• Michel Fournier, Le retour des frontières, CNRS, 2016 

    S’il est un sujet important, c’est bien celui de la question des frontières. En effet le discours économique libéral qui a pratiquement remplacé l’ensemble des réflexions possibles sur la politique, prétendant que la mondialisation allait nous affranchir des frontières et faire ainsi de nous les humains des humains encore plus libres qu’auparavant. Michel Foucher, ancien ambassadeur, a enseigné aussi de longues années. L’ensemble de ses travaux montrent qu’au contraire on ne peut pas se passer de frontières, et que des frontières sûres et pérennes sont les meilleurs atouts pour échanger avec ses voisins dans la liberté. L’idée d’affirmer clairement les frontières politiques d’un Etat, est au fond la même que celle qui consiste sur le plan économique à mettre en place un protectionnisme : ce qui ne veut pas dire qu’on ne commerce pas avec nos voisins, mais qu’on le fait sans sacrifier nos intérêt, par exemple en ayant l’œil sur l’équilibre de la balance commerciale. Je ne vais pas reprendre ici toutes les raisons qui font qu’un monde sans frontière ne peut pas exister. Les No borders ont cela en commun avec les grands capitalistes, c’est que leur idéologie mondialiste suppose que les frontières entravent l’expression de la liberté individuelle, et donc par suite que toute expression d’une culture locale est un crime contre l’humanité. Certes les No borders sont insignifiants sur le plan numérique et le plus souvent ils apparaissent aux populations locales comme le Cheval de Troie d’une colonisation rampante. 

    Michel Fournier, Le retour des frontières, CNRS, 2016 

    Mais il est facile de voir que c’est pratiquement le contraire qui se passe. Lorsque les frontières ont tendance à s’effacer, c’est le chaos qui s’installe et les inégalités sociales qui se développent. La mondialisation a effacé les frontières en ce qui concerne les flux de marchandises et les flux de capitaux. Cela a permis de mettre en concurrence les classes prolétaires du monde entier et de peser ainsi sur les salaires en provoquant dans les pays les plus riches un chômage structurel important. Louis Chauvel dans son ouvrage La spirale du déclassement : Essai sur la société des illusions[1] avance que la montée des inégalités aussi rapide est inédite. La mondialisation s’est accompagnée d’un affaiblissement continu des Etats nationaux, notamment par le biais des privatisations qui de partout dans le monde sont apparues comme un pillage du bien public. Cet affaiblissement a rendu les frontières de plus en plus poreuses. C’est le cas de l’Union européenne qui a été prise d’assaut par des immigrants venus d’Orient. Michel Foucher souligne que ce mouvement a commencé en 2004, soit plus de 7 ans avant le début de la guerre civile en Syrie qui a justifié ex-post les migrations massives vers l’Europe. Il ajoute du reste que ces migrations non seulement ont été une aubaine pour la mafia turque – il avance le chiffre d’un milliard d’euros engrangée par celle-ci dans la gestion des migrants clandestins – mais qu’elle a été aussi encouragée dans des buts politiques par l’Etat turc qui vise par-là à étendre son pouvoir dans la région

     Michel Fournier, Le retour des frontières, CNRS, 2016 

    L’instabilité des frontières, même si celles-ci sont par nature sujettes à révision, est un facteur de conflits en tout genre. Pour Michel Foucher, un des problèmes les plus graves de l’Union européenne réside dans cette incapacité à définir clairement ses limites. On se souvient que le sinistre Bolkestein au moment du débat sur le TCE avait avancé que l’Union européenne avait vocation à terme à intégrer le Japon ! A l’époque on avait pris cela pour une bourde, mais en réalité cela signifiait clairement que l’Union européenne ne visait pas à construire de nouvelles frontières pour un nouvel Etat fédéral mais plutôt à détruire celles qui existent. Dominique Strauss-Khan à une époque où il croyait encore à son destin, avançait qu’on devait intégrer aussi dans l’Europe la Turquie et le Maroc, et plus tard les pays de la Méditerranée[2]. En effet, si tous les pays rentrent dans l’Union européenne, celle-ci n’existe plus. Michel Foucher reprochera à la Commission européenne de continuer à discuter dans conditions d’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, alors que personne n’en veut et que cela ne se fera probablement pas[3]. De même il souligne que les accords de Schengen ont été modifiés déjà 7 fois depuis leur début, et d’ailleurs on peut se demander s’ils existent encore puisque depuis la crise des migrants de 1995, ce sont les Etats nationaux qui ont repris le contrôle de leurs frontières.

    De la même façon que Michel Foucher critique l’imprécision géographique de l’Union européenne, il va critiquer le flou territorial de la Russie. Il suppose que la Russie n’est pas vraiment un Etat national, mais un patchwork d’ethnies et de nations différentes, suggérant que de tels ensembles ne sont pas vraiment viables sur le long terme. Sans trop oser le dire, il suppose que la tension qui règne aux frontières entre l’Union européenne et la Russie est principalement de la responsabilité de Poutine. C’est une vision qui semble contredite aussi bien par le fait que depuis 1989 l’OTAN a avancé année après année ses bases pour encercler proprement la Russie, que par la volonté des Occidentaux d’attirer l’Ukraine dans l’Union européenne.

     

     Michel Fournier, Le retour des frontières, CNRS, 2016

    Michel Foucher pense qu’une définition claire des frontières de l’Union européenne est possible autant que souhaitable. Mais il ne dit pas que les conséquences d’une telle définition seraient la mise en place d’un Etat fédéral dont personne ne veut. A l’inverse la sortie du Royaume Uni, montre que les frontières en Europe risquent de se modifier plutôt en revenant aux frontières nationales. Un point assez frappant du petit livre de Michel Foucher est d’ailleurs de ne pas très bien comprendre les enjeux des migrations. Il suppose que ces migrations ne peuvent pas être arrêtées physiquement[4]. Et donc que la seule solution que nous avons est de les gérer et de les accompagner dans un moment d’optimisme effréné, il suppose que les migrations pourraient être pendulaires ! Ce discours renferme un ensemble d’illusions perverses. D’abord le premier point est que le retour à la souveraineté nationale permettrait de contrôler assez facilement les migrations. Par exemple il n’y a que très peu de migrants en Corée du Sud. Il est évident que si la Grèce et l’Europe le voulaient, l’arrivée des bateaux serait vite stoppée. Il y a deux solutions, la première brutale qui consisterait à couler les bateaux, écartons la, la seconde consisterait tout simplement à confisquer les bateaux qui débarquent les migrants. A l’inverse on pense freiner ces migrations en supposant que les mauvaises conditions d’accueil des migrants vont finir par les dissuader de venir sur le continent.

     Michel Fournier, Le retour des frontières, CNRS, 2016
     

    Michel Foucher critique l’idée de Trump de construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique, arguant qu’aujourd’hui les migrations des Mexicains vers les USA sont terminées, voire sont en train de s’inverser. Mais cette idée de construire un mur en dur qui matérialise la frontière n’a pas que des buts pratiques. En effet ce que Trump propose c’est de refabriquer l’identité des Etats-Unis, de lui redonner une unité, alors même que ce pays est rongé par le communautarisme depuis des décennies. Evidemment l’idée de construire un mur entre ces deux nations est en contradiction avec l’idéal économique des accords NAFTA qui lient le Canda, les Etats-Unis et le Mexique dans des accords de libre circulation des biens, des capitaux et des hommes. Aux Etats-Unis, pays de fortes vagues de migrants depuis deux siècles et demi, les migrants sont perçus comme une menace, et avant tout comme une menace pour les classes les plus défavorisées, les blancs déclassés qui vont voter pour Trump justement. Cette menace c’est la concurrence d’une main d’œuvre surabondante et bon marché. Les économistes Alesina et Glaeser dans un remarquable ouvrage[5] ont montré que les migrations modifiaient la diversité ethnique[6] d’une nation et que cela entraînait presque mécaniquement la fin de l’Etat-Providence, ce qui est forcément un facteur d’accroissement des inégalités de revenus. Il est faux par ailleurs de prétendre que les immigrés ne sont pas en concurrence avec les autres travailleurs. C’est la thèse courante des européistes qui avancent que les européens ne veulent pas faire les sales boulots qu’acceptent les immigrés, et donc que leur présence ne serait pas un facteur de chômage. Cette assertion qui amènera des députées du PS à demander 10 millions en plus de migrants pour la France d’ici à 2040, ne tient pas compte du fait que les salaires ne sont pas égaux[7]. Si au contraire les « sales boulots » étaient convenablement rémunérés, les autochtones les occuperaient et ne resteraient pas au chômage. Le discours économique a tellement envahi la vie sociale et politique qu’on en vient à nous dire que les migrants, il faut les accepter, non pas à cause de la morale qui nous obligerait d’aider les réfugiés qui fuient la guerre, mais pour améliorer notre bien-être ! C’est déjà ce que disait Alain Juppé il y a vingt ans, pour lui les migrants mal payés permettraient de payer nos retraites. C’est le mauvais calcul qu’à fait Angela Merkel et qui lui revient aujourd'hui dans la figure.

     Michel Fournier, Le retour des frontières, CNRS, 2016 

    Mais il y a un phénomène dont Foucher sous-estime l’importance. C’est que l’immigration est massivement rejetée d’autant plus qu’elle est massive ! 1,3 millions de migrants qui débarquent en 2015 en Allemagne, ça ne peut que semer le chaos et entraîner à l’inverse une demande de contrôle accru des frontières. Ce n’est pas parce qu’on a répété aux Allemands que l’immigration était une chance qu’ils l’ont cru, depuis la nuit de Cologne, c’est même l’inverse qu’ils pensent[8]. Cependant, on comprend qu’il y a au-delà des questions immédiates de sécurité et d’efficacité économique une autre nécessité d’établir des frontières très claires : le désir de préserver un mode de vie ancré dans l’histoire. L’extravagance des réclamations de l’islam radical dans les démocraties occidentales a mis le doigt là-dessus. En effet des migrants en quantités trop importante changent radicalement le paysage et détruisent l’environnement. Il y a donc une idée de la frontière qui ressort de ce qu’on appelle communément la culture et qui est la marque d’une volonté de perpétuer les mœurs et les coutumes de nos ascendants.

     

     


    [1] Le seuil, 2016

    [2] http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/dsk-pour-une-europe-de-l-arctique-14881

    [3] Notez que tous les ans l’Union européenne verse des subventions à la Turquie pour qu’elle se mette à niveau sur le plan économique, et cela en plus évidemment des sommes qu’elle lui verse pour retenir les migrants à la frontière syrienne.

    [4] Il avait écrit un article sur ce thème dans Le monde http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/08/05/les-migrations-sont-irrepressibles_4712575_1654200.html

    [5] Alberto Alesina & Edward L. Glaeser, Fighting Poverty in the US and Europe: A World of Difference, The Rodolfo De Benedetti Lecture Series, 2004.

    [6] Aux Etats-Unis on travaille assez fréquemment – et pour cause – avec des coefficients d’hétérogénéité ethnique pour essayer de mesurer les tensions sociales et leur conséquence.

    [7] http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20110321trib000609557/l-economie-francaise-a-besoin-de-10-millions-d-immigres-d-ici-a-2040.html

    [8] http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/allemagne-une-mosquee-visee-par-un-attentat-a-la-bombe_1844281.html

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  •  Richard Brouillette, Oncle Bernard l’anti-leçon d’économie, 2016

    Malheureusement pour lui et pour nous, Bernard Maris doit sa célébrité d’abord au fait qu’il a été assassiné avec d’autres journalistes de Charlie le 7 janvier 2015. Il était connu par ses chroniques iconoclastes qu’il signait Oncle Bernard dans ce journal, et ses nombreux livres critiquant les fondements de l’économie ordinaire avaient pas mal de succès. Il fut également chroniqueur d’ouvrages d’économie dans Le monde au début des années quatre-vingt-dix. Bien qu’il soit professeur de sciences économiques à l’Université, ce n’était pas un économiste au sens traditionnel du terme.  C’est-à-dire qu’il ne publiait strictement rien dans les revues dites scientifiques ou académiques, ces revues appelées aussi à comité de lecture. Comme il ne publiait rien depuis longtemps en usant des techniques habituelles de l’économiste : statistiques, modélisation mathématique ou tests économétriques, la plupart de ses collègues le considéraient comme un mauvais universitaire. Etant donné les conditions d’accès aujourd’hui à l’enseignement universitaire, il n’aurait jamais pu intégrer la faculté, cela pour dire que les choses ont terriblement changé depuis que Maris a commencé à faire carrière dans l’enseignement supérieur à l’Université de Toulouse. Mais en vérité son travail possède comme premier intérêt de remettre en question la pertinence des travaux académiques, aussi bien dans leur objectif véritable que dans leurs résultats. Avec un sens de la dérision assez développé, il produisait au fil des jours une réflexion citoyenne sur l’économie et sa prétention à être une science comme les autres. Il aurait sans doute été outré par l’ouvrage de Cahuc et Zylberberg[1]. Au fond pour lui l’analyse économique doit être le résultat de la réflexion de tous et ne pas être réservée à des experts auto-proclamés qui par leur jargon et les techniques qu’ils mettent en avant cherchent d’abord à disqualifier une analyse spontanée de la réalité économique subie et vécue. C’est un point de vue que je partage, et je pense que si Bernard Maris nous a laissé quelque chose en héritage, c’est bien cette nécessité de nous réapproprier justement l’analyse économique à des fins politiques. Evidemment cette vision des choses demande que soit discuté le langage des économistes, par exemple ceux-ci en arrivent à parler de « croissance négative » ! Mais aussi de définir qu’est ce qui fait sens, puisqu’il faut bien à un moment ou à un autre discuter de la solidité de la preuve lorsqu’on en vient à affirmer un peu de certitude en quelque domaine que ce soit. Il faut donc commencer par interroger la méthode qu’emploie les économistes.

    Richard Brouillette, Oncle Bernard l’anti-leçon d’économie, 2016 

    Intellectuellement et politiquement, il venait de la gauche socialiste et non-communiste, c’est sans doute pour cela que dans sa formation J.M. Keynes compta bien plus que Marx qu’il ne connaissait pas très bien. Mais il s’intéressait à l’histoire et plus particulièrement à l’histoire de la pensée économique, essayant de comprendre comment des théories plus ou moins nouvelles pouvaient devenir dominantes à un moment ou à un autre. Deux réflexes présidaient à sa réflexion, d’abord cette idée que l’économie ne peut pas être expliquée par des lois indépendantes de ce que sont les hommes, leurs institutions et leur histoire, donc que présenter son mouvement comme résultant de théorèmes mathématiques immuables est une tromperie, et ensuite celle selon laquelle la société est faite de classes sociales antagonistes où les plus puissants contournent la démocratie la plus élémentaire pour imposer un système de production et de partage de la valeur qui leur soit favorable. L’économie ne peut être alors qu’une question de rapports de force. Si on trouve cette idée chez Marx, comme chez Keynes, on existait aussi déjà chez Adam Smith qui présente le prix comme résultant de la capacité à faire payer[2]

     Richard Brouillette, Oncle Bernard l’anti-leçon d’économie, 2016 

    Tous les livres qu’il a publiés s’ils vont dans le sens d’une critique du libéralisme présentent aussi les économistes comme une catégorie d’agents de propagande particuliers ! Marx qui avait horreur qu’on le traite d’économiste disait déjà la même chose[3]. Bernard Maris va passer une grande partie de son temps à démontrer que les pseudo-certitudes avancées par les économistes n’en sont pas vraiment, d’où cet anti-manuel d’économie en deux volumes. Notez que les manuels d’anti-économie sont légions, mais s’ils servent de contrepied aux pitreries qu’on enseigne à l’université, ils ne sont guère pris au sérieux par les décideurs. L’avantage des livres de Bernard Maris est qu’ils sont clairs et bien écrits. En effet, Bernard Maris s’intéressait aussi à la littérature et, outre que lui-même a publié quelques romans, dans son dernier ouvrage il parlera de Houellebecq[4], l’écrivain sulfureux, considérant finalement que la littérature en dit plus long sur la réalité de la vie économique que la science qui lui est dédiée.

     Richard Brouillette, Oncle Bernard l’anti-leçon d’économie, 2016 

    Les coûts de production d’un film de type documentaire ont baissé considérablement du fait par exemple de l’utilisation du numérique. Cette évolution a permis un développement considérable d’un cinéma contestataire et militant. Ayant peu de frais de production, mais n’ayant pas beaucoup accès aux grands médias, ces films sont le plus souvent présentés à travers des réseaux animés bénévolement. Cette production parallèle de films se permet d’aborder tous les sujets qui intéressent les citoyens et qui sont le plus souvent délaissés par les partis ayant pignon sur rue. C’est une nouvelle manière de reprendre la parole et de construire peu à peu, à travers les discussions qui s’engagent autour d’un film, une pensée politique. J’ajouterais que de nombreux signes indiquent, en France comme ailleurs, une volonté populaire de se réapproprier l’espace politique, que ce soit dans les événements comme Nuit debout, ou dans les nouvelles formes de prise de parole. C’est pour partie la conséquence d’une dévalorisation continue de la parole des partis et des syndicats, mais pas seulement, les nouvelles conditions de la vie sociale engendrent une demande de démocratie directe. Le développement d’un cinéma militant fait partie de ce mouvement. L’immense succès du film de François Ruffin, Merci patron, en atteste.

     Richard Brouillette, Oncle Bernard l’anti-leçon d’économie, 2016 

    Le film développe les idées générales de Bernard Maris. Filmé en 2000, donc avant la crise de 2008, et avant l’entrée de la France dans l’euro, il se présente comme une critique du capitalisme. La réalisation est de Richard Brouillette, un cinéaste militant québécois et le montage a été réalisé en 2015. Brouillette avait auparavant, en 2008, réalisé un autre film, L’encerclement, la démocratie dans les rets du néo-libéralisme. On distinguera dans ce film le fonds et la forme. Le fonds c’est la réflexion de Bernard Maris sur l’économie et la manière dont la science économique en parle. Bien qu’il critique l’expertise des économistes, Bernard Maris est posé en expert par le réalisateur lui-même.  La première partie de cette anti-leçon, est consacrée à la méthode de l’analyse économique dominante : répétant toujours les mêmes choses quel que soit les sujets, derrière une apparente complexité des modèles, cette discipline est extrêmement pauvre en idées. Quel que soit le problème, on en appellera toujours au même type de solution : déréglementons le marché du travail, les services publics, privatisons la sécurité sociale et visons l’équilibre budgétaire. Il relève que le fonds de cette approche relève plus de la croyance religieuse que de l’analyse proprement dite. Il relève que principalement l’analyse économique est statique, qu’elle ne tient pas compte ni du temps ni de l’incertitude, et quand elle le fait, elle s’engage dans des voies extrêmement complexes parce qu’elles veulent préserver le noyau dur du paradigme. Bien qu’il n’insiste pas assez, un des points clés est la critique de la notion d’équilibre, il avance que l’économie est toujours en mouvement et donc en déséquilibre. C’est juste, c’est d’ailleurs pour cela que la monnaie et l’inflation sont nécessaires à la croissance. Le point qu’il aurait dû développer – et qu’il connaissait bien sûr, mais que le format ne lui permettait pas de le faire – est que le modèle de l’équilibre est fondé sur le premier principe de la thermodynamique, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de perte d’énergie : « rien ne se perd et rien ne se crée » avance Jean-Baptiste Say[5]. Or c’est maintenant contesté : selon le second principe de la thermodynamique, l’énergie s’épuise sans retour[6], ce qui veut dire qu’il n’y a pas de possibilité pour que l’équilibre revienne en permanence avec le temps qui passe. Déjà en 1844, Marx signalait que l’équilibre ne pouvait apparaître qu’accidentellement, tandis que le déséquilibre était la règle de l’activité économique[7].

    Le second aspect de cette intervention est l’analyse de la financiarisation de l’économie, avec les conséquences qu’on a connues depuis comme la répétition des crises financières, et particulièrement celle de 2008 dont nous ne sommes pas encore sortis. Prétendant expliquer, cette « science » obscurcit encore un peu plus les choses. Incapable de penser le temps et l’argent la pensée dominante finit par être juste le cache-misère des intentions politiques d’une classe particulière. Pour Bernard Maris, il s’agit plutôt d’une manière malhonnête de détourner de l’argent à l’ère de la désindustrialisation dans les pays occidentaux !

    Il est évident que Bernard Maris a été influencé par Jacques Sapir, que ce soit sur la question de la méthode, ou que ce soit sur la nécessité de sortir de l’euro[8]. Il reconnaitra d’ailleurs s’être trompé sur les conséquences de Maastricht, traité auquel il avait voté oui, comme il reconnaitra qu’il s’était trompé en votant aussi pour le TCE. Sa proximité intellectuelle avec 

    Richard Brouillette, Oncle Bernard l’anti-leçon d’économie, 2016 

    Il y a tout de même un point sur lequel Maris n’insiste pas assez, c’est que les recettes de la science économique dominante ne fonctionnent pas. Même s’il est contestable de rechercher la croissance du PIB, ce but n’est pas atteint contrairement à ce qui est promis, ce qui est vendu. Les faits invalident la théorie libérale : non, l’ouverture n’entraine pas la croissance, non la flexibilité du marché du travail n’engendre pas la baisse du chômage, et non encore la recherche de l’équilibre budgétaire ne permet pas la reprise économique. Or la théorie économique orthodoxe ne se pose pas la question de savoir pourquoi sa théorie est invalidée depuis au moins le début du XIXème siècle. L’autre point clé qui ruine complètement la théorie économique orthodoxe est qu’elle suppose le fonctionnement du marché indépendamment de l’Etat, comme si celui-ci ne venait se greffer qu’une fois le marché développé. Ce n’est pas exact ainsi que l’avait compris James Stewart[9] et Hegel[10] dans la critique d’Adam Smith, qu’on l’aime ou non le marché ne peut pas se développer sans l’Etat, et donc que celui-ci intervient forcément dans la détermination des prix, troublant la loi de l’offre et de la demande.

    D’autre part le film pose des questions de forme importantes. En effet, il s’agit d’un entretien qui a été filmé dans les locaux de Charlie, on pourra d’ailleurs apercevoir Cabu à un moment. Quasiment filmé en plans fixes, il a l’originalité si on peut dire de ne pas avoir travaillé sérieusement le montage et de le revendiquer comme l’expression d’une spontanéité évidente. Si bien qu’on a du mal parfois à suivre le jeu des questions et des réponses, le son étant particulièrement mauvais, intégrant les bruits de fon ou des morceaux de conversation qui ont lieu dans les locaux de Charlie. Brouillette a conservé des plans noirs et des plans blancs qui nous rappellerons le cinéma de Guy Debord, et aussi celui de Godard. Un peu comme si ces plans noirs visaient à montrer l’envers du décor, ou encore qu’ils mettaient l’accent sur ce qui était dit et non-dit. Ce genre de coquetterie nous a paru bien affecté. Manifestement revendiquer le film brut est là pour donner à croire que Brouillette possède un style particulier.

    Le film est entièrement négatif, en ce sens que si Bernard Maris critique fort justement l’économie réelle et la science qui la représente, s’il met l’accent sur l’impossibilité d’un tel système de se perpétuer, il n’avance pas de solution concrète pour avancer dans ce sens-là. Ce n’était pas le but de l’exercice bien sûr, mais néanmoins, si ces questions de l’après-libéralisme ne sont pas évoquées, c’est peut-être aussi que les solutions n’apparaissent pas clairement encore aujourd’hui. Dans son ouvrage Plaidoyer (impossible) pour les socialistes¸ publié en 2012, il revenait sur son parcours politique, enfant de mai 68, né dans une famille de gauche, il s’orienta comme beaucoup vers le PS, avant de s’en éloigner d’une manière un peu désabusée.

     Richard Brouillette, Oncle Bernard l’anti-leçon d’économie, 2016

     

     

     


    [1] Le Négationnisme économique, Flammarion, 2016. Sur cet ouvrage voir notre recension http://in-girum-imus.blogg.org/pierre-cahuc-et-andre-zylberberg-le-negationnisme-economique-et-commen-a126951256

    [2] Adam Smith, Théorie des sentiments moraux (6e édition, 1790), Paris, éd. PUF, 1999. Sur ce thème on peut lire Alfred Hirschman, The Passions and the Interests: Political Arguments For Capitalism Before Its Triumph, Princeton, NJ, Princeton University Press, 1977. Les passions et les intérêts : justifications politiques du capitalisme avant son apogée, PUF, 1997

    [3] Manuscrits économico-philosophiques de 1844, Vrin, 2007.

    [4] Houellebeq économiste, Flammarion, 2014.

    [6] Cette idée a été développée par Nicolas Georgescu-Roegen dans The Entropy Law and the Economic Process, 1971, Harvard University Press. C’est la base de la réflexion moderne sur l’écologie.

    [7] Manuscrits économico-philosophiques de 1844, Vrin, 2007.

    [8] Voilà l’hommage que Jacques Sapir rendit à Bernard Maris après son assassinat, http://russeurope.hypotheses.org/4425. Pour approfondir les idées de Bernard Maris, on peut lire l’excellent ouvrage de Jacques Sapir, Les trous noirs de la science économique, Albin Michel, 2000.

    [9] Inquiry into the principles of political oeconomy, 1767, traduction française, Recherche sur les principes de l’économie politique et de l’impôt, Didot L’aîné, 1789. 

    [10] Principes de la philosophie du droit (en allemand, Grundlinien der Philosophie des Rechts), 1820, Gallimard, 1940.

     

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  •  Lire Debord, coordonné par Laurence Le Bras & Emmanuel Guy, L’échappée, 2016 

    Avec une année de retard, voilà un ouvrage intéressant qui parait aujourd’hui. C’est un gros volume qui est fait un peu de bric et de broc, avec pas mal de textes inutiles d’universitaires qui enfoncent des portent ouvertes, ressassant de vieilles idées convenues et nous expliquent ce qu’on doit penser de Debord dans un style parfois approximatif. Monica Dall’Asta publiant une petite analyse sur les rapports entre le cinéma de Debord et celui d’Eisenstein écrit ceci :

    «La dévalorisation de l’image à l’écran (qui, il faut le noter, dépend de sa nature représentationnelle) correspond ainsi dans le même temps à une valorisation du produit invisible de la succession des plans, c’est-à-dire de ce que Eisenstein appelle l’ « obraz » et qui n’est rien d’autre que la synthèse dialectique de toutes les images visibles, accomplie par le spectateur sur le plan intellectuel » 

    Je glisse sur les lubies de Greil Marcus qui rendent tout obscur, même quand c’est limpide. Ces textes proviennent d’un colloque intitulé Lire Debord qui s’est tenu dans les locaux de la BNF en 2013 et qui avait pour particularité d’inciter les chercheurs à utiliser les notes laissées par Debord dans ses archives.

     Lire Debord, coordonné par Laurence Le Bras & Emmanuel Guy, L’échappée, 2016 

    Mais ça, ce n’est que la deuxième partie qui représente environ 1/3 du volume. Pour tous ceux qui connaissent bien la vie et l’œuvre de Guy Debord, elle paraîtra plutôt inutile tant les analyses sont convenues. Et sans doute est-ce pour cela que le livre sera très critiqué, comme a été avant lui très critiqué (pour ne pas dire plus) l’ouvrage d’Apostolidès[1] et jusqu’au texte de présentation de l’exposition Guy Debord un art de la guerre qui pourtant présentait quelques inédits[2]. Il est évidemment très difficile d’écrire sur Guy Debord, en effet, la mouvance radicale vous guette au coin du bois et vous cloue au pilori comme récupérateur de la pureté révolutionnaire. Ce qui n’est pas forcément une raison pour injurier Apostolidès, Fabien Danesi, Anselm Jappe ou encore l’ineffable Assayas, comme si ceux qui n’avaient rien à dire sur Debord n’avaient pas le droit de le faire !

     Lire Debord, coordonné par Laurence Le Bras & Emmanuel Guy, L’échappée, 2016 

    Heureusement la première partie présente un réel intérêt et ne ressort pas de la simple nécessité de publier des textes de Debord inédits. A partir des papiers et documents déposés à la BNF, Laurence Le Bras et Emmanuel Guy ont extrait des notes de Guy Debord qui explicitent et éclairent sa démarche, que ce soit dans la production de ses textes et de ses films, ou dans son évolution en ce qui concerne la formation d’une organisation révolutionnaire. Il est intéressant en effet de voir que le projet d’In girum imus nocte remonte à 1961 et que tout de suite il s’est inscrit dans une perspective « lyrique » et autobiographique selon les mots de Guy Debord. L’ensemble présente des réflexions sur la manière de filmer, au-delà d’ailleurs de la question du détournement. Par exemple, il discutera de l’usage du travelling et du panoramique comme des formes grammaticales plus ou moins bien adaptées, ou de la manière de filmer une image, tous ces éléments qu’on retrouvera dans ses films, et plus particulièrement dans le second long métrage. Au passage on verra que Debord allait souvent au cinéma !

     Lire Debord, coordonné par Laurence Le Bras & Emmanuel Guy, L’échappée, 2016 

    A travers ces notes exhumées, accompagnées d’un appareil critique de qualité, on se fait aussi une idée un peu plus précise de ce que Debord lisait, ce qui l’a nourri, et la manière dont il lisait. Bien évidemment cet ouvrage s’adresse à ceux qui connaissent déjà bien l’œuvre de Guy Debord. Et comme ce ne sont que des notes destinées à organiser la pensée en mouvement de Debord, on ne trouvera guère d’effets de style, sauf en ce qui concerne le projet de dictionnaire qui semble apparaître au milieu des années quatre-vingts. Ce projet de dictionnaire est très riche, non seulement par les idées qu’il manipule et l’analyse sous-jacente de la dégradation du langage, mais par l’expression de cette décomposition. Le projet remonte à l’époque situationniste (All the king ‘s men) et aussi à l’article de Mustapha Khayati, Les mots captifs, paru dans l’IS n° 10 en 1966.  Il y a en tous les cas dans les notes de Debord les éléments d’une analyse du langage et de son pouvoir très avancée.

    Au passage on remarquera une nostalgie et une défense de la langue française que Debord présente clairement comme l’expression du génie d’un peuple singulier qui a façonné le monde.

    « Quand la langue française existait comme langue vivante, elle avait beaucoup de nuances. Ce qu’a pu apporter le génie français à l’histoire universelle était très lié à cette langue, qui l’exprimait bien et dont elle se servait bien ».

    Le spectacle a réussi également à vider de son sens et de sa vigueur la langue parlée qu’on retrouve à tous les coins de la littérature moderne, mais aussi dans le langage des gouvernants qui, ne maîtrisant plus ce qu’ils disent, se condamnent eux-mêmes à disparaître ! Pour vérifier cette chute brutale, on peut se référer au fait qu’un homme politique comme Sarkozy ait pu arriver au faîte du pouvoir sans savoir ni lire, ni écrire, ni parler, ne communiquant que du vide.

    On trouvera aussi la description de l’effondrement de l’éducation, avec cette idée que c’est d’abord l’enseignement supérieur qui s’est dégradé, puis l’enseignement secondaire, et aujourd’hui le primaire. Ça me semble assez juste, Debord ajoutant qu’une des raisons en est de viser une « utilité » presqu’immédiate qui ne peut aboutir qu’à l’ennui et la fuite d’un tel système.

     Lire Debord, coordonné par Laurence Le Bras & Emmanuel Guy, L’échappée, 2016 

    On trouvera aussi pêle-mêle des notes pour Commentaires sur la société du spectacle qui n’ont pas été utilisées, ou encore des extraits du dossier « Apo » pour Apologie qui semblait se situait dans la continuité autobiographique des Panégyriques. D’autres projets n’ont jamais vu le jour comme cette étude particulière sur la Fronde dont l’intérêt chez Debord laisse un peu perplexe dès lors que l’analyse de ce mouvement passe de la lutte des classes à la fonction ludique du combat sans espoir mené par l’aristocratie. 

    L’ensemble reste assez sombre : en effet on voit bien qu’au fil du temps Debord abandonne les illusions d’une révolution prolétarienne qui ne viendra pas, et qu’en même temps il voit se pointer de nouvelles formes sociales très décomposées qui nous entraînent vers l’abîme. Car en effet contrairement à beaucoup de pseudo-révolutionnaires, Debord combat ses désillusions, non pas en se rangeant du côté d’un ordre plus ou moins bancal, mais en désignant l’échec de la révolution comme se payant nécessairement d’un effondrement total en contrepartie. Il n’est donc pas étonnant qu’à côté d’une grande assurance dans ses analyses, Guy Debord manifeste aussi beaucoup de doutes quant aux formes et à l’issue des combats qu’il a menés.

    « Si le prolétariat n’est pas révolutionnaire, vaine est notre espérance, vain notre jeu historique »

    Dans cet ouvrage il avouera vers la fin des années 80 s’amuser à vouloir faire œuvre d’écrivain, affirmant également qu’il n’avait jusque-là pas trop prêté d’attention au style, et que maintenant il s’y attelait par goût plutôt que par besoin. Cela se remarquera évidemment dans l’expression de sa mélancolie naturelle.

    « On dira peut-être que cette mélancolie m’est venue plus tard dans la vie, avec la terrible lenteur du passage du temps, mais non : je l’ai sentie tout de suite et constamment, en rencontrant et en me plaisant beaucoup avec ces jolies figures mortelles »

    Plus inattendu est le portrait qu’il dressera du général De Gaulle. On sait qu’à la fin des années cinquante, il le regardait comme une sorte de dictateur. Avec les années, même s’il conserve de l’animosité à son endroit, son appréciation est un peu plus nuancée.

    « Il était revenu au pouvoir par les plus obliques des moyens, pour y faire la pire des politiques. Il m’a toujours semblé qu’il ne voulait rien d’autre que régner et faire remarquer l’indépendance du pays, au nom duquel il pouvait lui-même parler avec une apparence d’indépendance grondeuse. Régner alors dans ce pays impliquait d’y moderniser le capitalisme comme effort constant ; et de soutenir, puis abandonner la guerre coloniale en Algérie, au jour le jour. Il n’avait d’illusion que sur lui-même.

    En 1968, il fut presque seul courageux, parmi les gens de pouvoir, et le seul du côté du pouvoir à tenir ferme contre une révolution que combattirent surtout les partis bureaucratiques et les syndicats de l’opposition. Si dans ces jours il vainquit contre eux et contre nous, il fut aussi vaincu par nous et dut partir.

    C’était je crois avant tout un joueur, qui n’aimait que le risque et le trouble. C’est là qu’il atteignit souvent à l’habileté, et, quelquefois, à la grandeur ».

    Il y aurait évidemment beaucoup à discuter de cet hommage curieux.

     


    [1] Guy Debord, le naufrageur, Albin Michel, 2015.

    [2] Gallimard-BNF, 2013.

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  •  Retour sur le bilan de François Hollande (II) : la place de la France dans le monde

    « L’international fait beaucoup pour la trace qu’on laisse. »[1] Voilà ce que pense Hollande qui sait que son bilan intérieur est déjà jugé catastrophique par les Français. Comme pour tous les présidents avant lui, on doit donc aussi juger du bilan de François Hollande sur la manière dont il s’y est pris pour défendre le rang de la France dans le monde. Si tout n’est pas complètement négatif, il y a bien peu de choses à mettre à son actif. Voilà ce que lui semble retenir de son action de chef de l’Etat sur la scène internationale :

     

    « Ce que je retiens de ce quinquennat sur le plan international, ce sont quatre événements marquants : l’acte d’intervention au Mali, le 11 janvier 2013 ; le discours que je fais devant les ambassadeurs pour l’intervention militaire en Syrie après l’utilisation par le régime d’armes chimiques, en août 2013 – même s’il n’y a pas eu, finalement, d’intervention. Il y a la nuit du 12 février 2015 à Minsk où nous avons négocié avec Angela Merkel et les présidents russe et ukrainien un accord pour le cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine. Il y a enfin cette nuit à Bruxelles qui a décidé du sort de la Grèce. »[2]

     

    L’européisme hollandais 

    Retour sur le bilan de François Hollande (II) : la place de la France dans le monde 

    On décèle deux axes : d’une part une politique étrangère qui s’inscrit dans le cadre de la logique d’intégration européenne, et d’autre part une continuité atlantiste avec Nicolas Sarkozy. En ce qui concerne le premier axe, Hollande va suivre, même si c’est avec réticence, l’idée d’imposer des sanctions économiques à la Russie dans le cadre de l’annexion de la Crimée. Dans ce cadre, il ne s’est pas montré le plus jusqu’auboutiste. On sait aussi que depuis maintenant un an il milite pour la levée de sanctions, sans grand résultat.

    En ce qui concerne la crise grecque qui a vu la       capitulation en rase campagne de Tsipras, il semble bien que Hollande ait eu une influence décisive sur la reddition de Tsipras. On remarque que curieusement ce dernier faisait confiance à Hollande, alors que dès le début de son quinquennat, il avait appelé clairement à voter contre Syriza ! Bien que la Grèce ait tout perdu dans cet affrontement avec l’Eurogroupe, Hollande considère que le plus important n’était pas de sauver les Grecs et la Grèce, mais cette abstraction qu’on appelle l’euro et conséquemment l’Union européenne. Et donc pour lui il était important que la Grèce reste dans l’Union européenne et dans l’euro. C’est évidemment un désastre qui ajoute l’ignominie et l’humiliation au malheur. Hollande a essayé de faire pression pour éviter le Brexit, mais sans résultat.

     

    Engagement au Mali 

    Retour sur le bilan de François Hollande (II) : la place de la France dans le monde

    Hollande a eu un peu plus de chance en Afrique. L’engagement de l’armée française au Mali, au début de l’année 2013, à travers l’opération Serval a été couronné de succès. Rappelons qu’il s’agissait d’aider les forces régulières de ce pays qui a des traités d’assistance militaire avec la France, ce qui légitimait l’intervention armée, à se débarrasser des milices djihadistes qui commençaient à prendre peu à peu le contrôle du Nord du pays. L’opération n’a que peu duré, un peu plus d’une année, et elle a été relativement peu coûteuse, l’armée a perdu très peu de soldats et a démontré son savoir-faire. Surf le plan intérieur, Hollande a dû balayer les doutes sur l’utilité de cette opération, Mélenchon, Juppé, Villepin et Giscard avaient critiqué cet engagement, accompagné évidemment du NPA. Cette opération militaire qui a reçu l’appui d’une douzaine de pays, dont les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume Uni, s’inscrit dans une guerre plus vaste en Afrique et au Moyen Orient de l’expansion de l’islam radical comme forme nouvelle de l’organisation politique. C’est en quelque sorte le pendant africain de l’opération plus compliquée en Syrie. En tous les cas ces succès militaires au Mali ont permis à Hollande d’être reçu comme un héros à Bamako. Un bain de foule qu’il a apprécié au regard de la chute spectaculaire de sa popularité. La position de la France en Afrique a été consolidée. 

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    La guerre en Syrie est compliquée 

    L’intervention française directe en Syrie qui a commencé il y a juste un an pose bien plus de problèmes. Non pas parce que l’idée d’une intervention ne serait pas populaire, c’est même l’inverse[3], mais parce que les objectifs ne sont pas très clairs. En effet, il semble bien que les Français comme les Américains aient confondu la nécessité de lutter contre Daesch avec celle de se débarrasser de Bachar el-Assad. Si Obama a encouragé Hollande à intervenir en Syrie, il semble que lui-même ait hésité. C’est ainsi que dans un premier temps la ligne Fabius a triomphé et la France a commencé à armer le Front al-Nosra qui, opposé à el-Assad n’en est pas moins proche de Al Qaïda ! 

    Retour sur le bilan de François Hollande (II) : la place de la France dans le monde

    Il semblerait que maintenant al-Nosra se détache d’Al Qaïda[4], mais ce n’était pas le cas il y a quelques années. Le jeu en Syrie est extrêmement trouble. D’une part parce que les occidentaux ne semblent pas très pressés de liquider Daesch, le plus gros du travail a été fait par les Russes, et d’autre part parce qu’on ne sait pas qu’est-ce que sera l’après-Daesch qui est aujourd’hui bien avancé. Les occidentaux semblent maintenant s’être résignés à se contenter d’abattre Daesch et ne visent plus que le rétablissement des frontières. La divergence initiale des buts de guerre entre la Russie et les Etats-Unis a fait avancer l’idée que ce conflit non seulement avait un enjeu précis en ce qui concerne le pétrole, mais aussi prolongeait la Guerre froide entre les deux pays comme on le voit aussi en Ukraine[5]. On remarque que les médias occidentaux ont relayés la propagande anti-russe[6] tendant à démontrer que les Russes bombardaient plus volontiers les rebelles anti-el-Assad que Daesch proprement dit. Mais cette propagande a fait long feu parce que c’est clairement à partir de l’intervention des Russes que le territoire contrôlé par Daesch s’est rétréci.

    Les choses se compliquent un peu plus avec l’entrée ne scène de la Turquie qui poursuit des objectifs singuliers, facilitant la vente du pétrole de Daesch, faisant du chantage à l’Union européenne à propos des réfugiés syriens pour obtenir des subventions, profitant aussi de la guerre pour tenter de réduire les positions kurdes. Pour toutes ces raisons, même si Daesch perd tous les jours du terrain (ce qui explique que pour conserver son aura les attentats en Europe sont une nécessité), les résultats de l’action de la France sur le terrain sont très mitigés.

     

    La COP21 

    Retour sur le bilan de François Hollande (II) : la place de la France dans le monde 

    C’est le grand succès diplomatique de Hollande et de Fabius. 175 pays ont signé l'accord de Paris qui s’est tenu à l’initiative de la France sous l’égide des Nations Unies. Même les journaux de droite l’ont salué[7]. En effet la nouveauté est que la Chine et les Etats-Unis[8], même s’ils n’ont pas encore ratifié l’accord de Paris, l’ont approuvé, ce qui a demandé évidemment de remanié le texte pour éviter qu’il n’apparaisse comme trop contraignant. L’accord ne sera mis en œuvre qu’en 2020 lorsqu’au moins 55 pays l’auront ratifié. Pour l’instant seulement 15 pays l’ont fait, mais l’Union européenne le fera certainement après que les 28 pays l’aient à leur tour ratifié. Mais pour les observateurs l’entrée en vigueur de cet accord pourrait aller beaucoup plus vite que prévu[9].

    Cette victoire diplomatique est-elle cependant suffisante pour contenir le réchauffement climatique ? Certains ont émis des doutes sérieux sur la possibilité de tenir ses engagements parce que le processus ne dispose pas de moyens, et surtout de contreparties contraignantes[10]. S’il est en effet assez facile de se rendre compte des limites de ces engagements, on soulignera cependant qu’ils donnent un contenu juridique aux Etats signataires pour agir eux-mêmes directement. Et donc il est assez clair qu’il s’agit d’une avancée sérieuse. Bien entendu cet accord pourrait être remis en question par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, ou même par le retour au pouvoir de Sarkozy qui a récemment fait part de ses sentiments climato-sceptiques[11].

     Retour sur le bilan de François Hollande (II) : la place de la France dans le monde

     

     

     


    [1] Antonin André et Karim Rissouli, Conversations privées avec le Président, Albin Michel, 2016

    [2] Antonin André et Karim Rissouli, Conversations privées avec le Président, Albin Michel, 2016 

    [3] http://sixactualites.fr/actualites/syrie-56-des-francais-sondes-sont-en-faveur-dune-intervention/17748/

    [4] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/08/12/31001-20160812ARTFIG00339-al-nosra-al-qaeda-fath-al-sham-qui-se-cachent-vraiment-derriere-les-rebelles.php

    [5] http://www.slate.fr/story/107781/russie-etats-unis-guerre-procuration

    [6] http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20151030.OBS8583/frappes-en-syrie-la-russie-epargne-largement-daech.html

    [7] http://www.lepoint.fr/environnement/cop21-un-immense-succes-diplomatique-mais-un-echec-climatique-13-12-2015-1989602_1927.php

    [8] http://www.lefigaro.fr/sciences/2016/09/03/01008-20160903ARTFIG00053-cop21-la-chine-et-les-etats-unis-ratifient-l-accord-de-paris-sur-le-climat.php

    [9] http://www.natura-sciences.com/environnement/cop21-ratification-accord-paris975.html

    [10] https://reporterre.net/Climat-qu-y-a-t-il-vraiment-dans-l-accord-de-Paris

    [11] http://www.marianne.net/hallucinant-virage-climato-sceptique-nicolas-sarkozy-100245751.html

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  •  Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser, Flammarion, 2016. 

    Il n’est pas sûr que je ne perde pas mon temps et celui de ceux qui me lisent en commentant un ouvrage qui est d’un niveau vraiment très faible et qui en d’autres circonstances ne passerait pas le stade d’un mémoire de maîtrise en économie. Mais on parle de cet ouvrage, et bien que Cahuc et Zylberberg se plaignent à longueur de pages de la trop grande place que les médias accorderaient aux économistes hétérodoxes qui n’ont pas pignon sur rue, ils ont une audience très forte dans les médias, notamment dans Les échos[1], journal très libéral, très à droite, qui aime bien les propagandistes de l’économie de marché[2]. N’ayant honte de rien, ils se présentent comme des « experts », se camouflant derrière le fait qu’ils sont publiés, donc évalués par leurs pairs. C’est d’ailleurs une partie de leur plaidoyer : les économistes orthodoxes sont excellents la preuve c’est qu’ils sont publiés dans des revues à comité de lecture. Mais ils ne disent pas que ce sont leurs semblables qui les évaluent, des gens qui pensent comme eux, des économistes qui n’ont pas beaucoup de culture, ni sur le plan historique, ni sur le plan épistémologique. En outre l’écriture paresseuse de cet ouvrage vise à mettre dans un même sac, les négationnistes, les contestataires du type Lordon qui pensent que le capitalisme est un système économique, politique et social condamné, avec les lobbyistes comme l’UIMM – une des fédérations les plus puissantes du MEDEF – qui visent au nom de la politique industrielle à se faire octroyer des subventions. 

    La leçon d’épistémologie faite à Cahuc et Zylberberg 

    Mettons les choses au clair depuis Ricardo au moins, l’économie a toujours été faite de deux courants : d’un côté les orthodoxes qui supposent que l’économie est régie par des lois naturelles (en gros la loi du marché), et de l’autre ceux qui pensent qu’elle est le résultat d’un projet politique particulier, historiquement déterminé et donc se trouve dépendante des formes institutionnelles dans lesquelles elle s’exerce. Dans le premier groupe qu’on appelle aussi « économie classique et économie vulgaire », on range Ricardo, Say, Bastiat, Milton Friedman, et en bout de course d’une histoire dégénérée, le malheureux Tirole, Cahuc et Zylberberg. Dans le second on classe Sismondi, Malthus, Marx, Keynes, Schumpeter et plus près de nous, Krugman et Stiglitz. Ce n’est évidemment pas tout à fait le même niveau intellectuel !

    L’idée des deux cuistres Cahuc et Zylberberg qui manifestement travaillent pour l’oligarchie en espérant en récolter des miettes, est de mettre hors-jeu, comme a commencé à le faire Jean Tirole, l’économie hétérodoxe en l’empêchant d’enseigner à l’université pour ne pas faire de l’ombre à leur académisme[3]. En l’accusant de « négationnisme », ils la désignent comme criminelle, passible d’une cour de justice si on veut. Le titre même de leur essai est un appel à la purge ou à la chasse aux sorcières[4].

    Ça commence comme ça : 

    « Des remèdes miracles comme la baisse des impôts, l’augmentation des dépenses publiques, l’arrêt de l’immigration, la semaine de 32 heures, la réindustrialisation des territoires, ou encore la taxation des transactions financières sont censés nous guérir sans coût de tous nos maux.

    Ces contre-vérités rabâchées à l’envi par les médias portent un nom[5] : le négationnisme économique. À l’origine de choix stratégiques, il nous appauvrit et se traduit par des millions de chômeurs. » 

    Ce qui laisse forcément entendre que si nous sommes dans le marasme et que le chômage est élevé, c’est bien parce que nous avons fait baisser les impôts, augmenter les dépenses publiques, arrêté l’immigration, mis en place les 32 heures, réindustrialisé les territoires et taxé les transactions financières sous l’influence délétère des économistes hétérodoxes ! En matière de contre-vérités, Cahuc et Zylberberg  sont les champions toute catégorie de la désinformation désinvolte, ils ne savent rien, mais le disent fortement, ils auraient tout à fait leur place comme chroniqueurs à Valeurs actuelles. Il ne leur est pas apparu encore qu’une partie de la crise de 2008 dont nous ne sommes pas sortis d’ailleurs est le résultat justement de l’application de recettes hâtivement reconstruites à la fin des années soixante-dix sur la base des théories libérales de la fin du XVIIIème siècle. L’idée que leur propre production intellectuelle accompagne la contre-révolution conservatrice de la fin des années soixante-dix, ne leur dit rien non plus.

    Leur discours avance que la science économique est devenue « une science expérimentale » qui disposerait maintenant de protocoles fiables pour tester ses recettes qui elles-mêmes sont déterminées par la théorie dans le cadre d’une démarche hypothético-déductive. La méthode expérimentale serait une approche qui consiste à reproduire à l’aide de protocoles stables la même expérience sur deux échantillons différents. Il est facile de voir que pour que cette approche expérimentale fonctionne, il faudrait isoler complètement les deux échantillons de leur environnement pour avoir un résultat comparable.

    Il va de soi que cette condition n’est jamais réalisée, et que le temps qui passe et qui transforme l’environnement n’est pas pris en compte. Comparer par exemple deux échantillons de population en Europe et aux Etats-Unis est plus que délicat, ne serait-ce que parce que les agents économiques n’ont pas en face d’eux les mêmes institutions. Il est assez facile de comprendre pourtant qu’on ne peut pas étudier l’économie comme un objet qui ne changerait jamais : en effet le simple fait qu’au début du XXème siècle la monnaie n’avait pas les mêmes formes qu’aujourd’hui, ne permet pas de penser les interactions entre la sphère monétaire et la sphère réelle de la même manière. Un enfant comprendrait cela, mais Cahuc et Zylberberg ne sont pas des enfants ! Et c’est justement parce que les institutions évoluent constamment sous le poids des mouvements politiques, que la science économique ne peut pas être une science qui peut se réduire à un ensemble de théorèmes et de lois. L’histoire c’est aussi la lutte des classes, et celle-ci existe que cela nous plaise ou non – Cahuc et Zylberberg ne l’aiment pas – il est assez facile de voir que c’est sous la poussée des luttes sociales qu’un certain nombre d’aménagements du marché du travail (la durée du travail, le salaire minimum, l’interdiction du travail des enfants, etc.) sont apparus et ont modifié radicalement le partage de la valeur entre travail et profit.

    André Orléan dans un petit article a réfuté fort justement l’idée que Cahuc et Zylberberg utilisaient eux-mêmes cette méthode dite expérimentale dans leurs propres travaux[6]. Mais supposons, au mieux la méthode expérimentale ne peut s’appliquer que sur des petits échantillons, donc à une approche micro-économique. C’est un mensonge éhonté. Prenons un seul exemple. La théorie – celle de Cahuc et Zylberberg – enseigne depuis la nuit des temps (en fait depuis Adam Smith) qu’une hausse de la part de la dépense publique dans l’économie freine la croissance. Et comme selon les normes de la méthodologie hypothético-déductive à laquelle prétendre croire nos deux apprentis épistémologues, une bonne théorie économique est celle qui permet de prévoir. Or, nous nous rendons bien compte que la hausse des dépenses publiques a toujours accompagné la croissance, et donc qu’il n’y a jamais eu de croissance sans croissance du poids de l’Etat dans l’économie. Si je regarde le graphique ci-dessous qui rend compte de la croissance de la part des dépenses de l’Etat dans le PIB, je me rends compte que la croissance économique sans les pays avancés a commencé à patiner sérieusement au début des années quatre-vingts, soit exactement quand on s’est mis à déréguler à tout va, et donc quand on a demandé à l’Etat qu’il se retire progressivement en privatisant et en diminuant ses dépenses publiques[7]. Cahuc et Zylberberg ne savent pas pourquoi, mais les économistes orthodoxes dans la lignée de Schumpeter, oui : c’est à cause de ce qu’on appelle la loi de Wagner[8] qui explique que les dépenses publiques sont des investissements nécessaires à la poursuite de l’activité économique, mais qu’elles ont des rendements décroissants. Et donc que si on veut poursuivre le progrès économique, il est nécessaire d’accroître la part de l’Etat dans le PIB. C’est une des raisons, mais pas la seule, qui donnait à penser à Schumpeter que la socialisation des moyens de production était inéluctable[9].

    Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser, Flammarion, 2016.

     Allons-y encore pour la méthode expérimentale. On a expérimenté sur les cobayes grecs la politique d’austérité et de déréglementation du marché du travail. Ça n’a pas donné les résultats escomptés, à savoir éponger la dette et relancer la croissance et l’emploi. On n’en a pas pour autant abandonné le principe, essentiellement pour des raisons politiques[10]. Comme on sait nos deux « économistes » avaient déjà commis dans le temps un ouvrage sur le chômage. C’était en 2004. Cet ouvrage reprenait les vieilles recettes « expérimentées » depuis au moins le début du XIXème siècle. Si le chômage reste aussi élevé c’est parce que le marché du travail n’est pas assez flexible et que les charges sociales sont trop élevées. Or l’expérimentation de cette déréglementation du marché du travail grec aurait dû conduire depuis 2010 à une reprise de la croissance et de l’emploi. L’expérience montre donc aisément que cette politique qui en contractant la demande entraine une chute de la production est mauvaise, le FMI en convient aujourd’hui. Moi, je sais pourquoi, mais je ne suis pas sûr que Cahuc et Zylberberg le sachent.

      Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser, Flammarion, 2016.

    Il y a trois erreurs à la base d’un tel raisonnement :

    - la première consiste à croire que le principe de la destruction créatrice permet en tous lieux et en tous temps de créer autant d’emplois qu’on en détruit, et donc qu’il serait nécessaire de détruire beaucoup d’emplois pour en créer beaucoup. On ne suppose donc pas que sur le long terme le progrès technique lorsqu’il est introduit massivement détruit plus d’emplois qu’il n’en recrée, ou encore que la création de nouveaux emplois est infinie. C’est pour cette raison que selon nos deux économistes qui parlent de ce qu’ils ne connaissent pas, n’arrivent pas à comprendre qu’au moins une partie du progrès technique doit être sur longue période compensée par une baisse plus ou moins importante de la durée du travail. Mais s’ils avaient lu un peu Léon Walras, ils sauraient que la baisse de la durée du travail répond aussi à une nécessité morale, non seulement parce qu’elle est nécessaire au bien-être physique des salariés, mais parce qu’elle accompagne l’accroissement de leur bien-être moral et qu’elle contribue à l’harmonie sociale[11].

     Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser, Flammarion, 2016.

    - la seconde erreur des Bouvard et Pécuchet du marché du travail est celle que font tous les libéraux béats, ils oublient la dimension temporelle de l’activité économique. Car à supposer que des emplois nouveaux viendraient à compenser les emplois anciens, encore faudrait-il qu’ils arrivent en temps et heure ! Si au contraire ils arrivent trop tard, une partie de la population a le temps de mourir de faim.

    - la troisième erreur est celle que Keynes dénonçait en son temps dans La théorie générale : ce qui est vrai au niveau microéconomique n’est pas forcément juste au niveau macroéconomique. Ainsi si on baisse les charges et les salaires pour gagner en compétitivité, il se peut que cette action soit contredite par le fait qu’elle créera un défaut de demande au niveau de l’ensemble de la société, et donc que ce défaut plongera l’économie dans la spirale de la récession. Mais laissons là leurs idées pour guérir du chômage. 

    Le langage de la bourgeoisie 

    Il y aurait selon nos deux duettistes, en réalité un consensus des « économistes scientifiques », et donc que ceux qui cherchent à contourner ce consensus se discréditent d’eux-mêmes. C’est une vieille lune de la bourgeoisie que d’avancer que ses idées politiques sont confortées scientifiquement par la rigueur des lois naturelles de l’économie. Parce que si en effet, la science économique possède des lois en dehors de ce que sont les hommes, il n’y a plus qu’à s’y plier et surtout pas à les contester. Cela veut dire qu’on doit faire évidemment confiance aux experts. C’est bien ce qu’on nous dit en ce qui concerne l’Europe : il n’y a pas d’autre solution en dehors de la feuille de route de la Commission européenne. Tout est bien dans le meilleur des mondes. Pour eux le but de l’économie n’est pas le bien-être des populations, mais la croissance, et comme on sait la croissance dépend de l’innovation. C’est du moins ce qu’ils croient avoir compris de leur lecture hâtive de Schumpeter. Et donc grâce à la finance qui permet d’accélérer le processus de destruction créatrice, on peut tout à fait innover à l’infini et soutenir une croissance sans fin. Pour soutenir l’innovation il faut du profit ! Et donc par un raisonnement linéaire la finance aide le profit, qui aide la croissance et finalement le bien-être des populations. On n’est pas très loin du fameux théorème de Schmidt selon lequel « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain ». Il est donc bon que la finance soit la plus liquide possible.

    N’allez pas croire pour autant que Cahuc et Zylberberg, cette curieuse doublette, ne sont pas des garçons sensibles, les économistes hétérodoxes n’ont pas le monopole du cœur, au contraire, ils se préoccupent de la question sociale, et par exemple celle du logement. Et voilà ce que ça donne quand l’économie expérimentale nous aide à voir au-delà de nos préjugés : 

    « Vivre dans un quartier défavorisé peut avoir de graves conséquences, notamment à cause d'une criminalité élevée, de plus grandes difficultés à trouver un emploi et d'écoles de moins bonne qualité. Mais vivre dans un quartier riche présente aussi des inconvénients pour un ménage pauvre : la communication avec des voisins d'un milieu social plus favorisé peut être difficile, les commerces sont généralement plus chers et les services sociaux moins présents. » 

    C’est une approche qui se veut critique de la sociologie qui est une science non expérimentale et donc qui n’est pas une science. En effet un certain nombre de sociologues pensent que la mixité sociale pourrait aider l’insertion des personnes défavorisées. Et bien non, ce n’est pas le cas pour Cahuc et Zylberberg, et cela justifie d’ailleurs – comme c’est curieux – le refus des maires des villes riches de construire des logements sociaux. Le ghetto c’est finalement bien mieux, les pauvres sont entre eux et donc vivent plus facilement que s’ils devaient se mesurer aux riches. Je suppose que nos deux amis dans un souci de ne pas nuire aux pauvres n’habitent pas à La Courneuve. Comme on le voit ils sombrent dans cette facilité qui les pousse à parler de ce qu’ils ne connaissent pas. C’est un peu comme ces économistes qui nous expliquent que la hausse du SMIC met en danger l’économie et qui ne savent pas ce que cela veut dire que de vivre avec 1000 € par mois.

      Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser, Flammarion, 2016.

    On comprend que même s’il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade, les pauvres sont bien plus malheureux dans les quartiers riches que dans les quartiers pauvres ! Ainsi il vaut mieux vivre dans un taudis de la Goutte d’Or parmi les siens qu’à Neuilly au risque de se faire montrer du doigt par les rupins ! Comme on dit, la misère n’est pas que chez les riches et chacun à ses soucis.

    Et d’ailleurs on a bien d’autres preuves que Cahuc et Zylberberg ne sont pas les ennemis du « social ». Ils nous citent à l’envie des tas d’études qui montrent qu’une hausse du salaire minimum peut même créer des emplois ! Mais ils restent les ennemis des charges sociales qu’ils n’arrivent pas à voir comme un salaire différé qui financent d’une manière collective les dépenses sociales de salariés. 

    L’épine keynésienne dans le pied de la pensée unique 

    Confusionnistes par excellence, Cahuc et Zylberberg sont très embêtés avec la pensée keynésienne dont ils discutent au chapitre V, ils ne savent pas trop quoi en faire. Et cela pour deux raisons. La première est que les recettes keynésiennes brisent le consensus, et la discussion autour de celle-ci montrent que les économistes s’écharpent sur cette question. C’est bien embêtant pour Cahuc et Zylberberg parce que les tenants de la théorie keynésienne les plus célèbres, sont Stiglitz et Krugman Et bien sûr ces deux économistes – qui sont pourtant des hétérodoxes bon teint – ont un autre CV à faire valoir que nos deux compères. Non seulement ils ont publiés trois ou quatre fois plus qu’eux, dans des revues auxquelles Cahuc et Zylberberg n’ont même pas accès en rêve, mais ils ont le prix Nobel ! Et donc on ne peut pas les traiter comme des vulgaires membres des Economistes atterrés. Mais l’existence d’un débat autour des politiques économiques de relance ou non pose justement la question de l’unicité de la discipline. Car si l’économie commence à diverger en ce qui concerne l’appréciation de l’efficacité des politiques keynésiennes, n’est-ce pas là la preuve même que ce n’est pas une science ? 

    L’immigration et l’emploi 

    Cahuc et Zylberberg ont aussi des recettes très libérales pour ce qui concerne l’analyse des migrations et de leur impact sur l’emploi. Pour eux ceux qui croient voir un lien entre migrations ouverture et chômage ou salaires sont des extrémistes dangereux. Pour cela ils renvoient dos à dos Marine Le Pen et Georges Marchais, en oubliant au passage que celui-ci est mort depuis presque vingt ans[12]. 

    « Ni Georges Marchais ni Marine Le Pen ne se réclament de la pensée de Thomas Malthus. C'est plutôt un marxisme primaire[13], prétendant que les patrons utilisent l'arme de l'immigration pour accroître l'exploitation des travailleurs, qui semble les inspirer. Pourtant, l'idée selon laquelle l'arrivée d'immigrants réduit le salaire et les perspectives d'emploi des résidents fait directement écho aux idées de Malthus : il y aurait une limite au nombre d'emplois disponibles sur un territoire et une main-d'œuvre de plus en plus nombreuse y réduirait le salaire. » 

    Tout soudain pour faire tenir leur discours libéral d’aplomb, ils en oublient la loi de l’offre et de la demande. Ainsi ils supposent que tous les migrants sont forcément assimilables. Et fort de l’exemple des quelques 65000  Cubains qui se sont installés en 1980 à Miami, ils en déduisent que cet exemple prouve qu’une hausse de la population active n’est pas un problème. Ils précisent d’ailleurs que cet afflux représenterait 2 millions de migrants en France. Quand je lis ça, je me demande si Cahuc et Zylberberg sont vraiment idiots ou s’ils nous prennent pour des imbéciles. Même un esprit peu au fait de la chose économique se rend compte 1. Que d’une part 65 000 personnes arrivants dans une ville très riche comme Miami c’est une chose qui ne peut pas être comparé par exemple à l’arrivée d’1,3 millions migrants en Allemagne 2. Que d’autre part on ne peut pas comparer 2016 et 1980, sachant que le chômage se développe à grande vitesse de partout dans le monde entre autre pour cause de robotisation accéléré des processus de production et de crise durable de la demande.

    Evidemment ils concéderont qu’il faut tout de même s’adapter : 

    «  En réalité, il faut un certain temps pour que les moyens de production et les infrastructures s'adaptent à un afflux important et inattendu de main-d'œuvre. Une augmentation de la population active peut alors se traduire par des baisses de salaire ou une hausse du chômage si les salaires ne peuvent pas diminuer. » 

    Et bien entendu ils n’envisagent pas qu’un trop fort afflux de migrants puissent non seulement engendrer des effets externes négatifs sous forme de ghettoïsation, ou d’une augmentation rapide de la délinquance. Ce qui s’est vu en Allemagne l’an dernier, et ce qui a contraint les Suédois à renvoyer un grand nombre de migrants chez eux pour retrouver une paix sociale.

    De même la baisse des durées travaillées ne leur plait pas non plus. Ils critiquent les analyses des effets de la loi sur les 35 heures sur l’emploi en partant du fait qu’elles ne reposeraient pas sur des données « expérimentales ». Si on sait ce que sont des données, si on sait ce qu’est une approche expérimentale, on ne sait pas trop ce que sont des données expérimentales. Leur discours très confus ne démontre pas pourquoi et sous quelles conditions une baisse de la durée du travail pourrait conduire à une création d’emplois proportionnelle. Or il y a une raison, mais ils ne veulent pas l’envisager : c’est que pour que la baisse de la durée du travail fonctionne – c’est-à-dire amène une création très forte d’emplois – il ne faut pas se trouver dans une situation contraignante du point de vue de la compétitivité. En effet une baisse des durées travaillées équivaut à une hausse du salaire horaire, et donc à une modification du partage de la valeur ajoutée, ce qui plombe la compétitivité si l’économie est trop ouverte. Or Cahuc et Zylberberg considèrent que le partage de la valeur se fait sur la base des lois du marché qui aboutissent à une juste répartition entre salaires et profits.

    Mais il y a un phénomène qui rend caduque l’approche « scientifique » de Cahuc et Zylberberg, c’est que de tout temps le partage de la valeur entre salaires et profits est instable, il varie même dans de grandes largeurs. Cette forte instabilité s’explique évidemment par des raisons non scientifiques, mais politiques. La lutte des classes si on veut. Le résultat de cette lutte des classes est que l’Etat où les négociations collectives entre les entreprises et les syndicats conduisent en permanence à des réajustements. En gros entre 1945 et 1980, la part des salaires augment et passe d e64% à 74%, puis entre 1980 et 2014 elle chute de 74% à 30% ! Ces mouvements ne peuvent en aucun cas s’expliquer d’une manière « expérimentale » en reliant les salaires à des fluctuations de la productivité du travail, et en tout cas confirment que le salaire n’est pas lié à la productivité marginale du travail, mais à des orientations de politique économique qui sont plus ou moins favorables aux salariés ou aux employeurs.

     Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser, Flammarion, 2016.

    Finalement on butte toujours sur cette balance entre emplois créés et emplois détruits. Cahuc et Zylberberg, bien qu’experts en la matière, ne savent rien des orientations futures du marché de l’emploi, mais ils en appellent toujours à leur fumeuse méthode expérimentale et supposent que pour peu que l’Etat aide à la formation de nouvelles compétences, les emplois émergeront forcément. Rien ne démontre que ce soit vrai au niveau macroéconomique, mais c’est une certitude apodictique : il faut y croire ! Faisons confiance au marché et à la croissance (de quoi on ne sait pas), leur intuition est que la création d’emplois dans un monde fini est forcément infinie !! On flirte avec la pensée magique. 

    Eloge de la pensée moutonnière 

    Le deuxième axe de la pensée de Cahuc et Zylberberg est le consensus. « En science, c'est le consensus de la communauté des chercheurs, lorsqu'il existe, qui constitue la meilleure approximation de la « vérité ». » Ecrivent-ils[14]. Ce qui signifie qu’une pensée dissidente même si elle est vraie et qu’elle suit un protocole nouveau ne peut en aucun cas accéder au statut de travail scientifique. Mais ils n’écriraient pas ce genre d’âneries s’ils avaient un peu lu les travaux de Lakatos[15] ou de Khun[16]. Ils comprendraient peut être un peu mieux comment la science produit ses résultats[17]

    En vérité la communauté de chercheurs ne tombe pas du  ciel : ils font grand cas de la communauté des chercheurs qui seraient d’accord sur un ensemble de vérités communes. Mais outre que ce consensus n’a jamais existé et que les oppositions entre orthodoxes et hétérodoxes sont vieilles comme l’économie politique, il va de soi que les chercheurs qui évaluent d’autres chercheurs ont été eux-mêmes formés dans des laboratoires, et que très souvent ils ont adopté les traditions et méthodologie de leurs directeurs de recherche. Dans les techniques de recrutement, il y a en réalité du lobbying, des groupes de pression, qui fait qu’au bout du compte les économistes finissent tous par s’autoévaluer puisqu’ils appartiennent au même groupe de pensée. En outre, en économie la recherche est financée par des organismes internationaux ou des ministères qui orientent de fait les techniques de recherche et les résultats. Comment peut-on penser que des économistes financés par la Commission européenne puissent produire des travaux qui démontrent l’inanité de l’existence de celle-ci ? Un des exemples importants qu’on peut donner est celui de Jean Pisani-Ferry, chercheur médiocre, qui s’est toujours trompé sur tout, mais dont l’obséquiosité au service de la Commission européenne lui permet de devenir directeur de ceci et directeur de cela[18]. Ce qui lui rapporte beaucoup d’argent. Nous ne sommes pas naïfs, que Cahuc et Zylberberg nous dévoilent leur feuille d’imposition et l’origine de leurs émoluments en dehors de leur fonction d’enseignant, et on commencera peut-être à les prendre au sérieux[19].

    Peu importe tout cela, Cahuc et Zylberberg se sentent un peu seuls, et leur objectif est de s’inscrire dans une communauté consensuelle qui répète les mêmes choses autant de fois que nécessaire en espérant que cela passera ainsi pour vrai. Mais le plus important ils l’oublient volontairement : leur petite cuisine qu’ils aimeraient bien pouvoir être comparée à celle des sciences dites dures, ne permet pas la prédiction, ou alors c’est plus généralement à côté, ce qui est bien gênant quand on se réclame d’une démarche hypothético-déductive ! A la fin de leur ouvrage ils avouent dans un passage qui nous laisse pantois qu’en réalité l’économiste ne peut pas prédire ! 

    « Mais le fond du problème est de nature différente : la science économique n'est simplement pas capable de prévoir le futur d'un monde très complexe, où une multitude de facteurs interagissent, en particulier lorsqu'il s'agit d'événements rares survenant quelques fois par siècle. »

    Mais alors s’ils ne peuvent pas prédire les résultats des recettes qu’ils nous présentent pour combattre l’emploi ou pour relancer la croissance, pourquoi travaillent-ils à nous les donner ? Ne seraient-ils que des bouffons ? Cette science impuissante à quoi peut-elle bien servir dans le cas où elle est incapable de prédire avec assez de justesse les effets de ses recommandations ? On fait remarquer que si la science économique ne peut pas prédire parce que le monde est trop  complexe, elle devrait alors en finir avec la démarche hypothético-déductive, mais dans ce cas, selon Popper[20], elle ne serait plus une « science » n’est-ce pas ! 

    Le sens d’une démarche 

    Bref ce n’est pas demain la veille que la « science économique », science grise et maudite, se relèvera dans l’opinion grâce au plaidoyer misérable et peu argumenté de Cahuc et Zylberberg. Déjà d’avoir traité ceux qui ne pensent pas comme eux de négationnistes est une honte et un scandale. Le négationnisme étant condamné par la loi, ils invitent ici à condamner ceux qu’ils désignent comme tels, et donc à les exclure au nom d’une science officielle dont eux-mêmes ont les clés de la connaissance. Cette diatribe s’inscrit bel et bien dans la lignée de l’attaque l’an dernier de Tirole contre l’idée de laisser pénétrer à l’université des contestataires qui remettraient en cause leurs magnifiques résultats. En s’inscrivant dans cette lignée, Cahuc et Zylberberg font preuve d’obséquiosité à l’endroit des « dominants » et de bassesse envers ceux qui sont plus faiblement défendus dans les institutions du savoir. S’ils voulaient couler un peu plus l’image déplorable que les économistes ont au cœur de la population, on peut dire que c’est réussi ! 

     

     


    [1] http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0211271076353-le-negationnisme-economique-les-meilleurs-extraits-2026174.php

    [2] Vous noterez qu’ils ont intégré pour leur propre compte la complainte victimaire qui feraient d’eux des mal aimés et des parias de la société trop versée dans le médiatique et le sensationnel.

    [3] Un long passage à la fin de l’ouvrage est consacré à la volonté des hétérodoxes de créer une nouvelle section au sein du CNU pour ne plus subir l’ostracisme des « orthodoxes ». C’est tout juste si Cahuc et Zylberberg ne réclament pas de les virer manu militari de l’Université. Notez qu’ils en ont aussi après le journal Alternatives économiques qui selon eux pollue l’esprit des enseignants en économie du secondaire et par contrecoup discriminent les victimes que sont les Cahuc, Zylberberg et autres Tirole qui se cassent la tête à produire des travaux de qualité.

    [4] La couleur noire de la couverture sur laquelle le titre est écrit en rouge sanguinolent est destinée à nous « rappeler les heures sombres de l’histoire ».

    [5] Je passe sur le fait que ce nom, c’est eux qui l’inventent, je passe également sur leur mensonge éhonté qui laisserait entendre que sur les médias de grande diffusion seuls les économistes hétérodoxes auraient le droit de parler. C’est évidemment l’inverse ce sont au contraire les économistes porteurs d’un langage orthodoxe et qui défendent les lois naturelles du marché qui sont toujours à l’antenne ou qui ont les honneurs de la grande presse.

    [6] Il avance à juste titre que Cahuc et Zylberberg se posent en épistémologue de la discipline sans savoir de quoi ils parlent http://www.alterecoplus.fr/quand-messieurs-cahuc-et-zylberberg-decouvrent-la-science/00012139. Comme on le montrera plus loin, non seulement ils n’ont rien publié dans ce domaine, mais il semble bien qu’ils n’ont rien lu non plus.

    [7] On notera que malgré leurs efforts les gouvernements n’ont jamais réussi à faire reculer longtemps ces dépenses publiques.

    [8] Adolph Wagner est un économiste allemand, né en 1835 et décédé en 1917. Il fut un commentateur louangeur de Marx, et développa des travaux sur le rôle de l’Etat dans l’économie en s’appuyant sur des analyses statistiques. Contrairement à Cahuc et Zylberberg, il avait compris que les charges sociales représentaient non pas une charge, mais un salaire différé.

    [9] Capitalisme, socialisme et démocratie (Capitalism, Socialism, and Democracy), 1942, publié régulièrement chez Payot.

    [10] On sait que sur la poursuite des politiques d’austérité qui saignent la Grèce, le FMI et la Commission européenne sont opposées, cette dernière ayant la volonté d epunir la Grèce pour faire un exemple.

    [11] Études d’économie sociale. Théorie de la répartition de la richesse sociale (1896), Rouge et Pichon.

    [12] Glissons sur l’idée naïve et conformiste de mettre dans un même sac ce qu’il qualifie d’extrémisme de gauche et ce qu’il désigne comme extrémisme de droite, manière de dire qu’ils ne font pas de politique.

    [13] Cahuc et Zylberberg parle de marxisme primaire, sans même connaître Marx ni les auteurs marxistes.

    [14] Cahuc reprend cette idée dans une interview sans trop précisé par qui ces chercheurs sont reconnus http://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/pierre-cahuc-les-medias-devraient-sadresser-aux-chercheurs

    [15] Imre Lakatos, Proofs and Refutations. Cambridge: Cambridge University Press, 1976 et Imre Lakatos, The Methodology of Scientific Research Programmes: Philosophical Papers Volume 1. Cambridge: Cambridge University Press, 1978.

    [16] Thomas Kuhn, The Structure of Scientific Revolutions. Chicago: University of Chicago Press, 1962.

    [17] Khun sépare une science routinière et répétitive d’une science innovante qui brise les anciens protocoles et définit un nouveau paradigme. Cahuc et Zylberberg s’instruiront s’ils lisent Paul Feyerabend, Against the method, outline of an anarchist theory of knowledge, New Left Books, 1975.

    [18] Après avoir été directeur du CEPII, directeur du think tank Bruegel officine de propagande européiste, membre du CAE, membre du conseil d’administration du think tank En temps réel, membre du Haut Conseil des Finances publiques, il est aujourd’hui commissaire général à la stratégie et à la prospective et président du comité de suivi du CICE.

    [19] Cahuc est membre du CAE (Conseil d'analyse économique), chercheur au CREST, au CEPR (Londres) et directeur de programme à l’Institute for the Study of Labor (IZA) (Bonn). Toutes ces fonctions permettent d’accéder à des  financements plus ou moins importants, notamment à des programmes européens richement dotés.

    [20] The Logic of Scientific Discovery. 2nd ed., New York, Basic Books, 1959.

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