•  Les enjeux européens de la présidentielle de 2017

    Les programmes des candidats commencent à être présentés et discutés peu à peu. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne déclenchent guère l’enthousiasme et qu’ils présentent peu d’innovations. Je ne parlerai pas ici du dégoût que le peuple ressent à l’endroit de la classe politique qui prétend le représenter. Ce n’est pas mon sujet du jour, même si je comprends bien qu’il est complétement scandaleux que des politiciens qui se prétendent pour l’austérité (pour les autres) se comportent comme des avares dont le premier souci est de piller l’argent de la République (pour leur propre usage). Je me bornerais à constater que cet arrivisme éhonté est souvent corrélé avec les périodes de forte décomposition de la vie sociale et politique. 

    Si on excepte les petits candidats, les personnalités qui se présentent à cette élection peuvent être divisées en deux : 

    1. celles qui ont exercé des responsabilités et qui sont donc comptables de la situation actuelle. Dans cette catégorie, il y a bien entendu Emmanuel Macron qui a été l’inspirateur de la politique économique de François Hollande, politique qui a largement contribué à son discrédit dans l’opinion et dont les résultats ont été tellement mauvais que le président n’a pas eu le courage de venir devant les électeurs pour défendre son bilan. Mais il y a également François Fillon qui a été premier ministre entre 2007 et 2012. L’action de celui-ci, associé il est vrai avec Nicolas Sarkozy, a été tellement nulle que cela a abouti en 2012 à un changement de majorité. Fillon et Macron ont des responsabilités largement partagées dans la mauvaise situation économique et sociale de la France, se faire passer pour des hommes neufs relève tout simplement de l’escroquerie intellectuelle. Si on regarde le graphique suivant, on voit qu’il y a une vraie continuité entre Hollande-Valls-Macron et Sarkozy-Fillon, bon an mal an le chômage continue à augmenter au rythme de l’approfondissement de l’intégration de plus en plus poussée de la zone euro. On peut également associer à cette déconfiture Benoît Hamon qui a été ministre de Hollande et qui ne s’est pas vraiment démarqué de la politique européiste de l’offre qui domine aujourd’hui. 

     

     Les enjeux européens de la présidentielle de 2017

    2.  et celles qui n’ont pas exercé de responsabilité gouvernementales et qui ont une certaine consistance dans l’opinion. Il est évident que Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon ne peuvent pas être comptables du bilan désastreux de ces dix dernières années. Naturellement ils se revendiquent à juste titre comme des candidats de rupture. Quoi qu’on pense de ces deux candidats et malgré leurs insuffisances, il est clair qu’ensemble ils représentent la méfiance du peuple français vis-à-vis de la bureaucratie européenne et de ses corruptions.  Les sondages les présentent depuis quelques mois comme reposant sur des noyaux très stables[1]. Je rappelle que la France est, après la Grèce, le pays le plus farouchement hostile à l’Europe. On note que d’une manière ou d’une autre ce qui fait le succès de ces deux candidats est :

    - La critique féroce de l’Europe et l’affirmation d’un certain souverainisme ;

    - Et par suite l’idée d’une relance économique, soit qu’elle passe par les investissements, soit qu’elle passe par une hausse des salaires.

     Les enjeux européens de la présidentielle de 2017 

    Le sujet c’est l’Europe 

    Il apparait assez clairement que le véritable sujet de l’élection présidentielle est le maintien ou non de la France dans la logique intégratrice de la zone euro.  Macron et Fillon sur ce point présentent d’étonnante convergence. Tous les deux veulent plus d’Europe, et notamment ils veulent se débarrasser de la politique économique en appuyant ouvertement à l’avènement d’un ministre européen des affaires économiques dans la zone euro. Dans un discours écœurant de bassesse et de soumission, Macron a rassuré les Allemands : il fera les réformes que ceux-ci demandent… pour le maintien d’un système économique qui profite d’abord à Berlin[2]. On en a fusillé pour moins que ça ! Certains ne se sont pas gênés pour enfoncer le clou et comparer le voyage à Berlin à une sorte de Montoire[3]. Mais Fillon n’est pas mieux dans ses objectifs d’atteindre l’équilibre budgétaire, fusse au prix d’un recul encore plus important de l’industrie française.

    En vérité si l’Europe est sujet clé de l’élection présidentielle, c’est pour deux raisons qui se soutiennent l’une l’autre :

    - la première est que l’Europe a échoué dans pratiquement tout ce qu’elle a entrepris. On a promis une sorte de paradis sur terre avec l’avènement du grand marché et de la monnaie unique, et on a eu exactement le contraire : la montée du chômage, la stagnation de la croissance et le développement des inégalités en prime ;

    - la seconde c’est qu’il n’y a pas de politique économique et sociale possible en dehors de l’application des directives européennes. Autrement dit il ne peut pas y avoir d’alternative dans le cadre européen. Dans ces conditions le candidat qui apparait pour l’instant le plus incohérent est Benoît Hamon. Alors même que l’idée d’une autre Europe est éventée depuis longtemps, il fait comme si sa propre élection à la magistrature suprême relancerait cette vieille lune. 

    Il est donc clair que si on veut relancer l’économie en augmentant les salaires et les minima sociaux, on ne peut pas le faire au sein d’une zone économique dont le mot d’ordre est l’abaissement des coûts du travail et subsidiairement l’exacerbation de la concurrence. Il est d’autant plus urgent de se préoccuper de cette question, que les échéances de ce printemps remettent en question la place de la Grèce et de l’Italie dans la zone euro.

     Les enjeux européens de la présidentielle de 2017 

    Sortir de l’euro 

    Ainsi que le signale Sapir dans son dernier billet[4], la question de la survie de la zone euro est posée à l’échelle de l’Europe. En s’appuyant sur des calculs fondés sur des travaux du FMI – qui n’est tout de même pas une boutique bolchévique ! – il rappelle que l’abandon de l’euro entrainerait d’abord un rééquilibrage des échanges commerciaux dans la zone euro. Les excédents allemands disparaitraient et les déficits français ou italiens seraient effacés. Et cela parce que la baisse des prix des marchandises exportées permettrait de conquérir de nouveaux marchés, et parce que la hausse du prix des produits importés ferait baisser les volumes achetés à l’étranger. Cela réenclencherait un processus vertueux. Sapir suppose que cela créerait 200 000 emplois en un an et 1 million à 1,5 millions en deux ans. Pour ma part je pense qu’en se basant sur la balance commerciale et les réserves de devises, on pourrait arriver à créer en France entre 1,5 millions et 2 millions d’emplois supplémentaires et faire diminuer le chômage d’autant en 1 an et demi. Mais laissons là des querelles de chiffres. La logique du recouvrement d’emplois est la même : elle passe par un gain de compétitivité externe par le biais d’un ajustement des taux de change. Si on regarde l’euro par rapport au dollar du point de vue de chaque économie, on se rend compte que l’euro est sous-évalué de 15% pour l’Allemagne – ce que dit Trump par exemple, mais il est surévalué de 6% pour la France. On voit que si nous sortons de l’euro, et donc si chacun revient à une monnaie nationale, la France regagnerait 21% (15+6) de compétitivité par rapport à l’Allemagne sans se donner la peine de torturer les Français avec des plans stupides de suppression des droits sociaux des travailleurs.

     Les enjeux européens de la présidentielle de 2017 

    On a salué le plan présenté par Mélenchon comme un plan classique et sérieux de relance keynésienne. C’est assez juste, mais le défaut de Mélenchon est de ne pas comprendre que le temps jouera forcément contre lui s’il perd plusieurs années à renégocier les traités européens. Comme le suggère Sapir la sortie unilatérale de la France de l’Union européenne est la plus simple et la meilleure façon de faire. La logique keynésienne d’un capitalisme régulée n’est valable que dans le cadre national :

    1. d’abord parce que les possibilités de réguler le capitalisme financier n’existent pas en économie ouverte, et dépendent de l’Etat national. De même si on considère que l’Etat doit contrôler les flux de capitaux, il faut revenir impérativement sur l’idée aberrante d’une banque centrale dite indépendante ;

    2. ensuite parce que lorsque les économies sont ouvertes et donc trop dépendantes les unes des autres, elles sont naturellement attirées par la logique de la concurrence à tout crin.  

    Conclusion 

    Les turpitudes de plusieurs candidats à la présidentielle ne doivent pas nous pousser à dire que vue qu’ils sont tous pourris autant voter pour celui qui a le plus beau costume. Fillon et empêtré comme on le sait non seulement dans les questions d’emplois fictifs, mais aussi pour des rémunérations louches via sa société 2F. Marine Le Pen est elle aussi touchée par des emplois fictifs. Mais il se révèle également que Macron a des problèmes avec la déclaration de son patrimoine[5] et il semble bien qu’il ait fait un usage abusif des fonds de son ministère quand il était à Bercy. La décomposition de cette classe politique affairiste est telle qu’on ne prend même plus garde à analyser les programmes que les candidats portent, le plus souvent pour de louches sponsors dans le cas de Fillon et de Macron[6]. Cette situation assez inédite et la grande réserve de l’électorat explique pourquoi l’élection présidentielle n’est pas encore très prévisible. Mais il va bien falloir en arriver aux programmes. Je fais remarquer que c’est au moment où Fillon a déclaré qu’il allait privatiser la Sécurité sociale pour le compte de ses amis des grandes compagnies d’assurance, qu’il a commencé à dégringoler dans les sondages, ses turpitudes financières n’ont fait qu’accélérer le mouvement. Il se pourrait bien que ce genre de mésaventure arrive aussi à Macron qui pour l’instant tient la corde.

     

     


    [1] Il y a un débat à l’heure actuelle sur les manipulations des sondages pour tenter d’orienter l’opinion : cela passe par les techniques de redressement utilisées et qui par exemple font passer de temps en temps Fillon devant Macron ou Hamon devant Mélenchon.

    [2] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/01/10/emmanuel-macron-a-berlin-pour-se-donner-une-stature-europeenne_5060405_4854003.html

    [3] http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/macron-et-le-discours-a-l-188524

    [4] http://russeurope.hypotheses.org/5754

    [5] Même Le monde s’en est aperçu. http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/02/17/macron-pourquoi-sa-declaration-de-patrimoine-suscite-des-questions_5081268_4355770.html

    [6] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré

    Emmanuel Macron est souvent attaqué à droite comme à gauche. D’abord parce que le soutien éhonté de la presse mainstream agace, et plus encore depuis qu’elle semble avoir fait l’impasse sur l’autre candidat du système, François Fillon. La manière dont ses meetings sont mis en scène[1] énerve aussi pas mal l’opinion, avec des moments carrément hystériques. Je ne dirais rien non plus sur les moqueries dont il fait l’objet sur la toile à propos de son mariage improbable et de ses orientations sexuelles. Non plus que je ne parlerais de ses problèmes avec le fisc et les dissimulations probables qu’il a faites de son patrimoine[2]. Laissons là pour l’instant ces salades qui le rattraperons… ou pas.

    Mais Macron est également critiqué sur le flou de son programme. Beaucoup soutiennent qu’il n’en a pas. Rien n’est plus faux. Il a un programme sur le plan économique et social, mais comme par hasard, il est très proche de celui de Fillon, sinon dans la lettre, mais surtout dans le fond. Et c’est finalement normal, puisque comme nous l’avons indiqué, Fillon et Macron sont tous les deux coachés par l’Institut Montaigne[3]. Dans les jours qui viennent il va présenter un programme « chiffré » dit-il qui est en train d’être rédigé par Jean-Pisani-Ferry qui travaille depuis de longues années pour Bruxelles.

    J’ai donc lu Révolution de Macron. J’ai mis en réalité deux mois pour ce faire. Ce qui est étonnant pour un petit ouvrage imprimé en gros caractères. J’ai bien du courage et on peut me féliciter pour cela.  

     

    Le style c’est l’homme !

     

    Le début de son livre, c’est l’histoire évidemment très édulcoré de son parcours méritant et rectiligne. Ce chapitre nous laisse entendre que malgré son très jeune âge il a bien compris la vie au XXIème siècle. Il présente dans la foulée son mariage avec Brigitte Trogneux comme une histoire d’amour qui doit fait rêver dans les chaumières.

     

    C’est à ce moment-là que je rencontrai Henry Hermand qui allait beaucoup compter pour moi, et qui vient de nous quitter. Dès le début, notre relation fut à la fois une filiation amicale et la passion commune pour l’engagement politique. Cet homme exceptionnel avait non seulement été un entrepreneur à succès, mais aussi un compagnon de route du progressisme français durant des décennies. C’est lui qui me présenta Michel Rocard.

     

    Il suppose donc que nous sommes assez bêtes pour croire que la référence à la deuxième gauche est un gage de sérieux. Hermand n’étant plus là on ne saura pas si c’est vrai ce qu’il nous raconte. Hermand était en effet un milliardaire qui soutenait « la gauche progressiste », étant entendu que la gauche progressiste est la droite avec un faux nez, la droite honteuse, si on veut[4]. Au passage Macron ne nous dit rien du rôle qu’il a joué dans la commission Attali du temps du pauvre Sarkozy qui semble être voué à un oubli rapide. Mais dès le début de ce récit, ce qui frappe c’est qu’il critique Hollande d’une manière indirecte autant que sournoise :

     

    Je n’ai pas dissimulé ces désaccords. Quant à mon action de ministre, elle était entravée par l’effet cumulé des erreurs d’analyse, des incompétences techniques et des arrière-pensées personnelles.

     

    Pourtant dans la suite du livre, il va nous dire que tout ce qu’a fait Hollande c’est excellent, que ce soit le CICE ou la loi El Khomri dont on sait qu’il voulait la présenter lui-même devant l’Assemblée nationale. Cela est très ennuyeux car quand on lit cet ouvrage, on se dit que finalement Hollande aurait pu l’écrire pour justifier de l’excellence de son bilan.

    En vérité Macron va se revendiquer de l’héritage de tous les présidents du passé, le général De Gaulle, Valéry Giscard d‘Estaing, et Mitterrand ! Il pousse même la cuistrerie à se revendiquer de Pierre Mendès-France et aussi du CNR qui permit de mettre en place avec l’aval du général De Gaulle les lois sociales et la Sécurité sociale. Voici ce qu’il écrit :

     

    Le général de Gaulle, comme Pierre Mendès-France, ont exprimé mieux que quiconque que la politique devait se confronter au réel. Je m’inscris dans cette parenté-là.

    Les grandes politiques du passé, celles qui ont été utiles à notre pays, ont toujours été inspirées par cet esprit-là. Le général de Gaulle avait, plus qu’aucun autre, le sentiment de la grandeur de la France. Il a délibérément renoncé pourtant à l’Empire français, dont il avait appris enfant qu’il était inséparable de cette grandeur même, parce qu’il avait compris que l’avenir du pays se jouait sur le continent européen. Nul plus que Pierre Mendès-France n’avait le sens de la justice. Il s’est pourtant fait en 1945, et contre le Général lui-même, l’apôtre de la rigueur budgétaire, parce qu’il voyait, au-delà des apparences, quels malheurs sociaux le laxisme peut causer.

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré 

    Or comme l’histoire est un domaine qui semble échapper à l’intelligence macronienne, c’est là un point décisif. En effet, Pierre Mendès-France démissionna du gouvernement du général De Gaulle exactement sur la question de l’austérité, arguant qu’avant de faire les lois sociales il fallait revenir à l’équilibre budgétaire et rembourser la dette publique qui s’élevait à 239% du PIB à la sortie de la guerre[5]. Et si PMF démissionna, c’est parce qu’il croyait que De Gaulle se planterait et qu’il pourrait en récolter les fruits. Or c’est l’inverse qui s’est passé. La croissance fut relancée, le partage de la valeur fut de nouveau en faveur des travailleurs, contrairement aux gémissements du patronat. La dette fut quasiment épongée en 5 ans, avec de l’inflation bien entendu. Mais plus loin dans son ouvrage Macron va faire l’éloge du modèle austéritaire à la manière allemande, tout en gémissant sur le malheur des Grecs. On voit qu’à vouloir se situer à tout prix à droite comme à gauche, à se référer au gaullisme aussi bien qu’à Mitterrand, il se retrouve nulle part. Ou plutôt il ne peut se retrouver que du côté de ses employeurs, du côté des banques.

     

    La mondialisation heureuse

     

    Dans le temps Alain Minc, sinistre bourricot qui s’est toujours trompé sur tout, s’était illustré et fait moquer pour avoir commis un pensum intitulé La mondialisation heureuse[6]. On ne s’étonnera pas de voir que Minc, toujours à la recherche d’une sinécure, a rejoint les soutiens de Macron[7]. Tout le long de son ouvrage Macron présente la mondialisation comme un état de fait auquel il faut nécessairement s’adapter. La mondialisation n’est pas pour Macron le résultat d’un processus humain, d’un ensemble de nouvelles règles imposées par une oligarchie qui défend des intérêts singuliers, mais c’est une sorte d’état de nature à laquelle il faut bien nous adapter comme nous mettons un manteau en hiver, et comme nous ouvrons un parapluie quand il pleut. Macron a soi-disant fait des études de philosophie[8] au détour d’une page nous sort une formule belle, décisive et définitive !

     

    Nous sommes plongés dans le monde. Qu’on le veuille ou non.

     

    Et bien sur ce point nous ne lui donnerons pas tort n’est-ce pas ! Cependant justement le rôle de la politique est non pas de s’adapter au « monde » confondu ici avec la « mondialisation », mais d’adapter le monde aux besoins de la société. Cependant le discours de Macron se veut plus malin que celui de Minc qui nous annonçait tranquillement les lendemains qui chantent. Donc on va trouver chez Macron des idées contradictoires que sans doute il  croit compatibles avec la droite et avec la gauche. Ainsi, d’un côté il va nous dire que :

     

    Ce serait mentir que de prétendre que nous pourrions sortir de cette mondialisation pour vivre mieux. C’est un mensonge coupable car cette sortie ferait sans doute plus de victimes encore.

     

    Sans le démontrer bien sûr – comment le pourrait-il – mais de l’autre il nous affirme que :

     

    Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme mondial qui, par ses excès, manifeste son incapacité à durer véritablement. Les excès de la financiarisation, les inégalités, la destruction environnementale, l’augmentation inexorable de la population mondiale, les migrations géopolitiques et environnementales croissantes, la transformation numérique : ce sont là les éléments d’un grand bouleversement qui nous impose de réagir.

     

    Au bout du compte et si on comprend bien, la mondialisation ne sera pas heureuse « naturellement », mais que si on suit l’avis de l’expert autoproclamé Macron et qu’on l’élit à la tête de l’Etat. On ne sera donc pas étonné que tout ce qui compte à Paris d’européistes cosmopolites se retrouve derrière sa candidature. Parmi les autres soutiens de Macron, on trouve aussi Cohn-Bendit – anciennement dit Dany-le-rouge – Bernard Tapie, un homme qui s’y connait, et également Bernard Kouchner. Quel amalgame !

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré 

    La jeunesse avec Macron 

    Programme

     

    Le cœur du programme de Macron est exactement le même que celui d’Hollande. Et pour cause ! C’est lui qui a conduit la malheureuse politique économique de Hollande dont les résultats désastreux l’ont obligé à renoncer à se présenter. Et parmi les mesures qui ont été mises en place sous le patronage de Macron, il y a le CICE. Et il s’en flatte :

     

    Pour investir dans l’innovation, les entreprises ont besoin de reconstituer leurs marges et donc de réduire le coût du travail, de l’énergie et du capital. À cet égard, le quinquennat actuel aura marqué un tournant, en particulier sur le coût du travail. Le « crédit d’impôt compétitivité emploi » (CICE) et le « pacte de responsabilité et de solidarité » auront redonné des marges de manœuvre aux entreprises et stoppé l’hémorragie de l’emploi.

     

    On peut faire deux remarques :

    1. la première est que le coût du travail n’est qu’un élément très faible de la compétitivité. Il n’existe aucune étude sérieuse qui démontrerait que la baisse du coût du travail engendrerait une hausse de la compétitivité. Tout dépend évidemment de la montée en gamme des productions[9], mais aussi de la monnaie utilisée puisqu’en effet en sortant de l’euro la France retrouverait une compétitivité par rapport à l’Allemagne qui lui permettrait d’éponger son déficit commercial ;

    2. Contrairement à ce que dit Macron le CICE n’a pas créé d’emplois. Au mieux, mais c’est Jean Pisani-Ferry[10] qui le dit – il aurait permis de « sauvegarder » entre 50 000 et 100 000 emplois[11], alors qu’au départ on avançait des chiffres mirobolants, 1 million d’emplois. Le CICE est un échec complet eut égard les sommes qui ont été engagées – environ 60 milliards d’euros en 3 ans[12].

     

    Cependant Macron, comme les vieux rentiers qui fustigent ces « fainéants de jeunes » continue de penser contre toute logique que le coût du travail est un problème – ici il est sur le même terrain que Fillon. Il propose donc de baisser les cotisations sociales de manière pérenne, autrement dit le CICE ne marche pas à 20 milliards d’euros par an, il veut en amplifier le mouvement ! Il souhaite compenser ce manque à gagner, toujours comme le sinistre Fillon, par une baisse des dépenses publiques. Il suppose qu’il peut réaliser ce miracle pour un volume de 60 milliards d’euros en année pleine.

     

    Je veux, en ce domaine, que les choses soient claires. Je souhaite réduire les prélèvements sur les entreprises qui nuisent à leur compétitivité et soutenir l’investissement productif. Pour ce faire, entre autres, je transformerai le crédit d’impôt compétitivité emploi en allégement de charges et je déciderai d’autres allégements ou suppressions de cotisations sociales patronales. Des économies sur la dépense publique et une fiscalité plus incitative, notamment sur la pollution ou la consommation, seront décidées pour financer cela.

     

    Comme on le voit tout cela reste vague. Il a d’ailleurs confirmé ce flou dans un meeting. Si d’un côté il nous dit qu’il va augmenter les effectifs de la police, de l’éducation et de la santé, il nous dit de l’autre qu’il ne renouvellera pas les fonctionnaires qui partent à la retraite, sans en préciser le nombre, ni le secteur. Ce garçon n’est pas sérieux, mais il a retenu la leçon des déboires de Fillon qui imprudemment avait avancé qu’il rayerait d’un trait de plume 500 000 emplois dans la fonction publique[13].

     

    Pour le reste il considère que la loi El Khomri est excellente et qu’il faut l’approfondir – malgré la désapprobation générale des Français – au passage, il ne se rend même pas compte que ce qu’il propose a déjà été effectué par la malheureuse El Khomri. Il prône l’inversion des normes sans même se douter que celle-ci est actée   depuis des mois.

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré

     

    C’est pourquoi je propose de réduire les cotisations salariales et les cotisations payées par les indépendants. Cela permettra d’augmenter sensiblement les salaires nets, sans alourdir le coût du travail ni détériorer la compétitivité ou l’emploi. Le financement de cette mesure se fera de telle sorte que les travailleurs en seront gagnants.

     

    Je suis favorable à changer profondément la construction de notre droit du travail et permettre aux accords de branche et aux accords d’entreprise de déroger à la loi par accord majoritaire sur tous les sujets souhaités […]

    Actons que notre code du travail doit définir les grands principes avec lesquels nous ne voulons pas transiger : l’égalité homme-femme, le temps de travail, le salaire minimum, etc. Et renvoyons à la négociation de branche et, en second ressort, à la négociation d’entreprise, la responsabilité de définir les équilibres pertinents et les protections utiles.

     

    N’aurait-il pas suivi les débats sur cette question ?

     

    Pour le reste le programme est une somme de toutes les âneries qu’on peut dire sur l’entreprenariat, des formules creuses à la gloire de l’innovation et de la prise de risque pour devenir milliardaire. Bougiste impénitent Macron insiste sur le changement permanent qui doit faire la vie future des travailleurs. Et il présente cela comme un gage de bonheur ! C’est à peine s’il concède que cela sera accompagné par un effort de formation continue pour « s’adapter ». Le rôle de l’Etat dans le domaine économique sera :

    1. l’éducation. A ce propos il entérine l’idée selon laquelle l’éducation en France est complètement dépassée. Si le système français montre manifestement des lacunes, on aurait cependant tort de croire qu’ailleurs c’est bien mieux[14].

    2. la transition écologique. Il est à remarquer que tous les candidats disent à peu près la même chose sur ce thème et il se range derrière ceux qui pensent que ces investissements, s’ils sont nécessaires à la survie de l’espèce, sont une opportunité pour relancer la croissance. Curieusement il dénonce le chauffage et donc la nécessité d’investir pour moins dépenser en la matière, mais il ne dit rien des transports, or la logique mondialiste et européiste qu’il défend, est fondée sur le développement des circuits longs qui sont une plaie en matière environnementale.

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré 

    Ce graphique qui tourne en boucle sur la toile, donne une faible idée de l’importance des transports parce qu’il amalgame le résidentiel et le tertiaire, c’est-à-dire une activité économique productrice de valeurs et de profit, et une activité purement consommatrice. Le résidentiel représente semble-t-il seulement un peu plus de la moitié de ces 44 %, soit bien moins que le transport. Mais pour ce qui est du transport, Macron renonce évidemment à trouver des solutions pour diminuer son importance et donc ses nuisances. Il semble faire confiance, comme tous les « progressistes » d’ailleurs, à l’innovation qui nous permettra de consommer toujours plus et de nous déplacer toujours plus tout en réduisant les nuisances. Bien sûr il ne se pose ni la question de savoir si l’innovation sera efficiente, ni si même elle arrivera en temps et en heure.

     

    Et l’Europe dans tout ça ?

     

    Là encore il est bien obligé de reconnaître que l’Union européenne est en échec. Et bien sûr entre autres choses le Brexit en est la preuve éclatante, comme la crise grecque et ka divergence de trajectoire des économies qui la composent. Mais selon Macron l’idée même d’une Union européenne reste belle et bonne. Et de nous reprendre l’antienne éculée de « l’Europe c’est la paix », ou encore la fable selon laquelle entre la Chine et les Etats-Unis nous ne pouvons être forts que si l’Europe est unie. Ici Macron devient lyrique, au risque de faire rire par les temps qui courent :

     

    Il faut renouer avec le désir d’Europe.

    L’Union européenne se construira ensuite sur le goût de l’avenir. C’est-à-dire sur une ambition commune de relance.

     

    Mais concrètement, ça veut dire quoi ? Et bien cela veut dire d’abord que la France doit faire plaisir à l’Allemagne et faire les réformes qui conviennent pour faire plaisir à notre voisin. Pétain à Montoire n’aurait pas dit mieux ! il y en a qui ont été fusillé pour moins que ça.

     

    Sur ce point, la France a une responsabilité immense. Si nous voulons convaincre nos partenaires allemands d’avancer, il nous faut impérativement nous réformer. L’Allemagne aujourd’hui est attentiste, bloquant nombre de projets européens en raison de sa défiance envers nous. Nous l’avons trahie deux fois. En 2003/2004, en nous engageant à faire des réformes de fond que seuls les Allemands ont menées. Et en 2007 en arrêtant unilatéralement l’agenda de réduction des dépenses publiques que nous conduisions ensemble. Puis, encore, en gagnant du temps en 2013, sans agir suffisamment. C’est aussi pourquoi l’Allemagne accroît aujourd’hui son excédent budgétaire, ce qui n’est bon, ni pour elle ni pour l’Europe. N’oublions jamais qu’il y a la place pour un leadership français en Europe, mais que celui-ci implique que nous donnions l’exemple.

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré 

    Macron tentant de se faire aimer en Allemagne 

    Il a répété cela quand il a été à Berlin faire des génuflexions devant Sainte Angela et Saint-Wolfgang Schaüble. Donc il ne nous causera pas des excédents extravagants de l’Allemagne qui plombent la croissance en Europe, il ne nous parlera pas non plus du rôle qu’a pu jouer la monnaie unique dans cette montée en puissance des excédents allemands. Il lui faut faire un acte de contrition, comme si les excédents des uns n’étaient pas les déficits des autres, et que nous pourrions tout aussi bien en suivant la voie allemande. Mais tout cela reste flou, il propose en même temps plus d’intégration : en supposant qu’on puisse harmoniser facilement la législation, la fiscalité et les normes sociales, tout en prônant une Europe à la carte en quelque sorte. Avec un noyau dur qui serait formé de l’Allemagne et de la France. Mais ce raisonnement ressort d’une incompréhension de ce qu’est l’Europe dans ses objectifs : si en effet on a préféré faire l’élargissement plutôt que l’approfondissement quand cela était encore possible, il y a une raison, c’est qu’on ne voulait pas de l’approfondissement. Préféré l’élargissement c’est faire de la concurrence le moteur de la construction européenne. Or quand il y a concurrence il y a forcément des perdants et des gagnants, ça tombe sous le sens.  Et les perdants sont d’abord les travailleurs.

    Il a précisé sa position sur l’Europe à plusieurs reprises, notamment en soulignant la nécessité de construire une défense commune[15]. Il ne nous a pas dit du reste qui y participerait puisque cela vient contrecarrer l’idée d’une Europe à la carte : peut-on en effet dire par exemple aux Italiens ou aux Grecs qu’ils ne peuvent plus être dans la zone euro, et de l’autre côté leur demander de participer à la défense européenne. Egalement il voudrait un ministre de l’économie de la zone euro, mais là encore non seulement il se heurte au fait que les Allemands n’en veulent pas, mais encore qu’il est incapable de dire qui devrait participer à cette zone euro[16]. Vous noterez que sur ces deux derniers points encore Macron et Fillon sont à l’unisson.

     

    Conclusion

     

    Si on m’a suivi jusqu’ici, on comprend facilement qu’il n’y a aucune raison, du point de vue de la défense de l’intérêt général, de voter pour Macron eut égard son programme, même si on fait l’impasse sur sa personnalité peu fiable. On lui accordera cependant sur Fillon l’avantage d’être un libéral cohérent, il est ouvertement cosmopolite et ne fait pas semblant de défendre la culture française dont il se moque comme de son premier million[17]. De même sur le plan des valeurs il est volontiers communautariste et pour une laïcité limitée.

     

     


    [1] https://www.letemps.ch/opinions/2017/02/15/emmanuel-macron-fabrique-lambiance-meetings

    [2] https://www.les-crises.fr/macron-36-millions-deuros-de-revenus-cumules-patrimoine-negatif/

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    [4] http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2016/11/06/henry-hermand-mentor-de-macron-est-mort_5026284_3382.html

    [5] Le monde donne un chiffre encore plus élevé pour la dette en 1944 : 250%. http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/04/quand-la-france-remboursait-sa-dette_3489930_3234.html

    [6] https://www.challenges.fr/economie/minc-aucune-raison-de-craindre-la-mondialisation_310257.

    [7] http://www.lejdd.fr/Politique/Le-soutien-d-Alain-Minc-a-Emmanuel-Macron-raille-de-toutes-parts-841918

    [8] Quoi que même L’express qui n’est pas très regardant doute de cela : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/macron-philosophe-ces-intellectuels-qui-n-y-croient-pas_1827700.html

    [9] http://www.alternatives-economiques.fr/faute-cout-travail/00061501

    [10] Ce personnage dont on ne dira jamais assez de mal gagne des sommes folles au service de la Commission européenne. Il cumule les casquettes et fut le président du comité de suivi du CICE. Il prône le gel des salaires en France pendant trois ans. http://www.prechi-precha.fr/jean-pisani-ferryle-conseille-economique-demmanuel-macron-prone-gel-salaires/

    [11] http://lentreprise.lexpress.fr/actualites/1/actualites/le-cice-a-probablement-permis-de-creer-ou-sauvegarder-de-50-000-a-100-000-emplois-en-2013-et-2014-rapport_1835529.html

    [12] Un rapide calcul montre que chaque emploi sauvegardé aura coûté à l’Etat, en choisissant l’estimation haute de Pisani-Ferry, 200 000 € par an !!

    [13] http://www.latribune.fr/economie/france/le-flou-de-macron-sur-le-non-renouvellement-des-fonctionnaires-640279.html Ce sont les propositions jobastres de Fillon que la privatisation de la Sécurité sociale et sur les fonctionnaires qui ont commencé à  le mettre en difficulté dans l’opinion bien avant les obscures histoires de cupidité dont on n’arrive plus à suivre le déroulement.            

    [15] http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/01/11/a-berlin-macron-plaide-pour-une-europe-plus-ambitieuse_1540579

    [16] https://www.euractiv.fr/section/priorites-ue-2020/news/macron-veut-un-commissaire-europeen-dedie-a-la-zone-euro/

    [17] http://www.marianne.net/obscurantisme-au-nom-diversite-100249864.html

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles

    Avoir deux fers au feu est la bonne tactique 

    Les présidentielles sont un moment fort de la vie politique, nous l’avons vu encore avec les embarras domestiques de François Fillon. L’effondrement de Fillon dans l’opinion a entraîné mécaniquement une montée en puissance d’Emmanuel Macron. En réalité les deux hommes politiques, comme les deux faces d’une même pièce, sont soutenus par la même boutique : l’Institut Montaigne. Que ce soit Macron ou Fillon, c’est l’Institut Montaigne qui va gagner. Cet institut est une sorte de think tank[1] qui dispose de moyens très importants et qui regroupe la crème du capitalisme financier français : les banques et les assurances. Leur but est de financer la propagande libérale à partir de quelques idées simples :

    1. faire baisser les dépenses de l’Etat ;

    2. privatiser la Sécurité sociale ;

    3. baisser les impôts des plus riches ;

    4. augmenter les impôts des plus pauvres via la TVA, les dépenses sociales seraient alors financées par une TVA « sociale », une hausse de deux points est proposée ;

    5. Evidemment tous les deux sont pour une destruction accélérée du code du travail au motif d’une simplification quia améliorerait la fluidité du marché du travail et donc permettrait l’embauche ;

    6. renforcer le carcan européiste en construisant une défense européenne et en nommant un ministre de l’économie pour la zone euro. 

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

     

    Sur ces points principaux, il y a une convergence très nette entre Macron et Fillon. Il faut avoir cela bien en tête, sur le plan économique et social, Macron et Fillon c’est très exactement la même chose : déréglementer et abaisser l’Etat pour laisser jouer les forces du marché. C’est la vieille idée de la droite depuis 1800 : la régulation est mauvaise. Evidemment ils n’ont pas encore intégré que la crise de 2008 était d’abord la conséquence de la déréglementation, ou de la mondialisation, si vous voulez. Ils partent tous les deux de l’idée – fournie par l’Institut Montaigne bien entendu[2] – que la France doit être compétitive et donc  abaisser ses coûts pour conquérir de nouveaux marchés. C’est la théorie de l’offre, celle que Fillon en tant que premier ministre de Sarkozy et Macron, en tant que conseiller puis ministre de l’économie de Hollande, ont mis en œuvre ces dix dernières années avec les résultats très mauvais que l’on sait : la croissance est restée faible, et le chômage est devenu structurellement élevé. Ainsi que nous le voyons dans le graphique ci-dessus, Sarkozy-Fillon et Hollande-Macron ont obtenu des résultats assez similaires en matière de chômage. Le simple exposé des échecs de la politique Fillon ou de la politique Macron devrait disqualifier ces deux individus pour la présidentielle, tout comme Hollande, Valls et Sarkozy ont été disqualifiés. Dans ce contexte dire que Macron serait de gauche et Fillon de droite ne repose sur rien de sérieux.

     L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

    Les hommes forts de l’Institut Montaigne se nomment Claude Bébéar – grand ponte de l’assurance privée – Henri de Castries, lui aussi grand ponte pressé de l’assurance privée et Laurent BIgorgne. Ce dernier, dont la femme est directement liée à Macron, est en quelque sorte la petite main de l’équipe qui organise les « études », donc c’est celui qui va produire les éléments de langage. Macron a un avantage dans les médias, il est impossible de l’éviter tant les médias qui sont comme on le sait possédés à 95% par l’oligarchie, s’évertuent de parler de lui en toute circonstance, y compris pour raconter des bêtises sur la vie privée de leur poulain[3]. 

    La presse derrière Macron  

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

    Les tribulations de Fillon, semblent indiquer cette fois que l’oligarchie mise plus sérieusement sur Macron qu’elle tente de transformer en un homme nouveau. Au début on ne l’a pas vu venir, et on se demandait comment Macron ferait pour apparaître comme un candidat de rupture « anti-système » quoi. Mais en réalité on commence à le comprendre avec la déferlante des articles qui jour après jour nous disent que Macron est un homme neuf – certes il n’a pas de programme, mais ça va venir. Le site Le vent se lève nous explique en long en large et en travers comment les médias ont fabriqué Macron. C’est vrai, mais c’est parce que ces médias sont la propriété privée de ceux qui veulent voir Macron au pouvoir pour s’en servir évidemment. Ce site a donc fait le compte des articles publiés. En moyenne Macron a été célébré plus de trois fois plus que Mélenchon par exemple.  

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles  

    Evidemment celui dont on parle le moins est Mélenchon, même  si ses meetings sont très suivis. Le fait que Macron soit célébré trois fois plus que Mélenchon suffit à ringardiser celui-ci. On comprend bien que ce n’est pas un candidat à la mode. Macron a bien l’air un peu fou quand il hurle à la mort dans ses meetings, on s’en moque, il est celui pour qui il faut voter si on est jeune et dynamique, ouvert et enthousiaste, européen et cosmopolite. Mélenchon est finalement bien trop sérieux, après tout qu’on soit d’accord ou non avec lui, il a un vrai programme[4]. Si on comprend bien comment Macron a été fabriqué par l’oligarchie, on a plus de mal à admettre pourquoi il semble tenir la corde pour devenir le prochain président. Il joue en réalité une partition assez connue et qui avait réussi aussi bien à Giscard d’Estaing qu’à Sarkozy, se poser comme le candidat moderne de la rupture. Peu importe qu’il en soit à célébrer les vieilles idées de Margaret Thatcher, ou qu’il en reste à des idées complètement ringardes en ce qui concerne l’Europe et qu’il célèbre la monarchie[5]. Il fait jeune et dynamique, alors on lui passe ces bêtises. 

    Les soutiens de Macron 

     L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

    Plus intéressant est de voir qui soutient Macron. Si on comprend bien le noyau dur de la mise sur orbite de ce candidat est le fait de l’Institut Montaigne et de Jean-Pierre Jouyet ci devant homme gris, ami d’Hollande, ayant travaillé pour Sarkozy et impliqué avec Fillon dans la mise en cause de Sarkozy. Ce qui veut dire en clair que l’importance de ces think tanks qui apportent programme et argent pour financer la campagne est bien plus grande que les partis politiques. En effet, que ce soit LR avec les déboires de la famille Fillon, ou le P « S » avec son impossible unité – une partie de son encadrement va soutenir Macron – l’élection présidentielle se fera sans eux. Il ne faut pas cependant surestimer l’importance de ces think tanks. En effet, ils sont forts parce que les partis sont faibles. La décomposition des partis politiques a commencé bien avant 2017. Tout le monde s’est réjoui de l’effondrement du PCF, sans voir que cette maladie allait se répandre. Une des raisons à ce phénomène est bien sûr le rapprochement des programmes de la droite et de la gauche de gouvernement, et surtout le fait que leur gestion commune n’obtient aucun résultat promis. Mais ce n’est pas la seule. La maladie qui touche la politique c’est aussi la professionnalisation de celle-ci. C’est cela qui laisse de la place aux think tanks pour manœuvrer comme ils l’entendent et faire passer leurs idées. Dès lors que Fillon ou Macron soit président peu importe. Par exemple dans les années cinquante le PCF fixait 25% de l’électorat et souvent ses élus venaient de la classe ouvrière. Aujourd’hui, ce n’est même pas 5% et ce n’est pas près de remonter. Quand le général De Gaulle s’est présenté aux élections présidentielles en 1965, il faisait 45% des suffrages exprimés au premier tour. Aujourd’hui on pense qu’on peut être qualifié pour le second tour avec un peu plus de 20% des suffrages. Cet éclatement du paysage électoral rend les prévisions assez difficiles. Il faut donc trouver des manières de se distinguer.

    Les deux candidats de l’Institut Montaigne ne se distinguent en rien dans leur programme économique[6]. Il semblerait qu’on assiste avec le développement des affaires Fillon à un abandon de celui-ci par les gros donateurs de la droite libérale qui se tournent maintenant vers Macron[7]. Ce simple fait suffirait sans doute à le disqualifier comme candidat de gauche, fut-elle une gauche « réformiste ». D’ailleurs très rapidement maintenant que le compte de Fillon est à peu près réglé, on va sans doute s’intéresser justement aux donateurs de Macron, et sans doute cela décillera les égarés de gauche qui sont partis vers lui, et pour peu que Bayrou se présente, on risque de s’amuser.

    Les « valeurs » 

    Alors oui il y a des différences entre Macron et Fillon, le premier est un vrai libéral, en tous les cas plus cohérent. Mondialiste, il est également communautariste, il n’est pas étonnant que Cohn-Bendit le rejoigne sur ce terrain mouvant. Tandis que Fillon s’était cru malin de jouer la carte de l’anti-islam, Macron lui joue ouvertement la partition du communautarisme et de la diversité à l’image d’un Julien Trudeau, il  considère que l’islam ne pose aucun problème. Cela ne gêne pas l’Institut Montaigne. Les médias ont d’ailleurs pudiquement masqué les bêtises qu’il a dites à Lyon ce dernier week-end. En gros il niait l’existence d’une culture française. « Il n'y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse», a-t-il dit [8]. Mais pour les hommes d’affaires, ces différences comptent peu, l’important ça reste le profit. Pendant ce temps Fillon fait le grand écart entre une position libérale en économie et étatiste et autoritaire en matière de « valeurs ». Mais il semble que maintenant on doive parler de Fillon au passé car le candidat de la finance, c’est bien Macron aujourd’hui ! Aura-t-il la capacité de masquer cela jusqu’à l’élection présidentielle ? C’est de cela que va dépendra l’issue. 

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles

    Liens

     

    https://www.mediapart.fr/journal/france/070416/le-patronat-heberge-discretement-emmanuel-macron?onglet=full

    https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/un-think-tank-liberal-se-cache-t-il-derriere-les-candidatures-macron-et-fillon_441901

    http://lvsl.fr/medias-ont-fabrique-candidat-macron

     


    [1] Think tank : nom imbécile donné par l’oligarchie à l’instrument de propagande pour ses intérêts.

    [2] Il y a bien d’autres boutiques riches et bien financées qui développent aussi ces idées moisies, on peut citer Terra Nova, Concorde ou encore Fondapol. Ces think tanks fabriquent les idées à la fois pour les hommes politiques et pour les journalistes, ils se trouvent en amont de la formation de l’opinion publique.

    [3] Malgré la mise en scène de sa relation avec son ancien professeur de français, Macron est dénoncé comme menant une double vie : la rumeur lui attribuant avec insistance des relations homosexuelles avec Mathieu Gallet PDG de Rdaio France. http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/qui_est_mathieu_gallet_pdg_de_radio_france_et_suppose_amant_d_emmanuel_macron_385937

    [4] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-jean-luc-melenchon-a127810542

    [5] http://lelab.europe1.fr/pour-emmanuel-macron-il-manque-un-roi-a-la-france-1365792

    [6] Macron n’en a toujours pas, même si on connait les grandes lignes de son programme, il a chargé un imbécile Jean Pisani-Ferry de lui en faire un acceptable. Or Jean Pisani-Ferry est un économiste ouvertement pro-européen qui milite pour le fédéralisme. Bon à rien, mauvais à tout, il gagne des sommes folles en s’impliquant dans tous les réseaux bruxellois possibles et en travaillant à la gloire de l’Union européenne.

    [7] http://www.le100.fr/2017/02/donateurs-droite-sarkozy-financent-macron.html#

    [8] https://francais.rt.com/france/33569-il-n-a-pas-culture-francaise-macron-attire-foudres-droite

    Partager via Gmail

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires