•  La porte entre-ouverte des présidentielles de 2017

    La lancinante question européenne 

    Le paysage électoral est bouleversé pour cause de crise profonde dans le pays, mais aussi pour cause de crise profonde au niveau de l’Union européenne. Tous ceux qui font semblant de ne pas voir cette remise en cause nécessaire de l’Europe sont dans le déni. En effet l’élection du nouveau président en 2017 et sans doute d’une majorité nouvelle également va se produire dans la continuité du Brexit, mais aussi du référendum italien qui a vu l’européiste Renzi battu à plate couture. Dans mon billet précédent, j’ai souligné les avancées réelles de Mélenchon sur cette question, mais j’ai aussi souligné les limites de ces avancées[1]. On a beaucoup parlé ces derniers temps de la perte de souveraineté nationale qui résidait dans l’acceptation des diktats européens, on voit que Tsipras n’en finit pas de payer le prix[2]. Autrement dit à l’heure actuelle dans la zone euro, un pays n’a absolument pas le choix de sa politique économique, il ne peut mener que celle qui lui est dictée depuis Bruxelles. C’est cette acceptation qui fait que la politique de Hollande ressemble trait pour trait à celle de Sarkozy, et que si Fillon arrive au pouvoir nous aurons encore le même type de résultat. Dans le cadre actuel des traités européens, il ne peut pas y avoir d’autre politique, quelles que soient les intentions des uns et des autres. 

    Approche théorique 

    Au risque de lasser, il faut ici répéter les choses d’une manière précise. L’Union européenne est fondée sur la compétition entre les Etats qui la compose : cette compétition est justifiée d’un point de vue théorique par la théorie de l’offre. Celle-ci a été affirmée par Jean-Baptiste Say en 1803[3]. Elle est le fondement du libéralisme économique et la bible des économistes orthodoxes. Cette approche suppose que la concurrence permet :

    1. de faire baisser les coûts, donc d’élargir les marchés, et donc de vendre plus en produisant plus ; les consommateurs bénéficient de la baisse des prix et donc achètent plus ;

    2. de créer des revenus supplémentaires, donc que l’offre crée ses propres débouchés et qu’il n’y a pas besoin de l’intervention de l’Etat pour relancer la demande ;

    « Il est bon de remarquer qu’un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet, lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre, pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n’est pas moins empressé de se défaire de l’argent que lui procure sa vente, pour que la valeur de l’argent ne chôme pas non plus. Or, on ne peut se défaire de son argent qu’en demandant à acheter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d’un produit ouvre, dès l’instant même, un débouché à d’autres produits. »

    3. d’éliminer les activités non rentables, obsolètes dans leur production, et donc de réallouer les facteurs de production vers des entreprises plus efficientes. C’est la destruction-créatrice, celle-ci ne tient d’ailleurs jamais compte que cette destruction-créatrice correspond toujours à une perte sèche puisque chaque fois cela aboutit à détruire des facteurs de production, de l’investissement, mais aussi du travail avec le chômage.

    Vous noterez que pour Jean-Baptiste Say la crise n’est pas un malheur, mais une simple et saine réallocation des facteurs de production.

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    Les erreurs grossières de Jean-Baptiste Say sont légion, notamment tout son système de concurrence pur et parfaite menant au bonheur universel est plombé par le fait qu’il considère les ressources naturelles comme un don gratuit du ciel. Evidemment en 2016 c’est très difficile à admettre, à moins de s’appeler Trump ou Fillon. 

    « Les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant ni être multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques. » 

    Pour Jean-Baptiste Say, l’Etat ne sert à rien et sa croissance empêche justement l’économie de prospérer. Les investissements étatiques vont manquer à l’investissement productif. Les faits ont démontré que cela était faux, puisque à l’inverse, la croissance a toujours été accompagnée par une augmentation du poids de l’Etat dans l’économie. Mais il était le champion des idées reçues : « Lever un impôt, c'est faire tort à la société. »[4] Notez que lorsqu’il s’agira de diminuer le poids de l’Etat dans l’économie, Say sera très embarrassé puisqu’il considérait que l’Etat devait investir dans l’éducation, la santé et les infrastructures de transport ou de distribution de l’eau. Car selon lui il devait y avoir des biens distribués à tous gratuitement. 

    Si je compare les deux graphiques ci-dessous, il est facile de voir que la réalité infirme les assertions des libéraux : la croissance est d’autant plus forte que les dépenses de l’Etat sont élevées. Ce n’est pas une nouveauté que de le dire et de le prouver. C’est également ce qu’avait remarqué Adolph Wagner pour qui la  croissance économique devait s’accompagner de la croissance des dépenses de l’Etat, celui-ci investissant de plus en plus dans l’éducation ou la santé, ou encore les infrastructures, trois domaines où les rendements marginaux sont décroissants[5]Donc pour lui la croissance de l’Etat est une nécessité absolue et définit le sens de l’histoire économique.

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    Malthus, Sismondi et Schumpeter 

    La critique de Say a été faite très rapidement, d’abord par Malthus et Sismondi devant l’ampleur de la crise économique de 1815, puis par Marx et plus tard par Keynes. Cette critique suppose que sans demande il ne peut pas y avoir de marché. Et donc qu’il faut créer une demande solvable pour amorcer la dynamique du circuit. Malthus signalera dans ses Principes d'économie politique que la crise est toujours une crise de la demande parce que dans la logique de la concurrence le profit s’accumule et l’investissement devient trop important, les salaires ne suivent pas[6]. Il convient donc, si c’est le marché qui génère la crise, de ne pas attendre du marché la solution à celle-ci. C’est donc l’Etat qui doit intervenir en redessinant les contours de la demande. Non seulement l’Etat doit relancer la demande et l’emploi en développant des travaux d’utilité publique, mais il doit intervenir par exemple dans la baisse de la durée du travail et réorienter les emplois vers les services improductifs mais utiles comme la médecine ou l’éducation. Evidemment cela engendre un nouveau partage de la valeur ajoutée en faveur des salariés, et aussi de nouvelles missions pour l’Etat.

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    Sismondi développe une idée un peu similaire : il suppose que la  consommation est toujours en retard sur la production, et que ce lag engendre la crise de la demande. Il faut donc anticiper une hausse des salaires qui soit compatible avec la hausse de la productivité du travail. C’est le rôle de l’Etat d’intervenir dans ce sens par la loi, éventuellement en socialisant la propriété des moyens de production[7]. Pour Sismondi, les forces du marché sont incapables d’orienter l’offre vers la demande sociale et des besoins essentiels ne sont pas satisfaits. Cette approche de Sismondi peut être illustrée par les deux graphiques suivants. Le premier représente l’évolution des salaires réels nets et de la productivité du travail en France. On voit qu’à partir du milieu des années soixante-dix, les salaires ne suivent plus la hausse de la productivité.

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    Autrement dit, ils ne suffisent plus à absorber la production. Le deuxième représente la même chose, mais pour les Etats-Unis. C’est le résultat de la contre-révolution conservatrice. On voit que l’Etat est alors obligé de compenser ce manque de demande solvable par un endettement soit de l’Etat, soit des salariés-consommateurs. La dette publique et privée est le résultat d’un excès de profit qui ne trouve plus à s’investir faute d’une demande solvable, mais cet excès de profit va s’investir alors dans des produits spéculatifs et engendrer une bulle qui tôt ou tard explosera. Si on rapporte les propos de Sismondi à la situation présente, on ne voit pas comment plus de marché, plus de déréglementation pourrait rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande.

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    Le point de vue de Schumpeter est un peu différent. Lui aussi pense que la demande tire la croissance, et donc toute la dynamique économique. Mais pour cela il faut de l’inflation, en effet l’excédent de monnaie est nécessaire pour investir, sans cela l’innovation ne trouve pas à se concrétiser[8]. Mais vous noterez que l’innovation est précisément ce qui permet d’échapper à la concurrence par exemple en prenant un brevet qui empêchera les autres entreprises de prendre des parts de marché. C’est pour cette raison que les brevets sont considérés comme des sortes de monopoles. Vous noterez que Schumpeter ne considère pas l’économie comme une science faite de lois immuables à travers le temps et l’espace, mais comme la connaissance du développement historique des sociétés[9]. Très marqué par la lecture de Karl Marx qu’il jugeait être avec Walras le plus grand économiste de tous les temps, il avait également beaucoup réfléchit sur les crises cycliques du capitalisme et sur l’inéluctabilité du socialisme. Contrairement à Thomas Piketty qui considère que Marx est illisible, Schumpeter avait travaillé Le capital. C’est d’ailleurs la fréquentation des grands auteurs qui donne à Schumpeter cette grande force intellectuelle. Et par contre coup, c’est cette lacune qui donne au travail de Piketty, ce manque d’envergure qui débouche sur des solutions d’une faiblesse insigne. Par exemple ayant constaté fort justement que la crise engendre des inégalités insupportables qui entretiennent la crise, Piketty avance qu’une des solutions serait une taxe du patrimoine à l’échelle du monde. En avançant cette idée, il ne se rend même pas compte qu’elle est totalement inapplicable dans les conditions d’aujourd’hui de concurrence entre les différents Etats nationaux, et qu’il n’existe aucune instance pour l’imposer.

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    Concurrence libre et  non faussée 

    Comme on le voit avec les exemples tirés de l’histoire de la pensée économique, le principe de la concurrence est destructeur et finit toujours par entraver la dynamique du système économique, pour tout dire elle le bloque dans son évolution. On sait par exemple que le système économique doit se transformer en profondeur : produire et consommer autrement, produire et consommer autre chose. Les produits industriels et alimentaires sont de plus en plus de mauvaise qualité parce qu’ils sont attachés à une baisse continue des coûts de production. Or, aussi bien pour protéger l’environnement que pour protéger la santé des consommateurs, il faudrait consommer d’autres produits. Mais la loi du marché est ainsi faite qu’elle ne le permet pas. En effet, les salaires sont relativement bas, du fait de la baisse depuis plusieurs décennies des salaires dans le partage de la valeur ajoutée. C’est vrai en France comme le montre le graphique  ci-dessous, mais c’est vrai aussi de partout dans le monde. La concurrence justifie la baisse des coûts de production, et donc justifie les bas salaires. Il faut en sortir. Bien entendu en sortir cela signifie aller vers plus de solidarité, et donc réactiver la bonne vieille lutte des classes. D’une manière ou d’une autre, c’est d’une socialisation accrue dont il s’agit. Les lois du marché bloquent au contraire la transition nécessaire vers une meilleure maîtrise des technologies et des ressources naturelles.

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    Tous ceux qui, de Fillon à Hollande, de Macron à Valls, prônent au contraire la relance de l’offre ne font que renforcer le pouvoir de la classe des propriétaires et les lois du marché. C’est bien pourquoi il est juste de les classer à droite. Mais en dehors des étiquettes politiques qui au fond ne sont pas si importantes que ça, il y a le fait que l’économie de l’offre qui est la politique mise en place depuis la fin des années soixante-dix, ne tient pas ses promesses aussi bien en matière de croissance que d’emploi. Le triste Hollande est bien payé pour le savoir : son inconséquence – on pourrait dire sa mauvaise  connaissance des mécanismes économiques – l’a discrédité, lui et son parti pour très longtemps. C’est pourquoi les politiques mises en œuvre par Hollande, par Sarkozy, par Chirac, ont toujours les mêmes résultats : une hausse du chômage et une baisse des salaires. On remarque d’ailleurs que c’est à partir du premier choc pétrolier et de l’orientation accélérée vers la mondialisation et la déréglementation des marchés que la croissance va s’effondrer un peu de partout dans le monde développé. On le voit clairement dans le graphique ci-dessous qui représente le cas français. Les pays européens seront les plus touchés, en quelque sorte ils subissent la double peine : la mondialisation plus les effets de l’intégration européenne.

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    Car si l’Union européenne est mauvaise sur le plan économique c’est clairement parce qu’elle augmente les tensions sur les marchés qui la composent. La concurrence libre et  non faussé engendre plusieurs effets  négatifs qui se cumulent :

    1. Comme il faut abaisser les coûts de production, les dépenses étatiques ont pris en charge une partie croissante de la couverture des risques. C’est ce qui explique une partie de la hausse de l’endettement public. On a diminué les impôts des plus riches et des entreprises, et augmenter ceux des plus pauvres dont le pouvoir d’achat stagne. Cela ne peut que déprimer la demande.

    2. La concurrence produit évidemment la destruction d’une grande partie du capital : on peut lui donner le nom que l’on veut, délocalisation, désindustrialisation, c’est toujours de la même chose dont il s’agit, détruire des facteurs de production. Le chômage de masse en est une autre forme.

    3. Comme il y a des gagnants et des perdants dans ce jeu un peu crétin, les inégalités se creusent, et bien sûr les plus riches n’ont pas vraiment de raisons de s’en plaindre… sauf si toute l’économie s’effondre  car à ce moment-là leur fortune de papier, souvent représentée par des actions dont la valeur n’a pas  vraiment de réalité, s’évanouit. En 2008, c’est 50 000 milliards de $ qui ont été détruits, soit une année entière de PIB mondial. 

    Sortir de l’Europe est le programme, le seul programme 

    Dans un précédent billet, nous avons souligné la faiblesse du programme de Mélenchon justement sur ce point[10] : admettre l’existence de l’Union européenne, c’est :

    1. favoriser la concurrence, et donc adhérer à la théorie de l’offre, et donc brider les nécessités de la solidarité ;

    2. c’est perdre la souveraineté politique du pays qu’on regarde celle-ci du point de vue de la monnaie ou du point de vue de la politique étrangère – on voit par exemple combien pèse sur la politique et l’économie française les sanctions infligées à la Russie pour cause d’annexion de la Crimée ;

    3. mais c’est aussi favoriser une économie fondée sur la division internationale du travail, donc qui accélère la concentration du capital par le biais de la concurrence, et qui empêche le développement des circuits courts qui sont une des clés pour l’amélioration du climat et la préservation de l’environnement et pour lutter contre les inégalités.

    Mais les hommes politiques sont très timides. A l’instar d’Arnaud Montebourg, même lorsqu’ils se rendent compte de l’impasse européenne, ils n’osent pas dire fermement et clairement que l’Union européenne doit être défaite. Rappelons qu’il y a quelques années Montebourg avait écrit un petit livre intitulé Votez pour la démondialisation ![11] Il va de soi que si on veut « démondialiser », il faut commencer par défaire l’Europe institutionnelle et sortir de la monnaie unique. Mais Montebourg qui se présente à la primaire P « S » a peur. Donc il propose de réindustrialiser la France et de mettre en place un Etat interventionniste qui renationaliserait le crédit. Pourquoi pas. Mais comme il ne veut pas sortir du cadre européen, il assume dit-il le prix des sanctions qu’il faudra payer pour continuer à y rester ! On voit donc que l’Union européenne qui nous coûte déjà plus de 8 milliards d’euros par an, nous coûterait encore plus cher. On aurait donc avec Montebourg une triple peine :

    1. la contribution nette au budget européen – plus de 8 milliards € ;

    2. les sanctions qui nous coûteraient encore au moins autant ;

    3. plus l’euro qui nous coûte au moins une cinquantaine de milliards d’euros si on se fie au déficit commercial que la monnaie unique engendre pour notre économie.

     La porte entre-ouverte des présidentielles de 2017

     

    Manifestement Montebourg et Mélenchon sont à gauche et essaient de sortir du joug des lois du marché pour tenter de limiter les inégalités. Mais ils restent encore incertains quant aux décisions à prendre face à l’Europe. Il est temps d’ouvrir une brèche dans le discours lénifiant de la gauche et de rappeler que l’Union européenne et la monnaie unique n’ont amené que des inconvénients et jamais rien de bon. Nous avons pris le mauvais chemin en 1983 quand Mitterrand a décidé de rentrer dans le rang et de suivre la voie de l’intégration européenne. Si à cette époque on pouvait encore croire que cette intégration européenne pouvait sans trop de dégâts être aménagée dans un sens plus social – à cette époque la social-démocratie dominait les institutions européennes – il n’est plus possible de se faire des illusions, justement au moment où la droite dure au service des banques et des multinationales est à la tête de tous les leviers de commande en Europe. Il nous faut revenir en arrière et ne pas avoir peur de le dire. L’avenir de la gauche se situe exactement là : sortir de l’Europe doit être son crédo et son but. Tant qu’elle n’aura pas compris cela, elle sera destinée à jouer un rôle de supplétif pour le gouvernement des peuples par les lois du marché.

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-jean-luc-melenchon-a127810542

    [2] Le dernier épisode cruel est l’histoire de la prime de Noël que Tsipras voulait donner aux petits retraités, manière pour lui d’essayer de se refaire une santé politique. Mais l’Europe – cette nébuleuse malfaisante autant que floue – le lui a interdit en lui adressant le chantage d’une non restructuration de la dette. Cet exemple montre à l’envie qu’on ne peut jamais rien négocier même quand comme Tsipras on a cédé sur tout et sur le reste et qu’on a accepté de vendre (brader) son pays à la découpe. http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-alexis-tsipras-affiche-son-obeissance-totale-aux-creanciers-614345.html et aussi http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-alexis-tsipras-tente-de-redresser-sa-popularite-624047.html

    [3] Traité d'économie politique ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se composent les richesses, 1re éd., Crapelet. Cet ouvrage aura plusieurs éditions et sera remanié en permanence par Jean-Baptiste Say,

    [4] Pour se souvenir de l’imbécilité crasse de Jean-Baptiste Say, il faut rappeler qu’en tant que professeur d’économie politique, il enseignait au Collège de France, il y fit un cours entier sur les raisons qui poussent les hommes à manger de la vache afin d’en réguler le nombre, et ce faisant à lui rendre service : voir Cours d’économie politique et autres essais, Garnier-Flammarion, 1999.

    [5] Adolph Wagner, Fondements de l'économie politique, 1904, traduit en français en 1909 chez Giard et Brière en 5 volumes.

     

    [6] Principles of Political Economy Considered with a View of their Practical Application, John Murray, 1820, traduction française, Principes d’économie politique considérés sous le rapport de leur application pratique, J.-P. Aillaud, 1820.

    [7] Jean-Charles Sismonde de Sismondi, Nouveaux principes d'économie politique, ou de la richesse dans ses rapports avec la population, 1819, 2 volumes, Delaunay.

    [8] Joseph A. Schumpeter, Treatise on money, Wordbridge Publishing, 2014. Il s’agit d’un texte qui n’avait jamais été publié du vivant de Schumpeter, il avait été édité partiellement en 1970.

    [9] Voir Capitalisme, socialisme et démocratie, publié en anglais en, 1942, il sera traduit en France la même année chez Payot.

    [10] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-jean-luc-melenchon-a127810542

    [11] Flammarion, 2011. 

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  • Le programme de Jean-Luc Mélenchon 

    Mai 2017 approchant, il est bon de se pencher sur les programmes des candidats qui vont entrer en lice. Ce petit livre est le programme que Jean-Luc Mélenchon se propose de mettre en œuvre s’il est élu président en 2017 et que dans la foulée il obtient une majorité aux législatives. Il a été rédigé sous la direction de Jacques Généreux et de Charlotte Girard. Il décline tous les aspects du pouvoir que Mélenchon et sa future majorité exerceront. Tout y passe, des réformes institutionnelles à la politique internationale de la France en passant par la nécessaire transition écologique et la redistribution de la richesse.

     

    Un programme de gauche  

    Le programme de Jean-Luc Mélenchon

    C’est un programme clairement de gauche c’est-à-dire qu’il se propose de resserrer les inégalités et d’étendre la couverture sociale. Il est donc clairement à l’opposé de la politique suivie pendant ces trente dernières années et dont on a dissimulé les effets défavorables pour le pays sous le vocable de « politique de l’offre ». De même et c’est un des points très fort de son programme il est pour un programme économique qui se recentre sur la préservation de l’environnement : il considère qu’il y a des gros potentiels de créations d’emplois dans le domaine de l’agriculture. Il les chiffres à seulement 300 000 emplois. Cependant ces chiffres ne tiennent pas compte d’une sortie de l’Europe qui interdirait l’importation de produits de l’agriculture industrielle : viandes, fruits et légumes que nous pouvons produire sur notre territoire. Il est probable que le vrai chiffre d’une création d’emplois si on sort de l’Europe et si on passe au bio, serait d’au moins 600 000 et sans doute beaucoup plus en vérité[1]. il suppose qu’on peut reverser le CICE pour accélérer la transition écologique et que cela engendrera nécessairement une forte création d’emplois dans ce secteur, il les évalue à 900 000. C’est un enjeu décisif puisqu’on sait que la robotisation va détruire des millions d’emplois dans l’industrie[2]. Ce chiffre est difficile à évaluer, on trouve en effet les analyses les plus contradictoires sur cette question. Mais on voit cependant que sans que l’Etat n’intervienne massivement il y a déjà une tendance nette à la création d’emplois dans ce secteur.

     Le programme de Jean-Luc Mélenchon 

    De même Mélenchon se déclare contre les travailleurs détachés, non pas parce qu’il est populiste, ou xénophobe, mais seulement parce qu’il s’agit là d’une concurrence déloyale[3]. Les charges sociales de ces travailleurs détachés sont payées dans le pays d’origine, et non sur le lieu où s’exerce le travail réel. Et le plus souvent ils sont sous-payés. C’est un mécanisme européen qui montre clairement que le but est de faire baisser les salaires. Ils sont au moins 300 000 en France, alors que le chômage reste à un niveau très élevé. On estime d’ailleurs qu’il y a encore au moins 300 000 autres travailleurs détachés « illégaux ». Passer à une agriculture biologique n’est pas une fantaisie, c’est une nécessité, aussi bien pour préserver la santé des populations que pour préserver l’intégrité des sols.

     

    Le problème de l’Europe

     

    Evidemment on ne peut pas être d’accord sur tout quand il s’agit d’un programme électoral. Et je me doute bien que le changement d’orientation politique ne pourra venir que d’une conjonction d’intérêts toujours un peu disparates. Pour l’instant, j’en suis là de ma réflexion et je ne suis pas certain encore de voter pour qui que ce soit en 2017. En effet, il y a toujours d’autres moyens de faire avancer les choses en dehors des élections. 

    Le programme de Mélenchon dans ses principes va dans le bon sens. Cependant son application est liée directement à la position de la France dans l’Union européenne. Mélenchon le sait, c’est pourquoi il suppose qu’on doit et qu’on peut renégocier les traités européens. C’est le point faible du programme de la France insoumise. Il part de l’idée assez juste qu’une Union européenne sans la France ne serait pas viable, et donc que les pays comme l’Allemagne qui ont un intérêt au maintien de l’Union européenne seraient contraints d’accepter de renégocier. Cette approche me parait fausse pour au moins deux raisons :

    - d’abord sur le plan stratégique on ne voit pas très bien l’intérêt de rester dans l’Europe. On ne peut pas en effet vouloir développer les productions locales et rester dans une Europe ouverte aux quatre vents. En outre l’Europe coûte très cher en termes de développement durable : elle allonge les trajets de circulation des marchandises et en exacerbant la concurrence elle entraîne l’ensemble des pays dans la déflation. Au mieux l’idée de rester dans l’Europe ne sert à rien ;

    - ensuite sur le plan tactique. Renégocier des traités européens, étant donné la règle de l’unanimité et la nécessité de consulter les 27 pays qui restent encore dans l’Union européenne prendrait forcément beaucoup de temps. Or le président et son assemblée législative sont élus pour seulement 5 ans. Il est impossible que dans ce laps de temps les traités nouveaux soient adoptés puis ratifiés par les 27 pays de l’Union et qu’en outre ils aient produits pleinement leurs effets. C’est cette raison qui me pousse à souhaiter une sortie unilatérale de la France et un retour à la monnaie nationale. 

     

     Le programme de Jean-Luc Mélenchon

    Cette approche mi-chèvre, mi-chou, est d‘ailleurs en contradiction avec l’affirmation dans la partie Protéger et partager le point 17 où il est écrit :

    « L’économie productive et l’emploi sont attaqués. La libre-circulation des capitaux et des marchandises dans l’Union européenne et le monde entier donne tout pouvoir à la finance contre les productifs, aux multinationales contre les PME, et aux actionnaires contre les salariés. Bilan : des droits sociaux soumis au chantage permanent du dumping, un bilan écologique désastreux, une industrie dévastée, une agriculture désorganisée, des régions entières condamnées. Le grand déménagement du monde doit cesser. Il faut relocaliser les productions. Nous avons besoin d’un protectionnisme solidaire au service de l’intérêt général contre les multinationales et la mondialisation financière. La défense de notre souveraineté industrielle est une condition indispensable à la fondation de nouvelles coopérations internationales. »

    Or l’Union européenne n’a pas été faite pour autre chose que d’accélérer la division internationale du travail et d’élargir les marchés comme si l’augmentation des volumes des échanges était source de création de richesse et d’emploi. Dans ces conditions, on ne voit pas très bien ce que la France aurait à gagner dans une Union européenne même réaménagée. Rappelons aussi que lorsque Tsipras s’est résigné à négocier avec l’Eurogroupe au lieu d’imposer les choix de son peuple, il s’est mis la corde au cou.

     

     


    [1] https://reporterre.net/Chomage-On-peut-creer-600-000

    [2] https://www.rac-f.org/IMG/pdf/plaquette_emplois_de_la_TE.pdf

    [3] http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/07/13/travailleurs-detaches-lescurieux-propos-de-melenchon_4968840_823448.html

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    Cette année 2016 aura été une année électorale bouleversante. On a assisté à un changement radical au Royaume Uni avec sa sortie de l’Union européenne et donc le remplacement du premier ministre David Cameron par Theresa May, ce changement notez-le est assumé par le propre parti du perdant. Ensuite nous avons eu une élection particulièrement bizarre aux Etats-Unis, avec l’arrivée au sommet de l’Etat d’un personnage clownesque tout autant que minoritaire dans le pays qu’il prétend gouverner, mais qu’en fait il donnera à gérer aux employés de Goldmann & Sachs[1].

    D’autres élections ont eu lieu ce dernier week-end en Autriche et en Italie, révélant une complexité des situations très dangereuses en Europe.

     

    L’Autriche et la peur du nazisme

     Elections en Autriche et en Italie 

    En Autriche c’est le vieux Alexander Van Der Bellen, 72 ans, candidat des Verts, d’une gauche molle et européiste donc qui l’a emporté avec 53,3% des voix sur le candidat du FPÖ Norbet Hofer. Ce dernier était le candidat d’extrême-droite. Il n’est pas certain qu’on interprète pourtant correctement ce résultat. D’abord disons qu’il a fallu revoter pour élire le président. Il avait en effet remporté une victoire étroite au mois de mai, une victoire entachée de fraudes, notamment en ce qui concerne les votes de l’étranger. Certains en ont conclu hâtivement que l’élection de Van Der Bellen était un quitus pour ce qui concerne l’ancrage définitif de l’Autriche dans l’Union européenne, et donc que la grande coalition entre le SPÖ (social-démocrate) et l’ÖVP (conservateur) pouvait encore continuer longtemps cette politique insipide. Rien n’est moins sûr. En effet on peut penser d’abord que le fait qu’une sortie de l’Autriche de l’Union européenne ne peut pas être portée par un parti sulfureux dont les racines lointaines sont à rechercher dans le nazisme. Et donc que ce parti, le FPÖ, suscite encore la peur, comme chez nous le FN dont la tête de file, Marine Le Pen, ne semble pas pouvoir l’emporter en 2017 malgré ses efforts pour dédiaboliser son parti. Qu’en aurait-il été si en lieu et place de Hofer l’Öxit avait été portée par quelqu’une de p)lus modéré ? Les politiciens autrichiens, Van Der Bellen en tête, qui feraient mine de croire que ce vote vaut approbation d’une politique européiste se trompent lourdement. Car non seulement le score de Norbert Hofer valide la montée en puissance d’un parti radical d’extrême droite, mais Van Der Bellen ne doit son élection qu’à une coalition improbable de la droite conservatrice jusqu’à la gauche plus ou moins radicale. Les succès électoraux du FPÖ sont donc à venir. Ajoutons que le président en Autriche n’a pas de véritable pouvoir, il est juste le garant des institutions. Il est facile de comprendre que ce résultat qui soulagera beaucoup de monde à travers l’Europe entérine l’échec de la coalition au pouvoir[2]. Il faut ajouter que les raisons du succès de l’extrême-droite en Autriche tiennent en peu de mots : d’abord c’est la question des réfugiés qui comme ailleurs pourrit le climat politique, et ensuite, ce sont les sanctions contre la Russie. Ce qui peut sembler paradoxal : les Autrichiens ont un souvenir plutôt amer de l’entrée des troupes russes dans leur pays, mais pour autant, une large partie de la population désapprouve les sanctions européennes qu’elle voit comme un facteur de tension aggravant.

     

    Catastrophe électorale en Italie

     Elections en Autriche et en Italie 

    La situation en Italie apparait plus compliquée en regard de la large défaite de Matteo Renzi. Le référendum sur les modifications institutionnelles c’est transformé en un référendum pour ou contre Renzi. Le non remporte à peu près 60% des suffrages et surtout avec une participation électorale très élevée. Le premier ministre à annoncer qu’il allait mettre un terme à son exercice du pouvoir qui aura duré à peine plus de deux ans.

    Ce résultat appelle plusieurs réflexions. D’abord elle rend l’Italie très difficile à gouverner, notamment à cause de son bicamérisme parfait. Si le plus probable est maintenant que des élections générales aient lieu en février prochain, il est difficile de prévoir ce qu’elles donneront en terme de stabilité et si elles pourront amener une réforme institutionnelle qui aille dans ce sens. Depuis le référendum de 1948, l’Italie est en effet coutumière de ces longues périodes de vacance du pouvoir pour cause d’élections, mais bon an, mal an, elle a toujours été gouvernée plus ou moins à droite. Je passe sur les commentateurs hâtifs qui en ont profité pour dénigrer la pratique du référendum, arguant du fait que les électeurs ne répondaient jamais à la question véritablement posée. Renzi connaissait tout cela, et il a essayé à travers un référendum sur les institutions de se refaire une santé politique, car ayant des résultats médiocres sur le plan social et économique, il appelait indirectement le peuple à le soutenir.

    Au-delà de la réforme institutionnelle sans doute nécessaire, il y a ce que seront les résultats des élections anticipées. Le cœur de l’affaire en vérité est l’Union européenne et la participation de l’Italie à la zone euro. En effet la crise de 2008 a fait exploser complètement l’économie italienne qui n’a toujours pas retrouvé son niveau du début des années 2000. Elle paye là l’impossibilité de dévaluer sa monnaie et donc d’ajuster celle-ci à sa « compétitivité ». Sur le graphique suivant on voit que les pays qui ont surmonté un peu la crise de 2008 sont soit l’Allemagne, soit des pays comme les Etats-Unis et le Royaume Uni. Tous les autres ont payé un tribut plus ou moins lourd à la logique de l’euro.

     Elections en Autriche et en Italie 

    Ce qui veut dire clairement que plus encore que la France l’Italie doit sortir impérativement de l’euro – et donc probablement de l’Union européenne – pour retrouver un peu d’air. Matteo Renzi, comme Hollande et Valls, avaient effectué des réformes dites pro-business qui devaient permettre à l’Italie de retrouver sa compétitivité en Europe. Et comme de partout ailleurs quand on court après des gains hypothétiques de compétitivité, on échoue lamentablement. La sortie de l’Italie de l’euro permettrait, en revenant donc à la lire, de dévaluer la monnaie de 25 à 30%. Cela permettrait de relancer la demande interne et par suite de faire en sorte que le marché du travail retrouve un peu de couleurs.

     Elections en Autriche et en Italie 

    Dans ces conditions, les partis anti-européens comme 5 Stelle ont le vent en poupe et souhaitent des élections anticipées très rapides. La situation va devenir très difficile notamment parce que les banques italiennes ont un besoin rapide d’être recapitalisées[3] et que la dette publique est explosive. Si d’ici aux élections législatives italiennes éclate une crise financière, alors il pourrait y avoir un raz de marée en faveur d’une sortie rapide de l’euro et une répudiation d’une partie de la dette publique. Evidemment si un tel scénario devait se réaliser, c’en serait fini de l’Union européenne. Celle-ci peut s’accommoder d’un Brexit, après tout le Royaume Uni ne participait pas à la zone euro et avait un statut spécial, mais l’Italie est non seulement un membre fondateur de l’Union européenne et de l’euro, mais son économie est aussi la troisième de l’UE après l’Allemagne et la France. Dans ces conditions il ne sert à rien à dénoncer le « populisme » de Beppe Grillo. Le Mouvement 5 Stelle a depuis longtemps dépassé la personnalité ambiguë de son fondateur. La jeune et belle Virginia Raggi est devenue maire de Rome et ne paraît pas être quelqu’un de particulièrement farfelu. La nouvelle maire de Turin, Chiara Appendino, également. Ce sont deux jeunes femmes dynamiques et plutôt portées sur la défense de l’environnement et la critique de l’agriculture industrielle. Il est très difficile de les assimiler à une droite rancie à l’ancienne. Là encore il faut comprendre que si un mouvement comme 5 Stelle a pu émergé c’est parce que la gauche n’a rien compris aux effets négatifs de l’Union européenne : elle n’a pas fait son travail de défendre les plus faibles. Alors que dans le temps le Parti communiste italien était un parti très puissant qui pesait, autrement dit qui empêchait la droite conservatrice (la Démocratie chrétienne) de trop déconner, la gauche s’est effondrée ici comme ailleurs quand elle s’est mis à vouloir jouer le jeu d’une autre Europe, d’une Europe sociale et autres bêtises du même tonneau qui entérinaient la conversion pure et simple à la logique du marché.

     Elections en Autriche et en Italie 

    Les européistes n’ont pas vraiment de quoi se réjouir des élections cette année, bien au contraire. La victoire de Van Der Bellen c’est juste l’arbre qui cache la forêt et qui laisse accroire qu’on va pouvoir continuer comme ça encore longtemps. Dans son dernier billet, Jacques Sapir avance que si les élections italiennes interviennent dans un laps de temps assez court – par exemple en février -  cela pourrait avoir des conséquences sur l’élection de Fillon et donc sur son programme austéritaire[4]. C’est possible, à condition d’admettre que les Italiens sont plus avancés sur la voie du progrès social que nous, probablement parce que leur système politique a maintenant explosé, alors que nous sommes encore dominés par des partis complétement dépassés dans tous les domaines, LR ou le PS, je ne parle même par de ces partis qui ne veulent rien dire comme l’UDI ou le PRG.

    Pour avancer un petit peu, on conseillera à Mélenchon de s’inspirer des succès de 5 Stelle, que ce soit pour son anti-européisme assumé ou dans la logique des conquêtes des  villes, ou encore cette volonté de ne pas laisser le combat écologique aux mains d’un parti complètement dépassé dans tous les autres domaines.

     

     


    [1] http://multinationales.org/Dans-la-future-administration-Trump-un-ancien-de-Goldman-Sachs-au-Tresor-un

    [2] http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/05/22/en-autriche-gauche-et-droite-au-crepuscule_4924062_3214.html

    [3] https://resistanceauthentique.net/2016/10/28/descente-aux-enfers-de-la-monte-paschi-la-plus-grande-banque-italienne/

    [4] http://russeurope.hypotheses.org/

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  •  Présidentielles 2017, les positions se clarifient

    Hollande met un terme à sa carrière politique 

    Il se passe tous les jours quelque chose qui nous dit que nos modèles institutionnels dans les pays occidentaux sont à bout de souffle et ne fonctionnent plus très bien. Hollande a donc rendu sa décision. Il ne se représentera pas, ainsi que nous l’avions annoncé il y a quelques mois déjà. On aurait pu croire que la désignation de l’ultra-droitier François Fillon l’aurait requinqué : en effet pour la gauche il est plus facile de combattre le brutal Fillon, candidat de la banque et des multinationales, sorti tout droit d’une caricature du XIXème siècle qu’un plus souple et louvoyant Juppé, voir même un Sarkozy.

    En vérité Hollande est revenu à ce qui est fondamental et moins soumis à la conjoncture. Pour se présenter avec quelque chance de faire bonne figure, Hollande aurait dû pouvoir accéder au deuxième tour. Mais tous les sondages l’indiquent maintenant depuis des mois, au mieux il ne pouvait viser que la troisième place, et le plus probable il aurait terminé derrière Mélenchon. C’est que presque certainement les deux premières places sont promises à Marine Le Pen et à François Fillon : la première parce qu’elle a un socle électoral très solide et un vote d’adhésion, le second parce qu’il représente l’ensemble de la droite un peu rance pour laquelle il suffit de parler de baisse d’impôt et d’augmentation des durées travaillées. Outre les très mauvais sondages, Hollande était handicapé aussi par le problème de la primaire dite de gauche. En effet, le simple fait de participer à cette mascarade l’aurait fait se rabaisser par rapport à la fonction qu’il prétendait incarner. Beaucoup on soulignait la dignité de son discours d’adieu, mais en vérité il a pris cette décision car aucune autre ne convenait. Autrement dit il n’avait pas d’autre choix que d’abandonner. S’il a caressé un temps l’idée de se représenter, c’est sans doute parce qu’il savait avoir raté son premier quinquennat et qu’il avait la tentation de se refaire la cerise en réussissant le second. Dans sa situation actuelle qui l’oblige à partir la queue entre les jambes, il sait qu’il va rejoindre la longue cohorte des politiciens que l’histoire a oubliés.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Le fait qu’Hollande renonce signifie évidemment que sa démarche politique était erronée depuis le début. Il vient de le toucher du doigt au bout de 4 ans d’errements. Pour des raisons aussi bien de culture (il a fait HEC le malheureux) que d’entourage, il s’est laissé embarquer dans une politique de l’offre européiste qui est complètement étrangère à la culture de la gauche depuis des décennies. Il était dès lors facile d’opposer les cadeaux faits au patronat – le CICE coûte 20 milliards en année pleine – et la rigueur de la loi El Khomri, la volonté de ne pas donner de coup de pouce au SMIC, etc. sans doute pensait-il verrouiller sur sa droite et priver celle-ci d’argument. C’est l’inverse qui s’est produit, par sa position droitière, il a conduit la droite à se donner à son représentant le plus conservateur et le plus revanchard par rapport aux salariés. En outre les résultats n’ont pas été au rendez-vous, mais ils ne pouvaient pas y être. Peut-être cet aveu d’échec servira de leçons aux politiciens qui font  commerce de situer sur la gauche – encore que les socialistes ont bien du mal à retenir quelque leçon de ce soit.

    La décision d’Hollande pour compréhensible qu’elle soit n’a pas été anticipé par la presse en général qui, au contraire de moi, pariait sur sa candidature. Décidemment la presse mainstream, quel que soit le pays d’où elle émane n’est même plus capable d’analyser correctement les situations politiques et donc d’anticiper ce qui peut se passer dans les pays concernés. Après des décennies de désaveu cette presse-là  est maintenant au bout du rouleau et rien ne peut masquer sa médiocrité.  

    Présidentielles 2017, les positions se clarifient

    Mélenchon ne peut pas gagner la présidentielle 

    Je ne m’appesantirai pas sur les défauts des postures mélenchonistes : sa fausse veste de travailleur ou son hommage déplacé de l’ancien dictateur Fidel Castro. Ce sont des petites fautes que l’électorat le plus jeune est prêt à lui pardonner. Il fait une très bonne campagne, il multiplie les réunions, il développe un vrai programme de gauche et réunit des foules importantes à chacun de ses meetings. Parti très tôt, s’affranchissant de l’emprise des partis et du calvaire de la primaire, il a très bien joué sa carte. Il présente un programme qui parait très cohérent en ce qui concerne l’abolition de la loi El Khomri, la mise en place d’un programme de développement des énergies propres, ou encore la baisse du temps de travail à 32 heures par semaine, s’inspirant en cela de ce qui se fait en Suède par exemple. Il peut également s’appuyer sur le rejet que le petit peuple manifestera face au programme régressif du très réactionnaire Fillon. On ne peut pas non plus donner tort à Mélenchon lorsqu’il indique qu’une partie de la dette illégitime ne sera pas remboursée. Seulement Mélenchon se trompe sur deux points fondamentaux qui l’empêcheront d’accéder au second tour : l’Europe et la question de l’immigration.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Souvenons-nous, en 2012 on pensait que Mélenchon pourrait faire un très beau score, et puis non, il a été devancé par Marine Le Pen. Pourquoi ? Parce que cette dernière avait su jouer de la défiance de la population française face à l’Europe. Et c’est même à partir de ce moment-là qu’elle a su ramener à elle un important vote ouvrier qui lui a permis de progresser encore. L’Europe c’est la clé de l’élection de 2017.

    Dans le numéro de L’Obs du 1er décembre 2016, Mélenchon détaille son programme. Il se positionne en pensant que l’Union européenne peut être réformée de l’intérieur, il reprend donc l’antienne d’une autre Europe, arguant que bon gré mal gré l’Allemagne devra se plier aux désidératas de la France puisque c’est grâce à l’Europe qu’elle réalise la plupart de ses excédents commerciaux. Il a raison sur le fait que l’Union européenne sans la France ne peut pas exister. Mais il sous-estime les capacités de résistance de l’oligarchie européenne : en effet, réviser les traités européens nous ferait entrer dans une période de négociation de plusieurs années qui renverrait les résultats de cette négociation aux calendes grecques. L’Eurogroupe et la Commission savent très bien faire traîner les choses, voyez comme ils ont étranglé la Grèce. Le second point c’est que Mélenchon ne veut pas sortir de l’euro. On ne sait pas pourquoi, alors même qu’on sait que l’euro est le facteur principal qui fait diverger les trajectoires économiques. Il affirme que le problème c’est la BCE, donc la banque centrale, et pas la monnaie unique. C’est évidemment erroné : pour que la monnaie unique ne soit pas un problème, il faudrait que l’Europe soit fédérale et qu’elle permette les transferts des Etats riches vers les Etats plus pauvres. Jacques Sapir a clairement montré que cela ne pouvait se faire, l’Allemagne s’y opposera et ce d’autant plus qu’elle est travaillée maintenant par un mouvement puissant anti-européen[1]. De même il ne peut pas proposer de taxer les hauts revenus – il parle de taxer à 100% les revenus supérieurs à 400 000 € par an – dans le contexte européen de la monnaie unique qui rend impossible le contrôle des mouvements de capitaux. Mettre en place une fiscalité plus favorable aux classes les plus pauvres ne peut se faire que dans un cadre international non concurrentiel.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Le deuxième point sur lequel va buter rapidement Mélenchon c’est évidemment l’immigration. Dans l’interview que nous avons citée, il affirme qu’on ne peut pas arrêter les migrants. C’est bien sûr une absurdité. Les filières par lesquelles passent les migrants sont connues, et il est facile de les tarir, soit en confisquant les bateaux, soit en les coulant. Il est en effet impossible de se présenter comme le garant de l’intégrité de la nation si on n’est pas capable par ailleurs d’en défendre les frontières. L’idée même de la frontière est à l’inverse de celle de la mondialisation, et fait apparaître les migrations massives comme la face cachée de la mondialisation et du libéralisme : on ne peut pas être contre l’un et pour l’autre.

    Les migrants alimentent deux craintes différentes mais qui se cumulent : d’abord le problème des conditions de travail et de la concurrence avec les travailleurs locaux, on le voit déjà avec les travailleurs détachés. On a beau raconter ce qu’on veut dans un pays qui doit faire face à un chômage massif de l’ordre de 6 millions de personnes, il n’est plus possible de dire que les migrants sont une chance pour l’économie. Ensuite, il y a la question de l’Islam. Même si Mélenchon a commencé fort heureusement à prendre ses distances avec le discours souvent lénifiant qu’on trouve à gauche et qui sous-entend que l’Islam est la religion des pauvres et donc doit être soutenue. Il peine cependant à prendre en considération le fait que massivement les Français ne veulent pas que l’Islam et tout ce que cela comporte de régressif dans son implantation, deviennent un élément de la culture française.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Le rejet massif de la religion musulmane est maintenant un élément structurant de la vie politique française qui est associé à la déferlante de l’immigration en Europe. Celle-ci non seulement fragilise la position des salariés dans l’économie, mais également semble avoir un effet délétère sur les formes de la vie sociale.

    Dans ces conditions, Mélenchon ne peut pas gagner, surtout qu’il est allié au PCF ou des personnages comme Clémentine Autain qui ont misé presque tout sur la défense des migrants et de l’Islam. Il n’a pas les capacités politiques et intellectuelles pour contourner à la fois l’obstacle de l’Europe et celui de l’immigration. Mais Valls non plus ne peut pas gagner, le P « S » atteint un tel discrédit, il est tellement divisé, qu’il ne peut pas gagner sur une ligne droitière, proche de celle de Macron et de Fillon en ce qui concerne  l’économie. On peut considérer aussi que le renoncement de Hollande c’est de fait la fin de la social-démocratie dans ses orientations libérales et le début d’autre chose pour la gauche réformiste en Europe. Autrement dit une gauche qui renonce à la nation ne peut absolument pas gagner par les temps qui courent et qui nous mènent naturellement vers la démondialisation. 

    Conclusion 

    Certes les choses peuvent évoluer d’ici au mois de mai. Mais l’élection présidentielle semble promise au sinistre Fillon, malgré la lourde charge du bilan accablant qu’il porte en tant qu’ancien hôte de Matignon[2]. Et il est probable que cette élection s’assortira d’un taux d’abstention extrêmement élevé. La gauche va sans doute mettre des années à se remettre des conséquences de la mauvaise politique de François Hollande. Mais c’est le destin de la social-démocratie que de disparaître chaque fois qu’elle fait un effort pour ressembler à la droite.

    Pour le reste on peut faire confiance à Fillon pour qu’il devienne rapidement aussi impopulaire qu’Hollande. Il fera tout, soyons en sûr, pour nous faire regretter l’actuel président.

     

     


    [1] L’euro contre la France, l’euro contre l’Europe, éditions du Cerf, 2016

    [2] On sait tout le mal que je pense de François Hollande et du PS, mais il faut bien reconnaitre que son bilan est finalement moins mauvais que celui de la doublette Sarkozy-Fillon : http://in-girum-imus.blogg.org/l-affairiste-francois-fillon-son-incompetence-et-ses-futures-casserole-a127677102

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  • L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    Si personne n’attendait à ce que Fillon, personnage médiocre, sans idée et sans charisme, soit le représentant de la droite la plus bornée aux élections de 2017, c’est parce qu’il a su être le candidat des vieux et des nantis, mais aussi qu’il a su tisser un réseau de relations important auprès des parlementaires et des gens de pouvoir. Il est d’ailleurs curieux à cet égard que Sarkozy ne se soit pas alarmé de ce phénomène. Cet état de fait révèle d’abord que Les Républicains est un parti archaïque et sans avenir. Mais si Fillon plait tant à cette fraction particulière de la droite, c’est aussi parce qu’il joue la partition de l’austérité. Il a fait cela presque toute sa vie, réclamant aux travailleurs de travailler toujours plus pour gagner moins. Venant de la part d’un politicien qui n’a jamais travaillé durant son existence, ça fait bizarre. Mais toute la droite qui a voté pour lui est faite de ce bois : ce sont des gens qui ne travaillent pas, des vieux, des rentiers, des chefs d’entreprises, et pratiquement pas des ouvriers et des employés[1]. Ce sinistre personnage à tête de séminariste constipé doit être dénoncé pour ce qu’il est : un homme politique corrompu et incompétent. Il a fait ses preuves en tant que premier ministre. 

    La mauvaise gestion de François Fillon 

    Le sinistre François Fillon a fait hurler de la gauche jusqu’à l’extrême-droite avec son programme libéral-autoritaire façon XIXème siècle. Ce politicien qui par ailleurs n’a jamais travaillé a l’habitude de jouer les modestes et de mettre en avant la nécessité de redresser les comptes publics, fusse au prix d’une rigueur radicale et mortifère. On se souvient que ce cuistre déclarait en 2007 que la France était en faillite[2]. Cette remarque était d’autant plus imbécile qu’un Etat comme la France ne peut pas être déclaré en faillite. Mais il y a évidemment pire c’est que François Fillon en tant que premier ministre de la France, par son action a accru la dette publique dans des proportions jamais égalées, ni avant ni après lui. En effet, la dette publique de la France est passée de 65% du PIB au moment de l’élection de Sarkozy, à près de 90% lorsque Fillon et son mentor furent renvoyés. Et donc si on comprend bien le message des chiffres, Fillon a trouvé un Etat en faillite à son arrivée à Matignon, mais en partant il l’a laissé encore plus en faillite. 

    L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    Il en est exactement de même pour le chômage. Entre l’élection de Sarkozy et celle de Hollande, le chômage a augmenté d’environ un million d’unités pour la catégorie A. Comment dissocier l’action de Fillon de ce résultat calamiteux ? Soit, il n’a rien fait, et alors on se demande pourquoi il était premier ministre, soit il a travaillé effectivement – ce dont je doute personnellement – et alors il a clairement été mauvais.

     L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    Les fillonistes – il y en a comme naguère il y avait des sarkozystes – vous dirons qu’en 2008 il y a eu une crise sévère. Ce qui est vrai. Mais toute l’Europe a été touchée de plein fouet par la crise. Or nous voyons sur le graphique suivant que l’Allemagne à partir de 2009 commence à voir le chômage baisser, tandis qu’en France il continue de monter. Certes tout n’est pas de la responsabilité du couple maudit Fillon-Sarkozy, et il est clair que l’Union européenne et sa monnaie unique portent une lourde part dans ce désastre. Mais justement, si Fillon avait été efficace et soucieux de la bonne santé du pays, en tant que premier ministre, il aurait agi promptement pour sortir la France de cette impasse de la croissance molle et du sous-emploi. Il est impossible dans la campagne qui s’annonce pour 2017 de faire l’impasse justement sur la gestion des années Fillon-Sarkozy. Certes on comprend bien que Fillon ne tient pas trop à rappeler à quel point il a été un mauvais premier ministre, il essaie de jouer la carte de la rupture ce qui avait si bien réussi à Sarkozy pour se démarquer du triste bilan de la droite chiraquienne. D’ailleurs la droite n’a que ça comme programme : Chirac en 1995 se présentait déjà comme le candidat de la rupture par rapport au médiocre Balladur, rapidement il revint sur ses promesses et rentra dans les clous de la logique européiste pour ne plus en sortir jusqu’en 2007. Vingt ans donc que cette comédie de la fausse rupture perdure, et vingt ans que le peuple se laisse volontairement berner. 

    L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles

    Fillon et l’argent : le candidat du monde des affaires 

    Alors si un premier ministre ou un président n’a pas le pouvoir ni la volonté de changer l’ordre des choses, à quoi peut-il bien servir ? Probablement que Fillon ne sert à rien du point de vue du peuple français. Cependant, non seulement il sert les intérêts de la finance, mais en outre il se sert lui-même et grassement. Bien qu’il n’ait pas de casseroles comme celles que Sarkozy trimballait, il en a tout de même un certain nombre qui le classe comme le candidat du monde de la banque et des affaires, un homme âpre au gain et plutôt cupide. On sait que dans sa déclaration de patrimoine Fillon avait omis de déclarer une société de conseil 2F (pour François Fillon) dont il est à la fois le seul actionnaire et le seul salarié. Cette société lui aurait rapporté en plus de ses émoluments de député de Paris environ 18 000 € par mois. Pour un homme habitué à un modeste train de vie ce n’est pas mal. Mais à quoi peut bien servir cette société ? Personne n’est capable de le dire, et encore moins Fillon. On laisse vaguement entendre qu’il s’agit là de conférences ou de conseils en matière de politique publique. En vérité il s’agit pour Fillon de monnayer son carnet d’adresses. Sauf que cela est normalement incompatible avec un mandat de député[3]. 

    L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    Contrairement à l’image qu’il voudrait donner, Fillon est appuyé par un grand nombre de chefs d’entreprises et de banquiers. Ce sont ces représentants de l’oligarchie financière qui ont en réalité concocté le programme économique et social de Fillon ainsi que le révèle Marianne[4]. C’est Dorothée Pineau, ponte du MEDEF qui coordonne l’ensemble et qui ensuite coache Fillon pour qu’il aille vendre sa soupe aigre au bon peuple imbécile qui votera pour lui. C’est par ailleurs le financier Arnaud de Montlaur, financier et tatchérien borné, qui a été chargé de lever les fonds pour la campagne de Fillon à la primaire de LR. Il aurait ainsi récolté 2,7 millions €. On voit que la fraction du patronat qui soutien Fillon présente deux caractéristiques : elle est très riche, bien plus riche que celle qui soutenait Sarkozy ou le pauvre Juppé, mais ensuite elle est pour poursuivre une guerre de classe sans merci qui aboutira non seulement à l’appauvrissement généralisé de ceux qui travaillent, mais qui mettra à genoux le service public et qui pillera l’Etat, du moins ce qu’il en reste.

    Le canard enchaîné  s’est amusé aussi à débusquer les dépenses somptuaires et douteuses de Fillon lorsqu’il était à Matignon. Entre le maquillage des comptes et les petits arrangements pour le compte de sa propre famille, on ne penserait pas une minute que ce sinistre politicien est le même que celui qui déclarait l’Etat en faillite quelques mois plus tôt[5].

    Ce n’est pas un hasard si Fillon se propose de reprendre les privatisations. Il a des amis qu’il faut récompenser. Car les privatisations ne servent exactement qu’à ça… et à affaiblir l’Etat[6]. La démarche de Fillon nous assure que si le modèle libéral ne marche pas et bien il faut en reprendre encore un peu pour mieux le comprendre. On hésite à se demander si ce type est idiot ou si c’est une canaille : il est probable qu’il allie les deux dans le même personnage de séminariste constipé, mais qui aime l’argent et les hommes d’argent. 

    Le cadre européen 

    On comprend que dans ces conditions Fillon ne parle pas de l’Union européenne et de l’euro. Pour lui, l’euro ne bougera pas, cela restera la monnaie de notre pays. Sapir pense que cela est compatible avec l’idée selon laquelle Fillon en bon conservateur préfère une monnaie forte. A ce propos il fait la comparaison avec Pierre Laval et le chancelier Brüning[7]. Mais je crois que Sapir voit des convictions politiques là où il n’y en a pas. Si Fillon défend la monnaie unique en n’en parlant pas, c’est essentiellement parce que ses amis de l’oligarchie financières, ses commanditaires si on veut, savent parfaitement que la monnaie unique est la meilleure arme de la guerre sociale : elle permet à la fois la déflation salariale par le biais de l’austérité, et elle permet le démantèlement de l’Etat-Providence sous la pression conjointe de l’austérité et de la logique de « la concurrence libre et non faussée ».

     L’affairiste François Fillon, son incompétence et ses futures casseroles 

    L’issue de la campagne présidentielle dépendra, non pas des petites magouilles d’arrière-cuisine du cupide Fillon, mais plutôt de la façon dont sera mis en évidence son bilan lorsqu’il était associé à Sarkozy, et plus encore de la façon dont on s’emparera du débat sur l’Europe. C’est en effet la clé du redressement du pays : sortir de l’Europe et de l’euro. C’est seulement dans ces conditions qu’il sera possible de faire une autre politique. Pour l’instant Mélenchon hésite encore un peu : il veut bien remettre en question les traités, mais seulement dans le cadre d’une renégociation. Or l’expérience de Tsipras nous montre qu’on ne peut rien attendre d’une renégociation avec Bruxelles. Si le débat sur l’Europe prend de l’ampleur – par exemple si l’Italie à la suite du référendum du 4 décembre entreprend de sortir de l’Europe – alors nous risquerons d’avoir un second tour Mélenchon – Marine Le Pen. C’est une hypothèse qui commence à faire son chemin[8], mais dont la réalisation dépend avant tout de la façon dont Mélenchon traitera la question européenne, la question de la laïcité et celle de l’immigration. Pour le reste le programme de Fillon va se révéler rapidement comme encore plus droitier que celui de Marine Le Pen. Je rappelle d’ailleurs que le néo-pétainiste Henry de Lesquen qui par ailleurs considère que Marine Le Pen est plutôt gauchiste et soutient des thèses ouvertement racistes, a pris parti pour François Fillon lors des primaires[9], ce qui en dit long sur François Fillon lui-même et ses soutiens.

     



    [1] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/11/30/primaire-de-la-droite-les-cadres-et-chefs-d-entreprise-ont-plus-vote-que-les-ouvriers-et-employes_5040950_4355770.html

    [2] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20070921.OBS5916/fillon-evoque-un-etat-en-faillite-une-image-selon-lui.html

    [3] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/la-lucrative-societe-de-conseil-que-fillon-risque-de-trainer-comme-un-boulet_1855663.html

    [4] http://www.marianne.net/francois-fillon-candidat-banquiers-grands-patrons-c-est-lui-100248068.html

    [5] http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/francois-fillon-et-son-train-de-186787

    [6] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/12/01/francois-fillon-veut-reprendre-les-privatisations-dans-les-entreprises-ou-la-participation-de-l-etat-ne-sert-a-rien_5041521_4854003.html

    [7] https://russeurope.hypotheses.org/5472

    [9] https://lesquen2017.com/2016/11/15/primaire-lr-consignes-de-vote-dhenry-de-lesquen/

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