•  La triste fin de la carrière politique de François Fillon

    Dépêchons-nous de discuter du sort misérable du misérable François Fillon, parce que dans quelques mois plus personne ne souviendra qu’il a existé. Pourtant la campagne présidentielle avait bien commencé pour lui. Alors que jusqu’aux primaires de la droite il n’était considéré que comme un politicien médiocre, à peine le collaborateur de Sarkozy, l’invraisemblable c’était produit, et l’avait propulsé comme le vainqueur inattendu de ce concours étrange. On en avait même oublié qu’entre 2007 et 2012, il avait été aussi un premier ministre tellement médiocre que le peuple l’avait chassé une première fois du pouvoir, eut égard les très mauvais résultats de sa gestion des affaires économiques. Mais il était dit que les élections présidentielles de 2017 seraient placées sous le signe de l’inattendu et du burlesque. Le président sortant avait dû renoncer, toujours à cause de ses mauvais résultats en matière économique, laissant sa place à celui qui pourtant était l’inspirateur de cette politique économique insipide, Emmanuel Macron.

    Mais Fillon à qui la magistrature suprême semblait promise, fut soudain dévoilé comme un arriviste, menteur et sournois autant que cupide. Voilà un opportuniste qui a commencé à exister politiquement en se présentant comme « un gaulliste social » sous l’aile de Philippe Seguin et qui finit sa carrière politique à la droite de l’extrême-droite. Il n’est plus en effet soutenu que par Henri de Lesquen et La manif pour tous, rebaptisée Sens commun.  

    La triste fin de la carrière politique de François Fillon

    Comment en est-il arrivé là ? Sûrement pas par conviction. Le caractère louvoyant du bonhomme montre qu’il n’en a aucune, si ce n’est celle avérée d’accumuler de l’argent et d’agrandir son domaine dans la Sarthe. Sa descente aux enfers est non seulement le résultat de son programme brutal qui promet de l’austérité à n’en plus finir pour les autres, mais aussi du fait qu’il ait menti ouvertement dans sa façon de gérer ses affaires avec la justice. Cette manière de faire montre que ce politicien sans envergure est encore moins fiable que les autres. N’avait-il pas annoncé qu’il se retirerait s’il était mis en examen ? N’avait-il pas invoqué les mannes du général De Gaulle pour disqualifier Nicolas Sarkozy en avançant imprudemment : « Imagine-t-on le général De Gaulle convoqué par les juges ? » Non, on n’imagine pas le général De Gaulle convoqué par les juges, mais Fillon oui, non on n’imagine pas le général De Gaulle créant une société pour monnayer un trafic d’influence. Toutes ses belles déclarations destinées à prouver au peuple que même s’il est de droite, et à la droite de la droite la plus bornée, il est un homme honnête, se sont retournées contre lui. Et maintenant le voilà qu’il compte dimanche prochain sur une manifestation massive ou du moins qui aura l’air massive pour justifier le maintien de sa candidature et éviter ainsi les prétoires si par miracle il l’emportait en mai prochain. 

    La cassette 

    Il semble que les jours de Fillon soient comptés et que la défaite soit programmée. Les Français sont exaspérés par ses palinodies[1]. Tout le monde le lâche, de son directeur de campagne à son porte-parole Thierry Solère, en passant par Christian Estrosi et jusqu’à son directeur de campagne Stéfanini. Dans la foulée, même Sarkozy, en est venu à considérer que la seule solution était de remplacer Fillon par Juppé le plus vite possible. Nous sommes en effet à moins de deux mois du premier tour de la présidentielle, et la campagne pour cette échéance importante ne semble pas avoir commencé. Il y a donc urgence. Mais ce n’est pas simple, car s’il est possible de mettre en place la candidature de Juppé, il va être plus difficile de faire en sorte que l’entêté Fillon rende les armes.

    Alors que tout le monde sait maintenant que Fillon ne peut plus être qualifier pour le second tour, donc qu’il a déjà perdu l’élection, il persiste. Et la raison de cet entêtement imbécile qui ne saurait se confondre avec une volonté politique, est assez simple : renoncer l’obligerait en rendre l’argent de la campagne présidentielle.

    Essayons d’expliquer cela. Fillon a créé un micro-parti, France Républicaine, qui a la main sur les fonds mis à sa disposition pour la campagne après sa victoire à la primaire de la droite. En gros c’est presque 10 millions d’euros[2].  On comprend que s’il fait campagne jusqu’au bout, et en gérant bien cette manne, il peut mettre 2 ou peut-être 3 petits millions de côté assez facilement. Connaissant sa cupidité, on comprend qu’il ne veuille rien lâcher. Il est probable que pour lui faire lâcher prise son propre parti va devoir négocier pied à pied des compensations financières, une sorte d’allocation chômage en quelque sorte ! 

    Fillon avec l’extrême-droite 

    La triste fin de la carrière politique de François Fillon 

    La position de François Fillon le pousse directement dans les bras de l’extrême droite, lui qui se targuait d’être le mieux placé pour combattre le FN et Marine Le Pen. Et en réalité son programme devient de plus en plus compatible avec tout ce qui se trouve à la droite du FN ! C’est cependant une arme à double tranchant, car si cela lui permet de mobiliser une frange braillarde et déterminée de l’opinion, elle lui aliène dans le même temps la « France raisonnable » qui se méfie des fous de de Dieu qu’ils soient musulmans ou catholiques. L’appel à la manifestation du Trocadéro ce dimanche permet ainsi aux derniers soutiens de le lâcher : en effet comment prétendre à la magistrature suprême en proposant un coup de force contre la justice ? C’est ce qu’a dit le pourtant peu regardant Christian Estrosi. Cette manifestation n’est plus soutenue que par le journal Valeurs actuelles, concentré moisi de tout ce que l’extrême droite affairiste a été, et par Sens commun, émanation de La manif pour tous. On ajoutera aussi Henry de Lesquen, vieux pétainiste aigre, proche de l’hebdomadaire Rivarol qui en est resté à dénoncer le complot judéo-maçonnique et la musique de « nègres ». On remarque qu’avec Fillon ce sont toujours les questions d’argent qui priment : l’organisation Sens commun aurait ainsi touché 200 000 € pour gérer cette manifestation[3]. 

    Les poubelles de l’histoire 

    La manifestation du Trocadéro va sans doute être un enterrement de première classe pour l’Harpagon de la Sarthe. Car même s’il se maintient contre vents été marées, il sera naturellement éliminé dès le 1er tour, c’est d’ailleurs une des rares certitudes qu’on puisse avoir aujourd’hui. Et dans quelques mois, un clou chassant l’autre, on ne se souviendra même plus qu’il a existé. Mais les ennuis de la droite ne sont pas terminés pour autant, les fillonnistes vont-ils se reporter aussi facilement que ça sur Juppé ? Il semblerait que non. L’éviction de Fillon au profit de Juppé serait aussi un coup dur pour l’autre candidat de droite : Macron. En effet Juppé prendrait des voix à Macron, et une partie des fillonnistes déçus se rabattraient sur Marine Le Pen. Le pire scénario serait évidemment que Juppé se présente contre Fillon. Un ancien condamné contre un mis en examen ! On se demande si seulement Les Républicains comptent dans leurs rangs un seul candidat présentable !

    Cette situation inédite dans l’histoire de la Vème République rend tous les sondages difficiles et peu fiables, mais il est clair qu’elle va aussi éloigner de plus en plus les électeurs d’un système électoral qui ne peut plus faire illusion et qui fait apparaître la classe politique comme un amalgame de personnages sans foi ni loi, occupé principalement à son enrichissement personnel, car l’affaire Fillon ne pourra en aucun cas faire oublier les turpitudes des autres, à commencer par Marine Le Pen qui a aussi sur le dos pas mal de problèmes avec  la justice. Dans le système institutionnel présent, il semble qu’il n’y ait plus de place pour le débat : la gauche est en lambeaux et la droite ne vaut guère mieux. Les partis politiques sont discrédités. Dans ce contexte délétère, il est à parier que Macron ne fera pas illusion longtemps, lui qui n’a sur le dos qu’une fraude à l’ISF et un usage indu des fonds de Bercy de 120 000 € pour son compte personnel, mais pour l’instant il bénéficie justement de cette situation qui fait qu’on ne discute pas vraiment au fond des programmes des candidats. Devant la débandade du camp Fillon, Macron, en bon petit opportuniste a appelé les électeurs de droite et du centre à voter pour lui, ce qui est logique vu son programme qui est semblablement le même que celui de Fillon[4].

    La politique se fait aujourd’hui dans le court terme, une affaire chasse l’autre, mobilisant les énergies, rien de sérieux n’est dit sur l’Europe ou sur la nécessaire transformation des formes de production et de consommation. 

    La triste fin de la carrière politique de François Fillon 

     

     


    [1] http://www.lci.fr/elections/sondage-presidentielle-2017-francois-fillon-ne-doit-pas-maintenir-sa-candidature-pour-75-des-francais-2027822.html

    [2] http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/03/03/35003-20170303ARTFIG00220-finances-de-campagne-rien-ne-pourra-se-faire-sans-l-accord-de-francois-fillon.php

    [3] http://www.leparisien.fr/politique/affaire-fillon-a-droite-le-rassemblement-de-dimanche-divise-03-03-2017-6728394.php

    [4] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/04/macron-appelle-les-electeurs-de-la-droite-et-du-centre-a-le-rejoindre_5089434_4854003.html

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  • Serge Séménov, La faim, Editions Montaigne, 1927  

    Cette année nous allons commémorer le centenaire de la Révolution russe. Le renversement du Tsar et de l’oligarchie en place fut un évènement considérable qui retentit dans le monde entier comme le signe d’une avancée décisive pour en finir avec le capitalisme et la misère récurrente qu’il engendre. En Europe comme aux Etats-Unis, au Japon et jusqu’en Chine, ce mouvement fit naître l’espoir. Pourtant les choses n’ont pas tourné comme on l’aurait voulu, et la révolution russe fut progressivement confisquée par le parti bolchévique qui instaura ensuite une dictature sanglante avec les conséquences que l’on sait. Mais cela ne nous empêche pas de voir que ce moment révolutionnaire a bel et bien existé et qu’il possède une valeur en soi.

    La littérature russe, au moins à partir de Dostoïevski, fut un puissant véhicule pour exprimer la révolte et nourrir la réflexion sur la nécessité et les formes des changements à venir. Séménov dont on ne sait presque rien, et qui se trouve complètement et injustement oublié, même en Russie, est un écrivain russe, communiste, un écrivain prolétarien qui put être publié grâce à l’aide apportée par Maxime Gorki. Il était né en 1893, venant de la campagne, il s’installa à Saint-Pétersbourg qui s‘appelait alors Petrograd et qui devint par la suite Leningrad. La faim, sa troisième œuvre, est le seul de ses livres qui ait été traduit en français.

    C’est un véritable écrivain prolétarien. En ce sens que, autodidacte, il a dû inventer les formes dont il a usé, n’ayant pas fait de véritables études et ayant également assez peu lu. Il a puisé son inspiration directement dans ce qu’il a vécu. Il a été ouvrier, mais aussi soldat de la révolution, se battant sur tous les fronts. Il est de ces soldats russes qui ont fraternisé avec les ouvriers dans le but de trouver une issue aux blocages de la société et de réinventer un possible. 

    Serge Séménov, La faim, Editions Montaigne, 1927 

    Séménov présente la Révolution russe comme une exaltation de tous les sens de la vie. Une renaissance pour lui et ses semblables. L’ouvrage proprement dit, La faim, ne traite pas directement de la Révolution, mais des conséquences de celle-ci. Nous sommes en 1919, Fénia qui n’a que 15 ans, arrive à Petrograd pour trouver du Travail. Elle vient de la campagne et retrouve à la ville son père et son frère marié chez qui elle va loger. Elle va découvrir la dureté des temps. Même en travaillant il est presque impossible de manger à sa faim. Et la faim non seulement la torture, mais elle rend tous les êtres autour d’elle méchants et égoïstes. Les armées blanches encerclent la ville sous la direction de Ioudenitch et menacent de faire un massacre[1].

    La faim fut un des thèmes de prédilection de la littérature prolétarienne. On a du mal à comprendre cela aujourd’hui dans notre société d’abondance et de gaspillage. Vers le début du XXème siècle les pauvres passaient presqu’exclusivement leur temps à chercher de quoi manger[2]. C’était encore plus vrai dans un pays bloqué comme la Russie. Il est d’ailleurs fait brièvement allusion aux armées de Denikine et de Ioudenich et à la mobilisation du peuple pour faire face à la contre-révolution, alors que le pays sortait difficilement de la guerre avec l’Allemagne.

    Cette description de la faim suffit à elle seule à expliquer et à justifier la poursuite de la Révolution, d’autant que la situation était aggravée par les nécessités de la guerre civile. Il y a en effet de bonnes âmes qui considèrent que la Révolution a eu un coût élevé en hommes et en richesses matérielles, et qu’elle aurait pu être évitée, ce qui aurait été bien meilleur pour le développement économique[3]. Mais en réalité il faut partir des situations concrètes et comprendre par quel processus une révolution devient un événement incontournable autant que nécessaire. Discuter de ce qu’il aurait pu être, un siècle après, est une entreprise spéculative de peu d’intérêt. Je ne vais pas me lancer ici dans une défense de la Révolution russe, surtout que la connaissance que j’en ai, me porte plutôt à une critique de Lénine et de ses successeurs. Mais j’ai le souvenir que la Banque mondiale considérait que malgré tout, cette révolution avait permis le décollage véritable de l’économie russe. 

    « Les Révolutions ont le bras terrible et la main heureuse ; elles frappent ferme et choisissent bien. Même incomplètes, même abâtardies et mâtinées, et réduites à l’état de révolution cadette, comme la révolution de 1830, il leur reste presque toujours assez de lucidité providentielle pour qu’elles ne puissent mal tomber. Leur éclipse n’est jamais une abdication. »

    Victor Hugo, Les misérables, 1862 

    Le roman de Séménov possède évidemment une valeur historique. Nous sommes en mai 1919, et il nous décrit un peuple littéralement en ébullition avec des soldats qui défilent derrière le drapeau rouge en chantant l’Internationale. Un peuple qui rêve d’en découdre et de sortir de la misère. Il y a beaucoup d’agitation politique, des prises de parole intempestives. On voit bien aussi qu’une partie de la ville se pose la question de savoir si finalement il ne serait pas meilleur du point de vue de l’alimentation que Petrograd soit livrée aux armées blanches.

    Mais comme souvent dans la littérature prolétarienne l’intention esthétique sous-jacente n’en existe pas moins, sans doute même à l’insu de son auteur. La faim est écrit à la première personne du singulier, du point de vue de Fénia. La forme est celle d’un journal. C’est déjà un exploit en soi que cela puisque l’auteur est un homme qui a atteint la trentaine et qui a déjà une expérience importante de la vie et des luttes sociales. Ce point de vue féminin et adolescent donne une vérité subjective justement à la révolution et à la dureté des temps. Il nous en rend la nécessité sensible. Il y a beaucoup de larmes et de rage dans la description des ravages que provoque la faim, aussi bien sur le plan physique et intellectuel que sur le plan des relations humaines qui se décomposent. Fénia a de la haine pour son père qu’elle trouve avare et égoïste, mais elle le comprend aussi et sait percevoir sous cette dureté apparente l’humanité de celui-ci. A son avarice elle opposera par exemple le repas qu’il lui offre au restaurant le 1er mai. Le roman est aussi parcouru de revendications féminines, la quête de l’égalité s’accompagnant de la nécessité d’une égalité de genre.

     Serge Séménov, La faim, Editions Montaigne, 1927 

    C’est un ouvrage profond, chargé d’émotion, mais qui ne sombre pas dans l’emphase et la démonstration. Il reste au niveau de la relation des faits. Outre la complexité du caractère de Fénia qui apparaît dans ses rapports au monde et à sa famille, on notera le caractère dissolvant de la faim sur les sentiments même les plus nobles. L’amitié devient une denrée très rare, les relations entre collègues de travail sont sans pitié. Fénia elle-même se rend compte de cela et tâche de combattre sa dureté en reportant son besoin d’aimer sur son petit frère Boris. Séménov livre une réalité brute et n’enjolive rien, n’excuse rien. Il montre parfaitement les disfonctionnements du rationnement et les calamités qu’il engendre, la situation est proche de la famine, beaucoup meurent littéralement de faim, Fénia tombera malade au point que sa mère souhaitera la voir morte. La description des effets physiques de la faim sur les corps décharnés, les ventres qui gonflent, les jambes qui enflent, est tout à fait fascinante. Fénia aura aussi des hallucinations, des vertiges, des évanouissements.

    Serge Séménov, La faim, Editions Montaigne, 1927 

    On ne s’en souvient plus aujourd’hui, mais la situation russe engendra un mouvement de soutien dans le monde entier. De nombreux comités se mirent en place pour envoyer de la nourriture et des vêtements dans un pays en état de siège. Cette aide se poursuivit d’ailleurs jusqu’en 1923. Lénine était très réticent à demander une aide internationale, mais il s’y résolut devant l’ampleur de la catastrophe avérée.

     

    Extrait 

    « 27 mai

    La faim, la faim, la faim.

    Papa, parait-il, gagne 1200 roubles par mois et moi 800. Chacun de nous touche un repas au restaurant et en outre une ration de pain. C’est très peu. On peut mourir de faim en une semaine.

    Hier papa et maman tinrent une longue et douloureuse conférence. Comment vivre, Comment vivre ? Il fut décidé que l’on achèterait chaque jour deux livres de pommes de terre et une livre de betteraves.

    Mais cela coûte 250 roubles, et il faut 7 500 roubles par mois. Maman proposa de vendre peu à peu des affaires. Papa se prit les tempes entre les mains d’un air de martyr et se tut longuement. Puis il dit d’une voix sourde :

    – Eh bien, que faire – nous vendrons. Mon Dieu, mon Dieu !...

    Puis un frisson passa sur son dos étroit et long. Papa releva la tête et regarda maman dans les yeux. Je ne vis pas ses yeux, parce qu’il me tournait le dos, mais, sans doute, ils étaient effrayants. Et maman pleurait :

    – Peut-être Dieu nous viendra-t-il en aide. Vania promet d’envoyer un paquet.

    Papa fit un geste de désespoir et se mit o compter de l’argent.

    – Voilà, la mère, c’est pour demain, achète comme convenu.

    J’étais assise et je voyais tout. Je ne pleurais pas parce que je n’avais pas de larmes. Mais Boris dans un autre coin pleurait amèrement.

    Je me retournai, et, sans le vouloir, le cœur vide, j’arrêtais mon regard sur notre vieille horloge, qui ne peut marcher que posée de biais. Le balancier – tic tac, tic tac…

    Je la regardais longuement, et je n’avais pas de larmes. Mais quand je fus couchée, la tête sous la couverture, elles se mirent à couler. Je mouillai tout l’oreiller.

     

     


    [1] Voir aussi le témoignage de Victor Serge, La ville en danger, Petrograd, l’an II de la révolution, Librairie du travail, 1924.

    [2] Voir le roman de Kunt Hamsun, Faim, publié en 1890 ou celui de Neel Doff, jours de famine et de détresse qui date de 1911. De nombreux autres romans de la littérature prolétarienne qui s’inspirent du vécu des auteurs parlent du « pain ». C’est Henry Poulaille avec Le pain quotidien publié en 1932 ou Maxime Gorki, En gagnant mon pain, qui date aussi de 1911.

    [3] On trouve ce même genre d’élucubration à propos de la Révolution française chez François Furet par exemple qui, en tant que stalinien défroqué, s’amusait à refaire l’histoire avec des « si ».

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  •  Fillon et la décomposition de la classe politique

    François Fillon n’en finit pas de descendre la pente du grotesque, à tel point qu’il nous ferait presque regretter l’ineffable Sarkozy. Convoqué pour être mis en examen le 15 mars prochain avec sa femme, la fameuse Pénélope, il a affirmé que tout cela était un complot tout ensemble des juges (forcément rouges et stipendiés par la Russie), des journalistes (il ne semblait pourtant jusqu’ici qu’il avait à se plaindre d’eux) et de la gauche, concept aussi vague que creux aujourd’hui. Sa conférence du 1er mars fut un long gémissement rappelant les racailles de quartier qui passent en correctionnelle et qui affirment n’avoir rien fait. Le sommet du ridicule a été atteint lorsqu’il a osé avancé que ce sombre complot visait non pas sa personne mais à empêcher les réformes nécessaires pour redresser la France – qui comme chacun sait est tordue[1].

    On remarque d’abord que :

    1. les juges qui vont le mettre en examen ont sûrement de quoi le faire, et d’ailleurs la demande des avocats de Fillon de sursoir à cette mise en examen a été rejetée par la Cour d’Appel. Il y a donc au moins deux niveaux de l’appareil judiciaire qui considèrent que la mise en examen est fondée en droit ;

    2. qu’en s’attaquant à l’institution judiciaire avec violence, non seulement il se situe en dehors du droit ordinaire, mais il se situe dans la même zone grise que les Bernard Tapie ou les Nicolas Sarkozy dans leur volonté de contester l’autorité judiciaire en disant que finalement le seul bon juge était le peuple à travers le suffrage universel. C’est presque du Balkany dans le texte.

    A le voir fanfaronner lors de sa conférence de presse, à cracher sur les juges, on avait l’impression d’un suicide en direct. On sait bien que les électeurs fillonnistes ne sont pas très regardant sur la morale, mais c’est vraiment les prendre pour des imbéciles que de croire qu’ils ne vont pas modifier leur avis sur leur candidat préféré. 

    Fillon et la décomposition de la classe politique 

    Ce qui fait le plus mauvais effet c’est que Fillon avait promis de renoncer à la campagne présidentielle s’il était mis en examen, c’était dans un journal télévisé sur TF1 le 26 janvier 2017[2]. Evidemment on voit qu’en quelques mois il a piétiné tous les avantages qu’il pensait tirer d’une posture d’homme peut-être un peu simple et couillon, mais probe et sans tâche. On s’est souvenu aussi qu’il avait raillé indirectement Sarkozy en disant « Qui imagine le général De Gaulle mis en examen ? ». il est vrai que quels que soient les défauts du général on le voit mal embauché en catimini Tante Yvonne comme attachée parlementaire[3]. Il faudrait aussi se souvenir pour mesurer la fourberie du bonhomme qu’il avait été pris la main dans le sac, s’en allant demander à Jouyet, alors secrétaire de l’Elysée, de faire accélérer les poursuites judiciaires contre Sarkozy afin d’avoir la voie libre[4]. 

    Fillon et la décomposition de la classe politique

    Réactions et défection en chaîne 

    La première conséquence importante de cette mise en examen et du refus obstiné de Fillon de poursuivre (en priant la Madone pour qu’il soit élu et puisse bénéficier d’une immunité présidentielle) c’est la démission de Bruno Le Maire, membre de son comité de campagne qui lui règle son compte dans un tweet ravageur[5]. Il entraine avec lui d’autres élus du parti Les Républicains dont la réputation de probité n’est plus à faire. Il est assez drôle d’ailleurs de voir que Les Républicains qui sont des gens qui ont du goût ont sélectionné dans l’ordre François Fillon, accusé non seulement d’avoir employé fictivement sa femme, mais aussi d’avoir à travers ses relations, touché de l’argent du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière. En second venait Alain Juppé condamné et un temps inéligible pour prise illégale d’intérêt et en troisième place on trouvait Nicolas Sarkozy qui a un calendrier judiciaire très chargé. Bref le parti Les Républicains ressemble de plus en plus à une amicale d’anciens repris de justice. On se souvient que Sarkozy a eu beaucoup de problèmes avec les juges, Fillon suit simplement son chemin, et on n’ose imaginer s’il était élu comment il ferait pour être, en tant que président pour être le garant de l’indépendance de la justice.

     Fillon et la décomposition de la classe politique 

    D’autres élus Les Républicains vont suivre. Plus grave peut-être l’UDI vient de suspendre sa participation à la campagne de François Fillon. Certes ce ne sont pas des gros bataillons, mais cela va forcément faire augmenter le score de Macron et de Marine Le Pen et donc renvoyer Fillon aux « poubelles de l’histoire ». Et il se pourrait bien que cela suscite une candidature issue de leur parti qui vienne plomber définitivement les chances de Fillon qui pour l’instant mise sur un noyau dur qui le mènerait en deuxième position derrière Marine Le Pen.

    Déjà que la candidature de Fillon était combattue ouvertement par Guaino et en douce par des Rachida Dati, les langues vont se délier, et beaucoup d’élus Républicains vont prendre le prétexte de cette mise en examen pour l’abandonner de façon définitive.

     

    Gagnants et perdants

     

    Fillon confond entêtement imbécile et volonté politique. Cette obstination de Fillon à vouloir continuer (est-ce parce qu’il a mis la main sur l’argent de la campagne des Républicains ?) profite mécaniquement à Macron et à Marine Le Pen. A l’inverse, un remplacement même inopiné de Fillon par Juppé aurait permis de redresser la barque au détriment de Macron. Ce dernier va apparaître ainsi, grâce aux soutiens engrangés chez les Républicains et à l’UDI, comme le seul candidat de la droite raisonnable. D’autres comme Jérôme Dubus n’ont pas attendu aujourd’hui pour s’émanciper[6]. Et justement c’est peut-être là que va se trouver le malheur de Macron car beaucoup d’électeurs de gauche (façon seconde gauche) qui s’apprêtaient à voter pour lui vont en être dissuadés quand ils vont voir la liste de ses soutiens s’allonger de plus en plus vers la droite et le patronat. Peut-être que cela permettra à Mélenchon de progresser, en effet Marine Le Pen est elle aussi empêtrée dans les affaires judiciaires à Paris et à Bruxelles, et le P « S » fait tout pour saboter la campagne du médiocre Hamon.

    A plus long terme ce sont les partis dits de gouvernement qui sont les grands perdants. On a vu que la candidature d’Hamon était contestée par l’aile droite du P « S » annonçant une crise durable pour ce parti après les législatives de 2017. Mais Les Républicains ne sont pas mieux lotis. D’un côté il y a ceux qui pensent qu’il faut en finir avec la clique affairiste trop voyante représentée par Sarkozy, Fillon et les Balkany, et de l’autre ceux qui se crispent sur leurs avantages acquis en quelque sorte. Cela signifie sans doute que quel que soit le président élu en mai, il lui sera difficile de trouver une majorité pour appliquer son programme. Toute cela sent la fin de régime.

     



    [1] http://www.lcp.fr/actualites/direct-suivez-la-conference-de-presse-de-francois-fillon

    [2] http://www.20minutes.fr/politique/2003699-20170126-video-affaire-penelope-fillon-mis-examen-francois-fillon-renoncera-presidentielle

    [3] http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Fillon-Qui-imagine-le-general-de-Gaulle-mis-en-examen-1047154

    [4] http://lelab.europe1.fr/selon-hollande-fillon-a-bien-demande-a-lelysee-daccelerer-les-procedures-judiciaires-contre-sarkozy-2870569

    [5] http://www.lefigaro.fr/politique/2017/03/01/01002-20170301ARTFIG00185-bruno-le-maire-demissionne-de-ses-fonctions-aupres-de-francois-fillon.php

    [6] http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170301.OBS5953/jerome-dubus-elu-lr-de-paris-celui-qui-est-capable-de-reformer-la-france-c-est-macron.html

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