•  Manœuvres de la droite pour contourner le mouvement social

    Pour la bonne compréhension de ce texte, je tiens à souligner que je ne suis pas syndiqué et que j’ai plutôt en général un regard critique sur l’action de la CGT. 

     

    L’oligarchie face à la révolte 

     

    Le mouvement s’étend, et la pénurie de carburant qui pour l’instant est assez bien tolérée par la population se généralise. Une campagne de déstabilisation du mouvement social est en cours. La manœuvre est double : d’une part isoler la CGT, d’autre part tenter de faire signer les syndicats récalcitrants sur des points secondaires, mais surtout ne pas toucher au cœur de la loi El Khomri.

    La droite a sorti l’artillerie lourde à travers sa presse généralement subventionnée par le gouvernement. Deux motifs sont généralement avancés : d’une part la CGT a des problèmes internes et s’en fout des salariés et donc elle règle ses comptes par grève interposée. La variante est que la CGT perd du terrain aux élections professionnelles par rapport au syndicat jaune, et donc qu’elle est pour cela jusqu’au-boutiste. Ça c’est la critique qu’on peut lire dans des journaux anciennement réputés de gauche, comme L’Obs ou Le monde. La jeune journaliste de L’Obs qui a déjà le désir d’aller très loin dans la soumission, au lieu de se faire une opinion par elle-même, elle est allée interviewer un journaliste des plus obscurs qui lui a sorti les arguments éculés sur la bureaucratisation de la CGT. Ces fins analystes oublient complètement deux éléments majeurs :

    1. La CGT n’a pas initié ce conflit, ni son durcissement, elle l’a accompagné, ce qui n’est pas la même chose, même si dans les entreprises beaucoup de militants cégétistes ont fait un gros travail d’explication de la loi El Khomri et notamment du cœur de cette loi qui est le fameux article 2, soit l’inversion de la hiérarchie des normes ;

    2. Que la CGT n’est pas isolée, et même qu’elle a réussi à refaire une unité syndicale avec FO, FSU, SUD et d’autres syndicats moins importants. Mais le but de la manœuvre de la droite est de laisser croire qu’elle est isolée et minoritaire. Or pour l’instant, c’est plutôt la CFDT qui est minoritaire et isolée sur le dossier de la loi El Khomri.

     Manœuvres de la droite pour contourner le mouvement social

    Dire que la CGT a des visées opportunistes pour son syndicat est un truisme, mais ce qui compte c’est de savoir si elle est en phase avec le mouvement social. Il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’aujourd’hui un large mouvement de grève ne se décrète pas par le haut, il faut qu’il y ait une volonté très forte de la base. On ne manipule pas un mouvement qui dure depuis trois mois maintenant simplement avec des logiques d’appareil. Ça pour le coup c’est une vision bureaucratique de la  lutte sociale.. 

    Manœuvres de la droite pour contourner le mouvement social 

     

    Charge médiatique contre la CGT 

     

    Le second angle d’attaque est venu des journaux directement à la solde du patronat : Le point, L’express. Mais également de l’abominable Gattaz[1]. L’argument qui est cette fois mis en avant, c’est la défense directe du capitalisme et de la liberté de travailler. D’où les propos du patron du MEDEF de parler des voyous de la CGT. Gattaz, héritier de l’empire de son père, optimiseur fiscal qui paye 3% d’impôt sur le revenu et qui pourtant a touché 870 000 euros du CICE sans créer un seul emploi[2], a ressorti tous les clichés les plus éculées : la CGT discrédite la France et fait fuir les investisseurs étrangers, la CGT est un facteur de chômage. Évidemment il laisse ainsi entendre que les délocalisations c’est la faute de la CGT qui, à cause de son attitude jusqu’au-boutiste rend les entreprises françaises de moins en moins compétitives.  Mais il est facile de voir que si les Français doivent faire des efforts pour être compétitifs avec les ouvriers pakistanais, il y a un énorme effort à faire. Et que dans ce cas, il vaut mieux en finir avec la mondialisation une bonne fois pour toute. L’Obs et Le Figaro ont été cherché la presse étrangère vendue pour conforter le fait que le mouvement social fait du tort à la France[3]. Pour les rassurer, on peut leur dire que le mouvement social n’est pas spécifiquement français, mais qu’au contraire il s’enflamme aussi en Belgique, en Grèce et reprend pied en Espagne.

    Manœuvres de la droite pour contourner le mouvement social  

    Il faut dire aussi que les cégétistes ont empêché la presse de paraître au moyen d’une grève qui a été dénoncée comme un chantage[4]. Le prétexte a été que la CGT exigeait que les journaux subvention par l’Etat, c’est-à-dire par nos impôts, publient également le point de vue de la CGT. La canaille journalistique a laissé entendre que c’était là une atteinte intolérable à l’information. Venant de gens habitués à désinformer c’est cocasse. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui s’attaquent au financement des syndicats par d’hypothétiques subventions[5]. Mais Le point se garde bien de dire que chaque année il engrange 20 millions d’euros de subventions étatiques pour nous bourrer la caisse. En outre, on ajoutera que non seulement la masse de la population manifeste une grande méfiance à l’endroit des journaux et des journalistes, mais en outre, plus personne ne les lit sous la forme papier. Comme on le sait la disparition de la presse imprimée est déjà prévue, voir le graphique ci-après. 

    Manœuvres de la droite pour contourner le mouvement social

     

     

    Gouverner contre le peuple 

     

    La grève dans les raffineries, les blocages, l’extension des arrêts de travail prévus dans le secteur des transports ont fait ressortir les vieux arguments du temps de la guerre froide du placard. Quand ce n’est pas Martinez qui est caricaturé en Staline d’opérette, ce sont les ministres P « S » qui reprennent les éléments de langage de la droite la plus traditionnelle en parlant de « la France prise en otage par une minorité »[6]. Tout le monde à remarquer qu’en 2010, Valls et Hollande n’avaient pas de mots assez durs pour critiquer Fillon et Sarkozy dans la manière de gérer les mouvements de grèves[7]. Cette comparaison fait apparaitre les actuels locataires de l’Elysée et de Matignon comme de furieux hypocrites. Le simple fait que Valls et Sapin aient repris à la droite cette formule de la prise d’otages montre à quel point le P « S » est maintenant ancré dans une logique de droite plus ou moins assumée. Mais évidemment beaucoup ont fait remarquer qu’en la matière, c’était le gouvernement qui était minoritaire. Non seulement il n’a pas pu trouver de majorité pour faire passer son texte pourri et a dû avoir recours au 49-3, mais les sondages disent également :

    1. que la majorité des 2/3 ou des ¾ des Français est contre cette loi pourrie et donc soutiennent le mouvement ;

    2. que la cote de popularité de Hollande et de Valls est en chute libre, aucun des deux ne recueille un quart d’approbation[8].

    Cette baisse encore de la popularité de ces deux individus, entraîne également Macron dans sa chute. Certes il est vrai qu’Hollande en tant qu’européiste et larbin du grand capital a intégré cette habitude de gouverner contre le peuple. Mais le petit Macron moins bien expérimenté croyait pourtant son heure venue, mais il a déjà été obligé de renoncer à son meeting marseillais pour lancer son mouvement En marche ![9] . On note aussi qu’il a perdu son sang-froid lorsqu’il fut pris à partie par des manifestants et qu’il fit preuve de mépris et d’arrogance en se moquant de leur tee-shirt, arguant que si l’on voulait des beaux costumes comme lui on devait travailler un peu plus[10]. J’avais déjà repéré l’imbécilité de de gosse de riche, mais je pensais qu’il aurait tout de même un peu plus de tenue[11] ! Décidément la droite de gouvernement qu’elle soit dénommée « gauche » ou « ni gauche, ni droite » est de plus en plus vulgaire. 

     

    Manœuvre Hollandaise 

     

     Manœuvres de la droite pour contourner le mouvement social

    A ce point du blocage on ne voit pas comment le gouvernement peut s’en sortir. D’autant que les grèves s’étendent au-delà de la question de la loi El Khomri. C’est le cas chez Amazon par exemple où la grève est dure[12]. D’autres grèves sont programmées dans l’aviation civile, dans le nucléaire, à la RATP, à la SNCF. Et comme la grève s’étend aussi en Belgique[13], on voit bien que ce qui est en cause c’est aussi bien l’austérité passée que l’austérité à venir. Mais pour Hollande il n’est pas question de reculer sur le principal, à savoir l’article 2. Et cela pour deux raisons : la première est que déjà que sa crédibilité est au plus bas, il apparaîtrait encore plus comme un président velléitaire. La seconde est qu’en effet, si on ne veut pas des réformes du type El Khomri, il faut sortir de l’Europe. C’est ce que je répète depuis des mois et c’est ce que dit aussi Jacques Sapir[14]. Hollande va donc manœuvrer en essayant de diviser les syndicats. Par exemple en conservant sa loi pourrie, mais en donnant des miettes aux travailleurs de la RATP ou à la SNCF. Déjà la CFDT a retiré son préavis de grève[15]. On peut certes jusqu’où ira dans l’abjection ce syndicat, mais en tous les cas c’est une petite victoire pour Hollande. Il vient aussi d’être désigné comme Homme d’Etat de l’année 2016. Beaucoup ont souri, en réalité cette distinction décernée par la fondation The Appeal of Conscience visait non pas sa capacité à gérer les mouvements sociaux mais plutôt sa façon de traiter les douloureux problèmes liés aux attentats parisiens.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2016/05/30/la-charge-de-pierre-gattaz-contre-la-cgt-ils-se-comportent-comme-des-voyous_4928844_1656968.html

    [2]  http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20140701.OBS2295/comment-gattaz-a-fait-passer-les-impots-de-sa-societe-de-25-a-3.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/05/26/01016-20160526ARTFIG00160-la-crise-sociale-en-france-inquiete-aussi-a-l-etranger.php

    [4] http://www.lepoint.fr/medias/pourquoi-la-cgt-empeche-la-presse-de-paraitre-26-05-2016-2042218_260.php

    [5] http://www.liberation.fr/desintox/2016/05/24/la-fable-tenace-des-quatre-milliards-d-euros-d-argent-public-verses-aux-syndicats_1454835

    [6] http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN0YB0OT

    [7] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/05/25/25002-20160525ARTFIG00322-entre-2010-et-2016-le-discours-de-valls-et-hollande-sur-les-syndicats-a-bien-change.php

    [8] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/05/28/97001-20160528FILWWW00138-popularite-valls-plonge-sarkozy-remontebva.php

    [9] http://www.20minutes.fr/marseille/1853299-20160526-marseille-emmanuel-macron-annule-visite

    [10] http://www.huffingtonpost.fr/2016/05/28/video-costume-macron-pecheur-cgt_n_10178192.html

    [11] http://in-girum-imus.blogg.org/de-imbecillite-en-politique-l-exemple-de-macron-a120329584

    [12] http://www.liberation.fr/futurs/2016/05/25/greve-chez-amazon-sur-des-revendications-salariales-et-contre-la-loi-travail_1455178

    [13] La Belgique qui a un soi-disant gouvernement de droite connait très exactement les mêmes problèmes que nous.

    [14] http://russeurope.hypotheses.org/4988

    [15] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/greve-la-sncf-fait-de-nouvelles-propositions-les-syndicats-reflechissent-575067.html

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  •  Note sur le mouvement social en France et ailleurs

    Un gouvernement minoritaire 

    Après le passage en force de la loi dite El Khomri, le gouvernement croyait pouvoir souffler un peu. C’est raté. Le mouvement s’étend et va sans doute s’étendre encore. Il se déploie d’abord dans les raffineries. Jusqu’à avant-hier 6 raffineries sur 8 étaient bloquées ou à l’arrêt. Mais la brutalité avec laquelle on a évacué la raffinerie de Fos-sur-Mer[1] a décidé les deux dernières raffineries à se mettre à leur tour en grève. Passons sur le fait de savoir si le déblocage est légal ou s’il entrave le droit de grève. Manifestement le climat de la lutte de classes se tend, et le gouvernement révèle sa vraie nature. La droite officielle (Les Républicains, le FN) évidemment fustigent les grévistes et demandent à la droite non officielle (le P « S ») de faire le ménage été de ramener l’ordre. Le gouvernement multiplie les déclarations martiales imitées de la droite sarkozienne indiquant que le mouvement est minoritaire et donc qu’il doit se soumettre à la loi. Evidemment, c’est aujourd’hui le gouvernement qui est minoritaire : d’une part parce qu’il a dû recourir au 49-3 pour faire passer la loi maudite, mais d’autre parce que près de 75% des Français considèrent que cette loi, même amendée, est contraire aux intérêts des travailleurs[2]. Bref Hollande et son gouvernement se retrouvent dans une situation inédite pour des soi-disant représentants de la gauche, ils doivent faire à un mouvement de grève, des manifestations et des pétitions qui ne faiblissent pas et qui ressemblent à ce qui s’est passé en 1995 contre les réformes de Juppé. Du coup le gouvernement passe son temps depuis deux mois à envoyer la police et les CRS contre le peuple. Le P « S » est complètement discrédité et les manifestants s’en prennent régulièrement aux élus de ce parti et à leurs permanences. Ce parti va avoir du mal à se faire passer pour un parti de gauche en 2017. 

     

    Lutte des classes

    Note sur le mouvement social en France et ailleurs  

    Le mouvement social s’étend. La grève dans les raffineries a des effets incalculables sur l’économie du pays. En effet, les stations-service sont à sec, ce qui veut dire que de nombreuses activités vont devoir cesser. On sait que notre économie est très dépendante du carburant, que ce soit pour le travail ou pour la consommation. La droite (P « S » compris) avec la complicité des médias à commencer à parler de prises d’otages. Mais aussi à mettre en avant le fait que ce sont les nantis des raffineries qui réclameraient 300 € de hausse des salaires. En réalité si la CGT arrive à mobiliser si facilement, c’est parce que la loi El Khomri est pour les salariés assimilée à une trahison. Mais le gouvernement peut se faire du souci parce que de nouveaux secteurs annoncent des mouvements de grève[3]. Pêle-mêle, ce sont la SNCF, l’EDF, les routiers, la RATP et l’aviation civile qui annoncent des  journées très difficiles. Et cela quelques jours avant l’euro de football qui va mettre encore un peu plus le gouvernement sur les dents à cause des risques d’attentats annoncés. Egalement l’ensemble des centrales nucléaires aurait aussi voté la grève[4]. Cela commence à faire beaucoup. Il n’est pas impossible que d’autres secteurs rejoignent le mouvement.

    Un signe qui ne trompe pas sur la popularité du mouvement est qu’il se développe alors même que la loi a été votée ! Il semble que les salariés veulent ainsi se venger de la trahison évidente de Hollande – tout le monde se rappelle qu’il s’est fait élire en critiquant la finance et en avançant des mesures sociales. Il a bénéficié d’une relative passivité des salariés certainement parce que ceux-ci pensaient qu’il saurait s’arrêter dans sa dérive droitière. Les salariés ont très bien compris que la loi El Khomri était la pire des attaques contre le droit du travail, quelque chose que même Sarkozy n’avait pas osé. Manifestement le gouvernement a parié sur la passivité de sa majorité parlementaire mais aussi sur celle des syndicats. 

    Note sur le mouvement social en France et ailleurs

    Conséquences 

    Deux idées se répandent dans la presse : d’une part la CGT fait de la surenchère pour masquer ses divisions et elle le paiera avec une nouvelle perte de terrain par rapport à la CFDT, et d’autre part le mouvement est illégal puisqu’il empêche les travailleurs de travailler. Dans cette course à l’échalote du plus réactionnaire Laurent Berger a pris une longueur d’avance : il soutient le gouvernement, se faisant même son porte-parole, et le patronat ce qui fait désordre pour un syndicaliste[5]. Mais à jouer les syndicalistes raisonnables, Berger apparaît comme un vendu, un « jaune ».

    Le pire dans l’ordure vient de L’Obs journal de gauche bien-pensant. Ce torchon a demandé à une pauvre petite jeune fille bien mauvaise connaisseuse de la chose sociale de commettre un article contre la CGT. La voici donc qui – au moment justement où la grève s’étend et se durcit –se met à nous expliquer que la CGT a déjà perdu[6]. Voilà la misère que c’est que de parler des sujets qu’on ne connait pas en caressant son patron dans le sens du poil. Vous me direz que L’Obs est un torchon dont le discrédit accompagne le discrédit de Hollande et que plus personne ne le lit. C’est vrai. Mais Audrey Salor rejoint le club des bien-pensants qui veulent à toute force que la grève s’arrête et qui par anticipation menace la CGT de fortes punitions à venir. En vérité les propos agacés de Laurent Berger montre que c’est la CFDT qui a déjà perdu, suivant la même pente de déconsidération que le P « S ». En effet les salariés au contraire ont salués le retour de la CGT à l’offensive, trouvant normal qu’un syndicat défendent les salariés plutôt que les patrons y compris par la grève.

    Pour une meilleure compréhension de ce que je dis, je précise que je ne suis pas encarté à la CGT, ni même syndiqué. Mais il faut reconnaître que Martinez a bien joué. Non seulement il a pris la tête de la lutte contre la loi El Khomri qui est plus qu’impopulaire, mais il est arrivé à une relative unité syndicale et finalement à marginaliser la CFDT dans sa politique de soumission.

     Note sur le mouvement social en France et ailleurs 

    Etant intervenu plusieurs fois auprès de syndicalistes sur la question de la loi El Khomri, je me suis bien rendu compte comment les salariés la comprenaient parfaitement et surtout qu’ils savaient gré à la CGT d’avoir travaillé à faire connaître la nocivité du projet. Certes on peut critiquer la CGT de ne pas avoir mieux mobilisé avant que la loi maudite ne passe à l’Assemblée. Mais personne n’est parfait.

    Le conflit va se durcir dans les jours qui viennent, il faut s’y préparer. Le gouvernement va s’appuyer à la fois sur la police et sur les médias pour travailler les peurs, supposant que la population – ensemble vague – va réclamer son essence et sa quiétude. Manifestement Hollande a parié sur l’isolement de la CGT, il se trompe comme il se trompe sur la nature du mouvement. Mais il faut bien comprendre que la lutte contre la loi El Khomri renvoie à un mouvement plus vaste : les salariés sont très maltraités, de tous les points de vue : salaires étriqués, réduction des droits des travailleurs, dégradation des conditions de travail et des conditions générales de vie.

     Note sur le mouvement social en France et ailleurs 

    Notons que le mouvement s’étend au-delà des frontières. Ainsi en Belgique, le gouvernement de droite vient de mettre en route une loi réformant le droit du travail qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la loi El Khomri, avec les mêmes effets d’une mobilisation de masse contre elle[7]. Mais d’autres pays sont touchés par les grèves. Et des mouvements importants se sont développés au Royaume-Uni[8] et dans la prospère Allemagne cette année même[9]. Au début du mois de mai c’était la Grèce qui  descendait dans la rue pour une grève générale très suivie[10]. Ce rapide tableau, très incomplet bien sûr, montre que dans l’année 2016 nous sommes entrés dans un renouveau des luttes sociales un peu de partout en Europe. C’est pour moi un tournant, même si l’issue du mouvement contre la loi El Khomri ne fait aucun doute. On peut dire qu’il s’agit d’une révolte contre la logique austéritaire de l’Europe et son modèle libéral.

    Sur le plan politique nous avons un P « S » totalement discrédité, un François Hollande qui ne pourra pas se représenter aux élections présidentielles, une CFDT ringardisée. Quant à la droite elle ne peut pas compter sur sa surenchère libérale pour se refaire une virginité. Elle reste enfermée dans une logique hostile par nature aux salariés.

     



    [1] http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2016/05/24/evacuation-en-cours-a-fos-sur-mer_4925053_1656968.html

    [2] http://www.marianne.net/loi-travail-trois-francais-quatre-sont-contre-texte-myriam-el-khomri-100242567.html

    [3] http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/05/25/une-journee-de-mobilisation-contre-la-loi-travail-point-par-point_4926267_3224.html

    [4] http://www.lemonde.fr/energies/article/2016/05/25/la-cgt-assure-que-les-19-sites-des-centrales-nucleaires-ont-vote-la-greve_4926478_1653054.html

    [5] http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/05/25/laurent-berger-cfdt-il-est-hors-de-question-que-le-gouvernement-recule-sur-la-loi-travail_4925862_823448.html

    [6] http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/reforme-code-travail-el-khomri/20160524.OBS1120/raffineries-en-greve-la-cgt-a-deja-perdu.html

    [7] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/en-belgique-l-autre-loi-travail-declenche-greves-et-manifestations-573688.html

    [8] http://www.lemonde.fr/international/article/2016/04/26/au-royaume-uni-greve-historique-des-urgences-medicales_4908846_3210.html

    [9] http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/04/27/les-fonctionnaires-allemands-en-greve-de-nombreux-vols-annules_4909652_3214.html

    [10] http://www.leparisien.fr/international/grece-deux-jours-de-greve-generale-06-05-2016-5772317.php

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  • Rencontres des Glières mai 2016 

    C’’était la dixième  édition des rencontres des Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui (CRHA). Les Glières, en Haute Savoie est un haut lieu de la Résistance, un maquis très important s’y était réfugié – plusieurs milliers de combattants et l’armée allemande l’avait attaqué, faisant plusieurs centaines de morts. Le mouvement aujourd’hui garde son inspiration dans la détermination des maquisards, mais essaie de mettre en lumière des expériences plus récentes ou contemporaines de résistance.

    Plusieurs milliers de personnes s’y trouvaient réunies ce week-end. Des jeunes et des vieux. Il semblerait d’ailleurs que cette édition ait eu un succès un peu plus grand que celles des dernières années. Ce qui confirmerait qu’il y a bien un renouveau des luttes. L’organisation est bien rodée. Le samedi il y a de nombreuses conférences, et le dimanche c’est la réunion sur le plateau.

    Cette année les conférences portaient sur TAFTA, le Revenu Universel ou encore l’Etat d’urgence Marx et Keynes, etc. on voit que l’idée est de mettre sur un même pied une réflexion un peu approfondie et une analyse des luttes en cours. Les conférences sont très suivies, le public averti est attentif et pose des questions, entame un dialogue avec les conférenciers. On remarque que l’idée est de ne pas rester inféodé à un groupe de pensée ou un groupe politique structuré. C’est donc une conception ouverte, même si celle-ci est bornée par une nécessité anticapitaliste de construire une société plus juste et plus humaine. Un espace important est dévolu à la promotion de livres et de journaux, ce qui permet à quelques boutiques de venir faire leur réclame : on y trouvait aussi bien L’humanité le journal du PCF que les BDS ou ATTAC.  On projette aussi des films alternatifs. C’est un schéma que nous retrouvons un peu partout, par exemple aux rencontres Déconnomiques d’Aix en Provence qui auront lieu au début du mois de juillet.

    Rencontres des Glières mai 2016 

    Le dimanche matin tout le monde se réunit sur le plateau des Glières pour écouter des discours qui se succèdent à la tribune. Ça pourrait ressembler à de l’incantation ou à une sorte de messe, mais non. Pour ma part j’ai trouvé la plupart des discours remarquables. Bien sûr les témoignages de Noëlle Vincesini ou Walter Bassa, deux anciens déportés. Ils ont rappelé certainement des choses connues, mais le fait que ces expériences soient rapportées par ceux-là même qui les ont vécues, non seulement cela reste émouvant, mais rend cette page d’histoire bien plus sensible encore.

    Charles Piaget a aussi fait un discours remarquable à la gloire de l’autogestion en partant de l’expérience des Lip qui avait eu un immense retentissement dans le début des années soixante-dix. En arrière-plan flottait l’idée de contester évidemment la loi El Khomri qui en quelque sorte a sonné le réveil du combat de gauche contre la droite qui va de Hollande jusqu’au Front National. D’ailleurs le très bon discours de Laura Pfeiffer inspectrice du travail qui se bat à la fois contre Téfal et sa propre hiérarchie a été tout à fait suivi- même si on peut regretter un vocabulaire un peu rigide et gauchiste.

     Rencontres des Glières mai 2016 

    Je ne sais pas comment les participants ont accueilli le discours de Laurent Pinatel qui, à travers un hommage à Jean Vachoux a plaidé pour une révolution agricole comme la clé de voûte de la transformation sociale. Je pense qu’il a raison et qu’on ne transformera pas le monde sans repenser celui-ci à partir de ce qui est la base même de la civilisation l’agriculture et le terroir. C’était un discours enflammé, très bien structuré et convaincant. La palme de l’enthousiasme revient sans contexte à Pinar Selek, militante turque qui a passé pas mal de temps en prison pour son activité en faveur des minorités kurdes et des Arméniens. Longuement applaudie, elle a fait la démonstration que la lutte n’était pas forcément quelque chose d’austère, même si cela peut être dangereux.

     

    Bien entendu, on chanta Le chant des partisans et Bella Ciao. Ce qui me convient parfaitement. Mais par-dessus tout je retiens une volonté nouvelle d’en découdre avec le monde de la marchandise et ses abus. Mon seul regret est que toutes les photos que j’avais prises ne sont pas utilisables ! C’est le genre de manifestation qui reste tout à fait dans la lignée des Nuit debout qui ont été vivement célébrées.

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  • Où en est le mouvement contre la loi El Khomri ?

    Les manifestations contre la loi El Khomri continuent à mobiliser encore beaucoup de monde. Bien sûr la mobilisation n’est plus aussi intense qu’avant que le parlement, en évitant de voter la motion de censure, n’avalise une loi qui est rejeté par 75% des Français. Ce qui est beaucoup et qui confirme que de plus en plus on gouverne en Europe contre le peuple et sa volonté. Ce simple déni se traduit dans les faits par une défiance aggravée envers les partis politiques[1]. Sans doute le P « S »qui est au pouvoir, est le parti le plus touché, mais il est remarquable que cette déconfiture ne profite ni à LR, ni même au Front National. Près de 90% disent ne faire aucune confiance aux partis politiques.

    Et c’est un des enseignements de la mobilisation contre la loi El Khomri est qu’elle s’est produite en dehors des partis et des syndicats qui auront beaucoup tergiverser par peur d’être battus, même si certains ont pris ensuite le train en marche. Cette évolution d’un mouvement politique en dehors des formes identifiables et instituées, n’est pas étonnante, aussi bien parce que les partis et les syndicats de gauche sont depuis des décennies en dehors des luttes, mais aussi parce que les formes atomisées du travail ne s’inscrivent plus dans des formes pérennes de l’entreprise. Autrement dit dans un monde en voie de désindustrialisation les formes de la mobilisation deviennent plus floues et moins formelles. Bien entendu cette évolution des luttes se trouve très bien représentée par le développement des Nuit debout. Ainsi que le montre la carte ci-dessous, Nuit debout essaime de partout dans le monde[2]. C’est un concept nouveau, sans doute plus avancé que Podemos et l’éphémère parti de gauche Syriza. Ce que ce mouvement gagne en souplesse, il le perd sans doute à court terme en efficacité. Ce mouvement est très divers, et si manifestement il se présente comme un mouvement de gauche voulant agir sur la transformation de la société et sur les inégalités sociales, il échappe à la logique des partis[3]. Notez que dans les discussions des Nuit debout, le thème d’une sortie de l’Europe a été très discuté et souvent approuvé pour ne pas dire acclamé[4].

      Où en est le mouvement contre la loi El Khomri ?

    Le gouvernement a sans doute pensé que cette diversité dans le mouvement pouvait lui permettre une répression qui passerait inaperçue. Profitant des violences de fin de manifestation, il a lui-même pris les devants et donné des ordres en conséquences pour effrayer les populations avec une violence policière inusité depuis très longtemps. On peut même parler de sauvagerie. Malheureusement pour le gouvernement – sans doute le plus à droite depuis le Maréchal Pétain – des vidéos qui circulent sur la toile, ont montré non seulement que la police usait de provocateurs pour encourager les violence, mais aussi qu’elle réprimait durement les manifestants, même quand ils se contentaient de manifester sans violence. Hollande aura réussi ce tour de force de discréditer la police aux yeux de la population. Là encore il s’agit d’un retour en arrière qui au final ne peut que ranimer la lutte des classes.

      Où en est le mouvement contre la loi El Khomri ?

    L’engagement du P « S » sur cette ligne plus que droitière tombe au moment où on fête les 80 ans du Front Populaire. Certes on a l’habitude de ce que les « socialistes » trahissent la classe ouvrière, mais le P « S » façon Hollande ne donne même plus le change en trouvant des compensations. Ce parti est maintenant complètement isolé par son discrédit : la droite le combat en croyant qu’il représente la gauche, et la gauche s’en détourne parce qu’elle sait qu’il est devenu un parti clairement de droite, européiste et libéral. Il a essayé de mettre en place des contre-feux dans la perspective des élections de 2017, notamment en lançant un mouvement « Eh, Oh, la gauche » sous l’égide du malheureux Stéphane Le Foll. Sans même souligner l’imbécilité d’un tel slogan – sans doute a-t-il germé dans la            tête d’un stagiaire en communication – il est remarquable que ce mouvement engendre déjà son rejet. Ainsi à Lille un meeting de soutien a dû être annulé pour faute de participants (bien que le P « S » avance qu’il ne voulait pas intervenir le même jour s’une manifestation importante contre la loi El Khomri)[5]. Les permanences du P « S » sont systématiquement prises pour cible par les manifestants, dans les départements de l’Ouest et du Sud-Ouest, ce qui en dit long du divorce consommé entre la gauche et ce parti.

      Où en est le mouvement contre la loi El Khomri ?

    Le mardi 17 mai, les routiers ont commencé à mettre des barrages sur toutes la France, pour l’instant le succès n’est manifestement pas au rendez-vous. Mais rien ne peut présager de la suite. N’oublions pas que la mobilisation contre cette loi dure maintenant depuis plus de deux mois, elle est l’équivalent pour Hollande et Valls de la mobilisation contre la réforme des retraites pour Juppé qui avait dû finalement reculer. Certes Hollande ne reculera pas, mais à quel prix ! Non seulement il se prépare à finir au mieux 4ème à l’élection présidentielle de 2017, mais il a détruit pour longtemps son propre parti. Cette loi sera son tombeau politique. Il va de soi cependant que d’affronter Hollande sur cette maudite loi aura servi à quelque chose : après 2017, la gauche ne pourra jamais plus être aussi timide et libérale qu’elle n’est aujourd’hui. La tendance dite « social-libérale » est aujourd’hui morte et enterrée. Les appels des caciques du P « S » pour qu’on vote pour eux vont rester lettre morte ; ils auront beau nous dire que les tenants de la droite libérale – Juppé, Sarkozy ou l’inénarrable Lemaire – sont pire qu’eux, et qu’il y a un danger pour que le Front National passe, ils n’auront plus le soutien de la gauche.

     Où en est le mouvement contre la loi El Khomri ? 

     


    [1] http://arretsurinfo.ch/88-des-francais-rejettent-categoriquement-les-partis-politiques/

    [2] Pour plus de détails suivez le lien suivant : https://framacarte.org/fr/map/global-debout_2420#4/45.92/-18.37

    [3] http://www.politis.fr/articles/2016/05/qui-sont-les-participants-de-nuit-debout-34685/

    [4] Nuit debout confirme l’ancrage à gauche de la thématique d’une sortie de l’Europe.

    [5] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/05/16/97001-20160516FILWWW00074-lille-le-meeting-de-he-oh-la-gauche-annule.php

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  •   Au-delà de la loi El Khomri

     

    L’épuisement de la lutte contre la loi

    Dans quelques jours  la comédie de la loi sur les modifications du code du travail aura vécue. Le gouvernement à décidé  de passer en force, c’est-à-dire d’utiliser l’arme du 49-3[1]. En effet une partie du PS, les « aubryistes » comme on les appelle et les frondeurs ne veulent pas voter une telle loi en l’état. Le cœur de la loi n’a pas été touché : l’article 2 reste planté sur l’inversion de la hiérarchie des normes. Le patronat fait semblant de croire que le gouvernement a reculé, notamment en surtaxant le CDD, mais il est clair qu’en ramenant la négociation au niveau des entreprises en laissant ouverte la possibilité de signer des accords inférieurs aux accords de branche et des accords de branche inférieurs au droit général, et en laissant quasi intact l’intention de faciliter les licenciements, c’est globalement, un recul de la démocratie dans l’entreprise. Et plus le temps passe, et plus les salariés s’en rendent compte, à force de discuter des articles de la loi et des amendements qui y ont été apportés. L’Humanité a produit un numéro hors-série sur la loi, publiant les articles de la loi, et des commentaires circonstanciés. Cette brochure a été un bon succès, ce qui prouve que les syndicalistes et les militants ont fait un grand effort de compréhension – ce qui ne leur a pas enlevé par ailleurs le désir de voir ce texte régressif partir aux poubelles de l’histoire. L’effort est d’autant plus louable que les articles sont nombreux et parfois écrits dans un style obscur. Le succès des manifestations, comme de la pétition puis les Nuit debout sont également remarquables, on l’a dit et répété. Mais au fil des jours et sans l’appui d’une grève générale et durable, la résistance ne peut pas durer longtemps.  

     Au-delà de la loi El Khomri

    Le gouvernement passe en force, il n’a pas le choix 

    Et pourtant, cette loi à peine amendée passera. Avec la complicité d’ailleurs du syndicat jaune, la CFDT qui payera sûrement très cher sa trahison, le gouvernement va mettre en avant au contraire le « dialogue social » dans l’entreprise pour couvrir la forfaiture de l’inversion de la hiérarchie des normes. Cette loi passera, parce que le gouvernement ne peut pas reculer. Certes son crédit comme celui du président est complètement laminé, mais il veut préserver ce peu Qui reste. Il faut dire qu’il est aidé par la droite et le MEDEF qui disent que ces reculades – mineures pourtant – ont dénaturé cette belle initiative du gouvernement. 49-3 ou non, cette loi passera. Beaucoup se diront alors que la mobilisation contre cette ignominie aura été vaine, comme quand nous avons voté contre le TCE et que les parlementaires UMPS nous l’ont imposé tout de même. Pour ma part je ne le pense pas : cette mobilisation contre ce projet de loi régressif restera un bel exemple et comme un hommage au Front populaire et à ses avancées. La mobilisation a réussi, des jeunes gens ont fait l’apprentissage de l’action politique, et elle annonce d’autres mobilisations à venir.

    Cette loi sera appliquée, et comme elle est mauvaise,  elle n’aura pas de bons résultats ni sur la croissance, ni sur l’emploi. Par son usage elle démontrera que les salariés et les jeunes ont eu raison de se mobiliser contre. Un peu comme le CICE. Rappelez-vous, à grands coups de trompettes, Manuel Valls et Gattaz nous avaient promis la création d’un million d’emplois. Les allègements de charges induits par le CICE s’élèvent rappelons-le à environ 20 milliards d’euros par an, soit environ 60 milliards depuis sa mise en place. Les chiffres assez biscornus qui circulent supposent que 150 000 emplois auraient été créés ou préserver. Admettons, ne chipotons pas sur ces chiffres[2]. Ce qui voudrait dire que la création de chaque emploi a été subventionnée à hauteur de 400 000 € ! Sachant qu’un emploi coûte – charges comprises – en moyenne 40 000 €, autant augmenter le nombre des fonctionnaires, ça coûtera bien moins cher. On se demande à quoi a servi le reste de l’argent de l’Etat – c’est-à-dire de la collectivité. Sans doute un peu pour l’investissement, mais vu le caractère atone de la demande les entreprises n’ont aucune envie sérieuse d’investir. Le reste est certainement parti via les distributions aux chers actionnaires dans la spéculation boursière qui a requinqué un peu la Bourse de Paris.

    Mais outre que le CICE comme la loi Macron a montré ses limites et son inefficacité, c’est toute l’idée de la théorie de l’offre qui a aujourd’hui du plomb dans l’aile. La prochaine mobilisation complètement dans la lignée de la mobilisation contre la loi EL Khomri va se tenir contre TAFTA[3]. En effet par sa volonté d’unifier les législations et les réglementations par le bas, TAFTA va agir aussi comme un accélérateur dans le détricotage du droit du travail. 

     

      Au-delà de la loi El Khomri

    Transformation du procès de travail et fin du salariat

     

    L’autre point qu’il faut mettre en avant est que cette loi est conçue comme une étape dans la transformation du travail. Il ne se passe pas un jour sans qu’on publie un article tentant de démontrer que le salariat c’est terminé[4]. L’idée serait que les nouvelles technologies, la mondialisation, et les nouvelles manières de travailler imposeraient de mettre fin au statut de salarié. Et donc bien évidemment aux droits qui lui sont rattachés. L’idée serait que nous allons vers un statut d’auto-entrepreneur et donc que chacun travaillerait à la demande en fonction des besoins de l’entreprise. Ceux-ci étant considérés comme au-dessus de tout le reste. C’est ce qu’on a appelé l’ubérisation de la société en référence à la flexibilité exigée des chauffeurs de taxi par la société Uber. Cette idée prend tout à fait son sens avec les plaintes de Macron soutenant que le statut d’entrepreneur est plus difficile que celui de salarié[5]. Evidemment s’il définit l’entrepreneur à partir des prestataires de services de la société Uber, il a sans doute raison. Par ailleurs si le statut de salarié disparait, alors les charges sociales afférentes disparaitront aussi. Il y a en effet deux manières de faire disparaitre le salariat :

    -  l’une en passant au socialisme comme le pensait Marx par exemple, on rappellera que cette disparition est le préalable de la Charte d’Amiens en octobre 1906[6] ;

    - l’autre qui  considère que tout le monde a vocation à devenir un entrepreneur et donc de subir les lois d’airain du marché.

    Mais il va de soi que la disparition du salariat n’est pas pour demain et quoi qu’on en dise, bien que ce statut ait reculé, il regroupe encore 75% des travailleurs.

    Mais il y a une contradiction flagrante entre la loi El Khomri et l’évolution réelle du travail : c’est que la robotisation va mettre en péril des centaines de millions d’emplois dans le monde[7]. On a parlé de 340 millions à l’horizon 2020. Or la loi libère les possibilités de travailler plus – slogan sarkozyste – dans un monde où le travail est de plus en plus rare. On peut donc considérer que cette loi va aggraver un peu plus le chômage. n’oublions pas que les gains de productivité se sont toujours accompagnés : d’une baisse du temps de travail, et d’une hausse des droits des travailleurs.

      Au-delà de la loi El Khomri

     

    Baisse de la durée annuelle du travail en France 

    Perspective politique 

    La perspective politique est maintenant de réclamer une sortie de l’Europe. En effet, la loi El Khomri est cohérente avec le projet européen de remplacer l’Etat et la loi républicaine par les règles du marché. L’ADN de l’Europe c’est la concurrence libre et non faussée. Or il va de soi qu’une protection renforcée des travailleurs est mauvaise pour la compétitivité des nations. Hollande en bon européiste zélé a pour lui cette logique. Mais nous qui sommes contre cette idée de compétition entre les nations – compétition qui donne de si mauvais résultat en termes de croissance et d’emplois – nous pensons que la sortie de l’Europe, outre qu’elle permettra de rétablir l’équilibre de la balance commerciale à court terme, et donc de récupérer des centaines de milliers d’emplois, permettra de réorienter globalement l’économie vers de nouvelles manières de travailler, de produire et de consommer. En outre, la sortie de l’Europe nous mettra à l’abri des mauvaises surprises d’une signature des accords de type TAFTA qui vont, s’ils étaient adoptés, peser toujours plus sur le droit du travail.



    [1] http://www.lejdd.fr/Politique/La-loi-El-Khomri-en-route-pour-le-49-3-784405

    [2] http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/revue/6-126.pdf

    [3] J’ai déjà annoncé que le TAFTA serait sans doute abandonné. Mais il faudra pour cela se mobiliser encore un peu.

    [4] http://www.lesechos.fr/idees-debats/dossiers/travail-emploi-uberisation-salariat-chomage-protectionsociale/index.php

    [5] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/01/20/20002-20160120ARTFIG00131-pour-macron-la-vie-d-un-entrepreneur-est-plus-dure-que-celle-d-un-salarie.php

    [6] « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat ».

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/l-ere-des-robots-la-disparition-du-travail-charles-edouard-boue-confuc-a117198298

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