• L’extravagant Éric Fassin en recherche d’un statut 

    La sociologie comme art de tricher avec les faits 

    Éric Fassin est devenu ces derniers temps le sociologue de complaisance que les médias aiment à inviter à longueur de temps. La plupart d’entre nous ne savent pas qui il est. Ce n’est d’ailleurs pas par ses ouvrages au tirage confidentiel qu’il s’est fait connaître : il a fait le chemin inverse, grâce à ses livres il peut poser comme le professeur, le spécialiste, le sociologue, qui vient nous dire quoi penser des turpitudes de notre temps, et il se voit ainsi ouvrir les colonnes de quotidiens nationaux ou des émissions de télévision.

    Fassin est le spécialiste des montages théoriques alambiqués pour nous expliquer que ce que nous voyons n’est pas ce que nous voyons, mais bien autre chose. Et ce faisant, il fait preuve de sa suprématie : il veut dire que nous avons besoins des experts pour nous faire une opinion, il est notre guide. On va prendre quelques exemples de cette manière de faire de la propagande avec un investissement théorique pour le moins paresseux. C’est un grand bourgeois[1], professeur à Sciences Po, cette boutique où l’on apprend d’abord le politiquement correct.

    Il s’était déjà fait remarquer par son analyse imbécile de la mort d’un jeune rom qui avait été pris en flagrant délit de cambriolage. Il s’en était alors pris à Samia Ghali, maire du 8ème secteur de Marseille qui selon lui ne voulait pas qualifier cette mort de raciste, parce qu’elle disait que les gens étaient excédés par les cambriolages à répétition[2]. Pour Fassin, tout cela n’avait rien à voir avec le climat d’insécurité qui se développe, mais ressortait d’une campagne de presse contre les roms, comme si les Marseillais qui s’en prennent aux roms avaient besoin de lire la presse comme Valeurs actuelles  ou Le point pour se faire une opinion sur les cambriolages ! Selon Fassin, ce ne sont pas les faits de délinquances qui font réagir les riverains[3], mais les politiques municipales de stigmatisation ou encore les discours que les médias développent. Certes je comprends qu’on puisse défendre les roms et qu’on les considère comme des pauvres gens, mais cela empêche-t-il de comprendre ce que ceux qui s’y frottent endurent ? On retrouve le genre de dérive intellectuelle qui nous explique que la violence n’augmente pas, mais c’est seulement le discours qui la met en scène[4].

     L’extravagant Éric Fassin en recherche d’un statut 

    Des Roms campent à Marseille, à la Porte d’Aix 

    Plus récemment Fassin s’est fendu d’une analyse qu’il croit subtile de la tuerie d’Orlando. Il nous explique en long, en large et en travers que cet attentat n’est pas un attentat islamiste, ça n’a rien à voir avec la religion[5]. C’est un crime homophobe. Cette idée est fausse pour deux raisons principales :

    1. la première est que l’homophobie – ou plutôt ce qu’il conviendrait d’appeler l’éradication des homosexuels – est inscrite au programme de l’islamisme radical, de par le monde les prêches des imams contre les homosexuels, les appels au meurtre sont récurrents[6]. C’est un peu comme si on désignait la tuerie du Bataclan comme un attentat musicophobe ;

    2. parce que Fassin n’a pas les qualités, n’étant pas Imam lui-même de dire ce qui est ou non le vrai Islam. Autrement dit si Omar Mateen dit qu’il a fait cet acte au nom de l’Islam en conformité avec le projet de l’EI, il est tout autant compétent pour en juger que Fassin. Car Fassin ne se contente pas de dire que les attentats sont le fait d’islamistes radicaux, ce qui est évident, mais il définit tout seul et unilatéralement ce qui est ou non l’islamisme radical. Autrement dit il parle à la place de Daech comme s’il connaissait de près la cuisine intime de cette boutique. 

    Méthode 

    Que cherche Fassin ? On se le demande, tant la confusion est grande. Il en est même arrivé à décider que Finkielkraut et Elisabeth Lévy étaient antisémites ! Il faut tout de même le faire[7] ! On sait par ailleurs que Fassin est un soutien des BDS, et donc il se définit comme antisioniste… évidemment.

    Bref le portrait composite que Fassin compose de lui-même à travers ses interventions intempestives est celui de quelqu’un qui cherche avant tout à se faire remarquer en niant la réalité des faits, en effet cela fait réagir et si on est assez habile pour construire un discours qui a l’apparence de la logique, on peut même passer pour novateur. Ce sont des vieilles ficelles, un peu comme les cartes de Todd qui tentaient de faire croire que la haine que ce dernier manifestait envers les soutiens de Charlie était fondée sur une analyse scientifique[8]. En 2010, Fassin avait pris position sur la polygamie, à propos d’un rapport de Sonia Imloul sur la polygamie[9]. Déjà il utilisait le même argument : la polygamie n’existe pas dans les populations immigrées, c’est juste une construction médiatique[10] ! 

     L’extravagant Éric Fassin en recherche d’un statut 

    Autrement dit tout ce que Fassin ne connait pas – et il ne connait pas grand-chose – ou tout ce qui ne cadre pas avec son analyse, c’est du discours, de la construction médiatique. Mais cette manière de nier les faits et la réalité immédiate, si elle est dommageable pour faire avancer l’analyse de situations souvent compliquées, elle est en fait une méthode systématique d’intervention. Fassin n’existe que parce qu’il peut s’opposer à la réalité factuelle d’un évènement ! Il ne pourrait lui venir à l’idée d’être en accord sur tel ou tel point avec la majorité de la population. Diable c’est que le peuple est stupide, manipulable par les médias. Seul Fassin possède l’intelligence voulue pour voir ce qu’il y a à  voir derrière les faits bruts, pour dénoncer l’impérialisme des médias. Il est une sorte de messie qui apporte la bonne parole. Mais en réalité il est dans cette mouvance qui gravite autour de Médiapart et qui rassemble des gauchistes recyclés, passés par les écoles. Ils ressemblent comme deux gouttes d’eau à ces personnages qui dans Soumission travaillent à la construction d’un autre monde[11]. Ce sont des gens qu’on ne voit jamais prendre la défense des opprimés dans les pays arabes, par exemple les femmes, ou  les Arabes athées. 

    L’extravagant Éric Fassin en recherche d’un statut 

    Au mois d’avril dernier, dans une chronique sur le blog qu’il tient sur Médiapart[12], voilà le malheureux Fassin qui s’en prend à Kamel Daoud parce que celui-ci a osé dire qu’entre la religion musulmane et les événements de Cologne il pouvait bien y avoir un rapport. La logique de Fassin se déploie en deux temps. D’abord il va affirmer que Daoud se planque derrière le fait que lui-même est originaire d’un pays de culture musulmane pour dire que ce n’est pas une raison pour qu’il parle – sous-entendant par-là que Fassin étant éloigné de tout, il est plus qualifié pour le faire. Dans un deuxième temps, il utilise un raisonnement alambiqué pour dire que les catégories dont se sert Daoud ne sont pas bonnes et relève du culturalisme qui pour lui est un gros mot. N’ayant qu’une mauvaise approche de la sociologie, il n’imagine même pas que la culture puisse aussi être un angle de lecture. Mais passons. En vérité l’article contre Daoud est une leçon que le professeur Fassin pense infliger à un élève un peu dissipé[13]. Le pire dans cette affaire est que non seulement il parle à la place de ceux qui sont concernés : Daoud veut transformer la société algérienne dans laquelle il vit – et probablement les sociétés musulmanes – dans un sens positif, c’est-à-dire promouvoir l’émancipation. Mais Fassin en vrai réactionnaire le lui interdit car il ne veut pas tomber dans « le piège des conflits de civilisations » ! Par ailleurs rapprocher comme Fassin le fait Daoud et Marine le Pen est plus que faux, c’est carrément dégueulasse, et aucun de ses diplômes ne peut le justifier. Daoud a une fatwa sur sa tête – Fassin non – et attaquer Daoud avec des arguments aussi minables disqualifie son auteur. Comme disait Roberto Saviano, à quoi ça peut bien servir d’écrire si on ne risque pas sa vie[14] ?

    Fassin est juste le représentant d’une gauche en décomposition, coupée du peuple qu’elle prétend représenter. Comme le P « S », mais sur son côté gauche si on peut dire, cette tendance est l’image d’un effondrement moral et intellectuel.

     

     


    [1] Fils d’ingénieur, lui et son frère ont fait des études aux Etats-Unis.

    [2] http://www.liberation.fr/societe/2014/06/24/rien-a-voir-d-ilan-a-darius_1049462

    [3] FASSIN É., FOUTEAU C., GUICHARD S., WINDELS A., 2014, Roms et riverains. Une politique municipale de la race,  La Fabrique éditions

    [4] Voir par exemple Laurent Mucchielli, L’invention de la  violence, Fayard, 2011.

    [5] http://www.liberation.fr/debats/2016/06/15/la-tuerie-d-orlando-releve-du-terrorisme-sexuel_1459629

    [7] http://www.liberation.fr/chroniques/2014/08/01/antisemite-pour-la-bonne-cause_1074224

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/emmanuel-todd-et-les-anti-charlie-a117572792

    [9] https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/041010/polygamie-le-point-et-la-fabrication-sociologico-mediatique-d-une-paniq

    [10] http://www.marianne.net/Pour-voir-des-polygames-Eric-Fassin-n-a-qu-a-venir-chez-nous_a198773.html

    [11] http://in-girum-imus.blogg.org/michel-houellebecq-soumission-flammarion-2014-a117198346

    [12] https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/010416/apres-cologne-le-piege-culturaliste

    [13] https://blogs.mediapart.fr/bernard-leon/blog/030416/eric-fassin-de-la-police-des-idees-menotte-kamel-daoud

    [14] Roberto Saviano, La beauté et l’enfer, Robert Laffont, 2010.

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  • Notes sur l’attentat islamiste à Nice

    Un nouvel attentat 

    L’année 2016 va battre tous les records en ce qui concerne les attentats islamistes. Ce sont toujours les mêmes images qui arrivent, les secours, les véhiculent de la police, puis le décompte des morts, on passe de 60 à 70, puis à 84, et avec une cinquantaine de personnes dans un état critique. Le décompte macabre des victimes n’est pas terminé. Bien sûr ce qui frappe en premier lieu c’est la douleur de ceux qui ont subi cet attentat aveugle. Mais il faut essayer malgré tout d’aller un peu plus loin et d’analyser ce phénomène.

    Nous en sommes cette année à 61 attentats islamistes dans le monde alors que nous sommes seulement à mi-parcours, c’est le double de toute l’année 2015. Ces attentats sont revendiqués comme tels par ceux qui les commettent, et il ne sert à rien de chercher à dire qu’ils n’en sont pas. Certes la France paie un lourd tribut, mais elle n’est pas le seul pays visé. Il est bien sûr normal que nous nous préoccupions en premier lieu de ce qui se passe chez nous, il est normal aussi que l’on s’indigne, et qu’on exprime de la colère, mais en la matière il faut prendre du recul. Si on regarde la carte suivante, on remarque que les attentats terroristes sont d’abord sans lien avec la politique étrangère de la France, ou alors il faut croire que c’est le monde entier qui a une « mauvaise » politique étrangère. Il faut cesser de soutenir des idées idiotes selon laquelle nous serions mieux épargnés des attentats islamistes si nous n’avions pas mis les pieds en Syrie. En effet quand les islamistes ont déclenché des attentats sanglants en France en 1995, Jacques Chirac venait d’être élu président de la République, et qu’on sache, il n’a jamais été pro-israélien ou anti-musulman. C’est même l’inverse.

    Notes sur l’attentat islamiste à Nice  

    Carte des attentats islamistes entre janvier et  mars 2016 

    Réactions politiciennes

     

    Les réactions de la classe politique ont été lamentables et ont montré aussi bien des divisions face à Daesch et à ses valets que l’incapacité de penser le phénomène de l’islamisme radical. Il est de bon ton de taper sur le gouvernement. Mais la nature même de l’attentat de Nice rend difficile d’intercepter ce type d’attaque suicidaire. Les ténors de la droite officielle, Les Républicains, ont entamé ce refrain sans pudeur ni retenue, Sarkozy en tête. Il est à remarquer que ses bonnes idées si simples il ne les avait pas mis en œuvre du temps qu’il était président. Et c’est ce même Sarkozy qui a fait baissé le nombre de policiers, y compris dans les renseignements. Je ne vais trop insister, mais Sarkozy est le premier ami du Qatar et de l’Arabie saoudite qui sont les gros bailleurs de fonds du terrorisme islamiste. Juppé n’était pas très loin, à quelques encablures : « Si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu » a-t-il dit. Mais en réalité il n’a pas de solution précise, si ce n’est de dénoncer le travail de démolition de Sarkozy en ce qui concerne les services de renseignement et de durcir la répression. On se rappellera que Juppé est celui qui en janvier 2016 a osé faire un parallèle stupide entre les juifs et les musulmans, réclamant pour ces derniers un pacte avec la république[1]. Ce parallèle montre que Juppé est encore plus idiot que Sarkozy, en effet, les juifs n’ont jamais commis d’attentats contre la république, et en outre ce ne sont pas l’ensemble des musulmans qui posent problème, mais les islamistes radicaux. Et tout à l’avenant, Estrosi, ancien maire de Nice mais qui a toujours la haute main sur cette ville énonçait il y a peu que sa ville était la plus sûre de France, mais cela ne l’a pas empêché de dire lui aussi à propos des défaillances de la sécurité tout le mal qu’il pensait du gouvernement pour se dédouaner de toutes responsabilités. Il est vrai que nous sommes à moins d’un an des élections importantes et que chaque parti va vouloir apparaître plus responsable et plus déterminé que son concurrent. La palme de l’imbécilité revient sans doute à Henri Guaino qui a dit « On doit pouvoir stopper un camion qui ne répond pas aux sommations. (...) Il suffit de mettre à l'entrée de la promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquettes et il arrêtera le camion »[2]

    Comme on le sait je ne suis guère favorable à Hollande et son gouvernement, mais il semble que jusqu’ici peu de monde se soit rendu compte que les nouvelles formes de ce terrorisme diffus demandaient de repenser la lutte contre celui-ci. C’est aussi ce que disait Gilles Kepel avec lequel je suis assez rarement d’accord pourtant[3]. Bien entendu cela ne se fera pas sans mal et il faudra du temps pour trouver la bonne mesure. Sans doute il n’y a pas de solutions simples.

      

    Du côté des « négationistes » 

    C’est maintenant devenu une petite manie, un réflexe quasi pavlovien, de dire chaque fois qu’il y a un attentat en France ou à Dallas, que c’est tout autre chose qu’un attentat terroriste. De l’autre côté de l’échiquier politique on a eu droit encore à la même chanson selon laquelle il ne fallait surtout pas faire de déclaration hâtive car l’attentat n’a pas été revendiqué par Daesch. Du moins à l’heure où j’écris. Et il s’est trouvé quelques  commentateurs pour nous expliquer que l’auteur des attentats, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, en vérité n’était pas un « vrai » djihadiste, mais une sorte de fou furieux, un peu bizarre. Là encore on retrouve le même schéma de rabaissement des faits avérés, quand on ne trouve pas d’excuses, on le désigne comme fou, mais on s’est aperçu que si lui n’était pas très religieux, plutôt connu de la police pour des affaires de droit commun, son père était membre du parti islamiste radical tunisien, Ennadha. En tous les cas le père est venu dire que son fils était à moitié fada et que ceci expliquait cela.

      Notes sur l’attentat islamiste à Nice

    L’Etat Islamique a ensuite  revendiqué l’attentat. Pour certains il s’agirait d’une revendication opportuniste, mais pour beaucoup ce n’est pas le genre de cette boutique que de revendiquer des attentats commis par des islamistes avec lesquels elle n’a pas de liens[4]. Mais qu’il ait été ou non commandité par une organisation de type Daesch, cela ne change rien à l’affaire : il y a un certain nombre d’individus qui a un moment ou un autre de leur parcours se sentent investis d’une mission plus ou moins sacrée. Qu’ils soient férus de religion ou non, ce qui compte est que cette mouvance se reconnait dans une sorte de guerre au nom d’Allah. Ils peuvent seulement se sentir en sympathie avec une cause qu’ils ne comprennent pas forcément, et agir selon leur bon vouloir pour apporter leur pierre à l’édifice du Djihad. Ce chauffeur livreur qui a été abattu au bout de sa course folle, n’a pas l’excuse d’être un banlieusard en déshérence. Né en Tunisie, il était venu en France seulement en 2011. On aura du mal à faire jouer la corde du ressentiment bien compréhensible d’un immigré rejeté et marginalisé par le racisme ordinaire des Français. Que le Djihad attire plus particulièrement des déséquilibrés ce peut être un fait, mais ce n’est pas l’explication d’une doctrine, c’est comme si on expliquait Hitler en invoquant sa folie. Les attentats de Nice semblent cependant amener un tournant dans la façon dont les Français regardent le djihadisme sur leur propre sol. Le monde titrait le 16 juillet sur les motivations troubles de Bouhlel. Mais on peut en dire autant de tous ceux qui passent à l’acte. On peut même ajouter que si l’EI en est à recruter des semi-idiots, c’est qu’il n’est pas capable de recruter mieux. La question reste entière : quelle est cette culture de mort dans laquelle les assassins baignent et qui justifie ces crimes ? La logique de ces attentats existe cependant au-delà des déterminations individuelles, et l’intensification constatée en 2016 arrive avec le déclin de Daesch en Syrie et en Irak.

     

    Ebauche de solutions

      Notes sur l’attentat islamiste à Nice

    Néanmoins il semble maintenant que l’on soit au pied du mur pour changer notre regard sur ce phénomène, sur cette guerre qui ne dit pas son nom. En effet, il faut parler de guerre, même si c’est d’une guerre d’un nouveau genre dont il s’agit. Daesch est une entreprise de destruction massive qui possède un armement conséquent, des chars, des blindés légers, des lances roquettes et des soldats. Cette armée conquiert ou essaie de conquérir des territoires et de s’y installer, le terrorisme extérieur à ces territoires assure à la fois sa propagande, ses recrutements et mobilise des forces dans les pays visés. La lutte contre l’islamisme radical passe par la réunion de nombreuses conditions. Parlons ici pour la France.

    1. il est une évidence première que la classe politique dans son ensemble est coupable. D’abord parce qu’elle n’a jamais pris vraiment la mesure de ce terrorisme. Juppé était premier ministre en 1995 lors des attentats dans le métro parisien. Ensuite parce qu’elle étale ses divisions au lieu de s’unir pour combattre au nom de la défense des intérêts de la France. Cette classe incompétente acquise à la nécessité de la mondialisation sur le plan économique a désarmé l’Etat dans les autres domaines. L’Union européenne est forcément une passoire, elle a fait de l’ouverture maximale de ses frontières – pourtant jamais définies – son crédo. Il va de soi qu’il y a une impossibilité de lutter contre le terrorisme si de l’autre côté on prône l’ouverture indéfinie de nos sociétés et la destruction de leurs traditions. On voit ici qu’au moins sur le thème de la lutte contre le terrorisme la classe politique française doit se ressaisir, faire profil bas et s’unir pour prendre des décisions fortes pour le bien du pays ;

    2. ensuite il existe des textes de lois – pas besoin d’en voter de nouvelles – qui condamnent l’appel au crime et qui donc permettrait de fermer et d’interdire les mosquées salafistes ou wahhabites. On sait depuis au moins 20 ans, et même un peu plus que dans ces mosquées, outre que l’on recrute à tour de bras pour des entreprises, il y a de véritables arsenaux dissimulés. De la même façon on peut expulser évidemment tous les imams étrangers qui prêchent la haine de la démocratie et de la laïcité. Je pense que dans les jours qui viennent c’est ce qui va se faire. Il est aussi inadmissible que des imams salafistes puissent aller convertir à l’islam dans les prisons françaises. Ces imams n’ont souvent aucun statut véritable et jouent un rôle qu’on ne cesse de dénoncer depuis des années.  

    3. il va de soi qu’il faut par ailleurs hâter la défaite de Daesch en Syrie et en Irak. Cette défaite tarde parce que les occidentaux et les Russes sont en désaccords sur les objectifs de la guerre, les premiers voulant régler en même temps le sort de Daesch et celui de Bachar El Assad sur l’insistance des Américains. Il est temps de réviser les priorités. Daesch est en effet un symbole fort : Daesch éradiqué, il s’ensuivra naturellement une déradicalisation progressive des esprits moutonniers qui ne suivent Daesch parce qu’ils croient que Daesch est fort et gagne ;

    4. il faut cesser de faire des concessions sur la question de la laïcité et du voile et autres attributs d’un communautarisme agressif qui en arrive même parfois à faire annuler les fêtes de Noël traditionnelles pour ne pas heurter les musulmans. Ces concessions qui ont lieu de partout en Europe donnent l’image de nations faibles où il est possible de prendre le pouvoir rapidement en instaurant une guerre entre communautés religieuses différentes. Des quartiers entiers de Londres, de la région parisienne ou encore de Bruxelles sont déjà laissés aux mains des salafistes qui les administrent plus ou moins directement.

      Notes sur l’attentat islamiste à Nice

    5. il faut également interroger directement l’Islam : en effet, l’islamisme radical si bien évidemment n’est pas partagé par l’ensemble des musulmans est aussi une partie de l’Islam. Au nom de la lutte contre l’islamophobie, il est malsain de laisser croire qu’il n’y aurait pas de liens entre les deux[5]. Interroger les rapports qu’il y a entre l’Islam et l’Islam radical est une urgence qui doit être encouragée.

     

     


    [1] http://www.lejdd.fr/Politique/Alain-Juppe-Il-faut-imaginer-un-pacte-avec-les-musulmans-766719

    [2] http://www.rfi.fr/france/20160715-politique-hollande-valls-attentat-nice-polemique-securite-enfle

    [3] http://www.marianne.net/gilles-kepel-logiciel-terroristes-change-notre-classe-politique-est-nulle-100244452.html

    [5] http://www.cclj.be/actu/politique-societe/il-faut-cesser-dire-que-etat-islamique-daesh-ce-est-pas-islam

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  •  Macron et la bataille du rien

    En apparence tout est simple : Macron se lance pour tester ses chances quant à l’élection présidentielle de 2017. Il a de puissants appuis dans l’oligarchie, il est clairement le candidat du patronat et des médias subventionnés. Regardez la photo ci-dessus, elle a été prise lors du ridicule meeting de la Mutualité le 12 juillet 2012. Que voit-on ? Macron au milieu d’un rassemblement de vieux bourgeois sinistres et compassés qui sont venus se faire plaisir à l’entendre s’en prendre au « système ». Car c’est maintenant la tarte à la crème de la politique, les gens de droite, bien nés, se présentent comme des « rebelles » hostiles au « système » des gens en place. Mais qui sont ces gens en place ? Ces gens qui bloqueraient selon Macron la marche en avant du progrès ? Les syndicalistes sans doute, la CGT en particulier, les travailleurs accrochés à leurs droits comme la moule au rocher ! C’est dans la lignée des discours antérieurs de Macron, les entrepreneurs – comprenez le patronat – ont la vie bien plus dure que les salariés. Et d’ailleurs on comprend qui sont les victimes quand on voit les riches de plus en plus riches, gémir sur l’atrocité de la pression fiscale, sur l’impôt confiscatoire. Les pauvres sont bien mieux lotis, la preuve, ils ne se plaignent pas de la lourdeur des impôts à longueur de colonne.

    Macron compte sur ses capacités de beau parleur pour séduire les vieux bourgeois du seizième. Car c’est ça son créneau. Il joue les gendres affectueux auprès des vieilles mamies en espérant qu’elles le coucheront sur leur testament. Car Macron contrairement à ce qu’il dit aime d’abord les vieux et les vieilles, tout l’indique dans son parcours, que ce soit son mariage ou que ce soit ses relations avec François Hollande et Jean-Pierre Jouyet son mentor.

     Macron et la bataille du rien 

    Certes il n’a aucune idée en dehors du catéchisme du MEDEF et il répète de façon stupide et maniaque le mantra de la flexibilité. Rien de nouveau, et lors de son meeting à la Mutualité les journalistes ont été incapables de citer une idée nouvelle et concrète qui aurait germé de son cerveau. Car l’homme pressé brasse du vent et ça se voit. Vous me direz que tous les hommes politiques sont un peu comme ça. Macron dans le genre est le pire. Voilà un fils de la haute bourgeoisie qui vient de l’ENA et de la banque Rothschild et qui nous explique qu’il est là pour bousculer les choses ! Mais pire encore, il ne nous dit rien du bilan calamiteux sur le plan économique de son passage auprès de François Hollande. Car il est un fait que ce petit cumulard qui a sous-estimé ses biens pour éviter de payer l’ISF, a été le responsable sur l’ensemble du quinquennat de la politique économique foireuse de François Hollande, d’abord en tant que conseiller à l’Elysée, ensuite en étant ministre de l’économie.

     Macron et la bataille du rien 

    Macron va faire la réponse habituelle si sa politique très excellente n’a pas eu le succès escompté, c’est à cause du « système ». Ah, si on l’avait laissé faire ! J’ai pointé par ailleurs l’efficacité des mesures Macron : c’est 900 emplois créés grâce aux lignes de bus, et 20 000 emplois grâce au CICE : mais le CICE coûtant 20 milliards d’euros par an, ça équivaut à ce que l’Etat subventionne chaque emploi à hauteur de 100 000 euros !

    En attendant, la tension entre Hollande et Macron ne va faire que monter dans les semaines qui viennent. En effet, le président avait nommé Macron pour se donner un coup de jeune, pour montrer combien il était moderne et audacieux, il devait penser sans doute que cela lui servirait pour se présenter à nouveau à l’élection présidentielle. Mais voilà maintenant que le ministre de l’économie le menace sur sa droite, tandis que Mélenchon le menace sur sa gauche. Que lui reste-t-il, à part gémir sur la trahison de son jeune protégé ?

     Macron et la bataille du rien 

    Probablement la seule satisfaction qu’Hollande aura de la fin sinistre de son quinquennat est que Macron va se prendre une vraie gamelle aux élections présidentielles… s’il se présente. Il est assez facile de comprendre pourquoi. Les électeurs de gauche savent que Macron est à droite, qu’il est seulement le porte-parole des banques, et les électeurs de droite ont déjà leur candidat. Macron c’est juste le Jean Lecanuet d’aujourd’hui[1]. C’est en effet à ce politicien complètement oublié aujourd’hui[2] qu’il emprunte son slogan qui est aussi le titre de son mouvement En marche ! Et c’est à lui qu’il emprunte son positionnement ni droite, ni gauche, en même temps que sa fausse décontraction. Il y a cependant une différence entre Macron et Lecanuet, c’est que ce dernier n’avait pas ce côté gourou halluciné que Macron déploie dès qu’il s’agit de s’adresser à une foule. Il y a un aspect évangéliste chez Macron qui sous-entend une certaine forme de folie. C’est un homme qui s’intoxique assez facilement avec ses propres paroles, et c’est sans doute pour cela qu’il ne voit pas venir sa défaite pourtant programmée tout autant sinon plus que celle d’Hollande.

     



    [1] Je n’ai aucun mérite à faire ce rapprochement, même Le point journal subventionné s’en est aperçu http://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-macron-reincarnation-de-jean-lecanuet-07-04-2016-2030613_20.php

    [2] San-Antonio avait fait de celui-ci sa bête noire, utilisant le terme « Canuet » comme une sorte de juron. 

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  • Chronique du Brexit VII : la politique européenne sans boussole  

    Le Brexit d’une manière ou d’une autre va laisser des traces. D’abord parce que la politique économique globale de l’Union européenne est de plus en plus contestée, et que pour beaucoup c’est cette politique qui est à l’origine du départ des britanniques. On s’agite donc dans deux sens très différents et pas forcément compatibles, d’un côté on recherche de nouveaux pays à intégrer pour remplacer le Royaume Uni, et de l’autre on pose la question de l’efficacité de la politique européenne. 

    Renouveler la politique d’élargissement 

    La sortie du Royaume Uni semble maintenant actée et donc il faut la remplacer par quelque chose. Le président américain, comme ce n’est pas son rôle, a plusieurs fois mis en garde les Européens, il faut selon lui préserver la construction européenne, sans doute parce que maintenant il est clair que le but des Etats-Unis est d’arrimer l’Union européenne à leur pays pour contrer le possible développement d’un axe économique et politique Moscou-Pékin. En filigrane, il propose, par OTAN interposé, que l’Ukraine intègre l’Union européenne[1]. Dans le même temps on assiste à des manœuvres étranges. D’un côté, nous avons l’Allemagne qui tente de pousser à l’accélération de l’entrée de la Turquie, malgré la très grande réticence des pays comme la France, et de l’autre, nous avons Erdogan qui, après une longue brouille, cherche à briser son isolement en se rapprochant de la Russie et d’Israël[2] ! Un peu comme si la Turquie exerçait un chantage direct pour négocier son entrée dans l’Union européenne.

     Chronique du Brexit VII : la politique européenne sans boussole 

    Une femme au milieu des décombres après le double attentat à la voiture piégée à Reyhanli Cem 

    Mais les choses sont confuses, parce qu’en même temps, il semble bien qu’Erdogan ait, après l’avoir discrètement soutenu en sous-main, choisi de laisser tomber Daech. Et donc on peut en déduire que les attentats qui ont ensanglanté la Turquie ces derniers mois sont le résultat de ce retournement[3]. Cependant ces attentats montrent que la Turquie est un Etat en déséquilibre dans la région, et aussi que son rapprochement avec la Russie peut nuire à son intégration dans une Europe qui continue de croire à l’efficacité des sanctions économiques contre la Russie. Tout cela est d’autant plus compliqué que l’économique turque est en perdition et qu’elle voit elle-même l’Europe comme une possibilité de relancer sa croissance.

    Au-delà de ces considérations importantes la question qui se pose est la suivante : remplacer le Royaume Uni par la Turquie n’est-ce pas pour beaucoup d’Européens rabaisser encore un peu plus l’Union européenne ? La Turquie d’Erdogan a une très mauvaise réputation, d’abord parce que le parti au pouvoir avance vers une islamisation rampante de la société, et ensuite parce qu’elle a une attitude anti-démocratique vis-à-vis des oppositions, mais aussi vis-à-vis des minorités kurdes par exemple. Quelle que soit la volonté de la bureaucratie européiste et de l’Allemagne, il ne semble pas que l’adhésion de la Turquie soit possible avant très longtemps, ne serait-ce que parce qu’il faudra la ratifier. L’Europe est une fois de plus divisée sur cette question.  En attendant, la bureaucratie européenne verse énormément de subventions à la Turquie aussi bien dans le cadre de la pré-adhésion depuis des années, que dans celui de la politique de gestion des migrants depuis 2015. La somme globale doit certainement être supérieure à 2 milliards d’euros[4]. Cette politique d’aide est destinée à nous faire admettre que la Turquie est déjà un peu dans l’Europe, et que son adhésion n’est qu’une question de temps. 

    Le retour de la question de la dette 

    La question de la politique économique est en train de faire son grand retour à Bruxelles. La politique de QE de la BCE avait mis entre parenthèse l’idée selon laquelle la priorité était plutôt la croissance que la question des déficits. Et à la suite du Brexit, on a vu un certain nombre de ministres des affaires étrangères s’avancer pour dire que si l’Union européenne ne plaisait guère aux peuples, cela provenait d’une trop grande fermeté dans la gestion des déficits budgétaires. Jean-Marc Ayrault, le ministre des affaires étrangères de la France, avançait que pour retrouver une Union européenne attractive et enthousiasmante, il fallait que celle-ci aille vers plus de solidarité, autrement dit qu’elle abandonne l’idée des ajustements budgétaires unilatéraux. Cela pourrait aller dans le sens des idées de Macron qui proposait un ministère de l’économie pour l’ensemble de la zone euro[5]. Mais cela pourrait vouloir dire aussi une inversion de la logique austéritaire qui avance que pour retrouver la croissance il faut d’abord équilibrer le budget.

     Chronique du Brexit VII : la politique européenne sans boussole 

    La réponse ne s’est pas fait attendre, elle s’est déployée en deux temps. D’abord Schaüble, le docteur Frankenstein de l’économie allemande a refusé catégoriquement cette tendance au fédéralisme et a, au contraire, demandé à ce que l’on fasse preuve de plus de rigueur encore[6]. En véritable patron de l’Union européenne, il a donc imposé qu’on poursuive maintenant le Portugal et l’Espagne – qui n’a toujours pas de gouvernement – pour dépassement excessif dans le déficit budgétaire ! La logique présentée par Schaüble est imparable : ça ne sert à rien de faire des traités si on ne les respecte pas[7]. Pour compléter son information il faudrait ajouter qu’il ne sert à rien de faire des règles qu’on ne peut pas respecter : on connait l’effet de l’austérité budgétaire, cela entraîne nécessairement une contraction de la demande qui entraîne à son tour une contraction de l’offre et donc une contraction des recettes budgétaires et un déficit aggravé. C’est ce que connaissent les Grecs depuis 2010, avec au bout la récession et le chômage.

    L’idée défendue par Schaüble et les commissaires européens, Moscovici en tête, repose sur le travail de Reinhardt et Rogoff qui avance que quand la dette publique dépasse 90% du PIB, celle-ci conduit directement à la récession[8]. En 2013, quelques jeunes étudiants en économie ont démontré que non seulement les résultats de Reinhardt et Rogoff avaient été  bidouillés pour faire plaisir aux commanditaires, mais qu’en réalité en suivant le protocole de ces deux économistes, on arrivait au résultat inverse selon lequel la dette est bonne pour la croissance[9] ! On se souviendra d’ailleurs qu’en 1945 Mendès France avait démissionné de son poste de ministre des finances  justement parce qu’il ne voulait pas suivre le général De Gaulle dans l’application du programme du CNR qui selon lui aurait plombé la croissance future, il voulait l’austérité d’abord. Et comme on le sait le général De Gaulle ne l’a pas écouté et la dette de la France a disparu en 5 ans, avec beaucoup de croissance et un peu d’inflation. 

     Chronique du Brexit VII : la politique européenne sans boussole

    Pierre Mendès France s’est trimballé une réputation de bon connaisseur de l’économie – tous ceux qui mettent en avant le parler-vrai – le disent, mais finalement il s’est révélé moins bon en la matière que le général qui passait au contraire pour ne rien entendre aux questions économiques. Mais peu importe tout cela, ce qui est étonnant aujourd’hui c’est qu’alors que la Grèce n’en finit pas de s’effondrer, que l’Espagne et le Portugal connaissent des taux de chômage extravagant, et que l’Union européenne est détestée un peu partout sur le continent, Schaüble et la Commission européenne persistent dans une politique qui perd !

    Mais ce n’est pas cela qui est le plus important, même s’il est bon de le rappeler. La logique que l’Allemagne impose à la zone euro va conduire à la mise en œuvre de sanctions qui alourdiront les déficits budgétaires au Portugal et en Espagne. Cette rigueur imbécile va mécaniquement gonfler les flots des eurosceptiques dans les pays du Sud. En effet pourquoi les Portugais et les Espagnols continueraient ils de se faire torturer sans réagir par une Europe bureaucratique et sans cœur ? Le danger a été immédiatement souligné par Martin Schulz le président du Parlement européen[10]. En effet si on veut pousser les pays à sortir encore plus rapidement de l’Europe, donnons tous les pouvoirs à Schaüble ! Mais quelle est sa stratégie ? Veut-il pousser d’autres pays à la sortie ? Pense-t-il sérieusement que la France resterait dans une Europe réduite à la zone mark, compte tenu des tendances eurosceptiques dans ce pays ? Je rappelle que par ailleurs Schaüble est de ceux qui veulent accélérer le processus de divorce entre l’Union européenne et le Royaume Uni. 

    De la sortie du Royaume Uni à la sortie de l’Italie 

    Chronique du Brexit VII : la politique européenne sans boussole

    Il y a encore quelques années parler de la sortie de l’Italie aurait fait sourire. Mais aujourd’hui c’est une option à prendre au sérieux. Comme le montre l’article que Jacques Sapir auquel nous empruntons le graphique ci-dessus, l’Italie ne s’est jamais relevée de la crise de 2008[11]. Son PIB n’est toujours pas revenu au niveau qui était le sien avant la crise, mais compte tenu des inégalités croissantes, cela veut dire que la pauvreté a augmenté dans ce pays. L’écart entre le trend d’avant la crise et la réalité observée est mesuré par la surface en rouge. Ce qui veut dire clairement que le fonctionnement de l’Union européenne s’il a permis rapidement à l’Allemagne de retrouver le chemin de la croissance, a bloqué au contraire l’Italie, et cela malgré les réformes initiées par Renzi. Aujourd’hui l’Italie est confrontée à deux problèmes. Le premier concerne ses banques qui sont au bord de la faillite, et le second concerne les institutions[12]. Depuis des mois l’Italie ne sait plus quoi faire pour sauver ses banques de la faillite, l’Union européenne lui refuse la possibilité que l’Etat prenne en charge la recapitalisation – évaluée à 40 milliards d’euros – du secteur au double motif que cela alourdirait la dette publique, et que cela ressemblerait à une nationalisation rampante du secteur. Ensuite Renzi joue sa survie politique dans le vote de la réforme constitutionnelle à la rentrée prochaine. En effet s’il était désavoué, les Italiens devraient retourner aux urnes et élire une nouvelle chambre. Pour l’instant le « non » caracole ne tête des sondages, mais ce non à Renzi pourrait se transformer en un « non » à l’Europe si le M5* l’emportait. On rappelle que le Brexit a eu un effet immédiat et fort sur les titres bancaires italiens, accélérant la décomposition du secteur. Il va de soi que la sortie de l’Italie accélérerait fortement le processus de dissolution de l’Union européenne. 

    De la corruption de la Commission européenne 

    Chronique du Brexit VII : la politique européenne sans boussole 

    Barroso qui a été le président de la Commission européenne pendant dix ans vient de rejoindre Goldmann & Sachs, la sulfureuse banque américaine qui a joué un rôle éminent dans le déclenchement de la crise des subprimes. Tout de suite on s’est inquiété pour dire que cela était inadmissible, une honte, etc.[13]. Pour beaucoup cela tombe à un mauvais moment. Mais enfin, il ne faut pas trop accorder d’importance à cette affaire, d’une part parce que Barroso a été pris de longue date la main dans le sac de la corruption pour ses relations avec le groupe Latsis, et d’autre part parce que le nouveaux président de la Commission européenne, le luxembourgeois Juncker, est lui aussi accusé de corruption pour sa gestion de l’optimisation fiscale des multinationales au Luxembourg. En vérité ce n’est pas seulement Barroso qui fait la preuve de sa corruption passé en rejoignant Goldmann & Sachs pour services rendus – la liste est longue des hommes que cette banque a placé au cœur du système institutionnel européen – mais c’est toute la Commission européenne qui est corrompue. Comment voulez-vous autrement qu’elle autorise finalement l’usage des produits de Monsanto ? Tous les commissaires européens se sont recasés en fonction des intérêts qu’ils ont servis durant leur mandat, de Vivianne Reding, de Siim Kalas à Karel de Gucht[14]. Il ne sert à rien de crier après ce système, il démontre simplement que les intérêts des banques et des multinationales sont imbriqués dans les intérêts personnels des membres de la Commission européenne. Etant donné que la Commission européenne est l’instrument personnel des lobbies, on ne peut pas vraiment parler de corruption : c’est la même chose. 

    Conclusion

    Comme on le voit, les nouvelles de l’Union européenne sont très mauvaises sur tous les plans, et ce ne sont pas les facéties de Barroso ou de Schaüble qui vont améliorer son image de marque, relancer l’espoir d’une « autre Europe ». On retombe cependant sur deux approches de la crise institutionnelle de l’Europe, d’un côté l’Allemagne qui ne veut rien changer, et surtout pas s’engager dans la voie d’une plus grande solidarité entre les nations et donc qui cherchera à compenser la sortie du Royaume Uni par de nouvelles adhésions, et de l’autre une approche, française disons pour aller vite, qui pense que la solution est dans plus de fédéralisme, quitte à diminuer le périmètre de l’Union européenne. Cette opposition fait apparaître maintenant l’Europe comme un navire sans gouvernail, à la dérive, livré au bon gré de la météorologie économique et sociale.

     

     


    [2] https://www.letemps.ch/monde/2016/06/28/virage-diplomatique-erdogan

    [3] http://www.humanite.fr/la-turquie-derdogan-et-daech-604106

    [4] http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/6-milliards-d-euros-de-subventions-70798

    [5] http://www.lepoint.fr/economie/le-plan-d-ayrault-pour-la-zone-euro-27-06-2016-2050023_28.php

    [6] http://www.lopinion.fr/edition/international/wolfgang-schauble-veut-profiter-brexit-imposer-rigueur-budgetaire-a-l-105909

    [11] http://russeurope.hypotheses.org/5079

    [12] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/oubliez-le-brexit-le-vrai-risque-pour-l-ue-pourrait-venir-d-italie-584582.html

    [14] https://resistanceinventerre.wordpress.com/2015/11/02/leurope-du-pantouflage-se-construit-a-bruxelles/

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  • Le football et l’anti-France 

    L’euro de football est une compétition qui a lieu tous les quatre ans et qui est censé désigner à son terme la méilleure équipe nationale du moment. La France a été engagée dans cette compétition sans passer par les qualifications, en vertu du fait qu’elle  était le pays hôte. Le football n’est pas quelque chose de tout à fait sérieux, et les salaires pharaoniques des joueurs laissent perplexes. Le mercato de l’été et celui de l’hiver qui permet d’évaluer sur le marché la valeur des joueurs comme on le fait dans une foire aux bestiaux ce qui est un reflet assez logique du règne de l’argent sur les choses de ce monde. Mais le football n’est pas seulement un jeu qui enthousiasme les foules, c’est aussi le lieu de rancœurs assez incompréhensibles. C’est ainsi que depuis le début de la compétition, une partie des Français soutient l’équipe de France, et l’autre passe son temps à la dénigrer. Dans ce travail de dénigrement systématique on trouve depuis quelques mois tout et n’importe quoi. Ce fut d’abord Cantona qui se mit à délirer sur l’éviction de Benzema. Son idée pourrie était que Deschamps en tant que raciste patenté n’avait pas voulu inviter à cette fête des joueurs d’origine maghrébine. De là à le taxer d’islamophobie, il n’y a qu’un pas. Mais on ne voit pas pourquoi si Deschamps était raciste il inviterait autant de noirs dans l’équipe, et la sélection d’Adil Rami qui fit les quatre premiers matches du tournoi montre que cette assertion frise la débilité mentale. Mais malgré cette lourdeur, cette idée divise et renforce la haine communautariste.

      Le football et l’anti-France

    Mais comme si cela ne suffisait pas, on assiste à un phénomène étrange depuis le début de la compétition : à chaque victoire des Français, il se trouve une partie de la population pour affirmer sa haine. Si la France bat l’Albanie et la Roumanie, sa victoire est poussive et c’est que le tirage a été clément. Si on bat largement l’Islande qui pourtant a sorti les Anglais, c’est que cette équipe est faible. Ceux-là nous avaient prévenus que contre l’Allemagne en demi-finale, ce serait autre chose. On sentait qu’intérieurement ils souhaitaient la victoire de l’Allemagne en vertu du fait qu’il est une quasi-obligation que d’admirer ce grand pays. Mais voilà l’Allemagne a perdu 2 à 0. Donc ce qui signifie que les Français ont marqué deux fois tandis que les Allemands étaient incapables de le faire une seule fois. Pensez-vous que cela suffise aux détracteurs de l’équipe de France ? Non, évidemment, donc ils commencent par nous dire que l’arbitre était italien, ce qui veut tout dire selon ces gens, il est acheté et peut-être en outre il a la rancœur d’avoir vu son équipe éliminée par l’Allemagne. Donc s’il accorde un penalty à l’équipe de France, ce ne serait pas mérité. Bien, nous savons qu’il y a dans ce sport des penaltys qui son immérités, ça arrive même assez souvent. Mais les ralentis nous montrent que sur un coup de pied arrêté, Schweinsteiger, le capitaine allemand touche le ballon de la main en levant le bras pour empêcher manifestement Evra de prendre le ballon de la tête. Ce qui donne un penalty transformé par Griezmann. Ce qui permet à la France de mené 1 à 0.

      Le football et l’anti-France

    Et puis voilà qu’après une domination stérile de l’Allemagne la France va marquer un nouveau but. Cette fois c’est sur une frappe de Pogba qui oblige Neuer à sortir pour éviter que Giroud ne marque un but de la tête. Le ballon retombe dans les pieds de Griezmann qui marque. Ce qui fait 2 à 0. Tout cela serait anecdotique et peu passionnant pour ceux qui n’aiment pas le football, si cela ne révélait pas autre chose. En effet de savantes dissertations nous expliquent que tout de même ce sont les meilleurs, c’est-à-dire les Allemands, qui pourtant se sont révélés incapables de marquer un seul but, qui ont perdu. Et que même l’équipe italienne qui a été éliminée par l’Allemagne aurait bien plus mérité que l’équipe de France de battre l’Allemagne !! Mais il se trouve que l’Italie n’a marqué qu’un seul but et donc qu’elle s’est trouvée en difficulté ultérieurement dans la séance des tirs aux buts.

    D’autres vous diront que si la France est arrivée en finale, c’est qu’elle a été protégée. Mais cette idée imbécile tombe d’elle-même puisqu’elle se trouvait dans le même groupe que l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne considérées comme les favorites du tournoi. Il y a donc tout un courant qui considère que dès que la France gagne quelque chose, fut-ce un tournoi de football un peu dérisoire, c’est forcément immérité. Ce sont les mêmes qui étaient certains que le point faible de l’équipe de France c’était sa défense qui ne comprennent pas pourquoi cette équipe a si bien défendu contre l’Allemagne. On voit donc que ce qui se mélange ici c’est une méconnaissance des règles élémentaires du football à un discours antipatriotique. C’est cela qui pose problème.

      Le football et l’anti-France

    L’exemple type de cette mauvaise foi est révélé par l’article du Monde sur cet événement sportif[1]. L’article est entièrement écrit pour montrer que la France finalement a usurpé la victoire. Mais on sait que par ailleurs Le monde est le dernier et le plus acharné des défenseurs de l’Europe sous domination allemande. Représentant officiel du politiquement correct, il faut pour ce journal démontrer qu’on n’est pas chauvin, et pour se faire soutenir à l’inverse l’Allemagne ! Qu’on se refuse au chauvinisme, soit, mais pourquoi choisir de faire de l’Allemagne son favori ? Pour moi la réponse est assez simple pour des raisons historiques qui rongent encore l’Europe institutionnelle, certains considèrent que l’Allemagne est le pays leader depuis au moins la défaite de 1940, et donc qu’il nous faut d’une manière ou d’une autre admettre sa domination, admettre que nous Français nous sommes des nuls. Il n’est pas rare d’ailleurs de laisser entendre que Merkel est une grande dame sur le plan politique et Hollande un fieffé imbécile. Certes je ne défendrais pas Hollande pour toutes les raisons qu’on imagine, mais je ne vois pas en quoi Merkel serait beaucoup mieux. Ce sont très exactement les mêmes politiciens rancis.              

      Le football et l’anti-France

    Il est tout de même remarquable que les journaux allemands qui ont été déçus de perdre contre la France n’aient pas invoqué des raisons extra-sportives pour minimiser leur défaite. Mais ils considèrent plutôt que le penalty est de la faute de Schweinsteiger que de celle de l’arbitre. Mais les tenants de l’anti-France ne l’entendent pas ainsi et à l’instar du Monde montent des raisonnements biscornus pour venir en aide à l’Allemagne qui n’en demande pas tant.

    Pour ma part je crois que l’exemple du journal Le monde est emblématique de cette catégorie de la population qui n’aime pas le football parce que d’abord c’est un sport populaire, et qu’en outre les Français d’origine africaine y sont très largement représentés : l’inconscient parle, et ceux qui se targuent d’un antiracisme militant qui hurlent à l’islamophobie à tout bout de champ, détestent ce sport où justement les noirs brillent[2].

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/euro-2016/article/2016/07/07/euro-2016-les-bleus-se-hissent-en-finale-en-battant-l-allemagne_4965864_4524739.html

    [2] Paul Yonnet, dans Jeux, modes et masses, Gallimard, 1986 avait en son temps démonter cette façon idéologique de regarder le sport comme un simple système d’aliénation. Pierre Borudieu était particulièrement visé.

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