•  Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe !

    Nous savons évidemment que la droite présente à l’heure actuelle une unité de façade, et si Sarkozy a rallié la candidature de Fillon entre les deux tours des primaires, il va de soi qu’il ne participera guère à sa campagne. On se souvient que du temps qu’il était président il avait traité son premier ministre de collaborateur, sans doute pour le rabaisser au rang d’employé, mais aussi peut-être parce que son inconscient avait parlé et qu’il trouvait quelque proximité politique entre Fillon et le maréchal Pétain. Il est d’ailleurs assez curieux que certains soutiens et admirateurs de Sarkozy aient reporté aussi rapidement leur tendance béate à la soumission vers son ancien employé.

    Henri Guaino, un ancien proche de Sarkozy a d’ailleurs déjà commencé à critiquer le programme de François Fillon comme étant un programme de classe, visant uniquement à défendre les intérêts des nantis[1]. On sait qu’il brûle de se présenter et que le succès de Fillon risque d’attiser son appétit. Certes il ne réussirait sans doute pas à passer le premier tour, mais il pourrait par contre empêcher Fillon d’y accéder, ce qui serait aussi le but de François Bayrou.

     Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe !  

    Je rapporte ci-dessous deux passages où Nicolas Sarkozy fait part de toute sa hargne à l’endroit de Fillon qu’il décrit comme un petit magouilleur sans foi ni loi. Ils sont extraits du livre de Patrick Buisson, La cause du peuple paru cet automne à la Librairie Perrin.

     

    « A sa décharge, la vérité oblige à dire que François Fillon mena dans les deux dernières années du quinquennat un jeu particulièrement pervers dont l’objectif, à peine dissimulé, était de mettre le président en difficulté sur un terrain médiatiquement mouvant et électoralement sensible. Il y eut d’abord l’inauguration par le Premier ministre de la mosquée Al-Ihsan à Argenteuil, le 28 juin 2010. Depuis que le président Gaston Doumergue avait inauguré la Grande Mosquée de Paris, le 16 juillet 1926, aucun représentant de l’Etat ne s’était avisé de reproduire un tel geste. Pourtant réputé pour sa prudence, François Fillon, qui s’était surtout jusque-là affiché en tant que familier de l’abbaye bénédictine de Solesmes chère à son cœur d’élu de la Sarthe, se fendit pour la circonstance d’un éloge de l’islam de France, « un islam de paix et de dialogue […] où l’on vit sa foi dans le respect des principes de la République », qui lui valut d’être salué par les applaudissements et les youyous de l’assistance. La gauche se félicita à haute voix d’une initiative qui, bien qu’isolée, avait selon elle le mérite de donner des gages aux Français musulmans blessés par les « dérapages islamophobes » du débat sur l’identité nationale.

    — Pauvre type, minable… Tant qu’il y est, il n’a qu’à venir mercredi au Conseil des ministres en babouches et avec un tapis de prière ! Le président ne décoléra pas pendant deux jours. »

     Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe ! 

    « Le 27 avril fut un vendredi noir. Ce fut ce jour-là que Nicolas Sarkozy acheva de basculer dans la logique qui devait sceller sa perte, vérifiant à ses dépens la terrible sentence hégélienne selon laquelle « l’histoire est un abattoir ». En quelques lignes dans un entretien au quotidien économique Les Echos, François Fillon, se défroquant de sa cautèle habituelle, venait de s’employer à saper l’entreprise de récupération de l’électorat frontiste par le candidat qu’il était censé soutenir. En toute perfidie. Une conscience intransigeante l’avait poussé à expliquer qu’il ne pouvait y avoir « le moindre accord entre le FN et la droite » en raison d’une « incompatibilité de valeurs ». Les mots avaient été choisis pour leur pouvoir de répulsion auprès de l’électorat-cible. Leur effet, en tout cas, fut immédiat chez le candidat Sarkozy qui, livide, avait peine à contenir les sentiments tumultueux qui l’animaient :

    — Qu’est-ce qu’il raconte, Fillon ? Bien sûr que nous avons des valeurs communes avec le Front national ! »

     Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe ! 

    Sarkozy n’avait aussi pas encaissé la trahison de Fillon qui était allé voir Jouyet pour que celui-ci pousse à accélérer ses mises en examen[2]. Fillon est donc un personnage ondoyant, sans conviction aucune. Il a misé gros sur sa campagne contre l’islam, mais cela ne fera pas oublier qu’il fut aussi celui qui se félicitait de la multiplication des mosquées en France, et qui encouragea par ses visites impromptues le communautarisme. Si bien évidemment Fillon défend les intérêts des classes riches, comme Sarkozy ou sans doute comme l’aurait fait Juppé, il le fait à la manière des Américains. Ce n’est pas un hasard si sa candidature a plu à Edouard Balladur qui était le fossoyeur de ce qu’il restait encore de gaullisme à droite. Fillon ne défend pas la France et sa spécificité, il défend l’américanisation de la France, aussi bien dans les formes répressives face aux syndicats et aux pauvres, que dans l’encouragement du communautarisme. C’est d’ailleurs parce qu’il est un tenant du communautarisme qu’il a récupéré le soutien des catholiques intégristes de la manif pour tous.

     Quand Sarkozy parle de François Fillon… ça décoiffe ! 

     

     


    [1] http://www.bfmtv.com/politique/pour-henri-guaino-francois-fillon-incarne-une-droite-qui-n-a-aucune-humanite-1064418.html

    [2] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/l-affaire-fillon-jouyet-sarkozy_1620338.html

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  •  François Fillon : la guerre sociale est déclarée

    On a beau avoir le charisme d’une huitre malade, on soigne tout de même son image. François Fillon est content, la main sur le cœur il fête sa victoire, sans doute a-t-il copié cette pose destinée à faire image sur Trump. Sans doute se croit-il promis au même avenir. Il faut reconnaître cependant que d’un point de vue tactique il a mené très bien son affaire pour arriver aussi bien devant le candidat du parti – Nicolas Sarkozy – que devant le candidat des médias – Alain Juppé. Cette victoire signifie beaucoup, d’abord qu’il est le candidat de la droite la plus réactionnaire, bien plus réactionnaire que le FN, ensuite qu’il possédait des appuis de longue date pour arriver à s’imposer dans cette course au moins disant social. Mais avant tout, il ne faut pas oublier que dimanche 27 novembre ce sont seulement un peu plus de 4 millions de Français qui ont voté, et que sur ces 4 millions seulement 2,8 ont voté pour Fillon. Ne l’oublions pas c’est moins de 10% du corps électoral qui s’est déplacé pour adoubé la candidature de Fillon. C’est en somme la droite des beaux quartiers qui s’est déplacée pour promouvoir son champion[1]. Mais s’il est sans doute en phase avec son parti, il ne l’est pas du tout avec le pays, et cela dans quelque domaine que ce soit. 

    Les ressorts d’une victoire 

    François Fillon surfe sur une victoire inattendue autant qu’improbable. C’était d’ailleurs assez prévisible au vu des résultats du 20 novembre. Il est plutôt incroyable qu’un individu aussi terne et médiocre soit choisi comme le champion du peuple de droite. Certes il a déjoué les pronostics, démontrant qu’il est toujours payant de faire une campagne longue et de proximité, plutôt que de se fier aux sondages. Cependant c’est essentiellement la droite affairiste qui a porté Fillon en avant. Les unes de journaux de droite ont cependant tenté de montrer à travers cette victoire d’un candidat de droite qui gagne une primaire de droite – quel exploit – qu’il s’agissait d’un engouement de la France entière pour cet individu au demeurant très terne. C’est évidemment faux. Et si Par malheur Fillon gagne au deuxième tour contre Marine Le Pen, il ne s’agira en rien d’un vote d’adhésion.

     

    François Fillon : la guerre sociale est déclarée  

    La victoire de Fillon s’est construite en deux temps : d’abord il a su très bien manœuvrer pour trouver des très larges appuis auprès des élus des Républicains. En effet, c’est lui qui en avait le plus grand nombre, aussi bien au Sénat qu’à l’Assemblée nationale. Sarkozy qui avait parié sur son propre charisme et sa popularité dans le parti, s’est trompé. Mais il est vrai que les cadres du parti le déteste. Fillon c’est d’abord un homme d’appareil, un peu comme Hollande en son temps. N’ayant jamais eu d’idée particulière sur rien, passant sans vergogne du gaullisme social à la Philippe Séguin au Thatchérisme revanchard débridé, il a en réalité épousé les dérives d’un parti qu’Hollande a privé d’un discours plus consensuel en appliquant une politique libérale et droitière. Autrement dit la dérive droitière des Républicains c’est d’abord le résultat de la politique de Hollande. En effet comment se démarquer de la « gauche » dite de gouvernement sans faire de la surenchère à droite ? Fillon n’est que l’incarnation de cette tendance. 

    Le programme Fillon 

    Le programme de Fillon présenté à grands coups de trompettes sent le moisi. Comme on l’a dit, il est déjà rejeté par la grande majorité des Français, notamment en ce qui concerne la casse de la sécurité sociale. Alors même que les grands organismes internationaux, peu suspects de gauchisme, saluent les performances excellentes du système de couverture sociale de la France[2], alors même que ce système est aujorud’hui en équilibre, le réactionnaire Fillon qui travaille pour les lobbies des assurances privées veut le mettre en pièces : séparer les gros risques qui seraient couverts par la solidarité – cotisations sociales – et les petits risques qui seraient financés par les mutuelles et donc par des types de financement individuels. Ces mesures seront aussi mauvaises que coûteuses pour la France qui travaille dans la mesure où les compagnies d’assurances privées devront payer des frais de gestion très supérieurs aux 6% de la sécurité sociale d’aujorud’hui, et aussi rémunérer les actionnaires goulus[3].

    Développant un programme d’abord destiné à satisfaire les plus riches : baisse de l’impôt sur les revenus des plus aisés, suppression de l’ISF, mais qui pénalisera les plus pauvres avec la hausse de la TVA, il est assez admis que ce programme de relance de l’économie de l’offre engendrera une baisse de la croissance et de l’emploi. Et ce d’autant plus que Fillon veut supprimer 500 000 fonctionnaires et allonger la durée du travail. Cette baisse est évaluée à 0,7% du PIB. C’est-à-dire la moitié à peu près de la croissance actuelle qui est pourtant déjà assez faible[4]. La raison est toujours la même : dans une économie mondialisée qui est en excès d’offre, ce n’est pas la bonne manière de résorber cet excès en bridant la demande. Je ne me poserai pas ici de question sur les raisons psychologiques qui ont poussé François Fillon – fils de notaire qui n’a jamais travaillé de sa vie – a déclaré la guerre au monde du travail.

    La diminution du nombre des fonctionnaires programmée est du même tonneau. Tout le monde sait parfaitement que la France n’emploie pas trop de monde dans la fonction publique. On ne diminuera pas ce nombre. Comme le montre le graphique ci-après, le Danemark et la Suède – qui ne sont pas dans l’Euro, et qui ont des performances économiques très satisfaisantes – la France n’est pas championne du nombre de fonctionnaires. Mais par contre ce qui est prévu c’est de faire changer de statut les fonctionnaires, instaurer la précarité. Il n’est absolument pas prouvé que cela permettra que la France soit plus efficiente. Ce sera une manière de sous-traiter une partie des services publics au secteur privé. Toujours le même affairisme qui travaille Fillon. En effet, en faisant changer de statut les fonctionnaires, on va permettre aui secteur privé de ponctionner indirectement les ressources publiques. Le schéma est le suivant : l’Etat sous-traite et assure un volume d’affaires par exemple sous la forme d’un Partenariat Public-Privé, les coûts en général s’envolent, les salariés qui font le boulot sont moins payés que des fonctionnaires, et les actionnaires empochent la différence.

     François Fillon : la guerre sociale est déclarée 

    Je ne vais pas rentrer dans tout le détail du programme de purge de Fillon, on aura l’occasion de revenir sur ses mensonges et ses insuffisances. Ces quelques points décisifs montrent non seulement que le peuple n’a rien à attendre du porte-parole de la partie la plus réactionnaire du patronat, mais que l’économie et l’emploi ne se relèveront pas de cette manière. On remarque évidemment que Fillon n’a jamais rien dit de l’Europe. On comprend bien qu’il ne la remettra pas en question, quoique par ailleurs il joue les souverainistes de comédie, bien au contraire les directives européennes seront une aubaine pour lui car elles justifient par avance le démantèlement de tout ce qui allait dans le sens de la solidarité nationale et qui avait été mis en place sous la houlette du général De Gaulle en 1945.

    Des incertitudes pour la présidentielles de 2017

     

    A l’évidence Fillon a pris une option sur la présidentielle de 2017, mais cependant, elle apparait bien plus ouverte qu’une alternance traditionnelle. La lassitude des électeurs face à des institutions qui, dans le monde entier, ne semblent plus garantir la démocratie, risque de transformer le paysage politique. Certes il serait osé que de qualifier Fillon de candidat anti-système, mais la volonté de voir bouger le paysage politique  peut ouvrir des portes inattendues.

    La structure du vote de la primaire de la droite rend les choses plutôt compliquées. Mais en tous les cas elle désigne déjà Fillon comme le candidat le plus à droite et le plus réactionnaire. Il sera facile pour un candidat de gauche – même modéré – de dénoncer son programme mortifère. Cependant, Fillon rend déjà la candidature de Macron très difficile, ce sera la première victime collatérale, car Fillon montre que le libéralisme débridé est bien le programme de la droite décomplexée et autoritaire, en aucun cas il ne peut représenter une gauche même réformiste.

    Le second enjeu est de savoir si les excès du programme Fillon vont susciter des vocations modérées. Bayrou a déjà critiqué les orientations du fils de notaire. Va-t-il se présenter ? On n’en sait rien, en tous les cas il laisse planer le doute. Déjà une partie de la droite critique ouvertement Fillon, par exemple Guaino[5], mais Juppé a laissé entendre à mots couverts lorsqu’il a acté sa défaite que ce programme manquait d’ambition et de générosité[6]. Il est donc difficile de savoir si le peu charismatique Fillon va être capable de mobiliser son propre camp. Si la gauche est divisée, la droite ne l’est pas moins.

    Le troisième point est bien sûr la gauche. Celle-ci aura plus de facilité à critiquer et à attaquer férocement Fillon que Juppé, non seulement parce que le programme de Fillon est scandaleusement réactionnaire, mais aussi parce qu’elle rappellera que Fillon n’a pas brillé lors de son passage à Matignon. Dans tous les domaines (croissance, emploi, dette) il a obtenu des résultats plus médiocres encore que Hollande et ses gouvernements. Il va être rapidement attaqué non seulement sur son programme semi-débile, mais aussi sur son bilan du temps où il était le « collaborateur » de Sarkozy. 

    François Fillon : la guerre sociale est déclarée 

    La victoire de Fillon peut donc accélérer la candidature de Hollande qui pourra se placer en père protecteur des acquis du monde du travail. Il entamerait alors le refrain auquel les socialistes commencent à nous habituer : « d’accord je suis mauvais et de droite, mais Fillon est encore pire que moi ». Il n’est pas certain que cela marche, d’autant que la candidature de Mélenchon, avec le ralliement des communistes commence à avoir de la consistance[7], au point d’être en passe de valider mes prédictions d’il y a quelques mois selon lesquelles Mélenchon arriverait devant le candidat du P « S ». Les soutiens de Mélenchon pensent que le second tour de l’élection présidentielle pourrait amener un duel avec Marine Le Pen. Cela ne peut passer que par deux conditions :

    - d’une part une multiplication des candidatures de droite – donc que Macron aille jusqu’au bout et que Bayrou se présente ;

    - et d’autre part que Hollande soit choisi par le P « S » et qu’il fasse un score minable au 1er tour, par exemple 5%.

    On voit que ces deux conditions seront très difficiles à réunir. Par ailleurs il appartiendra à Marine Le Pen de conjurer l’hémorragie de son électorat vers François Fillon. On sait qu’une partie du succès de celui-ci à la primaire de la droite est le résultat de la mobilisation de l’extrême droite pour éliminer Juppé.

     

     


    [1] http://www.marianne.net/fillon-est-tigre-papier-100248217.html

    [2] http://www.latribune.fr/economie/france/sante-quels-sont-les-points-forts-de-la-france-618674.html

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/la-sociale-gilles-perret-2016-a127265540

    [4] http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/presidentielle-primaire-droite/20161121.OBS1532/le-programme-de-francois-fillon-couterait-de-l-ordre-de-0-7-point-de-croissance-a-la-france.html

    [5] http://www.marianne.net/henri-guaino-programme-fillon-purge-jamais-proposee-seconde-guerre-mondiale-100248221.html

    [6] http://www.marianne.net/juppe-retourne-bordeaux-laissant-testament-anti-fillon-100248218.html

    [7] http://www.francetvinfo.fr/politique/front-de-gauche/tout-peut-arriver-a-la-presidentielle-apres-le-ralliement-du-parti-communiste-a-jean-luc-melenchon_1940687.html

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  •  La percée inattendue de François Fillon

    La plupart des sondeurs – et moi non plus d’ailleurs – ne croyait pas à la percée tardive de Fillon qui est longtemps resté en arrière-plan derrière le débat Sarkozy-Juppé. Ayant le charisme d’une huitre malade, il était assez difficile de le prévoir à ce niveau. C’est seulement le 15 novembre qu’un sondage a révélé que non seulement le candidat à la triste figure pouvait être qualifié pour le second tour, mais aussi l’emporter sur Alain Juppé et ainsi probablement devenir président, puisqu’il ne paraît guère possible que la gauche ait suffisamment de temps pour se renouveler d’ici mai[1].

    L’écart qu’il y a aujourd’hui entre Juppé et Fillon semble impossible à rattraper d’ici au 27 novembre. Encore qu’il y a une vraie incertitude sur la participation au second tour. Le même sondage qui donnait François Fillon devant tout le monde accrédite l’idée qu’il gagnera largement la primaire le 27 novembre. La dynamique est du côté de Fillon, d’autant que Sarkozy, le grand battu de cette primaire, a annoncé qu’il soutiendrait son ancien « collaborateur ». Les jeux sont donc apparemment faits. Il reste cependant à comprendre comment le système électoral français en arrive une fois de plus à sélectionner un homme politique parmi les plus médiocres. 

    L’islam et l’immigration

     La percée inattendue de François Fillon 

    Une partie de l’explication vient du fait qu’on ne vote guère pour un projet, mais plutôt pour éliminer ceux qu’on déteste le plus. Sarkozy en a fait la lourde expérience. Mais Juppé également. Le plus lisse et discret Fillon en a profité. C’est entendu, les Français ne voulaient plus revoir Sarkozy et ses multiples casseroles, ils l’ont donc mis finalement à la retraite. Mais ils détestent aussi Juppé, aussi bien parce qu’il est âgé que parce qu’il passe pour un modéré envers l’islam. Il est vrai que Juppé fait partie de ceux qui présentent l’immigration comme une chance, et l’islam comme une religion de paix à laquelle il faut s’adapter. En voulant présenter une image consensuelle, Juppé est apparu comme le chantre de la mondialisation.

    Fillon possédaient trois formes d’appuis importants :

    - d’abord un réseau de parlementaires très dense qui l’appuyait et qui ne voulaient pas du retour de Sarkozy ;

    - ensuite les réseaux catholiques intégristes, manifestation pour tous, ceux qui défendent à la fois la famille traditionnelle et les racines chrétiennes de la France ;

    - enfin des relais de l’extrême-droite qui veulent éliminer Juppé du jeu politique, aussi bien pour des raisons idéologiques que pour des raisons tactiques.

    Ces deux derniers types d’appuis expliquent pour une large part la très forte participation – aux alentours de 4 millions, alors qu’on s’attendait à une participation comprise entre 2,5 millions et 3 millions - au scrutin de dimanche. Il ne semble pas possible aujourd’hui en France d’être élu président de la République sans avoir une position nette sur la question de l’immigration et sur la place de l’islam.

     La percée inattendue de François Fillon 

    François Fillon candidat du « système » 

    Bien qu’il soit à la mode de se déclarer candidat anti-système, François Fillon apparait comme le plus pur produit du système politique français. D’abord on note que celui-ci a commencé sa carrière politique sous la houlette de Philippe Séguin en se réclamant d’un gaullisme social qu’il a oublié en cours de route pour devenir au fil du temps un tenant de la droite conservatrice et libérale – c’est-à-dire l’inverse d’un gaulliste. C’est lui qui a fait les annonces les plus outrancières en matière de dérégulation du marché du travail et de la baisse du nombre des fonctionnaires, prétendant en diminuer le nombre de 500 000 unités. Se présentant comme le père fouettard du marché du travail, on remarquera qu’il n’a jamais travaillé lui-même. Et donc c’est encore un cuistre d’un nouveau genre qui n’a connu que les emplois protégés dans les dorures de la République qui vient une fois de plus donner des leçons. Il a commencé à travailler comme assistant parlementaire, puis a gravi les échelons de la politique, sans trop de conviction, mais avec un opportunisme aussi maussade que déterminé.

     La percée inattendue de François Fillon 

    Sans doute il faudra rappeler aussi que François Fillon a été associé de très près à la politique calamiteuse de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012. Mais c’est ce dernier qui attire la lumière et donc qui en est le bouc émissaire. Le passage de Fillon à Matignon, c’est 1 million de chômeurs supplémentaires, une croissance zéro et la stagnation des salaires.

    Sur le plan économique il a les mêmes idées moisies que Macron : déréglementer à tout va en s’inspirant du modèle thatchérien que les britanniques sont en train tout doucement de mettre au rencard, bref c’est le tenant d’une voie ancienne qui a fait la preuve de son inefficacité. Il veut allonger la date de départ en retraite, déréglementer la durée du travail, supprimer les impôts sur l’ISF, baisser les impôts sur les hauts revenus et mettre en place une TVA « sociale » qui a pour but d’accroître la pression fiscale sur les plus pauvres. Dans la course au plus réactionnaire, Fillon a pris des longueurs d’avance sur tous les autres et de loin !

     La percée inattendue de François Fillon 

    Evidemment un tel programme aussi rétrograde est la contrepartie de la mondialisation, en effet la politique de l’offre n’a de sens que si les frontières sont ouvertes aux quatre vents. Si on veut défendre la nation, il est d’abord important de lutter contre les inégalités et non pas de les creuser. On ne voit pas comment il serait possible de résoudre une crise de la demande en relançant l’offre. Il est assez facile de voir que ce programme qui a fait de partout la preuve de son inefficacité – y compris quand Fillon était premier ministre – n’a aucun rapport ni de près ni de loin avec le général De Gaulle. Il est vrai qu’à quelques nuances près tous les prétendants à la primaire de la droite ont le même. Le CAC40 aura du mal à se choisir un candidat, tant il aura de demandes.  

    Les mêmes contradictions vont apparaître sur le plan international. Fillon prétend comme Trump se rapprocher de la Russie, aussi bien sur la question ukrainienne, que dans la lutte contre Daesch. Pourquoi pas. Pourtant l’Union européenne prétend à mettre en place une stratégie anti-russe qui s’appliquerait de manière homogène et quasi obligatoire à tous les pays membres. A l’heure où se met en place une « Europe de la défense », l’appartenance à l’Europe oblige forcément ses membres à un minimum de solidarité.

    A propos de la zone euro, il en vient à des idées assez proches du sinistre Macron : mettre en place un gouvernement de la zone. Or il est évident que l’abandon de la monnaie nationale est le premier pas dans l’abandon de la nation. Le même flou artistique est de mise du côté de Fillon sur la question des migrations et de  l’islam. Il propose d’inscrire par exemple dans la Constitution le nombre de migrants en fonction des capacités d’accueil[2]. Bien qu’on puisse défendre l’idée que le nombre de migrants accueillis doive dépendre des possibilités du pays, il va de soi qu’une inscription dans la Constitution est impossible car elle est bien trop vague. De même sur l’islam, il parle très fort contre le terrorisme islamiste, mais il refuse de le relier à la religion elle-même. Dans un ouvrage qu’il a commis sur la question[3], il se contente d’une analyse des plus sommaires. Au passage il aura égrené les mêmes platitudes sans plus de précision. D’un côté c’est bien joué parce que les gens en ont marre de l’islam revendicatif et agressif, mais de l’autre il retombe sur l’idée basique de réformer le renseignement et d’accroître les moyens policiers. Ce qui est non seulement en contradiction avec le fait qu’il veuille supprimer les fonctionnaires par milliers, mais aussi avec le fait qu’entre 2007 et 2012 il a contribué par son action à la baisse des effectifs policiers dans le pays et à la désorganisation des services de renseignements. Cette désorganisation voulu par Sarkozy et assumée par Fillon a été pointée à l’étranger comme une des raisons des attentats de 2015 et 2016[4].

     La percée inattendue de François Fillon

     

    Conclusion 

    On ne pleurera pas sur l’élimination de Sarkozy du jeu politique, sauf qu’au train où vont les choses, Fillon risque de nous faire regretter rapidement Hollande aussi bien que Sarkozy. Bon à rien, mauvais à tout, n’ayant obtenu en tant que premier ministre aucun succès, ni en ce qui concerne la dette, ni en ce qui concerne le chômage, il se propose d’appliquer des recettes surannées qui mèneront le pays probablement vers encore plus de chômage et de difficultés. C’est sans doute le pire des candidats que la droite pouvait présenter aux élections présidentielles. Qu’un tel personnage puisse émerger en tête du jeu électoral en dit long sur la décomposition du système politique en France et dans le monde.

     

     


    [1] http://www.atlantico.fr/decryptage/sondage-exclusif-francois-fillon-rattrape-nicolas-sarkozy-pour-1er-tour-primaire-et-battrait-largement-alain-juppe-au-second-2880518.html

    [2] http://www.lepoint.fr/politique/immigration-les-mesures-chocs-de-francois-fillon-14-11-2014-1881096_20.php

    [3] Vaincre le totalitarisme islamiste, Albin Michel, 2016.

    [4] http://www.courrierinternational.com/article/terrorisme-comment-la-reforme-de-sarkozy-affaibli-les-renseignements-francais

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  •  Un clown à la tête des Etats-Unis

    Les commentaires sur l’élection de Trump sont souvent peu fondés, oscillant entre espérance et effroi. Pour les uns ce serait la réaction du peuple contre les élites, et donc un modèle pour Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy, pour les autres le Ku Klux Klan aux portes du pouvoir. On a vu Le monde réclamer face à Trump encore plus d’Europe dans un éditorial d’une rare stupidité[1], comme si on devait entrer à plus ou moins longue échéance dans une logique d’affrontement avec les Etats-Unis.  

     

    Les erreurs des éditocrates 

    Après s’être longtemps aveuglé sur l’importance de la percée de Donald Trump, les éditocrates continuent de se noyer en ne voulant pas mesurer correctement les causes et les conséquences de cette élection. On peut essayer de comprendre pourquoi les Américains ont voté pour Trump, sans pour autant tomber dans l’idée que Trump sera un président qui changera la politique des Etats-Unis. Nous savons bien que l’élection de Trump est aussi pour partie le résultat d’un mépris de l’oligarchie face au peuple, et que celui-ci s’est reconnu aussi dans la vision protectionniste de Trump. Après le Brexit, ce vote confirme une méfiance accrue face à la mondialisation et donc un retour de l’idée de nation[2]. C’est à peu près la seule chose certaine. Mais cette élection est la preuve évidente que les Etats-Unis ne sont pas une démocratie, non seulement parce que c’est le candidat qui a le moins de voix qui a été élu à cause d’un système électoral plutôt débile[3], mais aussi parce que à peine un peu plus de la moitié du corps électoral a été voter.

    Un clown à la tête des Etats-Unis

    On peut toujours tourner le problème dans tous les sens, mais c’est le candidat qui a obtenu le plus de suffrages qui a été battu. Ce simple fait doit être le point de départ de toute réflexion sur la signification des élections aux Etats-Unis. On voit jour après jour des commentateurs se dire catastrophés que le peuple ait pu se jeter dans les bras d’un clown, vulgaire autant que richissime. Mais non, l’Amérique ne s’est pas donnée à Trump. Les manifestations anti-Trump qui se multiplient aux quatre coins du pays le confirment : le pays est dangereusement divisé, et le nouveau président ne sera sans doute pas capable de refaire l’harmonie. C’est la jeunesse qui manifeste contre un personnage qui leur fait honte, cette même jeunesse qui a soutenu Sanders lors de la primaire du parti Démocrate. C’est donc déjà un président dévalué et contesté y compris au sein de son propre parti qui s’installera à la Maison Blanche en janvier. Mais ce sera probablement le président le plus faible que les Etats-Unis auront élu depuis les années trente. Trump n’est pas Reagan. Ce dernier était entouré d’une équipe qui pensait le changement et il pouvait s’appuyer sur un Congrès qui lui était acquis et qui le soutenait.  

    Un clown à la tête des Etats-Unis

     

    Trump ne gouvernera pas 

    Comme je l’ai indiqué dans un billet précédent, mais cette idée n’a été que peu reprise, Trump ne gouvernera probablement pas. C’est le Congrès qui fera le travail à sa place. Non seulement parce que Trump est plutôt à ranger dans la catégorie des politiciens qui ne connaissent rien à rien – ils sont nombreux dans ce cas – mais parce que le parti Républicain qui le déteste et qui ne voulait pas de lui, ne le laissera pas faire, quitte à s’allier avec les démocrates pour cela. Le plus probable est donc que rien ne changera vraiment, sauf quelques petites réformes cosmétiques histoire de dire que ceux qui ont voté pour les républicains sont récompensés. Le Ku Klux Klan s’est bruyamment réjoui de l’élection de Trump[4]. Mais cette joie va être de courte durée. Même si le nouveau président a affiché des positions racistes – un peu à la manière de Ronald Reagan – il n’aura jamais la possibilité de mettre en œuvre celles-ci à travers des lois. Par exemple on peut prendre les paris que le mur qu’il se proposait de construire et de faire payer par les Mexicains ne verra jamais le jour. Il faut bien comprendre que Trump ne pourra mettre en œuvre que ce que le congrès l’autorisera. Il est tout de même incroyable que les éditocrates de profession ne soulignent pas ce qui découle simplement de la lecture de la constitution. Contrairement à ce qu’il promettait, il ne sera sans doute pas capable non plus de démanteler l’Obamacare[5]. Presqu’aucune des idées de Trump ne se transformera concrètement. 

     

    Un clown à la tête des Etats-Unis

     

    L’homme fort sera sans aucun doute Paul Ryan, l’ennemi le plus farouche de Trump. C’est lui le chef de la chambre des représentants. C’est un libéral, et comme tel il va défendre le libre-échange et l’ouverture des frontières. Je ne sais pas s’il ira jusqu’à défendre TAFTA, je crois qu’il ne le peut pas. Mais en tous les cas il défendra une vision de l’Amérique inverse de celle de Trump : l’interventionnisme à tout va. Les rapports entre les deux hommes promettent d’être animés, d’autant que Ryan se croyait le mieux qualifié pour représenter le parti Républicain aux élections de 2016. En tout il est l’inverse de Trump, que ce soit en ce qui concerne l’isolationnisme, ou même que ce soit la relocalisation de l’industrie sur le territoire américain, ou encore que ce soit le programme de relance étatique via les investissements d’infrastructures.

     Un clown à la tête des Etats-Unis 

     

    Une élection pour rien ? 

    Dans le délire des commentaires, on a vu aussi des gens pourtant positionner clairement à gauche en France souhaiter l’élection de Trump au motif qu’il serait moins guerrier que Clinton. C’est un raisonnement très spécieux. Dans son programme Trump nous dit qu’il accroîtra encore le budget de l’armement, ce qui fera sans doute plaisir aux lobbies de ce secteur qui arrosent à qui mieux mieux les parlementaires américains, mais qui sous-entend qu’il n’entend pas abandonner l’interventionnisme américain à l’étranger. Il ne faut pas croire que l’oligarchie américaine a été battue, c’est seulement un clan, une partie de celle-ci qui a gagné. On l’a vu avec le FBI qui est intervenu massivement pour soutenir son candidat – il semble qu’à l’inverse la CIA soutenait Clinton. Dès l’élection de Trump actée, les marchés boursiers ont progressé très fortement saluant l’élection d’un milliardaire.

    Il est bien évident que certains lobbies vont essayer de profiter de l’aubaine pour faire avancer leurs idées. Les climato-sceptiques, appuyés par les lobbies pétroliers notamment vont tenter de revenir sur la signature de la COP21. Mais les chances de succès de ce mouvement paraissent assez faibles tout de même.

     

    Si rien de fondamental ne devrait donc changer dans la politique américaine, cette élection aura donné un coup de projecteur non seulement sur les fractures de la société américaine – on les connaissait – mais surtout sur le fonctionnement d’un système électoral qui d’une manière ou d’une autre produit un consensus assez mou autour des thèmes favoris des oligarques.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/10/face-au-defi-trump-europe-first_5028852_3232.html

    [2] http://www.latribune.fr/economie/international/victoire-de-trump-un-echec-de-la-mondialisation-financiarisee-614948.html

    [3] La constitution des USA est faite essentiellement pour éviter tout changement qui irait dans le sens de plus d’égalité. C’est pour cela qu’elle est la constitution la plus ancienne encore en fonction dans les pays dits modernes.

    [4] http://www.francesoir.fr/politique-monde/victoire-de-trump-le-ku-klux-klan-se-rejouit-et-va-defiler-pour-feter-son-election. On disait aussi que le père de Donald Trump avait été proche du KKK, http://www.courrierinternational.com/dessin/etats-unis-donald-trump-le-ku-klux-klan-connais-pas

    [5] http://www.latribune.fr/economie/international/trump-veut-supprimer-l-obamacare-mais-peut-il-le-faire-615254.html

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    2 commentaires
  • Trump  : commentaires d’après élection 

    Comme il est naturel, les commentaires vont bon train après la défaite de Clinton, que ce soit pour se lamenter ou au contraire pour se féliciter de l’élection d’une sorte de clown à la tête du plus riche et plus puissant pays du monde. En vérité cette élection est le résultat d’une campagne des plus crasseuses qui semble mettre en évidence le déclin social et politique de l’Amérique. Certes Hillary Clinton avait beaucoup de handicaps, notamment le fait d’être une femme, et d’appartenir ouvertement à l’oligarchie – alors que Trump n’en est membre que par la bande. On savait depuis la percée de Sanders et la montée de Trump qu’une certaine révolte contre les élites allait être déterminante dans l’élection. Que l’on fasse semblant de croire que Trump représente le peuple et plus particulièrement les pauvres est une vision complètement erronée. Trump qui a toujours menti – notamment sur ses origines, prétendant que ses ascendants étaient d’origine suédoise, alors qu’il est d’origine allemande – a eu un parcours sinueux, commençant du côté démocrate pour aller vers les Républicains. Certes il a un peu violé ces derniers par ses manières grossières savamment cultivées. Mais après tout Ronald Reagan qui est son modèle avait aussi cette réputation de plouc.

     

    Le rôle du FBI est rarement commenté

     

    Trump  : commentaires d’après élection 

    Il faut mettre en garde ici des commentaires aussi rapides qu’excessifs. Certains ont commencé par dénoncer les sondages qui auraient été faux, et donc avancé que le peuple finalement retrouvait son autonomie en votant dans l’indépendance des médias. En vérité les sondages en faveur de Clinton se sont effondrés avec le sale coup porté par James Comey, directeur du FBI, qui est intervenu pour soutenir un candidat en perdition[1]. Certes il s’est rétracté ensuite, mais le mal était fait. Autrement dit, si ce ne sont pas les médias qui ont fait l’élection, c’est une autre partie encore plus obscure de l’oligarchie, le FBI. Une boutique habituée depuis Hoover à fomenter des coups tordus dans tous les sens depuis ses origines. Le coup fut particulièrement bien monté : James Comey, le grand vainqueur de l’élection présidentielle, annonce le 28 octobre que l’enquête sur les mails de Clinton est relancée. Pourquoi cette date ? Essentiellement parce que Clinton n’a plus la possibilité de monter une contre-attaque. Pour se donner le beau rôle, Comey va cependant dire que rien ne prouve que ces nouveaux mails – plusieurs dizaines de milliers qui n’ont même pas été analysés – ne sont pas des anciens mails, ou qu’ils prouveraient quoi que ce soit. Que ce soit en affirmant que l’enquête était relancée, et peut-être plus encore que finalement il n’y avait rien de neuf, Comey savait très bien qu’il portait un coup mortel à la candidate du Parti démocrate. Pourquoi le FBI a-t-il décidé de soutenir Trump ? On ne le saura jamais, sauf à dire que le FBI est un Etat dans l’Etat, et qu’aujourd’hui ils tiennent Trump dans leur main.

     

    Le parallèle hâtif entre Trump et la droite française

     

    Trump  : commentaires d’après élection 

    D’autres ont commencé à faire des parallèles hâtifs entre la droite française et l’élection de Trump. On a vu les sarkozystes avancer dans ce sens, comme si leur petit candidat s’était imposé à un parti qui le rejette. C’est exactement le contraire. S’il y en a un qui s’imposera comme candidat contre son propre parti, c’est Juppé, car quoi qu’on en pense, s’il s’agissait d’une primaire fermée, réservés aux seuls militants de LR, Sarkozy l’emporterait. De même Marine Le Pen peut toujours espérer que les Français suivront le même chemin et l’éliront, l’espérance n’est pas un programme politique. En effet, elle est la candidate sans partage d’un parti en plein expansion qui a pignon sur rue. Mais on ne peut ignorer au motif que les sondages se sont trompés sur Trump que, même si elle fait un score excellent en 2017, elle se qualifiera semble-t-il facilement pour le second tour, les Français aux deux tiers, ne veulent pas d’elle comme présidente[2]. Même chose pour Sarkozy qui est rejeté par 80 % des Français[3] !

     

    Le rôle de l’abstention et les voix de Clinton

     

    Trump  : commentaires d’après élection 

    Parmi les raisons de la défaite de Clinton, il y a le haut niveau d’abstention, ce qui n’est pas une raison en soi, mais qui indique que le parti démocrate, que ce soit à travers la présidence d’Obama ou la campagne de Clinton, a déçu. En même temps, le haut niveau d’abstention indique forcément que Trump ne suscite pas l’enthousiasme. C’est le moins qu’on puisse dire. Cette défiance qui n’est pas nouvelle aux Etats-Unis, annonce des lendemains difficiles pour Trump et son gouvernement. Le haut niveau de l’électorat de Sanders au moment des primaires démocrates rend très probable le retour de la lutte des classes aux Etats-Unis. Au fond en élisant Trump comme président, les Américains se privent d’un président plus consensuel. Mais en outre Clinton a obtenu plus de voix que Trump : 50,9 millions contre 50,06 ! Ce qui veut dire que l’élection de Trump n’est pas un triomphe, mais juste le résultat d’un système électoral compliqué et finalement assez injuste[4]. Ce qui fait qu’en définitive l’élection de Trump ressemble bien plus à la première élection de Bush qui n’avait triomphé d’Al Gore qu’au prix de magouilles et de décomptes scabreux[5] Par rapport à l'élection d'Obama, Clinton perd environ 6 millions de voix ! Et comme elle en récolte plus que Trump cela suffit à prouver que le vote Trump n'est pas un vote d'ahésion.

     

    Les orientations de la politique internationale des Etats-Unis

     

    C’est sans doute le point le plus difficile à appréhender. En effet, Trump a tenu un discours isolationniste, refermant en quelque sorte la parenthèse 1941-2016 qui a vu les Etats-Unis s’investir aux quatre coins du monde dans des programmes très coûteux d’action militaire. Jacques Sapir pense que l’ère Trump va modifier en profondeur les relations des Etats-Unis avec le reste du monde en deux sens, d’abord avec l’abandon des grands traités de libre-échange comme TAFTA, mais ensuite dans les modifications des relations avec l’Europe et avec la Russie[6]. C’est sans doute seulement dans ce domaine que la présidence Trump pourrait innover. Mais rien n’est sûr. En effet que pèseront les intentions de Trump face aux lobbies de l’armement, face à l’OTAN dont les Etats-Unis pourraient perdre le contrôle en cas de changement de politique vis-à-vis de la Russie, ou face à la CIA ? De la réponse à ces questions dépendra probablement l’avenir des relations internationales dans les années à venir. Cela risque d’être d’autant plus pénible que Trump aura beaucoup de mal à faire tomber les réticences des autres dirigeants. Ce que personne ne prend en compte dans les analyses de la future politique américaine, c’est le décalage probable qu’il y aura entre Trump lui-même et le Congrès dominé par des Républicains qui le détestent cordialement. 

    Trump  : commentaires d’après élection

     

     

    Conclusion

     

    La présidence Trump ne sera pas facile, ni pour lui, ni pour les Américains. D’abord parce que Trump est sous la menace d’affaires judiciaires qui risquent de l’empêcher d’aller au bout de son mandat. Aux Etats-Unis les présidents ne sont pas protégés comme chez nous par une immunité liée à leur fonction[7]. Ensuite parce qu’il a promis de grandes créations d’emplois qui seraient le résultat d’un plan de relocalisation des entreprises américaines, mais cela demande la coopération des entrepreneurs américains qui ne sont pas forcément des soutiens inconditionnels du protectionnisme. Pour le reste cette élection a donné un spectacle des plus misérables et a ruiné un peu plus l’idéal démocratique auquel les électeurs des pays développés aspirent. S’il est facile de moquer et de dénigrer les turpitudes de Trump, cela n’exonère en rien Hillary Clinton de ses propres fautes.

     



    [1] http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/31/james-comey-directeur-fbi-dans-la-tourmente-emails-hillary-clinton/

    [2] http://www.economiematin.fr/news-presidentielle-2017-un-sondage-donne-marine-le-pen-championne-du-premier-tour

    [3] http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/primaires/79-des-francais-ne-veulent-pas-que-sarkozy-redevienne-president-24-08-2016-6065271.php

    [4] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/11/09/6-idees-recues-sur-la-victoire-de-donald-trump-a-la-presidentielle-americaine_5028302_4355770.html

    [5] On se souvient qu’un juge de la Cour suprême – proche des républicains - avait interrompu le recomptage des voix en Floride pour qualifier Bush en 2000, alors que de graves irrégularités avaient été enregistrées. Ces irrégularités étaient suffisamment nombreuses pour qu’on puisse parler de tricherie à grande échelle.  

    [6] http://russeurope.hypotheses.org/5406

    [7] http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/04/etats-unis-les-affaires-judiciaires-qui-menacent-donald-trump_5025707_829254.html

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