême droite de Sens commun, de Mégret, de Rivarol ou encore de De Lesquen qu’il arrive à un score aussi élevé. Avec moins de 20% des voix, c’est une défaite sanglante qui lui est infligée, même si on peut se poser des questions sur l’idée que ses électeurs se font de la morale en politique. Sa carrière politique est finie, alors même que tous les espoirs étaient permis pour lui à la sortie des primaires. Il y a donc eu une saine réaction des Français pour refuser la qualification à un candidat prévaricateur, menteur et renégat. Ayant cumulé sur lui toutes les tares que peuvent possédé les hommes politiques, son propre parti lui fera sûrement payer très cher cette défaite et va l’éjecter comme le symbole de l’immoralité en politique. Fillon a rapidement reconnu sa défaite et appelé à voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage au Front National. L’idée est de reconstruire le front dit républicain, en gros revenir au système UMPS. Jean-Pierre Raffarin, Luc Chatel qui semblaient avoir intégré la défaite depuis un bon bout de temps, ont montré combien ils étaient en phase avec Macron, que ce soit sur la question de l’Europe ou la question de l’austérité et de la dette. Fillon décevra sans doute l’extrême-droite de Sens commun, de Rivarol ou de Mégret par son ralliement, et une partie de cet électorat se reportera sans doute sur Marine Le Pen. 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    François Fillon pleurnichant sur les raisons de sa défaite

     

    Le très bon score de Mélenchon reste insuffisant 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    Il a fait une bonne campagne, créant une vraie dynamique à gauche. Et il va de soi que Mélenchon aurait pu être qualifié pour le second tour sans la candidature d’Hamon. Dans ce cas il est probable même que Macron ne bénéficiant plus du vote utile pour faire soi-disant barrage à Marine Le Pen, il se serait retrouvé face à la candidate du FN et l’aurait emporté facilement. On voit tout de même qu’il n’était pas si loin de se qualifier. On peut également souligner le rôle des médias, notamment d’un journal comme Le monde, qui ont pris un malin plaisir à gauchir et à transformer tout ce que Mélenchon pouvait dire pour le transformer en une sorte de bolchevique assoiffé de sang. Mais il n’est plus temps de pleurnicher, il faut comprendre cet échec. Il lui a manqué quelques éléments pour donner un peu plus de cohérence à son programme : que ce soit sur l’immigration, l’islam ou sur l’Union européenne, il n’a pas été assez offensif, il avait manifestement peur de se présenter comme le candidat de la rupture. C’est une leçon fondamentale à retenir : la gauche n’a pas d’avenir en jouant les supplétifs de la logique européiste, un vrai programme de gauche visant à plus de justice sociale, à une meilleure protection de l’environnement, à une réduction des inégalités ne peut pas s’appliquer dans le cadre contraignant des traités européens. C’est donc une faute stratégique et tactique de ne pas l’avoir compris. C’est seulement en siphonnant les voix ouvrières de Marine Le Pen qu’il aurait eu quelque chance d’apparaître comme un candidat nouveau et courageux. Ajoutons que son positionnement sur la scène internationale n’est pas très clair non plus. En voulant jouer la partition de la responsabilité et de la rupture il s’est trouvé sur les positions presque gauchistes. C’est sans doute comme pour Fillon sa dernière campagne. Saluons tout de même le courage de Mélenchon de ne pas appeler à voter pour Macron au second tour et donc de refuser le conformisme.

     

    Le score mitigé de Marine Le Pen 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    En se qualifiant pour le second tour Marine Le Pen sauve sans doute sa tête à la direction du Front National. Une élimination aurait en effet remis en question la légitimité de sa tentative de dédiabolisation de son parti. Elle n’a cependant aucune chance de l’emporter le 7 mai 2017 contre Macron qui, candidat du système oblige, et on peut faire confiance à la presse dans son ensemble pour faire rouler le tambour sur le thème du barrage au fascisme, en répercutant les consignes de vote de Fillon, d’Hamon, de Pierre Laurent ou encore de Mélenchon lui-même. Faisons plusieurs remarques sur le score finalement étriqué par rapport à ce qui lui était promis l’automne dernier.  Trois éléments peuvent être avancés :

    - le premier ne lui incombe pas, mais il est le résultat d’un boycott acharné de la presse à son endroit ;

    - le second est qu’elle a fait une mauvaise campagne, se révélant dans l’incapacité de hiérarchiser les problèmes. Elle a perdu bien trop de temps sur les questions de l’islam et de l’immigration plutôt que de traiter de la question principale qui intéresse les Français, la question du chômage ;

    - enfin il est probable que ses remarques sur la rafle du Vel’ d’hiv lui ont coûté des points. Ce qui veut dire que dès qu’elle s’écarte de son programme de dédiabolisation, elle se retrouve en danger. Mais il faut reconnaître aussi qu’elle a été poussée à la faute par Fillon lui-même qui en se positionnant de plus en plus à droite tentait de siphonner les suffrages de la partie pétainiste de son électorat.

     

    Hamon s’effondre 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    Ce n’est pas une surprise. Hamon était illisible dans son positionnement aussi bien que dans son programme. Des gros candidats il fut le plus lamentable et il finit en cinquième position. Mais les rancœurs à son endroit sont nombreuses. D’abord les mélenchonistes qui considèrent à juste titre que s’il avait soutenu Mélenchon, celui-ci aurait été qualifié pour le second tour. Cela augure mal des désistements en faveur des candidats du P « S ». Par ailleurs le très faible résultat d’Hamon, le plus faible de l’histoire du P « S » va l’empêcher de prendre en main ce parti et d’en refaire un parti de gauche. On ne voit plus très bien l’avenir pour ce parti : d’un côté une base de gauche qui s’effrite de plus en plus, de l’autre un encadrement qui ne se retient plus de rouler ouvertement pour Macron. Valls a d’ailleurs appelé rapidement à voter Macron pour le deuxième tour. Hamon n’aura finalement servi à rien, seulement à confirmer l’effondrement de son parti et à empêcher la gauche d’être présente au second tour. On pourrait ajouter que la défaite cinglante d’Hamon est aussi la défaite du président de la République encore pour quelques jours en activité : en 5 ans, il aura détruit de fond en comble le parti qui pourtant l’avait amené à l’Elysée. 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ?

     

    Macron tire les marrons du feu 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    Arrivé légèrement en tête, Macron est cependant certain de devenir président. Ce sera pourtant un président mal élu, avec une majorité instable. Mal élu parce qu’en effet il ne suscite l’enthousiasme que de la part des électeurs qui ne se sont pas encore aperçu qu’il était un banquier, donc le candidat du « système ». Pire encore, il ne pourra être élu qu’avec la reconstitution de l’UMPS. Il ne faudrait pas oublier que la grande majorité des Français le déteste pour tout ce qu’il représente, et seule la peur irraisonnée du FN va lui permettre de l’emporter. Quel que soit son score au second tour, sans doute autour de 60%, il l’obtiendra avec un niveau élevé d’abstention, mais aussi avec des gens qui voteront pour lui sachant qu’il faudrait le combattre tout au long de son mandat. Le second point a été maintes fois souligné, il aura une majorité en recomposition, du type de celle sur laquelle Giscard s’appuyait. Rien que la difficulté de nommer un premier ministre promet de belles discussions. Mais comme cette future majorité se construira sur la recomposition d’un système de partis écroulé, les tensions vont être nombreuses. La droite du P « S », les juppéistes vont se rallier, mais quid des sarkozystes et des ultras comme Wauquiez ? L’inexpérience parlementaire de Macron va être flagrante et cela d’autant plus qu’il va vouloir engager des réformes brutales et antisociales pour donner des gages à l’Allemagne. L’abominable Jean-Claude Juncker, le fidèle serviteur de Merkel, s’est d’ailleurs empressé de le féliciter. Il est très probable qu’une fois l’effet de griserie passé, disons à l’automne, la cote de popularité de Macron suive la même tendance que celle de Hollande. Cet amalgame autour de Macron d’une partie de la gauche dite de gouvernement, de la droite parlementaire et du centre ressemble à la victoire de ceux qui rêvent de ne plus gouverner par la politique mais par des traités.

     

    Conclusion 

    La première est qu’évidemment je ne voterais pas le 7 mai 2017. La seconde est que le système politique ayant horreur du vide, les partis vont se recomposer dans la douleur. Ce qui n’est pas une mince satisfaction. On peut également trouver tout de même agréable que François Fillon soit mis à la retraite politique avant de se retrouver rapidement devant ses juges, cela nous aura éviter la honte à l’étranger. N’oublions pas aussi que la participation est en baisse sensible ce qui n’est pas fait pour accroître la crédibilité des hommes politiques.

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  • Misère de la caricature 

    Tant que Mélenchon n’apparaissait pas comme potentiellement au second tour de l’élection présidentielle, les attaques se faisaient feutrées. Mais voilà que Macron est en train de perdre du terrain et risque de ne pas se retrouver qualifié. Alors il faut dissuader les électeurs de voter pour Mélenchon car une partie de ceux-ci viennent de Macron. Les « humoristes » ne sont pas que des humoristes, comme Plantu nous l’a déjà montré par le passé, ils peuvent être aussi des petits bourgeois étriqués qui mettent leur coup de plume au service de l’oligarchie. 

    Attaques répétées sur Mélenchon 

    Le monde monte ainsi en épingle le conflit entre Johan Sfar et les troupes de Mélenchon. Il donne ainsi de l’importance à un type qu’on qualifiera d’un degré d’importance nulle, une sorte de semi-idiot utile que personne ne connaissait avant cette fausse polémique[1]. L’idée simplette de Sfar, présentée comme une loi de la nature, est la suivante : les extrêmes se rejoignent donc Marine Le Pen est d’extrême-droite, Mélenchon est d’extrême-gauche, donc ils sont pareils et nous mènent vers l’abîme. Ne discutons pas du talent de dessinateur de Sfar, tous les goûts sont dans la nature après tout, mais plutôt de ses positions politiques. En effet dans ses dessins il accuse Mélenchon de complicité criminelle avec Assad et la Russie, et en même temps de vouloir être une sorte de Robespierre des temps nouveaux, et donc de vouloir guillotiner à tour de bras. 

    Attaques répétées sur Mélenchon 

    Je passe sur le fait que l’image que Sfar renvoie de Robespierre est aussi fausse que convenue et que quand on fait ce dangereux parallèle on ne démontre que l’étendue de son ignorance. Ce qui pose problème c’est que Sfar pratique l’amalgame à haute dose et que c’est repris par les médias qui soutiennent Macron plus ou moins ouvertement. Sfar, alors même qu’il range dans un même sac Marine Le Pen et Mélenchon, alors qu’il fait de ce dernier un révolutionnaire sanguinaire, se plaint que les soutiens de Mélenchon s’en offusquent : c’est qu’en effet quand on désigne Mélenchon comme un criminel, ses soutiens se sentent désignés comme complices. Le problème c’est que les simplifications abusives de Sfar empêchent tout débat politique sérieux. Sfar a même le culot de revendiquer à la fois sa liberté de penser et donc d’attaquer Mélenchon, tout en s’élevant contre la liberté de penser de ceux qui l’attaquent ! Balançant ses conneries sur les réseaux sociaux, il s’étonne que les mélenchonistes – qu’ils désignent comme trolls[2] – répondent vertement à ses attaques.

     

    Amalgames de fin de campagne 

    Attaques répétées sur Mélenchon 

    Mélenchon est aussi assimilé à ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela. Ce pays est en effet dans un grand chaos suite à l’effondrement du prix des matières premières, et donc le président au pouvoir, Maduro, est contesté violemment dans la rue. Or comme Maduro est le successeur de Chavez, et que dans le temps Mélenchon a soutenu Chavez dans son projet d’indépendance vis-à-vis des Etats-Unis, on tire l’équation suivante ! Maduro = Chavez, Mélenchon soutenait dans le temps Chavez, donc Mélenchon soutient Maduro et donc il veut faire de la France un pays semblable au Venezuela ! Par ce genre de raccourci, on coupe court à toute analyse sérieuse de la situation dans ce pays d’Amérique latine. Mélenchon a dû donc se défendre de vouloir construire un nouveau Cuba en France[3]. C’est pourtant un sujet qu’il aurait fallu approfondir sérieusement car si le Venezuela est aujourd’hui au bord de la guerre civile, c’est bien parce que ce pays n’a pas su faire les réformes qu’il fallait au moment qu’il le fallait. En effet, lorsque le prix du baril de pétrole était au plus haut, il fallait investir dans l’indépendance de la nation, c’est-à-dire ne pas se contenter de vivre sur les revenus pétroliers. Tous les économistes savent que lorsqu’on se laisse aller au dutch disease on finit par le payer très cher lorsque la conjoncture se retourne. Tous les pays émergents qui ont vécu ces dernières années sur le commerce des matières premières – Brésil, Russie, Venezuela – le payent aujourd’hui très cher. Si on approfondit le raisonnement cela signifie que l’économie d’une nation ne doit pas dépendre de la demande externe, c’est donc une remise en cause directe de la division internationale du travail : contrainte et forcée il semble que la Russie ait admis maintenant cette nécessité absolue de ne pas dépendre de l’étranger[4]. Voilà un débat important mais qui n’est pas abordé, y compris d’ailleurs par les mélenchonistes, au moment où la mondialisation bat de l’aile.

     Attaques répétées sur Mélenchon
     

    Dans le même genre on a l’article du Monde de Thierry Wolton qui opère un amalgame douteux entre Marine Le Pen et Mélenchon sur la question de l’Europe[5]. Il nous met en garde contre les candidats anti-européistes qui rassemblent maintenant plus de la moitié de l’électorat. Il écrit ceci :

    « Il ne reste que trois « grands » candidats pour défendre, chacun à leur façon, les valeurs qui font de cette terre d’Europe un havre de paix et de bien-être, assailli il est vrai mais encore ouvert, par les voix de Hamon, Macron et Fillon. Aujourd’hui, à la vue des sondages, les extrêmes frôlent les 50 % de l’électorat, ce qui est déjà une défaite pour le camp de la démocratie. »

    Le sous-entendu est évident, il y a trois bons candidats – y compris le candidat mis en examen – les autres sont mauvais. L’Europe y est désignée comme un havre de paix car ouvert : l’attentat en plein Champs Elysées semble pourtant démontrer l’inverse[6]. Mais cela ne fait rien, que la zone euro soit la région de la plus faible croissance au monde, que le chômage structurel y soit aussi plus haut qu’ailleurs, l’Union européenne est ce qu’il y a de mieux et la critiquer c’est un péché qui vous range dans le camp des extrémistes. Wolton qui est par ailleurs assez ignorant, ne semble pas savoir que les nazis aussi voulaient construire l’Europe et que cela a très mal tourné. Pour lui les anti-européens sont des fascistes ou des néo-nazis. L’histoire nous enseigne pourtant que c’est l’inverse exactement : en 1940 les anti-européens représentaient la Résistance contre l’ordre nouveaux et dénonçaient la soumission à l’Allemagne. Ils construisirent par la suite un Conseil National de la Résistance pour au contraire avancer vers plus de bien-être – les lois sociales – et plus de liberté !

    En vérité si on devait faire un reproche à Mélenchon c’est de ne pas être assez clair sur l’Europe. Il prétend ne pas vouloir sortir ni de l’euro, ni de l’Europe[7], mais qu’il renégociera les traités. J’ai dit ici plusieurs fois que c’était une entreprise hasardeuse comme Tsipras l’a démontré. Si en effet on constate, comme la majorité des Français semble aujourd’hui le comprendre, que l’Europe et l’euro ont été de mauvaises choses pour la France, on doit revenir en arrière, et non pas considéré que l’Europe serait un acquis valable. Wolton sait bien tout cela, mais il fait comme si Mélenchon travaillait à la fin de l’Europe. Il est donc un menteur qui dévoile ainsi son programme : défendre l’oligarchie européenne.

     

    Conclusion 

    Mélenchon n’est pas un révolutionnaire, c’est au mieux un social-démocrate à l’ancienne, en tous les cas son programme est bien plus modeste que celui de Mitterrand en 1981. Mais les attaques contre lui montre combien l’oligarchie est à l’offensive et sans complexe. Les électeurs de gauche peuvent voter tranquillement dimanche pour Mélenchon, sans craindre de révolution… du moins dans l’immédiat.

     



    [1] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/20/mis-en-cause-par-les-partisans-de-melenchon-le-dessinateur-joann-sfar-replique_5114476_4854003.html

    [2] « Troller » Sfar serait une sorte de crime contre la liberté d’expression, tandis que critiquer Mélenchon serait normal : http://www.ouest-france.fr/elections/presidentielle/joann-sfar-denonce-les-pratiques-d-une-armee-de-trolls-pro-melenchon-4935057

    [3] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/15/cuba-chavez-alliance-bolivarienne-jean-luc-melenchon-repond-a-ses-adversaires_5111817_4854003.html

    [4] http://russeurope.hypotheses.org/5682

    [5] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/15/thierry-wolton-les-deux-extremes-rouge-et-brun-nous-menacent_5111640_3232.html

    [6] http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/04/20/fusillade-sur-les-champs-elysees-a-paris-un-policier-abattu-et-un-assaillant-tue_5114533_3224.html

    [7] http://www.latribune.fr/economie/france/sortir-de-l-ue-et-de-l-euro-un-peu-de-serieux-dit-melenchon-691335.html

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